21/02/2017

Orchestra Nazionale Della Luna - au Marni

Orchestra Nazionale Della Luna est né d’une rencontre entre le saxophoniste Manu Hermia et le pianiste finlandais Kari Ikonen, un peu par hasard, quelque part en Suisse. A eux, se sont ajoutés le batteur Teun Verbruggen et le contrebassiste français Sébastien Boisseau. Un mélange explosif et de haut vol qui ne vient, malgré ce que le nom peut évoquer, ni de la lune, ni d’Italie. Quoique.

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Ce soir dans un Théâtre Marni bien rempli (qui devait pourtant faire face à Mehldau à Bozar et à Pierani et Wollny à Flagey !), tout a commencé par une sorte d’indicatif comme on en entendait dans les cirques d’antan. Nerveux, fellinien, bourré d’énergie et de changements soudains de tempo et de métriques ! C’est sûr, nous voilà embarqués sur une autre planète !

Nos quatre musiciens se donnent pour objectif d’ouvrir au maximum la musique, d’en repousser les limites, de s’écouter, de dialoguer, d’explorer et de prendre les compos de l’album comme un simple point de départ.

« Karibou » et son rythme chaloupé, introduit à la flûte, invite à l'improvisation. Kari Ikonen insuffle d’étranges mélodies psyché au Moog tout en s’accompagnant au Fender Rhodes.

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Puis, c’est « Luna 17 B », inspiré des missions spatiales russes des années ‘70.

On flotte d’abord entre mystère et atmosphères spectrales avant que la musique ne s’éparpille par petits morceaux. Ici ou là, on récupère une mélodie lointaine et perdue. Par bribes, elle se forme, s’agglomère, prend du volume. La contrebasse de Boisseau semble donner une direction mais la batterie de Verbruggen brouille les pistes, le soprano d’Hermia part en éclaireur avant que Ikonen impose la pulsation qui remet tout le monde sur le chemin. L'histoire, racontée en pointillée, est fascinante.

« Begemot » s'appuie sur des percus instiguées par Boisseau et Verbruggen qui propulsent Ikonen dans un jeu quasi bop moderne. Le groove se précise, la respiration s'accélère, le moog siffle, le sax monte en puissance. Boisseau fait rebondir les sons sur sa contrebasse, joue pizzicato, frappe la caisse, pince ou fouette les cordes en parfait accord avec le jeu incisif, dépouillé et inventif de Verbruggen.

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Ce quartette retourne à l'essence même du jazz, c'est à dire en partant de (presque) rien pour bâtir un dialogue, un rythme et s'en amuser. Chaque morceau est propice aux impros, aux échanges d’idées. On deviendrait fou à l’écoute d’ « Anastasia Anastasia Sian » qui part dans tous les sens. On sent du John Coltrane, mais aussi des influences de jazzmen bien plus actuels, Shabaka Hutchings ou Rudresh Mahanthappa en tête.

« Nostalgie d’un absolu » est plus onirique et calme… avant la dernière tempête... « Truth », enfle jusqu'à l'explosion et s’offre en bouquet un final hallucinant !

Voilà un quartette bien dans son jazz, bien dans sa tête, bien dans son époque… Mais, finalement, ne viendrait-il pas d’une autre planète quand même ?

 

 

A+

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les photos

15/09/2016

September Jazz à Bruges

September Jazz à Bruges, c'est un peu le mini festival qui lance la saison du jazz à Bruges et du Werf en particulier. On annonce pour cette fin 2016, par exemples, des concerts de Louis Sclavis, Urbex, Aka Moon, Barry Altschul, Joe Fonda, Nathalie Loriers et surtout une Label Night au Concertgebouw avec une pléiade de jazzmen maison (Kris et Bart Defoort, Trio Grande, Schnitzl, Chris Joris, MikMâäk, Steven Delannoye et d’autres encore…).

Mais revenons dans la cour de l'école primaire du Ganzenveer.

L'air est encore doux par cette belle soirée de septembre et il y a vraiment pas mal de monde. Sur la scène, dans le fond de la cour de récré, Too Noisy Fish a déjà entamé son set.

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Peter Vandenberghe (p), Kristof Roseeuw (cb) et Teun Verbruggen (dm) proposent une musique aux structures qui paraissent, si pas complexes, presque chaotiques. Les trois musiciens semblent rebondir et se cogner contre des murs invisibles. La musique vacille entre furie et folie contrôlée. A tout moment, elle peut prendre une autre route. Too Noisy Fish réalise une sorte de raccourci entre un bop effréné et un jazz contemporain aux accents rock non dénué d'humour (et qui n'aurait pas déplu à un certain Zappa) et font aussi références à Spike Jones ou aux musiques de vidéo games. Les arrangements et les effets parfois bruitistes sont très évocateurs et bâtissent des atmosphères qui définissent presque un cadre. Tout est musique et, avec ce jazz parfois très libre, presque abstrait, aux changements de tempos et de directions brusques, les trois musiciens se doivent d’être hyper complices. Ils peuvent ainsi donner vie à « Segmenten » (emprunté partiellement à Charlie Parker) ou entretenir le mystère de « PTMA » (Rosseeuw, excellent à l’archet) dans une dramaturgie sombre et un final rageur. « In Dust We Trust » profite d'un motif répétitif léger, tout en clin d'œil, qui laisse l'impro s'emparer finalement du morceau. Quant aux titres « Turkish Laundry » ou « Defenestration », ils parlent (presque) d’eux-mêmes tant cette musique est imagée.

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Le saxophoniste italien Francesco Bearzatti et son Tinissima Quartet présentent le nouvel album dédié, cette fois-ci, à Woody Guthrie. Après Malcolm X, Monk ou Tina Modotti, le groupe continu à mettre en avant ou à faire revivre la mémoire de personnages qui se sont battus, à leur manière, contre les dictatures, le racisme, le fascisme ou certains dogmes. Avec Woody Guthrie, la musique du quartette prend évidemment de nouvelles couleurs. Bien sûr, le country folk est très présent mais, comme à chaque fois, Bearzatti arrive à englober cela dans l'idiome jazz. Sur ces blues folk, il aménage des plages d'impros dans lesquelles Giovanni Falzone ou Bearzzatti lui-même peuvent laisser libre cours à leur imagination. Le trompettiste en profite un maximum, pour notre plus grand bonheur. Le son est hyper clair et brillant, et Falzone n’est pas avare d'effets growl ou d’effets de langue. Il répond à Bearzatti, va le provoquer, il prend la poudre d’escampette puis revient. Puis ce sont des duels entre trompette et sax où chacun envoie et surenchéri sur des tempos d'enfer. Bearzatti ne demande que ça, il accentue les intervalles, fait grincer son sax ou, au contraire, va fouiller dans les graves comme on creuse le sol gras pour chercher de l'or. Zenno De Rossi fait galoper sa batterie et Danilo Gallo accentue les effets bluesy avec ses cordes « lâches » et très vibrantes. « Dust Bowl », « Okemah », « One For Sacco And Vanzetti » nous font voyager à travers tous les États-Unis et dans toutes les époques. On imagine les étendues arides, brûlées par le soleil de l'ouest américain, on passe du blues au swing en faisant un crochet par le stride et le rock & roll. On pousse presque une pointe jusqu’à la Nouvelle Orléans. L’énergie fait parfois place à des moments légèrement plus apaisés, mais toujours tendus. Si il y a de la rage, il y a aussi des pointes d’amertume, de fatigue et de lamentations… qui redonnent pourtant de l’espoir. «This Land Is Your Land », le morceau emblématique de Guthrie pousse les deux soufflants à se mélanger au public qui chante et clappe des mains. Rien n’est perdu, il faut se battre et il faut fêter ça !

