05/09/2017

Belgian Jazz Meeting 2017

Tous les deux ans, le Belgian Jazz Meeting permet aux organisateurs, programmateurs et journalistes internationaux de faire connaissance avec une belle sélection d’artistes belges. Douze, en l’occurrence. Ces derniers ont trente minutes pour convaincre. Une belle opportunité à saisir, même si l’exercice n’est pas simple.

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L’édition 2017 se déroulait ce premier week-end de septembre à Bruxelles, au Théâtre Marni et à Flagey. L’organisation était parfaite, pro, simple et décontractée, bien dans l’esprit du petit monde du jazz belge.

Tout a donc commencé le vendredi soir avec le concert de Lorenzo Di Maio.

Fidèle à mes (mauvaises) habitudes, indépendantes de ma (bonne) volonté, j’arrive juste trop tard pour assister à sa prestation. Bien que je connaisse assez bien Lorenzo et son groupe pour avoir assister à nombre de ses concerts, j’aurais bien aimé le voir et l’écouter dans les conditions un peu particulières de ces showcase. Tant pis pour moi.

C’est alors au tour de Jozef Dumoulin de se présenter en solo. Devant son Fender Rhodes, ses dizaines de pédales d’effets et autres gadgets électroniques, le grand claviériste propose un set assez… radical. Bruitiste, avant-gardiste, chaotique, presque abstrait, voire… hermétique. Avec tout le respect que j’ai pour Jozef et sa créativité débordante, qui d’habitude me transporte, j’avoue être passé totalement à côté de ce concert… Je n’ai jamais compris où il voulait nous emmener. Et pourtant, je suis loin d’être réfractaire à sa musique, bien au contraire. Une autre fois peut-etre ?

Après une coutre pause, c’est Drifter (emmené par Nicolas Kummert, Alexi Tuomarila, Teun Verbruggen et Axel Gilain) qui propose une musique bien plus accessible, à la fois lyrique, tendue et finement arrangée. Drifter mélange avec beaucoup de sensibilité et d’à-propos des groove africains, de la folk, de la pop, de l’ambiant ou de la chanson (ce sera d’ailleurs la seule occasion, durant tout ce meeting, d’entendre du chant...). La musique est généreuse, pleines de couleurs différentes, d’interactions entre les musiciens. Ceux-ci s’amusent, prennent du plaisir et, emportés par leur élan, dépassent un peu le temps qui leur été imparti… On ne leur en voudra pas car on s’est plutôt bien amusé. Ce groupe continue à prendre de l’épaisseur et l’ensemble est très convaincant.

C’est donc avec un peu de retard sur l’horaire que le trio de Mattias De Craene clôt la première journée. Avec deux batteurs (Simon Segers et Lennert Jacobs), le saxophoniste propose une musique de transe, presque tribale, très puissante. Tout comme le son - poussé au maximum et à la limite de la stridence (surtout que le saxophoniste use aussi d’effets électro) qui gâche un peu l’érotisme brut que pourrait provoquer cette musique - l’intensité monte rapidement. Et elle y reste. L’ensemble est assez brutal et agressif et manque sans doute parfois d'un peu de subtilité. Mais cela doit sans doute être très efficace sur une scène de festival... pas nécessairement jazz.

Le samedi matin, c’est à Flagey que l’on avait rendez-vous.
D’abord avec Linus, le duo formé par le guitariste Ruben Machtelinckx et le saxophoniste Thomas Jillings. Voilà qui est parfait pour débuter la journée en douceur car ici, tout est fragilité. Les mélodies se construisent par fines couches harmoniques, magnifiquement brodées. La musique, méditative et contemplative, est pleine de reliefs et se nourrit de blues, de musique médiévale, de musique sacrée. Les musiciens sont complices, restent attentifs l’un à l’autre et donnent vraiment de l’âme à ces compositions diaphanes. Très, très beau moment.

