17/08/2016

Un dimanche au Gaume Jazz Festival

32e édition du magnifique et très convivial Gaume Jazz Festival. Cette année, en plus, c’est sous un soleil de plomb qu’il se déroule. Et sur le coup de quinze heures, ce dimanche, le grand parc semble encore un peu endormi.

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C’est dans la salle du centre culturel de Rossignol qu’il faut aller. Il n’y fait pas plus frais, mais c’est là que le trio de Jeremy Dumont présente la musique de son premier - et très bon - album Resurrection.

Très resserrés autour du leader, concentrés et bien décidés à jouer un jazz énergique et dense, Victor Foulon (cb) et Fabio Zamagni (dm) attaquent « On Green Dolphin Street » avec vigueur. Le trio enchaine aussitôt avec « Try » et « Resurrection ». Les interventions du pianiste sont fermes et décidées, la basse claque presque autant que ne résonnent les coups de fouets sur la batterie. Mais surtout, ça groove et ça trace. Et l'intensité ne faiblit pas sur « Matkot » et ses réminiscences klezmer qui laissent transparaitre pourtant une pointe de mélancolie. Et puis, une dernier composition, inédite, confirme la direction bien tranchée que semble prendre le trio : de l’énergie, du nerf et de l’adrénaline. Jeremy Dumont définit de plus en plus précisément le jazz qu’il veut défendre. Et nous, on est prêt à le suivre.

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De l’énergie, la musique de Jean-François Foliez et son Playground n’en manque pas non plus ! Sous le grand chapiteau, qui a fait le plein, le quartette semble ne pas vouloir s’embarrasser de fioritures. Pourtant, le jazz à Foliez est ciselé, plein de raffinements et de subtilités. Mais avec un Casimir Liberski au piano et un Xavier Rogé aux drums, tout est limpide ! Le drumming claquant s'allie superbement aux folies harmoniques et rythmiques du pianiste. Et tandis que Janos Bruneel fait vibrer les cordes de sa contrebasse, le clarinettiste virevolte avec agilité et souplesse au-dessus de ce magma en fusion. Il y a, chez ce dernier, quelque chose de l’extravagance du jazz italien à la Gianluigi Trovesi, parfois. Même dans les plages plus lentes et intimistes, on sent toujours un travail rythmique intense. « Platinium », « Groove #2 » et surtout « Germination » sont époustouflants ! Chacun propulse l’autre un peu plus haut pour le meilleur de la musique. Une bonne heure de jazz bien tassé, entre détente (ha, cette fausse valse qui s'emballe après l’intro en solo de Jonas Bruneel) et tension… Et quelle tension !

Impossible de rentrer dans la salle pour écouter le trio Steve Houben, Stephan Pougin et Johan Dupont. Une tentative, une deuxième… J’abandonne et me laisse tenter par quelques délicatesses dont la Gaume a le secret…

Retour sous le chapiteau, plein à craquer, pour écouter Aka Moon et son Scarlatti Book.

On a beau les voir et les revoir (sur ce projet ou sur d'autres) on est toujours surpris par la puissance mélodique et énergique de ces quatre énergumènes. Et on est toujours ravi de les voir prendre plaisir à jouer et inventer ensemble. Ici, en reprenant Scarlatti, ils ramènent le clavecin et les compositions baroques dans le présent. Sans jamais caricaturer l'une ou l'autre époque. Aka Moon joue avec l'intelligence et la sensibilité de chacun plutôt que sur l'air du temps et les effets de mode. C'est cela qui rend la musique à la fois accessible, prenante et jubilatoire. Même si elle est complexe. Mais on ne cherche plus à comprendre et on laisse faire les artistes. Fabian Fiorini, entre contemporain et classique, déroule un phrasé toujours percussif, Frabrizio Cassol et Michel Hatzigeorgiou rebondissent sur des dialogues irréels qui nous laissent sans voix. Quant au drumming de Stéphane Galland, qui ne peut s’empêcher de surprendre tout le monde y compris ses acolytes, il est unique. Et puis, Aka Moon est unique. Autant les contrastes rythmiques sont marqués, autant les harmonies sont affinées. C'est l'eau et c’est le feu. Et c’est toujours aussi fort !!

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En début de soirée, dans l'église du village, on profite enfin d’un peu de fraîcheur mais aussi de la musique apaisante du duo Lionel Loueke et Nicolas Kummert. La veille, en quartette avec Karl Jannuska et Nic Thys, le saxophoniste avait présenté l'évolution de son travail avec le guitariste béninois (la « première » avait eu lieu ici). Un disque est en préparation et devrait sortir en février. Pour l'instant les deux artistes sont face à un public attentif et silencieux. Quoi de mieux qu'une Gnossienne de Satie pour débuter ? La musique se laisse modeler par le chœur de l’édifice. Tout est souffle, alanguissement, recueillement. La guitare sonne avec respect, plénitude et retenue. Même un morceau de Salif Keita se murmure et danse sensuellement. Nicolas Kummert ne se contente pas de jouer du ténor, il chante aussi. Il aime ça et il le fait bien. Puis c’est Loueke qui chante une berceuse béninoise avant de reprendre le « Hallelujah » de Jeff Buckley de circonstance. Beau moment...

Retour dans la petite salle, comble à nouveau, et dans une chaleur étouffante. Cette fois-ci, j’arrive à me faufiler. Tree-Ho, le groupe d’Alain Pierre, a déjà entamé « Aaron & Allen » et « Piazza Armerina ». On peut dire que ça groove ! Et « Joyful Breath » file tout aussi vite, et en toute légèreté, sur la douze cordes du guitariste. Soutenu par une paire rythmique qui se connaît bien (Antoine Pierre aux drums et Felix Zurstrassen à la basse électrique) et qui ne cesse d'évoluer, Tree-Ho propose un jazz vif, mélodieux et résolument optimiste, même dans les morceaux plus intimistes. « Seeking Song » (ou « Sea King Song » ?), un inédit, est fait dans le même bois mais se termine ici en prog rock psyché irrésistible. On sent que le groupe a encore de belles choses à nous faire découvrir. Ça tombe bien, on ne demande que ça.

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Je n’aurais pas l’occasion d’aller écouter le concert d’Orchestra ViVo ! , dirigé par Garrett List, Johan Dupont, Emmanuel Baily, Manu Louis, Marine Horbaczewski… bref, par les 29 musiciens ! Dommage, j’aurais bien voulu entendre et voir l’évolution du nouveau projet, que j’avais eu l’occasion de voir en « première » lors de la résidence de l’Orchestre à La Marlagne (j’en avais parlé ici).

J’aurais voulu être en Gaume les autres jours aussi pour entendre, entre autres, Lorenzo Di Maio, le projet Terrasson, Bekkas, Belmondo ou encore Manu Louis, Pascal Schumacher ou l’étonnante chanteuse Veronika Harsca… Mais… je n’ai toujours pas le don d’ubiquité.

A+

Merci a ©Pierre Embise pour les images !

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22/03/2016

Rhoda Scott Quartet - Jazz l'F Dinant

La bonne nouvelle était tombée un peu par surprise, il y a quelques temps : Jazz l'f reprenait du service ! On n’y croyait plus.

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Le premier concert (depuis longtemps, bien trop longtemps) aurait lieu ce vendredi 18 mars. «Premier» car, oui, il y en aura d’autres : un tous les mois ! On annonce déjà la venue prochaine de Gonzalo Rubalcaba en solo (deux soirs de suite) et, plus tard, celle du trio de Jonathan Kreisberg avec David Kikoski !

Mais ce vendredi soir, ce sont les amis indéfectibles du club qui ouvraient le bal : Rhoda Scott accompagnée de Félix Simtaine, Steve Houben et Maxime Blesin. Et c'est tout heureux que j'ai pris la route pour aller fêter le grand retour du jazz dans la ville de Monsieur Sax.

Et pour cette première, la salle était comble. Comme quoi, le jazz avait bien manqué à Dinant, et tout le monde semblait heureux de cette résurrection.

Il y a donc un air de fête (et un peu d'émotion aussi) quand l'organiste aux pieds nus entame un «I Found A New Baby» swinguant en diable ! Chacun y va de son solo et la musique tourne.

«There Will Never Be Another You», débuté avec insouciance, s’égare cependant un peu dans un jeu un peu «messy». Ce qui n’est pas pour déplaire. Par contre, «Wave» ne trouvera jamais un terrain d’entente. La bossa, superbement introduite par Maxime Blesin, se liquéfie dans un jeu pour le moins très fluctuant. Steve Houben, à la flûte, trace un chemin que ni Felix Simtaine ni Rhoda Scott ne semblent suivre. Tout le monde se cherche, personne ne se trouve. Etrange moment.

