10/09/2017

(The Mystery Of) Kem - Théâtre Marni

Après le piano, la guitare ou encore la contrebasse, le Marni Jazz Festival met en avant cette année la batterie. Au programme, on retrouve Michel Debrulle avec Trio Grande et Rêve d’Eléphant, Bruno Castellucci, Manu Katché avec Ivan Paduart, mais aussi Paco Séry, Antoine Pierre et, bien entendu, Stéphane Galland.

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Ce vendredi soir, le percussionniste fou d’Aka Moon, présente son nouveau projet très personnel : (The Mystery Of) Kem.

Pour le coup, il s’est entouré de talentueux et jeunes musiciens (Federico Stocchi à la contrebasse et Sylvain Debaisieux au sax ténor) et de moins jeunes, car on ne peut plus vraiment dire que le pianiste Bram De Looze est un nouveau venu. Et puis, cerise sur le gâteau, Galland a aussi invité Ravi Kulur, un flûtiste indien qui tourne beaucoup avec Ravi Shankar – excusez du peu - qui est entré en contact avec notre batteur belge via les réseaux sociaux ! Comme quoi, cela a parfois du bon.

Le quartette de départ existe depuis trois ans déjà et a construit, lentement mais sûrement, une musique très sophistiquée et basée principalement sur divers concepts rythmiques. La dernière semaine avant ce concert, nos musiciens se sont même retrouvés parfois à ne répéter que les tempos à mains nues et sans instruments, histoire d'innerver véritablement le corps et l’esprit.

Il faut reconnaître que la musique de (The Mystery Of) Kem est assez éloignée d’un « simple » 4/4…

Le Théâtre Marni est archi sold-out lorsque le groupe monte sur scène. Et après un salut respectueux au public, il entre rapidement dans le vif du sujet.

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Le bansuri de Ravi Kulur ouvre l’espace, Stéphane Galland dépose des frappes brèves, comme autant des gouttes de pluies fines et claquantes, le piano s’engouffre entre les interstices, la contrebasse marque un tempo décalé, le saxophone glisse dans les rythmes… et nous voilà embarqué dans un voyage plein de rebondissements.

C’est une course relais. Ou un jeu de domino. La musique ne fait que se découvrir.

Ce qui est fascinant, c’est l’énergie qui s’en dégage : jamais lourdingue, jamais envahissante. C’est clair : il n’est pas nécessaire de jouer fort (et pour cela, on remerciera aussi Michel Andina pour le son parfait) pour que ce soit puissant, mais il faut surtout jouer avec les pulsations, les pleins et les déliés, les gifles et les caresses. Et que de nuances ! Que de retournements de situations ! Que de reliefs dans cette musique riche à souhait !

Puis c’est la basse, puissante et ferme de Federico Stocchi qui introduit « Morphogenesis » et qui donne la direction. C’est elle qui permet à Ravi Kulur et Sylvain Debaisieux de prendre de brefs solos qui finissent par se mélanger. Alors la musique prend de l’ampleur, se gorge de couleurs, atteint des sommets.

Après ce long morceau évolutif, « Hitectonic » surprend par sa concision. Sur des rythmes presque jungle, chacun se connecte et balance ses phrases avant une conclusion abrupte. Tout est dit, pas la peine d’en rajouter.

Plusieurs fois, Bram De Looze est mis en avant. Ses intros, sur « Symbiosis » ou « Mælström » sont éblouissantes de caractère. Son jeu est aussi claquant qu’il est harmonique. Et toutes ses interventions, en osmose avec le flûtiste ou en contrepoints avec le batteur sont d’une rare intelligence.

On passe des rythmes indiens aux claves cubaines, des alap à la transe, de la musique contemporaine aux groove furieux. C’est intense, c’est raffiné, c’est lumineux ! Les couches rythmiques se mélangent, se dissocient, se rejoignent. Le tourbillon est incessant. On sourit, on tape du pied… On lévite presque. Le cœur bat fort et l’esprit reste en éveil. Ce n’est que du bonheur.

Alors, forcément, (The Mystery Of) Kem a droit à sa standing ovation. Et le public a droit à son rappel. Et quel rappel ! Un « Afro Blue » qui démontre - si certains ne l’avaient pas encore compris - que cette musique si contemporaine, si foisonnante et si excitante, ne serait rien sans de véritables racines.

Merci à ©Roger Vantilt pour les images.

 

 

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