04/06/2017

Le Jazz - de Stéphane Mercier

Cela ne fait jamais de mal de se replonger dans l’histoire du jazz et de se rafraîchir la mémoire. C’est ce que propose le livre du saxophoniste Stéphane Mercier, intitulé sobrement et clairement : “Le Jazz”.

C’est clair, net et… simple.

C’est d’ailleurs le principe de cette nouvelle collection des éditions Ikor : “C’est si simple”.

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Ce livre est surtout dédié à ceux qui ne connaissent que de loin ou pas du tout le jazz, ou s’en font une très mauvaise idée, mais il plaira aussi aux plus érudits qui prendront beaucoup de plaisir à se remémorer, ou à s’imaginer, la musique des Buddy Bolden, Sidney Bechet, Louis Armstrong, Scott Joplin, Bix Beiderbecke, Duke Ellington ou encore des Lester Young, Charlie Parker, Miles Davis, John Coltrane, Billie Holiday, Ella Fitzgerald et plein d’autres - parfois un peu oubliés - jusqu’à nos jours !

Ce court livre, une petite centaine de pages, arrive à survoler cent ans de jazz (si l’on considère qu’il est né avec le premier enregistrement du Original Dixieland Jazz Band) et à aller bien plus loin encore car Stéphane Mercier, en bon pédagogue, reste concis et utilise un langage très clair et fluide. Et puis, il n’oublie pas de contextualiser ce phénomène d’abord social et politique, et d’expliquer comment l’immigration, la ségrégation, la prohibition, la seconde guerre mondiale ou l’arrivée du rock a fait évoluer cette musique “éponge”.

De plus, en fin de livre, vous pourrez y trouver quelques anecdotes (pour briller en société), ainsi que quelques références discographiques, bibliographiques et même cinématographiques.

Voilà bien un livre à mettre entre toutes le mains, que vous aimiez ou pas le jazz.

Où le trouver ? Ici : Le Jazz - Ikor Editions, mais aussi sans doute dans votre librairie préférée.

A+

 

 

 

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09/06/2015

Blue Flamingo - Juin 2015

Entre festival et «pop up» club de jazz, le Blue Flamingo en est déjà à sa cinquième année !

Oui ! Cinq ans qu’il propose de façon régulière (4 fois l’an, le temps d’un week-end) des doubles concerts, les vendredi et samedi, dans la très belle, spacieuse et chaleureuse salle du Château du Karreveld à Molenbeek. La dernière fois que j'y avais mis les pieds, c'était il y a trop longtemps (lors de la première édition, en fait). Depuis, la formule n'a pas changée mais l'organisation et l'aménagement des lieux se sont bien améliorés : acoustique, lumière et même une petite - mais délicieuse - restauration tendance bio, sont vraiment au top. À force de travail, d'abnégation et, sans aucun doute, d’une foie inébranlable dans le jazz, Vincent Ghilbert et Christelle (MuseBoosting) ont réussi un pari un peu fou. Je vous invite vivement à vous rendre aux prochaines éditions car, vous verrez, vous y serez gâtés.

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Ce vendredi soir c'est Raf D Backer Trio (avec Cédric Raymond à la contrebasse et Thomas Grimmonprez à la batterie) qui fait l’ouverture. Si la formule est un peu resserrée, elle n’en est pas moins explosive et groovy. Le premier morceau («Jo The Farmer») – un peu à la Legnini - est vite suivi d'un autre qui évoque, lui, Jimmy Smith ou Les McCann. Il faut dire qu’au piano ou à l’orgue électrique, Raf donne tout ce qu'il a : énergie, ferveur et sensibilité. Et comme tout bon leader qui sait bien s'entourer, il n'hésite pas non plus à laisser de la place à ses acolytes. Cédric Raymond peut ainsi s'évader dans l'un ou l'autre solo aussi virtuose que sensuel. De même, Thomas Grimmonprez peut découper l'espace de claquements sourds ou limpides sans jamais atténuer la tension. Et ça balance et ça ondule lascivement au son d’un gospel lumineux : «Oh The Joy». Le claviériste s’inspire aussi parfois de Bo Diddley et, tout en invitant le public à frapper dans les mains, rappelle l'essence du jazz, de la soul et bien sûr du blues. A ce rythme-là, le pas vers le funk est vite franchi. Mais on revient quand même aux fondamentaux. Et «Full House» précède un hommage à B.B. King avant que «Rising Joy», aux accents très churchy, ne termine un set rondement mené.

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Le temps d’une courte mise en place, et le LG Jazz Collective monte sur scène.

Le truc du groupe, à la base, c'est de reprendre des thèmes de musiciens belges et de les arranger à sa sauce. Ainsi, «Jazz At The Olympics», de Nathalie Loriers, est retissé à la mode LG, avec verve (le solo de Laurent Barbier (as) est dense) et fougue (Igor Gehenot (p) est en pleine forme). Et «Carmignano», d’Eric Legnini, ou «A», de Lionel Beuvens, ne manquent vraiment pas d’idées. Si Guillaume Vierset laisse beaucoup de place à ses amis pour s'exprimer (comme sur «Move» où il laisse totalement libre Jean-Paul Estiévenart), il n'hésite pas à montrer de quoi il est capable (sur le même «Move», notamment). On remarque aussi l’excellent soutien de Fabio Zamagni qui remplace Antoine Pierre de brillant manière. «Grace Moment» permet aux souffleurs de se faire un peu plus lyriques (comme Steven Delannoye, par exemple, embarqué par Igor Gehenot). Mais, sous ses aspects simples, ce thème laisse apparaitre de tortueuses harmonies. Felix Zurstrassen (eb) – qui prend de plus en plus de risques - défriche alors quelques chemins secrets pour les offrir au pianiste puis au guitariste. La musique semble nous envelopper, comme pour nous étouffer lentement, sereinement, exquisément. Oui, le LG Collective a des choses à défendre et, au fur et à mesure des concerts, prend de l'assurance et se libère. Mais on aimerait qu’il se lâche encore un peu plus et que cela soit encore un poil moins «cadré». Cela pourrait être encore bien plus puissant … pour notre plus grand bonheur.

