10/09/2017

(The Mystery Of) Kem - Théâtre Marni

Après le piano, la guitare ou encore la contrebasse, le Marni Jazz Festival met en avant cette année la batterie. Au programme, on retrouve Michel Debrulle avec Trio Grande et Rêve d’Eléphant, Bruno Castellucci, Manu Katché avec Ivan Paduart, mais aussi Paco Séry, Antoine Pierre et, bien entendu, Stéphane Galland.

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Ce vendredi soir, le percussionniste fou d’Aka Moon, présente son nouveau projet très personnel : (The Mystery Of) Kem.

Pour le coup, il s’est entouré de talentueux et jeunes musiciens (Federico Stocchi à la contrebasse et Sylvain Debaisieux au sax ténor) et de moins jeunes, car on ne peut plus vraiment dire que le pianiste Bram De Looze est un nouveau venu. Et puis, cerise sur le gâteau, Galland a aussi invité Ravi Kulur, un flûtiste indien qui tourne beaucoup avec Ravi Shankar – excusez du peu - qui est entré en contact avec notre batteur belge via les réseaux sociaux ! Comme quoi, cela a parfois du bon.

Le quartette de départ existe depuis trois ans déjà et a construit, lentement mais sûrement, une musique très sophistiquée et basée principalement sur divers concepts rythmiques. La dernière semaine avant ce concert, nos musiciens se sont même retrouvés parfois à ne répéter que les tempos à mains nues et sans instruments, histoire d'innerver véritablement le corps et l’esprit.

Il faut reconnaître que la musique de (The Mystery Of) Kem est assez éloignée d’un « simple » 4/4…

Le Théâtre Marni est archi sold-out lorsque le groupe monte sur scène. Et après un salut respectueux au public, il entre rapidement dans le vif du sujet.

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Le bansuri de Ravi Kulur ouvre l’espace, Stéphane Galland dépose des frappes brèves, comme autant des gouttes de pluies fines et claquantes, le piano s’engouffre entre les interstices, la contrebasse marque un tempo décalé, le saxophone glisse dans les rythmes… et nous voilà embarqué dans un voyage plein de rebondissements.

C’est une course relais. Ou un jeu de domino. La musique ne fait que se découvrir.

Ce qui est fascinant, c’est l’énergie qui s’en dégage : jamais lourdingue, jamais envahissante. C’est clair : il n’est pas nécessaire de jouer fort (et pour cela, on remerciera aussi Michel Andina pour le son parfait) pour que ce soit puissant, mais il faut surtout jouer avec les pulsations, les pleins et les déliés, les gifles et les caresses. Et que de nuances ! Que de retournements de situations ! Que de reliefs dans cette musique riche à souhait !

Puis c’est la basse, puissante et ferme de Federico Stocchi qui introduit « Morphogenesis » et qui donne la direction. C’est elle qui permet à Ravi Kulur et Sylvain Debaisieux de prendre de brefs solos qui finissent par se mélanger. Alors la musique prend de l’ampleur, se gorge de couleurs, atteint des sommets.

Après ce long morceau évolutif, « Hitectonic » surprend par sa concision. Sur des rythmes presque jungle, chacun se connecte et balance ses phrases avant une conclusion abrupte. Tout est dit, pas la peine d’en rajouter.

Plusieurs fois, Bram De Looze est mis en avant. Ses intros, sur « Symbiosis » ou « Mælström » sont éblouissantes de caractère. Son jeu est aussi claquant qu’il est harmonique. Et toutes ses interventions, en osmose avec le flûtiste ou en contrepoints avec le batteur sont d’une rare intelligence.

On passe des rythmes indiens aux claves cubaines, des alap à la transe, de la musique contemporaine aux groove furieux. C’est intense, c’est raffiné, c’est lumineux ! Les couches rythmiques se mélangent, se dissocient, se rejoignent. Le tourbillon est incessant. On sourit, on tape du pied… On lévite presque. Le cœur bat fort et l’esprit reste en éveil. Ce n’est que du bonheur.

Alors, forcément, (The Mystery Of) Kem a droit à sa standing ovation. Et le public a droit à son rappel. Et quel rappel ! Un « Afro Blue » qui démontre - si certains ne l’avaient pas encore compris - que cette musique si contemporaine, si foisonnante et si excitante, ne serait rien sans de véritables racines.

Merci à ©Roger Vantilt pour les images.

 

 

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04/01/2017

Malcolm Braff Trio à l'Archiduc

On n'a pas souvent l'occasion de voir et d’entendre Malcolm Braff en Belgique. Qui plus est en trio ! Ce pianiste m’a toujours impressionné, que ce soit avec Erik Truffaz, Samuel Blaser ou avec ses amis africains et autres. La dernière fois que je l’ai vu, c’était avec Stéphane Galland (et son projet LOBI) au Jazz Middelheim en 2013.

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Ce dimanche soir (le 18 décembre), il était à l’Archiduc avec Reggie Washington (eb) et Lukas Koenig (dm).

Ce trio existe depuis cinq ou six ans déjà mais n'a pas joué très souvent, ou, en tous cas, trop rarement, malgré l’enregistrement d’un album sorti chez Enja Records en 2011 et qui, je l’avoue honteusement, m’avait échappé.

Malcolm Braff, c’est un jeu intense, sec et puissant. Toujours à la recherche - souvent en tous cas – d’une rythmique percussive. Avec lui, les sons claquent et les phrases sont courtes, précises, concises, presque sèches. Pourtant, même quand il bloque les cordes, cela ne l'empêche pas de dessiner des paysages harmoniques pleins de brillance. C'est un des paradoxes qui font sa personnalité.

Avec ce trio, les tableaux qu’il propose grouillent d'une foule de personnages invisibles, de ciels changeants, de vents chauds, de courses échevelées, de rage, de folies et de poésie. Avec Reggie Washington, qui module chacune de ses lignes de basse, qui pousse, anticipe et fait bouillir l'ensemble, et Lukas Koenig qui groove un maximum en alternant les break, les accélérations et les temps suspendus dans un jeu hyper sec et tendu, Malcolm Braff invente, s’envole, s’échappe.

Il y a une dynamique incroyable entre les trois musiciens. Il faut entendre comment ils découpent « Poinciana » (ou du moins un thème qui lui ressemble), comment ils le réinventent, le malaxent, le tordent. La musique est très ouverte et laisse des espaces immenses à l’improvisation que chaque musicien utilise avec intelligence et maîtrise. Plusieurs fois, on se demande comme ils (et surtout Braff) choisissent leurs notes. La musique est toujours là où on ne l’attend pas : elle est surprenante, puissante, déterminée.

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Braff joue avec le jazz comme un ours joue avec une souris. Il en fait ce qu’il veut. Il introduit quelques citations de « A Love Supreme » par-ci ou prend des chemins de traverses par-là. Comme sur « Berimbau » (de Baden Powell et Vinicius de Moraes), retravaillé façon soul et reggae (je sais, ça n’existe pas, et pourtant je l’ai entendu !). Et puis le trio est innervé par un funk souterrain de Reggie Washington, qui n’a pas son pareil pour faire onduler la rythmique. « Sexy M. F. » de Prince (mélangé à quelques riffs de « Sex Machine » de James Brown) nous emmène sur des routes accidentées et des dérives hallucinantes. Chaque morceau monte en puissance. Toujours. On passe des paliers que l'on n'ose imaginer. Rien ne nous laisse indifférent. Surtout pas ce blues introspectif (« Empathy For The Devil » ) dans lequel on pourrait entendre des échos d'un Lennie Tristano, bourré d'âme, de sang et de larmes. La musique fait feu de tout bois et passe de l’Afrique au Brésil, du blues au funk, du jazz contemporain à la musique des îles, celle qui n'est pas édulcorée, celle qui a vécu, celle qui est charnelle, voire brutale. Quelle claque, quel bonheur !

Ce trio possède un son hors du commun et une énergie débordante qui donnent une pêche incroyable.

Braff, Washington et Koenig, c’est une certaine façon d'envisager le trio jazz. Et il est urgent de l’entendre.

Dire que j’aurais pu passer à côté de ça ! A revoir vite !

 

 

A+

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17/08/2016

Un dimanche au Gaume Jazz Festival

32e édition du magnifique et très convivial Gaume Jazz Festival. Cette année, en plus, c’est sous un soleil de plomb qu’il se déroule. Et sur le coup de quinze heures, ce dimanche, le grand parc semble encore un peu endormi.

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C’est dans la salle du centre culturel de Rossignol qu’il faut aller. Il n’y fait pas plus frais, mais c’est là que le trio de Jeremy Dumont présente la musique de son premier - et très bon - album Resurrection.

Très resserrés autour du leader, concentrés et bien décidés à jouer un jazz énergique et dense, Victor Foulon (cb) et Fabio Zamagni (dm) attaquent « On Green Dolphin Street » avec vigueur. Le trio enchaine aussitôt avec « Try » et « Resurrection ». Les interventions du pianiste sont fermes et décidées, la basse claque presque autant que ne résonnent les coups de fouets sur la batterie. Mais surtout, ça groove et ça trace. Et l'intensité ne faiblit pas sur « Matkot » et ses réminiscences klezmer qui laissent transparaitre pourtant une pointe de mélancolie. Et puis, une dernier composition, inédite, confirme la direction bien tranchée que semble prendre le trio : de l’énergie, du nerf et de l’adrénaline. Jeremy Dumont définit de plus en plus précisément le jazz qu’il veut défendre. Et nous, on est prêt à le suivre.

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De l’énergie, la musique de Jean-François Foliez et son Playground n’en manque pas non plus ! Sous le grand chapiteau, qui a fait le plein, le quartette semble ne pas vouloir s’embarrasser de fioritures. Pourtant, le jazz à Foliez est ciselé, plein de raffinements et de subtilités. Mais avec un Casimir Liberski au piano et un Xavier Rogé aux drums, tout est limpide ! Le drumming claquant s'allie superbement aux folies harmoniques et rythmiques du pianiste. Et tandis que Janos Bruneel fait vibrer les cordes de sa contrebasse, le clarinettiste virevolte avec agilité et souplesse au-dessus de ce magma en fusion. Il y a, chez ce dernier, quelque chose de l’extravagance du jazz italien à la Gianluigi Trovesi, parfois. Même dans les plages plus lentes et intimistes, on sent toujours un travail rythmique intense. « Platinium », « Groove #2 » et surtout « Germination » sont époustouflants ! Chacun propulse l’autre un peu plus haut pour le meilleur de la musique. Une bonne heure de jazz bien tassé, entre détente (ha, cette fausse valse qui s'emballe après l’intro en solo de Jonas Bruneel) et tension… Et quelle tension !

Impossible de rentrer dans la salle pour écouter le trio Steve Houben, Stephan Pougin et Johan Dupont. Une tentative, une deuxième… J’abandonne et me laisse tenter par quelques délicatesses dont la Gaume a le secret…

Retour sous le chapiteau, plein à craquer, pour écouter Aka Moon et son Scarlatti Book.

On a beau les voir et les revoir (sur ce projet ou sur d'autres) on est toujours surpris par la puissance mélodique et énergique de ces quatre énergumènes. Et on est toujours ravi de les voir prendre plaisir à jouer et inventer ensemble. Ici, en reprenant Scarlatti, ils ramènent le clavecin et les compositions baroques dans le présent. Sans jamais caricaturer l'une ou l'autre époque. Aka Moon joue avec l'intelligence et la sensibilité de chacun plutôt que sur l'air du temps et les effets de mode. C'est cela qui rend la musique à la fois accessible, prenante et jubilatoire. Même si elle est complexe. Mais on ne cherche plus à comprendre et on laisse faire les artistes. Fabian Fiorini, entre contemporain et classique, déroule un phrasé toujours percussif, Frabrizio Cassol et Michel Hatzigeorgiou rebondissent sur des dialogues irréels qui nous laissent sans voix. Quant au drumming de Stéphane Galland, qui ne peut s’empêcher de surprendre tout le monde y compris ses acolytes, il est unique. Et puis, Aka Moon est unique. Autant les contrastes rythmiques sont marqués, autant les harmonies sont affinées. C'est l'eau et c’est le feu. Et c’est toujours aussi fort !!

