05/09/2017

Belgian Jazz Meeting 2017

Tous les deux ans, le Belgian Jazz Meeting permet aux organisateurs, programmateurs et journalistes internationaux de faire connaissance avec une belle sélection d’artistes belges. Douze, en l’occurrence. Ces derniers ont trente minutes pour convaincre. Une belle opportunité à saisir, même si l’exercice n’est pas simple.

belgian jazz meeting,marni,flagey,lorenzo di maio,jean-paul estievenart,antoine pierre,jozef dumoulin,nicolas kummert,alexi tuomarila,teun verbruggen,axel gilain,mattias de craene,lennert jacobs,simon segers,ruben machtelinckx,thomas jillings,bert cools,fabian fiorini,felix zurstrassen,fred malempre,toine thys,tom bourgeois,manu hermia,sylvain darrifourcq,valentin ceccaldi,dans dans,bert dockx,nicolas ankoudinoff,bart maris,pascal rousseau,stephan pougin,gilles coronado,etienne plumer,brzzvll,steiger,simon raman,gilles vandecaveye,kobe boon,trio grande,laurent dehors,michel debrulle,michel massot

L’édition 2017 se déroulait ce premier week-end de septembre à Bruxelles, au Théâtre Marni et à Flagey. L’organisation était parfaite, pro, simple et décontractée, bien dans l’esprit du petit monde du jazz belge.

Tout a donc commencé le vendredi soir avec le concert de Lorenzo Di Maio.

Fidèle à mes (mauvaises) habitudes, indépendantes de ma (bonne) volonté, j’arrive juste trop tard pour assister à sa prestation. Bien que je connaisse assez bien Lorenzo et son groupe pour avoir assister à nombre de ses concerts, j’aurais bien aimé le voir et l’écouter dans les conditions un peu particulières de ces showcase. Tant pis pour moi.

C’est alors au tour de Jozef Dumoulin de se présenter en solo. Devant son Fender Rhodes, ses dizaines de pédales d’effets et autres gadgets électroniques, le grand claviériste propose un set assez… radical. Bruitiste, avant-gardiste, chaotique, presque abstrait, voire… hermétique. Avec tout le respect que j’ai pour Jozef et sa créativité débordante, qui d’habitude me transporte, j’avoue être passé totalement à côté de ce concert… Je n’ai jamais compris où il voulait nous emmener. Et pourtant, je suis loin d’être réfractaire à sa musique, bien au contraire. Une autre fois peut-etre ?

Après une coutre pause, c’est Drifter (emmené par Nicolas Kummert, Alexi Tuomarila, Teun Verbruggen et Axel Gilain) qui propose une musique bien plus accessible, à la fois lyrique, tendue et finement arrangée. Drifter mélange avec beaucoup de sensibilité et d’à-propos des groove africains, de la folk, de la pop, de l’ambiant ou de la chanson (ce sera d’ailleurs la seule occasion, durant tout ce meeting, d’entendre du chant...). La musique est généreuse, pleines de couleurs différentes, d’interactions entre les musiciens. Ceux-ci s’amusent, prennent du plaisir et, emportés par leur élan, dépassent un peu le temps qui leur été imparti… On ne leur en voudra pas car on s’est plutôt bien amusé. Ce groupe continue à prendre de l’épaisseur et l’ensemble est très convaincant.

C’est donc avec un peu de retard sur l’horaire que le trio de Mattias De Craene clôt la première journée. Avec deux batteurs (Simon Segers et Lennert Jacobs), le saxophoniste propose une musique de transe, presque tribale, très puissante. Tout comme le son - poussé au maximum et à la limite de la stridence (surtout que le saxophoniste use aussi d’effets électro) qui gâche un peu l’érotisme brut que pourrait provoquer cette musique - l’intensité monte rapidement. Et elle y reste. L’ensemble est assez brutal et agressif et manque sans doute parfois d'un peu de subtilité. Mais cela doit sans doute être très efficace sur une scène de festival... pas nécessairement jazz.

