05/09/2017

Belgian Jazz Meeting 2017

Tous les deux ans, le Belgian Jazz Meeting permet aux organisateurs, programmateurs et journalistes internationaux de faire connaissance avec une belle sélection d’artistes belges. Douze, en l’occurrence. Ces derniers ont trente minutes pour convaincre. Une belle opportunité à saisir, même si l’exercice n’est pas simple.

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L’édition 2017 se déroulait ce premier week-end de septembre à Bruxelles, au Théâtre Marni et à Flagey. L’organisation était parfaite, pro, simple et décontractée, bien dans l’esprit du petit monde du jazz belge.

Tout a donc commencé le vendredi soir avec le concert de Lorenzo Di Maio.

Fidèle à mes (mauvaises) habitudes, indépendantes de ma (bonne) volonté, j’arrive juste trop tard pour assister à sa prestation. Bien que je connaisse assez bien Lorenzo et son groupe pour avoir assister à nombre de ses concerts, j’aurais bien aimé le voir et l’écouter dans les conditions un peu particulières de ces showcase. Tant pis pour moi.

C’est alors au tour de Jozef Dumoulin de se présenter en solo. Devant son Fender Rhodes, ses dizaines de pédales d’effets et autres gadgets électroniques, le grand claviériste propose un set assez… radical. Bruitiste, avant-gardiste, chaotique, presque abstrait, voire… hermétique. Avec tout le respect que j’ai pour Jozef et sa créativité débordante, qui d’habitude me transporte, j’avoue être passé totalement à côté de ce concert… Je n’ai jamais compris où il voulait nous emmener. Et pourtant, je suis loin d’être réfractaire à sa musique, bien au contraire. Une autre fois peut-etre ?

Après une coutre pause, c’est Drifter (emmené par Nicolas Kummert, Alexi Tuomarila, Teun Verbruggen et Axel Gilain) qui propose une musique bien plus accessible, à la fois lyrique, tendue et finement arrangée. Drifter mélange avec beaucoup de sensibilité et d’à-propos des groove africains, de la folk, de la pop, de l’ambiant ou de la chanson (ce sera d’ailleurs la seule occasion, durant tout ce meeting, d’entendre du chant...). La musique est généreuse, pleines de couleurs différentes, d’interactions entre les musiciens. Ceux-ci s’amusent, prennent du plaisir et, emportés par leur élan, dépassent un peu le temps qui leur été imparti… On ne leur en voudra pas car on s’est plutôt bien amusé. Ce groupe continue à prendre de l’épaisseur et l’ensemble est très convaincant.

C’est donc avec un peu de retard sur l’horaire que le trio de Mattias De Craene clôt la première journée. Avec deux batteurs (Simon Segers et Lennert Jacobs), le saxophoniste propose une musique de transe, presque tribale, très puissante. Tout comme le son - poussé au maximum et à la limite de la stridence (surtout que le saxophoniste use aussi d’effets électro) qui gâche un peu l’érotisme brut que pourrait provoquer cette musique - l’intensité monte rapidement. Et elle y reste. L’ensemble est assez brutal et agressif et manque sans doute parfois d'un peu de subtilité. Mais cela doit sans doute être très efficace sur une scène de festival... pas nécessairement jazz.

Le samedi matin, c’est à Flagey que l’on avait rendez-vous.
D’abord avec Linus, le duo formé par le guitariste Ruben Machtelinckx et le saxophoniste Thomas Jillings. Voilà qui est parfait pour débuter la journée en douceur car ici, tout est fragilité. Les mélodies se construisent par fines couches harmoniques, magnifiquement brodées. La musique, méditative et contemplative, est pleine de reliefs et se nourrit de blues, de musique médiévale, de musique sacrée. Les musiciens sont complices, restent attentifs l’un à l’autre et donnent vraiment de l’âme à ces compositions diaphanes. Très, très beau moment.

Avec Antoine Pierre Urbex, on retrouve le groove, les surprises rythmiques, les variations d’intensités. Et une véritable fluidité dans l’exécution. L’énergie est canalisée, maîtrisée. L’adrénaline monte au fur et à mesure. Le set est extrêmement bien construit. Les interventions de Jean-Paul Estiévenart (tp) sont toujours brillantes, de même que celles de Fabian Fiorini (aussi incisif que décisif), sans oublier celles de Bert Cools à la guitare électrique. La complémentarité des deux saxophonistes (Toine Thys et Tom Bourgeois) est parfaite et le soutien de Felix Zurtrassen à la basse électrique est précis, solide, infaillible. Quant aux dialogues entre le batteur et Fred Malempré aux percus (qui ensoleille certains morceaux avec bonheur) ils sont d’une évidence même. Ajoutez à cela une pointe d’humour et d’impertinence et votre matinée est réussie.

Après un lunch très convivial et un brainstorming autour du prochain Jazz Forum, on se retrouve au Théâtre Marni pour se prendre sans aucun doute la plus belle claque du week-end !

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq, le trio infernal !

Mélangeant le jazz, la transe, le free, l’impro libre, les mesures composées… le trio nous a emmené très loin, très haut et très vite. Et, au vu de la réaction du public (une quasi standing ovation !!!), je crois pouvoir dire que nos trois musiciens ont marqué des points. C’était du plaisir à l’état pur. L’essence même du jazz. Des échanges, des surprises, de la complicité, des prises de risques et une envie terrible de raconter des histoires de façon originale, moderne, intuitive et intelligente. Jubilatoire !

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J’attendais beaucoup de Dans Dans pour ses mélanges entre pop et jazz, entre trip hop, ambiant et impros… Et je suis resté un peu sur ma faim. Le trio nous a servi un set quasiment rock (avec Bert Dockx en guitar hero) où tout était poussé à fond… quitte à oublier les variations, les tensions et les relâchements. On y a eu droit, un tout petit peu, avec la reprise du « The Sicilian Clan» d’Ennio Morricone

De jazz, il en était beaucoup plus question avec Animus Anima.

Ce sextette, composé de Nicolas Ankoudinoff (ts), Bart Maris (tp), Pascal Rousseau (tuba), Stephan Pougin (percus), Etienne Plumer (dm) et, pour l’occasion, l’excellent Gilles Coronado (eg), défend une musique assez ouverte, sophistiquée, nerveuse, parfois complexe. Et fraîche. Le plaisir est immédiat car tout est délivré avec énormément de souplesse et d'une pointe d’humour. Ici aussi, ça échange, ça ose, ça bouge. On laisse de l’espace pour des solos ou des duos. On retient, on pousse, on court, on marche, on rigole. Bref, on vit !

Pour refermer cette seconde journée, BRZZVLL avait joué la carte de la fête et de la danse, ce que ce collectif sait si bien faire. Cependant, ce soir, on a eu l’impression que cela tournait un peu en rond, sur des rythmes et des tempos quasi identiques. Et, dans ce cas-ci, on peut même se demander quel était l’intérêt d’avoir deux batteries si elles se contentent de jouer la même chose… Bref, par rapport à d’autres concerts de BRZZVLL que j’ai eu l’occasion d’entendre, celui-ci m’a un peu laissé perplexe.

J’attendais beaucoup aussi de Steiger ce dimanche matin. J’avais vu le groupe (Gilles Vandecaveye (p) Kobe Boon (cb) Simon Raman (dm)) il y a quelques années lors du Jazz Contest à Mechelen. S’il n’avait pas obtenu le premier prix cette fois-là, il était, pour ma part, parmi mes gros coups de cœur.

Mais… pourquoi ont-ils décidé de s’encombrer de gadgets électroniques et de « machines à faire du bruit » plutôt que de concentrer sur la musique, la construction d’histoires, de mélodies, d’interactions… Un peu comme ils l’ont fait en tout début de concert, avant de nous (me) perdre, et surtout lors du dernier et très court morceau de leur prestation. C’était inventif, sec, net, précis et autrement plus intéressant. Dommage. A revoir…

Quoi de mieux que Trio Grande pour terminer de manière festive, ces trois journées roboratives ? Ces trois Mousquetaires (c’est aussi le nom de leur dernier et excellent album) nous ont amusé, nous ont fait danser, nous ont surpris.

Mine de rien, cette musique, tellement évidente et immédiate quand on la reçoit, est complexe, riche et pleine de finesse. Elle exige des trois artistes une connivence extrême et une confiance de tous les instants. A partir de là, et avec un indéniable sens de la forme, Trio Grande peut s’amuser à revisiter le ragtime, la valse, la chansonnette, le blues avec un brio qui n’appartient qu’à lui.