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En début de soirée, dans l'église du village, on profite enfin d’un peu de fraîcheur mais aussi de la musique apaisante du duo Lionel Loueke et Nicolas Kummert. La veille, en quartette avec Karl Jannuska et Nic Thys, le saxophoniste avait présenté l'évolution de son travail avec le guitariste béninois (la « première » avait eu lieu ici). Un disque est en préparation et devrait sortir en février. Pour l'instant les deux artistes sont face à un public attentif et silencieux. Quoi de mieux qu'une Gnossienne de Satie pour débuter ? La musique se laisse modeler par le chœur de l’édifice. Tout est souffle, alanguissement, recueillement. La guitare sonne avec respect, plénitude et retenue. Même un morceau de Salif Keita se murmure et danse sensuellement. Nicolas Kummert ne se contente pas de jouer du ténor, il chante aussi. Il aime ça et il le fait bien. Puis c’est Loueke qui chante une berceuse béninoise avant de reprendre le « Hallelujah » de Jeff Buckley de circonstance. Beau moment...

Retour dans la petite salle, comble à nouveau, et dans une chaleur étouffante. Cette fois-ci, j’arrive à me faufiler. Tree-Ho, le groupe d’Alain Pierre, a déjà entamé « Aaron & Allen » et « Piazza Armerina ». On peut dire que ça groove ! Et « Joyful Breath » file tout aussi vite, et en toute légèreté, sur la douze cordes du guitariste. Soutenu par une paire rythmique qui se connaît bien (Antoine Pierre aux drums et Felix Zurstrassen à la basse électrique) et qui ne cesse d'évoluer, Tree-Ho propose un jazz vif, mélodieux et résolument optimiste, même dans les morceaux plus intimistes. « Seeking Song » (ou « Sea King Song » ?), un inédit, est fait dans le même bois mais se termine ici en prog rock psyché irrésistible. On sent que le groupe a encore de belles choses à nous faire découvrir. Ça tombe bien, on ne demande que ça.

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Je n’aurais pas l’occasion d’aller écouter le concert d’Orchestra ViVo ! , dirigé par Garrett List, Johan Dupont, Emmanuel Baily, Manu Louis, Marine Horbaczewski… bref, par les 29 musiciens ! Dommage, j’aurais bien voulu entendre et voir l’évolution du nouveau projet, que j’avais eu l’occasion de voir en « première » lors de la résidence de l’Orchestre à La Marlagne (j’en avais parlé ici).

J’aurais voulu être en Gaume les autres jours aussi pour entendre, entre autres, Lorenzo Di Maio, le projet Terrasson, Bekkas, Belmondo ou encore Manu Louis, Pascal Schumacher ou l’étonnante chanteuse Veronika Harsca… Mais… je n’ai toujours pas le don d’ubiquité.

A+

Merci a ©Pierre Embise pour les images !

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04/06/2016

Nasa Na - Jazz Station - Live 91 Album Release

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Il y a près de 30 ans, c’était au Kaai, que ça se passait. Club mythique initié par Etienne Geeraerd et Pierre Van Dormael. C’est là que Nasa Na, groupe non moins mythique, y jouait chaque mercredi soir. Toutes les expérimentations et tous les risques étaient permis. C’était un terrain de jeu exceptionnel pour Pierre Van Dormael et ses trois amis : Michel Hatzigeorgiou, Stéphane Galland et Fabrizio Cassol. C'est là que Nasa Na inventait une musique nouvelle.

Mais trop rapidement, le groupe «splitte» en '92, Pierre étant trop occupé à écrire pour son frère la musique de «Toto le héros»... Et puis, Aka Moon a pris la relève…

De cette époque, peu de matériel subsiste. Il reste quelques brides d'enregistrements vidéo (merci «Cargo De Nuit»)… On parle bien d'une cassette qui circule quelque part... Et à part les souvenirs, rien...

Mais !

Mais il existe aussi un enregistrement réalisé en 1991 dans un autre club légendaire de la capitale : le Sounds (qui fête ses trente ans cette année !).

Ces bandes, précieusement conservées, restent longtemps inexploitées. Cependant, peu de temps avant sa disparition, Pierre Van Dormael les réécoute et se dit qu’elles ne peuvent pas rester indéfiniment à l’ombre…

Il a fallu plus de sept ans de réflexion, de réécoute et de re-réflexion pour nettoyer – sans tricher et sans retoucher – les fameuses bandes enregistrées magnifiquement par Michel Andina… Le résultat : Nasa Na Live 91, l’album que l’on attendait plus, vient de sortir chez Outhere.

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Pour fêter ça, la Jazz Station a invité Michel, Stéphane, Fabrizio et le fabuleux Hervé Samb (qui mieux que lui pouvait tenir la guitare dans ce projet ?) à rejouer la musique de Nasa Na.

Bam ! Deux soirées sold-out. Deux soirées de folies musicales.

Toute la base de la musique d’Aka Moon est là. Cette musique unique, faite de couches rythmiques incroyables, faite de funk, de blues «Qui est cette femme ?», de rock «Hi, I’m From Mars», de folk, de musique contemporaine… Tous les ingrédients sont là.

Les quatre musiciens s’amusent et jouent cette chose tellement complexe – mais tellement organique - avec une désinvolture incroyable. Cela fait bien partie de leurs gènes ! Rappelons que le groupe a à peine répété avant ces deux concerts flamboyants !

Ces rythmes impairs, décalés, superposés… Ce groove infernal ! Ces changements de temps soudains ! On est transporté.

Hervé Samb, très impressionnant, s’emballe et va même jusqu’à épuiser les amplis, Fabrizio Cassol, plonge dans les thèmes, avant de regarder Stéphane Galland et Michel Hatzi ferrailler entre eux. Alors, il y «Bruit»… un tube. «Destinations», «Aka Dance»… On prend un pied pas possible !

Le groupe s’amuse à tailler la musique, comme on s'amuse à casser du petit bois pour attiser un immense un incendie... Le groupe dégage une énergie terrible. Pour tout un pays ! On peut fermer Doel et Tihange !

Quelle soirée !

25 ans après, la musique est restée d’une modernité inouïe. Normal, Nasa Na était en avance sur son temps…

Quant à Pierre Van Dormael, c'est confirmé, il est bien immortel.

 

 

A+

(Merci à Roger Vantilt pour les photos)

13/02/2016

Aka Moon + Fabian Fiorini - Jazz Station

Samedi 6 février, la Jazz Station est hyper bondée. On y refuse même du monde. Il faut dire que Aka Moon est au programme pour deux soirs.

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Aka Moon, l'un des groupes européens les plus féconds, l'un des plus innovants, toujours surprenant, toujours à l'avant-scène de l'avant garde, toujours capable de se renouveler sans cesse, tout en continuant à «faire» du Aka Moon. C’est un courant à eux seuls. C’est ça, la marque des grands. C'est dire si on les regarde, si on les écoute, si on les envie

Deux jours de suite, la Jazz Station a donc fait le plein pour entendre le «Scarlatti Book» en live.

Tout en fluidité et ondulations, le premier morceau («Aka 99» – inspirée de la «Sonate K99» de Domenico Scarlatti, bien entendu) invite presque à la rêvasserie. Fabrizio Cassol échange avec Fabian Fiorini des arabesques flottantes, tandis que la basse de Michel Hatzigeorgiou répète à l’envi la mélodie. «Aka 466» est traité de façon plus incisive, plus violente presque. Fabian Fiorini virevolte au-dessus du magma bouillonnant imposé par Stéphane Galland. Le jeu du batteur est foisonnant, précis, intense. On est déjà presque soufflé. Mais ce n’est rien avec ce qui nous attend.

Domenico Scarlatti, revisité avec une telle élégance, une telle originalité et autant de puissance que de délicatesse, cela force vraiment le respect. Aka Moon évite tous les clichés et ne tombe dans aucun piège. Jamais le groupe ne se prête à la facilité ni à la «complexité pour la complexité». On comprend tout de suite que les quatre musiciens ont tout assimilé et tout digéré la musique, de l’écriture et de l’esprit de Scarlatti. Grâce à cela, ils peuvent se permettre toutes les digressions, les analogies, les contrepieds, les contrastes. Avec un esprit qui n'appartient qu'à lui, Aka Moon réinvente encore et encore le jazz, comme il le fait depuis plus de vingt ans, avec la même fraîcheur et la même force.

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«Aka 141» est plus tendu encore. Stéphane Galland emmène la bande dans des délires rythmiques insensés. Changements de tempos et polyrythmies sont poussés à l’extrême, mais contrôlés comme personne. On se délecte, on tape du pied, on secoue la tête. Et on se prend des claques

De son côté, Fabian Fiorini manie de façon exceptionnelle le langage classique et contemporain avec une aisance confondante. Les solos de Michel Hatzigeorgiou, sans longueurs mais intenses et précis, sont à tomber raide. Ses enchaînements d’accords, descendants ou montants (sur «Aka 175», notamment) sont exécutés sans faille, à la vitesse de l’éclair. Oui, ça balance et ça groove… et on ne se l'explique toujours pas. Jazz contemporain, musique lyrique, influences presque funky, des riffs rock, des pointes hispanisantes, tout se mélange et garde pourtant une unité incroyable.

«Aka 175», presque nocturne, laisse la part belle à Fabrizio Cassol. Le son pincé et le phrasé personnel du saxophoniste, est reconnaissable entre tous. Il serpente entre la partition, joue avec les tensions, les brefs silences, les accélérations soudaines. Faut-il encore parler de technique avec ces extraterrestres ? Tout est, «simplement», au service de la musique. Sans esbroufe. Et l’on reste pantois devant tant de virtuosité et devant cette complicité qui permet à chacun de prendre le lead. Le sax prend le contrôle, puis la basse, puis le piano ou la batterie. Qui aura le dernier mot ? Qui va emmener l’autre sur de nouvelles pistes ? Tout se mélange, tout se tisse et se retisse. Et que dire du final («Aka 492») lorsque Fiorini et Galland se font des «blagues», jouent à cache-cache, se tendent des pièges comme on tend des perches ? Ils se jouent des complexités pour en faire un feu d’artifice ! La claque, je vous dis.

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Le deuxième set est consacré à AlefBa et Aka Balkan Moon. La musique, basée cette fois sur celle du Moyen-Orient ou celle des Tziganes, est différente bien entendu. Mais, une fois encore, l'esprit Aka Moon est bien présent. La musique prend d’autres couleurs et est distribuée, ou articulée, différemment. On jongle avec d’autres modes et on plonge dans une autre époque et d’autres lieux. «Baba», «Dali» ou «Stésté» s’enchaînent. Avec ferveur et bonheur. Et on bouge tout autant.

Depuis des années les musiciens se lancent des défis et se poussent l'un et l'autre... Pour le plaisir. Pour trouver, encore et toujours, autre chose. Alors ils reprennent le thème à l'endroit, à l'envers, redoublent le tempo ou le décomposent soudainement. Ils en font ce qu'ils veulent. Puis, toujours pour le plaisir, ils ressortent et réinventent des thèmes plus anciens, extraits d’albums «Move» ou «In Real Time» (en collaboration avec Anne Teresa De Keersmaeker) et c’est une renaissance. Et c’est tout aussi bluffant.

Quelle science ! Quelle facilité ! Quel extraordinaire concert !

 

 

(Merci à Olivier Lestoquoit pour les images)

A+

 

 

22/09/2015

Marni Jazz Festival 2015 - Part Two

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©Didier Wagner

On attendait beaucoup des trois soirées « offertes » à Michel Hatzi lors du Marni Jazz Festival. Et on n’a pas été déçu. Au contraire. On a plutôt été ému lors de la présentation de son premier disque en tant que leader (La Basse d’Orphée), bousculé lors de la prestation avec Sinister Sister Plays Zappa et époustouflé lors de son duo avec Stéphane Galland.

Un artiste unique.

Le compte-rendu complet est à lire sur Jazzaround.

 

 

A+

 

09/09/2013

Festivals d'été (Part 2) Jazz Middelheim

 

Continuons les comptes-rendus des festivals jazz de l’été (dans un ordre pas vraiment chronologique).

Sur Citizen Jazz, vous pouvez revivre les grands moments – et il y en a eu plein – du festival Jazz Middelheim.

On y a vu des belges en pleine forme, comme Manu Hermia trio, Mélanie De Biasio, Stéphane Galland et son LOBI et un fantastique Robin Verheyen entouré de Gary Peacock, Joey Baron et Marc Copland ! Et bien sûr… Toots !

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Mais il y avait également l’omniprésence de Tigran Hamasyan – musicien en résidence – qui s’est présenté d’abord avec Arve Henriksen et Jan Bang, puis avec Trilok Gurtu et finalement avec son groupe habituel pour la sortie de son dernier et excitant album Shadow Theater.