Heureusement, «Lover Man» fera un peu oublier cette incompréhension passagère. Le mariage du sax avec les notes cristallines de l'orgue fonctionne à merveille. Et Maxime Blesin, avec élégance et souplesse, survole l’ensemble. Ouf.

Le second set est beaucoup plus soul et gospel. Et cela marche nettement mieux. Steve Houben intervient dans des solos puissants qui sont aussitôt repris par Rhoda Scott ou Maxime Blesin. Les échanges sont francs et sûrs. C'est chaud et ça groove. Duke Ellington s’invite et se taille une bonne place. Duke ! Quand même… quelle écriture !

Et dans le genre «bien écrit», il faut souligner aussi le morceau de Steve Houben : «Enfance», une véritable petite perle. C’est tendre, sensible et joyeux à la fois.

Alors, après un dernier morceau plus soul, on s’offre encore un Duke, pour finir ce concert en beauté.

A+

05/01/2015

Steve Houben à l'Archiduc et Laurent Melnyk au Roskam

Dimanche à l'Archiduc.

Retour aux affaires pour Steve Houben (hé oui, il sera bientôt ex-directeur du conservatoire de Liège) et c'est tant mieux pour ceux qui aiment le voir sur scène. Autre bonne nouvelle : l'altiste n'a rien perdu de sa vivacité.

Il va littéralement chercher le dialogue avec ses comparses du jour. Il n'hésite pas à se pencher au-dessus de la batterie de Lieven Venken pour le pousser à… le pousser.

Puis, sur "You'd Be So Nice to Come Home To", il fait face à l'étonnant Martin Gjakonowski. Le contrebassiste s'échine à sortir du conventionnel. Son jeu, souple et ferme à la fois, vacille entre swing et dépouillement (sur "Yesterdays" par exemple).
Alors ça joue ("Poinciana") et ça brûle ("Bloomdido") comme l'alcool qui se dissout dans les veines.

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Au Roskam, Laurent Melnyk a réuni autour de lui Dorian Dumont (p), Garif Telzhanov (cb) et Fabio Zamagni (dm) pour un jazz énergique ("You'll Never Know") parfois teinté de soul funk (sur une compos personnelle, "I'm Here As Parody", inspirée de "I Hear A Rhapsody").
Le groupe fait monter la pression avec un naturel désarmant (sur certains thèmes de Wayne Shorter, par exemples, réarrangés de façons très convaincantes).

Le jeu de Melnyk est tout en souplesse et en sensualité et loin d'être fade... oh que non. Ses envolées sont limpides et brillantes, toutes comme celles de Dorian Dumont - pour le coup au piano électrique - qui donnent de la consistance à l'ensemble (ses impros sont parfaites de puissance maitrisée). Ajoutez à cela un drumming très actuel de Zamagni (dans l'esprit d’un Chris Dave, peut-être ?) et la contrebasse solide et toujours surprenante de Garif, et vous obtenez un tout bon jazz libéré et joué autant avec le cœur qu’avec les tripes.

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A+

 

 

25/03/2013

Tournai Jazz Festival sur Citizen Jazz

Les organisateurs du Tournai Jazz Festival apprennent vite. L’an dernier, pour la première édition, ils avaient déjà bien fait les choses. En grand. Peut-être même un peu trop grand pour un début : le BJO, Toots Thielemans, Eric Legnini, Philippe Catherine, Terez Montcalm et d’autres. Il fallait tenir le rythme pendant trois jours. Et sur la fin, on sentait le public un peu moins assidu.

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Cette année, on est passé à deux jours et on s’est limité à deux salles : le grand patio et la belle grande salle Jean Noté. Résultat : carton plein et une ambiance très festive.

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Compte rendu complet à lire sur Citizen Jazz...


A+


13/01/2013

Sous les flocons, le jazz.


Deux, trois, petits rendez-vous en ce début d’année.

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Hé oui, les festivals ne se déroulent pas toujours sous le soleil d’été.

Winter Jazz Festival porte d’ailleurs bien son nom. Depuis quelques années, Flagey et le Théâtre Marni proposent une série de concerts, ainsi que quelques projections de films concernant le jazz. Sur le grand écran, on y verra «Petrucciani» de Michael Radford, «Autour de minuit» de Bertrand Tavernier ou encore «Sweet And Lowdown» de Woody Allen.

Et sur scène on verra Mâäk avec Marc Ducret, Metal-o-phone ou encore Too Noisy Fish pour les plus avant-gardistes, Jef Neve, Sal La Rocca, LABtrio et Christian Escoudé, pour les valeurs sûres, Kaja Draksier’s Acropolis ou Elifantree pour les découvertes et Matthew Herbert Big Band pour le plus grand plaisir de tous.

Alors, hop ! Une écharpe, un bonnet et n’hésitez pas à traverser la Place Falgey dans les deux sens.

Mais à côté de la «grosse machine», n’oublions pas non plus nos amis de Muse Boosting et leur Blue Flamingo Jazz Festival, qui continuent à proposer chaque trimestre deux concerts à Molenbeek. Allez vous réchauffer dans cette magnifique salle du Château du Karreveld aux sons de Big Noise et du trio d’Igor Gehenot. Ambiance assurée.

Ça c’est à Bruxelles. Mais il y a aussi Tournai qui propose la deuxième édition de son Tournai Jazz Festival . Cette année, on y verra Ibrahim Maalouf (unique concert en Belgique !!) mais aussi Richard Galliano, Manu Katché, Bojan Vodenitcharov et Steve Houben et quelques jeunes groupes dont Blue Monday People, Mister Dumont, Pia Silva… et encore Big Noise.

Allez-y !

Et puis, il y a aussi les Djanjofolllies dont les concerts s’éparpillent aux quatre coins du pays (Christian Escoudé, Les Violons de Bruxelles, MuZiek de Singe, Les Doigts de l’Homme et bien d’autres).

Et, bien entendu, outre les festivals, il y a toujours les clubs, les clubs, toujours les clubs !

Plongez dans l’agenda du site des Lundis d’Hortense, qui est toujours là pour vous dire où et quand ça se passe. Qu'il neige ou qu'il fasse soleil...

 

A+

29/09/2012

Da Costa Trio au CC Hannut - Henrifontaine

Voilà quelques années (le temps passe vraiment trop vite!) que je n’avais plus eu l’occasion d’entendre le guitariste Victor Da Costa en concert. Ce vendredi 9 septembre, à Hannut, il se présentait en trio, avec Cédric Raymond à la contrebasse et Steve Houben à l’alto et à la flûte.

C’était un concert presque exceptionnel dans le sens où ce groupe ne s’est produit que très rarement en Belgique ces derniers temps (et peu de gigs sont prévus pour l’instant, ce qui est un peu dommage). C’est donc le CC Hannut qui a eu la bonne idée - et qui a saisi l’opportunité - de programmer ce trio en ouverture de sa saison jazz.

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La chaleureuse et intime Salle Henrifontaine est l’écrin idéal pour cette musique sensible. Une belle et bonne ambiance, de douceur de vivre et de convivialité, y flotte instantanément.

Alors, délicatement, le trio débute avec «Night and Day» puis «Like Someone In Love».

Da Costa, bien que son jeu sente à plein nez le soleil, évite de tomber dans les clichés de la musique brésilienne à laquelle on pourrait peut-être s’attendre de sa part. Bien sûr, il y a ce balancement naturel et ce phrasé souple, mais il y accole souvent des riffs plus tranchés et plus acides. Cela donne une version de «Minority» (de Gigi Gryce), plutôt vitaminée. La vélocité et le sens du swing font le reste.

Est-ce le fait d’être un multi instrumentiste surdoué (il excelle autant au piano qu’à la batterie, rappelons-le) que Cédric Raymond donne l’impression d’imposer avec facilité une vraie personnalité à la contrebasse ? Il la dompte plutôt que de la laisser l’entraîner. Ses attaques sont déterminées, son jeu est ferme et plein de contrastes. On le sent attentif aux moindres variations de ses partenaires. Il rebondit, invente et, bien sûr, se permet de faire quelques citations comme il les aime («Waters Of March» par exemple). Tout cela ajoute à la bonne humeur dans la salle.

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Et puis, il y a Steve Houben, expressif à souhait et toujours en mouvement (il danse, il se tortille, il se balade), qui illumine un peu plus encore l’ensemble. Le son est souvent clair, parfois aussi légèrement feutré ou éraillé. On y décèle cette pointe d’âpreté qui le rend un peu sale. Un son plein d’aspérités, presque palpable, un peu comme lorsque l’on passe la main doucement sur un papier graineux. Ses impros n'en sont que magnifiées.