Le samedi matin, c’est à Flagey que l’on avait rendez-vous.
D’abord avec Linus, le duo formé par le guitariste Ruben Machtelinckx et le saxophoniste Thomas Jillings. Voilà qui est parfait pour débuter la journée en douceur car ici, tout est fragilité. Les mélodies se construisent par fines couches harmoniques, magnifiquement brodées. La musique, méditative et contemplative, est pleine de reliefs et se nourrit de blues, de musique médiévale, de musique sacrée. Les musiciens sont complices, restent attentifs l’un à l’autre et donnent vraiment de l’âme à ces compositions diaphanes. Très, très beau moment.

Avec Antoine Pierre Urbex, on retrouve le groove, les surprises rythmiques, les variations d’intensités. Et une véritable fluidité dans l’exécution. L’énergie est canalisée, maîtrisée. L’adrénaline monte au fur et à mesure. Le set est extrêmement bien construit. Les interventions de Jean-Paul Estiévenart (tp) sont toujours brillantes, de même que celles de Fabian Fiorini (aussi incisif que décisif), sans oublier celles de Bert Cools à la guitare électrique. La complémentarité des deux saxophonistes (Toine Thys et Tom Bourgeois) est parfaite et le soutien de Felix Zurtrassen à la basse électrique est précis, solide, infaillible. Quant aux dialogues entre le batteur et Fred Malempré aux percus (qui ensoleille certains morceaux avec bonheur) ils sont d’une évidence même. Ajoutez à cela une pointe d’humour et d’impertinence et votre matinée est réussie.

Après un lunch très convivial et un brainstorming autour du prochain Jazz Forum, on se retrouve au Théâtre Marni pour se prendre sans aucun doute la plus belle claque du week-end !

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq, le trio infernal !

Mélangeant le jazz, la transe, le free, l’impro libre, les mesures composées… le trio nous a emmené très loin, très haut et très vite. Et, au vu de la réaction du public (une quasi standing ovation !!!), je crois pouvoir dire que nos trois musiciens ont marqué des points. C’était du plaisir à l’état pur. L’essence même du jazz. Des échanges, des surprises, de la complicité, des prises de risques et une envie terrible de raconter des histoires de façon originale, moderne, intuitive et intelligente. Jubilatoire !

belgian jazz meeting,marni,flagey,lorenzo di maio,jean-paul estievenart,antoine pierre,jozef dumoulin,nicolas kummert,alexi tuomarila,teun verbruggen,axel gilain,mattias de craene,lennert jacobs,simon segers,ruben machtelinckx,thomas jillings,bert cools,fabian fiorini,felix zurstrassen,fred malempre,toine thys,tom bourgeois,manu hermia,sylvain darrifourcq,valentin ceccaldi,dans dans,bert dockx,nicolas ankoudinoff,bart maris,pascal rousseau,stephan pougin,gilles coronado,etienne plumer,brzzvll,steiger,simon raman,gilles vandecaveye,kobe boon,trio grande,laurent dehors,michel debrulle,michel massot

J’attendais beaucoup de Dans Dans pour ses mélanges entre pop et jazz, entre trip hop, ambiant et impros… Et je suis resté un peu sur ma faim. Le trio nous a servi un set quasiment rock (avec Bert Dockx en guitar hero) où tout était poussé à fond… quitte à oublier les variations, les tensions et les relâchements. On y a eu droit, un tout petit peu, avec la reprise du « The Sicilian Clan» d’Ennio Morricone

De jazz, il en était beaucoup plus question avec Animus Anima.

Ce sextette, composé de Nicolas Ankoudinoff (ts), Bart Maris (tp), Pascal Rousseau (tuba), Stephan Pougin (percus), Etienne Plumer (dm) et, pour l’occasion, l’excellent Gilles Coronado (eg), défend une musique assez ouverte, sophistiquée, nerveuse, parfois complexe. Et fraîche. Le plaisir est immédiat car tout est délivré avec énormément de souplesse et d'une pointe d’humour. Ici aussi, ça échange, ça ose, ça bouge. On laisse de l’espace pour des solos ou des duos. On retient, on pousse, on court, on marche, on rigole. Bref, on vit !