Avec Antoine Pierre Urbex, on retrouve le groove, les surprises rythmiques, les variations d’intensités. Et une véritable fluidité dans l’exécution. L’énergie est canalisée, maîtrisée. L’adrénaline monte au fur et à mesure. Le set est extrêmement bien construit. Les interventions de Jean-Paul Estiévenart (tp) sont toujours brillantes, de même que celles de Fabian Fiorini (aussi incisif que décisif), sans oublier celles de Bert Cools à la guitare électrique. La complémentarité des deux saxophonistes (Toine Thys et Tom Bourgeois) est parfaite et le soutien de Felix Zurtrassen à la basse électrique est précis, solide, infaillible. Quant aux dialogues entre le batteur et Fred Malempré aux percus (qui ensoleille certains morceaux avec bonheur) ils sont d’une évidence même. Ajoutez à cela une pointe d’humour et d’impertinence et votre matinée est réussie.

Après un lunch très convivial et un brainstorming autour du prochain Jazz Forum, on se retrouve au Théâtre Marni pour se prendre sans aucun doute la plus belle claque du week-end !

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq, le trio infernal !

Mélangeant le jazz, la transe, le free, l’impro libre, les mesures composées… le trio nous a emmené très loin, très haut et très vite. Et, au vu de la réaction du public (une quasi standing ovation !!!), je crois pouvoir dire que nos trois musiciens ont marqué des points. C’était du plaisir à l’état pur. L’essence même du jazz. Des échanges, des surprises, de la complicité, des prises de risques et une envie terrible de raconter des histoires de façon originale, moderne, intuitive et intelligente. Jubilatoire !

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J’attendais beaucoup de Dans Dans pour ses mélanges entre pop et jazz, entre trip hop, ambiant et impros… Et je suis resté un peu sur ma faim. Le trio nous a servi un set quasiment rock (avec Bert Dockx en guitar hero) où tout était poussé à fond… quitte à oublier les variations, les tensions et les relâchements. On y a eu droit, un tout petit peu, avec la reprise du « The Sicilian Clan» d’Ennio Morricone

De jazz, il en était beaucoup plus question avec Animus Anima.

Ce sextette, composé de Nicolas Ankoudinoff (ts), Bart Maris (tp), Pascal Rousseau (tuba), Stephan Pougin (percus), Etienne Plumer (dm) et, pour l’occasion, l’excellent Gilles Coronado (eg), défend une musique assez ouverte, sophistiquée, nerveuse, parfois complexe. Et fraîche. Le plaisir est immédiat car tout est délivré avec énormément de souplesse et d'une pointe d’humour. Ici aussi, ça échange, ça ose, ça bouge. On laisse de l’espace pour des solos ou des duos. On retient, on pousse, on court, on marche, on rigole. Bref, on vit !

Pour refermer cette seconde journée, BRZZVLL avait joué la carte de la fête et de la danse, ce que ce collectif sait si bien faire. Cependant, ce soir, on a eu l’impression que cela tournait un peu en rond, sur des rythmes et des tempos quasi identiques. Et, dans ce cas-ci, on peut même se demander quel était l’intérêt d’avoir deux batteries si elles se contentent de jouer la même chose… Bref, par rapport à d’autres concerts de BRZZVLL que j’ai eu l’occasion d’entendre, celui-ci m’a un peu laissé perplexe.

J’attendais beaucoup aussi de Steiger ce dimanche matin. J’avais vu le groupe (Gilles Vandecaveye (p) Kobe Boon (cb) Simon Raman (dm)) il y a quelques années lors du Jazz Contest à Mechelen. S’il n’avait pas obtenu le premier prix cette fois-là, il était, pour ma part, parmi mes gros coups de cœur.

Mais… pourquoi ont-ils décidé de s’encombrer de gadgets électroniques et de « machines à faire du bruit » plutôt que de concentrer sur la musique, la construction d’histoires, de mélodies, d’interactions… Un peu comme ils l’ont fait en tout début de concert, avant de nous (me) perdre, et surtout lors du dernier et très court morceau de leur prestation. C’était inventif, sec, net, précis et autrement plus intéressant. Dommage. A revoir…

Quoi de mieux que Trio Grande pour terminer de manière festive, ces trois journées roboratives ? Ces trois Mousquetaires (c’est aussi le nom de leur dernier et excellent album) nous ont amusé, nous ont fait danser, nous ont surpris.