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La fête, c'est aussi Raf De Backer et son soul jazz, en trio avec Cédric Raymond et Dré Pallemaerts. On n’a pas si souvent l'occasion d’entendre Dré dans ce registre (on se rappelle quand même quelques concerts avec Eric Legnini) et il est, ici aussi, merveilleux et d’une efficacité redoutable. Il y a tellement de souplesse, de groove et de nuance dans son jeu, que c’en est presque incroyable. Du coup le jeu de Raf en est presque magnifié. On s'imagine être à l'époque des Ramsey Lewis et Les McCan. Cedric Raymond impose une basse chantante et ferme à la fois. Le toucher de Raf est brillant clair et vif. Sans avoir l'air d'y toucher, tout cela ondule avec sensualité. Il y a du relief dans chacun des morceaux, des nuances de bleu et d’orange. On reconnaît « Oh The Joy », « Joe The Farmer »… On reconnaît... car Raf ne parle pas au public et c’est bien dommage, car cela enlève peut-être un tout petit peu de la complicité que cette musique procure.

Il est tard, il y a encore du monde dans la cour de l’école, on prend un dernier verre et on se promet de revenir très vite du côté de Bruges.

A+

Merci à ©Willy Schuyten pour les photos !

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23/07/2016

Fabrizio Graceffa Band - Royal Park Music Festival Brussels

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Il est onze heures du matin. Le 17 juillet. C'est dimanche.

Il faut doux et bon dans le parc de Bruxelles.

Devant le kiosque, une foule assez conséquente a investi les bancs publics.

Jules Imberechts (Jules « du Travers »), jamais à court d'idées pour promouvoir le jazz, est à l’origine du Royal Park Music Festival qu’il organise depuis quelques années déjà. C’est qu’il a l’âme bucolique, le Jules. Je vous conseille d’ailleurs ses Sentiers de Sart-Risbart, histoire de vous dépayser un peu plus, entre le 18 et 21 août.

Aujourd'hui, au « Royal Park » c'est Fabrizio Graceffa qui est invité.

Le guitariste présente son tout nouvel album « U-Turn ».

Sa musique est à la fois douce et contemplative, mais aussi parfois groovy. Ses compositions sont élaborées et limpides à la fois. Et puis, c’est visiblement la musique d’un groupe plus que celle d’un « guitar hero ». C’est presque normal quand on a à ses côtés Nicolas Kummert (ts), Teun Verbruggen (dm), Jean-Paul Estiévenart (tp), Boris Schmidt (cb) et un jeune et très prometteur Edouard Wallyn (tb).

Graceffa laisse donc beaucoup de place à ses musiciens afin qu'ils développent et enrichissent des thèmes qui ressemblent parfois à de longs voyages imaginaires.

Celui que l’on remarque en premier, dans cet ensemble, c’est Jean-Paul Estiévenart. Ses solos de trompette sont toujours clairs et tranchants, mais il arrive toujours à tempérer l'agressivité par des pirouettes surprenantes et a désamorcer la tension (ou, au contraire, en ajouter). Il prend du recul, donne de l’éclat aux mélodies et de l'espace aux silences qui suivent. Et puis, il faut l’entendre éclabousser de couinements stridents certaines compos (« Self Control » ou « The Old Ship », par exemples).

Le trombone de Wallyn et le ténor de Kummert (magnifique sur « Trois Fois Rien ») alimentent un certain mystère. Ils titillent notre curiosité et nous donnent l'envie d'aller voir plus loin ou de planer plus haut.

Graceffa peut aussi compter sur le jeu, enrobant et vibrant, de Boris Schmidt, et sur toute la créativité de Teun Verbruggen. Ce dernier nuance sans cesse, appuie, précède ou soutient les phrases de Graceffa. Il est omniprésent, mais l’intelligence de son jeu, léger et incisif à la fois, ne le rend jamais envahissant.

Fabrizio Graceffa peut donc se permettre de dessiner, tout en aisance, les images qu’il a en tête. Et l’on imagine avec lui des plaines désertes et brûlantes, des villes abandonnées, des rencontres magiques de fins de journées (haaa… ce « Milton’s Dream » et son petit air de bossa).

Il y règne une certain parfum d'enfance, d'insouciance et de bonheur simple, plus que de mélancolie. Les arrangements sont toujours d’un bel équilibre et Graceffa ne force jamais une idée, il la laisse se développer sous l'impulsion et l'interaction de ses musiciens. Le phrasé est souvent doux, parfois alangui, à la Frisell, mais il sait remettre du punch quand il le faut. Il n’hésite pas à jouer la disto un peu rock (« U-Turn ») ou des accords bluesy bien sentis (« Something Is Missing »).

Il y avait du soleil qui se cachait derrière quelques timides cumulus, une légère brise qui flânait dans les arbres, une odeur de tilleul et de hêtre qui planait… Un parfum de bonheur flottait dans le parc… et ce bonheur n'était pas le fait que de la nature.

 

 

A+

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19/11/2013

Pierre de Surgères - Krysis au Café Belga


N'ayant pas eu l'occasion de l'entendre au Sounds pour la sortie officielle de son premier album (l’excellent Krysis, que je vous recommande vivement), je suis allé écouter le pianiste Pierre de Surgères au Café Belga (à Flagey) ce dimanche soir.

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La musique de Pierre de Surgères a quelque chose de spontanée et d’évidente. Pourtant, elle n’est pas aussi simple qu’on voudrait bien le croire. Il y a certainement des ingrédients mystérieux dans ses compositions mais il y a surtout une alchimie peu commune entre les musiciens pour la rendre si accessible.