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Le lendemain, samedi, 3/4 Peace (Ben Sluijs, Christian Mendoza et Brice Soniano) isole le Château du Karreveld dans une bulle magique. On ne le répétera jamais assez, mais Ben Sluijs est une des très grande voix du sax alto. Toujours en recherche d'absolu et de sensibilité. Année après année, il développe un style unique. Tout en douceur, quiétude, retenue, sensibilité, et créativité. Avec «Glow», la musique est à fleur de peau. Puis, avec «Miles Behind», elle semble sortir lentement de la brume, doucement, sur un tempo qui s'accélère subtilement et se dessine sous les doigts de Christian Mendoza (quel toucher, mes amis, quel toucher !). Le pianiste égraine les notes avec parcimonie, répond en contrepoints à la contrebasse, puis prend des libertés dans un swing ultra délicat et d'une limpidité absolue. Brice Soniano (qui vient de publier un magnifique album en trio – Shades Of Blue – dont les concerts sont prévus en septembre... 2016 !!! Soyez patients…) accroche les mélodies avec une finesse incroyable et un sens unique du timing et du silence. Quant à Ben Sluijs, il survole et plane au dessus de cette musique d'une finesse et d'une transparence (dans le sens de luminosité, de brillance, de clarté et de légèreté) inouïe. Ce trio est unique ! Alors, il y a «Still», magnifique de retenue, puis «Constructive Criticism», morceau plus abstrait, découpé avec une intelligence rare, qui joue les tensions, les éclatements et qui trouve une résolution inattendue. 3/4 Peace parvient aussi à faire briller cette faible lueur d'espoir cachée au fond de la musique sombre et tourmentée qu’est «Éternité de l'enfant Jésus» de Messiaen. Puis il évoque Satie avec «Cycling» et enfin se donne de l’air avec un plus enlevé «Hope».

Grand moment. Très grand moment de musique !

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L’ambiance est nettement plus swinguante ensuite, avec le quartette du saxophoniste Stéphane Mercier, soutenu par une rythmique solide (Matthias De Waele (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) ), mais aussi et surtout par l'excellent Casimir Liberski (p). Ce jeune «chien fou» est toujours prêt à casser les règles, à élargir le spectre musical. Sur «Ma Elle», par exemple, ou sur «Jazz Studio», ses interventions sont furieuses et éblouissantes, presque au bord de la rupture. Il faut un solide Hendrik Vanattenhoven pour canaliser sa fougue. Et c’est magnifique d’assister à ce combat entre le feu et l’eau. Stéphane Mercier peut alors doser, comme il le veut, sa musique. Elle est solaire, énergique et pleine d'optimisme (à son image, en quelque sorte) avec «Team Spirit », puis dansante avec «Juanchito» et fianlement lyrique avec le très beau «Samsara». Avant d’accueillir, en guest, Jean-François Prins (eg) - que l’on ne voit peut-être pas assez en Belgique - pour un ou deux standards, Mercier nous offre encore «La Bohème» dans un esprit qui rappelle un peu Barney Willen, tout en langueur et détachement. Et c’est bon.

Voilà une bien belle façon d’achever cette merveilleuse édition du Blue Flamingo.

 

 

A+

 

 

29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

31/05/2013

Brussels Jazz Marathon 2013


J’adore faire partie d’un jury, c’est excitant. Pas toujours évident, mais excitant.

Un jury choisit. C’est excitant. Mais choisir, c’est renoncer. C’est pas évident.

Et ce ne sont pas les autres membres du jury du concours des Jeunes Talents du Brussels Jazz Marathon (le journaliste Jempi Samyn, le saxophoniste Manu Hermia, le guitariste Henri Greindl, l’organisatrice Jacobien Tamsma et la pianiste - et présidente – Nathalie Loriers) qui me diront le contraire.

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Il a d’abord fallu faire une sélection parmi plus de vingt candidatures et choisir trois groupes (une première épreuve pas simple). Finalement, ce sont Syma, Stanislas Barrault Trio et Pablo Reyes Trio qui se sont retrouvés sur le podium de la Place Fernand Cocq ce samedi 25 mai. Trois groupes et trois styles totalement différents. Voilà qui ne facilite pas plus les choses.

Syma est un très jeune quintette qui ose ses propres compositions, dans un style jazz fusion (tendance prog rock). Pas simple de faire sonner un tel band. On sent d’ailleurs quelques flottements ici ou là. Mais on remarque aussi quelques belles personnalités (Louis Evrard aux drums ou Quentin Stokart à la guitare, pour ne citer qu’eux).

Plus aguerri, le trio de Stanislas Barrault (dm) - avec Casimir Liberski (p) et PJ Corstjens (eb) - revisite quelques standards, qu’il exécute parfaitement, avec rigueur et pas mal de personnalité.

Quant à Pablo Reyes – qui, malgré son jeune âge, à déjà pas mal roulé sa bosse au Mexique, d’où il est originaire, et aux Pays-Bas, où il étudie – il décline la musique façon latin-jazz ou bossa. Et ici aussi, le niveau est excellent.

Allez départager tout cela.

Alors, après quelques débats, c’est la prise de risques et la marge de progression qui est récompensée. Syma remporte donc le premier prix (et le prix du public), tandis que Casimir Liberski celui du meilleurs soliste (son «Giant Step» a mis tout le monde d’accord).

Le lendemain après-midi, dimanche, Syma ouvra donc, comme le veut la tradition, la dernière journée de concerts sur la Grand-Place.

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C’est là que je suis allé écouter le Jazz Station Big Band, que j’avais vu à ses débuts, en 2007.

Après avoir sorti un premier album chez Igloo en 2011, le JSBB s’attaque cette fois au répertoire de Thelonious Monk. Chacun des morceaux est arrangé par l’un des membres du Big Band. Formule intelligente qui permet de faire vibrer le band de différentes manières et de mettre en avant les différentes personnalités des musiciens.

François Decamps (g) fait swinguer «Straight No Chaser» et «Evidence», et invite Jean-Paul Estiévnart (tp) et Daniel Stokart (as) à prendre des solos éclatants. «Criss Cross», superbement arrangé par Stéphane Mercier (as), permet à ce dernier d’échanger furieusement avec Daniel Stokart - cette fois-ci au soprano - et à Vincent Brijs de venir contraster les nuances au sax baryton. C’est aussi l’occasion pour le leader Michel Paré (tp) de croiser le fer avec la guitare de François Decamps. Grand moment.

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L’excellent pianiste Vincent Bruyninckx profite de «In Walked Bud», qu’il a arrangé, pour démontrer tout son talent et sa fougue. Son introduction, en solo, est éblouissante. Ça swingue en diable. David Devrieze (tb) et Vincent Brijs (bs) prennent chacun des chorus charnus.

Tomas Mayade (tp, remplacé ce soir par Olivier Bodson) drape «Jackie-ing» d’un arrangement de velours. L’intervention de Steven Delannoye (ts) est suave, tandis que Herman Pardon (dm) et Piet Verbiest (cb) soutiennent un tempo brulant.

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Puis il y a encore un «Hackensack» étonnant - nerveux et découpé - arrangé par Estiévennart, un «Bye Ya» très latin et un «Introspection» à la Herbie Mann qui enchantent le public.

La réputation des Big Band belges n’est plus à faire (le BJO l’a assez démontré ses dernières années) mais le JSBB apporte une pointe de fraicheur supplémentaire. Il est juste assez respectueux de Monk et juste assez décalé pour réussir l’hommage à l’un des plus grands et des plus étonnants pianistes que le jazz ait connu.

Chapeau. Et merci.

