04/04/2015

Random House - Bravo

Oui, j'ai raté plusieurs concerts au Bravo, le club qui a le vent en poupe en ce moment à Bruxelles. Oui, j'ai raté Jochen Rueckert (avec Mark Turner et Lage Lund) et aussi le quartette de Will Vinson

Mais ce jeudi soir, j'ai pu aller écouter Random House, le dernier groupe de Thomas Champagne. Et ce soir, le public est assez dispersé (il faut dire que «l’offre jazz» est assez étoffée : JS Big Band à la Jazz Station, la Jam du Chat-Pitre, Joachim Caffonnette au Sounds, entre autres).

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Au sous-sol du Bravo, Guillaume Vierset (g), Ruben Lamon (cb) et Alain Deval (dm), qui entourent le saxophoniste, entament «Oriana», un morceau à la structure plutôt classique mais très solaire et tournoyante. Aussitôt, on remarque les impros incisives de Guillaume Vierset, à qui Champagne laisse beaucoup de place dans le groupe, ainsi que de belles interventions de Ruben Lamon, qui fait preuve d’un jeu ferme et ondulant.

Les bases sont jetées et l’on peut s’aventurer plus loin avec «Block». Ici, on défriche et on fouille les sons. L’esprit est plus chaotique et abstrait. La tension se fait sentir et les sons rebondissent et ricochent. L’histoire se construit par touches et finit par exploser en une sorte de blues rock, lourd et puissant. On sent que le groupe capable de se lâcher un peu plus encore et de délirer à fond. Mais Random House préfère garder le contrôle et ne pas trop s’étendre. On en aurait bien pris un peu plus.

On aurait bien pris un peu plus aussi de «Around Molly», une composition de Vierset en hommage à la maman de Nick Drake dont il est fan déclaré. Cette superbe ballade jazz folk, aux parfums americana, voit se tresser des mélodies subtiles qui s’entrelacent enter la guitare et le sax. Ce morceau est propice aux impros et digressions… mais le groupe préfère respecter un format chanson, court et concis. Tant pis pour nous. Plus swinguant est le thème suivant (qui ne porte pas encore de nom) dans lequel Thomas Champagne se libère totalement. Soutenu par une rythmique solide, il mène la danse avec fermeté avant de passer le relais à Vierset (un futur grand de la guitare, décidément). Son jeu est fluide et nerveux, parfois osé, inspiré des meilleurs guitaristes new-yorkais actuels. Il construit et invente sans jamais se départir d’un groove intérieur.

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Après une reprise nerveuse au second set, Random House propose, un thème plus nébuleux, éclaté et dispersé, «One For Manu». On se rapproche un peu de la méditation ou de la transe parfois, surtout au travers du travail d’Alain Deval, qui joue principalement avec les maillets, comme pour invoquer la forge sourde de Vulcain. Le morceau est aussi fascinant que changeant. Le groupe mélange - si pas les styles - en tous cas les rythmes, les tempi et  les ambiances.

On enchaine alors avec un morceau plus ondulant et sensuel, «Circular Road» qui navigue entre jazz et pop à la Talk Talk et, bien entendu, la musique répétitive.

Random House défriche le jazz avec délicatesse, tout en gardant une oreille sur la tradition, et ne se ferme aucune porte. Ce mélange d’influences définit bien le nom d'un groupe qui n'est qu'au début d'une belle aventure. A suivre.

 

 

 

A+

 

 

11/03/2012

Jazz Tour Festival à Hannut

 

Joli succès pour la deuxième édition du Jazz Tour Festival au Centre Culturel de Hannut.

Ce n’était ni à l’habituel Henrifontaine ni à la Salle Jean Rosoux qu’il se tenait, mais bien au Centre de Lecture Publique, pour des raisons pratiques.

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Et sur les coups de 16 heures, ce samedi 3 mars, pas mal de curieux et d’amateurs étaient déjà présents pour écouter Unexpected 4.

