17/04/2016

David Thomaere Trio - Jazz Station

Il y a la toute grosse foule à la Jazz Station, ce mercredi soir, pour assister au premier concert d’une longue série (d’abord le Jazz Tour puis les JazzLab Series) du trio de David Thomaere. Et c’est bien normal car le jeune pianiste présente son premier album, « Crossing Lines » fraîchement sorti chez DeWerf, qui est sans doute l’une des belles surprises de ces derniers mois. Un album assez punchy, plein de musicalité et qui témoigne déjà d’une belle maturité.

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Même si l'on sent chez le pianiste certaines influences (qui n'en a pas ?), David Thomaere arrive à s’en servir intelligemment pour créer un univers plutôt personnel. Ce qui est une gageure dans le cercle très encombré des trios de jazz : piano, basse et batterie en sont un peu la quintessence et pour sortir du lot il faut avoir quelque chose à dire. Heureusement, David Thomaere a de la suite dans les idées. Et puis, il sait très bien s’entourer puisqu’on retrouve autour de lui Felix Zurtstrassen à la contrebasse et à la basse électrique et Antoine Pierre aux drums.

Le morceau d’entrée, « Braddict » s'inspire, comme son titre le laisse deviner, de la musique de Brad Mehldau. Une balade qui oscille entre lyrisme et pop. « Night Wishes », quant à lui, joue une sorte de course poursuite entre piano et drums, tandis que la basse électrique ondule et fait office de garde-fou. Et, mine de rien, ça balance plutôt pas mal. Leader charismatique et sympathique, David Thomaere n’est pas avare de commentaires. Il aime partager avec le public et raconter la petite histoire de ses compositions. Ou de ses reprises. Celle de Balthazar par exemple (« Lions Mouth »), qu’il traite un peu à la façon d’un Esbjörn Svensson, ou plus tard « Default », empruntée à Thom Yorke. Oui, David Thomaere picore un peu partout.

« Winter 's Coming », une nouvelle compo, construite sur un ostinato obsédant (lancé sur une loop machine) se décline tout en ruptures. Le trio bâtit des murs presque infranchissables, bétonnés par un drumming sec et tendu, qu’il brise avec des plongées abyssales où le piano semble jouer en apnée.

Pour redémarrer le second set, Antoine Pierre nous gratifie d’une intro en solo remarquable. Il est toujours surprenant de voir comment ce batteur a le sens de la musique. Il allie la finesse au groove ou aux silences, et ses frappes sèches, telles des coups de griffes, se confondent aux caresses. « Rebirth » et « Aftermath vs Freedom » s’enchaînent avec tonicité, avant que le trio n’invite Jean Paul Estiévenart (tp) et Nicolas Kummert (ts) (qui remplace ce soir Steven Delannoye, parti jouer avec Sander De Winne dont je vous recommande également chaudement l’album « Kosmos ») a les rejoindre.

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Ce qui semble être une balade lyrique se transforme progressivement en symphonie soul flamboyante. Le thème de « Dancing With Miro » enfle, Estiévenart laisse éclater les déchirures, frôle le « out », joue avec les dérapages et les limites, pour terminer sur une note pure. Les deux souffleurs s’amusent visiblement et font vibrer « Default ».

Le temps de revenir avec un nouveau morceau, crépusculaire et intimiste, qui permet d’apprécier le toucher sensible du pianiste, le final se fait tout en force. Ça envoie avec plaisir !

Et en rappel bien mérité, « Mister Infinity », qui évoque un Canonball Adderley des temps modernes, prouve une fois de plus que David Thomaere a... « quelque chose » et qu’il faudra compter avec lui.

 

Photos ©Pierre Stenopé Numérique

A+

15/01/2016

Antoine Pierre - Urbex - Interview.

A l’occasion de la sortie imminente de son premier album Urbex (chez Igloo), j’ai eu l’opportunité d’interviewer Antoine Pierre pour le magazine Larsen (abonnez-vous, c'est gratuit et on y parle de toutes les musiques). Pour le papier, il faut parfois couper. Sur le net, pas nécessairement. Voici la version «uncut».

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Urbex. Jazz et friche.

Antoine Pierre est l’un des jeunes drummers que beaucoup de jazzmen veulent avoir dans leur groupe. On l’a vu aux côtés de Jean-Paul Estiévenart, de Toine Thys, de Enrico Pieranunzi, de Philip Catherine et au sein de groupes tels que LG Jazz Collective ou TaxiWars. Cette fois-ci, ce surdoué de la batterie propose son propre projet : Urbex.

 

Urbex, cela veut dire quoi et d’où te vient cette fascination pour les villes et bâtiments abandonnés ?

Urbex est une contraction des mots Urban et Exploration. Il s'agit d'une discipline à la croisée du sport et de la photo qui consiste à visiter des lieux abandonnés pour en faire des photos « spectaculaires ». J'adore cet univers urbain abandonné qui suggère la vie passée et qui grouille de souvenirs. J'ai commencé à faire un peu d'Urbex, c’est-à-dire partir avec mon amie et avec un photographe pour visiter des lieux abandonnés. J'en ai fait en Belgique et à New York. C'est très mystique comme discipline, tu arrives dans un lieu parfois presque intacte depuis qu'il a été abandonné. La seule chose qui change, c’est que la nature s'y est réinstallée. De la végétation pousse, de champignons aussi... C'est vraiment étonnant.

La musique s’est-elle construite autour de ce « concept » (le chaos, l’abandon, la réhabilitation, …) ? A savoir, construire du « neuf » sur des choses oubliées ?

Exactement. Mes morceaux sont construits principalement à partir d'un état dans lequel je me trouve quand j'arrive dans un lieu abandonné : c'est comme si j'arrivais à comprendre tout ce qui s'y était passé et que je vois tout ce qui pourrait s'y passer. Comme si tu pouvais voir une sorte de décalcomanie de tout ce qui a vécu dans cet endroit, comme une présence fantomatique si tu veux. La nature reprend le dessus et se sert de ce que l'homme a construit pour renaître et prouver qu'elle est toujours là et que rien ne peut la vaincre. C'est un concept qui m'est très cher, ce concept « d'énergies ». Ça peut paraître mystique mais c'est devenu de plus en plus concret pour moi et j'ai voulu le rendre tel quel dans ma musique.

Est-ce difficile de « renouveler » le jazz ?

Je crois que c'est difficile mais je crois surtout que c'est un choix. Je crois tout simplement qu'il faut suivre son intuition et que ce n'est pas obligatoire de renouveler. J'ai l'impression parfois que certains musiciens s'efforcent à faire quelque chose de contraire à leur idéal sous prétexte de faire quelque chose de nouveau. Mais en vain... J'ai l'impression que ces musiciens perdent l'essence du truc à vouloir chercher midi à 14 h. Je crois vraiment qu'il faut faire ce qu'on sent d'abord et si on sent qu'on va dans une nouvelle direction, alors là il faut pousser le truc jusqu'au bout, repousser les frontières. Mais seulement si on le sent ! Il ne faut pas le faire juste pour le faire quoi... C'est tout aussi honorable de conserver la tradition que d'essayer de renouveler le jazz. Je suis toujours aussi attiré par ce qui s'est passé avant pour essayer de comprendre au maximum. Mais je suis autant attiré par l'inconnu et tous les territoires à encore découvrir. C'est d'ailleurs ce que j'aime avec Urbex. C'est très excitant d'avoir l'opportunité d'explorer avec ces musiciens.