Lors de cette édition du Belgian Jazz Meeting on remit également les prix Sabam Award décernés cette année à Felix Zurstrassen, dans la catégorie « jeunes musiciens », et à Manu Hermia, dans la catégorie « jazzmen confirmés ». Récompenses bien méritées.

On a déjà hâte de se retrouver dans deux ans pour une cinquième édition dans laquelle on aimerait voir peut-être un peu plus de femmes sur scène, mais aussi des chanteurs et chanteuses et, peut-être, un peu moins… de rock (?).

A+

 

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15/01/2016

Antoine Pierre - Urbex - Interview.

A l’occasion de la sortie imminente de son premier album Urbex (chez Igloo), j’ai eu l’opportunité d’interviewer Antoine Pierre pour le magazine Larsen (abonnez-vous, c'est gratuit et on y parle de toutes les musiques). Pour le papier, il faut parfois couper. Sur le net, pas nécessairement. Voici la version «uncut».

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Urbex. Jazz et friche.

Antoine Pierre est l’un des jeunes drummers que beaucoup de jazzmen veulent avoir dans leur groupe. On l’a vu aux côtés de Jean-Paul Estiévenart, de Toine Thys, de Enrico Pieranunzi, de Philip Catherine et au sein de groupes tels que LG Jazz Collective ou TaxiWars. Cette fois-ci, ce surdoué de la batterie propose son propre projet : Urbex.

 

Urbex, cela veut dire quoi et d’où te vient cette fascination pour les villes et bâtiments abandonnés ?

Urbex est une contraction des mots Urban et Exploration. Il s'agit d'une discipline à la croisée du sport et de la photo qui consiste à visiter des lieux abandonnés pour en faire des photos « spectaculaires ». J'adore cet univers urbain abandonné qui suggère la vie passée et qui grouille de souvenirs. J'ai commencé à faire un peu d'Urbex, c’est-à-dire partir avec mon amie et avec un photographe pour visiter des lieux abandonnés. J'en ai fait en Belgique et à New York. C'est très mystique comme discipline, tu arrives dans un lieu parfois presque intacte depuis qu'il a été abandonné. La seule chose qui change, c’est que la nature s'y est réinstallée. De la végétation pousse, de champignons aussi... C'est vraiment étonnant.

La musique s’est-elle construite autour de ce « concept » (le chaos, l’abandon, la réhabilitation, …) ? A savoir, construire du « neuf » sur des choses oubliées ?

Exactement. Mes morceaux sont construits principalement à partir d'un état dans lequel je me trouve quand j'arrive dans un lieu abandonné : c'est comme si j'arrivais à comprendre tout ce qui s'y était passé et que je vois tout ce qui pourrait s'y passer. Comme si tu pouvais voir une sorte de décalcomanie de tout ce qui a vécu dans cet endroit, comme une présence fantomatique si tu veux. La nature reprend le dessus et se sert de ce que l'homme a construit pour renaître et prouver qu'elle est toujours là et que rien ne peut la vaincre. C'est un concept qui m'est très cher, ce concept « d'énergies ». Ça peut paraître mystique mais c'est devenu de plus en plus concret pour moi et j'ai voulu le rendre tel quel dans ma musique.

Est-ce difficile de « renouveler » le jazz ?

Je crois que c'est difficile mais je crois surtout que c'est un choix. Je crois tout simplement qu'il faut suivre son intuition et que ce n'est pas obligatoire de renouveler. J'ai l'impression parfois que certains musiciens s'efforcent à faire quelque chose de contraire à leur idéal sous prétexte de faire quelque chose de nouveau. Mais en vain... J'ai l'impression que ces musiciens perdent l'essence du truc à vouloir chercher midi à 14 h. Je crois vraiment qu'il faut faire ce qu'on sent d'abord et si on sent qu'on va dans une nouvelle direction, alors là il faut pousser le truc jusqu'au bout, repousser les frontières. Mais seulement si on le sent ! Il ne faut pas le faire juste pour le faire quoi... C'est tout aussi honorable de conserver la tradition que d'essayer de renouveler le jazz. Je suis toujours aussi attiré par ce qui s'est passé avant pour essayer de comprendre au maximum. Mais je suis autant attiré par l'inconnu et tous les territoires à encore découvrir. C'est d'ailleurs ce que j'aime avec Urbex. C'est très excitant d'avoir l'opportunité d'explorer avec ces musiciens.

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As-tu fait le « casting » du groupe après avoir écrit ou imaginé la musique, ou as-tu écrit en fonction des musiciens ?

J'ai longtemps eu des squelettes de compositions en tête mais j'ai fait le casting avant de concrétiser les morceaux. J'ai choisi certains musiciens à l'époque de mon examen de fin d'études au conservatoire de Bruxelles. Parce que j'avais envie de jouer avec eux, sans vraiment penser à la musique en soi. J'avais un son en tête et je savais que j'avais envie d'un grand groupe avec des souffleurs, une basse électrique et des percussions en plus de la batterie. J'ai choisi aussi les musiciens en fonction des rencontres musicales, soit en jouant dans leurs propres groupes ou en jammant avec eux. Lorsqu'on a commencé à jouer l'année dernière, le groupe avait déjà trouvé un chemin dans le son. C'est ça qui a défini le reste du répertoire. J'ai écrit toute la nouvelle musique en fonction du son que la groupe avait réussi à trouver. J'en suis d'ailleurs plus que satisfait et je ne m'attendais pas à ce que le son prenne une telle ampleur.

Est-ce que tu as donné un « rôle » à chaque instrument, une couleur qui correspond à une image ou à l'imaginaire d’Urbex ? L’urbain/la nature, l’homme/la machine, la modernité/la tradition ?

C'est marrant que tu poses la question car ce n'est pas quelque chose que j'ai conscientisé lors de l'écriture des morceaux mais bien lors de leur réalisation. Pendant la résidence qu'on a eue en septembre, je me suis rendu compte que les instruments trouvaient leur rôle et qu'ils se définissaient en fonction des morceaux. J'aime la géométrie de ce groupe, dans la variation qu'il permet et les reliefs que cela provoque. En d'autres mots j'aime, par exemple, que la basse fasse partie de la rythmique dans une partie et soit la mélodie dans une autre. Ou bien que la batterie tient la mélodie et que les souffleurs accompagnent. Au final, je commençais à parler de rôles moins concret musicalement. Et, oui, il m'arrive d'expliquer une composition en la décrivant comme un tableau, avec tous ces éléments que tu as cité.

Comment a-tu écrit tes morceaux ? Sur un rythme, un «système», une mélodie ? Quel a été le morceau déclencheur d’Urbex ?

Je pars en général d'ambiances et d'atmosphères, majoritairement inspirées par l'univers dans lequel je baigne. J'ai toujours un petit carnet avec moi dans lequel je note toutes mes idées. Au milieu d'une discussion ou d'une balade, je peux m'arrêter comme un geek, sortir mon carnet et noter 3 notes dedans... Une fois que j'ai l'idée du son et de l'atmosphère que je veux dépeindre, j'utilise le matériel de ce petit carnet, qu'il soit rythmique, harmonique, mélodique ou conceptuel... Je connecte les idées entre elles et puis je travaille sur la forme. Si j'ai du mal à connecter les idées et que je m'acharne un peu trop, c'est que ce n'est pas le bon moment alors j'attends que le prochain déclic arrive pour continuer à travailler. Je me retrouve en général avec 5 ou 6 compositions que j'écris simultanément en l'espace de plusieurs mois. La plus longue jusqu'ici m'a pris 10 mois et quelques voyages pour l'écrire... Je ne sais pas si il y a eu réellement un morceau déclencheur. Dans la forme, c'est peut-être le morceau « Urbex » qui dépeint bien le procédé que j'ai utilisé pour écrire le répertoire d'Urbex : une suite en plusieurs parties, avec des ambiances différentes, des reliefs différents mais interconnectés.

Le fait d’avoir passé un an à New York a-t-il changé ta façon d’appréhender le jazz. Cela a-t-il influencé ta façon d’écrire pour Urbex ?