Pour refermer cette seconde journée, BRZZVLL avait joué la carte de la fête et de la danse, ce que ce collectif sait si bien faire. Cependant, ce soir, on a eu l’impression que cela tournait un peu en rond, sur des rythmes et des tempos quasi identiques. Et, dans ce cas-ci, on peut même se demander quel était l’intérêt d’avoir deux batteries si elles se contentent de jouer la même chose… Bref, par rapport à d’autres concerts de BRZZVLL que j’ai eu l’occasion d’entendre, celui-ci m’a un peu laissé perplexe.

J’attendais beaucoup aussi de Steiger ce dimanche matin. J’avais vu le groupe (Gilles Vandecaveye (p) Kobe Boon (cb) Simon Raman (dm)) il y a quelques années lors du Jazz Contest à Mechelen. S’il n’avait pas obtenu le premier prix cette fois-là, il était, pour ma part, parmi mes gros coups de cœur.

Mais… pourquoi ont-ils décidé de s’encombrer de gadgets électroniques et de « machines à faire du bruit » plutôt que de concentrer sur la musique, la construction d’histoires, de mélodies, d’interactions… Un peu comme ils l’ont fait en tout début de concert, avant de nous (me) perdre, et surtout lors du dernier et très court morceau de leur prestation. C’était inventif, sec, net, précis et autrement plus intéressant. Dommage. A revoir…

Quoi de mieux que Trio Grande pour terminer de manière festive, ces trois journées roboratives ? Ces trois Mousquetaires (c’est aussi le nom de leur dernier et excellent album) nous ont amusé, nous ont fait danser, nous ont surpris.

Mine de rien, cette musique, tellement évidente et immédiate quand on la reçoit, est complexe, riche et pleine de finesse. Elle exige des trois artistes une connivence extrême et une confiance de tous les instants. A partir de là, et avec un indéniable sens de la forme, Trio Grande peut s’amuser à revisiter le ragtime, la valse, la chansonnette, le blues avec un brio qui n’appartient qu’à lui.

Lors de cette édition du Belgian Jazz Meeting on remit également les prix Sabam Award décernés cette année à Felix Zurstrassen, dans la catégorie « jeunes musiciens », et à Manu Hermia, dans la catégorie « jazzmen confirmés ». Récompenses bien méritées.

On a déjà hâte de se retrouver dans deux ans pour une cinquième édition dans laquelle on aimerait voir peut-être un peu plus de femmes sur scène, mais aussi des chanteurs et chanteuses et, peut-être, un peu moins… de rock (?).

A+

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

26/06/2017

Jelle Van Giel Group à la Jazz Station

Pour clôturer la saison 2016/17, la Jazz Station avait invité le batteur anversois Jelle Van Giel à présenter son nouvel album : The Journey.

Ce samedi en fin d’après-midi, la salle est archi comble. Comme quoi, le beau temps n’empêche pas le public de venir écouter, entre quatre murs, une musique pleine de promesses...

jazz station,jelle van giel,carlo nardozza,bart borremans,tim finoulst,bram weijters,janos bruneel,tom bourgeois

Le groupe de Jelle est presque un mini big band. Outre le leader, derrière ses fûts, on retrouve trois excellents souffleurs : Carlo Nardozza (tp), Tom Bourgeois (as) et Bart Borremans (ts) - déjà fort remarqué chez Chris JorisJanos Bruneel à la contrebasse, Bram Weijters au piano et Tim Finoulst à la guitare électrique.

Il fait chaud mais on a ouvert les fenêtres et l’air circule. Le voyage peut commencer.