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As-tu fait le « casting » du groupe après avoir écrit ou imaginé la musique, ou as-tu écrit en fonction des musiciens ?

J'ai longtemps eu des squelettes de compositions en tête mais j'ai fait le casting avant de concrétiser les morceaux. J'ai choisi certains musiciens à l'époque de mon examen de fin d'études au conservatoire de Bruxelles. Parce que j'avais envie de jouer avec eux, sans vraiment penser à la musique en soi. J'avais un son en tête et je savais que j'avais envie d'un grand groupe avec des souffleurs, une basse électrique et des percussions en plus de la batterie. J'ai choisi aussi les musiciens en fonction des rencontres musicales, soit en jouant dans leurs propres groupes ou en jammant avec eux. Lorsqu'on a commencé à jouer l'année dernière, le groupe avait déjà trouvé un chemin dans le son. C'est ça qui a défini le reste du répertoire. J'ai écrit toute la nouvelle musique en fonction du son que la groupe avait réussi à trouver. J'en suis d'ailleurs plus que satisfait et je ne m'attendais pas à ce que le son prenne une telle ampleur.

Est-ce que tu as donné un « rôle » à chaque instrument, une couleur qui correspond à une image ou à l'imaginaire d’Urbex ? L’urbain/la nature, l’homme/la machine, la modernité/la tradition ?

C'est marrant que tu poses la question car ce n'est pas quelque chose que j'ai conscientisé lors de l'écriture des morceaux mais bien lors de leur réalisation. Pendant la résidence qu'on a eue en septembre, je me suis rendu compte que les instruments trouvaient leur rôle et qu'ils se définissaient en fonction des morceaux. J'aime la géométrie de ce groupe, dans la variation qu'il permet et les reliefs que cela provoque. En d'autres mots j'aime, par exemple, que la basse fasse partie de la rythmique dans une partie et soit la mélodie dans une autre. Ou bien que la batterie tient la mélodie et que les souffleurs accompagnent. Au final, je commençais à parler de rôles moins concret musicalement. Et, oui, il m'arrive d'expliquer une composition en la décrivant comme un tableau, avec tous ces éléments que tu as cité.

Comment a-tu écrit tes morceaux ? Sur un rythme, un «système», une mélodie ? Quel a été le morceau déclencheur d’Urbex ?

Je pars en général d'ambiances et d'atmosphères, majoritairement inspirées par l'univers dans lequel je baigne. J'ai toujours un petit carnet avec moi dans lequel je note toutes mes idées. Au milieu d'une discussion ou d'une balade, je peux m'arrêter comme un geek, sortir mon carnet et noter 3 notes dedans... Une fois que j'ai l'idée du son et de l'atmosphère que je veux dépeindre, j'utilise le matériel de ce petit carnet, qu'il soit rythmique, harmonique, mélodique ou conceptuel... Je connecte les idées entre elles et puis je travaille sur la forme. Si j'ai du mal à connecter les idées et que je m'acharne un peu trop, c'est que ce n'est pas le bon moment alors j'attends que le prochain déclic arrive pour continuer à travailler. Je me retrouve en général avec 5 ou 6 compositions que j'écris simultanément en l'espace de plusieurs mois. La plus longue jusqu'ici m'a pris 10 mois et quelques voyages pour l'écrire... Je ne sais pas si il y a eu réellement un morceau déclencheur. Dans la forme, c'est peut-être le morceau « Urbex » qui dépeint bien le procédé que j'ai utilisé pour écrire le répertoire d'Urbex : une suite en plusieurs parties, avec des ambiances différentes, des reliefs différents mais interconnectés.

Le fait d’avoir passé un an à New York a-t-il changé ta façon d’appréhender le jazz. Cela a-t-il influencé ta façon d’écrire pour Urbex ?

Oui. New York a été une expérience incroyable pour moi. C'était d'abord très intéressant de se connecter autant avec la tradition. Pendant un an, je suis sorti presque tous les soirs dans les clubs de jazz pour assister à des concerts plus incroyables les uns que les autres. Ce qui m'a frappé c'est ce jeu incisif que la plupart des batteurs ont. Il y a quelque chose de tranchant qui ne laisse rien au hasard et qui te fait sentir que c'est «here and now». New York est un espèce de grand laboratoire dans lequel les musiciens font des expériences qui ne se produiront peut-être qu'une seule fois. Les concerts des groupes new-yorkais auxquels on a droit en Europe sont, pour la plupart, des groupes existants qui ont enregistré et tourné. A New York, tu peux voir des formation insolites ou inhabituelles qui jouent des compositions inédites juste pour un soir. Parfois ça fonctionne, parfois pas mais, au moins, ça se fait. Je crois aussi que j'ai eu la chance de faire des rencontres qui m'ont poussées musicalement dans une voie que je n'aurais pas prise autrement. Voir cette émulation entre musiciens et vivre cette énergie forte m'ont poussé à m'ouvrir plus et à faire plus d'expériences. Je pense que cela se traduit bien dans Urbex.

Quelles sont tes principales - et surtout dernières - influences musicales ?

Pat Metheny restera toujours mon influence principale. Pour moi, c'est un musicien complet. Je n'aime pas tout ce qu'il a fait mais dans chacune de ses compositions, la qualité y est et sa plume ressort. J'ai aussi eu l'occasion de faire une session avec Chris Potter à New York et j'ai donc voulu découvrir plus sa discographie. J'adore son écriture et la manière dont il arrange pour les grands ensembles. J'ai aussi beaucoup écouté Vijay Iyer, j'aime sa manière d'aborder la musique et la composition et je trouve que son trio est un magnifique exemple de travail de liberté en groupe. Même si la musique est archi complexe, on sent qu'ils arrivent à s'éclater et à trouver leur liberté dedans. Je suis retourné sur la discographie d'un de mes plus grands héros, Miles Davis. Après avoir écouté son premier et son deuxième quintet pendant des années je suis retourné sur la période électrique que j'adore. J'aime la progression de la musique dans ces disques et aussi l'énergie qu'il y a, ce truc « sans chichi ». De plus, le son de Miles est juste incroyable...

Vous avez beaucoup joué avant d’enregistrer ? Le disque s’est enregistré dans les conditions d’un live ? Y a-t-il eu beaucoup de « prod » ensuite ?

Quand je suis rentré de New York, on a joué l’ancien répertoire au Bravo et au Brosella. On n’avait pas encore eu le temps de travailler sur la nouvelle musique. Le son était là et il ne demandait qu'à grandir encore. Durant le mois d'août, j'ai organisé des répétitions partielles avec les musiciens pour parcourir les nouveaux morceaux et nous habituer aux formes, aux systèmes rythmiques et harmoniques et approfondir quelques intentions. Ensuite, on s'est tous réunis pour 3 jours de résidence à la Jazz Station. Là on a vraiment pu travailler les morceaux en profondeur et tester plusieurs possibilités de structures, etc. On a joué ce répertoire pour la première fois au Marni, c'était donc notre première situation live. On est rentré en studio le lendemain et on a passé 3 jours et deux nuits à enregistrer dans un studio dans les Ardennes, complètement isolé du monde, juste concentré sur cette musique. C'était une expérience incroyable pour moi ! Actuellement*, nous sommes en plein mixage pour faire ressortir la musique comme elle doit l’être, en respectant les conditions live dans lesquelles elle a été enregistrée.

 

 

*(Note : L'interview s'est faite fin septembre 2015)

Photo : Mael G. Lagadec

A+

09/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 2

Il fait toujours aussi chaud ce samedi sur le site du Gaume Jazz Festival.