Mine de rien, cette musique, tellement évidente et immédiate quand on la reçoit, est complexe, riche et pleine de finesse. Elle exige des trois artistes une connivence extrême et une confiance de tous les instants. A partir de là, et avec un indéniable sens de la forme, Trio Grande peut s’amuser à revisiter le ragtime, la valse, la chansonnette, le blues avec un brio qui n’appartient qu’à lui.

Lors de cette édition du Belgian Jazz Meeting on remit également les prix Sabam Award décernés cette année à Felix Zurstrassen, dans la catégorie « jeunes musiciens », et à Manu Hermia, dans la catégorie « jazzmen confirmés ». Récompenses bien méritées.

On a déjà hâte de se retrouver dans deux ans pour une cinquième édition dans laquelle on aimerait voir peut-être un peu plus de femmes sur scène, mais aussi des chanteurs et chanteuses et, peut-être, un peu moins… de rock (?).

A+

 

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07/10/2012

Trio Grande - Jazz Station

Ce samedi 22 septembre, c’était le concert d’ouverture de la saison à la Jazz Station (si l’on excepte celui de Ruocco, Smitaine, Rassinfosse, dans le cadre du Saint Jazz Ten Noode et celui de Melangcoustic le jeudi précédent…).

Bon, ok… C’était le premier concert du samedi de la saison… avec un groupe qui sait ce que plaisir et fête veulent dire : Trio Grande.

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Et comme souvent chez Trio Grande, la fête commence en douceur, histoire de mettre les invités en confiance. Un certain sens de l’hospitalité, sans doute.

Alors, «Roche Colombe» prépare le terrain à «Rêve d’Eléphant». Une pointe de valse à l’ancienne, un soupçon de menuet, le tout saupoudré de jazz, de funk et, bien sûr d’improvisations surprenantes. Finalement, on est vite dans le bain.

On continue avec «Rue des Doms», festif et éclaté, puis «Cinéma-danse», sensuel et mystérieux…

Les morceaux sont souvent courts – on le sait – mais ils sont tellement riches harmoniquement et rythmiquement qu’il serait dommage de «rallonger la sauce». Ce serait un excès de gourmandise. Ou de mauvais goût.

La musique est tellement forte, tellement imagée!  Elle fait toujours appel à l’imaginaire. Et les détails foisonnent. Tout semble possible. Même si elle est écrite avec précision et si elle est pensée en profondeur, elle n’a rien de cérébrale. L’émotion reprend toujours le dessus. Du coup, la musique continue à faire son chemin bien après qu’elle se soit tue. Les histoires reviennent et les images réapparaissent… comme une persistance rétinienne.

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Sur scène, Michel Massot danse avec ses tuba, trombone et euphonium. On dirait un échassier qui enjambe les nénuphars dans un marais. Terriblement expressif, il donne la pleine puissance ou, au contraire, laisse flotter l’air dans l’instrument. Il échange avec Michel Debrulle, toujours très investi derrière sa batterie. C’est sans doute le batteur que je connais qui a toujours le plus envie de bouger et de danser. Son jeu est souvent dynamique, même dans les instants plus tendres («Les petits escaliers») il arrive à insuffler une pulsation particulière.

Et puis, il y a Laurent Dehors, toujours prêt à lâcher un bon mot, qu’il soit verbal ou musical. Il passe du ténor à la clarinette - basse ou contrebasse - avec une aisance déconcertante. Puis c’est le soprano, la guimbarde, l’harmonica et finalement la cornemuse. On dirait un équilibriste prêt à tendre son fil n’importe où, pourvu qu’il y ait l’ivresse des sommets.

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Il n’y a jamais aucune ligne droite dans un voyage avec Trio Grande et, parfois même, les virages se prennent à cent quatre-vingts degrés. Quant aux changements de rythmes, ils sont toujours inattendus. Pas question de s’ennuyer.

Ces trois musiciens s’amusent tout le temps et se permettent tous les délires… inoffensifs. On les imagine d'ailleurs bien faire peur aux poules dans une basse-cour. Trio Grande, c’est la fête, pas la guindaille !

Alors, comme ils s’amusent, le public en redemande, une fois… deux fois, puis Trio Grande s’en va.


A+

 

21/07/2009

Brussels Jazz Marathon 2008... (Never too late...)