Les lauréats du concours  du Festival Dinant Jazz Nights 2010 – que j’avais eu l’occasion de voir à la Jazz Station – présentaient un nouveau line-up. Il ne s’agit pas d’un changement radical mais l’arrivée de Bas Cooijmans à la contrebasse, à la place de Vincent Cuper et de sa basse électrique, change quand même l’optique du groupe. On sent l’ensemble encore plus ramassé et une nouvelle dynamique se dessine. L’incisif Jeremy Dumont (p), dont l’entente avec Vincent Thekal est évidente, ouvre souvent les espaces. Le drumming d’Armando Luongo se veut toujours enflammé. Avec l’arrivée de Cooijmans, ils pourront sans doute se lâcher encore un peu plus et sortir d’une voie qui reste parfois encore un peu sage. Car, c’est clair, on imagine aisément que Unexpected 4 en a encore sous le pied.

Le trio de Thomas Champagne ensuite, sur sa lancée d’une année “anniversaire” (le groupe fêtait ses dix ans en 2011 avec une longue tournée dont j’ai palé ici et ), se présentait avec un invité: le guitariste Guillaume Vierset. Ce dernier aura l’occasion de se mettre plusieurs fois en valeur (notamment sur “One For Manu”) et de démontrer un jeu d’une belle sensualité non dépourvu d’accents plus mordants. Guillaume Vierset travaille actuellement sur une relecture des compositions de musiciens liégeois (Jacques Pelzer, René Thomas et d’autres) qu’il présentera au prochain festival Jazz à Liège avec des musiciens… liégeois. On est curieux et déjà impatient d’entendre le résultat.

Après ce très bon set, intense et bien équilibré (Champagne (as), Yates (cb) et Van Uytvanck (dm) s’entendent à merveille pour faire monter la pression), c’était au tour de Collapse de montrer de quel bois il se chauffe.

Le groupe de Cedric Favrese (as) et Alain Deval (dm) prend décidément de l’assurance et propose un jazz des plus intéressants. On (ou “je”?) a fait souvent le parallèle entre la musique de ce quartette et celle d’Ornette Coleman. Bien sûr, on y sent l’esprit, mais il faut bien admettre que Collapse arrive à s’en détacher et à créer sa propre vision. Entre post bop et free, éclaboussé de klezmer et de musiques orientales, le groupe explore les sons, ose les couinements et les grincements avant de se lancer dans des thèmes haletants. Le travail - faussement discret - de Yannick Peeters à la contrebasse est souvent brillant et d’une telle intelligence qu’on aurait tort de ne pas le souligner, car il est réellement indispensable. Les longues interventions de Jean-Paul Estiévenart sont en tous points remarquables : il y a de la fraîcheur, de la dextérité et toujours une énorme envie de chercher, de prendre des risques et d’éviter la facilité. C’est cela qui est excitant dans ce groupe - à la musique à la fois complexe et tellement évidente - c’est cet esprit de liberté qui flotte et se transmet de l’un à l’autre. A suivre, plus que jamais.

Dans un tout autre genre, Chrystel Wautier livrait son dernier concert de sa série “Jazz Tour”. Entourée de Boris Schmidt à la contrebasse, de Quentin Liégeois - très en forme - à la guitare et de Ben Sluijs - toujours aussi fabuleux - au sax et à la flûte, la chanteuse a ébloui le très nombreux public. La voix de Chrystel fut, ce soir plus que jamais, parfaite. Avec décontraction, humour et sensibilité, elle nous embarque à bord de ses propres compositions ou nous fait redécouvrir des standards (de “Like Someone In Love” à “Doralice”) sous une autre lumière. Elle chante, elle scatte et… elle siffle même ! Et là où cela pourrait être, au mieux ringard et au pire vulgaire, elle fait de « I’ll Be Seeing You » un véritable bijou. On appelle ça le talent.

Retour au hard bop plus « traditionnel » pour clore la journée, avec le quartette de Michel Mainil (ts). On sent dans ce groupe, qui a déjà de la bouteille, une certaine jubilation à jouer pour le plaisir… même si cela manque parfois de fluidité dans l’ensemble. On remarquera les belles interventions de José Bedeur à la contrebasse électrique (je me demande toujours pourquoi ce choix « électrique » dans un tel contexte ? Mais cela n’engage que moi), la frappe « carrée » d’Antoine Cirri et surtout le jeu très alerte et précis d’Alain Rochette.