D’ailleurs, dans le brouhaha habituel du lieu, le public se rassemble autour du trio (Teun Verbruggen aux drums et Felix Zurstrassen à la basse électrique), attiré comme des insectes autour d’une ampoule. Il y a même des enfants. Et certains semblent subjugués. Les oreilles fraiches, grandes ouvertes et non encore polluées, ils sont attentifs. C’est bon signe, tout n’est pas perdu !

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Entre modal et autres constructions aux structures plus complexes, le trio fait le pont entre le jazz mélodique des aînés et celui, plus sophistiqué, de ses contemporains (dans la veine des Craig Taborn, Vijay Iyer ou Jason Moran). Un jazz plein de nuances, d’énergies, de tensions et de délivrances.

Si le groove est omniprésent dans les différentes compositions du pianiste – et surtout dans leur interprétation – de Surgères n’hésite jamais à le briser en petits morceaux… la résonance auditive, à l’instar de la persistance rétinienne, fait le reste et nous empêche de perdre le fil.

Ces ouvertures permettent à Teun Verbruggen de se libérer du tempo et de lâcher des pulsations rythmiques plus irrégulières et abruptes. Effet rubato - très maîtrisé – garanti et jubilatoire

Sur son piano électrique (pour l’occasion), de Surgères fait éclater les accords par grappes. Les phrases sont courtes et les arpèges fulgurants flirtent parfois avec la dissonance. Les échanges, en complicité avec Teun Verbruggen (sur le magnifique «On A Train To Bern» par exemple), sont éblouissants de précision.

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Sur d’autres thèmes, comme «Nautilus», le trio multiplie les couches rythmiques et mélodiques. Une instabilité enivrante se dessine, fragile et excitante.

A la basse électrique, Felix Zurstrassen assure un jeu souple, flexible, libre. Il semble flotter entre le piano et la batterie. Il maintient les liens, accompagne l’un, soutient l’autre, libère l’ensemble. Son jeu, plein de finesse et de rondeurs, ne manque vraiment pas d’idées.

Parfois, une certaine mélancolie se dégage des morceaux, même lorsqu’ils ne sont pas lents. Il y a de la gravité aussi – ou tout simplement de la lucidité (?) – dans des thèmes comme «Coline Dort» qui mélangent fermeté, fluctuation et candeur.

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Il y a un côté organique dans cette musique aussi cérébrale que groovy. Elle remue les sens et elle est capable de réveiller en nous une intelligence oubliée.

D'ailleurs, malgré le bruit ambiant, la musique émerge tout le temps, accroche et fini par dominer. Finalement, elle s’accorde très bien aux bruits et à l’énergie de la ville, à sa vitalité mais aussi à sa précarité. C’est un jazz définitivement ancré dans le présent, un jazz qui vibre et qui bat avec son temps.

Poussé par un public enthousiaste, le trio ne peut lui refuser un bis et lui offre un lumineux et joyeux «Back To Life», sorte de fuite en avant bourrée d’accélérations swinguantes.

Pierre de Surgères a mis du temps à délivrer sa vision du jazz, mais cela valait vraiment la peine de l'attendre. Maintenant, on ne demande plus qu’à l’entendre… encore et encore. (A la Jazz Station le 27/11 et à la Cellule 133 le 5/12, par exemples...)



A+

 

13/09/2013

Belgian Jazz Meeting 2013

 

Après Bruges, il y a deux ans, c’est à Liège que se déroulait le deuxième Belgian Jazz Meeting. Le principe est inchangé. Douze groupes - ou solistes - sélectionnés par des journalistes et des programmateurs belges sont invités à se présenter devant des journalistes et des programmateurs du monde entier.

Un set d’une demi-heure pour convaincre - pas facile, mais c’est le jeu - des speed-meetings (face-to-face entre artistes et invités), des rencontres informelles après ou entre les mini–concerts, voilà le programme. De quoi se faire remarquer et de tenter de décrocher quelques chroniques et articles par ici, des concerts par là ou tournées hors de nos frontières.

A la Caserne Fonck, où francophones et néerlandophones (*) ont uni leurs efforts (vous ne pouvez pas savoir comme ça fait du bien !), l’accueil est des plus sympathiques, bien sûr, et l’organisation parfaite.

N’ayant pas l’occasion de m’y rendre le vendredi soir (le meeting se déroule sur trois jours), j’apprends le lendemain que certains groupes se sont joliment fait remarquer. Le trio de Jean-Paul Estiévenart en particulier (dont le très bon album Wanted - neo hard bop, vif et nerveux - sort sous peu chez De Werf) a marqué des points, Mélanie De Biasio n’a laissé personne indifférent - soit on adore, soit on déteste - et Mâäk, en version tout acoustique, déjanté et festif, a clôturé en beauté.

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Samedi soir, c’est Lionel Beuvens (dm) qui présente son album (Trinité chez Igloo) devant une salle bien remplie. Lentement, en toute intimité, le groupe installe un climat plutôt «nordique» distillé par le jeu très épuré du trompettiste finlandais Kalevi Louhivuori. Tout se réchauffe et s’anime dès le second morceau qui laisse entendre de magnifiques improvisations du pianiste Alexi Tuomarila au toucher aérien, lumineux et nerveux. Les compositions de Lionel Beuvens ont quelque chose d’enivrant. «Seven», qui clôt ce court set, par exemple, est construit sur une spirale ascendante et terriblement excitante…

Joachim Badenhorst se présente en solo, armé de ses seuls soprano, ténor et clarinette basse. Adepte du jazz avant-gardiste et de l’improvisation libre, Badenhorst n’y va pas par quatre chemins. Clair, précis et direct, il démontre que le difficile exercice en solo – sur une musique pas facile, qui plus est – peut-être très accrocheuse. Badenhorst travaille la texture, le son et la matière. Il roule les harmonies comme on roule les «r». Il va chercher les sons les plus graves, étire quelques notes pointues… En quatre morceaux, il présente l’essentiel de son discours, réfléchi, travaillé, préparé. Et l’on se dit qu’il a encore beaucoup de choses passionnantes à raconter (la preuve avec son prochain disque en septette).

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Avant la première pause de la soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui monte sur scène.

Fraîcheur, ingéniosité harmonique et rythmique, un pied dans la tradition, un autre dans le présent (peut-être même en avance sur son temps), le trio emballe le set de façon unique et jubilatoire. La complicité est réelle entre Nic Thys (eb), Lander Gyselinck (dm) et le pianiste. Je ne redirai pas tout le bien que je pense de ce trio, allez relire le compte-rendu du dernier Leffe Jazz Nights. La qualité des compos («Le lendemain du lendemain» ou «Diepblauwe Sehnsucht») n’a d’égale que la fluidité du propos (la version de «Walking On The Moon» est toujours un régal). Un vrai grand trio qui joue, invente et réinvente. On en redemande… mais le timing, c’est le timing.