Oui. New York a été une expérience incroyable pour moi. C'était d'abord très intéressant de se connecter autant avec la tradition. Pendant un an, je suis sorti presque tous les soirs dans les clubs de jazz pour assister à des concerts plus incroyables les uns que les autres. Ce qui m'a frappé c'est ce jeu incisif que la plupart des batteurs ont. Il y a quelque chose de tranchant qui ne laisse rien au hasard et qui te fait sentir que c'est «here and now». New York est un espèce de grand laboratoire dans lequel les musiciens font des expériences qui ne se produiront peut-être qu'une seule fois. Les concerts des groupes new-yorkais auxquels on a droit en Europe sont, pour la plupart, des groupes existants qui ont enregistré et tourné. A New York, tu peux voir des formation insolites ou inhabituelles qui jouent des compositions inédites juste pour un soir. Parfois ça fonctionne, parfois pas mais, au moins, ça se fait. Je crois aussi que j'ai eu la chance de faire des rencontres qui m'ont poussées musicalement dans une voie que je n'aurais pas prise autrement. Voir cette émulation entre musiciens et vivre cette énergie forte m'ont poussé à m'ouvrir plus et à faire plus d'expériences. Je pense que cela se traduit bien dans Urbex.

Quelles sont tes principales - et surtout dernières - influences musicales ?

Pat Metheny restera toujours mon influence principale. Pour moi, c'est un musicien complet. Je n'aime pas tout ce qu'il a fait mais dans chacune de ses compositions, la qualité y est et sa plume ressort. J'ai aussi eu l'occasion de faire une session avec Chris Potter à New York et j'ai donc voulu découvrir plus sa discographie. J'adore son écriture et la manière dont il arrange pour les grands ensembles. J'ai aussi beaucoup écouté Vijay Iyer, j'aime sa manière d'aborder la musique et la composition et je trouve que son trio est un magnifique exemple de travail de liberté en groupe. Même si la musique est archi complexe, on sent qu'ils arrivent à s'éclater et à trouver leur liberté dedans. Je suis retourné sur la discographie d'un de mes plus grands héros, Miles Davis. Après avoir écouté son premier et son deuxième quintet pendant des années je suis retourné sur la période électrique que j'adore. J'aime la progression de la musique dans ces disques et aussi l'énergie qu'il y a, ce truc « sans chichi ». De plus, le son de Miles est juste incroyable...

Vous avez beaucoup joué avant d’enregistrer ? Le disque s’est enregistré dans les conditions d’un live ? Y a-t-il eu beaucoup de « prod » ensuite ?

Quand je suis rentré de New York, on a joué l’ancien répertoire au Bravo et au Brosella. On n’avait pas encore eu le temps de travailler sur la nouvelle musique. Le son était là et il ne demandait qu'à grandir encore. Durant le mois d'août, j'ai organisé des répétitions partielles avec les musiciens pour parcourir les nouveaux morceaux et nous habituer aux formes, aux systèmes rythmiques et harmoniques et approfondir quelques intentions. Ensuite, on s'est tous réunis pour 3 jours de résidence à la Jazz Station. Là on a vraiment pu travailler les morceaux en profondeur et tester plusieurs possibilités de structures, etc. On a joué ce répertoire pour la première fois au Marni, c'était donc notre première situation live. On est rentré en studio le lendemain et on a passé 3 jours et deux nuits à enregistrer dans un studio dans les Ardennes, complètement isolé du monde, juste concentré sur cette musique. C'était une expérience incroyable pour moi ! Actuellement*, nous sommes en plein mixage pour faire ressortir la musique comme elle doit l’être, en respectant les conditions live dans lesquelles elle a été enregistrée.

 

 

*(Note : L'interview s'est faite fin septembre 2015)

Photo : Mael G. Lagadec

A+

18/09/2015

Saint-Jazz-Ten-Noode 30 ans ! L'interview

Saint-Jazz-Ten-Noode fête ses 30 ans cette année !

Voilà qui mériterait bien un bon gros gâteau d’anniversaire !! … Ha non, Dimitri Demannez n’aime pas ça. Il préfère un bon gros plateau de bonnes musiques. Alors, avec Fanny De Marco, ils nous ont concocté une affiche plutôt appétissante.

On regarde ce qu'il y a au menu des trois jours (24, 25 et 26 septembre) avec Dimitri et Fanny ?

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Saint Jazz-Ten-Noode, c’était comment, il y a trente ans ?

Le festival a débuté sur une idée de mon père, Jean Demannez. Il a mis ça sur pied avec quelques amis, dont Pol Lenders, le célèbre patron du Pol’s Jazz Club. Celui-ci avait déjà essayé de faire un festival sur la Place Fernand Cocq, en face de son fameux Bierodrome, mais ça n’a pas trop bien marché. Comme il cherchait un autre lieu, mon père lui a proposé la place St-Josse.

Sous chapiteau ?

Au départ c’était un tout petit podium, en plein air. Mais, dès la deuxième année, ils ont pris une drache formidable et ils ont décidé de faire les éditions suivantes sous tente. Ce qui n’était pas toujours évident pour l’acoustique, mais le public était évidemment enchanté. Il y avait un côté très populaire, c’était la grande fiesta et c’était gratuit.

Mais cela a évolué au fil des années. Il y a eu différents lieux, il y a même eu une édition sur la Place Rogier.

Oui, c’était pour les vingt ans. C’était un plus gros podium qui était impossible à monter sur la place à St-Josse. On avait vu plus large cette année-là, pour marquer le coup. On avait invité Michel Jonasz, par exemple, mais aussi Thomas Dutronc, qui débutait à l’époque. Puis, on est revenu sur la place St-Josse. Mais cela a, en effet, un peu bougé. Quand la Jazz Station s’est créée, on a pris l’habitude d’organiser un concert là-bas. Par la suite, on a décidé de terminer le festival par des concerts à l’Orangerie du Botanique. Il y a trois ans, après les élections, cela est devenu un peu plus compliqué de collaborer avec la commune. Nous avions deux choix : soit arrêter, soit changer la formule. On a proposé au Botanique de collaborer ensemble. Ils étaient ravis d’accueillir du jazz, car cela diversifiait un peu leur offre plutôt centrée sur le rock, la pop ou la chanson française. Et puis là, au moins, on est libre.

Vous avez vu des évolutions, côté public ? Le festival draine-il de plus en plus de monde ?

C’est difficile à dire car au début c’était sous chapiteau et ouvert à tout le monde. Difficile de comptabiliser cela. Mais il y a toujours eu beaucoup de monde. Même depuis que la formule est devenue payante. Mais il faut dire que c’est franchement démocratique : entre 6 et 10 euros pour des têtes d’affiches comme celles que nous présentons, c’est cadeau.

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©Jean-Louis Neveu

 

Parlons de la programmation justement. Y a t-il un fil rouge ? Y avait-il une envie d’inviter les groupes qui ont marqués les éditions précédentes par exemple ? Faire un hommage, retrouver un peu de nostalgie ?

Au départ, nous étions parti dans cette optique. Mais il y avait des artistes que j’avais envie de programmer et qui n’étaient jamais venus, comme Dédé Ceccarelli, que je voulais inviter depuis longtemps, par exemple. Alors, on a un peu mélangé les artistes, en tentant de faire une chouette programmation qui tienne la route. Et on a cherché un thème par soirée. Le premier soir, le jeudi 24 à la Jazz Station, on a rassemblé des guitaristes. Il y a d’abord Lorenzo Di Maio, qui présente son tout nouveau projet personnel avec Jean-Paul Estiévenart, Nicola Andrioli, Cédric Raymond et Antoine Pierre. On est très heureux d’avoir l’exclusivité de cette première. Ensuite, il y a Hervé Samb qui présente son projet avec Reggie Washington, Olivier Temine et Sonny Troupé. Ce n’est pas rien ! Le vendredi 25, au Bota, on propose une soirée plus “jazz”, entre guillemets et le samedi 26, toujours au Bota, une soirée plus “groove”. Et cela se termine au Bravo pour une jam finale !

On passe en revue le menu de vendredi ?

Oui. Fabrice Alleman, qui n’était jamais venu au festival, lui non plus, et que l’on espérait depuis longtemps, viendra avec son quintette présenter Obviously, superbe album sorti en 2013 déjà, chez Igloo. Ensuite, il y aura Toine Thys en trio avec Antoine Pierre et Arno Krijger.

Et puis, ce jour-là il y a André Ceccarelli !

Que je voulais le programmer depuis longtemps. De plus, au studio-école de batterie dans lequel je travaille, l’un des profs ne cessait de me répéter que je devais absolument l’inviter. C’est d’ailleurs lui qui m’a donné les coordonnées d’André. J’ai donc appelé le batteur français en pensant devoir passer par des manager et, en fait, André est un type tellement simple, accessible et enthousiaste, que tout s’est arrangé très vite et très simplement. Il viendra avec Baptiste Trotignon et Thomas Barmerie ! Il n’a pas souvent l’occasion de venir jouer à Bruxelles. En plus, il a décidé de jouer un peu moins souvent en général, c’est pourquoi je suis vraiment très content et très fier qu’il vienne chez nous !