Il est plus de minuit, Xavier Lambertz et toute l’équipe du CC Hannut peuvent être heureux, le contrat est plus que rempli. Rendez-vous l’année prochaine.

A+

 

23/01/2012

Thomas Champagne Trio & Bart Defoort au Cercle des Voyageurs

Voilà, la boucle est bouclée. Le trio de Thomas Champagne termine ce 15 décembre, au Cercle des Voyageurs, un an de tournée qui célébrait le dixième anniversaire de la naissance de son trio. Rappelez-vous, on en avait déjà parlé sur Jazzques.

Un an – avec une moyenne de quatre concerts par mois, voire plus parfois – pendant lequel l’altiste a fait de la place à différents invités. On y a vu, dans le désordre, Lorenzo Di Maio (g), Pierre Vaiana (ss), Ben Prischi (p), Dree Peremans (tb), Jean-Paul Estiévenart (tp) et, pour terminer, Bart Defoort (ts).

C’est lui, en effet qui clôturait ce long périple jazzistique.

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Dans l’intimité de la cave du Cercle, le public s’est pressé autour du groupe.

Les premières notes de contrebasse résonnent. Nicholas Yates initie un rythme chaloupé, aussitôt suivi par le frottement sourd des balais de Didier Van Uytvanck sur ses tambours. «The Renegade» se dessine sous les ondulations lyriques des deux saxophonistes. L’ambiance est moite et sensuelle. Et le trio enchaîne avec un air qui serpente encore, emprunté à Sylvain Bœuf cette fois : «Le Départ». Les mélodies s’enroulent comme autour d’un bâton. Le groupe joue les psylles égyptiens et entre Thomas Champagne et Bart Defoort, les échanges naissent, évoluent, grandissent puis s’évaporent…

Chaque intervention du ténor est lumineuse, déterminée, précise. On remarque chez Bart Defoort certaines inflexions à la Joe Henderson, au travers d’une tranquillité suave et nerveuse à la fois. C’est plus évident encore lorsque le groupe reprend, de fort belle manière, «Beatrice» du regretté Sam Rivers.

Mais le trio de Thomas Champagne trouve sa singularité dans cette façon de tempérer et d’équilibrer les rythmes bien trempés avec des mélodies savamment ciselées.

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«February» est une sorte de blues lent, sensuel, presque voluptueux, tandis que « Sans fin » fait ricocher les éclats des saxophones. Les souffleurs se renvoient la balle, se heurtent, s’encouragent. Il est clair que Defoort tire encore un peu plus le groupe vers le haut. Ça sonne ferme et c’est musclé comme il faut. Dans cette énergie contenue, on y décèle toujours cette envie de liberté, d’ouvertures, d’appels d’air. On fait du pied à Ornette Coleman ou à John Coltrane.

Van Uytvanck assure un drumming franc où la tradition fait parfois place aux accents binaires qu’affectionne aussi le bassiste.

«Phlogiston» permet à Defoort de se lancer dans un extraordinaire solo fougueux et frénétique. Il donne le ton, il montre le chemin à Yates, puis à Van Uytvanck et finalement à Champagne. Ce morceau très ouvert permet pas mal de variations et, forcement, pas mal de longs échanges, pour notre plus grand plaisir.

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Il y aura encore «Petit Nain Rouge», le doux «Respiro» ou encore un «Silcone» à l’esprit bouillant et libertaire, qui rappelle, une fois encore Ornette. Et puis, en rappel, un thème de Charlie Parker mené tambour battant.

Il est évident que cette longue tournée, parsemée de belles rencontres, a fait mûrir le trio et l’a fait évoluer vers jazz plus déterminé encore. Et 10 ans, ce n’est qu’un début ! Il serait bête de ne pas miser sur ce groupe à l’avenir, car il peut amener encore pas mal de fraîcheur à notre jazz belge. Allez, c’est reparti pour dix ans ?

A+

 

09/01/2011

10 ans ? Champagne !

 

Cette année 2O11, le saxophoniste Thomas Champagne fête les dix ans de son trio.