Sur la scène du parc, les P´tits Gaumais (les enfants qui ont participé au stage organisé par les Jeunesses Musicales) reprennent les chansons de Saule. C'est touchant, sympathique et rafraîchissant.

Mais c'est sous le grand chapiteau, sur le coup de 15h30, que se joue le premier concert. C'est le LG Jazz Collective. J'en ai parlé encore dernièrement ici, et tout le bien que j'en pense se confirme : le groupe prend de l'assurance au fil des concerts, prend des risques et se libère de plus en plus. Il entre directement dans le vif du sujet (« Move ») et enchaine les morceaux pour éviter les temps morts. Les sons claques et les solos fusent (Rob Banken (as), le nouveau venu dans le groupe, arrache les notes, Steven Delannoye flirte avec le "out" au ténor et avec les étoiles au soprano, et Jean-Paul Estiévenart est éclatant comme toujours. Le groovy « Carmignano » (de Legnini) trouve facilement sa place, tout comme le lyrique « Dolce Divertimento » (d'Alain Pierre) qui permet une belle prise de parole, très lumineuse, d’Igor Gehenot au piano.

Et, bien sûr, le leader (Guillaume Vierset) se sent pousser des ailes grâce au soutien de la rythmique Felix Zurstrassen (eb, cb) et Antoine Pierre (dm), intenable dans ses relances constantes (comme sur « New Feel », pour ne citer que cela). De la cohérence de cohésion de la complicité et beaucoup de travail... La recette est quand même simple, non?

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Dans la salle, le public à rendez-vous avec Orioxy, un quartette suisse au set-up original (harpe, voix, shruti box, ...) dont j’avais parlé du premier album ici. À Gaume, Orioxy présentait le fruit de son troisième album (« Lost Child », enregistré suite à la victoire du quartette au tremplin Jazz d’Avignon). Il fait étouffant dans la salle, mais « Song Of Love » nous emmène tout en légèreté dans l'étrange univers, aussi féerique qu'inquiétant, du groupe. Tout est dans le non-dit, dans l'évocation, dans l’intuition... même si l'explosion survient parfois, façon free rock, au moment où l'on ne s'y attend pas. Orioxy joue autant avec les mots (en hébreu, français ou anglais) qu'avec les rythmes (sur l'excellent « Princeless » par exemple) et les tempos graves succèdent aux groove retenus de l’excellent Roland Merlinc. Les expérimentations électros à la harpe (Julie Campiche) et à la contrebasse (Manu Hagmann), ainsi que le travail vocal étonnant de Yaël Miller, qui chante avec autant de conviction que de sensualité, terminent de parfaire l'identité forte et très personnelle de l’ensemble. Orioxy laisse une grande part au rêve et à l’imagination. A découvrir absolument. D'ailleurs, on espère les revoir bien vite, et plus d’une fois, en Belgique.

Retour sous le grand chapiteau. Kind Of Pink est le projet de Philippe Laloy, entouré de Arne Van Dongen (cb), Emmanuel Baily (g) et Stephan Pougin (perc). Il revisite Pink Floyd, en hommage à son père (avec qui il a découvert le groupe psyché rock, malgré le fait que cela n’était pas de sa génération non plus). Est-ce la raison pour laquelle Laloy prend juste assez de recul pour remanier ces « classics » en évitant les clichés ?

« Money », par exemple, contourne tous les pièges de l'évidence. « Breathe » et « Wish You Where Here » enveloppent la salle des volutes Flodyennes plus bleues que pink. « The Trial » et « Shine On You » sont chantés et se rapprochent, par contre, un peu plus des originaux. Les sons sont feutrés et les thèmes lancinants du mythique groupe anglais se perçoivent derrière des arrangements sobres et fins. Tour à tour, au sax ou à la flûte, Laloy surfe sur les harmonies et ne prend que les notes qui l'intéresse. Il façonne la mélodie, la dilate un peu et l'abandonne parfois pour laisser ses compagnons l’agrémenter à leur façon.

Il est souvent délicat de reprendre des thèmes pop en jazz (ou assimilé), et encore plus lorsqu'il ne s'agit que d'un seul groupe, aussi populaire soit-il (certains ont essayé avec les Beatles, par exemple, avec moins de bonheur), mais Kind Of Pink y arrive sans peine. Et Pink Floyd reste bien intemporel, c'est certain.

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Dans la cour, Sam Gerstmans (cb) propose un duo particulier. Suite à une participation à un programme de Cap 48 et du Créahm, le contrebassiste a rencontré le jeune artiste Julien Pirlot pour un court projet. L'aventure aurait pu s’arrêter là mais, on a beau être musicien, on n'en est pas moins humain. Et Sam est très humain. Alors, ensemble, et de manière régulière, ils ont continué leur collaboration. Quoi de mieux que le jazz et les musiques improvisées pour s'épanouir et se découvrir ? Entre poésie, ré-apprentissage du langage, des sons et de la musique, le duo touche en plein cœur et souligne les différences qui rapprochent. Le free jazz, le jazz mais aussi la chanson populaire rencontrent l'art brut. Et les histoires abstraites naissent, plus concrètes qu'on ne l'imagine. Un travail qui donne à réfléchir. Un vrai travail utile. Très utile.

La carte blanche aurait-elle le pouvoir de transcender les musiciens? C'est sans doute un peu le but et Lionel Beuvens n'a pas laissé échapper l'occasion de s'aventurer dans un jazz très ouvert. Le voici accompagné de Kalevi Louhivuori (tp), Jozef Dumoulin (p), Brice Soniano (cb), Guilhem Verger (as) et d'une chanteuse, et pas n'importe laquelle : Emilie Lesbros. La française, qui vit à NY, a, entre autres, travaillé avec Barre Philips et autres artistes contemporains. On imagine aisément la trajectoire que veut prendre le batteur… sans peut-être savoir ou cela va le mener...

Si, l’ensemble rappelle un peu le Liberation Music Orchestra, avec de longues évolutions mélodiques tailladées d'interventions libres, ou l'Art Ensemble of Chicago, on pense aussi parfois à Abbey Lincoln et Max Roach, en version contemporaine. On traverse de grands espaces sonores, parsemées de rythmes lancinants et entêtants. Jozef jette les notes, Lesbros déclame plus qu'elle ne chante... Mais parfois, son chant, d’une maîtrise totale, agit comme le sixième instrument du sextette. La trompette est claire et claquante, le sax parfois agressif. Les rythmes se cassent avant de se reconstruire. Parfois, certains thèmes débutent en mode « élégiaque » avant d'évoluer vers la transe ou même la rage. Un petit esprit soixante-huitard plane sur le Gaume. A suivre ?

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A l’extérieur, Jetsky (Jan Rzewski (ss), Emmanuel Louis (g) et Pascal Rousseau (tuba)), fait revivre l'esprit Nino Rota en le mélangeant aux folklores klezmer ou Roms. Il y a un côté désenchanté et à la fois plein d'espoirs ironiques dans cette musique. Aux thèmes souvent dansant s'ajoute parfois quelques éclats bruitistes (samples de voix et distos de guitare acoustique). C'est festif et différent. Et Jetsky ne se « démonte » pas lorsque la balance de Tortiller, dans le chapiteau tout proche, se fait un peu trop présente. Le trio en a vu d’autres et peut tout affronter, de toute façon, sa musique a quelque chose de fataliste, digne des meilleurs histoires de John Fante.

