15/06/2013

Anne Wolf Trio - A l'Heptone


Comme elle le dit elle-même, Anne Wolf a cherché longtemps et très loin un percussionniste qui se trouvait tout près. Stephan Pougin a, en effet, rejoint récemment la pianiste et son bassiste Théo De Jong pour une nouvelle aventure en trio. Et ce n’est pas plus mal car Pougin amène avec lui une palette de sons et de rythmes très étendus et très variés. Cela élargirait-il encore un peu plus l’horizon ? C’est bien possible. Bien sûr, on connait l’amour d’Anne Wolf pour les rythmes latins. Et son phrasé ainsi que ses arrangements s’en ressentent toujours. On ne se refait pas.

heptone, anne wolf, theo de jong, stephan pougin, esinam dogbatse

A l’Heptone (nouveau et très agréable club de la région de Ittre), par un beau dimanche après-midi ensoleillé, la musique chaude, lumineuse et poétique était toute indiquée pour passer un bon moment. Et ceux qui avaient délaissés les terrasses des cafés ou la finale de Roland Garros s’en sont d'ailleurs réjouis.

Après trois compositions empruntées à différents artistes («Beatrice» de Sam Rivers, «Oceano» de Djavan ou un «Bernie’s Tune», très joliment revisité façon samba), le trio propose alors un original, «Babu, Buba & Seedy», au parfum délicieusement africain.

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Le touché de Anne Wolf se fait aérien, très sensible, presque effacé derrière les bongos, congas et cajon de Stephan Pougin et la basse acoustique de Théo De Jong. Mais son jeu sera bien plus ferme et bien mis en avant sur le crépusculaire «Moon at Noon». Les notes se détachent, parlent à elles-même, comme s’il fallait les laisser méditer. Le tempo est ralenti, l’ambiance est intime et mélancolique. Et le frisson parcourt la salle.

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Le jeu de Théo De Jong est souple et d’une grande finesse. Sa basse acoustique lui permet d’explorer et de développer des phrases assez élaborées, qui se fondent aux mélodies. Ses solos, plutôt courts, sont d’une justesse irréprochable, toujours dans le droit fil de l’histoire.

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Au second set, l’arrivée de la flûtiste Esinam Dogbatse (qui jouera aussi du Pandero sur un autre titre) apporte d’autres nuances à l’ensemble. La couleur est festive d’abord, sur «Bebe» (d’Hermeto Pascoal), puis très mystique sur «Le chemin de Pierre », en hommage à Pierre van Dormael. Il y a beaucoup de sensibilité dans le jeu de Dogbatse et un sens inné de la respiration. L’association avec le trio est parfaite. La rencontre a quelque chose de magique (la pianiste et la flûtiste avaient répété rapidement quelques jours avant). Il est des alchimies qui ne se contrôlent pas et qui donnent des résultats plutôt convaincants.

Le trio, devenu quartette, enchaîne alors avec grâce et douceur «D’Août» puis «Choro Par Nao Choar», et nous fait voyager entre une larme et un sourire, comme dirait l’ami Toots. C’est d’ailleurs bien ainsi que l’on pourrait définir la musique d’Anne Wolf.

Ce trio, nouvelle formule, ouvre la perspective de jolis moments à venir. Et c'est tant mieux.

A+

 

18/10/2007

Hertmans (Jazz Station) Bart Defoort & Emanule Cisi (Sounds)

Comme me le disait dernièrement une excellente amie chanteuse: «Jacques, tu es très en retard dans la mise à jour de ton blog !»

Hé oui, c’est vrai, c’est derniers temps, mes journées et mes soirées furent très (trop) remplies…
Heureusement que le Sounds reste ouvert très tard (ce qui permet d’aller boire un verre en sortant du bureau... vers 23h). Ça ne repose pas vraiment son homme, mais ça fait tellement de bien que ça redonne une bonne pêche!

Je reviendrai donc plus tard sur quelques sujets qui me tiennent à cœur (disques, livres, artistes, etc.), mais avant cela, un petit mot sur les concerts de samedi dernier.