«The Journey», titre phare de l’album, se dessine en trois parties. Un départ plein d’optimisme, suivi par de galopantes aventures pleines de swing et d’adrénaline, avant un retour sur terre tout en douceur. Les couches mélodiques et harmoniques se superposent ou s’entrelacent, offrant beaucoup d’espace aux musiciens. On s’imagine très bien en héros un peu naïf, sorti tout droit d’un movie américain des années ’70 (vous l’avez, l’image de Dustin Hoffman ?), valise à la main, au sortir d’une petite ville perdue et poussiéreuse, prêt à en découdre avec le grand monde.

On enchaîne avec «Fuzz», thème faussement alangui, qui monte doucement en intensité grâce aux envolées très inspirées de Tim Finoulst. Le jeu de ce dernier est souvent groovy, sans trop d’effet, proposant plutôt un son chaleureux et boisé. Il y a, dans cette musique, à la fois un côté détendu et une énergie contenue. On pourrait y trouver un peu de soul funk à la Lalo Schifrin ou quelques effluves de soft rock aussi…

Jelle ne nous a pas menti, sa musique est décidément très cinématographique. Il faut dire qu’il l’imagine et l’écrit comme une histoire et arrive à la restituer avec panache et sensibilité. Et puis, ses compositions sont souvent enlevées, parsemées de ruptures rythmiques, comme pour pouvoir se laisser le champs d’aller explorer encore d’autres chemins.

jazz station,jelle van giel,carlo nardozza,bart borremans,tim finoulst,bram weijters,janos bruneel,tom bourgeois

A part peut-être sur «Heading Home», en toute fin de concert, Jelle se met rarement en avant, il préfère bâtir, soutenir et nourrir sa musique. C’est tout bénéfice pour Bram Weijters, délicat et explosif à la fois, Bart Borremans (fabuleux solo, puissant, gras, profond et plein de virtuosité sur «Just A Little Waltz») ou Tom Bourgeois, au jeu plus aérien mais toujours acéré. Quant à Carlo Nardozza, avec une aisance incroyable, il projette un chant limpide, puissant, clair et précis. Un vrai son de bopper. Il ne faudrait pas oublier Janos Bruneel, qui s’illustre de belle manière sur «The Hidden City», entre autres, en dessinant la mélodie dans un jeu souple et chantant, soutenu simplement par le chabada romantique du batteur. Ce romantisme, on le retrouve aussi dans la tendre berceuse «Lullaby For Nelle», inspirée cette fois par la toute petite fille du leader (haaaa… les papas jazz et leurs petites filles !).

Et le voyage n’est pas fini, on mélange maintenant bop et pop fortement marqué d’un esprit brésilien («Bonito»), puis on se balade du côté de l’Afrique du Sud avec «Cape Good Hope» et son rythme chaloupé qui pourrait rappeler un bon vieux tube de Scott Fitzgerald et Yvonne Keeley

Alors, en rappel, on s’amuse encore sur une dernière composition personnelle qui fleure bon le hard bop des années ’50…

Décidément, toutes ces ambiances différentes collent bien à l'esprit voyageur de Jelle. Avec lui on voyage autant autour du globe que dans le temps.

«The Journey» a tenu ses promesses.

 

A+.

Enregistrer

Enregistrer

17/06/2014

Zola Quartet au Roskam - Et presque Veronika Harcsa à l'Archiduc.

Dimanche 8 juin, j’avais décidé de «faire» deux concerts.

Le premier, à l’Archiduc. On m’avait parlé de cette chanteuse hongroise à la voix de sirène, Veronika Harcsa. Elle jouait cet après-midi avec Tom Bourgeois (ts, bcl) et Florent Jeunieaux (g) sous le nom de Tó Trio. Le problème, c’est que je me suis trompé dans l’heure. Et je suis arrivé à la fin du concert…

C'est malin !

Je n’ai entendu que le dernier morceau (merveilleux) et tout le monde (car c’était plein à craqué) a bien pris soin de me faire regretter mon erreur. Veronika Harcsa, qui faisait un Erasmus d’un an à Bruxelles, s’est envolée pour Berlin où elle va y vivre… Mais elle m’a promis de revenir. J’attends déjà cela avec impatience.

archiduc,roskam,zola quartet,nicola lancerotti,didier van uytvanck,gonzalo rodriguez,mathieu robert,to trio,veronika harcsa,tom bourgeois,florent jeunieaux

Pour le second concert, Zola Quartet, pas de problème j’étais là bien à l’heure au Roskam.