Frank Tortiller donc. Le vibraphoniste français a décidé de remettre Janis Joplin à l'honneur, et avec son nonnette c'est le blues (parfois très rock et furieux) qui rejaillit. Au chant, Jacques Mahieu, de sa voix légèrement éraillée et grave, reprend avec plus ou moins de bonheur les plus grands thèmes de la chanteuse américaine (« Kozmic Blues », « Move over », « Half Moon », « Piece Of My Heart ») mais aussi un thème de Leonard Cohen : « Chelsea Hotel ». Les riffs de guitare accentuent le côté rock agressif tandis que les cuivres (mentions spéciales à Alex Hérichon et Jean-Louis Pommier) rappellent un peu le jazz chicagoan ou quelques couleurs soul funk. Les arrangements évitent intelligemment l'imitation et le côté prévisible (beau moment sur « Mercedes Benz »), mais le niveau sonore, parfois trop puissant, a tendance à étouffer ces subtilités.

Bel hommage qui donne envie de se replonger dans les rares albums de cette chanteuse plus sensible qu’instable, comme on la trop souvent présentée.

A+

 

09/06/2015

Blue Flamingo - Juin 2015

Entre festival et «pop up» club de jazz, le Blue Flamingo en est déjà à sa cinquième année !

Oui ! Cinq ans qu’il propose de façon régulière (4 fois l’an, le temps d’un week-end) des doubles concerts, les vendredi et samedi, dans la très belle, spacieuse et chaleureuse salle du Château du Karreveld à Molenbeek. La dernière fois que j'y avais mis les pieds, c'était il y a trop longtemps (lors de la première édition, en fait). Depuis, la formule n'a pas changée mais l'organisation et l'aménagement des lieux se sont bien améliorés : acoustique, lumière et même une petite - mais délicieuse - restauration tendance bio, sont vraiment au top. À force de travail, d'abnégation et, sans aucun doute, d’une foie inébranlable dans le jazz, Vincent Ghilbert et Christelle (MuseBoosting) ont réussi un pari un peu fou. Je vous invite vivement à vous rendre aux prochaines éditions car, vous verrez, vous y serez gâtés.

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Ce vendredi soir c'est Raf D Backer Trio (avec Cédric Raymond à la contrebasse et Thomas Grimmonprez à la batterie) qui fait l’ouverture. Si la formule est un peu resserrée, elle n’en est pas moins explosive et groovy. Le premier morceau («Jo The Farmer») – un peu à la Legnini - est vite suivi d'un autre qui évoque, lui, Jimmy Smith ou Les McCann. Il faut dire qu’au piano ou à l’orgue électrique, Raf donne tout ce qu'il a : énergie, ferveur et sensibilité. Et comme tout bon leader qui sait bien s'entourer, il n'hésite pas non plus à laisser de la place à ses acolytes. Cédric Raymond peut ainsi s'évader dans l'un ou l'autre solo aussi virtuose que sensuel. De même, Thomas Grimmonprez peut découper l'espace de claquements sourds ou limpides sans jamais atténuer la tension. Et ça balance et ça ondule lascivement au son d’un gospel lumineux : «Oh The Joy». Le claviériste s’inspire aussi parfois de Bo Diddley et, tout en invitant le public à frapper dans les mains, rappelle l'essence du jazz, de la soul et bien sûr du blues. A ce rythme-là, le pas vers le funk est vite franchi. Mais on revient quand même aux fondamentaux. Et «Full House» précède un hommage à B.B. King avant que «Rising Joy», aux accents très churchy, ne termine un set rondement mené.

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Le temps d’une courte mise en place, et le LG Jazz Collective monte sur scène.

Le truc du groupe, à la base, c'est de reprendre des thèmes de musiciens belges et de les arranger à sa sauce. Ainsi, «Jazz At The Olympics», de Nathalie Loriers, est retissé à la mode LG, avec verve (le solo de Laurent Barbier (as) est dense) et fougue (Igor Gehenot (p) est en pleine forme). Et «Carmignano», d’Eric Legnini, ou «A», de Lionel Beuvens, ne manquent vraiment pas d’idées. Si Guillaume Vierset laisse beaucoup de place à ses amis pour s'exprimer (comme sur «Move» où il laisse totalement libre Jean-Paul Estiévenart), il n'hésite pas à montrer de quoi il est capable (sur le même «Move», notamment). On remarque aussi l’excellent soutien de Fabio Zamagni qui remplace Antoine Pierre de brillant manière. «Grace Moment» permet aux souffleurs de se faire un peu plus lyriques (comme Steven Delannoye, par exemple, embarqué par Igor Gehenot). Mais, sous ses aspects simples, ce thème laisse apparaitre de tortueuses harmonies. Felix Zurstrassen (eb) – qui prend de plus en plus de risques - défriche alors quelques chemins secrets pour les offrir au pianiste puis au guitariste. La musique semble nous envelopper, comme pour nous étouffer lentement, sereinement, exquisément. Oui, le LG Collective a des choses à défendre et, au fur et à mesure des concerts, prend de l'assurance et se libère. Mais on aimerait qu’il se lâche encore un peu plus et que cela soit encore un poil moins «cadré». Cela pourrait être encore bien plus puissant … pour notre plus grand bonheur.

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Le lendemain, samedi, 3/4 Peace (Ben Sluijs, Christian Mendoza et Brice Soniano) isole le Château du Karreveld dans une bulle magique. On ne le répétera jamais assez, mais Ben Sluijs est une des très grande voix du sax alto. Toujours en recherche d'absolu et de sensibilité. Année après année, il développe un style unique. Tout en douceur, quiétude, retenue, sensibilité, et créativité. Avec «Glow», la musique est à fleur de peau. Puis, avec «Miles Behind», elle semble sortir lentement de la brume, doucement, sur un tempo qui s'accélère subtilement et se dessine sous les doigts de Christian Mendoza (quel toucher, mes amis, quel toucher !). Le pianiste égraine les notes avec parcimonie, répond en contrepoints à la contrebasse, puis prend des libertés dans un swing ultra délicat et d'une limpidité absolue. Brice Soniano (qui vient de publier un magnifique album en trio – Shades Of Blue – dont les concerts sont prévus en septembre... 2016 !!! Soyez patients…) accroche les mélodies avec une finesse incroyable et un sens unique du timing et du silence. Quant à Ben Sluijs, il survole et plane au dessus de cette musique d'une finesse et d'une transparence (dans le sens de luminosité, de brillance, de clarté et de légèreté) inouïe. Ce trio est unique ! Alors, il y a «Still», magnifique de retenue, puis «Constructive Criticism», morceau plus abstrait, découpé avec une intelligence rare, qui joue les tensions, les éclatements et qui trouve une résolution inattendue. 3/4 Peace parvient aussi à faire briller cette faible lueur d'espoir cachée au fond de la musique sombre et tourmentée qu’est «Éternité de l'enfant Jésus» de Messiaen. Puis il évoque Satie avec «Cycling» et enfin se donne de l’air avec un plus enlevé «Hope».

Grand moment. Très grand moment de musique !