10 ans, c’est un bail.

10 ans, ça permet de mûrir sa musique, d’affiner ses objectifs, de faire germer ses idées… ou d’en abandonner certaines.

Ça permet aussi de mettre à l’épreuve l’amitié.

Thomas Champagne, Nicholas Yates (cb) et Didier Van Uytvanck (dm) ont passé toutes ces épreuves avec grâce, en construisant petit à petit leur univers.

En 2008, il y a même eu une première consécration: la sortie de leur premier album “Charon’s Boat” (chez Igloo New Talent) qui a reçu un accueil critique des plus positifs. Se sont alors enchaînés quelques belles dates (Jazz à Liège, Gaume Jazz Festival, des tournée en Allemagne et quelques-unes en France). Et l’histoire n’est pas finie.

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Pour marquer le coup et pour ne pas faire qu’un seul concert évènement, le trio a préféré fêter cet anniversaire durant toute l’année. Comment? En jouant deux fois par mois (une fois au Muze à Antwerpen et une fois au Cercle des Voyageurs à Bruxelles) et en accueillant chaque fois un nouvel invité (Dré Peremans (tb), Benjamin Prischi (p), Jean-Paul Estiévenart (tp) et d’autres encore à confirmer).

Bien sûr, si d’autres lieux sont prêts à participer à la fête (À Liège? À Gand? À  Namur ?  Ou même hors de nos frontières ?), Thomas Champagne ne dira pas non… et le public non plus.

 

A  cette occasion, j’ai rencontré Thomas Champagne.

 

Thomas, raconte-moi comment s’est formé ce trio?

Il y a plus de dix ans donc, je jouais avec Nicholas Yates dans un sextette, qui était l’ancêtre d'un autre projet, “Utz”, et un jour, on s’est dit qu’on aimerait jouer des standards ensemble. Comme je connaissais Didier Van Uytvanck, avec qui j’avais fait le conservatoire, je lui ai proposé de nous rejoindre. On a commencé par jouer des trucs de Joe Henderson, de Wayne Shorter, etc… Des vieux standards et des plus modernes auxquels on a intégré, petit à petit, nos propres compositions.

 

Je pensais que vous vous étiez rencontré au conservatoire…

 J’ai connu Nicholas au conservatoire également, mais il y était quelques années avant moi. Il avait commencé la guitare avant de changer pour la contrebasse qu’il a appris en autodidacte. Par contre, je jouais avec Didier dans le Big Band du conservatoire.

 

Quels ont été tes premiers contacts avec le jazz?

J’ai commencé le saxophone à huit ans. Pourquoi? Ce n’est pas très clair. Je ne suis pas issu d’une famille de musiciens, mais j’ai toujours été attiré par la musique. A l’époque, et comme dans toutes les familles, les parents te proposent de t’inscrire dans un club de sport, ou de faire du théâtre, ou de la musique. Moi, j’ai choisi la musique. J’hésitais entre la batterie et le saxophone, mais comme mes parents étaient séparés, on a opté pour le saxophone… c’est plus facile à transporter (rire). Mon professeur aimait déjà nous faire jouer d’oreille. Il nous faisait jouer des thèmes dans tous les tons. Je me souviens avoir joué des phrases de Parker dans tous les tons. Tout doucement, bien sûr. Plus tard, vers quinze ans, je suis allé à l’académie d’Evere qui venait d’ouvrir une section jazz. A l’époque, mes profs étaient Nathalie Loriers (p) et Fabien Degryse (g). Depuis, Michel Paré (tp), Stéphane Mercier (s) et d’autres y donnent cours aussi. Ensuite, j’ai suivi les stages de l’AKDT à Libramont, avec Pierre Vaiana (ss) et Bart Defoort (ts). Ensuite, je suis allé suivre les cours de Garrett List à Liège pendant un an, avant de rentrer au conservatoire flamand de Bruxelles avec Jeroen Van Herzeele (ts). Puis j’ai terminé mes études au conservatoire francophone.

 

Comment travaillez-vous vos compositions en trio? Et quels sont les musiciens qui t’ont influencés?