Après une courte pause, on retrouve sur scène 3/4 Peace de Ben Sluijs (as,fl), Brice Soniano (cb) et Christian Mendoza (p). Douceur et délicatesse. Le trio, resserré autour du piano, joue tout acoustique. L’ambiance est feutrée et fragile. La musique, d’une grande subtilité, voyage entre les trois hommes. Chacune de leurs interventions est dosée avec finesse et intelligence. Tout est dans l’évocation, dans la subtilité. Parfois la tentation d’un free jazz suggéré et maîtrisé affleure, histoire d’ouvrir d’autres perspectives et de mettre encore plus l’eau à la bouche. La belle intro de Ben Sluijs à la flûte, les interventions très musicales de Brice Soniano à la contrebasse et les envolées de Christian Mendoza au piano sont en tout point exemplaires. Un véritable délice.

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Pour terminer le tour d’horizon de la journée, Nathan Daems (ts), Marco Bardoscia (cb) et à nouveau Lander Gyselinck (dm) proposent, avec Ragini Trio, un jazz basé essentiellement sur des traditionnels indiens qu’ils modèlent à leur manière. Quand on sait que les références des musiciens passent de Paolo Fresu à Ernst Reijseger ou de John Zorn à la musique des Balkans, on imagine très bien avec quelle ouverture d’esprit ils vont revisiter ces thèmes parfois ancestraux. La Shruti Box lancée, la musique ondule et évolue rapidement sur des rythmes et des groove lancinants. Bardoscia reprend pour lui, à la contrebasse, le principe des onomatopées et des ragas. Lander assure une polyrythmie efficace et Nathan fait chanter son saxophone sur des intonations épicées. Une façon originale d’intégrer le jazz à la musique indienne. A moins que ce ne soit l’inverse…

Après une courte nuit, tout le monde est de retour à la Caserne Fonck le dimanche matin sur les coups de onze heures.

Derrière le piano, Igor Gehenot commence en douceur, dans un esprit très ECM, en distillant avec parcimonie les notes rares. Puis la musique se fait plus précise et plus vive. Sam Gerstmans (cb) et Teun Verbruggen (dm) donnent l’impulsion sur un «Lena» assez enlevé. On décèle chez Gehenot le romantisme parfois torturé d’un Brad Mehldau mêlé à des accents légèrement plus funky ou soul. On sent que le trio prend de la consistance et façonne petit à petit sa personnalité. Et puis, on aime ce mélange de douceur (dans le phraser d’Igor) et d’acidité (dans le jeu sec de Teun).

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On retrouve de nouveau Teun Verbruggen avec le dernier groupe qui ferme le ban : Too Noisy Fish. J’avais eu l’occasion de les voir en début d’année à Flagey lors d’un surprenant concert. Et force est de constater que le groupe a encore évolué. Le voici encore plus sûr de lui et de son humour décalé. Les trois dissidents du Flat Earth Society (Peter Vandenberghe au piano et Kristof Roseeuw à la contrebasse) s’amusent à mélanger les genres. On sent l’influence de Zappa, de Monk ou de Charlie Parker, mais aussi d’un rock très contemporain ou d’un folklore populaire assumé. On saute d’un tempo à l’autre sans crier gare. Le timing est d’une précision diabolique et les idées fusent. Peter Vandenberghe plaque les accords, puis enchaîne de brèves mélodie avant de suspendre le temps et de jouer avec les silences. Le drumming éclaté de Teun se confond aux glissando de la contrebasse de Kristof. En une demi-heure, Too Noisy Fish nous a offert un concentré de jazz intelligent, joyeux et innovant... A suivre...

Voilà un joli panorama, fidèle – mais restreint bien entendu – du jazz belge : cette scène éclectique aux milles influences qui en fait toute sa singularité.

Il ne reste plus qu’à espérer que les programmateurs étrangers seront bien inspirés de l’exporter un peu partout en Europe.

On fera le bilan dans deux ans, lors du prochain Belgian Jazz Meeting qui se tiendra à nouveau à Bruges.

A+


* Museact (Gaume Jazz Festival, Jazz 04/Les Chiroux, Jazz Station, Maison du Jazz/Jazz à Liège, Les Lundis d'Hortense, Collectif du Lion, Sowarex/Igloo, Ecoutez-Voir), Brosella, Jazz Brugge, Wallonie-Bruxelles Musiques et Flanders Music Centre. La Federation Wallonie-Bruxelles et De Vlaamse Gemeenschap, les villes de Liège et de Bruges.

 

 

 

02/10/2012

Igor Gehenot Trio - Road Story


Road Story pourrait être le titre d’un album d’un groupe qui a déjà beaucoup roulé sa bosse. Il n’en est rien. Il s’agit du premier album (chez Igloo) du jeune pianiste belge Igor Gehenot (23 ans à peine). Ce n’est donc que le début de l’aventure. L’histoire est encore à écrire, mais elle commence bien.

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Soutenu par deux solides piliers de notre jazz belge (Teun Verbruggen (dm) et Sam Gerstmans (cb) ), Igor peut s’exprimer comme il l’entend. D’un côté, il peut se fier à la rigueur et au swing hard bop, bien gardé par le contrebassiste, et de l’autre, il peut compter sur la fougue et le jeu éclaté du batteur.

Cependant, bien que sa personnalité émerge clairement ici et là, on sent Gehenot encore assez attaché à ses principales influences. La première, celle qui saute immédiatement aux oreilles comme aux yeux est celle d’ECM. Au-delà de l’ambiance générale et du son d’ensemble, l’influence va jusque dans le graphisme de la pochette, illustrée par une photo en noir et blanc, sobre et dépouillée, délimitée aux quatre coins par une typographie simple et discrète.

Au fil des morceaux, le toucher de Gehenot évoque tantôt celui d’un Brad Mehldau («Promenande» ou «A Long Distance Call to JC») ou d’un Marcin Wasilewski («Nuit d’hiver»). On y découvre aussi chez lui un certain goût pour le mystère, voire une noirceur dans le propos («Lena»). Son jeu rythmique est pourtant nerveux et il n’hésite pas à user d’ostinati pour faire monter la pression. Les accords se jettent par grappes, renvoyés par Teun Verbruggen au mieux de sa forme. Alors, le pianiste nuance et découpe son jeu et rappelle même par moments Keith Jarrett… en plus sage. Tout cela est souvent joué sur des tempi généralement ralentis et apaisés. C’est que Gehenot a la sens des contrastes et de la narration. Cela se confirme d’ailleurs dans ses compositions (il est l’auteur des dix titres de l’album) pour lesquelles il n’a rien à envier à personne. Ses constructions sont judicieusement bien balancées et l’équilibre entre tension, timing et dénouement est quasi parfait.