Zola Quartet est le groupe de Gonzalo Rodriguez (g), qu’accompagnent Mathieu Robert (ss), Didier Van Uytvanck (dm) et Nicola Lancerotti (cb). Le groupe était passé à Jazz à Liège en mai de cette année. Mais je n’y étais pas.

Si la musique de Zola, chaude et vive, est souvent inspirée des rythmes flamenco («Patio» ou «Jaleo» par exemples), Gonzalo Rodriguez, auteur de la majorité des titres, n’en fait pas une caricature. Il ne force pas le trait, mais s’attache surtout à faire vivre ces rythmes dans un jazz contemporain.

Certains morceaux respirent les grands espaces, l’amplitude, le souffle. La plénitude. On pense un peu à Bill Frisell, dans la façon qu’a le guitariste espagnol à laisser parfois trainer des accords dans un sorte de fausse reverb. Gonzalo Rodriguez m’avouera pourtant ne pas avoir beaucoup écouter son condisciple américain.

archiduc,roskam,zola quartet,nicola lancerotti,didier van uytvanck,gonzalo rodriguez,mathieu robert,to trio,veronika harcsa,tom bourgeois,florent jeunieaux

Et puis, l’originalité du groupe, ce son particulier, réside aussi peut-être dans le jeu de Mathieu Robert au soprano. Un phrasé sinueux, chaud et parfois légèrement acide. Son solo sur «Bouncin» est assez incandescent, tout comme son intervention sur (?)«Tune 15».

Et la rythmique n’est pas en reste, la frappe de Didier Van Uytvanck est énergique à souhait et ses solos sont des plus efficaces, tandis que Nicola Lancerotti galope, soutient, pousse parfois, et ne laisse jamais rien trainer.

archiduc,roskam,zola quartet,nicola lancerotti,didier van uytvanck,gonzalo rodriguez,mathieu robert,to trio,veronika harcsa,tom bourgeois,florent jeunieaux

Si «Where We Go» est d’une nostalgie toute hispanique, «Matongué» s’inspire de rythmes africains. Mais, ici encore, le quartette évite de forcer le trait. Ce dernier titre évoque bien l’énergie de ce quartier de Bruxelles, mais raconte aussi ses mélanges, ses échanges, ses rires, son bruit… et sa nonchalance.

Le jazz de Zola Quartet est plutôt métissé et festif. C'est un jazz de plaisir. Et c’est bien agréable.

 

 

A+

 

 

29/05/2014

Brussels Jazz Marathon 2014 (part1)

 Au Brussels Jazz Marathon, on ne sait plus où donner de l’oreille. Il y a du jazz partout. Trop, diront certains. Mais c’est l’occasion aussi, pour les "non-initiés", de découvrir cette musique.

Bien sûr, la médaille a aussi son revers et il est parfois difficile, dans certains clubs ou cafés, d’entendre réellement la musique – surtout si elle est subtile - tellement elle est recouverte par le bruit et «l’ambiance»… Mais c’est la fête du jazz après tout, oui ou non?

Pour moi, elle a commencé vendredi soir, sur la Grand Place (je serai bien allé voir Snarky Puppy à l’AB, mais l’accès était difficile à cette heure...). Arrivé bien trop tard aussi pour écouter Chrystel Wautier, je me suis frayé un passage à travers la foule pour entendre une bonne partie du concert de Robin McKelle.

La chanteuse américaine, qui mélange R&B, pop et soul, déborde d’énergie. Son jeu de scène est extrêmement physique et très bien rodé. La voix est puissante et d’une incroyable justesse. Elle est entourée des Flytones (Ben Zecker (keys), Fred Cash (eb), Eric Kalb (dm) et l'excellent Al Street à la guitare électrique) qui soutiennent et relancent sans arrêt la machine. Ce soir, c’est l’esprit «rock» qui est surtout mis en avant, comme sur ce «Good Time» explosif, par exemple. Mais les racines blues et soul ne se cachent pas, d’ailleurs, la reprise de «Take Me To The River» est d’une réelle intensité, forte et profonde.