Insérés parmi quelques compos personnelles (dont le tendre «Onze Dias», qui oscille entre une larme et un sourire, comme dirait l’ami Toots), le trio revisite quelques standards de Charlie Parker («Bloomdido» ou «Anthropology ») et quelques airs brésiliens pour parfumer l’ensemble, comme ce «Bossa Antigua» de Paul Desmond, sur lequel Steve Houben se fait magique.

Rien n’est vraiment lisse dans ce trio et c’est d’ailleurs ce qui en fait tout l’intérêt. On y sent toujours ces petites failles et ce côté un peu «impur» qui le rend très humain. Un peu comme la ride sur un visage qui en fait tout le charme.

Da Costa, Houben et Raymond racontent des histoires avec tendresse et sincérité. Comme l’on se parle entre vrais amis. En toute franchise. Que demander de plus ?


A+

 

16/01/2011

Winter Jazz Festival - Marni-Flagey

Ça y est, c’est reparti pour une nouvelle saison.

 

Premier festival de l’année: le Winter Jazz Festival, qui commence ce 19 janvier.

Le Winter Jazz Festival - ex Festival Jazz Marni Flagey - se déroule, comme son nom ne l’indique plus, en partie à Flagey et en partie au Théâtre Marni.

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Cette année, c’est la voix qui est mise à l’honneur et c’est Robin Mc Kelle qui ouvre les festivités. Robin Mc Kelle est originaire de Rochester et son style oscille entre jazz, soul et R’nB. C’est souvent énergique même si, à Flagey, elle viendra entourée d’un trio plus “jazz” (Reggie Washington à la contrebasse, Marc Mc Lean aux drums et Sam Barsh au piano). Sa voix, légèrement graineuse, son phrasé sensuel et son sens de la scène devraient nous faire passer un bon moment.

Le lendemain, au Théâtre Marni cette fois, Mélanie De Biasio se présentera en trio (avec Sam Gestmans (cb) et Pascal Mohy (p) ). Je ne vais pas vous redire une énième fois tout le bien que je pense d’elle, il suffit d’aller relire quelques articles ici, ici ou encore . A ne pas rater, bien sûr…

Samedi 22, toujours au Marni c’est Tutu Puoane qui viendra assurement nous charmer. Tutu est née en Afrique du Sud. Venue en Belgique pour parfaire son cursus musical, elle a rencontré le pianiste Ewout Pierreux et, depuis, est restée chez nous. On l’a déjà entendue avec le BJO, pour un projet en hommage à Myryam Makeba (“Mama Africa”), et on la retrouvera cette fois en quartette (Ewout Pierreux, bien sûr, Lieven Venken (dm) et Nic Thys (cb) ), pour nous dévoiler les beautés sensuelles de son dernier album “Quiet Now”.

Il y aura encore des voix à découvrir autour du trio d’Anne Wolf, qui présentera par la même occasion son nouvel album “Moon At Noon”. Amateurs de musiques chaudes et brésiliennes, rendez-vous à Flagey le 26.

Et puis, le 28, un des clous du festival: la première de “A Different Porgy And Another Bess”! Maria Joao, David Linx et le Brussels Jazz Orchestra revisitent le célèbre opéra de Greshwin. Si vous vous souvenez de la précédente collaboration de Linx avec le BJO (“Changing Face”) et si vous avez entendu le fantastique “Follow The Songlines” (avec Maria Joao, Mario Laginha et Diederik Wissels), vous pouvez peut-être - car avec David Linx, on n’est jamais au bout de ses surprises -  imaginer ce que donnera ce nouveau challenge…

 

D’autres concerts vous laisseront peut-être sans voix, ce sont ceux où il n’y en a pas.

J’ai retenu pour vous le retour de Rêve d’Eléphant, qui présentera son nouvel album “Pourquoi pas un scampi?”. Tout un programme! Quand on connait le côté onirique et follement inventif de cette bande de doux poètes déjantés, on ne risque certainement pas de s’ennuyer le 21 au Studio 1.

Autres moments à ne pas rater seront aussi les concerts de Fabien Degryse (dans le cadre d’une collaboration avec les Djangofolllies), qui proposera un programme “manouche” avec ses amis Peter Hertmans et Jacques Piroton aux guitares, Nic Thys à la contrebasse et Yves Teicher au violon; ainsi que le dernier projet de Steve Houben (as), entouré d’une belle brochette de “jeunes” jazzmen (Greg Houben (tp), Julien Delbrouck (bs, clar b), Quentin Liégeois (g), Antoine Pierre (dm) et Cedric Raymond (b, eb). Ça promet.

 

Et puis il ne faudrait pas oublier les 2 concerts “Piknikmuzik” des vendredis midis avec le très jeune et très talentueux Bram de Looze qui jouera une première fois avec Nic Thys et une seconde avec le Momentum Jazz Quartet.

 

Enfin, cerise sur le gâteau: Fabien Fiorini (p) mettra en musique deux chef-d’œuvres de Buster Keaton (“The General” et “Sherlock Jr.”), en duo avec Erik Vermeulen d’une part et avec Jozef Dumoulin de l’autre.

A vos agendas… l’hiver sera chaud!

 

A+

 

05/06/2010

Brussels Jazz Marathon 2010

Vendredi 28 mai, je marche vers la Grand Place de Bruxelles. Le ciel est clément, il y a même quelques rayons de soleil.

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Sur la grande scène, Mariana Tootsie a donné le départ du quinzième Jazz Marathon. Elle est accompagnée par ses «Chéris d’Amour». Personnellement, et même si cela est sympathique, je ne suis pas convaincu par ce nom de baptême (j’aurais même tendance à m’en méfier). Mais c’est Mariana Tootsie (très grande voix!) et Matthieu Vann (p, keyb) et Jérôme Van Den Bril (eg) et Cédric Raymond (cb) et Bilou Doneux (dm). Et très vite, toutes mes appréhensions se dissipent. Mariana possède décidément une sacrée voix (désolé si je me répète) et son groupe sonne vraiment bien! Ça groove, c’est soul, c’est funky, c’est sec et puissant, c’est un peu frustre, un peu brut… mais qu’est ce que c’est bon! Le temps d’un titre, le groupe invite Renata Kamara, histoire de flirter un peu avec le rap.

Ça démarre fort, ça démarre bien!

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Toujours sur la Grand Place, je découvre ensuite le trio d’Harold Lopez Nussa, dont on m’avait dit beaucoup de bien. Le pianiste vient tout droit de Cuba. Son jeu est vif, brillant, explosif. Sous la couleur d’un jazz très actuel, nourri à la pop, on sent poindre, bien sûr, les rythmes afro-cubains. Le mélange est très équilibré. Entre Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera (cb) et l’excellent batteur Ruy Adrian Lopez Nussa, l’entente est parfaite. Le trio évite le piège du cuban-jazz trop typé pour en délivrer leur vision assez personnelle et bien tranchée. Un trio à suivre de près.

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Je fais un crochet par la Place Sainte-Catherine pour saluer Manu Hermia (as), François Garny (eg) et Michel Seba (perc) occupés à se préparer pour le concert de Slang. Connaissant la bande, je décide d’aller découvrir, au Lombard, le nouveau projet de Rui Salgado (cb), Cédric Favresse (as), Ben Pischi (p) et Nico Chkifi (dm): Citta Collectif.

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Le groupe s’est formé assez récemment et on le sent encore en recherche. Il en ressort cependant déjà de belles idées. Suivant les morceaux, on peut y déceler, ici, les influences d’un Abdullah Ibrahim, là,  «l’urgence» d’un Charlie Parker et, plus loin encore, l’inspiration de ragas indiens. La musique circule, joue le mystère, fait cohabiter les silences et la frénésie. Voilà encore un groupe qui promet.

Changement de crèmerie. Sur le chemin vers la Place St Géry, Raztaboul, met le feu ska-jazz-funk sur le podium du Bonnefooi.

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J’arrive au Café Central. Au fond de la salle, PaNoPTiCon improvise, délire, part en vrille. À un ami qui me demandait ce qu’il fallait aller voir au Jazz Marathon, j’avais cité PaNoPTiCon en lui précisant: «jazz indéfinissable». Domenico Solazzo, le batteur, leader et instigateur du projet invite pratiquement chaque fois des musiciens différents. C’est ainsi que se retrouvaient autour de lui ce soir, Antoine Guenet (keyb), Michel Delville (g), Olivier Catala (eb) et Jan Rzewski (ss). La règle du jeu? Pas de répétition mais de l’impro libre et totale. L’expérience est assez fascinante, déconcertante voire éprouvante, car ici, tout est permis. Le groupe explore les stridences, va au bout des sons et des idées. Certains spectateurs abandonnent, d’autres entrent dans le jeu. Je fais visiblement partie de la deuxième catégorie. Certes, la musique n’est pas facile, mais il y a ce côté expérimental et cette recherche de l’accident qui me captive. Michel Delville injecte des sons très seventies, évoquant le prog-rock et Jan Rzewski fait couiner son soprano. PaNoPTiCon explore les recoins de la musique underground, du jazz-rock, de la musique sérielle, du drone… et du jazz, tout simplement. Il fait s’entrechoquer les mondes. Expérience musicale et spirituelle assez forte.