Et puis, il y eu John Scofield, Terri Lyne Carrington, Randy Weston, un fantastique Anthony Braxton et un éblouissant Charles Lloyd (avec Reuben Rogers, Eric Harland, Jason Moran).

Oui, on a été gâté.

A suivre, le Gent Jazz Festival et le Gaume Jazz… toujours sur Citizen Jazz.


A+

 

30/04/2013

Stephane Galland Interview sur Citizen Jazz.

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C’était à la fin de l’année dernière. Stéphane Galland allait fêter avec ses vieux complices, les 20 ans d’Aka Moon. Mais ce soir-là, dans un bar près du Sablon, c’est de son premier album que nous parlerons : LOBI.

L’interview est à lire sur Citizen Jazz.

Et LOBI sera à voir sur les scènes de Jazz à Liège et du Paris Jazz Festival… Ne ratez pas ça.

A+

 

22:42 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stephane galland, interview, citizen jazz |  Facebook |

10/02/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Dernière)

 

Pour en terminer avec les 20 ans d’Aka Moon, revenons sur les deux derniers concerts à la Jazz Station.

Le premier des deux avait lieu le 21 décembre et revisitait l’album avec les DJ’s.

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Pour l’occasion, le groupe a invité DJ Grazzhoppa, bien entendu, mais aussi Benoit Delbecq (keys) et Guillaume Perret, le nouvel enfant terrible du saxophone (trafiqué) français.

Le club a fait le plein, une fois de plus. Il n’y a plus une seule place libre.

Pas une minute à perdre. Benoit Delbecq derrière son ordi et son mini clavier, et Grazzhoppa derrière ses platines lancent un groove sourd et bourdonnant, empli de tonnerre et d’orage. Et bam! C’est parti. Puissance et énergie maximales, on ne fait pas dans le détail. Stéphane Galland entre aussitôt dans la danse, suivi par Michel Hatzigeorgiou et finalement par les deux saxophonistes.

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Ce qui est magnifique dans cette orgie de décibels et de beats insensés (hé oui, on est quand même loin d’un simple rythme binaire de boîtes de nuit), c’est que l’esprit musical d'Aka Moon reste totalement perceptible. Peu importe le traitement et la couleur qu’on lui impose, son langage musical est plus fort que tout. L’ADN du trio ne peut mentir.

Sans ne jamais rien perdre de leur intensité, les mélodies s’enchevêtrent sur des tempos soutenus et toujours mouvants. Virages abrupts, changements de directions surprenants, la musique prend tous les risques et nous entraine dans un tourbillons insensé. Des paysages hallucinés se dessinent, des univers insoupçonnés se découvrent. Des sirènes hurlantes, des voix trafiquées ou des sons urbains se bousculent sur des rythmes venus des quatre coins de la planète. La musique ne fait qu’un seul monde. Aux impros jazz, se mélangent le dub, le rock, le folklore oriental, le blues, le classique et rythmes tribaux. Et tous s’entendent.

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Le trio ouvre constamment l’aire de jeu et Guillaume Perret s’engouffre dans les moindres espaces. Il sort de son sax - sur lequel il a scotché de minis micros - des sons ultra trafiqués qu’il module à l’aide d’une panoplie impressionnante de pédales. Sa dextérité et sa maîtrise lui permettent de toujours être sur le coup. Il rebondit, improvise, invente et propose à tout va.

Delbecq injecte des micros rythmes, des crachotis, des craquements, des bribes d’harmonies. Grazzhoppa fait courir ses doigts sur les vinyles et les curseurs de ses platines.

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Fabrizio Cassol joue le chef d’orchestre, parfois presque dépassé par la folie ambiante. Hatzigeorgiou et Galland rivalisent d’idées pour maintenir le cap. Et tout le monde communique, avec passion et ferveur. Rien n’est jamais pareil et la musique se réinvente perpétuellement sur des rythmes fous.

Je vous invite à découvrir l’univers de Guillaume Perret à travers son album (sorti chez Tzadik, le label de John Zorn) en attendant de le revoir en concert en Belgique – espérons-le – avec son propre projet. Vous ne serez pas déçu.

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Le lendemain, toujours au même endroit, on retrouve le trio, comme au premier jour, pour conclure ces 20 ans d’amitié et de créativité incessantes.

Il est touchant de constater que ces trois amis se surprennent encore et toujours, qu’ils ont toujours autant du plaisir à jouer ensemble, à inventer et réinventer. Cela se sent dans leur musique, mais aussi dans leurs yeux et leurs sourires. Complices jusqu’au boutils passent en revue, ce soir, «Unisson», le bien nommé.

Aucun concert n’aura jamais été pareil, n’aura jamais été une redite. Chacun d’eux aura été une renaissance, une recréation d’un monde. Un monde de richesses musicales inépuisables.

On est passé par tous les sentiments et par tous les pays. On a découvert et rencontré des gens formidables, des gens passionnés, émouvants, drôles, profonds et subtils. Des musiciens à l’identité forte. Tous brillants. Et qui avaient chacun quelque chose à partager.

Si ça ce n’est pas du jazz…

A+

 

03/02/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part 3)


Cette fois-ci, Mezzo (la chaine télé culturelle française) est présente pour immortaliser l’événement. Le concert sera sans doute diffusé dans le courant du mois d'avril 2013.

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Ce jeudi 6 décembre, on revisite Guitars et Amazir. Et la Jazz Station est sold out!!!

Comme souvent, Aka Moon commence en force. Et quand on sait aussi que la tension retombe rarement, on peut s’attendre à un feu d’artifice.

Pas de Prasanna, pas de David Gilmore ni de Pierre Van Dormael pour mettre le feu à «A La Luce Di Paco», mais un Magic Malik éblouissant et toujours aussi surprenant. Avec lui, tout bascule, tout chavire, tout prend d’autres couleurs. Et les sommets sont vite atteints. Ce qui n’empêche pas Michel Hatzigeorgiou, avec des solos en re-re, Stéphane Galland et Fabrizio Cassol d’aller toujours plus loin.

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Les échanges entre le flûtiste extra-terrestre et le saxophoniste – qui vient assurément d’une autre planète aussi – sont délirants et d’une inventivité folle. Les phrases coulent en un flot continu. C’est toujours surprenant, impertinent, inattendu.


Les lignes de basse et le beat de la batterie s’entrelacent. Ça ondule tout le temps. A chaque mesure, le tempo change. La pulsion s’accélère, ralenti, se fige et repart de plus belle. Un peu plus vite, un peu plus fort.

Malik et Cassol échangent comme des duellistes. «Scofield» brûle, «Vasco» ondule, «Cuban» chaloupe, «Amazir» émeut... le public exulte. On se congratule, on s’embrasse, on est heureux.

Comme le dit Fabrizio Cassol dans un sourire: «Aka Moon, symbole de l’amour éternel».

(Merci à Jempi pour la vidéo.)

A+

 

 

16/01/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part2)

Deuxième semaine de la rétrospective Aka Moon 20 ans à la Jazz Station. Troisième concert du groupe. Cette fois-ci, on revisite la période Invisible MotherInvisible Sun et In Real Time.

Et l’invité du jour n’est autre que Fabian Fiorini. Un vieil ami.

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Fiorini est un pianiste très percussif et puissant, on le sait. Mais il est aussi capable de disperser des notes d’une incroyable finesse et d’une étonnante poésie. Toujours prêt à naviguer entre la musique contemporaine la plus complexe et les rythmes tribaux les plus sauvages.

Et ce soir, c’est la force qui parle. On a parfois l’impression qu’il va démonter le piano tant son touché (sa frappe ?) est robuste, presque violente.

Ce soir, il faut «donner» ! Et Fabian s’en donne à cœur joie. Il faut dire que les «Dirty Play and Chaos Dance» ou «Spiritualisation» ne se laissent pas faire. Joués avec une énergie de tous les diables, ces morceaux exigent une présence forte. Pas question de se cacher. Le piano doit exister sous les assauts du saxophone de Fabrizio Cassol, les attaques de la basse de Michel Hatzigeorgiou et les coups de batterie de Stéphane Galland.

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Ajoutez à cela que la période qu’Aka Moon nous propose de réentendre - ou de redécouvrir – n’est sans doute pas la plus simple. C’est l’époque du travail avec Ictus, avec Bernard Foccroule, avec Sivaraman. Harmoniquement et rythmiquement, le groupe semble vouloir aller au-delà du raisonnable. Tout explorer. Dans tous les sens.

Et c’est parfois de la folie pure, avec un enchevêtrement de notes et d’accords plus improbables les uns des autres.

Pourtant, Anne Teresa de Keersmaeker a réussi à faire danser sa troupe sur ce magma en fusion perpétuel. Et c’est vrai qu’en étant attentif – ou en se laissant aller - on encaisse toujours ce groove et l’on respire inconsciemment ce balancement étrange. Imperceptible. Inévitable. Il agit comme un virus dans le sang, il le fait bouillir et provoque des réactions presque inconnues.

Sur «Alix», comme en une transe hystérique, les envolées de Michel Hatzi sont époustouflantes. Il va au-delà du jeu de basse. Au-delà de la guitare électrique. Ses doigts courent, le poignet se tord. La disto s’invite à la frénésie.

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Et Stéphane Galland en remet toujours une couche, plus surprenante que la précédente. Il veut toujours avoir le dernier mot. Et Fabrizio Cassol aussi. Et Fabian Fiorini aussi. Quelle bande de sales gamins !

Et si, comme le souligne si bien Fabrizio Cassol à la fin du concert, «Anne Teresa de Keersmaeker n’a peur de rien...», Aka Moon, lui, est capable de tout.

A+

 

 

06/01/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part 1)

 

22 novembre 2012. Bruxelles. Jazz Station. Le club est plutôt bien rempli. Le public se presse au bar ou se cherche une pace dans la salle. Ça bouillonne déjà, c’est électrique. Il est plus ou moins 20h30. Ça y est, coup d’envoi d’une série de concerts qui vont célébrer les 20 ans de carrière d’Aka Moon.

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L’inséparable trio monte sur scène dans un tonnerre d’applaudissements. Après quelques mots d’une brève introduction pleine d’émotion, Fabrizio Cassol, Michel Hatzigeorgiou et Stéphane Galland plongent et replongent dans le répertoire fondateur du groupe.

Nous voilà en 1992. «Aka Moon», «Aka Earth», «Aka Truth»… Les morceaux du premier album défilent. Avec la même fraîcheur et avec toujours autant d’intensité. On se surprend à re-entendre en live ces morceaux qu’on n’écoutait plus que sur CD. Coups d’accélérateur par-ci, virages en épingle par-là, courses poursuites, queues de poisson, décélérations brutales, tout y est, intact comme aux premiers jours. On jubile.

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Aka Moon attaque le deuxième set avec la période Akasha (1995). «As Known As Venus», «Bagherathi», «Galileo Galilei», «Alakananda». L’énergie est toujours là. Les musiciens se surprennent encore. Il faut voir l’œil d’Hatzi briller à l’énoncer du morceau à venir. Il faut voir le sourire complice de Stéphane Galland, prêt à sortir des polyrythmies encore plus délirantes. Il faut sentir ce bonheur décuplé qui jaillit en notes ininterrompues du saxophone de Fabrizio Cassol. Après 20 ans, la source ne s’est pas tarie. On se croirait dans «La machine à explorer le temps» de Welles. Les paysages défilent à toute allure, les décors évoluent constamment, les souvenirs remontent à la surface. L’excitation est à son comble et le public ne cache pas sa joie. Aka Moon termine le set avec «Bruit» en hommage à Pierre Van Dormael (qui en avait signé la compo) qui fut, on le sait, l’un des éléments déclencheurs de cet incroyable groupe. Et puisque le public en redemande encore, Aka Moon amorce la période Elohim et Ganesh - que le groupe revisitera le lendemain avec David Linx en invité - et nous balance un dernier morceau éblouissant.

On me rapportera d’ailleurs que le concert du vendredi 23 (avec David Linx) fut d’une puissance incroyable. Je n’y étais pas. «C’était Werchter à la Jazz Station!» me confiera Fabrizio quand je le croise le samedi 23 pour le concert en duo de Michel Hatzi et David Linx.

Car oui, en plus de la rétrospective complète des 20 ans, Aka Moon a également fait de l’espace pour des projets parallèles (Conference Of The Birds, Ananke, Les Chroniques de l’Inutile ou encore Pudding oO…). J’en parlerai plus tard.