Et bien sûr - comment ne pas l'évoquer - on sent aussi chez Gehenot, l’influence évidente d’Eric Legnini. Dans «Sofia's Curtains», par exemple, et surtout dans «Mister Moogoo» (mais là, l’hommage est clair jusque dans le titre).

Tout cela ne manque décidément pas de talent et les concerts que le trio a donné cet été le confirment.

Et même si tout n’est pas encore clair et totalement défini dans sa tête, il est certain que le jeune pianiste a de l’ambition. Il lui suffit maintenant de faire le tri entre ce qu’il garde dans ses bagages et ce qu’il laisse sur le côté. Doué comme il l'est, il devrait rapidement s'en sortir.

A lui de choisir sa route.

A+

06/12/2011

Igor Gehenot Trio au Sounds (1)


Igor Gehenot est un tout jeune pianiste qu’on a intérêt à tenir à l’œil. Je l’ai déjà vu quelque fois à l’œuvre avec le Metropolitan Quartet ou lors de jams endiablées et, dernièrement encore, lors du dernier Festival Jazz à Liège avec son propre trio.

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Depuis début octobre, Igor Gehenot est en résidence, un mardi sur deux, au Sounds – une expérience qui se prolongera encore au mois de janvier.

C’est l’occasion pour lui d’essayer de nouvelles choses, par exemple : changer de batteur. Avec le très talentueux Antoine Pierre, son ami de longue date, les automatismes devenaient peut-être un peu trop évidents. Il faut dire aussi que le jeune batteur était aussi sollicité par quelques grands noms du jazz belge (Philip Catherine ou Steve Houben, par exemples) auxquels il est difficile de décliner l’invitation (ce qui serait idiot d’ailleurs).

Alors, c’est Teun Verbruggen qui, installé derrière les fûts, a ouvert de nouveaux horisons à notre jeune pianiste. C’est donc avec lui et le fidèle Sam Gerstman à la contrebasse que Gehenot enregistrera bientôt son premier album à paraître chez Igloo.

Le 29 novembre, c’était pourtant Lionel Beuvens qui tenait les baguettes et Felix Zurstrassen la contrebasse. Alors, même si “comparaison n’est pas raison”, et que le 13 décembre je compte bien aller revoir le trio “officiel” (avec Gerstmans et Verbruggen, donc), je parlerai plus tard - et en un seul “papier” - de ces deux concerts en…“parallèle”…

On se donne rendez-vous d’abord au Sounds le 13 et un peu plus tard ici?

A+

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

10/10/2010

Jef Neve Trio - Vooruit in Gent

25 septembre. Il pleut averse sur la route vers Gand. On n’y voit pas à cent mètres.

Devant le Vooruit, il y a foule. La pluie tombe dru et l’on se bouscule dans l’entrée pour s’abriter. Mais si on se bouscule, c’est  aussi parce que, ce soir, c’est la présentation officielle du nouvel album du trio de Jef Neve : «Imaginary Road». Le Vooruit est quasi sold-out et l’on est curieux de découvrir sur scène le nouveau contrebassiste de Jef: Ruben Samama.

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Son arrivée coïncide à une envie d’évolution de la part du pianiste. Décision difficile à prendre lorsque l’on sait que Piet Verbiest était aux côtés de Neve depuis le début (je me souviens des tout premiers concerts du trio lors d’un Jazz Marathon à Bruxelles, près de la place Sainte Catherine, avec Piet et Lieven Venken. J’y étais resté pendant plusieurs sets, faisant l’impasse sur les autres concerts que j’avais listé ce soir-là).

Alors, chamboulement total ? Non. Évolution ? Certainement.

Bien sûr, on reconnaît, dès les premières notes, la patte de notre kid, mais il y a sans doute un côté plus tranchant dans le son du groupe. Une approche peut-être plus concise des thèmes aussi. En tout cas, il y a une indéniable cohésion entre les trois musiciens, et chacun semble être un miroir de l’autre, avec sa personnalité propre.

 

Jef n’a pas son pareil pour faire monter le climax. Pendant que Teun Verbruggen impose un jeu foisonnant, acéré et léger sur un rythme très rapide, le bassiste joue très «tendu». Et nous voilà embarqué dans le grand huit, dans un tourbillon de frissons et d’émotions. Jef dépose, par couches, des harmonies de plus en plus élaborées, de plus en plus sophistiquées. C’est «The Space We Need». C’est ce même morceau qui ouvre le nouvel album.

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Un album qui, malgré sa diversité, ne se disperse jamais et suit une certaine logique de narration. «Imaginary Road» est construit comme un album concept : avec un début, une fin, et un fil rouge tout au long des 58 minutes. Sur scène, le groupe applique le même principe, tout en brodant, improvisant ou en réinventant les histoires. Le trio dose ses effets, en alternant morceaux bouillonnants et ballades romantiques. Les moments sereins sont des amorces pour des temps forts, plus explosifs encore. «For The People» démarre par un ostinato obsédant avant de brasser mille idées, en jouant les breaks, les changements de rythmes, les notes suspendues. Il se termine par un final infernal où Teun improvise sur la mélodie, donnant une dimension supplémentaire au thème. «Colors And Shades» est plein de rebondissements, de déstructurations et d’éclatements et «Endless DC»  est, comme son titre l’indique, une sorte de never-ending story musicale. C’est un peu comme si l’on passait en revue les meilleurs moments de sa vie, de plus en plus vite, en refusant que cela ne s’arrête un jour. Du côté des ballades, «Sofia» est plein de mélancolie (dans la veine d’un «Song-Song» de Mehldau), tandis que «Little Piece For Justin» et «Saying Goodbye On A Small Old Ugly White Piano» sont chargés de tendresse. Ici et là, le trio joue avec quelques légers effets électroniques, quelques bruitages, quelques ambiances sonores qui renforcent encore le lien entre les histoires.

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Sur scène, Jef est heureux, n’hésite pas à parler au public, à expliquer de manière amusante ses choix, à raconter quelques anecdotes sur les titres des morceaux. Face au clavier, il bouge, sautille, se lève et s’investit totalement et le concert est sans temps mort. Le trio revient pour deux «encore», avec «Soul In A Picture» et une improvisation libre, pleine d’humour et virtuosité. Il n’y a pas à dire, Jef et son trio savent emballer une salle.