La soirée ne fait que commencer pour nombre d’amateurs, mais j’ai décidé de me la faire «raisonnable», le week-end est long.

jazz marathon,robin mckelle,ben zecker,fred cash,eric kalb,al street,pinto,margaux vranken,florent jeunieux,vincent cuper,paul berne,harrison steingueldoir,tom bourgeois,thomas mayade,cyrille obermuller,mariana tootsie,jerome van de bril,thierry rombaux,matthieu van,bilou donneux,jennifer scavuzzo,marco locurcio,fabio locurcio,bettina reuterberg,juresse amie ndombasi

Samedi, vers 16h, rendez-vous sur la Place Fernand Cocq avec Nathalie Loriers, Jempi Samyn, Henri Greindl et Jacobien Tamsma pour participer au jury du Concours XL Jazz.

Au programme : Pinto, Harrison Steingueldoir et Geoffrey Fiorese Quintet. Une fois de plus, le niveau est élevé (rappelons quelques-uns des précédents lauréats pour nous situer un peu : Peas Project, LAB Trio, Casimir Liberski, Collapse ou encore Lift, pour ne citer qu’eux…).

C’est donc Margaux Vranken (p) et son groupe (Florent Jeunieaux (eg), Vincent Cuper (eb) et Paul Berne (dm)) qui ouvrent le bal avec un morceau plutôt énergique qui donne l’occasion au guitariste de se mettre joliment en avant. Pinto a résolument pris de l’assurance et de la bouteille (je les avais vu à Dinant l’été dernier). Le set est très équilibré, bien mis en place et les compositions de Margaux sont d’une belle richesse harmonique. On y retrouve des influences de Brad Mehldau (dans «Waves», par exemple), mais aussi de Daniel Goyone (les légères déconstructions et les mélanges rythmiques). Diderik Wissels (l’un des profs de la pianiste) ne doit pas être totalement étranger à ces choix. Soulignons aussi une très belle version ralentie (et chantée) de «Billie Jean». Un beau groupe à suivre.

jazz marathon,robin mckelle,ben zecker,fred cash,eric kalb,al street,pinto,margaux vranken,florent jeunieux,vincent cuper,paul berne,harrison steingueldoir,tom bourgeois,thomas mayade,cyrille obermuller,mariana tootsie,jerome van de bril,thierry rombaux,matthieu van,bilou donneux,jennifer scavuzzo,marco locurcio,fabio locurcio,bettina reuterberg,juresse amie ndombasi

C’est ensuite au tour de Harrison Steingueldoir de monter, seul, sur scène. Il faut être assez gonflé pour oser présenter dans ce concours (quand même assez grand public) un set en piano solo. Mais c’est ce qui avait séduit et intrigué le jury lors de la présélection. On était donc curieux d’entendre l’élève du conservatoire d’Anvers à l’œuvre. Harrison prend son temps pour présenter les morceaux, il installe un climat convivial entre le public, lui et sa musique. Il arrive à construire une histoire au fil des morceaux. On sent des inflexions à la Keith Jarrett, ou peut-être parfois à la Paul Bley… mais le jeune pianiste arrive à imposer sa propre personnalité. Il fait monter la tension, donne de la force à son phrasé tout en gardant assez de souplesse pour dessiner les mélodies. Un pianiste dont on entendra sans doute parler.