A+

 

 

28/11/2012

Mauro Gargano au Sounds

Après le concert de Philip Catherine au Bozar, je fonce au Sounds pour assister à celui de de Mauro Gargano. Pour rappel, le quartette était passé au Music Village l’année dernière et son disque Mo Avast avait reçu un très bon accueil un peu partout en Europe. Récompense bien méritée.

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J’arrive alors que le concert a déjà commencé. Il y a pas mal de monde et même une jeune équipe qui filme le concert (ce serait sympa de voir le résultat un jour).

Il y a de la bonne humeur sur scène et Mauro Gargano (b), Stéphane Mercier (as), Francesco Bearzatti (ts, cl) et Fabrice Moreau (dms), sont visiblement là pour s’amuser. Mais aussi pour jouer. Surtout pour jouer ! Sans concession.

«Bass "A" Line» résonne et Mauro Gargano nous fait une superbe démonstration archet et pizzicato d’une grande maîtrise. Puis c’est «When God Put A Smile Upon Your Face», une reprise de Coldplay qui a valu au groupe la mauvaise critique globale d’un chroniqueur à cause de l’emprunt de ce morceau au groupe pop qu’il n’aimait guère !! Quelle bêtise, on croit rêver. Surtout lorsque l’on entend ce que le quartette en a fait : une bombe.

Sur ce morceau, Bearzatti est déjà intenable. Il enchaîne les chorus plus surprenants les uns des autres. Et ce n’est qu’un début.

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Après une intro plutôt originale et passionnante de Fabrice Moreau, «Orange» file tout droit. Et une fois de plus Bearzatti s’emporte dans des impros incandescentes. Face à cette énergie et cette puissance, Stéphane Mercier répond par un jeu tout en arabesque et en sensualité. Les changements de rythmes sont incessants, les échanges fusent. On savoure.

Au deuxième set, le groupe reprend un «Turkish Mambo», de Lennie Tristano, complètement revu, corrigé (si tant est que l’on puisse corriger un chef-d’œuvre comme celui-ci), boosté et éclaté….

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Il y a vraiment de la fluidité dans cette formation, du mouvement, du dialogue. La musique passe entre les musiciens comme le témoin entre les coureurs d’un relais de quatre fois cent mètres. La course est un sans faute.

Et puis il y a aussi ces moments de détentes déguisés, juste comme avant un duel, avec de brefs moments d’observation. Les acteurs se jaugent, se scrutent... La musique se fait désirer.

Déterminée, elle entame alors une longue ascension et atteint le sommet d’une montagne imaginaire avec une sorte d’exaltation. Conquérante et euphorique, elle se laisse ensuite rouler tout en bas, de plus en plus vire… jusqu’à mourir… Mais, un instinct de survie subsiste et un léger souffle s’obstine pour garder vivant ce «1903». Mauro Gargano redonne alors la petite impulsion qui fait se redresser l’ensemble pour un final excitant.

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L’énergie - et la façon de la canaliser - sont les grandes forces de ce groupe. Ajoutez à cela la connivence sans faille entre les différents musiciens et… une petite pointe de folie - qui permet toutes les audaces et renforce la cohésion - et vous obtenez sans doute l’un des meilleurs groupes de jazz français actuel.

Bref, on attend la suite des aventures avec impatience.

A+

 

13/06/2012

Jeremy Dumont Trio au Rideau Rouge

Jeremy Dumont s’est fait remarqué pour la première fois dans l’un des ses groupes, Unexpected 4, avec qui il remporta le premier prix du concours des jeunes talents au Dinant Jazz Nights en 2010.

On l’a ensuite retrouvé au sein du Brussels Pop Master (groupe qui mélange jazz et Hip Hop), puis avec Stéphane Mercier dans Solid Steps Quintet (inspiré par l’album au titre éponyme de Joe Lovano) et, finalement à la tête de son propre trio : le Jeremy Dumont Trio.

C’est ce dernier groupe (qui vient de remporter, par ailleurs, le concours «Jeunes Formations» à Comblain-La-Tour) qui se présentait ce jeudi 7 juin au Rideau Rouge à Lasne.

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Entouré du solide contrebassiste Bas Cooijmans et du jeune batteur Fabio Zamagni, Jeremy Dumont pose les premiers accords de «Dolphin Dance». Cette très jolie salle est l’écrin idéal pour un jazz intimiste et chaleureux, certes, mais quand même… le trio exécute ce standard de façon excessivement académique. Etonnant quand on connaît un peu le talent du pianiste. Tout est retenu et très (trop ?) respectueux. Passons. Sur le deuxième morceau – une composition personnelle, «Newportday» (?), le trio se montre un peu plus entreprenant et expressif. Le thème est plein de reliefs et est joué de façon plus enlevée. Alors, on se dit que Jeremy Dumont va se lâcher plus encore, qu’il sera moins timide, plus libéré, plus naturel... Mais non. Et ce ne sera pas le cas non plus sur le morceau suivant (un titre de Rick Margitza) - même si le beau solo de Bas Cooijmans tente montrer la voie - ni sur un «Tenderly», ici  aussi bien trop gentil et presque mielleux.

Heureusement, «Fingerprints» (de Chick Corea), forcément plus nerveux, semble enfin libérer le trio de toute contrainte. Ça joue et ça échange. Le plaisir se lit sur le visage des musiciens et sur celui du public. Et le trio remet ça sur composition personnelle dont je n’ai pas retenu le nom qui est, en fait, l’anagramme d’Eric Legnini (l’un des professeur de Jeremy).  On sent alors une véritable interaction entre les musiciens. Le terrain est miné de groove et de soul et le trio s’y faufile avec beaucoup d’habileté. Le jeu de Zamagni se fait plus sec et plus nerveux. Il rebondit face aux assauts de Cooijmans. Dumont montre alors un jeu beaucoup plus percussif et bien plus inspiré. Ses doigts se délient. Il frappe le clavier avec précision et fermeté. Ça y est, ça jazze !

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Du coup, le deuxième set sera d’un tout autre niveau. «Bud Powell» (de Chick Corea)  pour commencer, est une invitation directe aux échanges, à l’ouverture et aux improvisations plus débridées. Puis, «Jelly’s Da Beener» (de Robert Glasper) révèle une face beaucoup plus moderne du trio. Sans doute une ligne dans laquelle il devrait s’inscrire car on y perçoit quelque chose de plus personnel et d’original. Même si ce morceau est écrit en ce sens, on devine l’envie du trio de trouver une sorte de synthèse du jazz actuel, basé sur les solides fondations du bop et du jazz modal et influencé par la pop ou le hip hop.

Le trio a trouvé sa respiration, les morceaux s’enchaînent enfin sans arrière-pensées.

Et le public ne s’y trompe pas, il réagit et applaudit aux impros des différents solistes. Il salue le batteur sur «Humpty Dumpty», nerveux à souhait, ou le contrebassiste pour les superbes et fermes lignes mélodiques sur «Blue In Green». Et puis aussi pour le jeu très vif du pianiste sur un «Rhumba Flameco» enflammé.