Mon Jazz Marathon, c’était aussi le concert du vendredi soir (le 29) sur la Grand Place de «The Groove Thing» avec Jef Neve (Orgue Hammond), Nicolas Kummert (ts), Lieven Venken (dm) et Nic Thys (eb).

Je les avais vu l’année dernière lors du même Jazz Marathon (Place Ste Catherine) et j’avais manqué leur enregistrement «live» à l’AB en avril. On attend le disque avec impatience, même si c’est assurément sur scène qu’il faut profiter de ce moment de bonheur. Car cette énergie débordante et ces groove font un bien fou.

Ce soir, The Groove Thing n’a pas failli à sa réputation malgré un son un peu moyen qui étouffait un peu cette explosivité.
Car sur scène, nos quatre jazzmen se dépensent sans compter.

Jef est intenable à l’orgue, il se lève, se déhanche, grimace et s’évade dans des solos démentiels.
Et il est soutenu par une sacrée rythmique: Nic Thys, impérial dans la «pulse» - qui intervient également dans des solos d’une musicalité et d’une puissance fabuleuses - et Lieven Venken, frappe sèche et sûre, toujours prêt à sauter dans le bon wagon.

Et puis, il y a Nicolas Kummert qui fait hurler son sax entre deux hoquets et éclats de voix. Il chante de plus en plus dans son sax (un peu comme le faisait Roland Kirk) et donne ainsi une couleur toute personnelle à son jeu. 

Vivifiant.

Trop crevé toutefois pour aller écouter Egon. Ce sera pour la prochaine fois, car, ici aussi, c’est un groupe qu’il faut absolument tenir à l’oreille !


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Le samedi (30) après le concours des jeunes talents, je reste sur la place Fernand Cocq pour écouter Greg Lamy (eg).
Je n’avais plus entendu ce quartette depuis pas mal de temps et je dois dire qu’il gagne en cohésion et en force.
Le groupe (Gautier Laurent, cb - Jean-Marc Robin, dm - Johannes Müller, ts) a pas mal tourné ces derniers temps et cela s’entend.
Il vient même d’enregistrer (à Cologne) un album qui devrait sortir début septembre. Il faudra y être attentif, car avec ce que le quartette nous a montré sur scène, on ne peut qu’espérer le meilleur.

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Le saxophoniste allemand Johannes Müller n’est sans nul doute pas étranger à cette réussite. Un jeu musclé et souple à la fois, des solos riches, un son gras et fort. Un son ample, à la manière de ces bons vieux hard boppers, qu’il contamine d’accents bien modernes.

Pour l’occasion, le quartette invite Brenda Mada, une toute jeune chanteuse de 12 ans éblouissante de maturité.
Elle vous scatte Ella avec une facilité déconcertante.
Le plus étonnant pour son age est, au-delà d’une présence merveilleuse, une voix extraordinaire.
Prions pour qu’elle garde cette fraîcheur et cette spontanéité le plus longtemps possible, cela fera d’elle une superbe et grande chanteuse de jazz.

Le dimanche (31) après-midi, l’affiche concoctée par les Lundis d’Hortense était très alléchante.


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Take The Duck d’abord, toujours aussi énergique et sans compromis.
Entre Daniel Noesig (tp) et Toine Thys (ts) l’entente est évidente et nos deux soufflants sont soutenus (propulsés ?) par un  Robert Jukic (cb) plein de ferveur et un Sean Carpio (dm - vu avec Mikkel Ploug) au jeu claquant.
Ajoutez à cela l’inimitable sens de la communication et de la dérision de Toine et votre bonheur est total.
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C’est ensuite au tour du toujours fantastique Trio Grande de faire danser la Grand Place noire de monde, au son de leur jazz très festif.
Et ce n’est pas les quelques problèmes de son qui empêcheront leurs délires.