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L’ambiance est nettement plus swinguante ensuite, avec le quartette du saxophoniste Stéphane Mercier, soutenu par une rythmique solide (Matthias De Waele (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) ), mais aussi et surtout par l'excellent Casimir Liberski (p). Ce jeune «chien fou» est toujours prêt à casser les règles, à élargir le spectre musical. Sur «Ma Elle», par exemple, ou sur «Jazz Studio», ses interventions sont furieuses et éblouissantes, presque au bord de la rupture. Il faut un solide Hendrik Vanattenhoven pour canaliser sa fougue. Et c’est magnifique d’assister à ce combat entre le feu et l’eau. Stéphane Mercier peut alors doser, comme il le veut, sa musique. Elle est solaire, énergique et pleine d'optimisme (à son image, en quelque sorte) avec «Team Spirit », puis dansante avec «Juanchito» et fianlement lyrique avec le très beau «Samsara». Avant d’accueillir, en guest, Jean-François Prins (eg) - que l’on ne voit peut-être pas assez en Belgique - pour un ou deux standards, Mercier nous offre encore «La Bohème» dans un esprit qui rappelle un peu Barney Willen, tout en langueur et détachement. Et c’est bon.

Voilà une bien belle façon d’achever cette merveilleuse édition du Blue Flamingo.

 

 

A+

 

 

29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

19/04/2014

Collapse - Bal Folk à l'An Vert - Liège

 

Le nouveau Collapse est arrivé.

Nouveau disque (Bal Folk, chez Igloo), nouveau son et nouveau line-up.

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En effet, Cédric Favresse (as) - co-fondateur du groupe avec Alain Deval (dm) - a laissé sa place à Steven Delannoye (ts, bcl). Yannick Peeters (cb) consolide la sienne (elle n’était pas sur le premier album du groupe mais joue avec lui depuis bien longtemps), tandis que Jean-Paul Estiévenart (tp), lui, est toujours bien fidèle au poste.

Avec Bal Folk, l’orientation musicale se focalise, semble-t-il, un peu plus encore sur la jeune scène new-yorkaise. Collapse se libère un peu de l’esprit Ornette Coleman du précédent album, pour coller un peu plus encore à l’actualité du moment. Le jeu est encore plus ouvert, plus mordant, plus énergique presque, et toujours autant avant-gardiste.

Cette alchimie n’est pas pour déplaire à Jean-Paul Estiévenart, sans doute l’un des plus exposés dans cette formation.

Cela ne déplait certainement pas non plus au nombreux public réuni ce samedi 22 mars au soir, à l’An Vert à Liège, pour la présentation de l’album.

La musique de Collapse est décomplexée. Le quartette n’hésite pas à faire sauter les frontières et à oser les mélanges avec des musiques et des rythmes parfois bien éloignés du jazz. Si la musique est très écrite et souvent complexe, elle n’empêche pas l’ouverture à de longues et sinueuses plages d’improvisations.

Et l’on peut dire que nos quatre musiciens, qui débordent d’imagination, en profitent au maximum.

Ce soir, on entre vite dans le vif du sujet et les deux premiers morceaux (une impro libre et «Lump») sont plutôt rudes et enlevés.

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Yannick Peeters alterne pizzicatos énervés et caresses fermes à l’archet. La trompette d’Estiévenart ne craint pas d’aller chercher des sons hauts perchés, presque déchirés, à la limite de la sortie de route. Steven Delannoye est comme un poisson dans l’eau. Son solo improvisé en ouverture de «Reboot» donne vite le ton et les couleurs à ce terrible morceau. Les phrases sont souvent courtes et incisives, elles montent rapidement en intensité, un peu comme lorsqu’on grimpe un escalier en sautant une marche sur deux, puis sur trois, sur quatre…

Derrière sa batterie, Alain Deval, auteur de la plupart des morceaux, crache un jeu foisonnant, éclatant et tranchant. Toujours attentif, toujours prêt à relancer ses comparses ou à les laisser complètement libre.

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«Hopscotsch» (une compo de Delannoye), joue avec les crissements, les souffles, les râles, les frottements. Le morceau, bruitiste et presque abstrait, se transforme petit à petit en une marche lente, traversée de mélodies presque baroques, de brisures free rock. Tout est contenu, tendu, contracté, comme sous pression.

«Lente» (écrit par Yannick Peeters, cette fois) est très intimiste et se dessine par petites tâches enrobées du son d’une trompette feutrée mais toujours légèrement abrasive.

Et puis on se lâche finalement avec le titre qui donne le nom à ce sulfureux et excellent album, «Bal Folk». La trompette crie, le drumming part dans tous les sens, le sax se faufile et se défile, la contrebasse claque. Et... on le subodorait, mais là, c’est sûr, on vient de passer de l’autre côté de l’Atlantique, on est à New York, dans une petite salle au croisement le l’Avenue C et de l’East second Street. Le moment est intense.

L’interaction entre la trompette et le sax fonctionne à merveille et quand les souffleurs laissent un peu de champs libre, ce sont la contrebasse et la batterie qui s’y mettent. Les lignes mélodiques se croisent et s’entrecroisent. Les rythmes se cassent et se reconstruisent.

Collapse maîtrise les tensions, évite l’explosion, capte l’attention.

Ce soir on a assisté à un véritable concert de jazz très actuel, plein de feu et d’idées. Plein de nuances et d’urgence. Si le disque montre clairement de quel bois se chauffe Collapse, c’est sur scène que le groupe se libère totalement.

Alors, ne ratez surtout pas leurs prochaines prestations (à l’Archiduc très bientôt et au Hot Club de Gand et au Pelzer à Liège plus tard…)!

 

 

A+

 

 

 

 

 

 

 

31/05/2013

Brussels Jazz Marathon 2013


J’adore faire partie d’un jury, c’est excitant. Pas toujours évident, mais excitant.

Un jury choisit. C’est excitant. Mais choisir, c’est renoncer. C’est pas évident.

Et ce ne sont pas les autres membres du jury du concours des Jeunes Talents du Brussels Jazz Marathon (le journaliste Jempi Samyn, le saxophoniste Manu Hermia, le guitariste Henri Greindl, l’organisatrice Jacobien Tamsma et la pianiste - et présidente – Nathalie Loriers) qui me diront le contraire.

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Il a d’abord fallu faire une sélection parmi plus de vingt candidatures et choisir trois groupes (une première épreuve pas simple). Finalement, ce sont Syma, Stanislas Barrault Trio et Pablo Reyes Trio qui se sont retrouvés sur le podium de la Place Fernand Cocq ce samedi 25 mai. Trois groupes et trois styles totalement différents. Voilà qui ne facilite pas plus les choses.

Syma est un très jeune quintette qui ose ses propres compositions, dans un style jazz fusion (tendance prog rock). Pas simple de faire sonner un tel band. On sent d’ailleurs quelques flottements ici ou là. Mais on remarque aussi quelques belles personnalités (Louis Evrard aux drums ou Quentin Stokart à la guitare, pour ne citer qu’eux).

Plus aguerri, le trio de Stanislas Barrault (dm) - avec Casimir Liberski (p) et PJ Corstjens (eb) - revisite quelques standards, qu’il exécute parfaitement, avec rigueur et pas mal de personnalité.

Quant à Pablo Reyes – qui, malgré son jeune âge, à déjà pas mal roulé sa bosse au Mexique, d’où il est originaire, et aux Pays-Bas, où il étudie – il décline la musique façon latin-jazz ou bossa. Et ici aussi, le niveau est excellent.

Allez départager tout cela.

Alors, après quelques débats, c’est la prise de risques et la marge de progression qui est récompensée. Syma remporte donc le premier prix (et le prix du public), tandis que Casimir Liberski celui du meilleurs soliste (son «Giant Step» a mis tout le monde d’accord).

Le lendemain après-midi, dimanche, Syma ouvra donc, comme le veut la tradition, la dernière journée de concerts sur la Grand-Place.