L’ambiance s’est nettement réchauffée, le trio s’est libéré et a fait oublier les hésitations du début. On perçoit alors tout le potentiel d’un groupe qui, même s’il doit encore s’aguerrir, peut proposer une musique avec du caractère. Faisons leur confiance et allons les applaudir cet été à Comblain-La-Tour et, plus tard sans aucun doute, dans quelques-uns de nos nombreux clubs belges. Cela en vaudra sûrement la peine.

A+

10/12/2011

Mauro Gargano Music Village


Mauro Gargano est un contrebassiste très demandé à Paris. On le voit souvent aux côtés de Christophe Marguet, Franceso Bearzati, Bruno Angelini, Pierre de Bethmann, Bertrand Lauer et autres. La dernière fois que je l’ai vu en Belgique, c’était avec le groupe de Giovanni Falzone, au PP Café, avec Luc Isenmann, Robin Verheyen et toujours Bruno Angelini.

Cette année, il a enfin formé son propre groupe, ou plutôt enregistré et publié son premier album en leader, car son groupe, il l’a formé voici… près de dix ans.

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Si ce premier disque s’intitule « Mo’ Avast » (qui veut dire « Ça suffit !» dans le dialecte italien de la région de Bari) c’est parce que, justement, il était temps qu’il passe à l’acte. Mais c’est aussi une sorte de coup de gueule envers la politique italienne gangrenée par Berlusconi. Et au moment où sort son disque, miracle, le Cavaliere quitte ses fonctions. Qui a dit que la musique n’avait pas de pouvoir ?

C’est donc cet album qu’il était venu présenter au Music Village ce mercredi 30 novembre.

Un quartette sans instrument harmonique, ce n’est pas de tout repos pour les deux saxophonistes qui se retrouvent devant. Ils ont intérêt à toujours être sur la balle et à ne jamais relâcher l’attention. Heureusement, les compositions de Mauro Gargano sont efficacement équilibrées. Les mélodies sont souvent enlevées et entraînantes, plutôt nerveuses, laissant régulièrement le champ libre au ténor fougueux de Francesco Bearzati ou à l’alto agile de Stéphane Mercier.

Entre eux, la musique circule et les deux souffleurs peuvent dialoguer et échanger à merveille.

Si on le connaît incisif (voire même parfois intenable), Bearzatti est d’abord ici  au service du groupe. Pas de problème d’ego dans ce quartette ! Une fois il soutient Mercier, une fois c’est l’inverse. Mais quand il prend un chorus, il se lâche vraiment. Et c’est là qu’il montre qu’il est bien l’un des saxophonistes les plus talentueux d’Europe. Et puis, lorsqu’il empoigne la clarinette, il nous fait entrer dans un tout autre univers, rempli d’émotions où la joie, la tendresse ou la tristesse se mélangent… comme dans la vie.

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Mauro Gargano, dont le timing est assez impressionnant, démontre – outre ses talents de compositeur - toute sa dextérité et sa sensibilité au fil des morceaux. Son solo à l’archet (sur le magnifique « 1903 ») vous arracherait presque une larme. Il fait vibrer les cordes, joue tout en profondeur avant de revenir « en surface » avec délicatesse.

Fabrice Moreau (dm) - qu’on a vu avec Pierrick Pedron ou encore Jean-Philippe Viret - joue rarement en force mais impose une énergie galavnisante. Son impro sur « Orange » est dessinée avec beaucoup d’intensité et de raffinement. Il passe des balais aux baguettes avec fluidité avant de relancer le jeu avec fermeté.

Et puis, on redécouvre aussi un Stéphane Mercier comme on l’a rarement entendu. Ou du moins comme on ne l’avait plus entendu depuis longtemps (en tout cas pour ma part). On le sent libéré, près à toutes les aventures. Sur une reprise d’Ornette Coleman, il est étonnant, libre comme l’air.

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Si le premier set est puissant, le deuxième est peut-être un peu plus intériorisé. Les compositions choisies sont peut-être un peu plus complexes, plus ciselées, presque dentelées… On y retrouve cependant toujours quelque chose qui brûle. Comme une tension permanente, comme un bouillonnement intérieur, comme un esprit de liberté mâtiné d’insouciance et de spontanéité. Il y a dans ce groupe autant de poésie (de lyrisme ?) que de fougue. Une poésie actuelle et décomplexée, dépourvue de maniérisme et débarrassée de tout intellectualisme pompeux. Sur « Turkish Mambo », par exemple, le groupe laisse de côté les clichés, s’éloigne de la lettre mais garde l’esprit. Sûr que cela aurait plu à Tristano.

J’avais dit : « je rentre aussitôt après le concert ». Mais, vous savez comment ça va. Je discute avec les musiciens et me voilà entraîné au Bonnefooi, quelques dizaines de mètres plus loin pour écouter d’autres amis (« Remember Frank ? » avec Jordi Grognard, Nicola Lancerotti et Tommaso Cappellato). Le concert vient juste de se terminer. Mais, à votre avis, que font les jazzmen lorsqu’ils rencontrent d’autres jazzmen ? Ils jamment, bien évidemment. Et tout le monde ressort ses instruments… et moi, je rentre beaucoup plus tard que prévu.



A+

17/10/2011

Jazz Station Big Band - à la Jazz Station

Ça fait plaisir de voir qu’il y a encore beaucoup de monde qui apprécient le jazz et encore plus les Big Band.

Ce jeudi 6 octobre, la Jazz Station avait d’ailleurs fait le plein pour fêter la sortie du premier album du Jazz Station Big Band dirigé par le trompettiste Michel Paré.

J’avais vu cet ensemble à ses débuts, il y a plus de quatre ans.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que toutes ces années ont été mises à profit.

Un Big Band, quoi qu’on en dise, n’est pas l’autre, et celui de la Jazz Station est en trois dimensions. Quand il joue, on sent les avant-plans, les arrière-plans et le décor qui file derrière. Tout est toujours en mouvement. Tout bouge avec fluidité et précision. C’est de la haute définition.

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La musique, écrite en majeure partie par Michel Paré, est à la fois swinguante et lyrique. Simple et complexe. Riche et dépouillée.

C’est aussi une musique de partage entre amis. Et comme Michel Paré connaît très bien ses musiciens, il n’en oublie aucun à la distribution des choruses. Chacun y a droit. Mais attention, ils ne sont pas distribués au petit bonheur la chance. Michel Paré les a choisi comme on choisit une bonne bouteille de vin. Il a cherché l’accord parfait.

Alors, le caractère de chacun des jazzmen est mis en évidence et se déploie avec bonheur. C’est tout simplement d’une justesse remarquable. C’est sans doute à cela aussi que l’on reconnaît un bon leader.

