02/01/2018

On commence par quoi ?

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Janvier 2018 va être chaud.

Ce n’est pas une prévision météorologique mais un constat jazzistique.

Quoiqu’on en dise, en matière de jazz en Belgique, on est quand même bien gâté. Il suffit de regarder l’agenda de Jazz In Belgium pour constater qu’il y a, chaque jour, des concerts de jazz à Bruxelles, en Flandre ou en Wallonie. Et encore, certains ne sont pas annoncés (parce qu’ils s’organisent en dernière minute, parce que certains organisateurs n’ont pas encore le réflexe de les signaler, ou parce qu’ils oublient…) ! Merci les clubs, merci les musiciens...

Il y a donc les clubs et puis, il y a les festivals.

 

 

Par ordre d’entrée en scène, il y a d’abord le Brussels Jazz festival à Flagey.
Du 11 au 20 janvier, il n’y aura pas moins de 25 concerts parmi lesquels on notera ceux de Archie Shepp, Jasper Høiby, Tony Allen, Soweto Kinch, Kurt Rosenwinkel, Uri Caine, mais aussi Mäâk (qui fête ses 20 ans !), LABtrio, Enrico Rava, Stijn Cools Book Of Air, Shabaka Hutchings ou Matthew Herbert !

Il y aura des projections (Django, Just Friends) et une expo des dessins de Pieter Fannes, et Yann Bagot qui présenteront leur livre : Jazzconcerten op papier.

 

 

Simultanément, à deux pas de Flagey, au Théâtre Marni mais aussi au Senghor et à la Jazz Station, se tiendra la quatrième édition du River Jazz Festival.

A partir du 12 et jusqu’au 27, ce sont Richard Galliano, Nicolas Kummert avec Hervé Samb, Fabian Fiorini et Yves Teicher, Thomas Champagne, LG Jazz Collective, Steve Houben, Anne Wolf, mais aussi Marc Ribot en solo et Or Bareket en quartette qui feront vibrer les trois scènes ! Et celui qui aura l’honneur de suivre le Maelbeek (l’ancien ruisseau qui reliait Ixelles à St-Josse et qui a inspiré le nom du festival) et de se produire le même soir dans les trois lieux avec trois projets différents, n’est autre que Tuur Florizoone.

Et ici aussi, il y aura des expos (Jorge Gonzalez, Horacio Altuna et Gani Jakupi, auteur du merveilleux «Roi invisible»), des conférences, des concerts pour enfants et des projections.

Mais vous êtes peut-être plus attirés par le jazz manouche ? Pas de problème, sinon peut-être celui de votre agenda très chargé. Rendez-vous à Gent, Antwerpen, Bruxelles, Charleroi, Liège et d’en d’autres villes et villages de Belgique (demandez le programme ! ) pour les Djangofolllies !

Lollo Meier, Minor Sing, la famille Cavalière et son Jazzy Strings, Tcha Limberger, Samson Schmitt et bien d’autres viendront swinguer près de chez vous.

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Et pour terminer cet excitant (épuisant ?) mois de janvier, direction Tournai pour son septième Jazz Festival (du 31 janvier au 4 février) !

Partagé entre la Halle aux Draps, le Magic Mirrors et le Conservatoire (rassurez-vous, tout cela tient dans un mouchoir de poche, autour de la Grand Place), on aura droit à une vingtaine de concerts !

On y verra Lisa Simone, Rhoda Scott, Stacey Kent et Michel Jonasz. Mais aussi Phil Abraham, Elia Fragione, Sacha Toorop, Didier Lockwood, Igor Gehenot, Eric Legnini et son Waxx Up et une carte blanche à Stéphane Mercier qui sera entouré, tour à tour, de Nathalie Loriers, David Linx, Jean-Louis Rassinfosse, Bruno Castellucci, Paolo Loveri, Fabrice Alleman, Vincent Bruyninckx, Nic Thys, Daniel Stockart, Toine Thys, Jean-François Prins, et Charles Loos… Wahoo !

Et bien sûr, pendant ces cinq jours (et nuits), il y aura des animations dans la ville, des expos, des projections…

Quand je vous disais que ce sera chaud…

 

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06/09/2015

Belgian Jazz Meeting 2015

Troisième du nom, le Belgian Jazz Meeting s’est tenu à Bruges cette année.

Le Belgian Jazz Meeting ? C’est quoi ?

Organisé en collaboration avec Jazz Brugge, De Werf, Kunstenpunt, MUSEACT, Les Lundis D’Hortense, WBM, et JazzLab Series, ce meeting de trois jours a pour but de promouvoir le jazz belge hors de ses frontières.

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Le Belgian Jazz Meeting ? Qu’est ce qu’on y fait ?

On y écoute du jazz, bien sûr !

On y retrouve 14 groupes belges sélectionnés parmi plus de 160 candidatures.

On rencontre des journalistes, des programmateurs, des agents, d’Europe et du reste du monde.

On parle anglais, français, néerlandais, italien, allemand, finnois… parfois tout en même temps, dans une même conversation.

On noue des contacts.

On écoute du jazz !

On boit une bière. Ou deux. Ou plus.

On va se coucher trop tard. On se lève trop tôt.

On écoute du jazz !

On se balade sous la pluie.

On découvre des projets.

On discute, on s’interroge, on s’échange des avis.

Mais surtout… on écoute du jazz…

On écoute d’abord Lab Trio. La musique est acérée, les compos ciselées. L'ensemble est peut-être un peu trop cérébral. Le drumming de Lander Gyselinck, fin et précis répond parfaitement au jeu très inspiré de Bram Delooze. Quant à Anneleen Boehme (cb), elle maintient le cap avec juste ce qu’il faut de robustesse et d’ouverture.

On est soufflé par la prestation de Jean-François Folliez Playground. Le clarinettiste a réuni autour de lui une rythmique d’enfer (Janos Bruneel à la contrebasse, Xavier Rogé aux drums et Casimir Liberski au piano), et ça trace ! Pas un seul moment faible. Les compos sont pleines de surprises, avec des changements de directions qui surviennent sans crier gare et des solos qui racontent des histoires. Ceux de Casimir Liberski, par exemples, sont d’une fougue et d’une force surprenantes. Un groupe à suivre de très près !

On se laisse emporter par l’Heptatomic d’Eve Beuvens. Le lyrisme côtoie l’exaltation. Le bop se fait bousculer par le free. Les interventions de Benjamin Sauzerau (eg), Laurent Blondiau (tp) ou encore Sylvain Debaisieux (ts) sont toutes au service d’une musique très… vivante.

On se laisse bercer par le Kind Of Pink de Philippe Laloy (as, flûtes, voc). Les thèmes de Pink Floyd sont recolorés avec beaucoup de subtilité et d’intelligence pour en garder tout l’esprit et éviter la mauvaise copie.