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©kwestion.be

 

Le samedi est donc plus accès groove et jazz fusion.

Il y a d’abord Brzzvl qui était venu il y a trois ou quatre ans et qui avait cartonné. Et cette fois-ci, ils reviennent avec Anthony Joseph. Ça va être terrible pour démarrer la soirée.

Oui, je les avais vu dernièrement à l’Epaulé Jeté, sans Anthony Joseph, et c’était vraiment costaud. De plus, l’album « Engines » est vraiment excellent. Revenons à la programmation de samedi, il y a Ourim Tourim, que je ne connais absolument pas.

Ça c’est le groupe que les gens vont découvrir ! Ce sera une belle surprise, je pense. Ils sont six et pratiquent un afro-jazz un peu soul. Je connaissais le bassiste Clive Govingen, qui a participé à certaines jams ici à Bruxelles et qui était déjà venu au Saint Jazz avec Jerry Leonid et Boris Tchango. Ourim Toumim est un tout nouveau groupe et nous sommes très emballé de le présenter cette année chez nous.

Puis Nicolas Kummert vient en quartette.

Il vient avec un projet inédit. C’est lui qui nous à proposé cette formule et on n’a pas longtemps hésité quand il nous a dit que c’était avec Nic Thys, Karl Jannuska et Lionel Loueke ! C’est quand même un guitariste très en vue à New York, et dans le monde entier d’ailleurs. Il joue régulièrement avec Herbie Hancock, Terence Blanchard, Gretchen Parlato, Avishai Cohen, Jef Ballard ou Robert Glasper... Ça va être fabuleux, j’en suis sûr !

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©nc

 

Et pour finir : Da Romeo. Et là on ne sait pas à quelle heure ça va se terminer !

On a un timing à respecter, même si ça risque de déborder, car il y a la jam finale au Bravo… et là, ça risque de se terminer très tard. Ou très tôt le matin, c’est selon. Donc, Da Romeo sera là avec Eric Legnini, Julien Tassin, Alex Tassel, Christophe Panzani et Arnaud Renaville. Ça va cogner. Et puis, pendant toute la durée du festival, le vendredi et samedi au Bota, il y aura la bourse aux disques qui sera accessible tout le temps, contrairement aux autres années où l’horaire était limité.

 

 

Voilà une superbe affiche de concerts évènements, qui mélange nouveaux projets et talents plus que confirmés.

C’est mieux qu’un gâteau, non ?

 

A+

15/06/2015

Matthieu Marthouret Bounce Trio - Bravo

L’organiste Matthieu Marthouret était de passage à Bruxelles pour présenter son dernier album en trio : Small Streams… Big Rivers. Et il avait choisi le Bravo.

Avec Toine Thys au ténor et Gautier Garrigue aux drums, Bounce Trio (puisque tel est le nom du groupe) rebondit entre bop, soul jazz, thèmes originaux et reprises, comme, par exemple, avec ce légèrement funky «Tom Thumb» de Wayne Shorter, pour ouvrir le concert.

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Le thème est emballé avec une belle fougue. Il faut dire que, en trio, la musique est plus découpée et dégraissée. Marthouret fait d'ailleurs preuve d’une belle habileté en assurant groove, lignes de basse et mélodies. Bien sûr, le drumming, tendu et sûr, de Gautier Garrigue est là, bien solide, pour le soutenir. Sur «Joe», le sax et l'orgue jouent à la course poursuite ou le relais, c'est selon. Entre quelques citations de «Lullaby Of Birdland», le thème file et Toine Thys peut enchaîner les chorus enflammés. Les échanges sont parfois âpres, pleins de swing et de vivacité. On en voudrait plus des morceaux comme celui-là car, même si «Visions » (de Stevie Wonder) est plein de charme, il est un peu trop respectueux de l’original, et manque peut-être un peu d’intérêt. On pourrait faire la même remarque à propos de la reprise de «Shine On You, Crazy Diamond» (de Pink Floyd).

Quand ils sont libérés, chacun des musiciens y va de son solo. Guarrigue claque les fûts sur un question-réponse avec l'organiste et Thys vient mettre son grain de sel. «Years», tout en accélérations et allers-retours rythmiques est brillant d'efficacité. Du coup, «Prélude en Ut Mineur» (inspiré de Frédéric Chopin), joliment arrangé, vient à point nommé pour calmer le jeu.

Le fait de ne faire qu'un seul et long set est sans doute bénéfique au trio chez qui l’on ressent de la chaleur et de la cohésion grandir au fil des morceaux. Les trois amis semblent dialoguer sans a priori, ni calcul. La musique n'en est que meilleure. Elle est plus chaude et sensuelle, les solos sont plus liés, s'intègrent et se confondent plutôt qu'ils ne se succèdent. L'âme du trio se révèle vraiment, comme sur ce morceau d’Eddy Louis ou encore sur un «Bounce Neuf», tourbillonnant à souhait.

Et pour terminer ce bon concert, et pour rendre un dernier hommage à Ornette Coleman, disparu le matin même, Marthouret invitera un second ténor à monter sur scène : Vincent Tekhal.

Small Streams… Big Rivers.

 

 

 

A+

 

29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

26/01/2014

Rendez-vous à Tournai

Plus que 9 fois dormir et s’ouvrira à Tournai la troisième édition du Festival de Jazz.

Rappelez-vous, j’avais parlé de deux précédentes éditions, qui avaient tenues toutes leurs promesses, sur Citizen Jazz (d’abord ici et puis ici).

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En 2013, les organisateurs avaient tiré les leçons d’un premier essai assez ambitieux (presqu’un coup de maître) avec bonheur. Le Tournai Jazz Festival reprend donc la même formule cette année et l’affine encore un peu plus. Outre le patio et l’habituelle salle Jean Noté, la salle Lucas ouvrira également ses portes pour accueillir au total 11 concerts pendant deux jours.

Du côté de la programmation, Geoffrey Bernard (l’un des principaux initiateurs du projet) et ses amis se sont, une fois de plus, plutôt bien débrouillés pour proposer une affiche originale et bien alléchante.

Voyons ça en images et en musiques…

Vendredi, c’est Elia Fragione (dans un registre pop jazz) qui donnera le coup d’envoi, et l’intenable Daniel Willem et son Gipsy Jazz Band qui fermera le ban.

 

 

Entre les deux, Tournai aura les honneurs de l’excellent Jef Neve (avec son Sons Of A New World) et l’étonnante - et très réussie - évocation de Billie Holiday par Viktor Lazlo (vu l’année dernière au Théâtre Le Public à Bruxelles, je vous le recommande).

Samedi, après le drôle et touchant conte musical pour enfants de Toine Thys, «La Mélodie Philosophale» (vu l’été dernier au Gaume Jazz. Je vous le conseille vivement, même si vous avez passé l’âge), Ivan Paduart se produira en trio, avec Hans Van Oosterhout et Philippe Aerts. Ça commence donc très bien, non ?

Et ce n’est pas fini !

Il y aura Electrophazz, Les Swing Hommes

 

 

Mais il y aura aussi, ni plus ni moins, la fabuleuse chanteuse Youn Sun Nah pour un concert envoutant et frissonnant à souhait (je vous le garantis), suivi par le trio de Avishai Cohen, (qui avait mis tout le monde d’accord lors du Jazz Middelheim en 2012 !).

 

 

Ça promet !

Mon petit doigt me dit qu’il ne faut plus tarder à réserver… tout est bientôt sold-out ! Vite !

On se retrouve là-bas ?

A+

 

18/05/2012

Toine Thys French Quartet au Sounds

Même si la démarche de Rackham est intéressante et le résultat plutôt réussi, oui, je l’avoue, je préfère Toine Thys dans des formations plus “acoustiques”.

J’aime son ancien groupe Take The Duck par exemple, ou son Trio avec Arno Krijger (org), ou encore, comme ce 4 mai au Sounds, son French Quartet.

Question de goût personnel, sans doute.

Toine Thys a une belle personnalité au ténor, au soprano ou à la clarinette basse, qui est bien mieux mise en valeur dans ce genre de formations, me semble-t-il. C’est là que se révèle toute la sensibilité qu'il cache peut-être parfois derrière un humour décalé et nonchalant.

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Dans ces moments-là il est plus touchant. Et, du coup, les petites imperfections inhérentes au fait que ce quartette ne joue ensemble que depuis quelques jours (voire quelques heures) s’acceptent plus naturellement. Mais ces petits flottements proviennent aussi du fait que la musique est loin d’être figée. Elle est vivante, elle est assez libre, elle est vraie, bref, elle est bonne. Et si elle possède toutes ces qualités, c’est que Toine Thys s’est aussi entouré de quelques belles pointures de la vague montante du jazz hexagonal (d'où le nom "French Quartet").