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Pour l’instant, Michel Hatzigeorgiou et David Linx sont sur scène. Le duo a déjà enregistré ensemble. Il y a plus de quinze ans. Mais ne cherchez pas leur discographie, vous ne trouverez rien : les bandes originales se sont perdues suite à la faillite du studio d’enregistrement. L’occasion était donc trop belle pour raviver le projet et faire, enfin (!), un premier concert.

L’instant a quelque chose de magique.

Qui inspire l’autre? Qui suit l’autre? Qui le devance ou l’attend? Impossible à dire. La connivence est totale. Le souffle, le scat, les respirations de Linx se fondent aux slapping, aux résonances et aux pizzicati d’Hatzi. Tout se noue, se dénoue, s’accélère et se détend, tantôt de façon enlevée et fougueuse, tantôt avec extrême sensibilité. Le duo mélange standards et compositions originales. Le blues, l’Afrique, le rock et le jazz se confondent. «Blackbird» (The Beatles), énergique et ornementé de beaux effets de guitare, précède un «Jessica» où les mots de Linx déferlent en cascade sur une mélodie, sinueuse et vive  à souhait, emmenée par Hatzi. Le bassiste électrique profitera ensuite pour délivrer une version incroyable de «Last Call From Jaco»... haa, ce riff obsédant. On entendra plus d’une fois ce thème lors des différents concerts et, croyez-le ou non, il sera chaque fois réinventé, recoloré, redessiné. C’est ça le jazz, c’est ça l’impro, c’est ça le talent.

Linx et Hatzi reprennent encore «Walk Alone» (le morceau enregistré et perdu), «Black Crow» ou «The Wind Cries Mary» (Jimi Hendrix) avec une telle force et une telle passion que cela devrait les pousser à remettre définitivement ce projet sur pieds. Et mon petit doigt me dit que...

à suivre bien entendu, l'aventure ne fait que commencer…

A+

 

01/12/2012

Aka Moon - 20 ans

Pour fêter les 20 ans d'existence d'Aka Moon, la Jazz Station organise depuis le 22 novembre et jusqu'au 22 décembre une série de concerts "rétrospectives".

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Aka Moon en trio ou avec de nombreux invités (David Linx, Fabian Fiorini, Magic Malik, Benoit Delbecq, Baba Sissoko, Grazzhoppa ou encore Nedyalko Nedyalkov), il y en a pour tous les goûts. Et quand le trio ne joue pas, il invite d'autres groupes (Les Chroniques de l'inutile, Ananke, Pudding oO). Et puis, il y a les lectures de Jean-Pol Schroeder

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Et il ne faudrait pas oublier la très bonne expo qui retrace en photos, affiches, films et documents (des partitions aussi belles qu'étonnantes), cette incroyable aventure!
Bref, allez y faire un tour, vous ne le regretterez pas.

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Bien sûr je vous parlerai très bientôt des concerts qui ont déjà eu lieu… Autant déjà vous dire que c'était… intense.


A+

10/08/2012

Nguyên Lê. L'interview.


L'excellent guitariste Nguyên Lê sera en concert au Festival d'Art Huy ce 19 août.

Un concert qu'il ne faudra pas manquer si vous aimez le jazz, le rock et les musiques ethniques. Il a sorti chez ACT Music le très bon album ("Songs Of Freedom") qui mélange allègrement et intelligement quelques-uns des morceaux emblématiques du rock et de la pop (Led Zeppelin, The Beatles, Janis Joplin, Iron Butterfly ou encore Stevie Wonder) avec les musiques indiennes, vietnamiennes ou nord-africaines. Une réussite ! Bien loin des clichés "habituels".

Lors de son passage à l'Espace Senghor à Bruxelles, j'ai eu l'occasion de le rencontrer.

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Il y a eu “Purple”,  il y a eu aussi, avant et après, des projets basés plus spécifiquement sur la musique vietnamienne … Peut-on dire que “Songs Of Freedom” est la suite de “Purple” ou bien est-ce une parfaite fusion entre rock, jazz et musique asiatique?

Il y a eu des tentatives avant “Purple”. Mais c’est vrai que “Purple” a été déclencheur. Il y avait longtemps que je voulais travailler sur la musique de Jimi Hendrix. J’y pensais déjà en '93, avec le groupe que j’avais à l’époque.

Ultramarine?

Non, non, c’était après, avec Richard Bona, avant qu’il ne devienne la star qu’il est devenu. Je m’intéressais à l’énergie du rock. J’ai toujours adoré ça et je voulais développer cet élément. D’ailleurs, c’est quelque chose que j’ai toujours essayé de garder dans ma musique, quel que soit le projet. Au départ, c’était pour jouer, pour la joie que cela procure sur scène, la joie de sentir le retour" du public. Puis, il y a le passage au disque. Et pour cela, il faut plus que du plaisir, il faut du “concept”. Ce concept, je l’ai découvert avec une version de “Voodoo Chile. Il y avait une lecture ethnique, une lecture africaine sur un morceau rock. Je voulais relier plein d’éléments avec le morceau original. Autant par le texte que par la musique. Relier tous les symboles qui sont transportés par l’histoire d’Hendrix. Il était assez naturel, pour moi, de faire le rapport entre la transe Gnawa et la transe d’Hendrix. Pour moi, Hendrix a toujours été ne musique de transe. Et c’est comme cela que j’essaie de la jouer d’ailleurs. J’ai poussé le concept de cette fusion jusqu’à traduire les paroles d’Hendrix en Bambara. J’ai aussi invité le musicien algérien Karim Ziad pour jouer les percus. J’ai gardé l’énergie rock et l’esprit d’ouverture et d’improvisation typiquement jazz. Mais cela, c’était seulement pour un seul morceau. Et j’aimais ce concept et je voulais le pousser plus loin. Puis, Siggi Loch, le patron de ACT Record m’avait demandé de faire un deuxième volume sur la musique d’Hendrix. Alors, j’ai commencé à travailler, et puis j’ai réfléchi et je me suis dit que je ne devais pas me limiter à Hendrix. J’étais très excité d’aller voir plus loin, avec d’autres morceaux rock.

Est-ce une musique qu’il a fallut “réinventer” cette musique ? Car  ce mélange ethnique n’est peut-être pas toujours aussi évident que dans “Voodoo Chile ou dans la musique d’Hendrix en général ?

Oui. Mais au départ, avec le projet Hendrix, il y avait aussi une idée de “simplicité” volontaire. L’idée n’était pas de réécrire des choses, de les re-arranger. A l’opposé, dans Songs Of Freedom, j’ai voulu pousser le côté écriture beaucoup plus loin. Et ce groupe est,  pour moi, comme un mini Big Band. C’est pour cela que j’avais besoin d’un instrument harmonique, comme le vibraphone, par exemple. Ce que joue Illya Amar est très écrit. Cela n’en a peut-être pas l’air, mais c’est assez précis. Et le vibraphone donne une autre couleur que le piano ou le synthé ! Cela donne une lumière, une certaine clarté à l’ensemble

Pourquoi ne pas avoir voulu créer un groupe très rock dans l’instrumentation de base et jouer la couleur avec différents invités ?

C’est un peu la démarche que j’avais faite avec “Purple”. Sauf que je ne chante pas et qu’il me paraissait essentiel qu’il ya ait du chant dans ce projet. Donc, par rapport au quartette de “Purple”, j’ai ajouté une couche harmonique.

Tu as revu aussi le line-up du groupe par rapport à « Purple », il y a des raisons particulières ?

Disons que Stéphane Galland et Linley Marthe sont des musiciens qui ont fait partie de la dernière génération de mon groupe Hendrix. On a beaucoup tourné la musique d’Hendrix avec cette rythmique-là. Et comme ça marchait très bien, qu’on était sur la même longueur d’onde au niveau de l’énergie, on a continué.

Pour revenir aux morceaux, comment as-tu procédé pour le choix, selon quels critères, quelles idées ?

Il y a plein de morceaux qui sont venus naturellement, car c’étaient des morceaux que j’adorais quand j’étais plus jeune. Je dirais même que  ce sont des morceaux qui m’ont fait aimer la musique. C’est la première musique que j’ai écoutée. Avant cela, je n’avais même pas le goût de la musique.

Oui, il me semble avoir lu cela quelque part. Tu t’es mis à la musique assez tard, vers quinze ans, ce qui semble assez incroyable.

Oui, peut-être. Le vrai groupe qui m’a fait aimer la musique c’est Deep Purple. Mais quand j’ai réécouté leur musique dans l’idée de la travailler pour "Songs Of Freedom" cela ne m’intéressait plus du tout. Led Zeppelin, par contre, je l’ai redécouvert. J’aimais déjà ça à l’époque, mais pas à ce point. Pas comme maintenant.

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Pour quelle raison Led Zep' est-il plus intéressant ? Il y a plus de richesses harmoniques, ou  rythmiques ?

C’est beaucoup plus créatif. C’est resté super moderne. Et quand on écoute les enregistrements live, on se rend compte qu’ils improvisent de façon monstrueuse. Comme des jazzmen. Ce qui était très beau à l’époque, même s’il y avait une différence entre le jazz et le rock, c’est que les rockers improvisaient. Et pour Hendrix ou Clapton, bien sûr, c’était monnaie courante. Et Led Zep' allait dans le même sens.

Reprendre des thèmes rock et improviser dessus est parfois très casse-gueule. On ne va pas donner d’exemples, mais on en connait. Il faut trouver de l’espace pour improviser. C’est difficile ? Moins évident que sur des standards de jazz, par exemple ?

Pour moi, ce n’et pas spécialement difficile. C’est à dire que j’ai comme première attitude de respecter le morceau. Je ne cherche pas du tout à le dénaturer, à le détruire ou le rendre méconnaissable. J’essaie toujours d’être complètement relié au sujet de départ. Comme pour Hendrix et "Voodoo Chile". Ceci dit, une fois que j’ai trouvé mon point de vue, je développe très loin le travail qui peut paraitre parfois assez éloigné du matériau original. Mais l’esprit est présent, c’est la même chanson, les mêmes paroles. En fait, il s’agit plutôt d’une histoire de couches. Et je m’aperçois que je fais ça tout le temps. Ça fait des années que je m’amuse à réécrire de la musique sur de la musique qui existe déjà. J’écris de la musique sur des musiques qui n’ont pas besoin de moi, finalement. Et ces musiques, ce sont autant celles d’Hendrix que la musique Vietnamienne ou que la musique du Maghreb. Tous ces morceaux traditionnels - et on peut y inclure Hendrix ou Led Zep' sans problème – ce sont des diamants en eux-mêmes. Je veux qu’ils restent des diamants. Par contre, je veux me les approprier, avec le rêve que j’aurais pu les écrire moi-même (rires). C’est un rêve, il ne faut pas prendre ça au premier degré !

Pour chacun des morceaux, tu as conçu des arrangements aux influences différentes: une fois c’est le Vietnam, une fois l’Afrique, l’Inde…  Y avait-il une idée bien précise derrière chaque morceau ?

Absolument. Une fois encore, il s’agit de trouver un point de vue initial précis pour commencer l’arrangement.

Qu’est ce qui fait que tu décides de traiter tel morceau sur un raga ou sur un rythme africain ?

Je pense que les raisons sont spécifiques aux morceaux. Si l’on prend “I Wish”, que j’ai voulu en version “Bollywood”, c’est parce que ça groove déjà monstrueux au départ. Je ne pouvais pas en faire une ballade. Même si c’est un truc facile de jazzmen: prendre un morceau rock et le ralentir, en faire une version sobre et dépouillée. Et ça marche bien.  Mais moi, je voulais garder une version groovy. Et je voulais que cela corresponde à ma personnalité et que cela parle aux gens de ma génération, à ceux qui, comme moi, sont dans ce monde métissé. J’ai réfléchi aux musiques ethniques qui groovent et qui ont un côté joyeux et un peu clinquant… Il fallait que cela corresponde au morceau original qui, lui aussi, est très joyeux, presque bling-bling. "In A Gadda Davida" est un morceau que j’ai beaucoup écouté dans mon adolescence. Quand on écoute ça, c’est pop, mais déjà très oriental. Mais c’est de l’orientalisme psychédélique d’époque. J’ai simplement repris le petit interlude qui ne dure qu’une ou deux mesures sur le morceau original, que j’ai juste exploité. Je l’ai allongé et cela a inspiré tout le reste du morceau.

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Quel morceau a été l’élément déclencheur du disque ?