On en prend plein le plexus avec MikMäâk. Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (as) réussissent sans cesse à renouveler la musique du combo, tout en lui gardant son identité. La musique semble se jouer par grappe : tantôt les cuivres, puis les anches, puis les cordes. Et tout est d’une cohérence et d’un groove étonnants. On retient, par exemple, le travail de Pascal Rousseau (tuba), Gregoire Tirtiaux (bs) – et son long solo tout en respiration circulaire est bluffant – Pierre Bernard (flûte) ou encore Claude Tchamitchian (cb).

On se repose comme on peut et, le lendemain, à onze heure du matin…

... on se concentre et on se laisse dériver par la musique très intimiste et très minimaliste de Joachim Badenhorst (cl, bcl) et Brice Soniano (cb). Le feulement, les respirations, les sons étouffés, les rythmes cachés et parfois déstructurés : voilà les ingrédients. Bien sûr, c’est un peu ardu… Mais quelle écoute. Quels échanges. Quelle qualité musicale !

On se fait plaisir avec le trio de Nathalie Loriers (p), Philippe Aerts (cb) et Tineke Postma (as, ss). Avec ces trois-là, la musique circule avec aisance. Les mélodies se développent avec autant de délicatesse que de fermeté. Le trio (sans batterie) arrive toujours à maintenir la tension, aussi bien dans les moments enlevés que dans les ballades. La classe.

On se balade dans le grand hall du Concertgebouw où se sont installés les différents acteurs du jazz belge (agents, maisons de disques, musiciens, associations) pour tenter d’accrocher les invités étrangers.

On vit l'installation "Loops" de Bart Maris.

On remet le prix Sabam au jazzman confirmé (l’incontestable Laurent Blondiau) et au jeune jazzman (Antoine Pierre est enfin récompensé, à juste titre, pour son travail avec Philip Catherine, LG Jazz Collective, TaxiWars et autres. On attend avec impatience son projet personnel, Urbex, qu’il présentera au Marni le 10 et à Liège (Cinéma Sauvenière) le 17. Et puis, on récompense aussi l’infatigable et incontournable Jean-Pierre Bissot (Jeunesses Musicales, Gaume Jazz et bien d’autres choses encore).

 

 

On applaudit Pierre De Surgères (p) et son trio. En se disant peut-être que le choix des morceaux rendait sa prestation un peu disparate.

On reprend un peu de LG Jazz Collective. Toujours impeccable. Concis, puissant et de mieux en mieux rôdé. Et puis, le groupe nous réserve toujours des petites surprises.

On prend une belle claque avec De Beren Gieren ! Le groupe de Fulco Ottervanger (p), Lieven Van Pée (cb) et Simon Segers (dm) vient de publier son dernier album chez Clean Feed. Cela donne une idée de l’esthétique musicale. Le trio est impressionnant, alliant complexité rythmique et harmonique avec une énergie débordante. De Beren Gieren mélange le jazz, le rock et les bidouillages électro. Et c'est très fort !

On subit le rock de Nordman. Le son est puissant, la musique est lourde. L’esprit est rock.

On se déhanche avec Black Flower. L’excellent groupe de Nathan Daems (ts, flûtes, kaval) mélange le jazz, la musique éthiopienne et l’afrobeat. C’est un tourbillon rythmique, ondulant et sensuel, avec une bonne dose de personnalité. Du haut niveau.

On se réveille difficilement dimanche matin.

On est subjugué par le talent insolent et la maturité des très jeunes Hendrik Lasure (p) et Casper Van De Velde (dm). Ces deux-là ont du culot, un sens du phrasé, du rythme et de l’échange. La musique est pleine de finesse, d’humour et de surprises. Schntzl (c’est le nom du groupe) est une révélation.

On s’émeut avec le projet « Secrets » de Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tb), Marine Horbaczewski (cello). Le trio a invité la chanteuse d’opéra Claron McFadden à chanter ou déclamer quelques secrets d’anonymes, parfois drôle, parfois très sombres, mais toujours très touchants. Poésie, musicalité, sensibilité. On est frappé en plein cœur.

On s’échange nos dernières impressions.

On se dit que cette édition était d’un tout bon niveau.

On espère que cela portera ses fruits.

Et on se dit que le jazz donne quand même un belle idée de ce devrait être ce pays.

 

 

 

Belgian Jazz 2015 by Belgianjazzmeeting on Mixcloud

 

 
 

 

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11/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 3

La pluie a fait son apparition ce matin en Gaume. Mais cela n'a duré qu'un instant. Cet après midi, le ciel est chargé, l'air est lourd, le soleil est un peu masqué, mais la pluie ne vient pas perturber le festival.

Dans la salle, il fait étouffant. C'est là que jouent Eve Risser (p, voc) et Yuko Oshima (mn, voc). Donkey Monkey est un duo qui allie jazz, rock, pop, musique concrète et... plein d'autres surprises. Le déjà déjanté « Can't Get My Motor To Start » de Carla Bley, par exemple, ne s’assagit pas sous les coups du piano préparé, de la batterie et des chants. Les deux artistes se font face. Yuko Oshima frappe les fûts avec intensité, les yeux rivés au plafond, tandis qu'Eve Risser plonge régulièrement dans les cordes de son piano et en retire des crissements, des explosions sourdes ou des sons étouffés qu'elle utilise parfois en loop. La musique est répétitive (un peu) inattendue et percussive (beaucoup), même si certains morceaux (« Ni Fleur, Ni Brume ») sont d'une délicatesse insoupçonnée. Étrange musique, bourrée d’idées et de folie, mais non dénuée d'humour, ce qui allège le propos qui pourrait peut-être sembler trop « cérébral ». Parfait !

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Une belle idée neuve, sortie tout droit de l'imagination fertile de Jean-Pierre Bissot, est de faire jouer deux groupes en même temps sur une même scène. Cela donne « concerts croisés » et permet à OakTree et Anu Junnonen Trio de proposer un relais musical étonnant.

Les points communs entre ces deux groupes sont le chant et l'amitié. Et c'est sans doute grâce à cela que les deux répertoires, pourtant assez différents, communient si bien ensemble. OakTree défend son jazz mi-folk, mi-poético-baroque, tout en acoustique, tandis qu'Anu suit un chemin plus pop (trip hop presque) et electro rock. D'un côté il y a Sarah Klenes au chant, le violoncelle de Annemie Osborne et l'accordéon de Thibault Dille qui rappellent les champs et la campagne. De l'autre, il y a la batterie d'Alain Deval, la basse électrique (et effets) de Gil Mortio et le chant et le clavier d'Anu Junnonen, qui évoquent la ville et le monde moderne. Chaque chanteuse a sa façon de raconter les histoires. Luminosité et finesse pour l’une, intériorité parfois sombre pour pour l'autre. Mais ici, pas de compétition, juste un beau moment de partage. Et une expérience totalement réussie.