A la guitare, on retrouve Romain Pilon, que l’on connait pour l’avoir entendu aux côtés de David Prez notamment. Son jeu est élégant, et son phrasé délicat lui permet de faire émerger les subtilités mélodiques des compositions de Toine Thys. En plus, Pilon évite l’évidence et trouve toujours un angle original. Il laisse s’exprimer les respirations et teinte son jeu, souvent swinguant, de touches bluesy ou légèrement funky. Les échanges avec le saxophoniste sont bien équilibrés et la tension monte sans difficulté.

A la contrebasse, Yoni Zelnik, qu’on avait vu récemment avec Seb Llado ici même, n’hésite pas à prendre la poudre d’escampette dès qu’il le peut. Et quand il ne peut pas, il trouve toujours un moyen de secouer fébrilement le tempo pour provoquer une ouverture et s’échapper à nouveau (sur “Dust” par exemple). Il crée ainsi une dynamique supplémentaire, une deuxième couche musicale, parfois surprenante et souvent intéressante.

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Puis, à la batterie, Fred Pasqua – que je ne connaissais pas (il joue pourtant avec Louis Winsberg, Emmanuel Bex ou Sophie Alour) – est très attentif et très fin dans le soutien ou plus affirmé dans la relance. Il fait claquer les fûts sans jamais être envahissant.

C’est qui est un peu trop envahissant ce soir, c’est le bavardage intempestif de certains spectateurs. Alors, avec élégance et humour, Toine Thys n’hésite pas à descendre de la scène et à déambuler entre les tables pour jouer un joli “Bloody Mary” et rappeler à certains qu’on est là avant tout pour écouter de la musique.

Avec ce jazz - pas aussi classique qu’il n’y parait - le French Quartet de Toine Thys amène une certaine dose de fraîcheur dans notre jazz belge. Les arrangements, pourtant assez élaborés, passent avec beaucoup de simplicité et de spontanéité, et les richesses harmoniques se dévoilent avec pudeur. La musique respire naturellement et prend toute sa puissance au fil des morceaux, sans qu’il ne faille pour cela forcer le trait.

On se fera donc un plaisir de revoir cette nouvelle formation - sans doute mieux rodée encore – cet été d’abord au Gouvy Jazz Festival et puis... ailleurs encore... espérons-le.

 

A+

01/11/2010

The End Of Certainty - Toine Thys Trio

 

Look à la gavroche, Toine Thys nous regarde dans le blanc des yeux sur la pochette de son dernier cd: “The End Of Certainty”. On pourrait se poser la question de ce décalage entre l’image et le titre. Que veut-il nous dire par là? Que ce disque ne contient pas ce que l’on croit? Peut-être car, en effet - et c’est la première surprise pour ceux qui découvrent ce trio Hammond” - on n’est pas vraiment dans l’ambiance à laquelle on pourrait penser au premier abord: le soul-jazz. Bien sûr, ça groove, mais on est plus proche d’une esthétique post-bop. Il faut bien avouer aussi que le disque joue les contrastes, allie tradition et modernité et est, en fin de compte, assez varié.

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Il y a, par exemple, cette magnifique ballade, “Lazy Afternoon” (de Latouche & Moross, magnifiée en son temps par Pete La Roca), qui nous entraîne dans une abyssale mélancolie. Le tempo est ralenti au maximum. La clarinette basse résonne avec profondeur tandis que l’orgue souffle délicatement. C’est sans doute l’une des belles réussites de ce disque. Dans le même ordre d’idées, “Hermione” nous envoûte autant mais, cette fois-ci, Toine est au soprano. Toine, qui fait preuve d’habileté extrême dans les moments de recueillement, nous étonne aussi sur “U-Turn” lorsque, grâce au re-recording, il superpose ses talents de saxophoniste, flûtiste et clarinettiste.  On est bluffé par ce moment hors du temps, en léger décalage avec le reste de l’album. Mais les surprises ne s’arrêtent pas là. Le trio se réapproprie All The Things You Are dans une version presque éclatée qui reste cependant swinguante. Au début, les échanges entre les trois musiciens ont de quoi déstabiliser, avant que la mélodie ne se dessine de façon assez impressionniste. Quant à “The Other”, c’est un instant de bravoure où, tout en jouant rubato, le trio arrive à garder une cohésion parfaite. Joost Van Schaik se concentre sur un jeu à la caisse claire assez étonnant, tandis qu’Arno Kijger, à l’orgue Hammond, se fait plus incisif. Tout au long du disque, d’ailleurs, l’organiste nous montre les multiples facettes de son talent. Tantôt sensuel, tantôt agressif, tantôt gospel, il explore les différents univers avec une belle dextérité. Son jeu est fin et ondulant, toujours précis, jamais envahissant et toujours à l’écoute des autres. 

 

À la fin de  The End Of Certainty, on est certain d’une chose: il y a encore des choses à explorer de ce côté-ci de la musique.

 

J’ai raté le concert du trio au Sounds pour la sortie de l’album (mais je l'avais vu à la Jazz Station en avril). D’autres dates sont prévues en… mars 2011. En attendant, faite-vous l’oreille avec le disque…

 

A+

25/04/2010

Toine Thys Hammond Trio - Jazz Station

L’orgue Hammond est-il de nouveau à la mode? Ou est-ce moi qui n’ai pas bien suivi le mouvement? Bien sûr, l’instrument n’a jamais vraiment disparu. Il suffit de prendre pour exemples les Charlier & Sourisse, Emmanuel Bex, Larry Goldings, Gary Versace, Joey De Francesco, Barbara Dennerlein, Dr. Lonnie Smith ou encore Rhoda Scott ou John Medeski

…Ok, c’est vrai, la liste peut être longue.

Mais ces derniers temps, j’ai l’impression que le Hammond revient plus encore au-devant de la scène… Chez nous, par exemple, coup sur coup il y a eu The Groove Things (Nic Thys, Lieven Venken, Nicolas Kummert et Jef Neve), Matthieu Marthouret et maintenant Toine Thys Hammond Trio. À vrai dire, tout cela n’est pas pour me déplaire, surtout que chacun de ces groupes propose une vision bien personnelle de l’instrument.

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Le trio de Toine Thys existe depuis pas mal de temps déjà. Aux alentours de 2005, le saxophoniste rencontre l’organiste hollandais, Arno Krijger, lors d’un gig avec Joost Van Schaik (dm). La sauce prend rapidement, les rencontres se renouvèlent et l’envie d’aller plus loin se concrétise. Le trio est d’ailleurs entré en studio récemment et sortira un CD dans le courant du mois d’octobre.

Ce soir (31 mars), ils étaient à la Jazz Station. Un peu fatigués: la courte tournée ne fut pas de tout repos et la journée avait été longue (une séance photos du côté de Dinant pour illustrer le futur album ne les avait pas ménagés).

Entre compositions originales et standards solidement revisités (un «Body And Soul» très sensuel et un «All The Things You Are» presque méconnaissable mais extraordinaire), le trio de Toine Thys a quand même tendance à cultiver le terrain de la tradition.

Arno Krijger est l’un des rares organistes à jouer les lignes de basse avec le pied. Cela lui permet d’avoir une belle fluidité dans son jeu aux claviers, ainsi que de se libérer dans des impros souvent groovy. Du coup, ses mélodies s’enchevêtrent joliment à celles de Toine, et donne de l’épaisseur au groupe.  

Dans «Fish It», on retrouve la patte de Toine (pour qui connaît un peu ses compositions): c’est ensoleillé, légèrement traînant et habilement swinguant. On est un peu soul/blues sur «Bloody Mary», négligemment bossa sur «The Other» ou mélancolique sur «Hermione» et Toine Thys alterne ténor et soprano. Mais quand il empoigne la clarinette basse sur «Lazy Afternoon», on bascule dans un tout autre monde, plus onirique et plus sensuel encore. La voix grave et fragile se mêle délicatement avec celle, en contrepoint, de l’orgue, tandis que Van Schaik frôle la peau de ses tambours avec les balais. Dans le même ordre d'idée, «Twin Lotus» nous embarque dans un pays mystérieux. La clarinette basse psalmodie, l’orgue fait éclater quelques notes brillantes, évoquant les ricochets sur l’eau, et la batterie roule doucement en imitant de gros cailloux qui s’affaissent mollement.