Au départ, il y avait "Voodoo Chile", qui était le morceau fondateur, comme je l’ai dit. Mais “Eleanor Rigby” est venu assez vite. Puis “Black Dog” ! Que je voulais absolument faire avec Dhafer Youssef. C’était impossible de passer à côté, c’est mon Robert Plant !!

Il y avait donc aussi l’idée de choisir des voix spécifiques suivant les morceaux. Comment les as-tu choisi ?

C’était moins simple, en effet. Il faut dire que, au départ, j’avais l’idée de traduire les paroles dans les langues appropriées aux arrangements. Comme je l’avais fait avec "Voodoo Chile". Je voulais pousser l’idée ethnique jusqu’au bout. En vietnamien ou en turc, cela aurait été super. Mais je me suis vite aperçu que je n’avais pas vraiment le droit de faire ça. Cela aurait été assez problématique au niveau juridique. J’ai oublié ça et les choses sont venues assez naturellement. Puis, certaines voix sont arrivées au dernier moment, comme Youn Sun Nah. Je cherchais la “bonne chanteuse” pour "Eleanor Rigby". Mon arrangement était asiatique et j’avais pris des contacts avec une chanteuse indienne qui habite en Californie. Mais c’était compliqué à mettre en place. Je me suis aperçu qu’il fallait que j’arrête d’aller chercher des inconnus que je n’avais entendu qu’une seule fois. L’idée était excitante, mais difficile à réaliser. Il fallait quelque chose de plus simple et naturel au niveau de la relation. Alors, comme je participais, à l’époque, à l’élaboration du disque "Same Girl" de Youn Sun Nah - pas en tant que musicien mais en tant qu’ingénieur du son – je l’ai entendu chanter "Enter Sandman", un morceau de Metallica. J’ai craqué et je me suis dit que c’était elle qui allait chanter “Whole Lotta Love”.  Et puis, il est devenu évident que c’est elle qui allait chanter "Eleanor Rigby".

Par contre, sur scène, tu ne peux pas emmener tous les chanteurs. Tu as dû faire un choix, là aussi. Cela n’a pas dû être facile.

En effet, il y a eu le concert au New Morning, pour la sortie de l’album où tout le monde était présent. C’était fabuleux. Mais, en effet, je ne peux pas faire ça tout le temps. Mais Himiko Paganotti est parfaite pour reprendre le rôle de chacun, et le sien, sur scène. Elle a un talent fou. Bien sûr, elle ne va pas chanter comme Dhafer, Julia Sarr ou David Linx. Mais le disque, une fois encore, c’est une chose et le live en est une autre. Et ce qui est intéressant, en live, c’est que le groupe prend possession de la musique. Au début, je suis le chef - simplement parce que j’ai écrit tout ça - alors on me suit. Mais très vite, chacun connait la musique par cœur et se l’approprie. Elle revit. On développe autre chose, une énergie qui se renouvelle sur scène. C’est le sens de l’improvisation.

Tu essaies aussi, à chaque projet de renouveler, en grande partie, tout le personnel. C’est pour garder de la fraîcheur de la spontanéité ?

C’est une volonté, par rapport à chaque disque, d’essayer de nouvelles choses. La vie est très courte, j’ai plein d’idées. Depuis que je fais des disques sous mon nom, je me dis qu’il faut que cela en vaille la peine, que je trouve quelque chose à dire. Chaque disque a un sens et je déteste me répéter. Surtout sur disques. Et j’essaie de faire un peu le contraire du disque précédent. Je ne vais sans doute pas faire un disque “rock” après ce “Songs Of Freedom”, c’est sûr. Comme l’album que j’avais fait juste avant celui-ci, "Saiuky", qui était très acoustique et joué avec des musiciens vietnamiens traditionnels.

 

Merci à Jos L. Knaepen pour les photos.

 A+

09/06/2012

Strange Fruit - Fabrizio Cassol au Théâtre National

La veille - le jeudi 31 mai - Fabrizio Cassol et tous ses amis musiciens et chanteurs avaient fait salle comble au KVS.

Ce vendredi 1er juin, la bande - toujours au grand complet – s’est déplacée d’une centaine de mètres, a traversé le Boulevard Jacqmain, et est allée remplir le Théâtre National.

Strange Fruit - c’est le nom du spectacle - est une longue histoire que le saxophoniste d’Aka Moon a trimballé avec lui depuis plus de cinq ans pour la façonner minutieusement, de manière presque secrète.

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Inspiré par la célèbre chanson d’Abel Meeropol, Fabrizio Cassol a créé un étonnant conte musical qui mélange les genres et fait fi des frontières. Le jazz, l’opéra, le classique, le folk, les chants africains… tout y est, tout y passe. Et l'on y entend toutes les influences du musicien, toutes ses émotions et tout son engagement.

On pourrait craindre que cela n’aille dans tous les sens, mais ce serait sans compter sur la clairvoyance et l’intelligence du compositeur qui s'est astreint à garder un discours déterminé et une ligne de conduite éclairée.

Et cette ligne fédératrice, c’est l’humanité. Celle qui permet d’harmoniser toutes les différences.

D’ailleurs, avant d’entamer le concert, Fabrizio laisse la place à deux représentants du Collectif des Maliens de Belgique pour qu’ils exposent et nous sensibilisent à la situation désastreuse du Mali. Les mots sont simples, brutaux, terriblement imagés et d’une force inouïe. Une courte minute de silence s’en suit. Lourde. Pesante.

Alors, comme pour chasser les mauvais esprits et redonner de l’espoir, la voix de Baba Sissoko résonne du fond des coulisses. Il entre sur scène accompagné de trois autres joueurs de Tama qui laissent éclater un chant rassembleur.

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Entre-temps, Stéphane Galland s’installe derrière sa batterie et entre aussitôt dans la danse. Michel Hatzigeorgiou fait de même à la basse électrique. Et puis il y a aussi Hervé Samb à la guitare électrique. Et derrière, il y a Bart Defoort (ts), Laurent Blondiau (tp), Michel Massot (tb) et Magic Malik (flûte). De l’autre côté, Eric Legnini s’est entouré de claviers (piano, Fender, moog).

Mais il y a aussi la Choraline - le chœur des jeunes filles de La Monnaie aux voix sublimes, diaphanes et célestes - qui occupe le fond de la scène. Sous la direction de Benoît Giaux, ces adolescentes d’une quinzaine d’années vont sublimer la soirée de par leur aisance et leurs qualités vocales.

Entrent ensuite en scène Oumou Sangaré, magnifique dans son boubou rose, Marie Daulne, plus sensuelle que jamais dans une robe de voiles noirs et Cristina Zavalloni, divine et troublante comme la reine dans Blanche Neige.

Tour à tour elles chanteront «Soukoura», «Sehet Jesus», «I Can’t Sleep Tonight». C’est un mélange de voix plus subtiles les unes que les autres. L’émotion transpire, les portes de l’improvisation s’ouvrent.

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Marie Daulne, en duo avec Eric Legnini, donne sa vision de «Strange Fruit», à la fois solennelle et cruelle, dans laquelle elle injecte quelques paroles en français avant d’aller disséquer les mots en anglais. Le frisson perdure lorsque, de sa voix de mezzo-soprano, Cristina Zavalloni reprend le thème, accompagnée par la Choraline.

Puis, Kris Dane, guitare acoustique en bandoulière, vient implorer les grâces d’un poignant «If Jesus…», avant de laisser Oumou Sangaré nous chanter et nous parler de ses «Enfants de la rue». La voix de la diva malienne est sublime et unique (haa... cette patine légèrement graineuse). Elle fait passer toute la générosité d’une vie au travers de son chant.

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Etonnamment, Fabrizio Cassol intervient assez peu dans son spectacle. Mais, il est pourtant bien présent. Il met en valeur l’histoire, la musique et les musiciens, et dirige l’ensemble de main de maître.

Fabrizio invite David Linx à venir enflammer plus encore le Théâtre. Sur «Some Days», le chanteur se lâche complètement et entraîne avec lui Hervé Samb dans des solos incandescents, puis répond aux improvisations toujours surprenantes de Magic Malik avant de dialoguer jusqu’à la folie avec Cristina Zavalloni. Alors, tout le monde revient sur scène et Baba Sissoko fait exploser le final avec un «Farka» tonitruant et délirant.

C’est ça le voyage de Fabrizio. C’est partir de l’Afrique, passer de l’autre côté de l’Atlantique, revenir en Europe et repartir. Ailleurs. Encore. Toujours.

Le public est debout, danse et chante. Fabrizio ne peut se soumettre à un rappel des plus festifs.

Avec un tel line-up (ils sont près de 60) on n’aura pas souvent l’occasion de voir Strange Fruit sur scène (mais, qui sait, les rêves finissent parfois par se réaliser) alors, heureusement, il y a le disque. Il est paru chez Blue Note et il restera sans aucun doute un point de repère inaltérable dans la carrière de Fabrizio Cassol. C’est un album qui défiera le temps car il est unique (un peu comme cet autre monument auquel ont participé la plupart de musiciens ce soir : «A Lover’s Question», de Linx, Baldwin et Van Dormael).

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Bref, cet album risque d’être intemporel. Intemporelle comme l’est aussi la chanson «Strange Fruit», pour laquelle David Margolick a consacré un ouvrage indispensable (paru chez Allia) que je vous recommande tout autant.

 

A+

 

26/02/2012

Nguyên Lê à l'Espace Senghor

La très jolie salle de l’Espace Senghor est quasi sold-out ce samedi 18 février. Sur le grand rideau rouge, au fond de la scène, la lumière dessine un grand motif asiatique.

Nguyên Lê vient présenter son dernier album : «Songs Of Freedom». Avant le concert, j’en profite pour en parler avec lui (interview à suivre bientôt sur Citizen). L’homme est d’une gentillesse peu commune et a des choses à dire.

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«Songs Of Freedom» est une réflexion et un travail intelligent basés sur les «standards» des années ’70, à savoir le rock de Led Zeppelin, des Beatles, de Janis Joplin, de Stevie Wonder, de Bob Marley ou encore de Cream

Nguyên Lê a grandi avec cette musique - un peu comme nous tous - mais il n’avait jamais aussi clairement exprimé tout l’amour qu’il lui portait. Bien sûr, il y avait eu «Purple» (en 2002) qui rendait hommage à Jimi Hendrix, mais ce projet-ci va bien plus loin.

Nguyên Lê invite le rock à se mélanger au jazz et aux musiques nord-africaines, indiennes et asiatiques. Mais attention, il ne s’agit pas ici de superpositions ou de juxtapositions de cultures, il s’agit d’intégration absolue, de fusion totale. Il s’agit véritablement de world music.

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Contrairement au disque, sur lequel il y a une pléiade d’invités plus extraordinaires les uns que les autres (Youn Sun Nah, David Binney, David Linx, Dhafer Youssef, Prabhu Edouard, entre autres), sur scène, ils sont cinq… Et ils ont de l’énergie à revendre !

Nguyên Lê a envie de rock et, entouré de Stéphane Galland (dm) Linley Marthe (eb), Illya Amar (vib) et Himiko Paganotti (voc), il compte bien le faire entendre.

C’est d’abord «Mercedes Benz», en duo chant et guitare, qui ouvre le concert. Une transe douce et irrésistible s’installe. La voix chaude et grave de Paganotti nous file des frissons. Et la machine est lancée. Un «I Wish» sur un groove indien infernal suivi d’un «Move Over», qui donne droit à un duel terrible entre batterie et vibraphone, donnent le ton. Mesures (dé)composées, rythmes explosés, variations perpétuelles, on frôle la démence. On croit que «Eleanor Rigby» va calmer le jeu mais, après une entrée en matière sur un mode balinais, le morceau se mue en un rock furieux. Les riffs de Nguyên Lê sont sans appel, et la disto nous met sens dessus dessous.

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Nguyên, toujours virtuose et poétique, nous emmène alors vers d’autres horizons. Sur une rythmique obsédante et hypnotique, «Pastime Paradise» se colore de mille et une idées différentes pour que rien ne se répète jamais. Le calme, la tranquillité, le recueillement presque, ne sont présents que pour donner encore plus de puissance et de furie rock à la suite.

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Linley Marthe louvoie entre la guitare, les assauts de la batterie et les éclats d’un vibraphone qui amène souvent de la rondeur et  du relief  étonnant (comme sur «Come Together», par exemple). Himiko Paganotti - peut-être un rien plus à l’aise dans les graves (?) - se démène comme une tigresse et s’adapte à toutes les situations. Elle a une présence incroyable sans jamais être envahissante. C’est clair, il y a une véritable idée de groupe dans ce quintette.