On a accumulé un peu de retard quand Jeff Herr Corporation monte sur scène vers 18h45. L’album (Layer Cake) de ce trio luxembourgeois m'avait vraiment bluffé lors de sa sortie. On y trouve du punch, du groove, de l'énergie... Et sur scène, Jeff Herr Corporation n'a pas démenti, même si le concert était trop court pour laisser éclater tout le potentiel du groupe. C'est l'agencement rythmique qui donne une partie de sa saveur au trio. Il y a ce petit décalage, légèrement en avance ou en suspens, que l'on retrouve autant dans des morceaux « lents » (la reprise de « The Man Who Sold The World » de Bowie ) que plus enlevés (« Funky Monkey »), qui donne du relief et de la dynamique. Une fois lancée, l'impro fait le reste. Max Bender est souvent inspiré sans jamais céder à la démonstration (superbe intro sur « And So It Is ») et le soutien de Laurent Payfert (cb) – un son profond et sec à la fois – est un atout certain. Et le charismatique leader finit bien par se mettre en avant dans une impro final en solo sur (« Layer Cake »).

Nuevo Tango Ensamble mélange le tango argentin - bien entendu - avec le jazz, la bossa et même le chant coréen. En effet, le trio italien (vous commencez à deviner le mélange ?) a rencontré la chanteuse Sud-Coréenne Yeahwon Shin lors d'une tournée en Asie. Et c'est peut-être cela le Nuevo Tango : des rythmes argentins dans lesquels on sent les inflexions jazzy du pianiste Pasquale Stafano, (excellent de vivacité sur « Estate »), un jeu parfois bossa et ensoleillé de Pierluigi Balducci (eb), reliés – et quel lien ! - par le bandonéon virtuose et inventif de Giannu Iorio, et une chanteuse à la voix diaphane (sur un morceau qui emprunte un peu à « Love For Sale », façon Brésil, par exemple) qui flirte parfois avec le chant d'opéra. Les ballades, plus ou moins swinguantes ou légèrement mélancoliques, se succèdent avec juste ce qu'il faut de variations pour que l'on reste accroché. Un beau moment de délicatesse.

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Au Gaume Jazz, on n'a pas peur de mélanger les genres. C'est sans doute cela qui fait une partie du succès : des découvertes, des choses plus connues, des créations pointues ou plus aventureuses côtoient des musiques plus accessibles.

À l'église, par exemple, Eric Vloeimans (tp), Jörg Brinkmann (violoncelle) et Tuur Florizoone (acc) proposent leur vision d’une musique très cinématographique. Le lieu invite à l'intimité et le trio sait s’en servir. La trompette est feutrée, l'archet glisse sur les cordes et l'accordéon tourne autour des deux premiers pour moduler les sons et jouer avec la réverbération. Élégance, raffinement et qualité d'écoute.

Dans un tout autre style, la scène du parc accueille TaxiWars avec Robin Verheyen (ts, ss) Antoine Pierre (dm), Nic Thys (cb) et le leader de dEus, Tom Barman (voc). Et ça, bien sûr, ça ramène du monde ! Entre jazz (tendance free) et rock (pour l'énergie, mais aussi la rigidité) TaxiWars propose un set très efficace mais qui manque juste un peu de surprises pour qui connaît le disque… ou pour qui aime le jazz... D'ailleurs, c’est sur un morceau comme « Roscoe », joué en trio, que le groupe est intéressant et plus « libéré ». Alors, bien sur TaxiWars c'est la ferveur de Robin au sax, le jeu claquant de Nic (une impro/intro en solo admirable sur « Pearlescent »), le drumming furieux d’Antoine Pierre et les effets sur la voix sensuelle de Tom Barman… Mais tout cela est bien plus rock que jazz (...haaaa ! L'éternel débat !) ... Heureusement, j'aime le bon rock.

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Retour dans la petite salle pour découvrir celui qu’on dit être un phénomène à Barcelone : le jeune pianiste Marco Mezquida. Seul face au clavier, il propose directement une première et très longue impro sur un piano préparé, en s'aidant de petites clochettes et cymbales. Il opère en de longues vagues d’ostinati sur lesquels il construit, avec de plus en plus de force, des harmonies abstraites, entrecoupées de respirations mélodiques simples. On pense autant à John Cage qu’à Keith Jarrett. Mais aussi à Ravel, Debussy ou… à Duke. Il mélange la furie free aux thèmes courts et joyeux, comme dans un vieux film de Mack Sennett. Il alterne swing léger et valse. Il construit des thèmes pleins de blues et de notes bleues particulièrement bien choisies... Intelligent, drôle et inventif. Coup de cœur !

Il est près de minuit et la dernière carte blanche du festival 2015 échoit au tromboniste gaumais Adrien Lambinet. Celui-ci s'est entouré, outre du batteur Alain Deval qui l’accompagne dans son groupe Quark, de Lynn Cassiers (keys, voc) et Pak Yan Lau (p). Au programme, de la musique contemporaine, mélangée à l’electro rock, au groove et au jazz très ouvert. « Awake », le titre de son programme, est fait d'expérimentations : après avoir joué du carillon, la pianiste tire les fils reliés aux cordes de son instrument, Lynn trafique les bruits en tout genre avec son chant de sirène pour en faire des boucles. Deval répand des tempos aléatoires et Lambinet (à la manière d’un Gianlucca Petrella, parfois) lâche des mélodies qui se construisent par circonvolutions, de plus en plus larges et qui finissent par s'empiler les unes sur les autres. On flotte entre l’esprit mystérieux de musiques de films imaginaires, d'ambiant, de Kraut rock, de musique industrielle ou d’electro jazz. L'ensemble est intéressant mais, après tout ce que nous avons entendu durant trois jours, et à l’heure tardive du concert, il est un peu difficile d’en apprécier toutes les richesses.

Dans le parc, et à la fraicheur de la nuit, des irréductibles refont encore et toujours le monde... en jazz, bien entendu.

Gaume, une fois de plus, nous a bien fait voyager.

A+

 

 

 

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

21/08/2010

Massot, Florizoone, Horbacsewski.

Cinema Novo, sorti chez Home Records, c’est le nom de ce très bel album à la musique magique, poétique et hors du temps du trio Massot, Florizoone, Horbacsewski. Un album riche de sonorités si familières et si étranges à la fois. Un dosage subtil de mélodies, de lyrisme, de légers délires et d'improvisations ciselées. Lors du dernier festival Brosella, j’ai rencontré Tuur Florizoone juste après le concert qu’il donnait avec le trio.

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Comment s’est formé ce trio, comment vous êtes-vous rencontré ?

 

Il y a quatre ans, je pense, j’ai rassemblé mon courage et j’ai appelé Michel Massot, car je voulais monter un groupe avec lui et Laurent Blondiau. Ensemble, nous avons eu l’occasion d’accompagner un film au Café Central, à Bruxelles, et ça s’est très bien passé. Après cela, c’est Michel qui m’a demandé de jouer avec lui et une certaine violoncelliste qui n’était autre que Marine Horbaczewski. On a fait quelques improvisations ensemble et, petit à petit, on s’est constitué un répertoire. Rapidement, le groupe à été demandé pour des concerts avant même qu’il ne soit vraiment formé.