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Avant de rentrer, je vais écouter Piero Delle Monache (ts) et Laurent Melnyk (g)  accompagnés d’Armando Luongo (dm) et de Daniele Esposito (cb). «Ecouter», est un bien grand mot. Le quartette joue sur une scène grande comme un mouchoir de poche, dans un endroit improbable où le public n’en a absolument rien à cirer. Le Celtica est bourré à craquer de gens bruyants, déjà bien imbibés, qui se sont juste réunis pour beugler et boire encore. On se demande bien où est l’intérêt pour les musiciens de se retrouver à jouer dans des conditions aussi indécentes? On appréciera le groupe une autre fois, dans de meilleures circonstances, je l’espère. En attendant, je vous conseille le très bon premier album de Delle Monache: «Welcome» (j’en reparlerai).

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Samedi, Place Fernand Cocq, où les parasols servent de parapluies, me voilà avec Jempi Samyn, Jacobien Tamsma, Fabien Degryse, Henri Greindl et Nicolas Kummert dans le jury du concours Jeunes Talents.

Le premier groupe à se lancer est le Metropolitan Quintet. Voilà déjà plusieurs fois que je les entends, et chaque fois le niveau monte. Le groupe propose une musique clairement influencée par le jazz-rock seventies auquel il ajoute une touche parfois funky, parfois plus contemporaine. C’est très habilement joué et l’on remarque bien vite de belles personnalités, comme Antoine Pierre (dm et leader), qui recevra d’ailleurs le prix du meilleur soliste, mais aussi le saxophoniste Clément Dechambre

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Changement radical de style, ensuite, avec le duo Saxodeon de Julien Delbrouck (ss, baryton, cl.basse) et Thibault Dille (acc.). La mélancolie et le lyrisme mélangés à une touche de new tango ou parfois de bossa, offrent une belle originalité. Le pari est osé, mais manque peut-être encore d’un peu de souplesse, la moindre hésitation se paie cash. Finalement, c’est Raw Kandinsky qui mettra tout le monde d’accord.

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Ce jeune quartette - Johan De Pue (g), Quirijn Vos (tp), Tijn Jans (dm) et Martin Masakowski (cb) – est très affûté, très soudé et énergique. Sorte de neo-bop, un poil rock, un poil funk, qui va à l’essentiel. Pas de bavardage inutile, mais de l’efficacité servie par d’excellents musiciens (à l’image de l’impressionnant contrebassiste). On reverra tous ces groupes au Sounds le 25 juin, venez nombreux, ça vaut le coup d’oreille.

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Allez, hop, je descends dans le centre écouter Jeroen Van Herzeele et Louis Favre. Avant ça, je fais une halte sur la Grand Place pour écouter la fin du concert de Julien Tassin (g) et Manu Hermia (as) que j’avais déjà vu en club (et dont je n’ai pas eu le temps de vous parler... désolé). Musique énergique, spontanée et directe qui s’inspire du funk, de la soul, du rock, de John Scofield ou de Jimi Hendrix. Jacques Pili est à la basse électrique et Bilou Donneux à la batterie. Efficace et groovy en diable! Je vous le recommande!

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Le Lombard s’est vite rempli et le public restera scotché. Pourtant, il n’y aucune concession dans la musique de Louis Favre (dm), Jeroen Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb). C’est Coltranien en plein! Un long premier morceau évolutif nous emmène haut, très haut. Ça psalmodie, ça rougeoie et c’est incandescent. Le deuxième morceau est emmené à un train d’enfer par Favre. Il y a du Hamid Drake dans son jeu. Van Herzeele fait crier son sax, le fait pleurer, le fait chanter. Les phrases s’inventent et se cristallisent dans l’instant. Fantastique moment!

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Curieux, je remonte vers le Sablon pour écouter Casimir Liberski. Le retour de l’enfant prodige fraîchement diplômé du célèbre Berklee College of Music. Avec Reggie Washington à la basse électrique et Jeff Fajardo aux drums, le trio nous sert un jazz très (trop) propre, presque aseptisé. On s’ennuie à écouter de longues boucles funky, un peu molles, entendues chez Hancock, par exemple, dans les années 80 (pas la période que je préfère). Bref, ça sent le salon cosy. Liberski prépare un album avec Tyshawn Sorey (dm) et Thomas Morgan (cb), ça devrait, je l’espère, sonner autrement.

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Au Chat Pitre, Mathieu De Wit (p), Frans Van Isacker (as), Damien Campion (cb), Jonathan Taylor (dm) dépoussièrent de vieux standards («The Way You Look Tonight», «Blue Monk», etc.). Sans pour autant les dénaturer, le groupe parvient à leur donner une fraîcheur plutôt originale.

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Et je termine ma longue journée au Sounds pour écouter Philip Catherine (g) en compagnie des fantastiques Benoît Sourisse (orgue Hammond) et André Charlier (dm). «Smile», «Congo Square» et autres thèmes passent à la moulinette d’un groove nerveux et explosif. L’entente est parfaite, le timing irréprochable et le plaisir communicatif. Le bonheur est parfait.

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Dimanche après-midi, sur la Grand Place, le programme est concocté par les Lundis d’Hortense. Sabin Todorov présente son dernier projet avec le Bulgarka Junior Quartet et chasse les nuages. Les chants traditionnels bulgares mélangés au jazz révèlent ici toute leur magie. L’équilibre est subtil entre les voix, l’alto de Steve Houben et le trio de Todorov. C’est souvent dansant, coloré et ça tient vraiment bien la route.

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Je reste, par contre, toujours un peu mitigé par rapport au projet de Barbara Wiernik. C’est tendre et sensible, tous les musiciens sont excellents (Blondiau sur «Drops Can Fly», pour ne prendre qu’un exemple)… mais je n’arrive pas à «entrer dedans».

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Avec Nathalie Loriers, le soleil est définitivement de retour. Sous la direction de Bert Joris (tp), le Spiegel String Quartet (Igor Semenoff (v), Stefan Willems (v), Aurélie Entringer (v) et Jan Sciffer (cello)) fait un sans faute. Nathalie fait swinguer «Neige» et «Intuitions & Illusions» et nous donne le frisson sur «Mémoire d’Ô». Belle réussite que cette association de cordes et avec un quartette jazz

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Comme chaque année, la fête se termine trop tôt (22h15: extinction des feux!!!?? On croit rêver!!), alors je passe par le RoskamBen Sluijs (as) s’y produit en trio, avec Manolo Cabras (cb) et Eric Thielemans (dm). Musique très ouverte, parfois inconfortable, parfois cérébrale mais toujours excitante. Rien à faire j’adore ça…

Rideau.

A+

 

26/04/2010

Arthur Kell Quartet au Sounds

1er Avril au Sounds.

On vous annonce Loren Stillman, Brad Shepik, Mark Ferber et Arthur Kell, et la salle est aux trois quarts pleine. À New York, on se bouscule pour les écouter. Des musiciens pareils, à Bruxelles, dans un club, ce n’est pas tous les jours (bien qu’Arthur Kell et ses amis sont des habitués de l’Archiduc. Merci Jean-Louis). Heureusement, la plupart des élèves de Steve Houben avaient bien reçu le message du prof: il y avait une leçon à prendre ce soir au Sounds. Pour 10 euros seulement!

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Ce qui est bien avec des jazzmen de cet acabit, c’est que ça démarre tout de suite. Les dents dans la viande ! Et de la viande, il y en a, et de la bonne. Nos quatre musiciens ne tournent pas autour du pot. Ils sont là pour jouer, ça se voit, ça se ressent.

«Jester» est énergique et accrocheur. «Draco», tout en sinuosité, fait encore monter la pression. Stillman gonfle les notes, ressert les espaces, tend les mélodies et lance Brad Shepik vers des improvisations fines, vives, éblouissantes d’énergie et d’élégance. Après seulement deux morceaux, le quartette a posé les fondations solides de leur répertoire. À partir de là, ils vont broder, enrichir et aiguiser chaque thème. Tout est possible.