Et bien sûr, aucun des musiciens ne faillit à la tâche et chacun y va avec un cœur gros comme ça!

Vincent Bruyninckx, au piano, irradie de son toucher brillant, léger et insaisissable. Daniel Stokart (as) est tranchant, Stéphane Mercier intenable et Fred Delplancq… d’une épaisseur et d’une profondeur touchantes. Et puis, il y a les autres, tous les autres qui méritent un p’tit coup de chapeau: Bart De Lausnay (btb), par exemple, ou Vincent Brijs (sax baryton), ou encore Jean-Paul Estiévenart (tp), ou…  Mais je risque de m’essouffler avant eux.

Le JSBB arrive à faire renaître la tradition de façon très actuelle et sans esbroufe, avec naturel et beaucoup de talent. Bref, ce Big Band est à suivre… à la Jazz Station ou ailleurs.

À bon entendeur…

 

A+

 

05/03/2011

PaNoPTiCon ? C'est quoi?

 

J’avais un jour écrit que la musique de PaNoPTiCon était indéfinissable. En réécoutant quelques-uns de leurs nombreux concerts mis en ligne sur leur site, je me suis rendu compte que ce n’était pas tout à fait vrai… ni tout à fait faux.

PaNoPTiCon, c’est d’abord Domenico Solazzo autour de qui gravitent une petite cinquantaine de musiciens venus de tous bords. Du jazz, du rock, de la musique contemporaine, du hip hop… Et c’est sans doute pour cela que la musique est autant indéfinissable qu’explicite. Parfois elle est très atmosphérique, parfois très funky, parfois très abstraite, parfois très rock… mais elle est toujours totalement improvisée.

Cette expérience, que Domenico trimballe derrière lui depuis plus de quatre ans, m’a toujours intriguée.

Chaque concert est unique et différent. Après le Factory Studio à Mouscron et Le Théâtre de Namur dans le cadre de Nam’In’Jazz, PaNoPTiCon sera au Brass (364, Avenue Van Volxem à Forest, juste à côté du Musée Wiels) ce vendredi 11 mars.


Une bonne occasion pour moi d’en discuter un peu avec Domenico.

 

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Quelle sera la configuration de PaNoPTiCon au Brass?

Il y aura Olivier Catala  à la basse, Antoine Guenet aux claviers et moi à la batterie. Mais il y a aura surtout deux saxophones basses. Ce sera impressionnant car ce sont deux instruments énormes, qu’on a peu l’habitude de voir, car ils sont difficiles à porter et doivent d’ailleurs être posés sur un support. Ce sont François Lourtie et Marti Mélia qui en joueront. François est un super saxophoniste qui joue, entre autres, dans Cruz Control et Marti Mélia est un ami de François. Je ne le connais pas encore et je jouerai avec lui pour la première fois au Brass. D’ailleurs c’est souvent comme cela que ça se passe avec PNoPTiCon. Un musicien en connaît un autre, qu’il me présente, avec qui l’on joue, avec qui l’on essaie des choses et puis tout s’enchaîne. Cela permet de faire des découvertes. Par exemple, pour un concert au Magasin 4, c’est Matthieu Safatly qui a joué avec nous. C’est un violoncelliste électrique qui jouait avec Present, le groupe progressif belge. Il joue actuellement avec Quattrophage, un groupe expérimental, neo-classique. Quand des opportunités comme celles-là se présentent, je saute sur l’occasion. Cela me permet chaque fois de renouveler la grammaire de la musique que l’on veut développer. J’espère simplement qu’il y a une continuité dans tout ça.


En tout cas, dans l’esprit et dans la démarche, elle y est certainement. Depuis combien de temps PaNoPTiCon existe-t-il?

Le premier concert a eu lieu en avril 2007. Au départ, je faisais de la musique, tout seul, dans mon petit studio, c’était un de mes hobbies. Et je sortais des albums de façon très confidentielle. En 2006, j’avais fait un album qui s’appelait “Multiply”, sur lequel il y avait dix morceaux. Pour chacun d’eux, j’avais invité un musicien. Soit je lui proposais un “projet” qu’il suivait ou modifiait, soit c’est lui qui venait avec une idée sur laquelle on jouait. Tout était permis, c’était très libre. Et parmi tous ces morceaux, deux m’ont tapé à l’oreille. On approchait un peu l’esthétique de Sextant (de Herbie Hancock), avec des atmosphères particulières. J’aimais vraiment bien ça.

Et puis, à cette époque-là, je découvrais le groupe norvégien Supersilent, qui improvisait totalement. Et comme je n’arrivais pas à défendre convenablement mon projet solo sur scène - parce que je suis peut-être trop pudique et pas assez à l’aise, je ne sais pas - mais que la scène me démange, je me suis dit que c’était peut-être ça la solution: un groupe! Un groupe mais sans les contraintes d’un groupe, c’est-à-dire sans les répétitions. Ce ne sont pas les répétitions qui m’ennuient, mais la l’organisation que cela demande. Surtout quand on veut réunir quarante personnes, et quand on sait que chaque musicien est impliqué dans d’autres projets, c’est ingérable. Quelque part, la formule PaNoPTiCon est un luxe. Un luxe, car j’ai la chance que les musiciens avec qui je joue sont tous excellents, mais en plus, ils ont osé franchir le pas. Car il faut avoir un minimum d’audace - ou d’inconscience, à toi de juger - pour se présenter sur scène le soir du concert sans savoir ce que l’on va faire. 


Comment sélectionnes-tu tes musiciens ?

Au départ, je faisais participer mes amis proches. Je n’ai aucune formation musicale, je ne sais pas lire ni écrire la musique. Tout est intuitif, chez moi. Et l’on ne peut pas dire que j’avais beaucoup de rapport avec le milieu du jazz. Alors, j’ai fait participer des gars qui étaient assez ouverts d’esprit. Dans une veine un peu rock psychédélique. Puis, c’est le bouche-à-oreille qui a joué par la suite. Les curieux se sont intéressés à la chose. D’un autre côté, j’allais frapper à la porte des musiciens pour leur proposer le projet. Et le collectif s’est constitué de cette manière-là, petit à petit. Le luxe, c’est de se dire que si j’ai besoin d’un saxophoniste, j’en ai quinze sur ma liste. Mais, lequel vais-je prendre? (Rire) C’est chouette et en même assez embêtant. Je n’ai pas envie de créer des jalousies non plus. Mais tout est question d’équilibre et d’esprit. Et en général, ça se passe plutôt bien.


Mais quand tu décides de choisir tel ou tel musicien - qui sont les ingrédients pour un concert - as-tu déjà une petite idée de la recette?

