06/08/2011

Joona Toivanen Trio - At My Side

On devrait s'intéresser de plus près au trio de Joona Toivanen.

Il y a quelque temps, j’en avais parlé ici et .

Semblant de rien - et discrètement - le pianiste élabore un univers bien plus personnel qu'il n'y parait à première écoute. C'est vrai que l’on pourrait prêter au trio certaines accointances avec celui de Bill Evans, pour les ambiances, ou avec celui d’Esbjorn Svensson pour la manière dont il utilise l’énergie. Mais ce serait s’arrêter trop vite en chemin.

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Sans renier cet héritage, le trio élabore, à sa manière, de très subtiles pièces mélodiques. Il sait se satisfaire de la quintessence d’un thème construit avec douceur et intelligence - de le magnifier, juste ce qu’il faut - et de le lâcher une fois qu’il a rendu tout son suc.

Chacun des musiciens apporte sa contribution à l’élaboration des morceaux. C’est d’autant plus flagrant sur « Walrus », par exemple, thème protéiforme qui évolue et se métamorphose suivant la direction proposée par celui qui prend les rênes. Car, bien qu’il y ait un leader, celui-ci laisse régulièrement de belles libertés à ses acolytes. Preuve, s’il en est, qu’il s’agit bien ici d’un groupe, et pas seulement d’un disque de pianiste. Dans cet exercice, on remarque rapidement le jeu d’une grande inventivité et d’une belle délicatesse du batteur Olavi Louhivouri. Jamais il ne se contente d’être en simple soutient rythmique, mais jamais non plus il ne se perd dans un jeu - pourtant foisonnant - qui pourrait nuire à la lisibilité des mélodies. Louhiviouri épice les morceaux, leur donne du relief et ravive les transparences. On pourrait presque dire la même chose concernant le bassiste Tapani Toivanen (b). Il réussi à s’immiscer entre le piano et la batterie pour jouer le contrepoint et faire résonner les silences.

Entre la légèreté d’une valse lente (« At My Side ») et la gravité d’une ballade méditative (« Dreams Of A Family »), le trio semble explorer les divers recoins de l’âme humaine. « El Castillo » flirte avec la déstructuration et s’approche d’une esthétique qui pourrait presque faire penser à Paul Bley. Plus loin, il y a ce parfum d’enfance, distillé sur un piano préparé et étouffé (« Sleeping Treasure ») ou cette charge légère (« What Did She Do ? ») qui donnent à l’album des respirations et des variations aussi pertinentes qu’intéressantes.

Après Frost, Joona Toivanen Trio ajoute encore de l’épaisseur à son univers avec ce très bel album sorti chez Cam Jazz.

Et quand je vous parlerai du projet Fly Fishing, développé avec le guitariste Håvard Stubø, vous verrez que ces Finlandais ne sont pas à cours d’idées. Mais ça, ce sera pour une autre fois.

 

A+

 

14/09/2008

Marni Jazz Rendez-vous

 

J’étais aux rendez-vous !
Ceux que propose par le Théâtre Marni tous les trois mois.

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Édition spéciale cette fois-ci, puisque les «Rendez-vous» fêtaient aussi les trente ans du Travers.
Si le club a disparu voici quelques années (et a quitté la rue Traversière), son esprit n’est pas mort.
Jules Imberechts continue à l’entretenir en faisant la programmation du Tavers Emotions au Théâtre Marni, justement.

J’étais donc au rendez-vous le premier soir, et je n’étais pas le seul.
Le théâtre affichait complet.
Kevin Mulligan (voc, g) avait invité Philip Catherine (g) et Laurent Vernerey (b) pour un joli voyage au pays du blues et de quelques standards de jazz.

Mulligan chante avec beaucoup de sensibilité les «Do You Know What It Means to Miss New Orleans?», «Change Partners», un très sensuel «Under My Skin» ou encore un «Fever» qui ferait presque rougir Peggy Lee.

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On le sent d’ailleurs meilleur chanteur et arrangeur que guitariste. Il faut dire que la comparaison avec Philip Catherine ne lui laisse pas beaucoup de chance.
C’est absolument éblouissant comment le guitariste belge invente les phrases, relie les accords et soutient les mélodies avec une facilité déconcertante. Et que dire de ses solos?