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Arthur Kell a ce goût du partage avec ses musiciens mais aussi avec le public. Il explique, avec une brillance dans le regard, la genèse de certains morceaux souvent nés de rencontres improbables et de relations fortes et durables. «Papa Aba» (écrit en souvenir d’un homme rencontré dans le désert Nigérian) s’inspire d’une mélodie africaine égrainée au sax et à la guitare, alors que Kell s’amuse à la détricoter à la basse. Mark Ferber en profite pour faire sonner sa batterie comme au bon vieux temps d’Art Blakey. La chorégraphie de ses gestes est un plaisir à observer. Il tire de sa batterie un son profond, gras et sec à la fois. Son drive est déterminé, il affile les angles, affûte les arêtes. Sur «Song For The Journey», Kell démontre toute sa dextérité et sa sensibilité à faire jaillir toute la musicalité de son instrument. Quant à «Dada» (inspiré cette fois d’une aventure épique lors d’une tournée en Espagne), sur un rythme apparemment simple, quasi binaire, le quartette échafaude des mélodies aux mille nuances. Et jusqu’à la fin, le groupe nous tiendra en haleine, n’hésitant pas à changer de direction et de décor au fil des morceaux. L’interaction entre Brad Shepik, décidément hallucinant dans un jeu en «fausses simplicités», et Loren Stillman est un modèle du genre. Arthur Kell et Mark Ferber, quant à eux, s’amusent à alterner les tempos, à les déstructurer, à jouer les polyrythmies brûlantes et énergisantes.

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Sans avoir l’air d’y toucher, sans jamais tomber dans l’intellectualisme musical et en évitant la piège du «tout en force», le quartette d’Arthur Kell dose l’énergie qui permet de voyager longtemps. Car on voyage. Et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Au bar, Arthur Kell me parle beaucoup de son frère disparu trop tôt, me raconte un peu son parcours. Né dans le Massachusetts, Kell a beaucoup voyagé (Afrique, Europe, Asie), il a beaucoup joué avec Thomas Chapin, Bobbie Previte, Marc Ribot, Billy Bang, Sanni Orasmaa, Bernard Purdie, Matt Wilson et bien d'autres. Il a formé plusieurs groupes avec Steve Cardenas, Ben Monder, Gerald Cleaver, Donny McCaslin et Chris Cheek… Puis, avec Sergio et Steve Houben, on discute avec Loren Stillman, qui a joué avec Charlie Haden, Paul Motian, Carla Bley, Drew Gress, Joey Baron et qui vient de sortir un album (Winter Fruits) chez Pirouet avec Nate Radley, Gary Versace et Ted Poor. On parle de la scène new-yorkaise, belge et européenne. Des difficultés du jazz et de ses richesses.

Des personnalités attachantes, d’une simplicité et d’un accès facile. Comme la plupart des jazzmen que l’on rencontre dans les clubs. C’est ça la magie. C’est pour ça qu’il y a et qu’il faut des clubs de jazz…

 

A+

 

09/10/2009

Un Igloo à Toulouse

 

Du 8 au 26 octobre, du côté de Toulouse aura lieu le Festival sur son 31.

Vous allez me dire que si je commence à parler de festivals qui se passent bien au-delà de nos petites frontières, je risque de ne plus du tout m’en sortir. Certes.

Seulement voilà, là-bas, le samedi 24 octobre aura lieu une journée spéciale consacrée au label Igloo. (Oui, il y en a eu en Belgique aussi).

J’avais rencontré Christine Jottard, directrice d’Igloo, à l’occasion des 30 ans du label, il y a quelque temps déjà (rappelez-vous la fête au Théâtre Marni). L’interview n’a jamais été diffusée. Voici une belle occasion de me racheter.

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Comment a démarré l’aventure Igloo?

Daniel Sotiaux a d’abord créé un label dédié à la musique expérimentale, à la poésie sonore et à la musique électronique, avec des artistes tels que John Van Rymenant, Jacques Bekaert, etc… Parallèlement à cela, à la même époque, des musiciens de jazz qui s’étaient regroupés au sein de l’association «Les Lundis d’Hortense» ont créé leur label: LDH. Nous avons décidé, après avoir publié chacun quelques albums de regrouper nos forces.

L’optique était de promouvoir les musiciens belges, de pouvoir les enregistrer plus facilement mais surtout d’être plus performant dans la distribution?

Oui, soutenir les jeunes musiciens belges a toujours été une constante chez nous, dès le début. Nous mettons à disposition des jazzmen une structure plus solide. On leur facilite l’enregistrement, mais aussi la production, le suivi, le travail administratif et graphique… Et bien sûr, la distribution au-delà de la Belgique. Cela s’est fait assez rapidement avec la France qui est un marché important pour nous. Le Japon s’est vite développé aussi.

Quel a été le premier disque enregistré sous le label Igloo?

Le tout premier était un disque de poésie musicale, pas vraiment «jazz». Celui que l’on considère comme étant le premier album «jazz» chez Igloo est l’album de Philip Catherine, Jean-Louis Rassinfosse et Chet Baker. C’est d’ailleurs le premier que nous avons sorti lorsque nous sommes passé du vinyle au CD. Ils ont d’ailleurs co-existé sous les deux formes pendant longtemps. Il faut dire que le CD était beaucoup plus cher à fabriquer à l’époque. Le CD fut le premier changement dans la production. On se demandait tous si nous allions pouvoir suivre. Finalement, c’est la matière du support qui a changé, pas notre façon d’écouter ni d’acheter la musique. Ce qui est assez différent, actuellement, avec l’arrivée d’Internet et la musique « dématérialisée ».

Vous subissez ce changement?

On sent une différence, bien sûr. Les générations actuelles sont habituées à recevoir de la musique gratuitement ou à n’acheter qu’un titre plutôt que tout un album. En ce qui concerne le jazz, nous sommes pourtant relativement protégés. Ceux qui écoutent du jazz ont une démarche plus proche de ceux qui écoutent du classique, par exemple. Ils sont encore attachés à l’objet, à la pochette et surtout à l’ensemble de «l’œuvre». Mais il est clair que cela évolue. Le plus inquiétant, c’est qu’il existe de moins en moins de disquaires et de distributeurs. C’est là où le choix se restreint. Il reste les grandes chaînes, mais tout est informatisé, centralisé, analysé… C’est malheureusement plus impersonnel.

C’est pourquoi on achète de plus en plus via Internet. Peut-on acheter les albums sur le site Igloo?

Oui, on peut les commander. Et depuis deux ans, nous sommes en train de remettre tout le catalogue en téléchargement.

Des disques «épuisés» seront donc de nouveau disponibles?

Oui, bientôt. Mais il y a un gros travail de remasterisation à faire. C’est du temps et de l’argent.

Quelles ont été les plus grosses ventes d’Igloo?

Le jazz est quelque chose d’assez intemporel. L’album de Chet, Jean-Louis et Philip continu à se vendre régulièrement, tout comme les albums de Nathalie Loriers. La musque du monde fonctionne bien. C’est difficile à dire. En fait, Igloo est divisé en trois parties. À Igloo Jazz, nous avons ajouté Igloo+, afin de produire des projets plus spécifiques comme celui de Stéphane Collin qui mélange la musique contemporaine, le classique et  le jazz. En 2005, nous avons créé Igloo Mondo suite au projet «Djigui» de Pierre Van Dormael qui avait rencontré des musiciens Maliens.

Comment sélectionnez-vous les artistes que vous allez produire?

Nous recevons beaucoup de démos et nous assistons à bon nombre de concerts. Ensuite, nous nous réunissons, quatre à cinq fois par an, avec des diffuseurs ou des organisateurs. Cela nous permet de confronter nos idées… et de les conforter. Ensuite, nous travaillons essentiellement la production. Nous organisons les enregistrements. Nous travaillons avec de jeunes groupes qui n’ont pas toujours l’habitude du studio. Nous les conseillons, les rassurons.

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L’ambition d’Igloo est toujours de découvrir et de « pousser » des jeunes jazzmen?

Oui, il y a toujours cette envie d’être attentif à ce qui se passe sur la jeune scène belge, tout en restant attentif aux générations précédentes, bien sûr. Nous essayons de préserver le côté «patrimoine». Nous avons ressorti l’album de Sadi par exemple. Nous avons fait la même chose avec Jacques Pelzer. Et il y a des groupes avec lesquels nous travaillons de longue date, comme L’Âme des Poètes, par exemple.

Certains «jeunes», une fois qu’ils ont «un nom», changent de maison de disques, ce n’est pas frustrant, parfois?