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Et si les morceaux s’ouvrent à de longues et intenses improvisations, le concert file vite.

Et le public en redemande.

Alors, en rappel, «Whole Lotta Love» fait à nouveau trembler les murs et Linley Marthe se déchaine de plus belle. Il slappe, désaccorde sa guitare pour en tirer des sons enragés. Un vrai volcan en irruption…

Tonnerre d’applaudissements. On s’en est pris plein les oreilles !



Je raccompagne mes amis de «Jazz à Souillac» en visite à Bruxelles et je vais, sous la pluie, au Sounds écouter un autre style de jazz : Sebastien Llado… Mais c’est une autre histoire.

 

A+

26/09/2011

Saint Jazz Ten-Noode 2011

Comme chaque année à pareille époque, on a tendu le grand chapiteau blanc sur la place Saint-Josse pour le Saint-Jazz-Ten-Noode. Cette fois-ci, l’événement est sous-titré : « Aux frontières du jazz ». Dimitri Demannez et une belle bande de bénévoles se sont donc coupés en quatre pour nous offrir une affiche plutôt excitante.

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Le public est encore un peu disséminé, quand j’arrive samedi sur les coups de 17h.30. Une bonne partie cherche encore quelques perles rares à la bourse aux disques qui se tient à deux pas, tandis que d’autres écoutent sagement le quartette de Fabrizio Graceffa. Le guitariste, accompagné de Boris Schmidt (cb), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Lionel Beuven (dm) nous propose de parcourir son disque « Stories » sorti l’année dernière chez Mogno. L’ambiance est à la plénitude, aux longues harmonies douceâtres, aux développements contemplatifs. Il y manque parfois un peu de surprises. Il faut dire que la finesse des arrangements et la subtilité de l’écriture de cette musique intimiste se perdent un peu sur cette grande scène. A revoir en club pour en profiter pleinement.

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Voices de Nicolas Kummert (ts, voc) fait à nouveau monter le niveau. Contrairement au dernier concert que j’ai vu (à Bruges), celui-ci est peut-être un peu plus tendre et doux. Bien sûr, il y a toujours cette spirale ascendante qui nous emmène vers un climax fiévreux (« Folon », introduit magistralement à la guitare par Hervé Samb) ou des moments endiablés (« Affaires de Famille »). Et puis, il y a toujours un Alexi Tuomarilla (p) éblouissant et une rythmique d’enfer (Lionel Beuvens (dm) et Axel Gilain (cb) en remplacement de Nicolas Thys). Du top niveau.

C’est le tremplin idéal pour faire connaissance avec les amis de Baba Sissoko : Stéphane Galland et Boris Tchango aux drums, Reggie Washington à la basse électrique, Alexandre Cavalière au violon et de nouveau Nicolas Kummert au ténor et Hervé Samb à la guitare.

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Avec deux batteurs, le ton est rapidement donné, ce sera festif (pouvait-on attendre autre chose de Baba Sissoko, d’ailleurs?). La place est maintenant totalement remplie et prête à danser. C’est parti pour une heure - et bien plus - d’énergie et de bonne humeur africaine. Baba fait parler son Tama et invite les autres musiciens à la conversation. Ça fuse dans tous les sens et chacun à droit à la parole. Hervé Samb est un des premier à plonger de plain-pied dans la transe. Avec une dextérité peu commune, le guitariste Sénégalais enflamme le chapiteau. Et puis, c’est une «battle» entre les deux batteurs, suivi d’un duel entre Baba et Stéphane Galland, puis entre Baba et Boris Tchango. Et la salle danse et se dandine de plus belle en reprenant en chœur les chants du griot. Que du bonheur !

Le temps d’aller saluer et féliciter ce petit monde et je me dirige vers le Botanique pour les deux derniers concerts à l’Orangerie.

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Belle découverte que celle du trio R&J. Clive Govinden (eb), Jerry Leonide (keyb) et Boris Tcahngo (dm) déballent un jazz qui rappelle parfois la fusion des années ’70 ou la musique de Mario Canonge. Après quelques morceaux sans trop de surprise, la température monte soudainement. Le trio injecte encore un peu plus de funk et de R&B. Yvan Bertrem en profite pour monter sur scène et entame une danse dont il a le secret. Mais bien vite, le service de sécurité (qui n’a rien compris à ce qui se passait) empoigne le danseur et le ramène dans le public. Heureusement, tout cela n’altèrera pas la bonne humeur ambiante. Hervé Samb, décidément partout ce soir, sera invité (sans se faire jeter par le service d’ordre, cette fois) à partager la scène. Brûlant !

Tout cela est parfait pour préparer le terrain au feu d’artifice final : Reggie Washington (eb), Gene Lake (dm) et Jef Lee Johnson (g).

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Nos trois hommes arrivent sur scène avec décontraction et simplicité. «First gig in my hometown», lâche Reggie. Ça en dit long sur son rapport avec sa ville d’adoption. Il y a quelque temps, il en témoignait dans So Jazz, sans aigreur, mais avec juste avec une petite pointe d’incompréhension. Mais ce n’est pas pour ça qu’il va rouler des mécaniques ce soir. Reggie est heureux d’être sur scène et de faire de la musique avec ses potes. Et c’est un vrai concert où le public et les musiciens apprennent à se connaître. Et c’est la musique qui les réunit. C’est blues. Du blues mâtiné de funk sensuel et de soul pure.

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Reggie déroule des lignes de basse avec une fluidité déconcertante. Elles se mêlent aux mélodies imprévisibles d’un Jef Lee Johnson, affalé dans son fauteuil. Gene Lake fait claquer ses drums. C’est sec et fin, vif et malin. Le mélange est détonnant et le trio fait monter la tension sans aucun artifice. Il nous prend par la main et nous emmène plus haut, toujours plus haut. Du grand art. Jef Lee Johnson joue à la limite du larsen avec finesse. Il raconte des histoires insensées avec ses doigts… et puis il chante, de cette voix grasse et fatiguée. L’alchimie entre ces trois artistes est unique. Avec eux, on passe par toutes les émotions. Absolument captivant.

Il paraît qu’un album est en préparation… Ça promet, ça promet…

Les saints du jazz étaient avec nous ce week-end.

A+

21/07/2011

Aka Moon - Inside Jazz

Aka Moon dans mon salon !

Oui, enfin pas dans «mon» salon, mais en concert «at Home». J’en connais beaucoup, moi, qui aimeraient avoir Aka Moon chez soi, là, debout, juste devant le canapé. Hé bien c’est possible. C’est la formule que propose Inside Jazz depuis quelques années déjà en Flandre. J’ai souvent eu l’envie d’y aller, mais je n’en ai jamais trouvé l’occasion. Dimanche 12 juin, et pour la première fois à Bruxelles - avec la complicité de Nu:Be - Inside Jazz investissait le quatrième étage d’un loft - chez Caro - dans un quartier des plus populaires de Molenbeek.

Rendez-vous à 14H. On est une petite quarantaine. Et ça se passe… comme à la maison. On prend un verre, on discute avec des amis… On s’installe. Et puis nos trois musiciens arrivent, en toute simplicité.

Pas de micro, pas d’amplification, tout est acoustique.

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Le début se fait tout en douceur. La progression musicale se fait naturellement, sur les polyrythmies toutes personnelles du groupe. Pourtant, on y devine comme l’ébauche d’un nouveau son. Comme la recherche d’une nouvelle étape dans l’approche musicale. Fabrizio Cassol se fait plus ondulant, plus insidieux peut-être, plus sensuel, sûrement. Et petit à petit la musique s’enroule, les mélodies s’enchevêtrent, et l’ensemble monte en puissance.

Et puis, ça déboule à mille à l’heure, telle une voiture de rallye sur les routes escarpées de montagne. Ça danse, ça bouge, ça tourbillonne dans tous les sens, ça virevolte. Les trois pilotes sont d’une précision incroyable. C’est du pilotage télépathique. C’est du ping-pong en accéléré.

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Le groupe emprunte au reggae, aux musiques éthiopiennes ou au blues et c’est brûlant. Les ballades ne sont pas moins anodines, toujours sinueuses, voire vénéneuses. Il vaut toujours mieux savoir où l’on met les oreilles, avec eux.

Aka Moon revisite «Aka Djelia» et le rend incandescent sous les coups de baguettes de Stéphane Galland.

Ostinato. Riff de basse dont Michel Hatzi a le secret. Entêtant. Vif, nerveux, soutenu. Alors, Stephane Galland - sur une base qui pourrait ressembler à du swing pur jus - brode, dévisse le tempo, l’éclate, le rebalance. Fabrizio déverse les notes comme Jackson Pollock jette sa peinture sur la toile. Lui seul sait comment et où se produira l’impact.

Les voisins, en face, ont ouvert les fenêtres et profitent du concert.

On revisite «Amazir» ou «Cuban» dans des versions telluriques. C’est brûlant comme un alcool de contrebande. On a beau connaître la musique du groupe, on est chaque fois surpris par la manière dont il la renouvelle.

Les musiciens se connaissent tellement, que l’on dirait qu’ils sont dans la tête l’un de l’autre. Ils jouent à «devine où je vais maintenant». Et quand ce n’est pas «», c’est «quand». Et puis c’est «comment».

C’est Aka Moon. C’est cette liberté, cette sauvagerie, cette intelligence du jeu chaque fois réinventé. C’est trois gamins qui courent le long des rues, un pied sur le trottoir, l’autre dans le caniveau. Petits pas, grands pas. Un long, un court. À l’endroit, à l’envers. C’est trois musiciens qui s’amusent comme des fous.

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Après deux sets intenses, on se congratule, on sourit, on parle entre amis.

Stéphane prépare sa carte blanche pour le Gaume Jazz (avec Tigran Hamasyan et Magic Malik, entre autres). Hatzi rigole (on ne sait pas à ce moment-là qu’il aura, quelques semaines plus tard, de sérieux ennuis de santé – et j’en profite, ici encore, pour lui souhaiter le meilleur de la part du Professeur Tournesol ;-) ).

Fabrizio est heureux, un prochain album, avec pléthore d’invités devrait sortir sur un célèbre et mythique label de jazz.

Et puis, le trio entrera bientôt en studio pour enregistrer l’album qui fêtera les 2O ans du groupe. On en salive déjà…

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PS: Si vous aussi, vous voulez inviter un groupe de jazz chez vous, n’hésitez pas à contacter Inside Jazz ou Nu:Be, c’est génial, ils s’occupent de tout !

 

A+

21/02/2011

Aka Moon au Sounds

29 janvier, troisième concert consécutif d’Aka Moon au Sounds. Et ce soir, comme les autres soirs, le club a fait le plein.

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Un concert d’Aka Moon est toujours un évènement. Et cela fait près de 20 ans que c’en est ainsi. La musique du trio n’a pas pris une ride. Normal, elle est hors mode. C’est une musique qui se régénère tout le temps, qui absorbe les tendances, qui se nourrit de toutes les vibrations et qui se colore du temps comme la peau se tanne au soleil.

Après avoir collaboré avec de nombreux musiciens des quatre coins du monde et avoir mélanger les différentes cultures, Aka Moon propose une musique toujours plus riche, plus élaborée, plus différente et pourtant toujours pareille. Aka Moon, c’est comme un vieux sage qui aurait gardé toute sa jeunesse.

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En mixant les compositions récentes à celles qui sont devenues quasiment des standards (“Rebirth”, “Last Call From Jaco”), le groupe démontre qu’il a peu dévié de l’objectif initial. Mais, savaient-ils seulement où ils allaient, voici vingt ans ?

En tout cas, le groupe peut nous reservir son répertoire autant de fois qu’il le souhaite, nous, on le redécouvre toujours et encore.

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La complicité entre les trois musiciens est toujours authentique et sincère. Cela leur permet de se surprendre et de s’offrir des zones de liberté toujours plus grandes. Et cela nous permet d’être toujours aussi captivé.

Et puis, on ne reviendra pas sur le drumming surnaturel de Stéphane Galland au son plus mat que jamais. On ne dira plus combien le jeu de Michel Hatsi est félin, souple et tellement groovy. On ne rappellera plus non plus comment Fabrizo Cassol découpe toujours autant ses notes et tord les harmonies. Le son toujours plus pincé, toujours plus près des aigus.

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Aka Moon est toujours aussi enivrant et bien vivant. Et il se dit qu’on prépare de belles choses pour fêter les 20 ans. Aka Moon risque encore de nous surprendre. Mais c’est une autre histoire… qui ne fait que commencer.