Oui, mais il y a un truc qui prévaut dans mon choix: c’est d’essayer à ne jamais avoir le même line-up. À l’exception de deux concerts, nous n’avons jamais joué dans la même configuration. Ensuite, entre ce que je désire et ce qui arrive, il y a aussi la surprise. Parfois, 24 heures avant un concert, j’ai trois désistements! Ça m’est arrivé. Alors, ce sont mails, coups de téléphone et gros stress… Mais ma roue de secours, elle est dans la manne des musiciens qui font partie du collectif. Bien sûr c’est un peu gênant de les appeler pour un remplacement. Mais, pour moi, ce n’est jamais un second choix. L’expérience musicale sera différente de celle que j’avais imaginée au départ et elle sera toute aussi intéressante et excitante. Aucun des musiciens avec qui je joue n’est meilleur ou moins bon qu’un autre. Ils sont tous différents et tous excellents. Le moins bon dans l’histoire, c’est certainement moi… Même si je suis le leader du projet.

 

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C’est pour cette raison que tu as appelé ce groupe PaNoPTiCon? Pour être au centre, voir ce qui se passe autour de toi et laisser les musiciens jouer librement?

Oui, c’est en référence à Jeremy Bentham qui avait mis au point cette architecture carcérale. Bon, présenté comme ça, c’est pas très agréable (rires). Je ne considère pas mon groupe comme une prison. Mais il faut, de toute façon, un garde-fou. L’improvisation échevelée et complètement barrée, j’adore ça aussi, et d’ailleurs, cela nous arrive de jouer comme cela, mais j’aime qu’il y ait une certaine architecture. Certaines personnes trouvent notre musique inaccessible. Pourtant, par rapport à certaines musiques improvisées, je trouve la nôtre vraiment très accessible. On essaie de poser des bases, qu’elles soient rythmiques ou mélodiques, afin que les gens puissent se raccrocher ou se référer à quelque chose. Il doit y avoir au moins un niveau stable, un pivot, en l’occurrence, moi. Voilà d’où vient l’idée et le nom de PaNoPTiCon. Vu la distance à laquelle les cellules sont éloignées du mirador central, les prisonniers ne savent jamais s’ils sont observés ou non. Dans le groupe, c’est un peu pareil. Le musicien ne sait pas s’il est observé. Il est libre, mais il s’oblige à une certaine autodiscipline. C’est ça qui est intéressant.


C’est ce que l’on ressent, en effet, en voyant le groupe sur scène. Tout le monde est libre, mais l’on sent un chemin commun.

Oui, parfois en début de set, je donne quelques consignes. Des choses que j’aimerais faire ou, au contraire éviter. Et les musiciens sont encore libres de les respecter ou pas. Parfois, je m’inspire de Brian Eno en donnant aux musiciens des petits mots écrits sur un bout de papier, du genre: «Les stratégies obscures». Des trucs qui ne veulent rien dire, mais qui peuvent évoquer quelque chose chez eux. Un jour, j’avais donné à Jean-Jacques Duerinckx, qui jouait avec Stéphane Mercier ce soir-là, un papier sur lequel était écrit «Ton double est ton ennemi». Ça me fait rire ces petits trucs. Et je ne sais pas dans quel état d’esprit se mettent les musiciens, car ils peuvent le prendre mal, ou ne pas comprendre. Mais moi, je m’amuse. Le tout est de s’amuser. Je ne me prends pas au sérieux, même si ma musique est quelque chose de très important pour moi.


Quand tu dis que certaines personnes trouvent cette musique inaccessible, c’est peut-être parce qu’ils ne savent pas où ils mettent les pieds. Il faut accepter l’inconnu. C’est ça qui est excitant. Après, on peut trouver ça intéressant ou pas, amusant ou chiant… c’est un autre débat. Mais ce principe de «ne pas savoir ce qui va se passer», ce n’est pas aussi un frein pour trouver des endroits où jouer?

Certainement. Pourtant, certains endroits qui freinaient des quatre fers au départ et ne voulaient pas entendre parler de nous, nous ont invité plusieurs fois par la suite. Quand j’envoie des disques aux salles et aux programmateurs, j’insiste toujours lourdement sur le fait que ce qu’ils entendent ne sera sans doute pas ce qu’ils entendront lors du concert que l’on fera. Forcément, tout est improvisé. Par contre, l’esprit sera le même. Il y a des salles qui voudraient entendre des musiques plus modales, plus funky, plus «jazz classique», plus hard… on est capable de faire ça aussi. Avec les mecs qui sont derrière, il n’y a aucun problème. Et je suis ouvert et prêt à faire ça aussi. C’est paramétrable. Mais l’esprit du PaNaPTiCon ne changera pas, ce sera improvisé et l’on ne viendra pas jouer des standards, ça c’est sûr. Tout le monde ne comprend pas ça. Et même des endroits qui ont pignon sur rue et qui se disent «ouverts» restent encore assez frileux. Mais plus on me ferme la porte au nez, plus cela me motive pour entrer.

 

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Tu as l’impression d’être dans un certain circuit, on va dire «underground» ou «avant-garde»? Car, en même temps, les musiciens avec lesquels tu joues font partie d’un certain «courant», sont parfois «borderline», on ne sait pas trop où ils se situent, non?

Oui et non. C’est au cas par cas. Je suis opportuniste. Si j’entends qu’un endroit cherche un groupe, je fonce, j’y vais. Et les musiciens, je vais les chercher partout, dans le rock la musique contemporaine, l’électro… Je ne crois pas être dans un circuit spécifique. R.E.D.A. a joué avec nous par exemple. C’est un producteur de Hip Hop qui jouait des platines. Je n’ai pas envie de me cantonner dans une seule «école». Plus c’est ouvert, plus c’est intéressant. C’est pour cela que j’essaie des combinaisons différentes chaque fois, pour voir ce que provoquent ces rencontres. Parfois, il m’arrive de mettre un chien et un chat ensemble. C’est amusant. J’essaie d’éviter les batailles d’ego, par contre…


Tu enregistres tous tes concerts, dans quel but?

Le partage. Car je ne compte vraiment pas me faire des thunes avec ça. Au début, c’était simplement pour garder une trace du concert. On a une quarantaine de concerts en ligne. Gratuitement. Et s’il y a des fanatiques de l’objet, comme je le suis moi-même, je peux leur envoyer le cd, pour la modique somme de 6 Euros, frais de port compris, quel que soit le coin de la planète. Ce sera un packaging cartonné, fabrication maison. Un peu comme ce que faisait Sun Ra dans les années septante…


C’est surtout en live qu’il faut écouter PaNoPTiCon.

Les avis divergent. Il faut dire que j’adore passer du temps sur un éditeur de musique multipistes à jouer sur les balances, à ajouter des effets stéréo. Je me demande même parfois si je ne change pas la réalité des concerts. Si je veux être tout à fait honnête et sincère, je pense que les concerts qu’on entend sur le net, ne restituent pas totalement ce qui s’et passé dans la réalité. Je m’amuse parfois à changer l’ordre des morceaux, pour trouver une progression. Est-ce un avantage ou un désavantage, je n’en sais rien. Tout le monde y trouvera ce qu’il veut.