 

Vous lirez bientôt une longue interview que j’ai réalisée avec Jef quelques jours plus tard.

 

Après avoir discuté et fêté ce moment avec les musiciens et quelques amis, je reprends la route, toujours sous une pluie battante, en réécoutant l’album, des images plein la tête.

 


A+

 

 

09/08/2010

Gent Jazz Festival

Mais oui, bien sûr, j’étais au Gent Jazz Festival.

Et vous pourrez bientôt lire le détail sur Citizen Jazz.

En attendant, voici quelques images. Et quelques mots quand même.

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D’abord, il y a eu «Monsieur» Ornette Coleman, le jeudi soir.

Voilà ce qu’on appelle une légende vivante!

Avec aisance, avec nonchalance presque, il arrive sur scène, il ne doit rien dire, rien faire…. Juste être là.

Derrière lui, une rythmique d’enfer, qui redouble d’énergie. Lui, Ornette, avec des gestes presque lents, s’empare de son saxophone, puis de sa trompette et enfin de son violon. Tranquille. Tranquille et puissant. Magique.

Avant lui, il y a eu Kurt Elling, brillant et magnétique. Il renouvelle à chaque fois l’esprit du jazz vocal.  Il est suivi par le trio de Pierre Vaiana (avec Salvatore Bonafade et Manolo Cabras) pour évoquer un voyage sur les routes de Sicile. Moment hors du temps.

Le lendemain, l’excellent et très prometteur quintette de Christian Mendoza (avec Ben Sluijs et Joachim Badenhorst aux saxes, Teun Verbruggen aux drums et Brice Soniano à la contrebasse). Assez cérébral mais ô combien excitant.

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Puis, il y a eu le trio de Vijay Iyer. Intense, moderne, intelligent.
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Et finalement le Freedom Band de Chick Corea, avec Christian McBride, Kenny Garrett et Roy Haynes… Concert formidable, mais surtout, une jam d’enfer en rappel! Moment inoubliable pour tous ceux qui y étaient. Et pour les musiciens qui y participaient. En coulisses, Vijay Ijjer, attablé aux côtés de Roy Haynes, me dira que c’était «sans doute les vingt minutes les plus folles de [sa] vie». Le rappel dura, en effet, plus de trente minutes sur un «Sex Machine» venu d’on ne sait où. Sur scène on y retrouva les membres du groupe de Chick, plus ceux de celui de Vijay Iyer, plus la plupart des membres du groupe de Stanley Clarke qui joueront le lendemain.
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Le lendemain, justement, découverte du jeune guitariste Julian Lage. Beau moment de fraîcheur.
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Puis, ce fut le puissant set de Stanley Clarke, surtout enflammé au piano par Hiromi au  tempérament explosif!

 

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Et un final tendre, mélancolique, voire triste, de Toots Thielemans dans un chapiteau archi comble. Avec lui, ce sera entre jazz et bossa, entre un sourire et une larme. Emouvant.


Allez, on se remet une petite dose de la jam du Freedom Band?



A+

 

14/03/2009

Pierre de Surgères et les Anacoluthes - Sounds

Après le concert d’Octurn au KVS, j’arrive au Sounds pour écouter le deuxième set de Pierre de Surgères et ses Anacoluthes.

Je ne savais franchement pas à quoi m’attendre même si le mot «anacoluthe» aurait dû me mettre sur la voie.

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(L’anacoluthe n’est pas qu’une insulte du Capitaine Haddock, c’est aussi et avant tout une rupture syntaxique, une sorte de mélange de phrases, qui la rend parfois complexe mais qui ajoute au style.)

Et Pierre de Surgères s’est mis dans la tête de jouer avec la grammaire jazzique.

Il propose donc une musique qui demande autant d’attention de la part du public que de la part des musiciens.

Nicolas Kummert au sax, Pierre Bernard à la flûte, Boris Schmidt à la contrebasse et Teun Verbruggen à la batterie: autant d’excellents musiciens capables de faire vivre ce jazz complexe avec beaucoup d’émotion et d’intensité.
Pas facile pourtant, quand on sait que le groupe s’est formé très récemment et qu’il a peu répété.
Mais c’est ça aussi la magie du jazz…
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Capable d’une délicatesse extrême, qu’il délaisse un peu ce soir, Pierre de Surgères insiste souvent sur les motifs harmoniques, souligne fortement les contrastes, accentue les dissonances, joue souvent rubato.
Il brouille les pistes.
Il joue aussi la jachère ou la terre brûlée. Il abandonne ce qu’il a initié laissant le soin aux autres de reconstruire en toute liberté.

Pierre Bernard, à la flûte, apporte une couleur parfois en rupture avec l’ensemble. Une rupture qui donne du relief et qui ajoute un supplément d’émoi.

À ses côtés, Nicolas Kummert tranche les thèmes autant qu’il les adoucit.
Il est toujours sur le fil, toujours prêt à rebondir, à renforcer un point de vue… ou à prendre le contre-pied.
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Boris Schmidt, à la contrebasse, soutient l’ensemble, retient, replace, prend de l’avance, s’enfuit et revient.
Teun Verbruggen, lui, est dans son élément.
Il sculpte les tempos, brise les rythmes, façonne les phrases… une fois à l’endroit, une fois à l’envers.

Et le plus incroyable, c’est que tout cela tient debout.
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La musique est complexe («Paloma», «Nautilus») et parfois énigmatique (on pense de temps en temps au travail d’un Tim Berne, par exemple), mais elle sait aussi se faire plus accessible («Neige») qui rappelle un peu plus le lyrisme particulier d’un John Taylor, peut-être.

Pas toujours simple donc, mais toujours intéressante, la musique de Surgères sait nous titiller, nous provoquer et nous pousser à réfléchir – comme le pianiste le fait avec ses musiciens – sur les structures, les sons, le sens et les histoires qui en découlent…

Les Anacoluthes portent décidemment bien leur nom.

A+

08/03/2009

Jef Neve "Soul In A Picture" sur Citizen Jazz

Et si on écoutait le trio de Jef Neve ?
«Soul In A Picture» est sorti depuis pas mal de temps déjà.
Et ma chronique ne sort que maintenant (pour une fois, ce n’est pas de ma faute).


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Depuis, Jef a ressorti une seconde version de cet album avec un enregistrement bonus «Solo Live» au lieu de «Replay Silence».

Au mois d’avril, Jef devrait enregistrer un nouvel album… live! Si mes infos sont bonnes.
Faudra y être, car Jef sur scène, ça dépote!

A+

14/06/2008

Jazz Marathon 2008 (Enfin!)