 

Au départ, il s’agissait d’improvisations. Il n’y avait pas vraiment d’objectif précis ?

 

Non, au début on improvisait et puis on s’est rendu compte que certaines petites mélodies fonctionnaient. En général, il s’agit de mélodies très simples. Et finalement, cela marche très bien avec le violoncelle car il y a du « fond ». Bien sûr, à l’accordéon, je peux aller très bas et Michel, au tuba, aussi, mais Marine peut également monter très haut. Il y a donc une association de couleurs très intéressante.

 

Qui écrit les morceaux ?

 

Michel Massot et moi, principalement. On amène chacun des thèmes qu’on travaille ensemble, que l’on enrichit. Et puis, on a beaucoup tourné ensemble, en Belgique, en France et aux Pays-Bas : ça soude.

 

Comment peut-on définir cette musique, quelles en sont les influences? C’est du jazz de chambre ?

 

Je pense que c’est de « la musique », simplement. Mais effectivement, « jazz de chambre », c’est pas mal, comme définition. On joue beaucoup sur l’acoustique. Mais avec un petit grain de folie qui nous fait dépasser les frontières. C’est toujours l’éternelle discussion de « quel genre de musique jouez-vous ? ». Je ne sais pas que répondre.

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C’est une musique très imagée. C’est amusant car, comme tu le disais, vous avez démarré en accompagnant un film, même si ce n’était pas le même groupe…

 

C’est imagé, oui, peut-être. C’est aussi dû au fait que Michel écrit de la musique assez rythmée, parfois un peu naïve - dans le bon sens du terme – avec des mélodies à deux ou trois voix. Moi, comme j’ai un instrument harmonique, je vais plutôt dans les couleurs et les modulations. C’est ça l’imagination. Mais nous avons aussi besoin d’un bon son, c’est important. Pour que le public soit à l’aise et nous renvoie quelque chose.

 

Marine compose aussi ?

 

Non, mais on la motive pour qu’elle le fasse.

 

Par contre, elle improvise beaucoup ?

 

Oui, beaucoup. Comme nous tous. Elle possède un instrument extrêmement riche. J’en suis presque jaloux. À l’accordéon, tu peux jouer quelques notes, tu peux en jouer deux, ou parfois trois, ou choisir un accord, ou faire quelques rythmes, mais la variation des sons chez Marine, ou même chez Michel au tuba ou au trombone, est immense. C’est intéressant de pouvoir aller au-delà des possibilités d’un instrument. De dépasser les clichés aussi.

 

C’est ce que tu essaies de faire avec ton accordéon, tu n’en joues pas de manière classique ou traditionnelle, tu joues avec le souffle, les bruits…

 

J’essaie de compléter ce qui n’est pas là. Parfois il faut mettre un petit tapis, sans prétention, ou alors au contraire être très prétentieux…

 

Pour l’instant, tu tournes dans quel circuit ? Jazz, folk, world… ?

 

C’est très varié. Je viens de terminer une création pour les fêtes de Gand, avec Michel et Marine, auxquels s’ajoutent Sabine Kabongo, Aly Keita, le joueur de balafon, Laurent Blondiau, Chris Joris, Nic Thys et Wendlavim, un batteur burkinabais ainsi qu’une chorale congolaise… En fait c’est une création sur le métissage. On a joué, il y a quelques jours à Gand et c’était très intense. C’est à la fois joyeux et mélancolique. Cela raconte l’histoire de métissage, parfois illégal, à l’époque de la colonisation belge au Congo. Beaucoup d’enfants sont nés de façon illégale. On essaiera de jouer encore après les fêtes de Gand, à Bruxelles ou ailleurs. Plusieurs dates sont déjà prévues pour l’année prochaine.

 

En ce qui concerne le trio, d’autres dates sont prévues également ? De nouvelles compos ? Un autre disque ?

 

Quelques dates sont prévues en septembre. Et puis, oui, on a de nouvelles compos et peut-être que nous enregistrerons fin d’année, je ne sais pas encore précisément.


 

 

A+

03/08/2010

Brosella 2010

Dimanche 11 juillet, il fait très chaud. Étouffant même. Heureusement, au Théâtre de Verdure, qui accueille le 34ème Brosella, à l’ombre des grands arbres, il fait respirable. L’ambiance est agréable et bon enfant, comme d’habitude. Malgré la Coupe du Monde, il y a énormément de monde devant les deux scènes, les allées, les sous-bois

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Il est près de 17h.30, sur le podium principal, voici Avishai Cohen. On le sent en très grande forme, il ne tient pas en place. Il emmène avec lui toute sa petite bande: Karen Malka (voc), Amos Hoffman (oud), Shai Maestro (p), Itamar Doari (perc) et le jeune Amir Bresler (dm).

 

Au-delà du jazz, sa musique est fortement teintée d’influences orientales et de musique juive. Tout est souvent dansant, joyeux et rythmé. Percussions et batterie se disputent les premiers plans. S’accompagnant à la contrebasse, Avishai pousse la chansonnette. Sa voix chaude se marie excessivement bien avec celle, très sinueuse et puissante, de Karen Malka. Passant de la guitare au oud, Amos Hoffman fait un travail remarquable de sensibilité et de dynamisme, soutenu par un Shai Maestro au piano souvent lyrique. Le bouquet final n’en sera que plus explosif («Almonos Pal Monte» ?) avec un dernier baroud de percussion et batterie

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On remonte vers la petite scène ou un nombreux public s’est déjà amassé, pour écouter Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tbn) et Marine Horbaczewski (cello). L’ambiance est très intimiste, mais non dénuée de surprises rythmiques, de ruptures, de sons bizarres ou d’ambiances fantomatiques initiées principalement par l’imprévisible Michel Massot. Les influences sont nombreuses et parfois indéfinissables, on flotte entre des folklores de l’Est, musique de chambre, blues, ou valse. C’est souvent très imagé, parfois mélancolique. Il y a quelque chose de légèrement suranné et de moderne à la fois… Univers très personnel et envoûtant. Mais, Tuur Florizoone en parle sans doute mieux… (Interview à lire ici très prochainement).


Sur la grande scène, un grand orchestre. C’est celui qu’a réuni Pierre Anckaert dans un pari assez «casse-gueule». Autour de son quintette (Mimi Verderame (dm), Guy Nikkels (g), Stefan Bracaval (fl) et Hendrik Vanattenhoven (cb) ), il a invité l’ensemble de musique de chambre Odysseia et nous présente son projet «String Attached» (sorti chez Prova). C’est casse-gueule et pas facile. Seulement voilà, Pierre est un malin, et il gère tout ça avec beaucoup d’élégance et d‘intelligence. Les cordes soulignent et mettent en valeurs des compositions très mélodiques, sans jamais y ajouter le côté sirupeux que peut piéger ce genre d’exercice. On pense un peu à Roger Kellaway Cello Quartet (oui, je sais c’est une référence pour moi). Tout est légèreté et toujours swinguant. Et puis, quand Anckaert invite le bandonéoniste Michael Zisman, sa musique se colore d’un subtil lavis sensuel («Mist Call»). Ajoutez à cela le souffle de velours de la trompette de Bert Joris et le tableau est complet.