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On reste dans le «dansant» avec Charlier-Sourisse.
Avec eux (Benoît Sourisse à l’orgue Hammond, André Charlier aux drums, Pierre Perchaud à la guitare et au banjo et Emile Parisien au sax) on traverse une bonne partie de la Nouvelle-Orléans.
On passe en revue les fabuleux thèmes («At The Junk Joint», «Trompe-Oreille», «Celebration Station», «Congo Square» et d’autres) de leurs deux derniers albums («Eleven Blues» et «Heritage»).
Un groove d’enfer, un jeu explosif, un enthousiasme débordant, comment ne pas aimer le jazz après ça ?
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Et pour finir ce marathon dans un tout autre style: Darwin Case.
Jazz électrique et électro.
La bande à Xavier Rogé donne dans le gros son et la puissance.
Sur le fond de la scène sont projetés les dessins (improvisés en temps réel) de Sébastien Lucas. Ceux-ci accompagnent la musique très tendue et souvent très ouverte du quartette.
Spectacle total.
Rogé impose son drumming tellurique et polyrythmique sur lequel Alexandre Cavalière déchire des accords et des phrases improbables sur son violon plus électrique que jamais. Les claviers des Benoît Caudron et la basse électrique de Jean-Luc Lehr (en remplacement d’Olivier Stalon) font le reste.
Explosif !
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Mais, l’heure, c’est l’heure et il faut arrêter la fête.
Déçu, Cavalière restera encore longtemps sur scène, prostré et muet alors que le public en redemandait encore.

L’année prochaine, on ne pourrait pas éteindre les lumières un tout petit peu plus tard ?

A+

14/06/2009

Name Dropping à Jazz à Liège

Mais oui, bien sûr, j’étais à Jazz à Liège.

Le vendredi soir, je ne pars pas aussi tôt que prévu du boulot.
Alors, je fonce sur l’autoroute car j’ai rendez-vous avec Baptiste Trotignon.
Forcément, j’arrive en retard.
J’assiste au sound-check, je discute un peu avec Franck Agulhon et j’interviewerai Baptiste après son concert.
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En attendant, direction la grande salle des fêtes du Palais des Congrès.
China Moses.
La fille de Dee Dee Bridgewater. Et ça se voit.
Showwoman en diable ! Elle parle, elle rigole, elle danse et… elle chante super bien !
Elle reprend les «tubes» de Dinah Washington en accentuant le côté canaille de la grande dame du jazz! On est sous le charme.
À revoir sans hésiter au Gent Jazz Festival cet été, par exemple.


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Retour pour le concert de Trotignon.
Osmose. Complicité. Energie.
La musique circule entre les trois musiciens avec beaucoup d’inspiration.
Il y a de la surprise et il y a du plaisir. Il y a du jazz quoi.

Dans le grand hall, je croise Thomas Champagne. Malheureusement, je ne pourrai pas voir son concert puisque j’interview Trotignon (bon, vous suivez, ou quoi ?).
Je rate également le concert d’Olivier Hutman.
Je le croise au bas d’un escalier. On se donne rendez-vous au Théâtre Marni le 22. (Malheureusement, je n’aurai pas l’occasion de m’y rendre. Rendez-vous manqué.)

Je discute avec Jean-Pol Schroeder, Yves Budin, Philippe Schoenbrood, Robert Jeanne… les habitués du festival.

J’échange quelques mots avec Joachim Kühn. Avez-vous écouté l’intense «Live At Schloss Elmau» avec cet autre pianiste fabuleux: Michael Wollny ?
J’aimerais bien discuter un jour plus longuement avec Kühn…


004

Et puis, je vais voir le concert de Diederik Wissels.
Excellente idée du pianiste que d’avoir ajouté quelques samples de percus: cela donne une couleur différente et une belle ouverture à sa musique.
Très belle surprise.

Je passe dans la grande salle où, DJ Grazzhoppa et son DJ Big Band offrent un spectacle étonnant.
Oui, les DJ’s, employés comme ici, sont des musiciens!
11 DJ’s, trois soufflants et deux chanteuses, autant dire que ça bouge.


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Plus tard, au bar, je discute avec Laurent Blondiau puis, plus longuement, avec Nicolas Kummert qui faisaient partie tous deux du DJ Big Band. Ils me confirment ce que je pensais: il y a beaucoup d’interactivité entre eux et les DJ’s.

Un peu plus loin, je parle avec Barbara Wiernik à propos de son dernier album «Soul Of Butterflies», que je vous conseille vivement. Même si je n’adhère pas à tout, il y a des véritables perles sur cet album comme «Drops Can Fly», «Brown Little Girl» et surtout… «Army Dreamers» (reprise de Kate Bush) absolument magique !
On en reparlera.