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C’est là que je suis allé écouter le Jazz Station Big Band, que j’avais vu à ses débuts, en 2007.

Après avoir sorti un premier album chez Igloo en 2011, le JSBB s’attaque cette fois au répertoire de Thelonious Monk. Chacun des morceaux est arrangé par l’un des membres du Big Band. Formule intelligente qui permet de faire vibrer le band de différentes manières et de mettre en avant les différentes personnalités des musiciens.

François Decamps (g) fait swinguer «Straight No Chaser» et «Evidence», et invite Jean-Paul Estiévnart (tp) et Daniel Stokart (as) à prendre des solos éclatants. «Criss Cross», superbement arrangé par Stéphane Mercier (as), permet à ce dernier d’échanger furieusement avec Daniel Stokart - cette fois-ci au soprano - et à Vincent Brijs de venir contraster les nuances au sax baryton. C’est aussi l’occasion pour le leader Michel Paré (tp) de croiser le fer avec la guitare de François Decamps. Grand moment.

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L’excellent pianiste Vincent Bruyninckx profite de «In Walked Bud», qu’il a arrangé, pour démontrer tout son talent et sa fougue. Son introduction, en solo, est éblouissante. Ça swingue en diable. David Devrieze (tb) et Vincent Brijs (bs) prennent chacun des chorus charnus.

Tomas Mayade (tp, remplacé ce soir par Olivier Bodson) drape «Jackie-ing» d’un arrangement de velours. L’intervention de Steven Delannoye (ts) est suave, tandis que Herman Pardon (dm) et Piet Verbiest (cb) soutiennent un tempo brulant.

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Puis il y a encore un «Hackensack» étonnant - nerveux et découpé - arrangé par Estiévennart, un «Bye Ya» très latin et un «Introspection» à la Herbie Mann qui enchantent le public.

La réputation des Big Band belges n’est plus à faire (le BJO l’a assez démontré ses dernières années) mais le JSBB apporte une pointe de fraicheur supplémentaire. Il est juste assez respectueux de Monk et juste assez décalé pour réussir l’hommage à l’un des plus grands et des plus étonnants pianistes que le jazz ait connu.

Chapeau. Et merci.

A+

 

 

31/10/2011

Steven Delannoye New York Trio au Sounds


Juste après le concert du Jazz Station Big Band, je file au Sounds pour écouter le second set du New York Trio de Steven Delannoye (ts). En fait de trio, ils sont plutôt… quatre, puisque Frank Vaganée (as) a été invité. Et en ce qui concerne la partie New Yorkaise, il s’agit de Desmond White (db) et Jesse Simpson (dm).

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Le trio + 1 s’amuse essentiellement à revisiter quelques standards et à les redessiner à sa manière. C’est un peu comme reprendre la ligne claire de Tintin (c’est d’actualité) et l’adapter à la BD actuelle. C’est à dire, l’enrichir de tout ce qui s’est fait ces dernières décennies. C’est redonner aux traits de base, une autre dimension, une autre dynamique. C’est raconter la même histoire avec d’autres mots, d’autres couleurs, d’autres formes. Après tout, c’est l’essence même du jazz.

Alors, Frank Vaganée esquisse, frotte, dilue, force le trait, ou l’évoque à peine, avant de partir dans des envolées puissantes. Steven Delannoye vient parfois affiner le contour, redonner parfois un peu de netteté. Entre les deux saxophonistes on sent de la jubilation dans le dialogue. Ensemble, ils s’éloignent parfois loin du thème initial mais retombent toujours sur leurs pattes.

steven delannoye, frank vaganee, sounds, desmond white, jesse simpson

Les deux américains vont encore plus loin dans le détricotage. Rien ne semble leur faire peur. Ils possèdent un langage très sûr et un vocabulaire très riche. Desmond Whithe s’amuse constamment à brouiller les pistes, à ralentir le tempo, à l’accélérer, à tenter de le perdre, à lui donner de nouvelles impulsions. Le batteur colorie parfois en dehors des traits comme pour élargir le tableau. C’est vif et spontané. C’est parfois déroutant mais tellement excitant… Surtout lorsque l’on reconnaît, là, dans le fond, en arrière-plan, presqu’en transparence, un thème mille fois entendu.

Steven Delannoye et Frank Vaganée – quand même impressionnant de puissance, d’énergie et de précision - se font une vraie chasse comme au bon vieux temps. Ça fuse, ça répond vite et on ne s’ennuie pas une minute. Bref, ça jazze…

A revoir, avec plaisir, pour savoir où leurs recherches les mèneront. Ça devrait être intéressant.

 

A+

27/09/2010

Saint Jazz Ten Noode 2010

À Saint-Josse-ten-Noode, on aime le jazz, d’ailleurs, si vous faites une petite promenade nocturne du côté de la Chaussée de Louvain, vous remarquerez sur les volets des magasins, lorsque ceux-ci sont fermés, de grandes peintures à l’effigie de Dave Holland, Philip Catherine et autres jazzmen. On aime tellement le jazz, que l’on n’hésite pas à transformer le nom de la commune en Saint-Jazz-ten-Noode, le temps d’un festival. Et cela fait 25 ans que ça dure!


Créé en 1985, à l’initiative de l’actuel bourgmestre  Jean Demannez, cet évènement gratuit a permis à un public toujours plus nombreux de goûter au plaisir du jazz. Le petit chapiteau de la place Saint-Josse a donc vu défiler au cours de toutes ces années pas mal de grands noms: Toots, Philip Catherine, Clark Terry, Aka Moon, Deborah Brown, Michel Herr... Et il a accueilli aussi des jeunes jazzmen qui ont fait leurs preuves par la suite. Pour fêter ses 20 ans, en 2005, le festival avait déménagé à la place Rogier et se voulait encore plus populaire (au risque même de flirter avec les frontières du jazz en invitant Thomas Dutronc et Michel Jonasz).

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Pour ce 25ème anniversaire, les organisateurs ont opté pour une autre formule, étalée sur deux jours et dispersée en divers lieux. Il y avait toujours le chapiteau sur la Place bien sûr, mais on pouvait aussi aller écouter du jazz au Théâtre Le Public, au Botanique, au Sazz n’ Jazz, à la Jazz Station… (Oui, oui, tout ça c’est à Saint-Josse, la plus petite commune de Bruxelles!).

 

Je n’ai pas eu l’occasion de tout voir, malheureusement (il y avait le quartette de Toots qui a drainé une foule énorme, Radoni’s Tribe, Ivan Paduart, Steve Houben, Marc Lelangue et d’autres encore… Beaucoup d’autres). Moi, j’ai juste eu le temps d’aller écouter le travail de Michel Herr avec la «jeune génération».

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Michel Herr a fait, comme souvent, un travail de titan, un travail remarquable. Il a repris quinze thèmes écrits par quelques-uns de nos plus grands jazzmen belges, et les a arrangés pour différentes formations. Des quintettes, des trios, des octettes... avec des sections de cuivres, ou plus orientées guitares ou piano… Différentes formules, différentes saveurs, différentes couleurs. Un cocktails surprenant qu’il faut être capable d’enchaîner. Il faut être chaque fois différent sans être incongru. Savoir doser les contrastes. Savoir nuancer les énergies. Et pour cela, Michel Herr est un maître.


Alors, on a eu droit à des relectures de «Road To Granada» (de Steve Houben), «Le Jazz» (de Caharles Loos), «Back Home» (de Jean-Pierre Catoul), «Small World» (de Pierre Van Doormael), etc.