Chacun à leur tour, les deux guitaristes ne manqueront pas non plus de saluer la mémoire de Pierre Van Dormael, disparu la veille. Emouvant.

Je n’ai pas eu l’occasion de revoir le sextette de Bernard Guyot dont j’avais parlé ici, mais j’ai rencontré Charles Loos qui a pu me donner le nom de ce merveilleux morceau écrit en hommage à son père: «Bright As A Father».
Un conseil, retenez bien ce titre…

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J’étais bien présent, par contre, pour découvrir Commander Grek du batteur gantois Jonathan Callens.

Commander Grek tire son nom d’un personnage BD d’heroic fantasy des années ’70.
Il me semblait bien avoir rencontré ce commandant lorsque je partageais avec un ami un appartement juste au-dessus du mythique magasin de bandes dessinées de la Rue de Namur: Peperland.
Que de souvenirs…

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Bref.
Le quartette de ce soir porte bien son nom car il mélange allègrement les époques et les genres: le funk, le jazz, le drum’ n bass ou le jazz-rock.
À la basse, on retrouve Olivier Stalon, à la guitare François Delporte (dont certains riffs, dans ce contexte, me rappellent parfois le jeu de cet excellent guitariste souvent oublié: Terry Kath) et puis, aux claviers: Piotr Paluch. Fantastique et étonnant de facilité, lorsqu’il passe du piano au Korg et puis du Korg au Roland AX7, symbole s’il en est du funk de la fin des années 70.

Des compositions riches et nerveuses, des arrangements sophistiqués, de l’énergie et une pointe d’humour.
Suivez ce Commander Grek, les amis !

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Dans un tout autre style, une autre belle découverte: Joona Toivanen Trio.
Venu tout droit de Finlande, le groupe développe un jazz épuré et parfois mélancolique. Une certaine idée du jazz scandinave dans lequel on retrouve des influences de Bill Evans, d’Esbjörn Svensson (première époque) ou encore Brad Mehldau.

Mais le trio sait se créer son propre univers.
Le pianiste aime préparer son instrument à l’aide de pinces à linge, de feuilles de papier ou de balles de ping pong. Cela donne du relief aux ballades et provoque des déséquilibres harmoniques plus qu’intéressants.
Soutenu par la basse très chantante de Tapani Toivanen, le groove est toujours présent sans jamais être envahissant.
Le jeu du batteur Olavi Louhivuori y est sans doute aussi pour quelque chose. Subtil, délicat, léger et foisonnant, il me rappelle parfois le style d’un Jarle Vespestad (Tord Gustavsen Trio, Super Silent…).

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Un trio «classique» basse-batterie-piano qui ouvre pas mal d’horizons et nous offre une vision assez originale du genre.
On en reparlera encore, sans nul doute.

J’ai donc raté, comme vous l’avez peut-être constaté, le concert de Fred Van Hove (sniff) ainsi que celui du trio de Pascal Mohy (re-sniff).

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Par contre, je suis content d’avoir enfin pu voir sur scène Gilbert Paeffgen et son nouveau projet.

Toujours aussi surprenant et gentiment délirant.
Le batteur germano-suisse jouera ici plus souvent du «Appenzeller Hackbrett» (sorte de cymbalum) que de la batterie.
Il faut dire que le répertoire de ce «Alpin Gamelan» tourne autour de la musique folklorique et populaire suisse.
Mais rassurez-vous, rien ici n’est traité «normalement».
Les arrangements sont des plus étonnants et l’accompagnement n’est pas moins original.

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Il y a Hans Petter Pfammatter au piano et Urban Lienert à la basse électrique, mais surtout un joueur de flûtes et de cornemuse Irlandaise (Joe Mc Hugh) et un percussionniste déjanté: Tini Hägler. Ce dernier, sorte de professeur fou, tape sur tout, en s’aidant aussi d’une pédale wha-wha: xylophone, guitare, chaussures, tasses à café ou encore fouet de cuisine…
De tout cela naît une musique absolument merveilleuse, unique et extrêmeent attachante.
On navigue entre jazz, folk, ambiant et groove et... c’est que du bonheur.

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J’attends déjà le prochain rendez-vous et je vous en fixe un bientôt sur Citizen pour affiner tout ça.

A+