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Avant d’inviter Bai Kamar Jr. sur la petite scène du Brosella, Ivan Paduart et son quartet déroulent un jazz swinguant et chatoyant. Dans la tradition neo-bop, Toon Roos (ts, ss) enveloppe les mélodies avec tendresse et pétillance («Song For Obama»). Comme souvent chez Paduart, c’est la délicatesse et le lyrisme qui priment. Entre ballade et bop bien senti, le voyage est agréable. L’arrivée de Bai Kamara Jr. ajoute une touche plus soul à l’ensemble. La voix grave et chaude est légèrement graineuse. Un peu crooner, un peu chanteur pop, il fait penser inévitablement à Marvin Gaye

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22h.30, final avec Roy Hargrove. Démarrage en trombe («I’m Not Sure»), sans se poser la moindre question, ça sonne et ça bop. La trompette est fière, claire et puissante. Le jeu d’Hargrove est fluide et lumineux. À ses côtés, Justin Robinson (as) énonce les phrases courtes avec dextérité et vivacité. Un groove d’enfer, mêlant roots et modernité, jaillit. Et puis, au piano, semblant de rien, Jonathan Batiste impose un jeu des plus particuliers. Un peu en avance du temps, déstabilisant légèrement le tempo, accentuant les creux, jouant les notes muettes, suspendant un accord… une sorte de Monk moderne (s’il est possible d’être plus moderne que Monk !).

 

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Ameen Saleem (cb), utilisant sa contrebasse comme perroquet pour son chapeau, et Montez Coleman (dm) attisent les rythmes, maintiennent la pression. Aucun temps mort : les ballades («In A Sentimental Mood») s’enchaînent aux thèmes soul les plus endiablés («Low-life» de Donald Byrd?). L’étonnant Jonathan Batiste continue à inventer des phrases de façon tout à fait originales (c’est un pianiste à suivre de près, assurément). Plusieurs fois, Roy s’approche du bord de la scène, scrute les abords. Puis, on le sent venir… «Strasbourg, Saint Denis» éclate après l’intro insidieuse à la contrebasse. Ça éclate tant et plus. Et Roy s’approche de plus en plus du bord…

 

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«Soulful». Et voilà ! Il descend de la scène et fend le public incrédule. Le voilà parti dans les travées du Théâtre de Verdure, trompette aux lèvres. Tour de chant ! Il remonte sur scène (sans l’aide de personne, nom de Dieu !!!).

Il est plus de minuit trente, un à un, les musiciens quittent la scène. Spectacle total, magique, merveilleux.

Pour ceux qui n’étaient pas présents ce dimanche-là, séance de rattrapage au Gouvy Jazz Festival, le 7 août. À ne pas rater.

Brosella 2010 peut s’endormir, tranquille, jusqu’à l’année prochaine. Des journées comme celles-ci, on en redemande.

 

14/05/2010

Si on chantait ?

Tout le monde chante!

Tout le monde ne sait pas chanter, mais tout le monde chante! Du rock, de la chanson française, du rap, de la pop ou… ou du jazz.

Le jazz vocal est aussi diversifié que le jazz «tout court». Il y a autant de style de jazz vocal que de style de jazz. Ça semble assez logique d’ailleurs. Le jazz est en grande partie basé sur l’improvisation. Et l’improvisation, c’est comme une conversation (vous savez ce que vous allez répondre quand vous ne connaissez pas encore la question, vous?).

Une conversation peut être simple, intellectuelle, intelligente, drôle, sans queue ni tête, impertinente, grossière, revendicative…

Elle peut être convenue et banale aussi. Heureusement, pas de ça ici.

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Voici une courte (très très courte) sélection de disques «qui chantent» et que j’ai écouté ou réécouté dernièrement, et qui méritent qu’on y tende une oreille, voire deux.

Stilte, qui sera en concert ce samedi à la Jazz Station (vite, vite, il est encore temps!) est un jeune duo français. Loïs Le Van (Chant) et Aliocha Thévenet (guitare acoustique) se sont connus à Lyon. Le premier s’est «expatrié» en Belgique pour y suivre les bons conseils de David Linx, après avoir travaillé avec Kurt Elling et Thierry Péala, entre autres. Loïs, fait également partie de l’excellent ensemble «Brussels Vocal Project». Aliocha s’est d’abord nourri de la guitare classique avant d’aller croquer du rock, de la musique contemporaine et du jazz.

Un duo, ça peut paraître austère, surtout que Stilte s’est fixé une ligne de conduite qui pourrait sembler étroite. Pourtant… Pourtant, l’alchimie qui naît entre nos deux musiciens fonctionne à merveille, et elle est, évidemment, indispensable à la réussite de cet exercice périlleux. Le sens des mots se mélange au sens des sons. La voix de Loïs suit les méandres des harmonies, égrainées avec beaucoup de sensibilité par Aliocha. Il émane de ce chant une couleur toute particulière, et de cette voix, une sensibilité et une fragilité touchante. Le groupe cultive le sens de la poésie, y mélange les vocalises et les paroles en formes de montagnes russes, sans jamais tomber dans la démonstration. C’est tantôt joyeux et frais, tantôt plus introspectif. Le duo nous emmène dans un joli voyage poétique où l’on se surprend à respirer. Un peu comme lorsque l’on ouvre la fenêtre d’un train qui traverse tranquillement une campagne ensoleillée.

Dans un autre style, Nathalie Natiembé (j’en entends déjà crier: «C’est pas du jazz, c’est pas du jazz!»…) possède une voix qui vient vous chercher. Une voix légèrement voilée, un peu abîmée par la vie. Une voix grave et patinée. La musique oscille, la plupart du temps sur des rythmes lancinants, entre blues et désillusion. Les textes sont pétris d’images fortes et de combats, chantés en créole réunionnais, ce mélange d’africain et de français phonétique. L’arrangement musical vous prend au ventre dès les premières minutes. Il faut dire que Nathalie Natiembé s’est entourée, pour ce disque, de la paire Cyril Atef (perc) et Vincent Ségal (violoncelle électrique), autrement dit: de Bumcello. Du coup, malgré l’ambiance assez lourde, on y retrouve toute la luminosité d’un groove contenu. On se balade dans un blues des îles en quelque sorte, celui de l’Île de la Réunion. Pas de World Music ici (du moins dans le sens galvaudé utilisé actuellement) mais une fusion entre un chant ethnique et un son très actuel.