Certes, on les sentait un peu fatigués ce soir, mais l’on devine très bien le potentiel explosif d’une telle formation (leur version de «All Or Nothing At All» nous le prouve). On attend donc avec impatience les prochains concerts et l’on prend déjà rendez-vous pour fêter la sortie de l’album en octobre.  

 

A+

 

12/10/2009

Le premier mercredi des Lundis

 

Soirée d’ouverture des Lundis d’Hortense, mercredi 30 septembre à la Jazz Station. Un monde fou. Cette année, plutôt que la traditionnelle jam festive (c’est souvent bien mais parfois un peu désordonné), les LDH ont eu l’idée de donner «carte blanche» à un musicien.

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C’est  à Tuur Florizoone qu’est revenu le privilège – et la lourde responsabilité – d’organiser le concert. Et il n’a pas choisi la facilité. Pourtant, comme me le disait Jan de Haas, il a réalisé l’impossible : rassembler un maximum de jazzmen et, en plus, élaborer un programme complet, construit et bien pensé.  Et Tuur n’a décidément pas ménagé ses efforts, puisqu’il a également re-arrangé certains morceaux suivant la configuration des différentes formations et des instrumentistes.

Ainsi, on débute par un classique pop revisité jazz (« Don’t Stand So Close To Me » de Police magnifiquement chanté par Barbara Wiernik et (??) qu’accompagne Tuur) pour terminer par une version déjantée de «Good Bye Pork Pie Hat» interprété par un big band de soufflants.

Entre ces deux beaux moments, on suit une évolution intéressante et toute en souplesse au travers de différents courants jazz. Tour à tour, les musiciens se succèdent sur scène. Duo, quartette, quintette, big band, tout s’enchaîne avec une incroyable fluidité et il n’y a aucun temps mort. Chapeau Monsieur Tuur.

On retrouve ainsi sur scène Jean-Louis Rassinfosse (cb), Stephan  Pougin (dm), Alain Pierre (g) et Alexandre Cavalière (violon) pour accompagner Tuur dans son «Café Terminal». Le titre est tiré de la bande originale de l’excellent film «Aanrijding in Moscou» (ou «Moscow, Belgium») qui a reçu plusieurs prix à travers le monde, dont celui de la Critique à Cannes, et qui est passé un peu trop inaperçu du côté francophone de notre pays (no comment…).

Le mariage accordéon et violon est flamboyant et le final explosif.

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Direction le Brésil avec «Evinha, Minha Vizinha» à bord d’un Tricycle (Philippe Laloy (ss) et Vincent Noiret (cb) ) augmenté de Jan de Haas (dm), Henri Greindl (g). Détour du côté de chez Garrett List avec un morceau qui lui est dédié («To Autumn») dans lequel on peut entendre le chant déchirant -  presque un cri, un râle – de Barbara Wiernik. Impressionnant.

Puisque Pirly Zurstrassen (p) est sur scène, on enchaîne avec le très slave et très dansant «H dance». On y retrouve une bonne partie du groupe Musicazur, dont le virevoltant Kurt Budé à la clarinette. Dans la salle archi-comble (c’est une épreuve pour atteindre le bar) l’ambiance est joyeuse, décontractée, conviviale. Le bonheur se lit sur le visage de tous les spectateurs et des musiciens. Tuur sait y faire. Alors, il nous donne un peu de tendresse et de calme avec une belle, triste et lente ballade («Epilogue») avant de nous ramener sur la route de la fête avec «Un, Deux» qui fleure bon la musique tzigane. Ils sont de plus en plus nombreux sur scène (Toine Thys, Thomas Champagne, Fred Delplancq, Daniel Stokart et plein d’autres) pour fêter un «Mum’s Birthday» enchaîné à un «Double Booked» très Mingusien. Joli prologue quand on sait ce qui va suivre.

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On remplit encore un peu plus la scène et l’on ajoute David Devrieze, Joe Higham, Pierre Bernard et d’autres encore, pour accompagner Jereon Van Herzeele, en soliste frénétique et volcanique, sur un «Good Bye Pork Pie Hat» éclatant.

Carton plein !

Mission accomplie, la jam peut commencer.

 

 

Quant à moi, je discute longuement avec Pierre Bernard, avec Jereon Van Herzeele (qui me ramène des nouvelles peu réjouissantes de Jean-Jacques Avenel), avec Alain Pierre et puis plein d’autres amis… et finalement, je refais le monde avec Fabrice Alleman (déjà écouté le superbe «The Duet» avec Jean Warland ?)…

 

Les Lundis, c’est tous les jours la fête des jazz.

 

A+

 

01/10/2009

Passage éclair à Saint-Jazz-Ten-Noode

Passage éclair à Saint-Josse qui proposait son 24ème festival Saint-Jazz-Ten-Noode ce samedi 19 septembre !

J’arrive trop tard pour entendre Thierry Crommen, mais je ne rate presque rien du concert de l’Âme des Poètes. Je n’ai pas eu l’occasion de voir ce groupe assez souvent et je le regrette.

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Derrière l’humour et une dérision affectueuse de leurs reprises de chansons françaises, il y a la rigueur de 3 excellents musiciens. Trois musiciens qui arrivent à réinventer la vie de chansons populaires mille fois entendues. Avec nos trois gaillards, même une chanson du Grand Jojo passe pour une œuvre majeure de la musique. La reprise de «Chef, un p’tit verre, on à soif!», entièrement retravaillée sur un rythme oriental, est jubilatoire.

Pierre Vaiana, notre Django d’Or 2009, est merveilleusement ondulant. Un véritable serpent des sables, agile, précis et insaisissable.

Fabien Degryse, (dont je vous conseille lle second album « The Heart of the Acoustic Guitar » qui sort sous peu… je peux déjà vous dire qu’il contient quelques petites perles) est épatant à la guitare. Parfois bluegrass, parfois manouche, parfois classique. Une fois nerveux, une fois tendre, une fois lyrique… toujours pétillant. Un régal.

Et puis, il y a Jean-Louis Rassinfosse, toujours aussi facétieux dans la présentation des morceaux - le roi du jeu de mots – qui, lorsqu’il empoigne sa contrebasse, la fait chanter comme personne d’autre en Europe.

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La musique semble simple mais demande assurément une exigence incroyable de la part des musiciens. L’Âme des Poètes devrait bientôt sortir un nouvel album. Cela nous promet bien du plaisir.

Place ensuite à Nathalie Loriers. J’aurais bien voulu assister au concert de Nathalie dont le dernier album vient de sortir chez De Werf (avez-vous écouté la nouvelle version de «Mémoire d’O» ? Rien que pour cela, le CD vaut l’achat!).

Mais un autre rendez-vous important m’attendait (il faut toujours tenir les promesses que l’on fait à ses enfants ;-) ) et j’abandonne le chapiteau qui résonne des premiers accords du quartette.

J’irai écouter Nathalie, de même que Toine Thys et son Hammond Trio qui se produisait un peu plus tard à la Jazz Station, une autre fois … Ça aussi c’est une promesse que je m'oblige à tenir!

 

A+

 

08/09/2009

Rendez-vous entre amis

Blog un peu en rade.

Désolé.

 

Juste le temps de rappeler quelques petits rendez-vous entre amis.

 

Vous souvenez-vous de "The Wild Party" ?

Fabuleuse « pièce de théâtre » interprétée avec conviction par quelques jazzmen et un acteur fantastique ?

J’en avais parlé ici.

Si vous l’aviez raté, il y a deux séances de rattrapage les 10 et 11 septembre au Théâtre 210.

Incontournable.

 

Et puis, bientôt aura lieu la deuxième édition de Musicalix. Le 26.

Organisé par Leila Radoni, le festival accueillera cette année les KMG’s, Julie Jaroszewski quartet ou encore The Radoni’s Tribe.

 

Avant ça : Saint Jazz Ten Noode, avec Nathalie Loriers, Thierry Cromen, L’Âme de Poètes, Toine Thys Hammond Trio !

Entre temps, au Théâtre Marni aura lieu les "Marni Jazz Rendez-vous", où vous pourrez également écouter The Radoni’s Tribe parmi d’autres beaux groupes (Mid West Quartet, Cécile Broché, Alex Furnelle, Jacques Pirotton, etc…)

Hautement recommandé.

 

Et bientôt aura lieu Jazz At Home, à Malines.

Sympathique organisation qui propose d’aller de maison en maison écouter de jeunes groupes de jazz pour, le soir, se donner rendez-vous au Stadsschoubuwburg avec le Tuesday Night Orchestra en apothéose.

 

Et puis, il y a les clubs…

 

Quant à moi, je range deux, trois bricoles, j’organise un peu mieux ma vie et je vous promets de revenir plus régulièrement avec des concerts, des disques, des livres.