Et le Brussels Jazz Marathon, c’était comment ?

C’est vrai ça, avec toutes ces activités, je n’ai pas encore eu le temps de vous raconter mon parcours durant ces trois jours.
C’était les 23, 24 et 25 mai. Déjà !
Je vais essayer de rattraper le temps perdu.
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Vendredi soir, temps ensoleillé, direction Place Ste Catherine.
Je voulais absolument voir The Groove Thing, de Jef Neve et Nicolas Kummert.
Sur place, je rencontre toute la petite bande de Slang qui se prépare à jouer juste après.
Manu Hermia revenait d’une tournée en France avec Rajazz, visiblement satisfait.

Sur scène: The Groove Thing porte bien son nom, car, pour groover, ça groove.
Lieven Venken aux drums, Nic Thys à la basse électrique et devant, Nicolas Kummert au sax incandescent et Jef Neve à l’orgue Hammond bouillonnant.
C’est roots en plein ! Entre soul, bop et r&b…  Jamais un gimmick pop vulgaire ou racoleur comme on peut parfois en entendre avec certaines formations qui surfent sur la vague revival.
Ici, ça joue vrai.
On est proche de Lonnie Smith, Jack Mc Duff ou de Jimmy Smith.
Kummert rappelle parfois un Rashaan Roland Kirk lorsqu’il «délire», souffle, respire, parle ou chante dans son ténor. Il y ajoute de temps en temps des effets de disto. C’est chaud et c’est sexy, et ses duels avec Jef (intenable) sont étincelants.
À retenir, à revoir… à suivre !
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Après une courte pause, Slang investit la scène (qu’ils ont décoré de jolies fleurs) et déverse un gros son: énergique et puissant. On connaît la formule, mais on reste ébahi devant une telle vitalité.
Michel Seba est monstrueux aux percus lorsqu’il entre en transe. François Garny, à la basse électrique, assène des tempos saignants. Manu Hermia, au sax et à la flûte, se démène comme un diable dans ce tourbillon de musiques africaines, indiennes, arabes, rock ou reggae. La foule s’est agglutinée au-devant du podium. Elle ondule, bouge, saute et danse aux rythmes des impros parfois énergiques, parfois hypnotiques.

Une fois ce concert terminé: direction le Walvis, au bout de la rue Antoine Dansaert.
Je voulais absolument écouter le groupe du batteur (que je croyais Néerlandais, mais qui, en fait, est Anversois) Yvan Van Nistelrooy.
Hard bop ou post bop, avec une tendance à aller parfois vers le free-bop. On frise même parfois le jazz rock avec les interventions de Peter Verhelst à la guitare électrique.

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Devant, l’excellent trompettiste Iwan Cotton (qui joue un peu dans l’esprit de Dave Douglas) échange des phrases fiévreuses avec Roel Van Hoek à l’alto.
Toutes les compos sont de Van Nistelrooy, et l’on sent chez lui les inspirations de Miles (période électrique), Coltrane, Philly Joe Jones, mais aussi de Hamid Drake. Bref un large spectre d’influences.

J’arrête là ou je continue ?
Je rentre, ou je ne rentre pas tout de suite?
Allez, un petit saut à l’autre bout de la ville: le Sounds.

Chouette ! Je trouve facilement une place pour me garer.
Chouette ! C’est le break et je peux me faufiler assez près de la scène du club archi-bondé pour voir le quintette de Rosario Giuliani.

Et là, je n’ai pas regretté le voyage !
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Exceptionnel.
Il est plus d’une heure trente du matin et  Rosario Giuliani, Falvio Boltro, Dado Moroni, Luca Bulgarelli  et Benjamin Henocq jouent avec une fougue, une vigueur et une lucidité hallucinantes.

Le grand Dado Moroni, qui soulève même le piano avec ses longues jambes, fait vibrer l’instrument comme un fou. Boltro joue toutes les couleurs de la gamme. Gras, aigu, souple, sec, en rafale ou en longues notes, il répond et renchéri aux assauts de l’infatigable Giuliani.
L’un comme l’autre ne veut pas abandonner. Chacun veut avoir le dernier mot.
Dans cette lutte fratricide, Henocq imprime un rythme tranchant, d’une justesse et d’une précision diaboliques. On atteint des sommets !
Bien sûr, on joue beaucoup de notes, énormément de notes, mais aucune n’est inutile.
Quel esprit «jazz», quelle débauche d’énergie. Ça joue et ça s’amuse.
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«That’s jazz ! Real Jazz!»
C’est ce que l’on se dit sur le trottoir après le concert avec Erik Vermeulen, Nicolas Kummert, Mélanie De Biasio, Alexis Tuomarilia et d’autres encore…

Samedi, rendez-vous sur la place Fernand Coq pour le concours «XL Jazz Jeunes Talents». Comme l’année dernière, je me retrouve dans ce sympathique jury, avec Jan De Haas, Fabien Degryse, Pirly Zurstrassen, Jacobien Tamsma, Etienne Richard et Henri Greindl.

Le batteur Guillaume Palomba et son quartette ouvrent les «hostilités».
Ce sera un spécial Monk. C’est déjà une preuve de très bon goût. «Eronel», «Criss Cross» ou encore «Ugly Beauty» se succèdent. Malgré de belles interventions du guitariste, Simon Martineau, le groupe ne se lâche pas vraiment et cela reste un peu académique.

Egon, le deuxième groupe, drivé par Louis Favre (batteur également), développe un jazz très rock… voire du rock très jazz. Les plages atmosphériques, mâtinées d’électro (Joachim Searens), succèdent à des moments plus vifs et accrocheurs. Steven Delannoye (as) et l’excellent guitariste Simon Witvrouw font rapidement monter la pression. On sent une belle cohésion et une belle personnalité poindre dans cet ensemble qui fera sans doute encore parler de lui.

Mais le gagnant, car il faut un gagnant, sera Bansuri Collective (ou Collectif… on ne sait plus). Cette fois-ci, le leader est contrebassiste: Ruis Salgado. Il est l’auteur de presque tous les titres. Il mélange subtilement les genres, allant du swing au groove très actuel. Les mélodies sont sinueuses, parfois complexes, mais toujours lumineuses. Il faut signaler le drumming singulier de Frederik Meulyzer, qui recevra d’ailleurs, et à sa grande surprise, le prix du meilleur «soliste».

Je ne m’attarde pas pour écouter le trop caricatural groupe The Dominos et je préfère pousser une pointe jusqu’à Flagey pour écouter Andreu Martinez, toujours aussi punchy, et aussi le trio de Nathalie Loriers.
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Quel bonheur de la revoir dans cette formation.