Et sur tous ces morceaux magnifiquement remis en lumière, on a pu entendre d’excellents solistes. Steven Delannoye (ts, ss), brillant sur «Thinking Of You» (de Michel Herr) ou sur  «Piano Groove» (de Philip Catherine), Greg Houben (tp, bugle) sur «Last Portrait» (de Diederik Wissels), Pieter Claus (vib) sur «Everyday Is The D Day», qu’aurait sans doute affectionné son auteur, Marc Moulin.


J’ai pu découvrir aussi d’autres jeunes et excellents musiciens dont je n’ai malheureusement pas retenu tous les noms (il n’est pas interdit de m’aider). Ainsi, le trompettiste (Martial Delangre ???) sur «The Road To Granada» et «Petit à petit» (de Phil Abraham), qui possède un son clair, fluide et puissant. Mais aussi un tromboniste (Fred Heirman ???) ou un guitariste (en duo avec Lorenzo Di Maio) pleins d’ardeur…   Et puis, il y avait tous les autres, les «moins» jeunes: Jean-Paul Estiévenart, Lionel Beuvens, Bruno Grolet, Nicolas Kummert, Gilles Repond, Yannick Peeters, Vincent Brijs, Erik Bogaerts, Piotr Palluch, Nicola Andrioli, Yves Peeters, Alex Cavalière, Pascal Mohy, Hendrik Vanattenhove


Je ne peux pas les citer tous (il y en avait beaucoup) et j’en oublie sans doute, qu’ils m’en excusent. De toute façon on les reverra sans aucun doute encore sur scène… et c’est tout le mal qu'on leur souhaite!

 

Merci Michel et merci Saint-Jazz-Ten-Noode.

 

A+

 

EDIT:

Pour être sûr de n'avoir oublié personne, voici la liste complète des "participants" (Merci à Michel Herr):

Trompette : Jean-Paul Estiévenart, Gregory Houben, Martial Delangre. Violon : Alexandre Cavaliere. Sax : Nicolas Kummert, Steven Delannoye, Bruno Grollet, Kris Bogaerts, Vincent Brijs, Joppe Bestevaar. Trombone : Gilles Repond, Frederik Heirman . Piano : Nicola Andrioli, Pascal Mohy, Piotr Paluch. Guitare : Quentin Liégeois, Lorenzo Di Maio, Bert Cools. 
Basse : Félix Zurstrassen, Hendrik Vanattenhoven, Yannick Peeters. Drums : Lionel Beuvens, Yves Peeters, Stijn Cools. Vibraphone : Pieter Claus


 

 

 

 

 

14/06/2008

Jazz Marathon 2008 (Enfin!)

Et le Brussels Jazz Marathon, c’était comment ?

C’est vrai ça, avec toutes ces activités, je n’ai pas encore eu le temps de vous raconter mon parcours durant ces trois jours.
C’était les 23, 24 et 25 mai. Déjà !
Je vais essayer de rattraper le temps perdu.
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Vendredi soir, temps ensoleillé, direction Place Ste Catherine.
Je voulais absolument voir The Groove Thing, de Jef Neve et Nicolas Kummert.
Sur place, je rencontre toute la petite bande de Slang qui se prépare à jouer juste après.
Manu Hermia revenait d’une tournée en France avec Rajazz, visiblement satisfait.

Sur scène: The Groove Thing porte bien son nom, car, pour groover, ça groove.
Lieven Venken aux drums, Nic Thys à la basse électrique et devant, Nicolas Kummert au sax incandescent et Jef Neve à l’orgue Hammond bouillonnant.
C’est roots en plein ! Entre soul, bop et r&b…  Jamais un gimmick pop vulgaire ou racoleur comme on peut parfois en entendre avec certaines formations qui surfent sur la vague revival.
Ici, ça joue vrai.
On est proche de Lonnie Smith, Jack Mc Duff ou de Jimmy Smith.
Kummert rappelle parfois un Rashaan Roland Kirk lorsqu’il «délire», souffle, respire, parle ou chante dans son ténor. Il y ajoute de temps en temps des effets de disto. C’est chaud et c’est sexy, et ses duels avec Jef (intenable) sont étincelants.
À retenir, à revoir… à suivre !
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Après une courte pause, Slang investit la scène (qu’ils ont décoré de jolies fleurs) et déverse un gros son: énergique et puissant. On connaît la formule, mais on reste ébahi devant une telle vitalité.
Michel Seba est monstrueux aux percus lorsqu’il entre en transe. François Garny, à la basse électrique, assène des tempos saignants. Manu Hermia, au sax et à la flûte, se démène comme un diable dans ce tourbillon de musiques africaines, indiennes, arabes, rock ou reggae. La foule s’est agglutinée au-devant du podium. Elle ondule, bouge, saute et danse aux rythmes des impros parfois énergiques, parfois hypnotiques.

Une fois ce concert terminé: direction le Walvis, au bout de la rue Antoine Dansaert.
Je voulais absolument écouter le groupe du batteur (que je croyais Néerlandais, mais qui, en fait, est Anversois) Yvan Van Nistelrooy.
Hard bop ou post bop, avec une tendance à aller parfois vers le free-bop. On frise même parfois le jazz rock avec les interventions de Peter Verhelst à la guitare électrique.

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Devant, l’excellent trompettiste Iwan Cotton (qui joue un peu dans l’esprit de Dave Douglas) échange des phrases fiévreuses avec Roel Van Hoek à l’alto.
Toutes les compos sont de Van Nistelrooy, et l’on sent chez lui les inspirations de Miles (période électrique), Coltrane, Philly Joe Jones, mais aussi de Hamid Drake. Bref un large spectre d’influences.

J’arrête là ou je continue ?
Je rentre, ou je ne rentre pas tout de suite?
Allez, un petit saut à l’autre bout de la ville: le Sounds.

Chouette ! Je trouve facilement une place pour me garer.
Chouette ! C’est le break et je peux me faufiler assez près de la scène du club archi-bondé pour voir le quintette de Rosario Giuliani.

Et là, je n’ai pas regretté le voyage !
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Exceptionnel.
Il est plus d’une heure trente du matin et  Rosario Giuliani, Falvio Boltro, Dado Moroni, Luca Bulgarelli  et Benjamin Henocq jouent avec une fougue, une vigueur et une lucidité hallucinantes.

Le grand Dado Moroni, qui soulève même le piano avec ses longues jambes, fait vibrer l’instrument comme un fou. Boltro joue toutes les couleurs de la gamme. Gras, aigu, souple, sec, en rafale ou en longues notes, il répond et renchéri aux assauts de l’infatigable Giuliani.
L’un comme l’autre ne veut pas abandonner. Chacun veut avoir le dernier mot.
Dans cette lutte fratricide, Henocq imprime un rythme tranchant, d’une justesse et d’une précision diaboliques. On atteint des sommets !
Bien sûr, on joue beaucoup de notes, énormément de notes, mais aucune n’est inutile.
Quel esprit «jazz», quelle débauche d’énergie. Ça joue et ça s’amuse.
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«That’s jazz ! Real Jazz!»
C’est ce que l’on se dit sur le trottoir après le concert avec Erik Vermeulen, Nicolas Kummert, Mélanie De Biasio, Alexis Tuomarilia et d’autres encore…

Samedi, rendez-vous sur la place Fernand Coq pour le concours «XL Jazz Jeunes Talents». Comme l’année dernière, je me retrouve dans ce sympathique jury, avec Jan De Haas, Fabien Degryse, Pirly Zurstrassen, Jacobien Tamsma, Etienne Richard et Henri Greindl.