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J’ai ressorti aussi l’album de Barbara Wiernik, «Soul Of Butterflies». Et j’y ai pris beaucoup de plaisir. Du moins en partie. Barbara a une voix magnifique et une technique irréprochable. Sa musique douce-amère nous fait voyager entre le bonheur, la douceur et la mélancolie. Elle est accompagnée magnifiquement par Tuur Florizoone (acc) qui donne une couleur indélibile à l’ensemble de l’album, Fabian Fiorini (p), Laurent Blondiau (tp), Nic Thys (cb) et Yves Peeters (dm). La plupart des titres, chantés en anglais, font mouche. J’ai un peu plus de mal avec les titres français. Trop alambiqués? Trop «chanson française» pour moi? Je ne sais pas, mais j’accroche nettement moins. Par contre «My Old Man» (de Joni Mitchell), en duo avec un éblouissant Nicolas Thys à la contrebasse, «You Don’t Know What Love Is», et surtout «Army Dreamers» (de Kate Bush) sont de pures merveilles. À venir découvrir sur la Grand Place de Bruxelles lors du prochain Jazz Marathon pour vous faire votre propre opinion.

Découverte, pour moi, de l’univers de Claudia Solal. On adhère ou pas, c’est selon, mais moi, j’y ai plongé avec délectation. Claudia Solal (oui, oui, la fille de Martial) chante comme on raconte les histoires de Lewis Carroll. Sa voix est comme hantée par l’opéra et la comédie musicale. Elle flotte au-dessus d’une musique étrange, mystérieuse et pleine de sensations. Benjamin Moussay y distille des notes de piano aux reliefs décalés, y injecte des bruits épars, des mots volés et des rires d’enfants. Joe Quitzke (dm) déstabilise les rythmes, les habille d’ornements insolites. Jean-Charles Richard dépose d’élégantes et lyriques phrases au saxophone (baryton ou soprano). Parfois, une touche de violon ajoute au côté désuet de l’aventure avant que la rythmique ne nous renvoie dans un tempo groovy et contemporain. On est happé par le tourbillon de «Blocks», on titube sur les recherches éthyliques et brumeuses de «But The Birds Above», on est intrigué par le long poème/suite plein de chausse-trappes de «The Winter Of Our Discontent» (inspiré de Shakespeare). Bref on nage dans un univers fantasmagorique, sensuel et excitant. Alors, on se réécoute l’album et l’on découvre encore de nouvelles histoires cachées. Des histoires sans fin. Un vrai délice.

 

On va s’arrêter ici pour l’instant (la suite, ce sera pour plus tard). Juste le temps de vous dire, et pour terminer en chansons, que Mélanie De Biasio sera le 24 au Music Village et le 25 à Charleroi, Véronique Hocq le 20 à Soignies et le 28 à Chapelle-Lez-Herlaimont et Chrystel Wautier le 27 au Rideau Rouge à Lasne…

 

A+

 

12/10/2009

Le premier mercredi des Lundis

 

Soirée d’ouverture des Lundis d’Hortense, mercredi 30 septembre à la Jazz Station. Un monde fou. Cette année, plutôt que la traditionnelle jam festive (c’est souvent bien mais parfois un peu désordonné), les LDH ont eu l’idée de donner «carte blanche» à un musicien.

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C’est  à Tuur Florizoone qu’est revenu le privilège – et la lourde responsabilité – d’organiser le concert. Et il n’a pas choisi la facilité. Pourtant, comme me le disait Jan de Haas, il a réalisé l’impossible : rassembler un maximum de jazzmen et, en plus, élaborer un programme complet, construit et bien pensé.  Et Tuur n’a décidément pas ménagé ses efforts, puisqu’il a également re-arrangé certains morceaux suivant la configuration des différentes formations et des instrumentistes.

Ainsi, on débute par un classique pop revisité jazz (« Don’t Stand So Close To Me » de Police magnifiquement chanté par Barbara Wiernik et (??) qu’accompagne Tuur) pour terminer par une version déjantée de «Good Bye Pork Pie Hat» interprété par un big band de soufflants.

Entre ces deux beaux moments, on suit une évolution intéressante et toute en souplesse au travers de différents courants jazz. Tour à tour, les musiciens se succèdent sur scène. Duo, quartette, quintette, big band, tout s’enchaîne avec une incroyable fluidité et il n’y a aucun temps mort. Chapeau Monsieur Tuur.

On retrouve ainsi sur scène Jean-Louis Rassinfosse (cb), Stephan  Pougin (dm), Alain Pierre (g) et Alexandre Cavalière (violon) pour accompagner Tuur dans son «Café Terminal». Le titre est tiré de la bande originale de l’excellent film «Aanrijding in Moscou» (ou «Moscow, Belgium») qui a reçu plusieurs prix à travers le monde, dont celui de la Critique à Cannes, et qui est passé un peu trop inaperçu du côté francophone de notre pays (no comment…).

Le mariage accordéon et violon est flamboyant et le final explosif.

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Direction le Brésil avec «Evinha, Minha Vizinha» à bord d’un Tricycle (Philippe Laloy (ss) et Vincent Noiret (cb) ) augmenté de Jan de Haas (dm), Henri Greindl (g). Détour du côté de chez Garrett List avec un morceau qui lui est dédié («To Autumn») dans lequel on peut entendre le chant déchirant -  presque un cri, un râle – de Barbara Wiernik. Impressionnant.

Puisque Pirly Zurstrassen (p) est sur scène, on enchaîne avec le très slave et très dansant «H dance». On y retrouve une bonne partie du groupe Musicazur, dont le virevoltant Kurt Budé à la clarinette. Dans la salle archi-comble (c’est une épreuve pour atteindre le bar) l’ambiance est joyeuse, décontractée, conviviale. Le bonheur se lit sur le visage de tous les spectateurs et des musiciens. Tuur sait y faire. Alors, il nous donne un peu de tendresse et de calme avec une belle, triste et lente ballade («Epilogue») avant de nous ramener sur la route de la fête avec «Un, Deux» qui fleure bon la musique tzigane. Ils sont de plus en plus nombreux sur scène (Toine Thys, Thomas Champagne, Fred Delplancq, Daniel Stokart et plein d’autres) pour fêter un «Mum’s Birthday» enchaîné à un «Double Booked» très Mingusien. Joli prologue quand on sait ce qui va suivre.

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On remplit encore un peu plus la scène et l’on ajoute David Devrieze, Joe Higham, Pierre Bernard et d’autres encore, pour accompagner Jereon Van Herzeele, en soliste frénétique et volcanique, sur un «Good Bye Pork Pie Hat» éclatant.

Carton plein !

Mission accomplie, la jam peut commencer.

 

 

Quant à moi, je discute longuement avec Pierre Bernard, avec Jereon Van Herzeele (qui me ramène des nouvelles peu réjouissantes de Jean-Jacques Avenel), avec Alain Pierre et puis plein d’autres amis… et finalement, je refais le monde avec Fabrice Alleman (déjà écouté le superbe «The Duet» avec Jean Warland ?)…

 

Les Lundis, c’est tous les jours la fête des jazz.