Et je termine la nuit sur la péniche avec Diederik Wissels, Jan De Haas et Steve Houben


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Le lendemain.
Natacha Wuyts est sur la scène de la petite salle des 200.
Un son très approximatif gâche le plaisir. On entend fortement le claquement de la contrebasse de Boris Schmidt (excellent, au demeurant) mais quasi rien de la guitare de Manu Bonetti.
Ça gâche vraiment le plaisir.
Dommage, car Natacha à une belle présence sur scène et défend avec un bel enthousiasme de beaux standards de jazz.
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Alors, je vais écouter le nouveau projet de Jean-Philppe Collard-Neven et Jean-Louis Rassinfosse.
Et là… C’est somptueux !
Fabrice Alleman aux sax(s) et le très coloriste Xavier Desandre-Navarre aux percussions s’y sont ajoutés. Le résultat est merveilleux de délicatesse, de musicalité, d’échanges et d’inventivité. Les compos et les interprétations sont magnifiques.
Du grand art.

Pas de temps à perdre ensuite, je vais voir Steve Grossman.
Ici, l’effet est inverse: grosse déception.
Rien de neuf à se mettre sous la dent. On dirait un gros bœuf entre excellents musiciens (dont les fantastiques Valerio Pontrandolfo (ts) ou Alain Jean-Marie (p) ).
Mais c’est un peu court face à une si grande attente.


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Alors, je retourne écouter Trio Grande.
Je ne pensais que passer et finalement… je suis resté scotché !
Ce groupe est déjanté et cette musique qui semble aller dans tous les sens  - mais qui est jouée avec une rigueur incomparable – me surprend toujours.
Magique.

Magique aussi le «Just Jazz» d’Aldo Romano.
D’un côté, une énergie débordante et un groove soutenu, de l’autre, un mélange improbable de tradition et de modernité. Et les «modernes» ne sont pas nécessairement ceux que l’on pense. Henri Texier et Aldo Romano sont explosifs tandis que Géraldine Laurent apporte un son ample et sinueux. Quant à Lauro Negri (que j’avais vu en compagnie d’Enrico Rava, il y a quelques années en Italie) amène cette touche de fraîcheur toute italienne. Fabuleux concert.


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Je discute un peu avec Henri Texier qui me raconte ses intéressants projets (comme «Prevert Blues» où il mêle poème et jazz). Texier sera de retour en Belgique – au Brosella – avec son groupe.
À ne rater sous aucun prétexte !

En allant vers la grande salle pour écouter Dave Holland, je discute avec Michel Massot, Michel Debrulle, Matthew Bourne et Laurent Dehors. Intéressant d’entre leur façon de concevoir le jazz et la musique en général. C’est rafraîchissant.


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Final avec Dave Holland, donc.
Comment expliquer le fait qu’il y a le très bon jazz et le très très bon jazz ?
Ce quartette n’est pas venu à Liège pour faire de la figuration.
Chris Potter est démentiel. Il va au charbon, le gaillard! (il y va tellement qu’il surprend même son leader.) Et puis, il y a Nate Smith… et Steve Nelson !!!
Grandiose ! La tête d’affiche n’a pas déçu.

Et me voilà à nouveau a bar (hé oui).
Avec Jean-Louis Rassinfosse et Fabrice Alleman, d’abord.
Et puis j’ai une longue et très intéressante discussion avec Jean-Philippe Collard-Neven et Xavier Desandre-Navarre à propos de Messiaen.
Pas sûr d’avoir saisi toutes les subtilités, mais je me dis que de participer à une conversation entre Jean-Phillippe et Bo Van Der Werf (passionné, lui aussi, par l’écriture de Messiaen) pourrait être passionnant.

Et je discute avec Nicola Lancerotti, David Devrieze, Jordi Grognard, Tuur Florizoone et d'autres encore...
Puis avec Jean-Pierre Bissot qui va nous proposer un beau Gaume Jazz ou encore avec Jean-Claude Laloux à propos de la terrible affiche du Dinant Jazz Nights.
L’été sera chaud !