 

A+

21/09/2010

Blogueurs Jazz et les Big Bands

Comme chaque trimestre, le Z Band (une bande de blogueurs) publie, au même moment (tant bien que mal), un texte sur un sujet décidé en commun. Après Jazz’Elles, Cordes Sensibles, Ma première Galette, L’art de la touche en Noir et Blanc, Tous sur Mingus, Les guitaristes, A chœur et à voix, L’Ivre d’Image sur son nuage, Jeunes pousses et Spring is Swing, voici Blogueurs Jazz et les Big Bands.


Du temps des ballroom, le Big Band de jazz était roi.

On dansait, on s’éclatait, on oubliait tout en écoutant les orchestres de Count Basie, de Duke Ellington ou de Benny Goodman. On connaît la suite. Les grands orchestres coûtent cher et l’attirance du public pour d’autres danses, d’autres musiques (le rock and roll, puis le twist) ont précipité leur déclin. Alors, on ne danse plus de la même manière et on se libère comme on peut. Du côté du jazz aussi, on se libère, mais d’une autre façon. Et petit à petit, on dansera de moins en moins sur cette musique.


Des Big Bands, il y en a encore, et de très bons. Mais même si vous tapez du pied, claquez des doigts ou balancez la tête… vous gigotez toujours sur votre chaise. Le jazz s’écoute assis. Pourquoi ?

Le funk, la soul, le R’nB, le hip-hop, musiques qui découlent du jazz, s’écoutent debout et se dansent.

 

akadj.jpg

 

Un Big Band qui fait danser, ça existe encore ?

Oui. Un Big Band de DJ’s !

De DJ’s ? Vous voulez rire ?


Pas du tout. L’idée est simple : il «suffit» de réunir douze turntablists autour du trio Aka Moon et vous voilà en train de vous dandiner devant eux… si le concert est «debout»...

Bien sûr, il y a la science du rythme des DJ’s, mais il y a aussi l’intelligence des arrangements d’Aka Moon. Pas question ici de faire tourner à l’infini des boucles sur le même BPM. C’est pas du David Getta ou du Bob Sinclar, c'est du jazz... si, si...

Ici, chaque DJ a sa partition, son rôle à jouer, son instrument à faire sonner. Comme dans un Big Band.

Et ça jazze, et ça swingue et ça groove.


J’avais eu l’occasion d’assister à un concert d’Aka Moon avec le seul DJ Grazzhoppa, une nuit à l’Athanor (club aujourd’hui disparu). J’avais été sidéré par l’aisance du DJ à s’intégrer aux rythmes complexes d’Aka Moon. Par la suite, aux environs de 2003, Grazzhoppa imagine de réunir 5 autres DJ’s «to scratching and swooshing» avec lui. Plus tard, il double la dose. Les voilà à douze. Pour le festival Jazz Middelheim en 2005, le regretté - et visionnaire - Miel Vanattenhoven ose l’aventure et les invite. Fabrizio Cassol structure l’ensemble. Certains DJ’s jouent le rôle des cuivres, d’autres des cordes ou des percus. Monique Harcum, superbe chanteuse soul (qu’on a entendu avec Mo & Grazz ou Jill Scott, et vue aussi au cinéma dans "Malcolm X" de Spike Lee) entre dans la danse. Après le choc et l’incrédulité, c’est l’ovation. Qui a dit que les amateurs de jazz étaient des vieux conservateurs? L’expérience se renouvelle plus tard à Banlieue Blues à Paris. Même constat. DJ Big Band tente ensuite la formule avec d’autres musiciens de jazz (Erwin Vann, Laurent Blondiau, Daniel Romeo, Patrick Dorcean ou Alex Tassel entre autres) et le résultat est tout aussi probant.


 

 

Mais avec Aka Moon, la saveur est quand même différente. Et vous pouvez maintenant la goûter, chez vous, depuis que le concert enregistré au KVS est paru en CD (chez Cypres). Le Big Band et Aka Moon explorent le funk, les musiques ethniques, le jazz et le hip hop, bien entendu, avec une créativité de tous les instants.

 

Il faut entendre comment chaque platine parle, comment elle sonne, comment elle échange avec Michel Hatzi (eb), Fabrizio Cassol (as) et Stéphane Galland (dm). Il faut entendre comment le trio improvise au travers de ces scratches débordants d’énergie. Allez écouter comment est retravaillé «Amazir». Allez écouter comment Galland et les DJ’s dialoguent sur l’incroyable «12 Sentences». Allez écouter le «Solo de Grazzhoppa»

 

Allez tout écouter, allez bouger, allez danser. Prenez tout: tout est bon. Ce n’est peut-être pas le Big Band comme vous l’avez toujours imaginé, mais c’en est une vision passionnante et excitante.

 

 

A+

 

Les Big Bands chez :

 

Ptilou’s blog 

Jazz à Paris 

Z et le Jazz 

Mysteriojazz 

Jazz O Centre 

Jazz à Berlin 

Belette et Jazz

 

26/06/2010

Fast Forward Festival... Rewind

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11 juin, il est près de 21h., Rockingchair vient de terminer son concert. Je l’ai raté. Je croise Fabrizio Cassol excité et ravi de ce qui vient de se produire sur scène. Il y a du monde. 'Son' Festival commence bien. Je rejoins le foyer du splendide bâtiment qu’est le KVS, et croise furtivement Airelle Besson. J’en profite pour me procurer l’album de Rockingchair. Musique aux multiples influences, nerveuse et ondulante, intelligente sans pour autant être intellectualisante, avec un travail remarquable sur le son… je vous le recommande.

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Pour célébrer le 25éme anniversaire de l’enregistrement du mythique «A Lover’s Question», il y a, sur la scène du «Bol», une brochette de musiciens incroyables.

C’est Angelique Wilkie, grande prêtresse à la voix profonde et au flow hypnotique, qui déclame d’abord les poèmes de James Baldwin. Le frisson s’installe. Hervé Samb enchaîne. Son improvisation est subjuguante. David Linx et Sabine Kabongo répondent comme en écho. Chacun dans sa tessiture. Entre contraste et équilibre des styles. Tout se tisse et s’entrelace. La force, la rage, l’amour, l’humanité. L’émotion monte encore d’un cran quand arrive le Brussels Vocal Project qui se réapproprie «The Art Of Love» écrit par le regretté Pierre Van Dormael. Le moment est sublime.

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Comme entraîné dans un mouvement de plus en plus frénétique, Stéphane Galland et Sergio Krakowski au pandeiro (sorte de tambourin brésilien) attisent un dialogue fiévreux. Eric Legnini s’immisce et illumine le propos. Dinozord, danseur caoutchouc, entre dans le jeu. Il rebondit, serpente et enchaîne les figures souples, saccadées ou erratiques. Il épouse la musique. Bette Crijns (eg), Hervé Samb (eg) et Michel Hatzi (eb) fertilisent le terrain, Michel Massot (tuba), Fabrizio Cassol (as), Robin Verheyen (ss, ts) et Laurent Blondiau (tp) peignent l’espace. Tout fusionne. Le spectacle est total.

Alors, la voix de Baldwin résonne. Solitaire. Irréelle…

«Precious Lord, take my hand
Lead me on,
Let me stand
I'm tired, I am weak, I am worn…»

Seul Michel Massot l’accompagne… jusqu’au paradis.

Irrésistible. On en a les larmes aux yeux. Le public est debout, réclame deux rappels et nourrit l’espoir de revoir peut-être un jour ce moment de magie suprême.

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À mon grand regret, je n’aurais pas l’occasion d’assister aux concerts de Sabar Ring, ni de Magic Malik, pas plus que je ne pourrais voir Pitié, les jours suivants…

Mais j’arrive à me libérer pour aller écouter Kartet et le trio de Kris Defoort le 16 juin.

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Guillaume Orti (as), Benoit Delbecq (p), Hubert Dupont (cb) et Chander Sardjoe (dm) s’aiguisent les canines sur «Misterioso» de Monk, puis attaque «Y». L’ambiance est très nue et sèche et le jeu d’Orti très découpé. Le son du piano préparé de Delbecq semble chercher celui du sax. La contrebasse s’associe à la batterie. C’est tendu, tout en polyrythmie. Orti ricoche, rebondit et sautille. Il chante et feule dans son instrument. Il invente des champs et des contre-champs. Le jazz flirte avec une musique cérébrale, contemporaine, puis s’amourache de rythmes africains. Kartet joue souvent avec nos nerfs, titille notre sensibilité, invoque presque l’ennui pour le transformer en un déchaînement excitant. Complexe et diaboliquement précise, la musique de Kartet n’est certes pas évidente mais ô combien intrigante.

En deuxième partie de soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui prend place sur scène.

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Électrocution? Hydrocution?  Le coup est parti tout seul, sans prévenir. Nous voilà plongé à vif dans l’univers polymorphe du pianiste belge.

Le jeune Lander Gyselinck, aux drums, est d’une efficacité redoutable. Il possède un jeu autant félin que massif. C’est roboratif, vivifiant et délicat à la fois. Kris Defoort distille des harmonies profondes qu’il pare de fins motifs. De ses digressions jaillissent souvent des thèmes lumineux. Et quand il se lance dans des mélodies qu’il laisse ouvertes, c’est Nic Thys qui vient nourrir le thème ou conclure l’affaire. Le jeu du trio est extrêmement soudé, éblouissant de maturité et d’idées. L’ambiance est parfois spectrale avant que le groupe ne désamorce l’ensemble par un trait d’humour. Il y a du Monk, il y a de la pop music, il y a des influences contemporaines… il y a du jazz à tous les étages. Ouaté, atmosphérique ou rêveuse, la musique, pleine de tendresse, est en perpétuel mouvement. Elle prend aux tripes et joue avec nos sentiments. Grande écriture et osmose parfaite entre les musiciens, voilà un groupe à suivre, à revoir et à soutenir absolument !

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Une chose est sûre, avec des musiciens tels que ceux-là, on demande déjà une seconde édition à ce Fast Forward Festival.

 



A+

03/04/2010

Aka Moon & The Light Ship Tantra - Bozar

Nouvelle expérience Aka Moon. Cette fois-ci, les trois (+1) musiciens belges ont invité trois maîtres de la musique carnatique, pour deux soirs seulement (un concert à l’Opéra de Lille le 12 mars et un autre au Bozar, le 17).

Bien sûr, Aka Moon n’en est pas à sa première expérience avec les musiques indiennes, c’est même l’une des bases de leurs pléthoriques recherches musicales.

Mais ces touche-à-tout géniaux ont le don de transformer un concert en un moment inoubliable.

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Dans la belle salle de Musique de Chambre de Bozar, les quatre cents sièges sont occupés. Sur scène, arrivent d’abord Fabrizio Cassol (as), Michel Hatzigeorgiou (eb) Stéphane Galland (dm) et Fabian Fiorini (p), pour une mise en bouche. Polyrythmie, énergie, échanges et digressions en tout genre… bienvenue sur la planète Aka Moon. On est déjà heureux.

Alors, voici Doctor Manjunath Mysore (violon), Guru Prasana (kanjira) et B.C. Manjunath (mridang). Les trois homme s’installent, sans précipitation, sur leurs tapis. Le tanpura bourdonne, le violoniste entame une mélodie et le sax alto le rejoint. Premiers échanges, premières improvisations. C'est magique !

Les percus entrent dans la danse. Michel Hatzi et Stéphane Galland mêlent leurs pulsions à celles de Guru Prasana et B.C. Manjunath. L’intensité monte, doucement, progressivement, comme un alap. Et puis, Fabien Fiorini vient injecter des phrases brèves, très Monkiennes. La communion est complète. Tout le monde trouve sa place. C’est incroyable, cette mise en place naturelle sur cette musique tellement élaborée, mais tellement évidente quand elle est jouée avec autant de virtuosité. Fabrizio m’avouera quand même, après le concert, que cela requiert une concentration de tous les instants. Et pourtant, quand on voit les regards, les sourires, le plaisir qu’ont les musiciens à jouer, cela semble si simple. On est dans la quatrième dimension. Ces musiciens viennent d’une autre planète.

Et ça continue. La musique devient encore plus exaltante, encore plus surprenante. On assiste à des échanges incroyables entre Galland et Guru Prasana. Un dialogue de fou. Des questions-réponses et des défis (Tu peux faire ça avec ta batterie? Et ça avec ton mridang?). Hallucinant. Les percussions sont aussi sèches, qu’elles ne sont souples. Il y a un sens de la dramaturgie, de la musique et du rythme qui forcent l’admiration.