Frustrant? Non. Il faut être conscient de ce que l’on peut faire et être conscient de ses limites aussi. Nous donnons ce que nous pouvons. Les jazzmen qui ont le potentiel de développer une grande carrière peuvent prendre leur avenir en main. Nous n’avons jamais eu la politique de retenir les artistes avec des contrats. Ce n’est donc pas frustrant, au contraire. Si l’artiste arrive à ce résultat, c’est que nous avons rempli notre rôle.

Après la production et la diffusion du CD, y a-t-il un suivi de l’artiste? L’organisation de concerts, de gigs ou autres…?

Au début, nous nous en occupions peu. Mais c’est un axe sur lequel nous travaillons actuellement. Il faut dire qu’il y a un manque d’agents pour les jazzmen. Les rares qui sont sur le marché sont submergés de demandes et ne peuvent pas tout assumer. C’est un énorme boulot et il est très difficile d’en vivre. Quant aux groupes qui se gèrent eux-mêmes, ils n’ont pas toujours le temps de faire toutes les démarches non plus. Les jazzmen sont impliqués dans bon nombre de groupes différents, et adapter les calendriers de chacun est souvent difficile. Alors, nous les aidons de plus en plus au niveau de la promo, de la recherche de concerts. Nous essayons aussi de mieux gérer les sorties d’albums en organisant simultanément des concerts, comme nous l’avons fait à Paris pour Mélanie De Biasio.

Igloo est une ASBL subventionnée par la Communauté Française de Belgique. Impose-t-elle des choses?

Nous avons un cahier des charges avec un nombre d’albums à produire pour une période de cinq ans. Chaque année nous rentrons un rapport qui pourrait nous amener à «justifier» nos choix. Mais jusqu’à présent, nous n’avons jamais eu à le faire. Artistiquement, ils n’interviennent absolument pas et nous font totalement confiance.

En 30 ans, le jazz a évolué. Des «styles» ont été abandonnés au profit d’autres? Y a-t-il un «style» Igloo?

Un style «maison», je ne sais pas. Je dirais peut-être que nous sommes devenu un peu plus sage…

Sage? Pourtant, un album comme celui de Cécile Broché et Etienne Bouyer n’est pas simple ni sage.

Oh oui, bien sûr ! Mais, je parle en général. Si je prends des groupes du début, comme Trio Bravo ou Julverne, c’était osé. C’est normal, ou dommage, mais lorsqu’on rentre dans des circuits de distribution dits «commerciaux», on nous demande d’essayer de définir les genres. Ceux qui ne sont pas clairement définis sont difficiles à «travailler».

Oui, mais c’est ce qui fait aussi l’originalité du jazz. Souvent, les gens se posent la question: «Est-ce du jazz?» Cette musique est tellement «large»…

Tout à fait. Mais on remarque ce phénomène en radio également. Tout ce qui est «entre-deux» a du mal à trouver sa place. C’était plus «ouvert» avant. Il y a eu une période dorée qui s’est un peu perdue depuis que les radios nationales se sont restructurées, thématisées et que les autres radios sont exclusivement «commerciales». Tout ce qui est «jazz» se retrouve dans un créneau de plus en plus étroit.

Est-ce que ce cloisonnement s’est fait aussi entre la Flandre et la Wallonie?  Igloo a peut-être une image assez francophone?

Nous n’avons jamais fait d’exclusive. En jazz belge, les groupes sont souvent mélangés entre flamands et francophones. En plus, pendant longtemps, il n’y avait pas d’équivalent à Igloo en Flandre. De Werf a ouvert une brèche dans les années ’90 et depuis, d’autres labels s’y sont engouffrés.  Nous avons toujours gardé de bons contacts avec la presse, les radios, la distribution. Le projet «Al Funduq» de Pierre Vaiana a été sélectionné par Klara. Non, vraiment, il n’y a pas de problème de ce côté-là, Dieu nous en garde…


Le 24 octobre, le quartette de Manu Hermia, le trio de Steve Houben et le duo Pascal Mohy et Mélanie de Biasio joueront à Toulouse.

 

Pour tous les autres rendez-vous jazz (en Belgique) voyez l’agenda Jazz In Belgium

 

A+

 

22/03/2009

Du neuf à Leffe.

Ça y est.
Après bientôt 12 ans de festival, Dinant s’offre enfin un club.
Hé oui, il n’y avait pas de club de jazz dans la cité qui a vu naître le papa du saxophone.
Bien sûr, certains se rappellent la grande époque du Charles Quint (qui a fermé ses portes au début des années 90), mais depuis, c’était le calme plat du côté du rocher Bayard.

Il fallait bien un fondu à qui rien ne fait peur pour décider d’ouvrir un club à l’époque où la plupart d’entre eux tirent la langue… quoique ce soit l’histoire éternelle des clubs de jazz.
Tout le monde connaît la blague: «Comment devenir millionnaire? … Être milliardaire et ouvrir un club de jazz!»

Jean-Claude Laloux n’est pas milliardaire, mais il est un amoureux éperdu du jazz et c’est sans conteste l’une des principales qualités requises pour faire fonctionner un club.

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L’F est donc né.

L’F, parce que le club se situe à deux pas de l’Abbaye de Leffe, dans l’ancienne classe de gym de l’école inoccupée depuis près de cinq ans et qui fut rachetée par les Pères de l’Abbaye. Et ceux-ci l’ont mis gracieusement à la disposition du jazz…

Ce 7 mars, pour le concert d’ouverture, Jean-Claude et ses bénévoles avaient mis les petits plats dans les grands pour proposer une belle et grande jam.

Dans la salle, plus de 200 personnes.
Et sur la scène, on a vu défiler Rhoda Scott, David Linx, Steve Houben, Roby Lakatos, Sal La Rocca, Hans Van Oosterhout, Greg Houben, Maxime Blesin, Kalman Olah (qui fut un peu à l’origine de la création des Dinant Jazz Nights) et même le Père Augustin (pour un «C.Jam Blues» mémorable).
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La fête a donc commencé avec Kalman Olah en solo sur «East Of The Sun», rejoint ensuite par Sal La Rocca, Hans Van Osterhout et Steve Houben.
Jazz tout en douceur et décontraction.
Les clins d’œils s’échangent et Maxime Blesin monte sur scène pour un délicat et sensuel «River Of Dreams». Le jeu de Maxime est souple, profond et légèrement swinguant.
Idéal pour glisser vers un «Shifting Down» plus «nocturne» que jamais.
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Quand Rhoda Scott arrive sur scène, c’est avec la ferme intension de bouter le feu à chacun des tunes.
Elle entame «Like Someone In Love» en y mettant toute son âme.
Bien vite la tension monte. On navigue alors entre soul et gospel.
Ça transpire ferme.
Houben déroule des phrases incandescentes et Rhoda enflamme le reste.

David Linx ne fait pas baisser le niveau. Au contraire, électrisé par l’ambiance, il nous sert un troublant et fabuleux «I’ve Got The World On A String» (de Frank Sinatra) à la façon Etta James… Merveilleux !
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On calme quelque peu les esprits avec l’une ou l’autre ballade («My Romance») avant que Roby Lakatos ne vienne à son tour raviver les ardeurs.
Le violoniste hongrois démontre tous ses talents d’improvisateur virtuose.
Le hard bop se mêle aux accents tziganes.
Les échanges entre Greg Houben (remonté par son récent séjour à New York), Rhoda Scott et Maxime Blesin sont éclatants.
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Puissant et d’une justesse étonnante, Hans Van Osterhout a assuré ces rythmes d’enfer durant toute la soirée, sans jamais faiblir… Tout comme Sal La Rocca. Chapeau.

Tout le monde est ravi, la «première» est totalement réussie.

Rendez-vous est pris !
Le mois prochain (le 3 avril), l’F accueillera Eric Legnini et Lionel Belmondo, puis le trio de Greg Houben, puis… puis…

Longue vie à l’F.

A+

24/08/2008

Sabin Todorov sur Citizen et les J.O.

Petit détour du côté de Citizen Jazz.
Cette fois-ci, c’est pour vous inviter à aller lire ma chronique de «Inside Story» de Sabin Todorov et ensuite, à moins que ce ne soit déjà fait, aller vous procurer  l’album.

Rappelez-vous, j’avais vu le concert du pianiste et son trio à Bruges voici quelques mois.

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«Inside Story» est sorti chez Igloo et est dans les bacs des bons disquaires depuis quelque temps déjà.


Autre album sorti récemment et qui trône déjà dans les bacs, c’est «JazzOlympics».
Il me semblait opportun d’en parler après l’obtention d’une médaille d’Or de notre belle, brillante et très sympathique Tia Hellebaut au saut en hauteur

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L’album est d’ailleurs de couleur jaune, comme l’or, et vous le repèrerez facilement.