Pas toujours facile le Jazz à Liège (concerts simultanés, va et viens, etc…) mais il y règne toujours une belle ambiance et il y avait du beau monde sur scène… et dans les couloirs.
Qu’est ce que ce sera l’année prochaine pour ses 20 ans ?

A+

PS : Rassurez-vous, un «papier» moins «people» est prévu sur Citizen Jazz.

12/07/2008

Gent Jazz Festival - Day 1 & 2

Jour 1

Encombrements, embouteillages, accidents disséminés sur la route et une pluie torrentielle m’ont empêché d’arriver à temps à Gand pour voir le concert d’ouverture du festival Gent Jazz.

C’est Pascal Mohy, en trio, le vainqueur des Django 2007 (catégorie Jeunes Talents), qui avait l’honneur d’ouvrir les festivités.
Et il paraît que c’était très bien…

Je suis donc arrivé pour la remise des prix du Django d’Or 2008.
Cette année, la récompense pour les jeunes talents était attribuée à Robin Verheyen.
Logique.
Et pour les «confirmés», c’est Dré Pallemaerts qui a remporté le trophée.
Les autres nominés étaient David Linx et Bart Defoort… (Choix cornélien… mais il ne faut qu’un vainqueur.)
La «Muse» (prix de la Sabam qui récompense une figure active dans le monde du jazz, qu’il soit journaliste, organisateur ou autre) fut remise méritoirement à Jean-Pol Schroeder de la Maison de Jazz à Liège.

C’est Pierre Van Dormael (Django 2007) qui enchaîna avec son groupe.
Hervé Samb à la guitare, Lara Rosseel à la contrebasse et David Broeders à la batterie.
Musique d’inspiration très roots, très blues, avec des accents parfois africains, parfois country-folk.
Musique assez cool et contemplative.
Musique qui coule entre les deux guitaristes qui s’échangent des improvisations mélancoliques et fatiguées.
La rythmique est, elle aussi, chaude, tendre et veloutée.
À entendre dans des endroits plus intimes, peut-être (même si le nombreux public du festival fut très attentif), ou bien calé chez soi… Si un album se réalise un jour (ce qui en vaudrait la peine).

Transition idéale entre la prestation de Van Dormael et celle d’Herbie Hancock qui doit suivre: Lionel Loueke.

Le Béninois, seul en scène avec sa guitare Godin, dont il exploite magnifiquement toutes les possibilités avec une subtilité et une sensibilité étonnantes, chauffe la salle doucement.
Entre compositions personnelles et re-travail sur des traditionnels Africains, il nous offre une somptueuse palette de couleurs. Auto-sampling, effets de voix, chants de griots, onomatopées, silences, nuances… Loueke se nourrit de jazz, de folk et de souvenirs pour libérer sa belle musique intérieure…

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Place ensuite à Herbie Hancock.
Plutôt que de nous servir l’entièreté de son dernier album «River, The Joni Letters», le pianiste préfère nous inviter à partager plus de 40 ans de carrière.
Ce qui n’est pas pour me déplaire.
Début tonitruant avec «Actual Proof» (époque funk/fusion) avant de présenter ses musiciens : Loueke, bien sûr, Chris Potter (sax), Vinnie Colaiuta (dm), Dave Holland (aussi magnifique à la basse électrique qu’à la contrebasse) et les deux chanteuses, Amy Keys et Sonya Kitchell.

On a droit alors à deux titres tirés de «River».
Autant la voix de Kitchell est très typée FM, autant celle d’Amy Keys est très soul et R&B. À deux, elles mettent le feu quand même sur un «When Love Comes To Town» (de U2) dynamité !
Loueke est délirant. Colaiuta drive avec fougue, son jeu est plein de reliefs et de puissance. Potter déploie un son parfois acide, parfois rond, toujours vigoureux. Herbie s’amuse vraiment, passant du piano au Korg et injectant ponctuellement des phrases aussi groovy que vintage.
Quant à Holland, il est impérial.
Normal qu’on lui laisse l’entièreté de la scène après ça, pour un long morceau en solo.

Sans aucun artifice, sans sampling, sans effet, seul avec sa contrebasse, Holland déroule une improvisation des plus somptueuses.
Très grand moment !