J’ai toujours beaucoup écouté les ténors: Joe Henderson, John Coltrane, Wayne Shorter, Sonny Rollins. En ce qui concerne notre façon de travailler, c’est Nicholas et moi qui amenons les compositions. Et lors des répétitions en trio, on améliore, on change, on cherche. Au début, jouer en trio, c’est chouette, on peut aller partout, ce n’est pas trop cher pour les organisateurs et on s’amuse bien. Mais avec le temps, je me suis rendu compte qu’un trio sans instrument harmonique était quelque chose d’assez particulier. On remarque vite que ce n’est pas si simple, qu’il y a intérêt à assurer plus que ce que tu ne penses, parce que, justement, il n’y a pas d’instrument harmonique. Donc il faut vraiment composer en fonction du trio. Il ne faut pas s’imaginer qu’il y a un piano, parce qu’il n’y en a pas. Il est dans la tête, mais… Il y a un vide. Alors, petit à petit, j’ai composé en pensant moins à une grille d’accords, mais plus à une ligne de basse, par exemple. Donc, moi, dans ma tête, j’entends la ligne de basse sur laquelle j’écris la mélodie. Comme je compose beaucoup au piano, j’essaie de faire sonner les thèmes en pensant aux deux voix : sax et contrebasse. On n’a jamais composé en groupe, mais on a souvent arrangé en groupe. Au début, on avait des morceaux assez faciles, en “5”, alors que maintenant on évolue pas mal dans du “7”, du “9”, du “11”… Sans aller vers du Steve Coleman ou du Aka Moon. Je dirais qu’on est plus dans la tendance Dave Holland, peut-être. Des trucs assez mélodiques, qui sonnent “simple”, mais qui sont, finalement, assez complexes.

 

Qu’est ce que cela amène à la musique de vouloir la “compliquer”? Ça amène plus d’ouvertures, de libertés?

Peut-être un peu tout ça. Si on fait un beau morceau en “4”, à un moment, on reste un peu dans la même couleur, dans l’esprit “standard”. Maintenant, en jazz, on a déjà fait beaucoup de choses. On est allé dans le free, dans la fusion avec le rock ou le classique… Le fait de composer comme on le fait nous permet de relever des challenges, en tant que musicien. Tout en gardant une certaine simplicité dans le résultat. Ça nous permet de nous amuser à jouer en “4 ½” ou en “3” des morceaux prévus en “9”. C’est un des avantages du trio, c’est vraiment un groupe de travail. On peut se réunir facilement et travailler plus souvent ensemble et donc évoluer plus vite. Le changement de métrique permet de faire sonner les compositions de manières originales. J’ai toujours été attaché à la mélodie, au lyrisme… même si dans ma tête je suis assez “free”. D’ailleurs, c’est amusant, lorsque je lis les critiques de notre disque ou de nos concerts, on dit que c’est lyrique ou mélodique, alors que, pour moi, dans ma tête, j’imagine Wayne ou Coltrane, j’imagine quelque chose de plus “ouvert”.

 

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Oui, mais on entend quand même dans ta musique des envies d’échappatoires. Ça bouge, ce n’est pas toujours stable…

Oui, mais c’est aussi dû à la formule, je pense. Si on se contente, en trio, d’un simple solo-thème-solo, le public finit par se lasser, car on reste dans le même son. Alors que, lorsqu’on essaie d’interagir et de bouger beaucoup, il y a plus de surprises. Autant pour nous que pour le public.

 

Pour fêter les dix ans du groupe, tu as choisi une formule originale… Comment as-tu choisi tes guests?