 

En attendant, mon ami Wakas (ex-KMG’s) va-t-il faire un énorme carton ?

C’est tout ce que je lui souhaite…

 

 

 


:-)

 

 

A+

 

21/07/2009

Brussels Jazz Marathon 2008... (Never too late...)

Mon Jazz Marathon, c’était aussi le concert du vendredi soir (le 29) sur la Grand Place de «The Groove Thing» avec Jef Neve (Orgue Hammond), Nicolas Kummert (ts), Lieven Venken (dm) et Nic Thys (eb).

Je les avais vu l’année dernière lors du même Jazz Marathon (Place Ste Catherine) et j’avais manqué leur enregistrement «live» à l’AB en avril. On attend le disque avec impatience, même si c’est assurément sur scène qu’il faut profiter de ce moment de bonheur. Car cette énergie débordante et ces groove font un bien fou.

Ce soir, The Groove Thing n’a pas failli à sa réputation malgré un son un peu moyen qui étouffait un peu cette explosivité.
Car sur scène, nos quatre jazzmen se dépensent sans compter.

Jef est intenable à l’orgue, il se lève, se déhanche, grimace et s’évade dans des solos démentiels.
Et il est soutenu par une sacrée rythmique: Nic Thys, impérial dans la «pulse» - qui intervient également dans des solos d’une musicalité et d’une puissance fabuleuses - et Lieven Venken, frappe sèche et sûre, toujours prêt à sauter dans le bon wagon.

Et puis, il y a Nicolas Kummert qui fait hurler son sax entre deux hoquets et éclats de voix. Il chante de plus en plus dans son sax (un peu comme le faisait Roland Kirk) et donne ainsi une couleur toute personnelle à son jeu. 

Vivifiant.

Trop crevé toutefois pour aller écouter Egon. Ce sera pour la prochaine fois, car, ici aussi, c’est un groupe qu’il faut absolument tenir à l’oreille !


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Le samedi (30) après le concours des jeunes talents, je reste sur la place Fernand Cocq pour écouter Greg Lamy (eg).
Je n’avais plus entendu ce quartette depuis pas mal de temps et je dois dire qu’il gagne en cohésion et en force.
Le groupe (Gautier Laurent, cb - Jean-Marc Robin, dm - Johannes Müller, ts) a pas mal tourné ces derniers temps et cela s’entend.
Il vient même d’enregistrer (à Cologne) un album qui devrait sortir début septembre. Il faudra y être attentif, car avec ce que le quartette nous a montré sur scène, on ne peut qu’espérer le meilleur.

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Le saxophoniste allemand Johannes Müller n’est sans nul doute pas étranger à cette réussite. Un jeu musclé et souple à la fois, des solos riches, un son gras et fort. Un son ample, à la manière de ces bons vieux hard boppers, qu’il contamine d’accents bien modernes.

Pour l’occasion, le quartette invite Brenda Mada, une toute jeune chanteuse de 12 ans éblouissante de maturité.
Elle vous scatte Ella avec une facilité déconcertante.
Le plus étonnant pour son age est, au-delà d’une présence merveilleuse, une voix extraordinaire.
Prions pour qu’elle garde cette fraîcheur et cette spontanéité le plus longtemps possible, cela fera d’elle une superbe et grande chanteuse de jazz.

Le dimanche (31) après-midi, l’affiche concoctée par les Lundis d’Hortense était très alléchante.


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Take The Duck d’abord, toujours aussi énergique et sans compromis.
Entre Daniel Noesig (tp) et Toine Thys (ts) l’entente est évidente et nos deux soufflants sont soutenus (propulsés ?) par un  Robert Jukic (cb) plein de ferveur et un Sean Carpio (dm - vu avec Mikkel Ploug) au jeu claquant.
Ajoutez à cela l’inimitable sens de la communication et de la dérision de Toine et votre bonheur est total.
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C’est ensuite au tour du toujours fantastique Trio Grande de faire danser la Grand Place noire de monde, au son de leur jazz très festif.
Et ce n’est pas les quelques problèmes de son qui empêcheront leurs délires.


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On reste dans le «dansant» avec Charlier-Sourisse.
Avec eux (Benoît Sourisse à l’orgue Hammond, André Charlier aux drums, Pierre Perchaud à la guitare et au banjo et Emile Parisien au sax) on traverse une bonne partie de la Nouvelle-Orléans.
On passe en revue les fabuleux thèmes («At The Junk Joint», «Trompe-Oreille», «Celebration Station», «Congo Square» et d’autres) de leurs deux derniers albums («Eleven Blues» et «Heritage»).
Un groove d’enfer, un jeu explosif, un enthousiasme débordant, comment ne pas aimer le jazz après ça ?
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Et pour finir ce marathon dans un tout autre style: Darwin Case.
Jazz électrique et électro.
La bande à Xavier Rogé donne dans le gros son et la puissance.
Sur le fond de la scène sont projetés les dessins (improvisés en temps réel) de Sébastien Lucas. Ceux-ci accompagnent la musique très tendue et souvent très ouverte du quartette.
Spectacle total.
Rogé impose son drumming tellurique et polyrythmique sur lequel Alexandre Cavalière déchire des accords et des phrases improbables sur son violon plus électrique que jamais. Les claviers des Benoît Caudron et la basse électrique de Jean-Luc Lehr (en remplacement d’Olivier Stalon) font le reste.
Explosif !
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Mais, l’heure, c’est l’heure et il faut arrêter la fête.
Déçu, Cavalière restera encore longtemps sur scène, prostré et muet alors que le public en redemandait encore.

L’année prochaine, on ne pourrait pas éteindre les lumières un tout petit peu plus tard ?

A+

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
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C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
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Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
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Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
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On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
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Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+

28/11/2007

Certified 31% Evil - Jazz Station

La Jazz Station se remplit peu à peu pour finalement faire presque salle comble.
C’est plutôt encourageant quand on connaît la programmation habituelle du club et le genre de groupe invité ce soir.
La Jazz Station prouve ainsi qu’elle n’a pas froid aux oreilles et qu’elle n’a pas peur de l’éclectisme.
Tant mieux.

Car ce soir, c’est free jazz.
Et Certified 31% Evil est certifié 100% free.

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Certified 31% Evil est une belle équipe réunie autour du remuant batteur, et initiateur du projet, Teun Verbruggen.
A la contrebasse : Nic Thys, à la guitare : Jean Yves Evrard, au piano : Erik Vermeulen, aux saxes : Toine Thys et Andrew D’Angelo (entendu aux côtés de Jim Black, Kurt Rosenwinkel…ou dernièrement à Jazz Middelheim avec Nic Thys et les 68 Monkeys).

Ce soir, l’impro est donc totale.


Chacun démarre sans savoir où il va.
Puis il écoute l’autre, va poser une phrase, change de chemin.
Tout le monde se cherche et peu à peu le tourbillon prend naissance.
La musique monte en cercles concentriques.
Comme une onde infinie.
Elle fait des circonvolutions.
Se construit sur presque rien. Surtout sur elle-même..
Elle monte en puissance.
Une terrible puissance initiée par un D’Angelo intenable.

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Les musiciens sculptent les sons comme dans un granit brut. Les éclats jaillissent de partout. Toine Thys ponctue les formes brutes du saxophoniste New Yorkais, comme pour polir les angles.

A la guitare, Jean Yves Evrard - tantôt sur la scène, tantôt devant – cisèle le son à la lame de rasoir, tandis que Teun et Nic maintiennent une pression lourde.

Après avoir atteint des sommets quasi orgasmiques, les notes scintillantes et cristallines du piano viennent offrir un contraste saisissant dans un silence soudain.

Erik Vermeulen frotte, gratte, étouffe les cordes de son piano.
On joue sur les couleurs, les sons et les souffles.

Le temps d’un instant, D’Angelo échange son sax contre une clarinette basse.
Le climat change.
Puis, à nouveau, les saxes crient, hurlent et crissent.
C’est exubérant, exaltant, énergisant…sonnant.

Le deuxième set débutera de manière plus intime.
L’énergie est contenue, voire retenue. La forme est plus grasse, plus ronde. Les cycles plus longs.

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Au paroxysme d’un mouvement, le piano s’encanaille avec la batterie.
Le dialogue est sec, rugueux et nerveux.
Tout devient prétexte à faire de la musique : verres, guimbarde, clochettes, grelots, tamtam. Les rythmes se construisent pour s’effilocher aussitôt.
D’Angelo éclabousse tout le monde. Il est omniprésent.