«JazzOlympics» est une initiative du COIB afin d’encourager nos athlètes et d’illustrer les valeurs Olympiques. L’album est produit par Jan Hautekiet et Jean Kluger.

Huit «groupes» (le 8 du 8 en 2008 etc…vous connaissez l’histoire), se sont donc donnés rendez-vous pour illustrer huit thèmes chers au Baron de Coubertin. Ainsi, la fraternité, le dépassement de soi, la tolérance, le fair-play etc… sont déclinés par quelques-uns de nos meilleurs jazzmen belges.

Le porte-drapeau de la délégation n’est autre que Toot Thielemans qui ouvre la marche avec un tendre «Best Of Yourself», suivi par David Linx et le BJO pour un «Fraternity» sous forme de chanson optimiste, sautillante et légère.
On retrouve bien sûr Philip Catherine dans un «Friendship» intimiste et recueilli, en duo avec Philippe Decock (keyboards).

Nathalie Loriers, quant à elle, revient en trio (Philippe Aerts (cb), mais aussi pour l’occasion Stéphane Galland aux drums) pour nous offrir l’un des meilleurs morceaux du disque (à mon avis): «Confidence». Thème bâti sur un swing fébrile, fait de tensions et de breaks jubilatoires.
Le toucher de la pianiste et ses arrangements sont de pures merveilles. Ça donne vraiment envie de revoir rapidement Nathalie avec cette formule

 

 

Autres belles surprises de l’album: «Tolerance» de Michel Herr et son Life Lines ainsi que «Solidarity» de Jef Neve.
Pour le premier, on saluera les arrangements finement ciselés qui permettent à Jacques Pirotton (g), Alexandre Cavalière (violon), Fabrice Alleman (ts, ss) ou encore Peter Vandendriessche (as) d’intervenir dans de riches et réjouissantes improvisations.
Le deuxième, Jef donc, explore un peu plus mélodiquement ce qu’il a commencé sur le «bonus CD» de son dernier album «Soul In A Picture»: c’est-à-dire une fusion entre jazz acoustique, loops et électro. Une belle réussite.

HLM (Houben, Loos, Maurane) et Stéphane Mercier font aussi partie de l’équipe et proposent de tendres sympathiques compositions.

Ils sont donc huit, mais le BJO s’offre un tour d’honneur avec un dynamique et tonitruant «The Hopper», histoire de terminer par un feu d’artifice.

Alors, faites comme Tia, rentrez à la maison avec de l’or.

A+

31/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 3)

Dimanche, vers 15h, rendez-vous dans l’Abbaye Notre Dame de Leffe.

Il y a du monde.
Ça sent la cire et l’encens.

Assise devant les 56 touches et les 1532 tuyaux de l’orgue majestueux de l’abbatiale, inspiré par les instruments construits au début du XVIIIe siècle par le facteur d’orgues Gottfried Silbermann (qui vivait à la même époque et dans la même région que Bach), Rhoda Scott entame la «Toccata» de Bach.
Quoi de plus normal?
Surtout quand on se souvient aussi que l’organiste avait sorti en son temps un superbe album: «Come Bach To Me».

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Mais très vite, Rhoda Scott prend le chemin de «Summertime».
Steve Houben, au sax alto, emboîte le pas et nous voilà parti pour un voyage éblouissant entre gospel, baroque, blues, jazz et soul.

Les thèmes défilent avec élégance, avec vivacité, avec bonheur.
La rencontre entre l’orgue et le sax est majestueuse.
L’heure passe beaucoup trop vite et c’est déjà «Let My People Go».

Applaudissements à tout rompre.
Les musiciens reviennent pour un rappel.
Magnifique!
Sans aucun doute un des plus beaux concerts de ce festival !

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Retour sous la tente pour écouter le délicat duo entre Pascal Mohy (p) et Quentin Liégeois (g).
La musique est très intimiste, mais ne manque cependant pas de swing.
Le duo revisite quelques standards («‘Round Midnight», «Like Someone In Love»), mais propose aussi quelques compositions originales dont «6,4,2» aux motifs répétitifs ou le très sensible «Jojo», équilibré à la manière d’une valse.

Mohy et Liégeois: deux excellents musiciens à suivre et à revoir dans l’intimité d’un club.
Bonheur assuré!

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Changement de style ensuite avec le tonitruant Big Boogaloo Sextet d’Eric Legnini.
Au trio de base - Frank Agulhon (dm) et Fabrice Allamane (b) - se sont joints Flavio Boltro (tp), Stéphane Belmondo (tp) et Julien Lourau (ts).

Les deux trompettistes sont intenables.
Ils dynamitent un set pourtant déjà très explosif à la base!
«Miss Soul» doit bien se tenir entre «Mojito Forever» et «Sugar».

Chacun y va de son chorus, chacun tente de déstabiliser l’autre.
C’est bourré de surprises, de croche-pieds et de bonne humeur.

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David Linx, de passage, s’invitera à la fête pour un émouvant «Autour De Minuit» en hommage à Claude Nougaro.

Et pour clore ce décidemment très sympathique festival: Toots Thielemans et son trio.

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Toujours blagueur, toujours de bonne humeur et toujours aussi bon lorsqu’il souffle dans son harmonica, Toots  fait à nouveau l’unanimité.

Pour l’accompagner ce soir, il y a l’excellent pianiste hollandais Karel Boehlee, le fidèle Hans Van Oosterhout aux drums et le jeune Clemens van der Feen (déjà entendu avec Robin Verheyen) à la contrebasse.

Le répertoire est connu, mais la magie opère toujours.

Quelle pêche! Quel esprit! Quel talent!

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Toots est éternel.
Et il sera le parrain de l’édition 2009 du Dinant jazz Nights!

On parie que l’affiche sera flamboyante ?

A+

30/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 2)

Et le deuxième jour à Dinant Jazz Nights, c’était comment ?

Hé bien, c’était bien !
Après avoir un peu flâné dans la ville et ses environs, après avoir eu le temps le temps d’écrire quelques lignes pour Citizen Jazz et après avoir eu l’occasion de lire le très long et très intéressant article de Brad Mehldau à propos de la créativité musicale dans Jazzman (je vous en recommande la lecture), je suis retourné sur le site du Festival.

Je faisais, en plus, partie du jury pour le concours des jeunes talents jazz, en compagnie de Jean-Pierre Goffin (Vers l’Avenir / Showcase) et de Jean-Marie Hacquier (Jazz Hot). Mais je vous en parlerai plus tard, dans un billet spécial.
Ça vaut bien ça.

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En attendant, se produisait sur scène le groupe de Greg Houben et Julie Mossay.
Leur projet, que j’avais découvert en 2006 lors du festival Jazz à Liège, est bâti en partie sur des œuvres de Fauré et de Debussy.
À cela, ils ont mélangé des chansons brésiliennes (Buarque, Jobim…) ainsi que du jazz.

Le résultat m’avait déjà emballé la première fois et je suis encore resté sous le charme de cette belle idée, intelligemment mise en musique.

Greg et Julie, entourés de Pascal Mohy (p), Stephan Pougin et Lionel Beuvens (dm), Quentin Liégeois (g), Mathieu Vandenabeele (Rodhes) et Sal La Rocca (cb), avaient aussi invité Steve Houben (fl) sur un ou deux thèmes.

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Le résultat est magnifique, lyrique (voix merveilleuse de Mossay), sensuel (le chant et la trompette de Greg Houben), groovy (les percus), poétique (le piano et la guitare) et bien dans son temps (les effets électro justes de Mathieu).
Une fusion originale qui exclut avec brio les clichés.

Autre grand moment très attendu: Rhoda Scott et Eric Legnini en duo.

Même Guy Le Querrec ne voulait pas rater ce moment.

2003

Piano et orgue Hammond.
Jazz, soul et gospel.
L’interaction est idéale dès le début.
Rhoda déroule d’abord le tapis sous les notes enivrantes de Legnini («Trastevere», «It Could Happend To You») avant que le pianiste ne renvoie l’ascenseur sur «I Love The Lord»...

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Ça swingue, ça chauffe et tout le monde s’amuse.
Même Toots Thielemans montera sur scène pour accompagner nos deux claviéristes pour un brillant «Sunny Side Of The Street».

2005

Pour clôturer la soirée, et en remplacement de Milton Nascimento qui avait donc déclaré forfait la veille du festival, Tania Maria et son quartette feront danser gentiment le chapiteau.

2008

Mélange de classiques («One Note Samba» ou «Agua de Beber») et de compositions originales, l’ensemble est servi avec élégance par Marc Bertaux (eb), Tony Rabeson (dm) et toujours l’excellent Mestre Carneiro (perc).