Avec Philippe Aerts (cb) et Joost Van Schaik on retrouve le jeu à la fois lyrique, tendre mais aussi très affirmé de Nathalie.
Au programme un «Someday My Prince Will Come» aux arrangements assez surprenants, un «Forward» très swinguant, un «Walking Trough Walls» dépouillé et nocturne (des inflexions qui rappellent parfois Petrucciani?), un «Mémoire d’O» enlevé, ou encore un sensuel «Ligne Calire», au tempo moyen, dans un esprit assez Jamalien.
Que du bonheur.
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Sous la pluie (ben oui, sinon, ce ne serait pas vraiment le Brussels Jazz Marathon), je remonte vers le Théâtre Marni pour prendre une Orval et une petite dose de The Groove Thing.
Gros succès.
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Puis je rejoins le Sounds, toujours comble, pour profiter encore du quintette de Giuliani.
C’est toujours aussi impressionnant.

Dimanche après-midi, sur la Grand Place, il faut chaud et ensoleillé.
Dingue !
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Jacques Piroton, guitariste dont on sous-estime trop souvent l’immense talent présentait son nouveau quartette.
On connaît l’affection de Jacques pour le jazz rock à la Bill Frisell, Jimi Hendrix ou même Scofield.
C’est tout ça que l’on retrouve, mais travaillé à la sauce Piroton: des riffs tranchants, des solos précis et agiles et des envolées explosives. Jan De Haas à la batterie, Benoit Vanderstraeten en soutien efficace à la basse électrique et surtout un sensationnel Fabrice Alleman à la clarinette et clarinette basse terminent de nous convaincre.
Voilà un mélange peu commun et un résultat qui vaut vraiment le coup d’oreille.
Piroton va enregistrer cet été en… acoustique ! Très curieux d’entendre ça.
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VVG Trio, à savoir Bruno Vansina (as), Teun Verbruggen (dm) et Gulli Gudmundsson (cb) avaient invité Magic Malik et Nelson Verras à venir jouer avec eux.

Peut-être plus à l’aise en salle, où le groupe peut installer plus aisément ses climats étranges, le quintette nous a quand même montré une belle palette de thèmes riches et parfois complexes («Tokio Quantize», «Moon Under» ou encore «In Orbit»).

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Pour finir cet intense week-end de jazz : le Brussels Jazz Orchestra sous la direction de Michel Herr.
Deux longs sets efficaces, swinguants et éclatants.
Les riches compositions du pianiste belge («Song For Lucy», «Bad Fever», «New Pages», etc.) sont servies avec panache par le Big Band.

Haaaaa… l’ostinato de Nathalie Loriers, ou les solos de Pierre Drevet (bugle) et de Kurt Van Herck (as)  sur «Song For Micheline», ce rythme galopant sur «Extreme», la guitare de Peter Hertmans, les interventions de Bart Defoort ou Frank Vaganée sur «New Era»…
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Le BJO n’a plus rien à prouver et l’on aurait pu le laisser jouer un peu plus longtemps encore, mais les règlements stricts de police ne sont pas toujours compatibles s avec l’esprit de fête du Jazz Marathon.
Une petite heure de plus l’année prochaine… Hum ?


A+

28/11/2007

Certified 31% Evil - Jazz Station

La Jazz Station se remplit peu à peu pour finalement faire presque salle comble.
C’est plutôt encourageant quand on connaît la programmation habituelle du club et le genre de groupe invité ce soir.
La Jazz Station prouve ainsi qu’elle n’a pas froid aux oreilles et qu’elle n’a pas peur de l’éclectisme.
Tant mieux.

Car ce soir, c’est free jazz.
Et Certified 31% Evil est certifié 100% free.

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Certified 31% Evil est une belle équipe réunie autour du remuant batteur, et initiateur du projet, Teun Verbruggen.
A la contrebasse : Nic Thys, à la guitare : Jean Yves Evrard, au piano : Erik Vermeulen, aux saxes : Toine Thys et Andrew D’Angelo (entendu aux côtés de Jim Black, Kurt Rosenwinkel…ou dernièrement à Jazz Middelheim avec Nic Thys et les 68 Monkeys).

Ce soir, l’impro est donc totale.


Chacun démarre sans savoir où il va.
Puis il écoute l’autre, va poser une phrase, change de chemin.
Tout le monde se cherche et peu à peu le tourbillon prend naissance.
La musique monte en cercles concentriques.
Comme une onde infinie.
Elle fait des circonvolutions.
Se construit sur presque rien. Surtout sur elle-même..
Elle monte en puissance.
Une terrible puissance initiée par un D’Angelo intenable.

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Les musiciens sculptent les sons comme dans un granit brut. Les éclats jaillissent de partout. Toine Thys ponctue les formes brutes du saxophoniste New Yorkais, comme pour polir les angles.

A la guitare, Jean Yves Evrard - tantôt sur la scène, tantôt devant – cisèle le son à la lame de rasoir, tandis que Teun et Nic maintiennent une pression lourde.

Après avoir atteint des sommets quasi orgasmiques, les notes scintillantes et cristallines du piano viennent offrir un contraste saisissant dans un silence soudain.

Erik Vermeulen frotte, gratte, étouffe les cordes de son piano.
On joue sur les couleurs, les sons et les souffles.

Le temps d’un instant, D’Angelo échange son sax contre une clarinette basse.
Le climat change.
Puis, à nouveau, les saxes crient, hurlent et crissent.
C’est exubérant, exaltant, énergisant…sonnant.

Le deuxième set débutera de manière plus intime.
L’énergie est contenue, voire retenue. La forme est plus grasse, plus ronde. Les cycles plus longs.

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Au paroxysme d’un mouvement, le piano s’encanaille avec la batterie.
Le dialogue est sec, rugueux et nerveux.
Tout devient prétexte à faire de la musique : verres, guimbarde, clochettes, grelots, tamtam. Les rythmes se construisent pour s’effilocher aussitôt.
D’Angelo éclabousse tout le monde. Il est omniprésent.

Evrard impose alors un ostinato oppressant et hypnotique.
Et doucement, la fièvre retombe.

Quel voyage. Quelle montée d’adrénaline.

Je prends un peu l’air, discute avec Mwanji, Nath, Céline ou Christine.
Puis avec Erik, pour essayer de comprendre comment ça se passe dans la tête des musiciens, comment ils tressent cette musique totalement libre.

Fascinant mystère.

Tout le monde décide d’aller jammer au
Sounds.
Il est déjà tard, la journée a été longue et la semaine sera éprouvante.
Mais on trouve l ‘énergie où l’on peut…alors je les suis.

A+