Evrard impose alors un ostinato oppressant et hypnotique.
Et doucement, la fièvre retombe.

Quel voyage. Quelle montée d’adrénaline.

Je prends un peu l’air, discute avec Mwanji, Nath, Céline ou Christine.
Puis avec Erik, pour essayer de comprendre comment ça se passe dans la tête des musiciens, comment ils tressent cette musique totalement libre.

Fascinant mystère.

Tout le monde décide d’aller jammer au
Sounds.
Il est déjà tard, la journée a été longue et la semaine sera éprouvante.
Mais on trouve l ‘énergie où l’on peut…alors je les suis.

A+

15/08/2007

aNoo et T&T au Brussels Summer Festival

Alors, dit-on « Brussels Summer festival » ou « Euritmix » ?
Bon, apparemment, on dit « Brussels Summer Festival ».

Dimanche soir, après un week-end chargé, j’ai réussi à aller écouter, Place d’Espagne, aNoo et T&T (alias les frères Thys).

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Dans le joli chapiteau tout en bois et vitraux du Magic Mirror, c’est d’abord Anu Junnonen à la voix frêle, entourée de Tuur Florizoone à l’accordéon, d’Yves Peeters à la batterie, de Yannick Peeters à la contrebasse et de Dree Peremans au trombone qui vient nous servir ses fraîches compositions.

Avec eux, on voyage dans un pays imaginaire, entre valse, folklore pop et jazz.
La musique, souvent emprunte de mélancolie, m’évoque l’image de glaciers qui fondent. Une sorte d’abandon, même si l'on y trouve toujours un groove léger en soutien («Luckless Lands Of The North» ou «Little Girl»).

Bien qu’on sente parfois de légers fléchissements dans le chant (faut dire qu’elle ne choisit pas la banalité non plus), on reste subjugué par Anu lorsqu’elle entame a capella «Shining Hour».
Le trombone emboîte le pas et se calque sur le chant. L’accordéon vient illuminer la mélodie. La chanteuse est éblouissante dans ses vocalese.

Puis, Tuur invente le vent qui souffle.
Il invente le ressac de la mer.
On échoue alors sur les plages finlandaises qui permettent à Anu de chanter dans sa langue maternelle («Armahan Kulku»).

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Le drumming souple et groovy d’Yves Peeters fonctionne parfaitement avec le jeu vif, mélodique et enrobant de la bassiste.

Le groupe n’hésite pas non plus à chercher des pistes plus aventureuses, à se perdre dans des chemins non balisés. Ensemble, ils découpent un morceau jusqu’à le mettre en pièce pour mieux le reconstruire. Et s’offrir une musique presque dansante.
Puis, le batteur propose différents tempos en intro de «Cherry Tree» avant que le groupe ne revienne, pour le rappel, avec un étonnant mais superbe «Everybody’s Got To Learn Sometimes» de ces bons vieux Korgis.

L’album de aNoo est sorti sur le dynamique label Home Records.

Si vous n’avez pas froid aux oreilles, offrez-vous ce joli frisson.

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En deuxième partie de soirée, ce sont Nick et Toine Thys qui venaient présenter leur dernier projet : T&T.
Au contraire de ce que peut faire penser le nom de ce quartet (car c’est un quartet: Jacques Piroton à la guitare et Owen Hart à la batterie), il n’y a rien d’explosif ici.

Oh, bien sûr ça ne manque ni de nerf ni de swing, mais ici, tout est dit avec finesse et agilité.
Sans pour autant s’imposer à tout prix, la contrebasse de Nick est bien mise en avant sur certains thèmes. Mais les espaces sont bien gérés, l’esprit de groupe est prépondérant et la musique circule avec fluidité.

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Le jeu de Toine (sax) semble aussi assez apaisé. On dirait parfois du Dexter Gordon ou du Rollins. Avec, en plus, cette pointe de jazz actuel qui nous vient de New York.
Une sorte d’énergie contenue.
Est-ce dû au drumming très personnel d’Owen Hart (qui trouva mieux ses marques au fil des thèmes, d’ailleurs) ?
Au jeu de Nick qui a passé pas mal de temps dans la grosse pomme ces dernières années ?
Ou simplement au jeu vraiment exceptionnel de Jacques Piroton ?

Piroton m’étonne à chaque fois. Il possède un touché unique.
Il dose parfaitement ses effets. Jamais il ne tombe dans l’excès ni le mauvais goût (pas comme certains, à la crinière épaisse, venus d'Outre Atlantique... Suivez mon regard). Ici, ça groove, ça invente… bref, ça joue.

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Quelques ballades («Year», «Alice and Mary» (??)), un peu de blues («Strange Meeting» de Bill Frisell), une relecture assez swingante de «Viking Two» (que l’on connaît dans la version tonitruante de Rackham), un peu de calypso («Thirthy-One The Thenth» (??)), ou encore un excellent «Emergency Staircase» au groove hypnotique et tout en aspiration: voilà un beau mélange qui fait la richesse de se «nouveau» groupe.

Espérons d'ailleurs qu’ils auront encore souvent l’occasion de jouer ensemble, car lorsque l'on entend leur reprise (explosive, pour le coup !) de «It’s About That Time» de Miles, on se dit qu’ils en ont encore sous la pédale…

A+


19/02/2007

Take the Duck et Castellucci, Ramos, Blass.

Je ne vais pas vous faire un bulletin de santé à chaque billet.
Pourtant, avec les dernières nouvelles que j’avais reçu, c’est vrai, j’avais pas trop la pêche samedi…

Mais je sais que voir Toine Thys en concert est toujours réjouissant. En plus, je n’avais jamais eu l’occasion de l’entendre avec le groupe qu’il co-dirige avec le trompettiste autrichien Daniel Noesig : Take The Duck.
Mais je connais les 3 albums, bien sûr, et je vous conseille, encore et toujours, d’écouter leur dernier: «Live At Umit».

TAKE THE DUCK
Rendez-vous, donc, à la Jazz Station à 18h, avec Mwanji et Iris.
C’est bien, ça va faire passer mon vague à l’âme.

Take the Duck avait mis du temps à trouver son bassiste (Nic Thys, Eric Surmenian, Manolo Cabras, Sal La Rocca se sont succédés depuis la création du groupe), mais depuis près de deux ans maintenant, c’est le slovène Robert Jukic qui tient ce rôle.
Du côté du batteur, ici aussi, il y a eu quelques changements.
Depuis peu, Thorsten Grau (qui faisait partie du groupe depuis le début) a laissé la place à l’excellent batteur canadien vivant à Paris : Karl Jannuska.
Un vrai groupe international en somme.
C’est peut-être ça aussi qui donne une couleur particulière à la musique du quartet.
Ils ont une manière, plus blues que soul, de reprendre «Dat Dere» de Bobby Timmons, ou d’énergiser «Invitation» par exemple, en mettant en lumière l’apport des différentes personnalités des musiciens.
Et quand Take The Duck joue son propre répertoire, c’est encore plus clair.

Il n’y a pas vraiment de solo (sauf peut-être sur «Emergency Stairway» où Jannuska détricotera un rythme nerveux et hypnotique, très «africain à la Texier»), mais plutôt des dialogues entre les souffleurs ou entre la contrebasse et la batterie.
Ça donne des ouvertures, ça donne de l’air à la densité quasi constante du groove.
Sur des compos de Jannuska, («Kaland»???) le groupe s’amusera à accélérer et à ralentir le tempo, et à jouer sur des stop-and-go, démontrant que la cohésion est déjà bien présente au sein du groupe…

Je discute un peu avec Toine après le concert, mais je ne m’attarde pas car j’ai promis de rejoindre une amie, histoire de maintenir mon moral à un bon niveau et de découvrir un nouvel endroit jazz: «Le Küdeta».

kudeta
Il s’agit d’un bar-restaurant situé au coin de la rue Defacqz et de la rue de Livourne à Ixelles.
L’endroit est chaleureux et cossu. Avec un petit côté lounge.
Sur scène, il y a Bruno Castellucci, Ben Ramos et Michaël Blass. Le trio va nous servir une belle petite série de standards bien nerveux. Castellucci s’en donnant à cœur joie lors de beaux échanges avec Ben Ramos.
On regrettera quand même le manque d’un vrai piano.
Ceci dit, Michaël s’en sortira très bien en adoptant un son un peu «vintage» sur le piano électrique.

On discute pas mal, le moment est agréable, mais je n’écoute pas très attentivement, je l’avoue.
Je le ferai une autre fois sans doute, puisque quelques jolis concerts sont déjà annoncés chaque jeudi soir.
A tenir à l’œil.

A+