Toots, toujours dans le coin et toujours bon pied bon œil, fera à nouveau un passage sur scène pour notre plus grand plaisir.

2007

Moins délirante que la dernière fois où je l’ai vu (Jazz Middelheim), la pianiste brésilienne nous a quand même offert un excellent concert, frais et joyeux.

2006

Allez, une bonne Leffe au fut, quelques discussions et fous rires avec musiciens et amis et… au lit (la journée commence tôt dimanche: 15h à l’Abbaye pour un duo absolument magique – oh oui ! - entre Rhoda Scott (sur les grandes orgues) et Steve Houben au sax).

A+

15/06/2008

4 for Chet - Au Pelzer à Liège

Le 13 mai  dernier, c’était le triste anniversaire de la mort de Chet Baker.
Le 31 mai, un hommage lui était rendu au Jacques Pelzer Jazz Club, à Liège.
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Quoi de plus normal que ce soit là?
Le Pelzer a pris place dans l’ancienne pharmacie que tenait le célèbre saxophoniste liégeois. Dans cette maison, Chet avait sa chambre réservée lors de ses nombreuses visites en Belgique. Et beaucoup se souviennent encore des interminables jams nocturnes qui se tenaient dans la cave.

Pour l’occasion, Jean-Pol Schroeder, infatigable cheville ouvrière de la Maison du Jazz à Liège, avait concocté un montage vidéo, fait de quelques films (parfois très rares) déniché dans ses archives.
La vie de Chet (du moins de ’58 à ’84) passe, non sans émotion, sur l’écran.

Mais l’hommage ne s’arrête pas là.

Greg Houben avait réuni pour l’occasion le guitariste Quentin Liégeois, le contrebassiste Bart De Nolf et Micheline Pelzer, fille de Jacques, qui fut témoin de cette grande époque puisqu’elle accompagna non seulement Chet, mais partagea aussi la vie de Michel Graillier, pianiste fidèle du trompettiste.
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C’était touchant d’échanger quelques mots avec Micheline (oh, vraiment quelques banalités…il faudrait que je fasse mieux la prochaine fois), surtout que je suis en train de lire actuellement «La longue nuit de Chet Baker» (de James Gavin, chez Denoël) où les témoignages de musiciens qui l’ont côtoyé ne manquent pas.
Évidemment, dans ce livre, on met un peu trop en «valeur» le côté sombre du beau gosse…
Soit.
Chet restera Chet.

Et le concert s’est déroulé dans une ambiance chaleureuse, sympathique et détendue.
«But Not For Me», «Daybreak», «Broken Wings» ou encore d’autres titres moins connus, comme «Maid In Mexico», se succèdent.
L’esprit du grand Chet est bien présent.
Ni imitation, ni relecture, mais une évocation sincère et personnelle.

Greg Houben au bugle ou au chant fait revivre le côté à la fois romantique et déchiré du trompettiste.
Quentin Liégeois souligne délicatement les mélodies chantantes, empreintes de mélancolie ou de sensualité.
La rythmique est sobre et subtile. Le son velouté de la contrebasse de Bart et le jeu amoureux, aux balais, de Micheline font merveille. Il faut dire que ces deux-là se connaissent bien aussi.

Steve Houben vient à son tour participer à cette fête de famille en quelque sorte.
Le plaisir des échanges musicaux entre le père et le fils est communicatif.
Le nombreux public (amis et fatalement connaisseurs) ne cache d'ailleurs pas son enthousiasme.

Après le concert, on profite du temps doux et du jardin aménagé en guinguette pour se remémorer le souvenir de Chet Baker et de ses amis liégeois.

A+

01/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 2 -

Retour à Ciney, samedi 22.
Affluence accrue. Et c’est tant mieux.

Je n’ai pas eu l’occasion d’entendre le Floreffe Big Band, mais par contre j’étais présent pour le concert de Mélanie De Biasio.

Aujourd’hui, c’est Lieven Venken qui tient les baguettes à la place de Teun Verbruggen.

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Ce qui est fascinant avec Mélanie, c’est l’ambiance qu’elle arrive à créer dès les premières mesures. On entre aussitôt dans son monde. Tout en délicatesse.
Mélanie De Biasio est sans doute une des plus belles choses qui soit arrivée au jazz vocal (au-delà de la Belgique) ces dernières années.
Elle allie le blues, le jazz et la chanson avec élégance et intelligence.

Après un «Blue» tout en nuance, la chanteuse invite Steve Houben à la rejoindre pour partager un «A Stomach Is Burning» intense.
Dialogue merveilleux entre le saxophoniste et la chanteuse qui ressort, pour l’occasion, la flûte.

La contrebasse du fidèle Axel Gilain est toujours aussi envoûtante.
Au piano, Pascal Mohy est volubile et merveilleux d’aisance sur le léger «Never Gonna Make It».
Le drumming de Lieven n’a rien à envier à celui de Teun. Il est délicat, sensible et toujours groovy. D’une autre couleur, certes, mais qui s’accorde très bien à l’univers de la chanteuse.
Pascal Paulus, quant à lui, teinte l’ensemble de sons très ’60. A la fois «soul» et lunaire.
Parfait.

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Avant de terminer en douceur un concret un peu court (la balance et la mise en place avaient pris un peu trop de temps), Steve Houben nous offre un solo brûlant sur «Let Me Love You»…

«Let Me Love You»… qui s’y refuserait ?

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Ce fut ensuite à Ivan Paduart de monter sur scène avec son quintet.
Ce soir, il présente un nouveau projet: «Exile With A Dream» avec Toon Ross (ss, ts), Sam Gerstmans (en remplacement du bassiste Philippe Aerts), Joost Van Schaaik (dm), Stéphane Belmondo (tp), et son amie de longue date - je me demande même si ce n’est pas Ivan qui la présenta à David Linx – la chanteuse hollandaise Fay Claassen.

Les deux premiers morceaux se joueront cependant sans elle.

«I Thought I New» met en lumière le jeu précis et vif de Paduart.
Moi aussi, je pensais que je savais. Je pensais que je connaissais le style du pianiste. Mais sur ce coup-là, et le morceau suivant («Storyteller», où l’on retrouve un esprit «Giant Step»), il m’a bluffé.

Ces morceaux font un beau tremplin pour les chorus de Belmondo.
Malheureusement, on le sentait un peu mal à l’aise.
À sa décharge, il n’avait pas eu l’occasion de beaucoup répéter et les compos de Paduart ne sont pas si simples que cela.
Toon Roos, plus habitué à Paduart, se mettra bien mieux en valeur. Jeu brillant et agile. Tout en force et sinuosité.
 

Fay Claassen rejoint alors le groupe pour «Life As It Is».
La voix est toujours aussi belle et graineuse, légèrement voilée.
Fay tente parfois des choses très difficiles et on sent dans ces moments ses limites. On les perçoit d’autant plus lorsque David Linx vient chanter en duo avec elle «Crossroad».

Bonne et belle surprise que ce concert. Je suis curieux d’entendre ça sur cd.

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Autre surprise pour moi, fut la découverte sur scène d’Eliane Elias. Il faut dire que la chanteuse/pianiste ne m’a jamais vraiment convaincu sur disque (du moins, ceux que je connais). Mais ce soir, en «live», je fus conquis.
D’abord par son sens du rythme et du placement. Ensuite, par son touché, à la fois percussif et chantant. Très jazz dans un style, évidemment, assez «bossa».
C’est ce mélange des genres, qu’elle réalise avec fluidité, qui m’a étonné.

Après un medley de musiques traditionnelles brésiliennes, où elle invite le fabuleux batteur Satoshi Takeishi à faire monter la pression, elle entonne une jolie ballade: «Call Me».

Toot Thielemans, en invité exceptionnel, vient déposer quelques notes sur «Black Orpheus» (du moins, il me semble).
On sent l’harmoniciste un peu «court», pas trop à l’aise.
Que se passe-t-il ? Pas en forme Toots ?
…Non, il change d’harmonica: « Mon ‘la’ est bouché » dit-il en riant.
Et oui, malgré l’age, Toots est toujours en forme.
Et il le démontre sur «Corcovado» ou «Oye Como va».
Et plus encore, dans une joute amicale et musicale de haut vol avec l’excellent guitariste Ricardo Vogt quand les musiciens se provoquent l’un l’autre.

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Le cadeau d’Eliane Elias à Toots, c’est «Bluesette» chanté en portugais.
L’émotion est palpable.
Le public se lève pour saluer comme il se doit la sortie de notre Toots national.

Le concret ne baissera pas d’intensité par la suite.
«Doralice», «Tangerine» ou encore «Desafinado», achèvent dans l’enthousiasme général cette très belle journée.

A+