08/02/2018

Tournai Jazz Festival - Day 3

Day 3

Vendredi, cela commence vers 18h30 sur la scène du Magic Mirrors avec le trio d’Igor Gehenot, et c’est déjà sold out !

L’ambiance est feutrée, intimiste et le public est attentif. Sur le battement lent de la contrebasse de Viktor Nyberg et les légers coups de baguettes sur la batterie de Jerôme Klein, Igor dépose des accords dilatés au piano, tandis qu'Alex Tassel souffle la mélodie du lunaire «Moni», puis de «Sleepless Night», plus crépusculaire encore.

tournai jazz festival,igor gehenot,alex tassel,jerome klein,viktor nyberg,lisa simone,reggie washington,sonny troupe,amen viana,nina simone,stephane mercier,charles loos,nathalie loriers,nic thys,david linx,jean-francois prins,jean-louis rassinfosse,paolo loveri,vincent bruyninckx,bruno castellucci,toine thys,daniel stokart,fabrice alleman

J'avais vu les débuts un peu hésitants du groupe avant l'enregistrement du disque (Delta chez Igloo) qui, à sa sortie, m’avait plutôt convaincu. Depuis, le quartette a beaucoup joué et la cohésion s’est renforcée. Le jeu d’Igor a, lui aussi, beaucoup évolué. Finesse, espace, groove, il ose tout et tout lui réussit. Il s'affirme et s'impose, sans en faire des tonnes, de façon toute naturelle. Il apporte toujours des idées neuves à son jeu et à l'ensemble du groupe.

Avec un son limpide et feutré à la fois, Alex Tassel est le partenaire idéal. Souplesse dans les enchaînements, brillance dans les relances, ses lignes mélodiques sont d’une maîtrise et d’une précision assez incroyables. La rythmique est, elle aussi, parfaite : à la fois discrète et indispensable. «Abysses», nocturne et tout en retenue, précède un «Start Up» nerveux et tendu, puis un «Jaws Dream», hyper groovy…

Le set est très bien ficelé, ménageant intelligemment les temps forts, pleins de fougue, et moments plus intimes. Et puis il y a aussi, semble-t-il, une volonté de simplifier le jeu (en apparence) pour laisser toute la place à l'émotion. Il n'y a pas à dire : ça touche juste !

tournai jazz festival,igor gehenot,alex tassel,jerome klein,viktor nyberg,lisa simone,reggie washington,sonny troupe,amen viana,nina simone,stephane mercier,charles loos,nathalie loriers,nic thys,david linx,jean-francois prins,jean-louis rassinfosse,paolo loveri,vincent bruyninckx,bruno castellucci,toine thys,daniel stokart,fabrice alleman

A deux pas du Magic Mirrors, la Halle aux Draps a également fait salle comble. Archi comble, même !

Belle comme une prêtresse, dans sa cape jaune, entre sari et tunique, soutenue par une sacrée rythmique (Sonny Troupé aux drums, Reggie Washington à la basse électrique et Amen Viana à la guitare électrique) Lisa Simone impose sa présence d’emblée avec «Tragique Beauty» qui résonne comme une incantation.

La voix est sublime, pleine de soul, de gospel, de blues. Pas besoin de le cacher, c’est bien la fille de sa mère, dont elle chante le rageur «Ain't Got No, I Got Life». Puis, elle lui rend hommage avec le poignant «If You Knew», comme pour dire : «OK, je suis la file de Nina Simone, mais je suis aussi et surtout Lisa !». Et elle danse et elle bouge et elle occupe toute la scène avec grâce. Elle joue avec ses musiciens, les entraîne sur des chemins plus blues encore, plus jazz, plus rock aussi. Elle invite le public dans son «World» et communique avec lui en toute simplicité et sincérité. Lisa fait le show sans jamais jouer la diva. La voix et les paroles suffisent amplement au discours, pas la peine d’ajouter d'artifices !

Et l’excitation monte encore. Les riffs de Viana se font hendrixiens, la basse de Washington cogne de plus belle et Troupé se déchaine sur ses fûts. Alors Lisa Simone descend dans le public, va serrer les mains et embrasser les gens, tout en continuant de chanter avec ferveur. La salle est hystérique et c’est juste magnifique.