Tu dis n’avoir aucune formation, mais quelles sont les musiques qui t’excitent ou qui t’ont influencées ? Tu parles de jazz, de rock progressif…

S’il faut citer des noms, je dirais King Crimson, Frank Zappa… En jazz, je dirai Ornette Coleman, Weather Report, Sun Ra… J’aime bien les empêcheurs de tourner en rond. Ce sont des gars qui aiment montrer que la réalité n’est pas toujours telle qu’on nous la vend. Ils cherchent des chemins de traverses. C’est ce que je recherche, c’est ce que j’aime. J’aime être bousculé. Et oui, je suis fortement influencé par la musique des années ’70, c’est sûr. Mais un groupe qui m’a vraiment impressionné ces dix dernières années, c’est Mr Bungle. Ils ont fait trois albums et puis ils ont disparu. Chacun fait son projet. Mais je n’ai pas de mots pour décrire ce qu’ils font. C’est phénoménal. C’est le premier groupe de Mike Patton, qui est devenu le chanteur de Faith No More. Et c’est grâce à son entrée dans ce groupe qu’il a pu obtenir un contrat pour Mr Bungle. Car, jusqu’à ce moment-là, il leur était impossible de signer pour un label. Le premier album de Mr Bungle a été produit par John Zorn. Le deuxième album est, pour moi, un Ovni! Dans la musique contemporaine, tu as «Trout Mask Replica» de Captain Beefhaert et «Disco Volante» de Mr Bungle. Je ne sais pas comment décrire cette musique, car ils mélangent tous les genres, mais c’est hallucinant. Tu vois, John Zorn avait fait un truc similaire avec «Naked City», mais c’était des formats courts. Mr Bungle, c’est un peu le même principe mais sur des morceaux plus longs. Ils ont le temps d’installer une trame.

 

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Toi, tu es autodidacte. Un jour tu t’es acheté une batterie…

Exactement. J’ai commencé à taper sur les casseroles de ma mère et j’écoutais Phil Collins, je n’ai aucune honte à le dire, même s’il a mal tourné (rires). Puis j’ai acheté une batterie. J’ai appris tout seul, avec un casque sur les oreilles en écoutant «Kashmir» de Led Zeppelin. Puis, j’ai pris quelques cours pour améliorer ma technique. Je ne suis pas le roi de la technique, loin de là, mais je pense avoir une oreille et le sens du rythme.


Et une personnalité aussi.

Ça, je ne sais pas. Mais je sais que les musiciens peuvent se reposer sur moi. Par contre, je ne me lancerai jamais dans des solos. D’abord je ne m’en sens pas vraiment capable mais surtout, je n’en vois pas l’utilité. Moi, je reste le pivot. Et je m’en fous si je reste métronomique dans mon jeu, même si c’est un 3/4 ou un 5/7. Je ne veux pas m’éloigner de ce rôle. Les musiciens peuvent se raccrocher à moi et se permettre toutes les libertés.

 

A+

 

03/09/2008

Bernard Guyot au Brassages

 

Le Travers a trente ans

Que faisiez-vous, il y a trente ans ?
Vous vous rappelez ?

Jules Imberechts, lui, s’en souvient très bien: il créait, sans vraiment s’en rendre compte, l’un des clubs les plus influents de la scène jazz Belge et Européenne.

Jules Du Travers !
C’est ainsi qu’on le connaît et qu’on l’appelle dans la sphère jazz.
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Les trente ans se fêteront au théâtre le Marni, qui abrite depuis quelques années déjà les restes (bien conservés finalement) de ce club qui n’a pas pu survivre aux règles impitoyables de l’économie.

Il faut dire qu’à l’époque, Jules, et son acolyte Philippe De Visscher, pensaient plus à se faire plaisir qu’à gagner leur vie sur le compte du jazz (c’est possible ça, d’ailleurs ??).

Avec 49 chaises (une de plus et il fallait avoir les autorisations des pompiers pour pouvoir "exercer") et avec des noms aussi illustres que Archie Shepp, Joe Henderson, Paul Motian, Joe Lovano, Art Ensemble Of Chicago ou encore Hermeto Pascoal, comment voulez-vous qu'ils s'en sortent?

... Je reviendrai sur cette incroyable histoire l’un de ces jours.

Pour l’instant, le Travers «Emotions» (comme il a été rebaptisé) fait son festival au Marni, à partir du 4 septembre (avec Kevin Mulligan et Philip Catherine en ouverture) jusqu’au 12.

En prélude à cet évènement, Jules a imaginé, avec l’aide du saxophoniste Bernard Guyot, de faire revivre quelques thèmes écrits par des grands noms du jazz belge en l’honneur de ce club mythique et de son patron.
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Rendez-vous à Dongelberg, au Brassages, pour la générale, avec le sextette formé par le ténor.

Charles Loos au piano, Yannick Peeters à la contrebasse, Wim Egermont aux drums et, outre Bernard Guyot, deux souffleurs: Jean-Paul Estiévenart, au bugle et à la trompette et Stéphane Mercier à l’alto.

Un premier set entre lyrisme et bop, sur des compositions de Guyot ou de Charles Loos, dont un magnifique et sensible morceau
en hommage à son père, aux relents de marching jazz, gospel et blues (Mais quel est son titre ??).

Le deuxième set est consacré entièrement au Travers avec trois morceaux écrits en son temps par Frank Wuyts («Jules Le Noble»), Benoît Louis («Julius Traverius») et Charles Loos déjà («Travers»).

Mais il y aura aussi une suite en quatre parties, écrite récemment et tout spécialement pour les trente ans du club par Bernard Guyot: «À Travers tout».

Partie swinguante d’abord, pleine d’optimisme et d’insouciance.
Une seconde partie plus feutrée, où les saxes se font caressants, chaleureux, presque sensuels. Le thème est serpentant, ondulant et puis, tout à coup, il devient tourmenté sous les attaques rageuses de Charles Loos.

Il évolue ensuite vers l’inquiétude… voire le fatalisme.
Dans cette troisième partie, Jean-Paul Estiévenart, au bugle, évoque les réveils difficiles et une certaine idée de la gueule de bois…
Mais finalement, le quatrième mouvement redonne espoir.
Tel le Phénix qui renaît de ses cendres: une mélodie lumineuse voit le jour.

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C’est toute l’histoire du Travers qui vient de défiler en une petite vingtaine de minutes.

Et c’est un petit bijou.

Vous aurez le droit d'entendre à nouveau ce très beau moment de jazz très évocateur vendredi, au Marni, lors de la deuxième soirée du festival. Ne ratez pas ça.

D’ailleurs, je vous y donne «rendez-vous», comme on dit dans ce théâtre…

A+

24/08/2008

Sabin Todorov sur Citizen et les J.O.