D’abord, Peter Hertmans Quartet à la Jazz Station.
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Je suis arrivé pour le deuxième set. (Hé oui… boulot).

Une habitude avec ce groupe...

Après un premier thème assez «groovy» («Pure Soul»), Peter installe le climat tout en retenue de «Cadence 1».
Les phrases du guitariste se font longues et étirées.
On est dans une atmosphère très ECM.
A la batterie, Lionel Beuvens joue avec beaucoup de légèreté et de souplesse. La combinaison avec Théo De Jong (à la guitare basse acoustique « électrifiée ») fonctionne à merveille.
Plus tard, sur un autre thème aux accents un peu plus folk, c’est avec le soprano de Daniel Stokart que la magie opère.

Bien que naviguant entre post-bop et fusion, le quartet élargit parfois le spectre vers une musique plus latine ou un groove qui flirte avec le funk.
L’ensemble a quelque chose de touchant, d’humain. On sent une belle complicité entre les musiciens. Pas de chi-chi, pas de longueurs: ça joue.

Lionel Beuvens  ayant un autre gig, on n’aura pas droit à un rappel.
Dommage, avec le furieux «Doctor Dré», le groupe nous avait mis l’eau à la bouche.

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Direction «Le Sounds» pour écouter Bart Defoort (Jazzhood) et Emanuele Cisi.

J’avais déjà entendu le saxophoniste italien il y a quelques années lors d’un concert au Music Village (avec Michel Benita et… Aldo Romano (??)).
J’étais curieux d’entendre le résultat que pouvait donner les deux ténors rassemblés.

Hé bien, on peut dire que ça fonctionne.
Et plutôt bien !
Il est même d’ailleurs question qu’un enregistrement studio suive.

A quelques exceptions près («Easy Living», un morceau de Kurt Weil ou «The Chase» de Ron Van Rossum), la plupart des morceaux sont des originaux écrits par Emanuele ou Bart.
Et tous les arrangements sont du musicien belge.
C’est fantastique car, à aucun moment, les souffleurs ne se marchent sur les pieds.
Au contraire, ils se complètent magnifiquement.
Il faut les entendre jouer à l’unisson sur «Taïs».

On est dans un tout autre style que lors du concert que Bart avait donné avec Jereon Van Herzeele lors du Jazz Marathon cet été. Ici, on est plus dans un bop moderne. Moins éclaté, mais tout aussi brillant et dynamique.
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Cisi est souvent très énergique, voire parfois explosif. Et ses dialogues avec l’excellent Sebastiaan De Krom (oui, oui, le batteur de Jamie Cullum) furent d’une intensité remarquable.

Le batteur, au drive très sûr et précis, nous offrit une belle démonstration lors d’un de ses solos. Il joue, comme il aime à le faire, avec toutes les parties de la batterie (caisse, supports etc.), il étouffe les sons avec un pied sur les tambours, et nous fait un roulement qui part du tonitruant pour aller vers un touché des plus délicats.

Autant dire qu’avec un tel batteur, Sal La Rocca était aux anges.
Et on le voit jubiler sur «Alma» joué à 100 à l’heure.

Il ne faudrait pas oublier dans ce groupe le pianiste.
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Ron Van Rossum m’a sans doute le plus impressionné ce soir.
Je l’avais entendu quelques fois lors de jams, mais rarement en concert.

J’adore ce genre de pianiste.
Ron a un sens de l’écoute incroyable, une attaque franche, un débit tantôt rapide, tantôt parcimonieux. En l’écoutant, j’avais le sentiment d’entendre l’influence d’un Bud Powel.
Toujours prêt à changer de direction, à lancer des idées. Son touché et son phrasé sont merveilleux. Dans ses solos, il continue à jouer avec la batterie, il laisse des respirations, se relance sur d’autres pistes, cherche, trouve…
Il n’en met pas partout… et pourtant, la musique est là.
C’est grisant.

Je ne demande qu’à réentendre tout ça.
Sur disque, mais aussi sur scène.

Quel plaisir le jazz !
Je discute avec les musiciens au bar jusqu’à une heure très avancée de la nuit.

Je vais avoir une de ces pêches demain matin, moi !

A+