Quelle générosité. Quelle grande dame. Quel concert !

tournai jazz festival,igor gehenot,alex tassel,jerome klein,viktor nyberg,lisa simone,reggie washington,sonny troupe,amen viana,nina simone,stephane mercier,charles loos,nathalie loriers,nic thys,david linx,jean-francois prins,jean-louis rassinfosse,paolo loveri,vincent bruyninckx,bruno castellucci,toine thys,daniel stokart,fabrice alleman

Retour au Magic Mirror où le saxophoniste Stéphane Mercier a réalisé un tour de force, bien aidé par l’organisation qui a relevé le défi : inviter douze musiciens à jouer en live son album «Duology».

Avec intelligence, Mercier ne se «contente» pas de faire défiler la crème de nos jazzmen belges les uns après les autres. Non, il combine, mélange, fusionne.

Ainsi, après son duo avec Charles Loos, Nathalie Loriers les rejoint sur «Samsara». Puis, c’est Nic Thys qui ajoute sa basse sur «Alone Together». Entre la souplesse de jeu du bassiste et le touché merveilleux de la pianiste, Stéphane Mercier se sent pousser des ailes.

L’inimitable David Linx est là aussi. Avec beaucoup de générosité, dans un chant unique, il échange avec le guitariste Jean-François Prins.

Chaque morceau révèle ses petits moments de frissons. Jean-Louis Rassinfosse et Paolo Loveri réinventent «Louis», puis Bruno Castellucci vient prêter main forte à une section de souffleurs de rêve (Daniel Stokart, Toine Thys et Fabrice Alleman) pour un «Serial Series» énergique. Derrière le piano, on retrouve cette fois Vincent Bruyninckx, toujours inventif.

Presque au grand complet, le combo entame un très mingusien «Jazz Studio» dans lequel Daniel Stokart prend un solo fougueux !

D’une série de duos, on est passé à un big band ! Tous les musiciens sont là pour un énergique «Don’t Butt In Line» en forme de bouquet final. Stéphane Mercier a réalisé son rêve... pour notre plus grand plaisir.

Et hop, voilà une véritable journée de jazz totalement réussie…

 

 

A+

Merci à ©JC Thibaut pour les images (et la vidéo).

 

 

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

18/09/2016

Igor Gehenot quartet feat. Alex Tassel - Marni Jazz Festival 2016

Après deux albums et plus ou moins six ans d’existence, Igor Gehenot a décidé de mettre au frigo son trio (avec Teun Verbruggen et Philippe Aerts) pour tenter une nouvelle aventure, en quartette cette fois, avec le batteur luxembourgeois Jérôme Klein, le contrebassiste suédois Viktor Nyberg et le bugliste français Alex Tassel.

Il présentait ce tout nouveau projet ce vendredi soir au Théâtre Marni.

igor gehenot,viktor nyberg,jerome klein,alex tassel,marni

La salle est plongée dans le noir tandis que les musiciens s’installent. L’ambiance est très « nordique », spectrale et intimiste. Les notes de piano s’éparpillent doucement, en toute légèreté. Le son feutré du bugle vient dérouler un tapis ouaté.

Puis le groupe attaque un « December 15 » dont l’esthétique n’est pas sans rappeler celle d’E.S.T. Cette rythmique alerte et régulière permet à Gehenot de prendre de belles envolées et à Tassel de développer quelques motifs lumineux dont il a le secret.

On replonge ensuite dans une ballade crépusculaire et romantique (« Sleepless Night »), soutenue par une basse mystérieuse et un drumming douillet. On se rapproche un peu des errances milesiennes, nocturnes et légèrement mélancoliques… Une composition du batteur, introduite lestement par Viktor Nyberg, ravive un peu l’ensemble. Mais tout cela reste peut-être un peu trop compact, cela manque parfois d'éclats et de dynamique. Ça « joue tout le temps » et on voudrait (enfin, moi) un peu plus de respirations. Plus d’élan aussi… Igor et ses acolytes semblent encore hésiter entre deux mondes et, du coup, cela reste « simplement » joli, parfois trop attendu, sans trop de prises de risques. Bien sûr, le toucher d'Igor fait mouche, sur « Abyss » ou « Stay Tuned » notamment, et, sur « Stater Kit », quand les nuances sont plus maîtrisées, Tassel peut vraiment s'exprimer.

On sent le projet encore un peu frais, un peu nébuleux, cherchant encore son équilibre et une véritable identité qui se démarquerait plus clairement du trio.

Mais le quartette n'en est qu'à ses débuts - après tout, c’était le tout premier concert - et il aura encore l’occasion de jouer et d’aiguiser son répertoire. On se fera donc un plaisir de suivre son évolution. Cela n’en sera que plus excitant.

A+

Photo : ©Olivier Lestoquoit

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer