06/11/2017

Jason Moran - In My Mind - à Flagey

Pour célébrer le centenaire de la naissance de Thelonious Monk, Flagey a eu la bonne idée, parmi d’autres excellentes initiatives, d’inviter Jason Moran et son projet «In My Mind : Monk At Town Hall». Un concert, créé en 2009, qui suit la trame de celui que donna le génie du piano en 1959 à New York.

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Il s’agit en fait d’un concert/concept «multimédia». Comprenez par là qu’on projette images d’époque, textes et témoignages sonores de Monk mis en scène par le vidéaste David Dempewolf, tandis que les musiciens jouent live à l’avant-plan.

Jason Moran a donc réuni sur scène Tarus Mateen (eb) Nasheet Waits (dm), Immanuel Wilkins (as), Walter Smith III (ts) Ralph Alessi (tp) André Hayward (tb) et Bob Stewart (tuba). Autant dire qu’il s’agit quand même d’une belle brochette de jazzmen dignes des Donald Byrd, Phil Woods, Charlie Rouse, Pepper Adams, Art Taylor et les autres de l'époque.

Jason Moran arrive d’abord seul sur scène, s’installe au piano et pose un casque sur les oreilles. Dans la salle se propage alors l’enregistrement original de «Thelonious». Jason écoute puis improvise, répond au jeu de Monk, dialogue avec lui. Un peu étrange et légèrement déstabilisant au début, un peu comme peut l'être la musique de Monk à la première écoute.

Tout le band entre alors sur scène tandis que la voix de Monk tente d’expliquer la conception de sa musique.

Et l’on reprend «Thelonious», puis «Friday The 13th». En respectant les mélodies mais en prenant des libertés. Nasheet Waits impose un drumming claquant et inventif. Comme s’il venait jeter des pétards sous les pieds des musiciens. Tarus Mateen, bien qu’à la guitare basse électrique, garde un son chaud et rond, plein de tension.

L’idée de projeter simultanément des images, flashy et de façon saccadée, est quelque fois perturbante, mais les témoignages de Moran ou de Monk, parfois émouvants, parfois drôles, permettent de mettre en perspective la démarche des deux pianistes. On apprendra ainsi que Jason Moran a découvert la musique de Monk à l’âge de treize ans, lorsque ses parents regardaient à la télévision les images d’un crash aérien dans lequel étaient impliqués des amis, tous commentaires éteints, et qu’ils écoutaient «Round Midnight». On peut parler d’un double choc.

Moran en profite alors pour introduire un enregistrement de rythmes africains, drums et tambours, pour évoquer les origines, la ségrégation, les brimades infligées à Monk et à ses parents. Puis il nous ramène à ’59 et nous projette ensuite au présent par l’entremise d’un solo stupéfiant de Nasheet Waits.

Et on reprend le chemin de Town Hall.

«Monk’s Mood» se joue tout en nuances, Jason Moran laisse de l’espace au deux saxophonistes pour broder et improviser. Tant Walter Smith III que Immanuel Wilkins s’en donnent à cœur joie. Puis c’est le fabuleux «Little Rootie Tootie». Et ici, c’est tout l’orchestre qui se donne à fond, qui s’amuse et qui swingue. Les interventions de Ralph Alessi sont percutantes, celles du tromboniste André Hayward ou de Bob Stewart ne le sont pas moins. Monk n’aimait pas le son d’un big band, disait-il : «Il sonne trop raide». Pour le coup, Jason Moran et sa bande ont bien compris le message.

«Off Minor» enchaîne puis s’enchaîne à la voix de Monk qui répète inlassablement «In my mind, in my mind... ». Tout se dilue comme dans un rêve et Jason Moran reprend en solo «Crepuscule With Nellie», de façon poétique, énigmatique…

De façon très monkienne.

Après le salut final, plutôt qu’un rappel, Moran et tous les musiciens descendent dans la salle en jouant, comme lors un enterrement festif à la Nouvelles Orléans, entrainant derrière eux le public vers la sortie.

Dans le hall de Flagey, ils y improviseront encore quelques longues minutes.

Oui, la musique de Monk, toute aussi cabossée et complexe soit-elle, est dansante, vibrante, surprenante et surtout... surtout… toujours bien vivante.

 

"In My Mind" (opening clip) from Center for Documentary Studies on Vimeo.

 

 

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26/10/2017

Robin Verheyen, Bram De Looze, Joey Baron - Monk au Monk

 

Thelonious Monk a 100 ans.

Le 10 octobre, Thelonious Monk a 100 ans ! Alors, mardi, de midi à 19h., à Flagey, en compagnie de Marc Van den Hoof, on écoute toute, toute, mais alors vraiment toute l’œuvre du génie du piano.

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Mais la veille, le lundi 9 au soir, dans "Jazz", l’émission de Lies Steppe sur Klara, on écoute et on évoque aussi Monk. En long et en large, de 18h. à minuit !

Au micro de Lies, se succèdent musiciens et spécialistes, Guy Peters, Peter Vermeersch, Claire Chevallier et Rob Leurentop.... Tout ça, en direct du Monk café, à Bruxelles ! Évidemment.

Et pour que la fête soit totale, Klara a eu la bonne idée d’inviter aussi le trio du saxophoniste Robin Verheyen (avec Bram De Looze au piano et Joey Baron aux drums), qui, à l’invitation de Bozar - ou il a joué quelques jours plus tôt - a concocté un programme spécial ! Et ce soir, tout ça, c’est gratuit ! N'est-ce pas un très beau cadeau d'anniversaire, ça ?

Autant dire que le bistro de la place Sainte Catherine est bourré à ras bord.

Vers 21h., le trio prend possession de la scène dans une chaude ambiance.

Des notes de piano comme venues d’un autre monde, un sax qui claudique, puis des balais qui précisent le tempo. C’est découpé, cinglant et sec. Le swing est nerveux et dégraissé jusqu'à l'os. Robin envoie des riffs brefs, Bram ponctue et éclabousse, Baron fouette. «Bans», la compo originale de Robin claque et est bien dans l’esprit monkien ! Quelle entrée en matière !

«Ugly Beauty» se fait ultra introspectif et crépusculaire. On effleure la mélodie avec nuance et parcimonie. On laisser respirer les silences. On est suspendu au souffle profond de Robin et aux contrepoints étonnants de Bram. «Bye-Ya», introduit aux percus, mains nues, par Joey Baron n’en finit plus de s'ouvrir. Robin Verheyen, au soprano pincé comme du Steve Lacy, invente, sculpte, s'évade. Le trio détricote le morceau, le rapièce, le malaxe.

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Enfin, une longue improvisation plus délicate, presque pastorale, rappelant un peu Ravel, prend forme. Robin virevolte, sans jamais prendre de la hauteur, comme pour rester à butiner avec la batterie, au plus près du piano de Bram, déconcertant, souple et élégant. Ce «rase-motte» étonnant nous amène à «We See», qui, lui, n'en finit plus de s'élever.

Break. Fin du premier set... Et malheureusement, je n’assisterai pas au second. J'écouterai encore un peu l'émission à la radio. Avant de m'imaginer la suite...

Monk ! Compositeur unique. Monk qui surprend encore et toujours, et qui permet aux jazzmen (qui ont assimilé l'esprit et la pseudo folie du maître) de se réinventer en toute liberté. Encore et toujours. La preuve, ce soir, avec les musiciens exceptionnels que sont Robin Verheyen, Bram De Looze et Joey Baron.

Monk est vivant.

Merci les amis. Merci Bruxelles. Merci Monk.

A+

 

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20/10/2011

50. Bilan musical.

 

1961. 20 octobre, je nais.

Aucun souvenir.

Le tube du moment c’est « Hit The Road Jack »… ça commence fort.

Jusqu’à mes six ans, je n’ai pas trop de souvenirs marquants. À la radio, qui est allumée en permanence dans le magasin de ma mère ou dans l’atelier de mon père, j’entends sans doute Alain Barrière, Richard Anthony, François Deguelt, Sheila… À la télé, je vois Henri Salvador faire son Zorro. À la fancy-fair de l’école, on danse sur « Enfants de tous pays » et plus tard sur « Yellow Submarine »…

1967. Un samedi après midi, il y a du soleil, je joue au beau milieu de la cour, dans une grande bassine de fortune remplie d’eau. J’entends « Puppet On A String ». J’écoute les 45 tours que ma sœur achète : The Four Tops (« The Letter »), The Monkees, The Bee Gees (« Massachusetts »)… et bien sûr : The Beatles (« Penny Lane » «All You Need Is Love ») et les Stones (« We Love You »). Ma sœur peut enfin acheter un 33 tours ! Pas n’importe lequel : « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band ». Ça tourne en boucle.

 

1968. Dans la chambre avec mes sœurs, on écoute encore les Beatles (« The White Album »). Mais aussi Bob Dylan (« Nashville Skyline »), The Moody Blues…  Mon père, lui, me fait écouter sur un vieux phono des 78 tours de Ray Ventura et de Count Basie

1969. La beatlemania continue. C’est « Abbey Road ». J’écoute aussi « I'll Never Fall In Love Again » de Bobbie Gentry, « Venus » de Shocking Blue et des groupe rock belges (The Peebles « Mackintosh », The Wallace Collection « Daydream »). Un de mes cousins ramène le double album « Chicago Transit Authority ». Choc. Il me fait écouter aussi Canned Heat, Creedence Clearwater Revival. Un copain plus âgé, Philippe, ramène un disque à la couverture étrange (« In The Court Of The Crimson King ») et aussi Led Zepplin ou Procol Harum (« A Salty Dog »)… Je tanne mes parents pour acheter mon premier 45 tours. Je le trouve au Sarma, à Tournai. C’est « Mendocino » de Sir Douglas Quintet.

1970. Entre mes sœurs, mes cousins, mes copains, il y a, d’un côté « Get Ready » de Rare Earth. « Bridge Over Trouble Water » de Simon and Garfunkel, de l’autre « In Rock » de Deep Purple, « Déjà Vu » de Crosby, Stills, Nash And Young, « Lola » des Kinks, puis The Who, The Doors, Black Sabbat, The Beach Boys, George Harrison, John Lennon and the Plastic Ono Band… Et puis, il y a du Belge (Carriage Company) et aussi Polnareff, Georges Moustaki, Georges Brassens, Barbara, Nougaro, Brel… et les Poppys !

1971. Le dimanche, dans l’atelier de mon père, on jouait aux chanteurs avec mon cousin. On pouvait mettre la musique à fond ! Avec un électrophone tourne disques Philips… ça le faisait grave. Je me souviens de Mungo Jerry, de « San Tropez » sur l'album « Meddle » de Pink Floyd, de Jethro Tull, de Deep Purple. Et de « Uncle Albert » sur « Ram » de Paul Mc Cartney ou de « Brown Sugar » des Stones.

 

1972. C’est « Midi Première » avec Danièle Gilbert. Forcément, ça marque. Nicoletta, Julien Clerc, Michel Delpech… et surtout Il était une fois (« Rien qu’un ciel »), ça je l’achète. Et puis, pour les fêtes ou pour son anniversaire, mon père « peut » écouter sa musique : Glenn Miller, Count Basie, Duke Ellington… J’adore ça.

1973. Dans sa chambre, mon copain Philippe me fait écouter Wishbone Ash, Alice Cooper, Genesis (« Foxtrot »), Yes ou Roxy Music. À la radio, j’entends les claquements de doigts sur « Killer Queen ». À la télé (« Tempo » ou « Follies »?), je vois un type bizarre, c’est David Bowie. Et un autre, déguisé en clown, c’est Leo Sayer. Mais c’est aussi l’année de Slade (« Slade Alive ») et de T.Rex (« Telegram Sam ).

1974. J’écoute « The Dark Side Of The Moon » chez un copain. Et puis la musique d’un film terrifiant qui passe tout le temps à la radio : « Tubular Bells ». Au cours de musique, à l’école, la prof nous joue « L’arnaque ». J’aime ce rythme syncopé. Pour mon anniversaire, je peux aller voir Maxime Le Forestier, en concert à La Halle Aux Draps à Tournai. J’irai aussi écouter ensuite Jean-Michel Caradec, Julien Clerc, Dick Annegarn

1975. Il y avait un café-théâtre à Tournai, « La Mauvaise Herbe ». J’y vais de temps en temps avec ma sœur. On écoute du folk et de la chanson française « à texte ». J’achète (avec les sous de ma maman) quelques disques… (des 45 tours... faut pas déconner quand même !) Je me souviens de « Bohemian Rhapsody » de Queen, de « La Complainte du phoque en Alaska » de Beau Dommage. C’est l’époque de « La guitare à Dadi ». Je découvre Chet Atkins, Hank Williams… J’ai une période country. Et puis, ça y est, j’ai une guitare, sur laquelle je ne jouerai jamais que « Frère Jacques ». Sur une corde.

1976. Le soir, j’écoute en cachette « La ligne est ouverte » de Gonzague Saint Bris. La musique m’hypnotise. C’est une gnossienne d’Erik Satie. Je vois « Barry Lyndon », je découvre le plaisir de la musique classique. Je vois « Tommy » au cinéma. Je vois « Jaws » au cinéma. J’achète des compiles de musiques de films… Et puis je prends mon vélo pour aller acheter, à Dottignies, à la Maison Bleue, « Sir Duke » de Stevie Wonder.

 

1977. Sur une double page de « Première », il y a une grande photo de Patrick Dewaere qui tient dans ses mains « Crisis, What Crisis ? » de Supertramp. Il me le faut. Je l’achète plusieurs fois car il y a de petites imperfections sur le vinyl et ça m’énerve. Je m’inscris à la Médiathèque (qui s’appelait alors, la Discothèque). Je reviens avec les Andrews Sisters, Art BlakeyProkofiev, Tchaïkovski, RachmaninovGilbert Lafaille, Léo Ferré, Serge Reggiani, … des disques de bruitages aussi… Et puis Klaus Schulze.

1978. Me voilà à St Luc. J’écoute de tout. C’est l’époque où, à la télé le dimanche midi, Antoine de Caunes présente Chorus (en direct du toit de l’Empire). Je découvre Dire Straits, Tom Petty, Steely Dan, Talking Heads, The Jam, Joe Jackson, Blondie, Lene Lovitch… Et Billy Joel me fait faire des recherches sur la 52nd Street (et à l’époque, il n’y a pas Internet). Je fais des K7 de bossa-nova, de salsa, de tango avec les disques loués à la médiathèque. Je vais écouter le Big Band du West Music Club qui joue dans mon ancienne école. Certains s’étonnent que j’aime ça.

1979. Tangerine Dream, Soft Machine, Emerson Lake and Palmer et Vandergraaf Generator se mélangent aux Wings, aux Stones (« Some Girls »), à Kansas, The Cars, Fisher-Z, Police, Machiavel, Patti Smith, XTC, Jo Lemaire, Telex, Kraftwerk… à Cabrel aussi, à Higelin, Souchon, David Mc Neil et Lavilliers. De la médiathèque, je continue à ramener des trucs étranges - je ne sais pas si ça me plait mais j’écoute Pierre Henry et Stockhausen avec fascination... Puis j’écoute, avec encore un peu de difficultés, Charles Mingus, à cause de Shadows, de Cassavetes. Et Miles, à cause d’Ascenseur pour l’échafaud. Et puis, il y a Radio Cité aussi. C’est Chic, funky et soul. C’est Roy Ayers et Earth, Wind And Fire… Do you remember ?

1980. Bruxelles. C’est l’année où Lennon meurt. Je ne sors pas beaucoup (ma mère gère mon budget : « Faut pas qu’il fasse des bêtises mon Jacquot ! »). Je vais quand même pointer mon nez à la Raffinerie du Plan K (on en parle tellement dans la rubrique rock – alors excellente – de Télé Moustique). Je pense y avoir vu Echo and The Bunymen ou Joy Division. Je me balade aussi du côté de chez Pol, au Bierodrome, j’y vois Willy Vande Walle. J’aime cette ambiance très enfumée…

1981. Dans un storyboard que je fais pour l’école dans laquelle je suis, j’imagine une musique de Louis Jordan. Je me souviens avoir expliqué qui il était et quelle musique il faisait. À l’époque je découvre Idir, Oum Kalsoum ou Fairuz grâce à Mouloud, mon beau-frère. D’un autre côté, un copain de classe me fait découvrir Joni Mitchell et Don McCaslin

 

1982. Dans « Beau Père » de Blier, Patrick Dewaere (encore lui) parle de Bud Powell. J’achète une sorte de « best of ». Bud y joue avec Fats Navarro, Charlie Parker, MilesJe pense que c'est dans ce film également qu'on y parle de Lennie Tristano... En tout cas, c'est à ce moment-là que j'achete « Requiem ». Un copain achète « We Want Miles ». On écoute ça à fond.

1983. Je profite de mon service militaire en Allemagne pour acheter des disques, car ils sont moins chers. Et me voilà avec un peu de tout sur les bras, U2, REM, Paul Simon, Alan Parson, Randy Newman, John Hiatt, Frank Zappa, Al Stewart, Donald Fagen… Mais aussi Keith Jarrett, Stan Getz ou Lester Young.

1984. Retour à la vie civile. C’est « Koyaanisqatsi » de Philip Glass. C’est « Rock It » sur MTV. Chez un ami, on écoute Sade. En hommage à Monk, des musiciens se réunissent et publient un double album « That’s The Way I Feel Know ». Je me renseigne sur ce Monk. J’achète « At The Blackhawk ». La claque est monstrueuse.

1985. Le premier janvier, je re-écoute « Star People » de Miles. Un ex-beau-frère, en visite ce jour-là, me lâche : « Du Jazz ? La plupart des gens écoutent ça sans rien comprendre, juste pour se donner une attitude ». J’ai pas trinqué avec lui cette année-là. Et j’ai écouté aussi Liquid Liquid.

1986. Je vois « Down By Law », je découvre John Lurie, Tom Waits. J’écoute The Lounge Lizards. Je vois Joe Jackson pour la tournée « Grand Monde ». Je vois aussi Henri Salvador et je tombe amoureux de Syracuse. Et puis, il y a « Round Midnight » aussi, le film. Ça donne envie de traîner la nuit. La nuit, c’est l’Interférence, un bar près de la Grand Place. On y écoute Isabelle Antena et toutes les musiques des disques du Crepuscule.

1987. Barney Willen et La Note Bleue. J’achète la BD, j’achète le disque et plus tard encore un autre Barney : « Jazz Sur Scène ». Délice.

1988. Ça tourne un peu en rond. Il y a bien De La Soul, Deee-Lite, Prince, « Do the Right Thing » de Spike Lee, Womack and Womack, le rock de Manchester et Nirvana. Et puis il y a « Bird » de Clint.

1989. John Mayall me pousse à écouter du blues. John Lee Hooker, Muddy WatersJe vois Let's Get Lost de Bruce Weber. J'écoute Chet Baker.

1990. Retour à XTC. Un des groupe les plus sous-estimés du rock anglais.

1991. Je ne sais plus pourquoi, mais j’achète des opéras italiens. Verdi. « Il Trovatore », « La Traviata », « La forza del destino »… Je travaille pour un ami qui me paie en cd. Je fais mon choix en me feuilletant le bouquin « les incontournables du jazz » chez Gitane Jazz. À moi Dizzy, Ornette, Bill Evans, Sonny Stitt, Ahmad Jamal

1992. Björk fait son « Debut ». C’est quand même très différent de ce qu’on entend habituellement à la radio. The Commitments me font écouter Wilson Pickett. Et puis... et puis, il y a pas mal de changements dans ma vie sentimentale.

1993. La belle musique des scies, des marteaux, des truelles et des pinceaux. Mais c’est aussi US3, The Digable Planets et Guru Jazzmatazz

1994. Nusrat Fateh Ali Khan se fait une petite place entre Portishead, Geoffrey Oryema, Eels etc… Et puis… Et puis c’est la naissance de ma première fille.

1995. Pirouette, cacahuète, bateau, ciseau… vous connaissez la chanson.

1996. P.J. Harvey, Nick Cave, Beck, Tortoise… J’entends parler d’Aka Moon. J’écoute de la musique indienne. Lors d’un voyage à Paris, je vois Reinette l’Oranaise dans un endroit presque clandestin, dans une ambiance de folie. Inoubliable.

1997. J'ai vu Legnini en concert et j'achète "Rythm Sphere". Je découvre The Last Poets. Et Gil Scott Heron. Il n’est jamais trop tard. Et puis, il y a un peu de tout… Mais il y a surtout la naissance de ma deuxième fille.

1998. Je reviens un peu plus au jazz. Je retourne à la médiathèque. J’écoute et re-écoute « A Love Supreme » de John Coltrane, allongé sur le sol. Je re-écoute Monk, Miles, Art Pepper… Je découvre Brad Mehldau. Au bureau, un collègue me surnomme Jazzques.

 

1999. Je vais voir Truffaz au Bota. Je craque. Je vais au Travers. Je ne sais pas qui je vois, mais j’aime l’ambiance. Et puis… ma fille doit se faire opérer. C’est grave. Je ne vis plus. Il y a un morceau que j’écoute chaque fois que je vais à l’hôpital (et j’y vais souvent) : « Paper Bag » de  Fiona Apple. Fin de l’année, ma fille s’en sort.

2000. C’est très bizarre dans ma vie sentimentale, tout se déglingue. Année de merde. Séparation. Je plonge deux fois plus dans la musique. Kind of Blue, Monk, Billie Holiday remontent à la surface… Au Travers, je vois le groupe de Ben Sluijs pour la première fois. Erik Vermeulen au piano. Choc. C’est bon, je sais ce que je vais écouter les prochaines années.

2001. J’écoute de plus en plus de jazz. Tous les styles. J’essaie à nouveau « Ascension » de Coltrane. Encore trop tôt. J’essaie Aka Moon, Albert Ayler, Cecil Taylor, Steve Coleman. J’ai parfois un peu de mal. Mais je me fais du Dolphy, du Kirk, du Mingus, du Hancock… Je remets les pieds dans les clubs de jazz. Je vais régulièrement aux jam's du Sounds. Il y a Nathalie Loriers et tous les autres... Mais je vois aussi Sussan Deyhim. Et je vois surtout Sœur Marie Keyrouz à l’Opéra. Je suis subjugué.

2002, 2003, 2004. Je m’intéresse de plus en plus au jazz belge. Peu en parlent. Comme on parle peu du jazz en général, d’ailleurs. Je veux aller partout. Tout entendre.

Alors, je vais dans les festivals, les concerts, en club ou ailleurs. Je découvre plein de musiciens, je découvre plein d’autres musiques, j’apprécie celles pour lesquelles j’avais du mal et je reviens toujours vers celles que j’ai aimées. Je rencontre plein de musiciens, jeunes et moins jeunes, qui m’apprennent à connaître toutes les choses que je ne sais pas. Et il y a du boulot !

2005. Il faut que je raconte ce que je vois et entends. Jazzques est né.

2011. Le 20 octobre, j’ai 50 ans.

 

A+

23/06/2008

Première galette

Troisième rendez-vous entre bloggers. Après «les femmes de jazz» et «les contrebassistes», voici un sujet léger, qui sent bon les vacances: «Première galette»...

Une Madeleine, quoi.

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glenn
Je ne sais plus quand j’ai entendu «In The Mood» de Glenn Miller pour la première fois.

À son anniversaire?
À Noël?
Ou à la Saint Joseph?

Glenn Miller, c’est ce que mon père avait «le droit» d’écouter pour célébrer l’événement.
Ces jours-là, il pouvait écouter «sa» musique.
C’est sans doute lors d’une de ces fêtes que j’ai entendu mes premiers airs de jazz.

Plus tard, je me souviens avoir accompagné un oncle au concert que donnait le West Music Club dans la salle de l’école où j’allais. C’était encore le big band des débuts. C’était bien avant que Richard Rousselet ne s’en occupe.

Après cela, il y eut sans doute du Count Basie ou du Duke Ellington qui passaient de temps en temps sur le tourne-disque de mon père. Et dans son atelier, où la radio était perpétuellement allumée, j’ai entendu plus d’une fois «Take Five» de Dave Brubeck sur «Radio Hainaut»…

Plus tard, il y eut le jazz-rock (je ne savais pas que cela s’appelait ainsi) avec Chicago Transit Authority qu’avait ramené de je ne sais où, un de mes cousins.
C’était en ’69 ou ‘70.
Entre-temps, j’écoutais les Beatles, Simon & Garfunkel, Creedence Clearwater Revival, Dylan, Brassens, Brel… (Et d'autres trucs moins avouables.)

Puis, à l’ombre de la cathédrale de Tournai, j’ai découvert la «discothèque» (c’est comme cela que s’appelait la médiathèque à l’époque).
Là, j’allais fouiller et écouter des choses que je n’entendais pas à la radio: Tangerine Dream, Grateful Dead, Klaus Schulze, Soft Machine et aussi… du jazz.
J’ai loué et écouté Ellington, The Andrews Sisters, Cab Calloway, Lester Young, Art Blakey

Le vendredi soir, très tard sur FR3, il y avait le «Ciné Club de Minuit».
J’y ai découvert «Ascenseur pour l’échafaud», mais aussi «Shadows» de Cassavetes, les films noirs et les comédies musicales de Fred Astaire.