Le “plan”, à la base était d’avoir quatre ou cinq endroits. Bon, finalement ce sera deux, fixes et réguliers, pendant un an. Mais on ne désespère pas en trouver d’autres. Il y a déjà d’autres endroits qui nous engagent pour une ou deux dates. Bref, pendant deux mois, on joue avec le même guest. Ça nous permet de travailler un nouveau répertoire et de travailler réellement ensemble. Alors, on a choisi les invités suivant leurs instruments : soit un instrument mélodique soit un deuxième souffleur. Comme j’écoute aussi beaucoup Ornette Coleman, le mélange de deux souffleurs, sans harmonie, m’intéressent beaucoup. En plus, dans ce cas-là, on reste dans l’esprit du trio mais il y a plus de richesse avec deux voix. Avec l’autre formule, le manque de piano ou de guitare dans le groupe pourra être combler et cela pourra amener des idées nouvelles. Puis, le choix des musiciens est fortement humain aussi. Ce sont des musiciens que l’on connait et avec qui on a déjà joué dans d’autres formules ou avec d’autres formations. On avait déjà joué avec Dré Peremans lors de l’inauguration de la Jazz Station. Et puis, l’apport d’un tromboniste rappelle aussi le groupe de Dave Holland, même si chez lui il y a le vibraphone en plus. Avec Ben Prischi, nous avions eu la chance d’avoir été invités pour une carte blanche au Gaume Festival, ce qui nous avait permis de travailler ensemble une semaine. Après, nous avons appris à nous connaître un peu plus, lors d’un échange musical entre la Pologne et la Belgique. Ben est très curieux et il se fond vite dans le groupe. C’est important aussi d’avoir un guest qui s’intègre vraiment au groupe et à l’esprit du groupe. Enfin, on a joué souvent avec Jean-Paul Estiévenart, on se connait bien et on s’apprécie beaucoup. En plus, c’est un excellent musicien, que demander de plus? Pour la deuxième partie de la saison on verra. J’ai déjà quelques noms, mais rien n’est vraiment confirmé pour l’heure. Et pour l’été, on espère bien élargir la formule à deux ou trois guests pour les festivals…

 

Ce seront de nouvelles compos ?

Pour la plupart, oui. Disons que là, pour l’instant, on est au trois quart du chemin. On a déjà arrangé sept ou huit morceaux. Principalement pour le trombone. Ce que l’on fera avec Jean-Paul sera arrangé autrement. Ou alors, nous ne jouerons pas les mêmes morceaux. Puis, oui, il y aura de nouvelles compos. Et pour l’instant, elles sont faites pour le trombone. Des trucs à deux voix, trombone et contrebasse ou trombone et sax, soit avec le thème qui vient au-dessus ou deux voix mélodiques… Ce sont des choses qui ne marcheront peut-être pas avec la trompette, par contre. On a envie de composer pour la formule. C’est ce qui est amusant avec ces nombreuses dates : on va pouvoir faire plein de choses différentes. Puis, ça nous remet en question. Quand on compose en trio, on adopte certains automatismes. Ici, on se pose des questions : est-ce que je fais un contre-point ? Une mélodie basée sur la contrebasse ?... Avec le trombone, c’est assez intéressant car il peut aller dans le côté rythmique, pour soutenir la basse ou la batterie, par exemple, ou il peut être en haut avec moi, pour faire les mélodies, ou des questions-réponses. Bref, on se pose la question essentielle : le guest est là et il y a une raison. Avec le piano, c’est également intéressant car on pourrait se contenter de prendre tous les morceaux et y mettre des accords, puisqu’il n’y en a pas pour l’instant, mais ce serait un peu trop facile. C’est comme si on ajoutait un musicien en plus, sans raison réelle. Il faut au contraire profiter de cette richesse supplémentaire pour aller ailleurs.

 

Pour la seconde partie de l’année, tu es tenté par quels autres instruments ?

Je pense à un autre saxophoniste, sans doute soprano. J’aimerais aussi inviter un trompettiste allemand, très peu connu ici. Et puis, ce qu’on n’a pas encore essayé, c’est avec une guitare, ce sera l’occasion. Une guitare plutôt électrique, pour tenter quelque chose de plus rock. Ou alors des trucs à la Tomassenko, avec des guitares qui jouent sur l’ambiance. Dans l’esprit d’un Frisell par exemple.

 

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Un enregistrement est prévu ? Pendant ou après ?

