02/10/2011

Residual au Sazz and Jazz

Le Sazz & Jazz est décidément un bel endroit et je regrette de ne pas y aller plus souvent. Promis, je vais essayer d’y remédier, car la programmation y est souvent originale et l’on peut y découvrir des choses intéressantes (j’ai noté, par exemple, Erkan Ogur ou Liquidation Band). On verra si je tiens mes promesses.

Mardi 20 septembre, j’y étais pour écouter et voir Residual, un duo australien, dont j’avais parlé ici.

Il y avait pas mal de monde prêt, comme moi, à se laisser embarquer par cette musique étrange et captivante.

residual, peter knight, dung nguyen, sazz n jazz, way out west

Sur la jolie petite scène, Dung Nguyen s’installe derrière son Dan Bau et son Dan Tranh, tandis que Peter Knight, perché sur son tabouret, manipule son laptop et lance les premières nappes sonores. Du bout des lèvres, il verse les premiers souffles dans sa trompette, de laquelle il a enlevé l’embouchure.

Dung distille quelques mélodies à la guitare électrique. Tous les sons sont retravaillés et remodelés via l’ordinateur. La musique enfle et envahit peu à peu l’espace. Le souffle se répète à l’infini. Peter Knight utilise les nombreuses pédales qui s’étalent à ses pieds pour enrichir les sons. Les couches se mélangent avec délicatesse.

Dung tire de son Dan Bau une variété inouïe de nuances. Il tend et détend avec une précision incroyable l’unique corde de l’instrument. Les mélodies, aux réminiscences de folklore Vietnamien, se mélangent aux nappes sonores diaphanes et aux atmosphères éthérées.

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Certains morceaux suivent une architecture très précise, d’autres s’ouvrent totalement à l’improvisation. L’ambiance est des plus planantes. Le duo nous emporte loin, très loin. On ferme les yeux, on flotte.

La musique est souvent fragile, mais, parfois elle se fortifie, enfle et devient presque menaçante. Et si elle gronde et vibre de toutes parts, c’est pour mieux se désintégrer par la suite.

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Le public semble presque hypnotisé, il est suspendu à la musique comme par des fils invisibles. Tout le monde est attentif et silencieux. On est emporté par de longues vagues ondulantes, dans lesquelles on perçoit toujours un rythme étouffé ou une pulsation sourde. Le temps s’étire, ralenti, s’allonge... ou disparaît. Il n’y a aucune "prise de tête" dans la démarche musicale du duo, juste une sorte de mise en lumière d’une certaine musique de l’âme. Une musique qui reste étonnamment accessible. L’expérience est, pour le moins, intense et formidable.

On espère bien revoir ces deux musiciens à nouveau en Europe, en duo ou au sein de Way Out West - un quintette un peu plus "jazz" - que je vous invite à découvrir, car il en vaut vraiment la peine également.

 

A+

24/08/2011

Residual - Peter Knight & Dung Nguyen

 

2 musiciens.

L’un est Australien, l’autre Vietnamien. L’un est trompettiste mais manipule aussi le laptop et le piano préparé. L’autre est guitariste mais joue surtout du Dan Tranh ou du Dan Bau (instruments traditionnels Thaï ressemblant au sitar).

Peter Knight et Dung Nguyen jouent ensemble au sein du quintette Way Out West (dont Jazz Frisson avait rapidement évoqué le passage au Festival de Montréal en 2008).

Allant peut-être encore un peu plus loin dans la recherche de fusion entre la musique contemporaine occidentale et la musique vietnamienne, le duo vient de sortir Residual chez Parenthèse Records, un jeune label Australien à suivre de près.

Peter Knight, Dung Nguyen, parenthese records, australie, way out west

Jazz? Oui et non. Enfin, pas vraiment. Mais chez Jazzques, on n’est pas sectaire. Et encore moins lorsque la musique est intéressante.

Alors, on dira plutôt que ce projet se rapproche plus de la musique concrète ou du krautrock à la Tangerine Dream - marquée de l’empreinte de la musique vietnamienne - et malaxée, trafiquée, triturée et passée à la moulinette de l’électro-acoustique.

«Residual», le titre qui ouvre l’album, est d’abord d’une longue descente en apnée. Neuf minutes de son étendus, distendus, détendus. La musique se dépose par fines couches. De longues notes, tantôt graves, tantôt diaphanes jouent l’alternance avec des motifs parfois répétitifs. Sur ce tapis, les notes flottent comme de fines particules de sons. Aussi cristallines que métalliques. La résonance particulière du Dan se mélange au souffle d’une trompette fantasmagorique, et les mélodies brumeuses s’incorporent aux bidouillages électroniques.

«Minky Star» rebondit sur des sons tubulaires, comme des résonances de gongs. Puis, le duo mélange les boucles musicales avec des interférences, des crachotis ou des vibrations. Certains passages rappellent les expérimentations d’Arve Henriksen. La musique est flottante, aérienne ou aquatique, c’est selon. Finalement, «Phase Pedal» explore les rythmes post-industriels, un groove s’installe insidieusement avant que la douceur cotonneuse ne revienne emballer l’ensemble.

Musique étrange et intrigante qui va sans doute en irriter plus d’un qui pourrait trouver qu’il ne s’y passe rien. Pourtant…

Pourtant, en ouvrant bien les oreilles et son esprit, cette musique vous pénètre profondément et inocule imperceptiblement votre cortex. Le voyage est pur et ne dure que quarante minutes. Mais ce sont quarante minutes de finesse.

A+