 

A+

 

15/08/2007

aNoo et T&T au Brussels Summer Festival

Alors, dit-on « Brussels Summer festival » ou « Euritmix » ?
Bon, apparemment, on dit « Brussels Summer Festival ».

Dimanche soir, après un week-end chargé, j’ai réussi à aller écouter, Place d’Espagne, aNoo et T&T (alias les frères Thys).

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Dans le joli chapiteau tout en bois et vitraux du Magic Mirror, c’est d’abord Anu Junnonen à la voix frêle, entourée de Tuur Florizoone à l’accordéon, d’Yves Peeters à la batterie, de Yannick Peeters à la contrebasse et de Dree Peremans au trombone qui vient nous servir ses fraîches compositions.

Avec eux, on voyage dans un pays imaginaire, entre valse, folklore pop et jazz.
La musique, souvent emprunte de mélancolie, m’évoque l’image de glaciers qui fondent. Une sorte d’abandon, même si l'on y trouve toujours un groove léger en soutien («Luckless Lands Of The North» ou «Little Girl»).

Bien qu’on sente parfois de légers fléchissements dans le chant (faut dire qu’elle ne choisit pas la banalité non plus), on reste subjugué par Anu lorsqu’elle entame a capella «Shining Hour».
Le trombone emboîte le pas et se calque sur le chant. L’accordéon vient illuminer la mélodie. La chanteuse est éblouissante dans ses vocalese.

Puis, Tuur invente le vent qui souffle.
Il invente le ressac de la mer.
On échoue alors sur les plages finlandaises qui permettent à Anu de chanter dans sa langue maternelle («Armahan Kulku»).

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Le drumming souple et groovy d’Yves Peeters fonctionne parfaitement avec le jeu vif, mélodique et enrobant de la bassiste.

Le groupe n’hésite pas non plus à chercher des pistes plus aventureuses, à se perdre dans des chemins non balisés. Ensemble, ils découpent un morceau jusqu’à le mettre en pièce pour mieux le reconstruire. Et s’offrir une musique presque dansante.
Puis, le batteur propose différents tempos en intro de «Cherry Tree» avant que le groupe ne revienne, pour le rappel, avec un étonnant mais superbe «Everybody’s Got To Learn Sometimes» de ces bons vieux Korgis.

L’album de aNoo est sorti sur le dynamique label Home Records.

Si vous n’avez pas froid aux oreilles, offrez-vous ce joli frisson.

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En deuxième partie de soirée, ce sont Nick et Toine Thys qui venaient présenter leur dernier projet : T&T.
Au contraire de ce que peut faire penser le nom de ce quartet (car c’est un quartet: Jacques Piroton à la guitare et Owen Hart à la batterie), il n’y a rien d’explosif ici.

Oh, bien sûr ça ne manque ni de nerf ni de swing, mais ici, tout est dit avec finesse et agilité.
Sans pour autant s’imposer à tout prix, la contrebasse de Nick est bien mise en avant sur certains thèmes. Mais les espaces sont bien gérés, l’esprit de groupe est prépondérant et la musique circule avec fluidité.

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Le jeu de Toine (sax) semble aussi assez apaisé. On dirait parfois du Dexter Gordon ou du Rollins. Avec, en plus, cette pointe de jazz actuel qui nous vient de New York.
Une sorte d’énergie contenue.
Est-ce dû au drumming très personnel d’Owen Hart (qui trouva mieux ses marques au fil des thèmes, d’ailleurs) ?
Au jeu de Nick qui a passé pas mal de temps dans la grosse pomme ces dernières années ?
Ou simplement au jeu vraiment exceptionnel de Jacques Piroton ?

Piroton m’étonne à chaque fois. Il possède un touché unique.
Il dose parfaitement ses effets. Jamais il ne tombe dans l’excès ni le mauvais goût (pas comme certains, à la crinière épaisse, venus d'Outre Atlantique... Suivez mon regard). Ici, ça groove, ça invente… bref, ça joue.

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Quelques ballades («Year», «Alice and Mary» (??)), un peu de blues («Strange Meeting» de Bill Frisell), une relecture assez swingante de «Viking Two» (que l’on connaît dans la version tonitruante de Rackham), un peu de calypso («Thirthy-One The Thenth» (??)), ou encore un excellent «Emergency Staircase» au groove hypnotique et tout en aspiration: voilà un beau mélange qui fait la richesse de se «nouveau» groupe.

Espérons d'ailleurs qu’ils auront encore souvent l’occasion de jouer ensemble, car lorsque l'on entend leur reprise (explosive, pour le coup !) de «It’s About That Time» de Miles, on se dit qu’ils en ont encore sous la pédale…

A+


31/05/2007

Le Jazz Marathon et une jam. (Part3 et fin)

Oh la belle affiche !
À celle de départ, se sont ajoutés les vainqueurs du «XL-Jazz New Talents»: Collapse.
Je ne vais pas revenir sur leur concert, qui fut très bon, et qui me conforte dans le choix qu’avait pris le jury.
Ce qui me frappe aussi, avec ce groupe, c’est l’aisance, le contact avec le public et la facilité d’enchaîner les morceaux.
On n’attend pas des plombes que le groupe se décide à jouer tel ou tel morceau.
C’est (presque) rôdé.
C’est ce qui manque parfois, si je peux me permettre, à certains (jeunes) groupes de jazz.
Après tout, la scène, même si c’est du jazz, c’est aussi du show.

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Le contact facile, c’est une des qualités de Pirly Zurtrassen. Il adore raconter la genèse et les anecdotes de ses compositions.

Après «H», que je n’ai jamais eu l’occasion de voir sur scène et «Musique à Neuf», Pirly présente «Musicazur» et le répertoire de son dernier disque: «…Prend l’air».

On navigue toujours (on vole plutôt) dans le même esprit, c’est-à-dire entre jazz, folklore imaginaire, musique tzigane ou celtique avec joie et délicatesse.
Au piano, Pirly est presque effacé, laissant à Kurt Budé ou Daniel Stokart la liberté d’interpréter ses thèmes virevoltants.
Les deux souffleurs sont entourés par Tuur Florizoone et Alexandre Cavalière. L’idée de mélanger accordéon et violon ne semble pas évidente au départ et pourtant, le résultat est tip-top.
Pirly abandonnera même son piano, le temps d’un morceau, pour accompagner ses amis à l’accordéon.
Il faut souligner aussi l’excellent jeu de percussions de Fred Malempré tout au long du set, ainsi que Piet Verbiest à la basse très … musicale.

Voilà déjà deux beaux moments sous le soleil…

Et la suite ne sera pas décevante.