Et puis, c’est le retour du groupe avec «Maiden Voyage», «Cantaloupe Island» et l’indétrônable «Chameleon» pour lequel Hancock ressort son Roland AX-7, comme au bon vieux temps des Head Hunters.
Que du bonheur !


Jour 2

Toujours autant d’embouteillages, Ring bouché et encore plus d’accidents sur l’autoroute !
Voilà qui m’empêche de voir Stefano Di Battista avec Greg Hutchinson (dm), Baptiste Trotignon (à l’orgue Hammond !) et Fabrizio Bosso (tp).
Je n’ai entendu que le dernier morceau.
Énergique à souhait… Entre Adderley et Horace Silver.
Frustrant !
Georges Tonia Briquet, hésitant à accentuer ma frustration, finit par m’avouer que ce fut bel et bien un concert fantastique. Ce que me confirma Jean-Pierre Goffin…
(Mais que faisaient tous ces gens sur l’autoroute !!??)

Heureusement, Trio Grande me rendit le sourire.
Je fus pourtant assez étonné de constater que leur prestation musicale fut très proche de l’album. Je m’attendais à plus d’impros.
Comme quoi, cette musique très éclatée, festive et sensible à la fois, est très écrite.
Devant un public assez étonné d’entendre ce genre de jazz hybride, Trio Grande impose petit à petit son univers.
Laurent Dehors jongle avec les clarinettes, flûtes, clarinettes basses et même une cornemuse plumée comme une oie…
Matthew Bourne plaque les accords délirants au piano, Michel Massot passe allègrement du trombone au tuba et Michel Debrulle déploie tout son savoir-faire aux percussions.
Il flotte un agréable parfum de bal populaire onirique sous la grande tente blanche.

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Et voilà Pat Metheny !
A côté de la scène, un stand avec casquettes, t-shirts et mugs à l’effigie du guitariste est déployé.
Welcome to «jazz-business» !
Le vendeur fait aussi office de chien de garde et de délateur, scrutant pendant tout le concert les petits délinquants qui oseraient prendre une photo! Il n’hésite pas à les dénoncer! Car les photos sont interdites. Même pour les pros!
Imaginez que l’on retrouve la tête de Pat sur le fond d’une assiette à spaghettis ou sur un camée scellé dans une coquille d’huître au bout d’une jolie chaîne en laiton pour en faire un joli pendentif!
Tout ça, sans l’accord du businessman virtuose!? Impensable!
Son image est aussi protégée que celle de Tintin ou Mickey.

Reste la musique.
Après trois morceaux en solo (histoire de montrer sa belle collection de guitares), voilà enfin Antonio Sanchez (dm) et Christian McBride (b).
Et là, (ouf !), il y a du jazz.
Et du bon.
Du qui groove, qui pulse, qui s’échange, qui s’amuse.
Voilà le Pat Metheny que j’aime. Celui qui se défait du côté démonstratif. Celui qui va droit à l’essentiel.
Bien sûr, il joue beaucoup de notes et il ne laisse aucun espace, aucune respiration. Il est toujours à l’attaque. Il est sur tous les coups. Mais que c’est bon.

Et c’est encore meilleur quand Christian McBride sort du bois (et il ne faut pas grand-chose pour l’y pousser).
Quel jeu! Bluffant!
Il allie virtuosité, puissance et groove avec une aisance incroyable.
Pour un peu, c’est lui qui prendrait la vedette.

Mais Pat Metheny est aussi généreux… très généreux, car le concert, qui était sensé se terminer à minuit, se prolongea jusqu’à plus d’une heure du matin.

L’orage aura beau gronder très fort au-dehors, c’est à l’intérieur que le tonnerre éclata.
Et longuement.

(À suivre)

A+

27/06/2008

Trio Grande - Un matin... sur Citizen Jazz

Un matin plein de promesses, c’est quoi ?
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«Un matin plein de promesses», c’est le titre du dernier album de Trio Grande.
C’est à dire Michel Massot, Laurent Dehors te Michel Debrulle… et pour l’occasion: Matthew Bourne. Et c’est sorti chez De Werf.

Mais c’est quoi, un matin plein de promesses?

Pour le savoir (quoique le meilleur moyen, c’est encore de l’écouter), aller lire ma chronique parue sur Citizen Jazz.

A+