Le batteur Guillaume Palomba et son quartette ouvrent les «hostilités».
Ce sera un spécial Monk. C’est déjà une preuve de très bon goût. «Eronel», «Criss Cross» ou encore «Ugly Beauty» se succèdent. Malgré de belles interventions du guitariste, Simon Martineau, le groupe ne se lâche pas vraiment et cela reste un peu académique.

Egon, le deuxième groupe, drivé par Louis Favre (batteur également), développe un jazz très rock… voire du rock très jazz. Les plages atmosphériques, mâtinées d’électro (Joachim Searens), succèdent à des moments plus vifs et accrocheurs. Steven Delannoye (as) et l’excellent guitariste Simon Witvrouw font rapidement monter la pression. On sent une belle cohésion et une belle personnalité poindre dans cet ensemble qui fera sans doute encore parler de lui.

Mais le gagnant, car il faut un gagnant, sera Bansuri Collective (ou Collectif… on ne sait plus). Cette fois-ci, le leader est contrebassiste: Ruis Salgado. Il est l’auteur de presque tous les titres. Il mélange subtilement les genres, allant du swing au groove très actuel. Les mélodies sont sinueuses, parfois complexes, mais toujours lumineuses. Il faut signaler le drumming singulier de Frederik Meulyzer, qui recevra d’ailleurs, et à sa grande surprise, le prix du meilleur «soliste».

Je ne m’attarde pas pour écouter le trop caricatural groupe The Dominos et je préfère pousser une pointe jusqu’à Flagey pour écouter Andreu Martinez, toujours aussi punchy, et aussi le trio de Nathalie Loriers.
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Quel bonheur de la revoir dans cette formation.

Avec Philippe Aerts (cb) et Joost Van Schaik on retrouve le jeu à la fois lyrique, tendre mais aussi très affirmé de Nathalie.
Au programme un «Someday My Prince Will Come» aux arrangements assez surprenants, un «Forward» très swinguant, un «Walking Trough Walls» dépouillé et nocturne (des inflexions qui rappellent parfois Petrucciani?), un «Mémoire d’O» enlevé, ou encore un sensuel «Ligne Calire», au tempo moyen, dans un esprit assez Jamalien.
Que du bonheur.
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Sous la pluie (ben oui, sinon, ce ne serait pas vraiment le Brussels Jazz Marathon), je remonte vers le Théâtre Marni pour prendre une Orval et une petite dose de The Groove Thing.
Gros succès.
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Puis je rejoins le Sounds, toujours comble, pour profiter encore du quintette de Giuliani.
C’est toujours aussi impressionnant.

Dimanche après-midi, sur la Grand Place, il faut chaud et ensoleillé.
Dingue !
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Jacques Piroton, guitariste dont on sous-estime trop souvent l’immense talent présentait son nouveau quartette.
On connaît l’affection de Jacques pour le jazz rock à la Bill Frisell, Jimi Hendrix ou même Scofield.
C’est tout ça que l’on retrouve, mais travaillé à la sauce Piroton: des riffs tranchants, des solos précis et agiles et des envolées explosives. Jan De Haas à la batterie, Benoit Vanderstraeten en soutien efficace à la basse électrique et surtout un sensationnel Fabrice Alleman à la clarinette et clarinette basse terminent de nous convaincre.
Voilà un mélange peu commun et un résultat qui vaut vraiment le coup d’oreille.
Piroton va enregistrer cet été en… acoustique ! Très curieux d’entendre ça.
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VVG Trio, à savoir Bruno Vansina (as), Teun Verbruggen (dm) et Gulli Gudmundsson (cb) avaient invité Magic Malik et Nelson Verras à venir jouer avec eux.

Peut-être plus à l’aise en salle, où le groupe peut installer plus aisément ses climats étranges, le quintette nous a quand même montré une belle palette de thèmes riches et parfois complexes («Tokio Quantize», «Moon Under» ou encore «In Orbit»).

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Pour finir cet intense week-end de jazz : le Brussels Jazz Orchestra sous la direction de Michel Herr.
Deux longs sets efficaces, swinguants et éclatants.
Les riches compositions du pianiste belge («Song For Lucy», «Bad Fever», «New Pages», etc.) sont servies avec panache par le Big Band.

Haaaaa… l’ostinato de Nathalie Loriers, ou les solos de Pierre Drevet (bugle) et de Kurt Van Herck (as)  sur «Song For Micheline», ce rythme galopant sur «Extreme», la guitare de Peter Hertmans, les interventions de Bart Defoort ou Frank Vaganée sur «New Era»…
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Le BJO n’a plus rien à prouver et l’on aurait pu le laisser jouer un peu plus longtemps encore, mais les règlements stricts de police ne sont pas toujours compatibles s avec l’esprit de fête du Jazz Marathon.
Une petite heure de plus l’année prochaine… Hum ?


A+

18/05/2008

Tuesday Night Orchestra - Band of Birds

Depuis le temps que Sergio me parle de ce formidable Big Band qui se produit chez lui chaque premier mardi du mois (d’où le nom «Tuesday Night Orchestra»), il fallait bien qu’un jour ou l’autre j’aille l’écouter.

Croyez-le ou non, je n’en avais jamais trouvé l’occasion auparavant...
Même si le TNO joue régulièrement aussi au Hopper à Anvers.

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Mardi 6 mai, ça y est, j’y étais.

Dirigé par un sympathique et discret leader, Bart De Lausnay (tb), le Tuesday Night Orchestra joue la carte du swing énergique à fond. Ça joue vite, mais surtout, ça joue bien.

La plupart des morceaux sont des compositions personnelles de Tom Van Dyck ou des standards (ou assimilés) souvent arrangés par ce dernier ou par Wietse Meys (ts).
Tout ici est limpide, direct et d’une terrible efficacité.

La cohésion du groupe est évidente et cela permet à quelques solistes de se mettre en avant en toute confiance.

Pas étonnant, du coup, de voir débouler des solos nerveux (presque furieux) de Bruno Vansina (as) ou très volubiles de Steven Delannoye (ts).
De son côté, Tom Van Dyck, au sax baryton, fait vibrer par un jeu fluide et profond un éclatant «Yes Or No» de Wayne Shorter.
Et sur ce morceau, Michel Paré (tp) n’est pas en reste: jeu souple et tonique à la fois.

Dans le rang des trompettes, on s’en voudrait d’omettre les belles interventions d’Yves Fernandez  ou de Jean-Paul Estiévenart, plus
«Clifford Brownien» que jamais.

Plus loin, sur le très sensuel «Springwaltz», le trombone de Frederik Heirman se marie tellement bien à la contrebasse moelleuse et suave de Christophe Devisscher.
C’est vrai, il ne faudrait pas oublier la solide rythmique: Devisscher donc, mais aussi le drumming judicieux et attentif de Toon Van Dionant, ainsi que les interventions swinguantes, très inspirées et toujours mélodieuses d’Ewout Pierreux, caché dans le fond de la scène.
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Trop d’éloge et d’enthousiasme?
Allez plutôt les écouter, vous verrez que j’exagère à peine.
Et puis, si le leader du Brussels Jazz Orchestra, Frank Vaganée, a décidé de produire l’album du Tuesday Night Orchestra, c’est qu’il possède quelque chose ce Big Band, non ?

Vous m’en direz des nouvelles.

A+