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Je les avais raté lors du Festival Jazz à Liège, et je fus heureux de les voir sur la Grand Place ce dimanche : Ruocco – Rassinfosse – Simtaine.
Du costaud.
Fort de leurs retrouvailles qui ont donné naissance à un album, «Ghost Of A Chance», sorti récemment, nos trois icônes du jazz belge (mais oui, Ruocco est belge, allons allons…) nous ont offert une belle relecture de quelques standards.
«What I’ll Do», «Sweet Lorraine» ou encore «I’m Getting Sentimental Over You» sont interprétés avec un bel aplomb et présentés avec beaucoup d’humour.
Jean-Louis Rassinfosse est fidèle à lui-même: basse hyper mélodique et nerveuse. Felix Simtaine frappe sèchement ou sensuellement ses fûts avec précision. Et John Ruocco est à la fois lyrique et concis: attaques sèches et développements tout en subtilités.
Aaaah, le beau trio jazz que voilà…

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Changement de style à nouveau, avec l’excellent projet «Rajazz» de Manu Hermia .
La fusion entre les ragas indiens et le jazz modal n’empêche pas la pluie de s’inviter au concert.
Cependant, le public reste.
Il faut dire que la musique de ce groupe a quelque chose d’envoûtant de par son développement tout en intériorité et ses dénouements explosifs.
«Indian Suite» ou «Rajazz» sont deux thèmes magnifiquement écrits où peuvent s’exprimer avec beaucoup de liberté Lieven Venken (dm) qui alterne fougue et retenue, Erik Vermeulen dont vous savez déjà tout le bien que j’en pense et Sam Gerstmans, de plus en plus à l’aise dans cette formule, et qui assure un max à l’archet, preuve – s’il fallait encore le démontrer – qu’il fait partie des grands bassistes belges.

Le concert se termine sous une pluie qui redouble d'intensité.

On craint un peu pour la suite de la soirée.

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Mais les pirates du jazz que sont Rackham font reculer le crachin et les gros nuages.

Le tonnerre est sur la scène !

Ce soir, Toine Thys et ses flibustiers nous la jouent plus rock encore que d’habitude.
L’énergie et le punch ramènent devant le podium le public qui s’était abrité sous les arcades de la maison communale.
Laurent Blondiau et Toine monteront en puissance tout au long du concert.
Il faut dire que derrière, ça «envoie».
Benjamin Clément met le feu avec des solos de guitares puissants, François Verrue (eb) et Teun Verbruggen, qui cassera plus d’une baguette ce soir, assènent un beat d’une virilité phénoménale.
«Spine», «Juanita K.», «Viking 2» ou «Schmoll» emportent tout sur leur passage…

Rappel obligatoire… même si l’horaire est dépassé.

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Je décide d’aller prendre un simple dernier verre au Kûdeta où est organisé une jam.
Juste un verre, promis…

Je n’en sortirai que vers 4h.

Il faut dire qu’on retrouve dans ce sympathique et étroit établissement, plein à craquer, Michael Blass, Ben Ramos, Christophe Astolfi, Etienne Richard, François Garny, Cedric Raymond, Bilou Donneux que rejoindront ensuite Robin Verheyen, Manu Hermia, Lieven Venken, Toine Thys, Renaud Crols, Teun Verbruggen etc…

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On y verra aussi la bande à Mélanie De Biasio: Pascal Mohy, Pascal Paulus, Axel Gilain, mais aussi Sergio, Rosy, Jacobien, Mariana Tootsie, Manolo Cabras, Marek Patrman, un talentueux et sympathique trompettiste américain que je ne connaissais pas: Rolf Langsjoen, arrivé récemment à Bruxelles, ou encore l’incroyable guitariste espagnol Andreu Martinez qui avait joué la veille (et que je n’ai pas vu…) avec son groupe sur la place d’Espagne (et à l’écoute de son disque, je le regrette).

Bref, j’oublie certainement plein de monde.
Ça joue, ça transpire, ça rigole, ça discute… quel beau final.

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Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Hummm… je me répète il me semble.
Je vais me reposer un peu.

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A+

14/03/2007

Post It pour fin de semaine

L’agenda est chargé.
Je me demande même parfois comment gérer, à l’avenir, la liste des concerts qui s’accumulent dans la colonne de droite de ce blog.

Et comment faire, surtout, pour aller les écouter?

Il m’arrive parfois d’aller voir deux concerts à la suite, quand les horaires le permettent.
Mais parfois, il faut faire des choix…
C’est pénible.

Prenons la date du « 15 », par exemple… Quel dilemme!
Nicolas Kummert au Küdeta ? Ben Prischi au Sounds ? Arthur Kell au Music Village ? Machado – Liebman à Bruges, Tricycle au CC de Woluwe ?

Surtout quand on sait que McCoy Tyner sera à Flagey (le 14 et le 15).

McCoy… Le fidèle pianiste de John Coltrane

Regardez ça…



Qui y a-t-il au-dessus de Coltrane? Dieu...? Encore faut-il qu'il existe.

Bref, la concurrence est rude, non ?

Comme j’écoutais ce matin encore le dernier album «King Size» de Tuur Florizoone et son Tricycle (Philippe Laloy et Vincent Noiret), je me dis que si je le pouvais, j’irais l’écouter ce jeudi soir.

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J’aime beaucoup Tuur et sa façon de relier les différents univers.
Du jazz, du folk des Balkans, des ambiances plus latines…
C’est guilleret, puis c’est sombre. C’est touchant, puis c’est frivole.
C’est toujours émouvant.
Alors, pourquoi ne pas passer une belle soirée au CC Woluwe , hummm ?

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Et le 16… vous pensez que c’est plus simple ?
Paolo Radoni au Sounds ? Michel Hatzi en solo à la Jazz Station ? Take The Duck au Music Village ? Pierre Van Dormael et Hervé Samb à l’Arts-O Bases ?

Perso, j’irai sans doute écouter le duo à l’Arts-O-Bases (Je suis sûr que Paolo, Michel ou Toine ne m’en voudront pas cette fois-ci. Et puis, il n’est pas dit que je ne repasse pas par le Sounds après…).

Je suis curieux d’entendre ces deux guitaristes. Le professeur et l’élève.
J’avais vu Hervé Samb (photo floue) avec David Murray lors de son concert à Flagey .
Puis, je suis curieux aussi de redécouvrir (après pas mal de temps) le «nouvel» Arts-O-Bases !
Déjà que le site web est remodelé… !!

Je vous raconterai mes impressions.

En parlant de nouveau site, j’ai remarqué que celui de Igloo Records a lui aussi été remanié. Et de belle façon.
C’est plus clair et plus fourni.

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C’est ainsi que j’ai vu que l’album de Mélanie De Biasio était prêt à sortir !
A moins qu’il ne soit déjà en vente lors de ses concerts ?
Ça tombe bien, Mélanie sera au Music Village ce dimanche soir…

Et entre vendredi et dimanche, il y a le trio de Michel Bisciglia à la Jazz Station.

Mais… quand est-ce qu’on rentre chez soi, alors ?

A+