Pour terminer le concours, le pianiste français Geoffrey Fiorese et son quintette présentent des compositions originales plutôt élaborées. La musique est franche et vive. Bien construite. On remarque tout de suite la belle complicité entre Tom Bourgeois (as) – dont on soulignera aussi un très beau solo -  et Thomas Mayade (tp). Fiorese - le jeu ferme et sans maniérisme - peut compter aussi sur le soutien d’une rythmique efficace (Cyrille Obermüller (b), Paul Berne (dm)).  Le groupe mélange le jazz très actuel (n’hésitant pas à flirter parfois avec des improvisations très libres) avec celui de ses ainés (un esprit Mingusien, peut-être ?). Il y a du groove, du swing et un son de groupe indéniable.

jazz marathon,robin mckelle,ben zecker,fred cash,eric kalb,al street,pinto,margaux vranken,florent jeunieux,vincent cuper,paul berne,harrison steingueldoir,tom bourgeois,thomas mayade,cyrille obermuller,mariana tootsie,jerome van de bril,thierry rombaux,matthieu van,bilou donneux,jennifer scavuzzo,marco locurcio,fabio locurcio,bettina reuterberg,juresse amie ndombasi

Le jury délibère. Le choix n’est pas évident, chacun des candidats possède de belles qualités.

Avant la remise des prix, on observera une minute de silence en hommage aux victimes de la tuerie aveugle et immonde qui vient d’avoir lieu au Musée Juif à la Place du Sablon (les concerts qui devaient avoir lieu là-bas sont, bien entendu, annulés). La haine et la bêtise sont toujours bien de ce monde… et c’est bien triste.

Le prix du jury ira à Geoffrey Fiorese Quintet, celui du meilleur soliste à Harrison Steingueldoir et celui du public à Pinto… Comme quoi, les choses sont parfois bien faites.

Direction centre ville pour aller écouter Billy Hart à l’AB. Hélas, pas moyen d’entrer. La file sur le trottoir est aussi longue que la queue dans un bureau de vote lors d’un problème électronique. Etrange idée que d’avoir programmer ce concert au Club et pas dans la grande salle…

Alors, je vais Place St-Géry. J’écoute quelques minutes Bettina Reuterberg (voc) et Juresse Amie Ndombasi (g), au Zebra Bar, qui mélangent musique africaine et jazz pop scandinave. Joli métissage. Puis j’écoute un ou deux morceaux du trio de Jennifer Scavuzzo (g,voc), Marco Locurcio (g) et Fabio Locurcio (dm). J’adore la voix de Jennifer et sa façon de reprendre les thèmes rock avec beaucoup d’élégance, de fraicheur (mais aussi de puissance) et de personnalité. Calé dans un coin du Mappa Mundo, le trio distille une bien belle énergie.

jazz marathon,robin mckelle,ben zecker,fred cash,eric kalb,al street,pinto,margaux vranken,florent jeunieux,vincent cuper,paul berne,harrison steingueldoir,tom bourgeois,thomas mayade,cyrille obermuller,mariana tootsie,jerome van de bril,thierry rombaux,matthieu van,bilou donneux,jennifer scavuzzo,marco locurcio,fabio locurcio,bettina reuterberg,juresse amie ndombasi

Mais ce n’est rien à côté de la tempête qui souffle au Roi des Belges.

Mariana Tootsie, à la voix absolument éblouissante, est montée sur la table et déverse du blues, de la soul, du funk et du gospel avec un cœur gros comme ça. Une véritable show-woman. Derrière elle, Bilou Doneux (dm) marque les rythmes sans faiblir, Jérôme Van de Bril (g) se lance dans quelques beaux solos tranchants, Thierry Rombaux (eb) attise le feu et, derrière son clavier, Matthieu Van fait plus qu’assurer, il s’envole ! A la manière d’un Stevie Wonder de la grande époque. Mariana Tootsie (qui vient de sortir son EP «Dance In The Fire») est vraiment un tempérament ! Et une chanteuse qu’il faut absolument voir et soutenir, car elle offre de la vraie et de la très bonne musique… Ecoutez, vous comprendrez.

 

 

J’aurais pu encore traîner dans quelques bars, mais je reste encore raisonnable. Demain, dimanche, j’ai rendez-vous sur la Grand Place avec Greg, Fabian, Jean-Louis, Pierre, Fabien, Jean-Paul, Eve, Axel et bien d’autres jazzmen…

A+