On va, de toute façon, enregistrer tous nos concerts. Cela pourrait être mixable, mais c’est surtout par curiosité et pour nous entendre. Pour retravailler les morceaux s’il le faut. Mais nous aimerions quand même refaire un enregistrement studio. Le premier disque a été bien reçu et il nous a permis d’être crédible sur le « marché ». Cela nous a permis d’avoir un retour critique et de pouvoir nous « construire » à partir de cela aussi. Le but est évidemment d’en faire un autre et de proposer de nouvelles choses.

 

Au delà du trio tu as d’autres projets en cours?

Oui, je joue avec les Sidewinders, un quintette de hard bop, avec Michel Paré (tp), Eve Beuvens (p),  Toon Van Dionant (dm) et toujours Nicholas Yates (cb). On fait des reprises des années ’50, Lee Morgan, Hank Mobley etc… On jouera prochainement à l’Os à Moelle, au Lokerse Jazz Club, à la Jazz Station et peut-être au Gouvy cet été. Et puis l’autre projet c'est Utz, le septette de Renato Baccarat, qui est aussi le chanteur et le guitariste. Je ne dis pas que c’est un groupe brésilien sinon tout le monde s’imagine un certain type de musique. Alors je dis que c’est un septette pop rock brésilien. C’est assez festif. Il y a quatre souffleurs et une rythmique d’enfer. On joue le 15 janvier au Jacques Franck.

 

Pour ne rien rater des concerts du Thomas Champagne Trio, rendez-vous sur leur MySpace.


 

 

 

A+

 

12/10/2009

Le premier mercredi des Lundis

 

Soirée d’ouverture des Lundis d’Hortense, mercredi 30 septembre à la Jazz Station. Un monde fou. Cette année, plutôt que la traditionnelle jam festive (c’est souvent bien mais parfois un peu désordonné), les LDH ont eu l’idée de donner «carte blanche» à un musicien.

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C’est  à Tuur Florizoone qu’est revenu le privilège – et la lourde responsabilité – d’organiser le concert. Et il n’a pas choisi la facilité. Pourtant, comme me le disait Jan de Haas, il a réalisé l’impossible : rassembler un maximum de jazzmen et, en plus, élaborer un programme complet, construit et bien pensé.  Et Tuur n’a décidément pas ménagé ses efforts, puisqu’il a également re-arrangé certains morceaux suivant la configuration des différentes formations et des instrumentistes.

Ainsi, on débute par un classique pop revisité jazz (« Don’t Stand So Close To Me » de Police magnifiquement chanté par Barbara Wiernik et (??) qu’accompagne Tuur) pour terminer par une version déjantée de «Good Bye Pork Pie Hat» interprété par un big band de soufflants.

Entre ces deux beaux moments, on suit une évolution intéressante et toute en souplesse au travers de différents courants jazz. Tour à tour, les musiciens se succèdent sur scène. Duo, quartette, quintette, big band, tout s’enchaîne avec une incroyable fluidité et il n’y a aucun temps mort. Chapeau Monsieur Tuur.

On retrouve ainsi sur scène Jean-Louis Rassinfosse (cb), Stephan  Pougin (dm), Alain Pierre (g) et Alexandre Cavalière (violon) pour accompagner Tuur dans son «Café Terminal». Le titre est tiré de la bande originale de l’excellent film «Aanrijding in Moscou» (ou «Moscow, Belgium») qui a reçu plusieurs prix à travers le monde, dont celui de la Critique à Cannes, et qui est passé un peu trop inaperçu du côté francophone de notre pays (no comment…).

Le mariage accordéon et violon est flamboyant et le final explosif.

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Direction le Brésil avec «Evinha, Minha Vizinha» à bord d’un Tricycle (Philippe Laloy (ss) et Vincent Noiret (cb) ) augmenté de Jan de Haas (dm), Henri Greindl (g). Détour du côté de chez Garrett List avec un morceau qui lui est dédié («To Autumn») dans lequel on peut entendre le chant déchirant -  presque un cri, un râle – de Barbara Wiernik. Impressionnant.

