07/04/2018

Sarah Lancman & Giovanni Mirabassi au Music Village

Tout a commencé par un coup de foudre.

En écoutant les premières notes du disque A Contretemps de Sarah Lancman, que je ne connaissais pas, j’ai tout arrêté pour mieux écouter. J’entendais chez cette chanteuse quelque chose de – si pas différent – en tout cas très personnel. J’entendais un grain, une respiration, un rire, un rythme… une voix.

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Vendredi 30 mars, Sarah Lancman était au Music Village avec le non moins exceptionnel pianiste italien Giovanni Mirabassi, l’étonnant trompettiste japonais Toku et notre excellent contrebassiste belge Janos Bruneel.

Je n’avais pas encore mis les pieds au club de la Rue des Pierres depuis les récentes transformations. L’espace s’est agrandit et la vue sur la scène est plus aisée. Pour le reste, rien n’a changé, l’ambiance y est toujours aussi sobre, chic et cosy. L’écrin parfait pour le jazz que propose la chanteuse parisienne.

Restés à l’écart, dans le fond du club, Sarah Lancman et Toku laissent d’abord le pianiste et le contrebassiste improviser en duo sur «All The Things You Are». S’ils jouent ensemble pour la première fois, la complicité opère pourtant immédiatement.

Après cette délicieuse mise en bouche, Sarah Lancman, rejoint les musiciens en toute décontraction et avec un large sourire. Elle envoie aussitôt le vif et swinguant «Don’t Lose Me», dans un débit impressionnant de clarté, avant de continuer avec le tendre «Ça n’a plus d’importance».

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Il y a, dans l’écriture et la musique de Sarah Lancman, cet esprit jazz à la Michel Legrand dans les films de Jacques Demy. Il y a cette façon, à la fois légère et émouvante, de raconter des histoires d’amours qui pourraient sembler banales si elles ne prenaient pas autant de consistance. La chanteuse (et donc auteure) démontre ainsi, sans avoir l’air d’y toucher, que l’on peut vraiment faire swinguer la langue française et faire rebondir les mots avec élégance lorsqu’ils sont si délicatement choisis pour leur sens et leur sonorité. Tout cela se fait sans maniérisme et sans forcer. Un peu comme le faisait avec brio Claude Nougaro, par exemple.

La voix feutrée et veloutée, et pourtant pleine de clarté, est idéale pour cette poésie swinguante, et le choix de Toku, trompettiste et chanteur (que j’avais eu l’occasion de voir au Sounds avec Philip Catherine et Bart De Nolf, il y a plus de dix ans) est parfait. Celui-ci ajoute un soupçon de blues mélancolique, une pointe de sensualité et scelle une véritable connivence avec la chanteuse sur «I Want Your Love», riant et gentiment coquin.

Au piano, Giovanni Mirabassi enchaîne les suites d'accords avec maestria pour en faire des bouquets mélodiques d’une incroyable brillance, tandis que Janos Bruneel assure la cohésion d’ensemble avec beaucoup d'aplomb (il n’y a pas de batteur ce soir), prenant même plus d’une fois de très jolis solos improvisés. Il faut dire que ces chansons vraiment jazz (Mirabassi y est pour beaucoup dans l’écriture) permettent réellement aux solistes de prendre toutes les libertés. Personne ne se fait prier, chacun en profite et échange avec bonheur.

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Avec charisme et aisance Sarah Lancman présente ensuite le frissonnant «A Contretemps», puis «Tout Bas», avant de s’installer, seule au piano, pour un bel exercice de style qui n’aurait pas déplu à Gainsbourg : «Conjugaison amoureuse».

«Fly Me To The Moon», en trio trompette, basse, piano, ouvre le second set avant que Sarah Lancman et Toku ne rivalisent de scats, aussi vertigineux que joyeux, sur «Love Me Just Your Way». Mirabassi, extraordinaire de fermeté et de délicatesse, s’en donne à cœur joie. Il relance sans cesse, emmène le quartette sur des chemins pas trop balisés, puis revient chercher tout le monde. Pur plaisir.

C’est ensuite le blues lumineux «Wrong Or Right», puis le sautillant «Choro des amants éternels» et, finalement, le délicat «On s’est aimé», en français et… en japonais.

Pour prolonger le plaisir, on aura encore droit à «Body And Soul», ou encore «Inspiring Love» et, en rappel, «Autumn Leaves», en anglais pour Toku et en français pour Sarah. La classe.

L’album m’avait séduit et le concert n’a fait que renforcer tout le bien que j’en pensais.

Sarah Lancman est ne artiste à découvrir, à suivre et à revoir, espérons-le, au plus vite sur nos scènes.

 

 

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02/07/2007

Toku, Bart De Nolf et Philip Catherine au Sounds

Toku est une véritable star dans son pays, le Japon.
Toku est un trompettiste qui aimerait bien se balader un peu en Europe.
Toku est fan de Chet Baker.

Comme Chet Baker, il joue du bugle. Comme Chet Baker, il chante. Comme Chet Baker, il est beau gosse.
Entendons-nous, il ne joue pas comme Chet Baker et ne chante pas comme lui non plus.
Personnellement, je lui trouve quelques intonations à la Kurt Elling, ce qui n’est pas mal du tout, vous en conviendrez.

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Pour les deux concerts qu’il a donné en Belgique (au Sounds ce vendredi) et en France (au Parc Floral dimanche dernier), le trompettiste s’est entouré de deux excellents musiciens belges: Philip Catherine (dont on ne rappellera plus qu’il fut un compagnon de route précieux pour Chet) et de Bart De Nolf (qui connaît bien le Japon pour l’avoir sillonné avec Toots).
Philippe Aerts était annoncé ce soir pour tenir la contrebasse, mais il a dû renoncer - ainsi qu’à la tournée d’été avec Richard Galliano - à cause d’un méchant claquage… Comme quoi, il ne faut pas être footballeur pour que ce genre de chose vous arrive. Bon rétablissement, Philippe.)

Dans le club, l’ambiance est sobre, soft et apaisée ce soir.
La tactique à Toku est de reprendre, essentiellement pour cette tournée, des standards… «My Foolish Heart», «But Not For Me» etc…


Sur un thème enlevé, Philip Catherine vient titiller le trompettiste avec des phrases délicatement groovy dont il a le secret.
Toku tente de répondre, mais il préfère ne pas trop faire monter la sauce. Le phrasé reste doux sans être aussi précis et fluide que celui de son idole ou que d’un Bert Joris par exemple.

Avant la pause, Bart De Nolf tentera aussi de pimenter un peu le concert en prenant un solo éblouissant de sensibilité et de percussivité (oui, je sais, ça ne se dit pas) sur «Béatrice».
La salle est attentive et apprécie ce moment un peu plus épicé.

En début de deuxième set, on aura droit à une très belle version, mystérieuse et swinguante de «Love For Sale». Une version qui s’éloigne un peu de ce que l’on connaît. Philip Catherine injectant dans ce thème quelques excentricités qui élèvent le niveau. Décidement un sideman de luxe.

Puis, ce sera «I Fall In Love Too Easily», «It Had To Be You», «My Funny Valentine» ou encore une version assez «crooner» de «There‘ll Never Be Another You».

Ça manque peut-être encore de personnalité, mais ne boudons pas notre plaisir: réécouter ces standards – que l’on n’entend plus si souvent, du reste - est toujours très agréable.
On reparlera sans doute encore de Toku à l'avenir. Tenons cela à l'œil...
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Merci à Jos L. Knaepen pour les photos. Après tout, moi aussi j’ai parfois droit à un photographe de «luxe» pour illustrer mon blog…

:-))

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