Tout ça, ça marque.

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Et puis un jour, ça y est: j’achète mon premier album de jazz!
Art Tatum!

Pourquoi lui? Pourquoi celui-là? Où avais-je entendu son nom?
Est ce à cause de sa gueule un peu de travers? De son sourire triste? À cause de ce titre: «The Genius» ?

Voilà, c’est lui le premier.
Je l’ai écouté souvent, attentivement.
Ce piano qui sautille. Ce rythme insensé qui fait taper du pied. Ces échappées folles. Cette joie qui cache la douleur… Cette virtuosité facile…
Sur cet album, sorti chez « Black Lions Records », on retrouve «Kerry Dance», «Gang O’Notes», «Appolo Boogie», le célèbre «Allelujah» ou encore «Between Midnight And The Dawn».

Alors, régulièrement, le jazz est venu s’immiscer, un peu plus encore, entre Pink Floyd, Genesis, Patti Smith, The Who, Talking Heads, Marianne Faithfull, Joe Jackson ou XTC
Je faisais de la place pour Miles, Stan Getz, Ella Fitzgerald et même Mingus, avec qui pourtant je n’ai pas accroché tout de suite…
J’écoutais tout ça, sans vraiment savoir pourquoi.
C’était une réelle fascination du son, des rythmes étranges, des ambiances, des voix.

Une fois arrivé à Bruxelles, entre autres sorties bien éloignées du jazz, je me suis retrouvé parfois (et par hasard) au Pol’s ou au Travers. Sans savoir qui je venais écouter. Juste pour sentir cette ambiance enfumée, cette musique débridée. Peut-être aussi pour essayer de retrouver les parfums imaginaires des clubs de jazz vu dans des films américains.

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Et puis un jour, Thelonious Monk meurt.

Divers artistes de la pop, du rock et du jazz lui rendent un hommage sur un double album: «The Way I Feel Know».
C’est à ce moment-là seulement, que je découvre que ce Thelo…, Thelio…, Thélonou… Thelonious (quel nom !) est l’auteur de «‘Round Midnight», que j’attribuais à Miles ! (Shame on me!)

Monk !
Mais qui est donc ce personnage que tout le monde vénère?
Il me faut un de ses disques! Avec une version de «‘Round Midnight», bien sûr!

monk

Ce sera: «At The Blackhawk».
Et là: la claque!
La grosse claque!
Ce type joue faux!?
Ses musiciens font n’importe quoi!?
Et ça me fascine. J’écoute, je réécoute. «Let’s Call This», «4 In 1», «Epistrophy»… Je n’en crois pas mes oreilles.
Monk m’ouvre un monde.
Ce type est fou et cela s’entend dans sa musique. Mais c’est une folie positive, une folie qui fait réfléchir, qui déstabilise, qui agit comme un miroir, qui nous fait nous interroger…

Qui est fou?

Bien sûr, Monk ne joue pas faux: il joue sa musique. Et quelle musique!

«Les ratés existent en tant que ratés quand on sait que Monk a revendiqué l’incertitude dans le choix de la note à jouer, et expliqué tout le parti que l’on pouvait tirer de l’erreur qui, comme le lapsus, ou la rencontre inopinée des mots, peut guider en des lieux inexplorés et faire foisonner les images.»
(in «Thelonious Monk» - Yves Buin – Le Castor Astral)

Une musique unique.

Alors, avec Monk, j’ai écouté la musique autrement. Je l’ai redécouverte.
Monk nous rappelle toujours que l’on doit s’empêcher de tomber dans les habitudes.

Depuis cet instant, je me suis intéressé de plus en plus au(x) jazz(s).
J’ai pris goût à Mingus (et comment !!), j’ai découvert Dolphy (re-claque), approfondi Coltrane, craqué pour Billie…  J’ai été fouiller chez les vieux (James P. Johnson, Willie The Lion Smith, Fats Waller…) pour mieux frissonner avec les modernes (Keith Jarrett, Charlie Haden, Chick Corea, Herbie Hancock…) et les autres, tous les autres…

Thank You Thelonious.
Thank you !

A+

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Ptilou’s Blog
Jazz Frisson
Belette & Jazz
Jazz à Paris
 

00:24 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : thelonious monk, art tatum, glenn miller |  Facebook |