Puisque Pirly Zurstrassen (p) est sur scène, on enchaîne avec le très slave et très dansant «H dance». On y retrouve une bonne partie du groupe Musicazur, dont le virevoltant Kurt Budé à la clarinette. Dans la salle archi-comble (c’est une épreuve pour atteindre le bar) l’ambiance est joyeuse, décontractée, conviviale. Le bonheur se lit sur le visage de tous les spectateurs et des musiciens. Tuur sait y faire. Alors, il nous donne un peu de tendresse et de calme avec une belle, triste et lente ballade («Epilogue») avant de nous ramener sur la route de la fête avec «Un, Deux» qui fleure bon la musique tzigane. Ils sont de plus en plus nombreux sur scène (Toine Thys, Thomas Champagne, Fred Delplancq, Daniel Stokart et plein d’autres) pour fêter un «Mum’s Birthday» enchaîné à un «Double Booked» très Mingusien. Joli prologue quand on sait ce qui va suivre.

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On remplit encore un peu plus la scène et l’on ajoute David Devrieze, Joe Higham, Pierre Bernard et d’autres encore, pour accompagner Jereon Van Herzeele, en soliste frénétique et volcanique, sur un «Good Bye Pork Pie Hat» éclatant.

Carton plein !

Mission accomplie, la jam peut commencer.

 

 

Quant à moi, je discute longuement avec Pierre Bernard, avec Jereon Van Herzeele (qui me ramène des nouvelles peu réjouissantes de Jean-Jacques Avenel), avec Alain Pierre et puis plein d’autres amis… et finalement, je refais le monde avec Fabrice Alleman (déjà écouté le superbe «The Duet» avec Jean Warland ?)…

 

Les Lundis, c’est tous les jours la fête des jazz.

 

A+

 

14/12/2008

Igloo, trente ans, rien que du bonheur.

On avait mis les petits plats dans les grands pour fêter les 30 ans d’Igloo.
Le Théâtre Marni avait fait le plein et l’on y croisait du joli monde.

En attendant l’article à paraître sur Citizen Jazz bientôt, je vous fais part de mes coups de cœur de la soirée…
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J’ai bien aimé le sourire de Greg Houben quand il m’a vu au bord de la scène.
Et puis, j’ai bien aimé son nouveau trio, sa manière d’intégrer la pop dans le jazz.
«For No One» des Beatles, par exemple, est une belle réussite.
Tant mieux, parce que les Beatles, pour moi, c’est sacré !

J’ai bien aimé le sourire et l’accueil de Christine Jottard, attentive à ce que tout le monde soit content.
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J’ai bien aimé les sourires et la complicité entre Etienne Bouyer et Cécile Broché.
L’album «Soundscapes» est passionnant de bout en bout et leur mini-concert de ce soir était subjuguant. Cette musique que l’on pourrait croire «difficile» est en fait très accessible  tellement elle est intelligemment composée, arrangée et jouée.
Le résultat est éblouissant.
Et bien sûr, j’ai bien aimé aussi la conversation avec Cécile en fin de soirée.
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J’ai bien aimé le concert solo de Mathilde Renault.
Son univers un peu baba…
Son envie de chanter malgré sa voix cassée.
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Je n’ai pas aimé, mais j’ai adoré, les quelques morceaux qu’Eve Beuvens nous a présenté ce soir.
Je pense qu’elle a vraiment trouvé un son et une voix particulière avec son trio.
Et ce n’est pas facile de se distinguer avec une telle formule.
Les compositions sont inspirées, subtiles et d’une telle fraîcheur !
La connivence entre Eve, Lionel et Yannick se ressent tellement dans cette musique que celle-ci en ressort plus forte encore.
Magnifique.
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J’ai bien aimé l’attitude cool de Joost van Schaik, préparant sa batterie pendant que Jules meublait.
Et bien sûr, j’ai bien aimé le trio de Pascal Mohy.
Musique de velours aux reflets brillants. La classe.
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Et puis, j’ai beaucoup aimé le trio de Thomas Champagne.
Ça cogne, ça trace, c’est terriblement actuel.
Et l’album tient toutes ses promesses.

Et puis, j’ai aimé revoir Jos Knaepen ! Et Christine et Jean-Pierre et Laurent et Philip et André et Babila et Uxia et Georges et Morgane et Nicolas et Fabrice et Mélanie et Jacobien et… et… et…
006

Quel bel anniversaire.

A+