Petit détour du côté de Citizen Jazz.
Cette fois-ci, c’est pour vous inviter à aller lire ma chronique de «Inside Story» de Sabin Todorov et ensuite, à moins que ce ne soit déjà fait, aller vous procurer  l’album.

Rappelez-vous, j’avais vu le concert du pianiste et son trio à Bruges voici quelques mois.

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«Inside Story» est sorti chez Igloo et est dans les bacs des bons disquaires depuis quelque temps déjà.


Autre album sorti récemment et qui trône déjà dans les bacs, c’est «JazzOlympics».
Il me semblait opportun d’en parler après l’obtention d’une médaille d’Or de notre belle, brillante et très sympathique Tia Hellebaut au saut en hauteur

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L’album est d’ailleurs de couleur jaune, comme l’or, et vous le repèrerez facilement.

«JazzOlympics» est une initiative du COIB afin d’encourager nos athlètes et d’illustrer les valeurs Olympiques. L’album est produit par Jan Hautekiet et Jean Kluger.

Huit «groupes» (le 8 du 8 en 2008 etc…vous connaissez l’histoire), se sont donc donnés rendez-vous pour illustrer huit thèmes chers au Baron de Coubertin. Ainsi, la fraternité, le dépassement de soi, la tolérance, le fair-play etc… sont déclinés par quelques-uns de nos meilleurs jazzmen belges.

Le porte-drapeau de la délégation n’est autre que Toot Thielemans qui ouvre la marche avec un tendre «Best Of Yourself», suivi par David Linx et le BJO pour un «Fraternity» sous forme de chanson optimiste, sautillante et légère.
On retrouve bien sûr Philip Catherine dans un «Friendship» intimiste et recueilli, en duo avec Philippe Decock (keyboards).

Nathalie Loriers, quant à elle, revient en trio (Philippe Aerts (cb), mais aussi pour l’occasion Stéphane Galland aux drums) pour nous offrir l’un des meilleurs morceaux du disque (à mon avis): «Confidence». Thème bâti sur un swing fébrile, fait de tensions et de breaks jubilatoires.
Le toucher de la pianiste et ses arrangements sont de pures merveilles. Ça donne vraiment envie de revoir rapidement Nathalie avec cette formule

 

 

Autres belles surprises de l’album: «Tolerance» de Michel Herr et son Life Lines ainsi que «Solidarity» de Jef Neve.
Pour le premier, on saluera les arrangements finement ciselés qui permettent à Jacques Pirotton (g), Alexandre Cavalière (violon), Fabrice Alleman (ts, ss) ou encore Peter Vandendriessche (as) d’intervenir dans de riches et réjouissantes improvisations.
Le deuxième, Jef donc, explore un peu plus mélodiquement ce qu’il a commencé sur le «bonus CD» de son dernier album «Soul In A Picture»: c’est-à-dire une fusion entre jazz acoustique, loops et électro. Une belle réussite.

HLM (Houben, Loos, Maurane) et Stéphane Mercier font aussi partie de l’équipe et proposent de tendres sympathiques compositions.

Ils sont donc huit, mais le BJO s’offre un tour d’honneur avec un dynamique et tonitruant «The Hopper», histoire de terminer par un feu d’artifice.

Alors, faites comme Tia, rentrez à la maison avec de l’or.

A+

11/04/2007

Jazz Station Big Band

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Jeudi dernier, je sors du bureau et je file directement à la Jazz Station.
Depuis le temps qu’on me vante le Jazz Station Big Band dirigé par Michel Paré
Si, si.
Même quelques musiciens (qui ne font pas partie du Big Band) et quelques spectateurs assidus de jazz m’avaient déjà conseillé d’aller y jeter une oreille.
Connaissant déjà le travail et le résultat obtenu par le leader-trompettiste avec des musiciens «amateurs» (l’AcaJazz, dont j’ai déjà parlé ici), je ne prenais pas trop de risques.

Le temps de m’enfiler un Durum au bas de la rue, et me voilà fin prêt à écouter ce jeune band (ils n’ont joué ensemble que 7 ou 8 fois).

Dès les premières notes, ça «sonne».

Fred Delplancq (encore lui !) montre directement le chemin: ce soir, ce sera «énergie» !
Sur le premier thème, «Some Sunshine Again», il prend tout de suite un long solo puissant et plein de ferveur. Non, on ne jouera pas «à l’économie» ce soir.
Cela donne des idées à Daniel Stokart qui, sur «Friday», développera à son tour un solo, moins long, mais tout aussi inspiré. Tout en légèreté et en rupture de rythme.
A la guitare électrique, François Descamps distille quelques phrases discrètes mais bien senties, tout comme Cedric Raymond, remplaçant au pied levé, mais avec l’inventivité qu’on lui connaît, Vincent Bruyninckx ce soir.

Cédric est à nouveau éblouissant sur «Ana Maria» de Wayne Shorter quand il vient «déranger» la mélodie tendre avec un jeu bouillonnant et rageur. Il brouille toutes les pistes et le Big Band en profite pour faire monter la pression… jusqu’à la fission.

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Chauffé à blanc, le JSBB se lance alors dans le répertoire de Mingus avec «Fables Of Faubius».
Étonnement, c’est dans les individualités que ce morceau prend du corps avec l’excellent tromboniste français (lui aussi en «remplacement») Simon Girard ou encore avec Daniel Stokart.
L’ensemble restant, à mon avis (mais… qui suis-je ??), un peu trop proche de la partition. Trop respectueux, peut-être.

Par contre, avec «Moanin’», le band est libéré.
Introduit généreusement par Vincent Brijs (un nom à retenir !) au sax baryton, Jean-Paul Estiévenart s’échappe, et emmène avec lui le reste du groupe dans une douce folie.
Stéphane Mercier, à la manière d’un impressionniste, jette, par touches, les bases d’un solo furieux.
Le Big Band est éclatant.

Dans les moments plus calmes, comme sur «Go On Now», on apprécie le dialogue subtil entre Michel Paré au bugle et Delplancq au ténor.
Plus loin, sur «Please Walk Out Of My Head», on est ébloui par le solo lumineux et ciselé (voire même très découpé) de Daniel Stokart.
Et sur «After The First Step» (dont l’arrangement Vamp semble faire un clin d’œil à «Tiptoe» de Thad Jones) on est séduit par le jeu riant de Descamps ou de Paré.

Bref, ça joue, ça ose et on s’amuse.
Comme Peer Baierlein (tp) ou Simon Girard et Samuel Marthe(tb) qui s’en donnent à cœur joie sur «Seven Over Rock», ou bien encore Stokart et à nouveau les deux trombonistes sur «Nostalgia In Time Square» qui clôture (avant « Moanin’ » en rappel) un concert énergisant.

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Non, non, les Big Bands ne sont pas morts.
D’ailleurs, il faut que j’aille découvrir le Tuesday Night Orchestra, dont on me dit aussi beaucoup de bonnes choses…
À suivre, donc…

A+