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Puis, on se calme avec un long morceau flottant délivré avec une grâce peu commune par Doctor Manjunath Mysore. Seul au violon, il nous emmène dans des contrées inconnues. C’est inventif, ondulant, subtil. Ensuite, le trio indien enflamme à son tour, et à sa façon, toute la salle. C’est la transe.

Et hop, retour au mélange de l’occident et de l’orient. Mélange de puissance et d’extrême délicatesse. Mélange des sons. Mélange d’idées. Improvisations totales. Prises de risques insensés. Résultat éblouissant.

Un «Last Call From Jaco» bouillonnant et un rappel mille fois mérité viennent conclure une soirée, fantastique, étonnante... hors norme.

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Cette soirée, c’était aussi l’occasion pour Music Fund (dont j’avais déjà parlé brièvement ici) de faire connaître un peu plus son projet. L’association était donc présente dans les couloirs de Bozar, afin de récolter des instruments. Si l’envie vous vient de vous séparer d’un instrument et de participer à une belle initiative, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Et puis, pour ceux qui voudraient se replonger à nouveau dans le monde d'Aka Moon et ses satellites, je ne peux que leur conseiller de réserver bien vite leurs places pour «Fast Forward Festival» prévu entre le 11 et le 19 juin au KVS. On y verra Rockingchair (avec Airelle Besson, Sylvain Rifflet et les autres), le Baldwin-project (le fabuleux «A Lover’s Question» de Linx - Van Doormael - Baldwin) avec Angélique Willkie et Sabine Kabongo en invités. Puis, il y aura aussi Thôt, Sabar Ring, Kartet, KrisDefoort Trio, Magic Malik (en concert à Flagey le 22 avril) et une représentation de Pitié (sans danseurs, je crois)…

Bien noté? Ok , on se revoit là-bas.

 

A+

 

25/10/2009

Robin Verheyen, Stépahne Galland et Nicolas Thys au Roskam

Dimanche 11, beaucoup de monde, dont pas mal de musiciens, se pressent dans le bar de la rue de Flandres : le Roskam. On y vient peut-être comme pour y prendre une leçon ou, en tout cas, pour partager un moment de très bonne musique.

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Robin Verheyen (ss, ts), qui fait l’aller-retour entre New-York et l’Europe avait convié Nicolas Thys (elb) et Stéphane Galland (dm) à le rejoindre sur scène. Robin vient de sortir, chez Pirouet, un nouvel album avec Bill Carrothers, Dré Pallemaerts et Nicolas Thys, qu’il présentera en Belgique et en France début novembre, (soyez attentifs).

Le trio se lance dans une musique sans concession, avec une seule idée en tête: le plaisir. Plaisir de chercher ensemble, de se surprendre, de créer et d’improviser. Bref, le plaisir de faire du jazz. Robin explore toutes les possibilités de son ténor ou de son soprano. Avec un penchant pour les notes pincées, hautes et aigues, amenées avec intelligence par de nombreuses circonvolutions rythmiques, plus riches les unes que les autres.

Il faut dire que Robin a côtoyé Pierre Van Dormael assez longtemps. Celui-ci a sans nul doute influencé son jeu ainsi que sa façon d’élaborer les thèmes. D’ailleurs, Verheyen lui rend hommage plusieurs fois ce soir (avec «Entre les étoiles» et «Linux», entre autres). Résultat: thèmes complexes, polyrythmies en pagaille et énergie communicative.

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Bien sûr, Stéphane Galland n’est pas là pour calmer les tensions. Sur «New York 1 & 2», rythmiquement déjà assez complexe, Stéphane s’amuse à jouer un peu avant, un peu après le temps. Vous savez, ce petit quart de moitié de centième de seconde qui rend le jeu encore plus périlleux, encore plus osé. Et quand c’est contrôlé de telle façon, c’est encore plus excitant et encore plus beau. Il remettra ça plus tard avec «Colors», dans le plus pur style d’Aka Moon. Il se lance à la recherche d’un motif qu’il triture dans tous les sens avec une aisance confondante. Le jeu, pour en être énergique, n’en est pourtant pas moins souple. Stéphane me dira plus tard qu’il travaille beaucoup sur la respiration ces derniers temps. Ce qui lui permet d’encore mieux dominer ses attaques et d’avoir un jeu tout aussi incisif et puissant (parfois plus) tout en contrôlant mieux son énergie. Sur ce même thème («New York 1 & 2», donc), il faut aussi entendre la basse obsédante de Nicolas Thys qui tient le cap, comme le capitaine d’un  bateau en pleine tempête, pendant que Robin joue tout en arabesques.

Le trio se fera aussi quartette sur deux titres avec l’arrivée de Jean-Paul Estiévenart à la trompette. Il s’intègre rapidement au groupe sur «Lilia», de Nascimento, (on connaît aussi l’admiration de Robin Verheyen pour Wayne Shorter), avant de transfigurer un thème aux influences plus «bop» écrit par Nicolas Thys: «Long Island City». Le jeu est clair, presque léger. Une souplesse qui contrebalance à merveille les solos telluriques de Galland.

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Avant de terminer par un bouillonnant «Roscoe Project» et  un «You Don’t Know What Love Is» totalement métamorphosé en rappel, il faut aussi souligner les moments plus lyriques, voire méditatifs, comme «Africa» introduit à la flûte par Robin, ou encore «Dr. Pierre» dans lequel Thys nous gratifie d’une improvisation absolument magnifique, confirmant chez lui un sens profond de la mélodie.

 La formule inédite de ce trio est totalement convaincante et les deux sets de très hautes tenues étaient là pour le prouver. On en redemande. Merci pour la programmation, Adib, et merci le Roskam.

 

A+

 

15/02/2009

Hommage à Pierre van Dormael au Théâtre Marni

Rattrapons le temps perdu ! (Premier épisode)

Mercredi 28 janvier avait lieu le deuxième hommage des jazzmen à Pierre Van Doermal.
Cette fois-ci, cela se passait au Théâtre Marni.
Comme au Sounds précédemment, l’endroit était archi plein et une grosse partie du public n’avait plus trouvé que les marches des gradins pour s’asseoir.
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Premier groupe sur scène: Octurn, qui nous rappelle sa collaboration avec Pierre en 2006 avec «North Country Suite». Travail basé sur la musique de Bob Dylan (plus précisément «Girl From The North Country» de l’album «Nashville Skyline»)

La musique parfois complexe de Pierre est d’une intensité rare.
Si elle semble parfois s’envoler dans toutes les directions c’est sans doute pour mieux s’enchevêtrer. Les lignes mélodiques et harmoniques se développent, se nouent, se libèrent.

Et jouée par Octurn, la musique garde toujours cette pulsion et cette tension sans faille.

Ce soir, Guillaume Orti est, une fois de plus, éblouissant dans ses interventions.
Tout comme Bo Van Der Werf, distribuant un jeu fluide et fiévreux.
Chander Sardjoe passe allègrement de la polyrythmie à un jeu délicat aux balais ou à celui, très nerveux, de la jungle.
Laurent Blondiau, Jozef Dumoulin, Fabian Fiorini, Nic Thys et Jean-Luc Lehr alimentent tout au long de la prestation un flux rythmique riche et puissant.

Nicolas Fiszman et Kevin Mulligan viennent ensuite interpréter «Love Me Always» dans un esprit blues-folk.
La voix de Mulligan est toujours aussi profonde et chaude.
Fiszman s’accompagne d’une belle et étrange guitare au son grave (il s’agit d’une guitare baryton - entre la guitare et la basse - (accordée en «si») comme me l’apprendra bien plus tard Nicolas lui-même).
Moment sensible, un peu trop court, d’une extrême poésie.
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La poésie est à nouveau au rendez-vous avec Hervé Samb, Lara Roseel (b) et David Broeders (dm) qui avaient accompagné Pierre lors de ses derniers concerts (notamment au Gent Jazz l’été dernier).
Mélange subtil de douceur et d’âpreté.
De gaîté et d’affliction. De soleil et de fraîcheur.
Le jeu de Samb est lumineux, précis et sans esbroufe.
Et celui de Broeders à la batterie est délicat et plein de finesse.

Même si Pierre n’est plus là, il serait bien que cet ex-quartette continue à répandre sa musique ou, pourquoi pas, à continuer à creuser dans cette veine.

Après le break, Vivaces entame le deuxième set.
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Anne Wolf et Kris Defoort au piano, Nicolas Kummert, Bo Van Der Werf et Manu Hermia aux saxophones, Stéphane Galland et Michel Seba aux percus, Hervé Samb à la guitare et… Nicolas Lherbette (edit. Merci Christine) à la basse électrique.
«Rue 6», «Estelle sous les étoiles» et «Otti 1er» résonnent de belle façon.
Toujours bouillonnante et pleine d’énergie, toujours prête à changer de couleurs et de rythmes la musique nous balade sur le fil de nos émotions.
On ne s’ennuie pas une seule minute.

Avant d’accueillir Aka Moon, Philippe Decock interprète
en solo au piano la musique du prochain film de Jaco Van Dormael, «Mr Nobody», écrite par Pierre.
Un esprit classique, entre Debussy et Satie, entre Ludovico Enaudi et Michael Nyman.

Et puis, c’est Aka Moon, ou plutôt… Nasa Na ?
En effet, au trio s’est ajoutée Bette Crijns (Atatchin), jouant dans un style proche de celui de Pierre (elle fut son élève aussi). Impressionnant.
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Aka Moon est en forme. Tempos flottants, entente parfaite, débauche d’énergie contrôlée… On est subjugué.

On est subjugué aussi par le jeu de Stéphane Galland.
Il alterne le jeu sec et droit à celui du rubato et de la polyrythmie.
Il invente sans cesse.
Michel Hatzi et Fabrizio Cassol en profitent.
David Linx les rejoint pour un morceau mi-scatté, mi-chanté.
Ça vole haut.

Et pour le final, David Linx a invité une belle brochette de jeunes chanteurs (avec qui il travaille au conservatoire) pour un «The Art Of Love» a cappella extrêmement émouvant.
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Nul doute que la musique de Pierre Van Dormael continuera longtemps encore à influencer le jazz actuel.

Et d’ailleurs, rappelons que les recettes des entrées de ce concert ont été intégralement consacrées au financement de l’impression professionnelle de son livre «Four Principles to Understand Music».

Merci encore, Pierre.

A+

24/08/2008

Sabin Todorov sur Citizen et les J.O.

Petit détour du côté de Citizen Jazz.
Cette fois-ci, c’est pour vous inviter à aller lire ma chronique de «Inside Story» de Sabin Todorov et ensuite, à moins que ce ne soit déjà fait, aller vous procurer  l’album.

Rappelez-vous, j’avais vu le concert du pianiste et son trio à Bruges voici quelques mois.

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«Inside Story» est sorti chez Igloo et est dans les bacs des bons disquaires depuis quelque temps déjà.


Autre album sorti récemment et qui trône déjà dans les bacs, c’est «JazzOlympics».
Il me semblait opportun d’en parler après l’obtention d’une médaille d’Or de notre belle, brillante et très sympathique Tia Hellebaut au saut en hauteur

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L’album est d’ailleurs de couleur jaune, comme l’or, et vous le repèrerez facilement.

«JazzOlympics» est une initiative du COIB afin d’encourager nos athlètes et d’illustrer les valeurs Olympiques. L’album est produit par Jan Hautekiet et Jean Kluger.

Huit «groupes» (le 8 du 8 en 2008 etc…vous connaissez l’histoire), se sont donc donnés rendez-vous pour illustrer huit thèmes chers au Baron de Coubertin. Ainsi, la fraternité, le dépassement de soi, la tolérance, le fair-play etc… sont déclinés par quelques-uns de nos meilleurs jazzmen belges.

Le porte-drapeau de la délégation n’est autre que Toot Thielemans qui ouvre la marche avec un tendre «Best Of Yourself», suivi par David Linx et le BJO pour un «Fraternity» sous forme de chanson optimiste, sautillante et légère.
On retrouve bien sûr Philip Catherine dans un «Friendship» intimiste et recueilli, en duo avec Philippe Decock (keyboards).

Nathalie Loriers, quant à elle, revient en trio (Philippe Aerts (cb), mais aussi pour l’occasion Stéphane Galland aux drums) pour nous offrir l’un des meilleurs morceaux du disque (à mon avis): «Confidence». Thème bâti sur un swing fébrile, fait de tensions et de breaks jubilatoires.
Le toucher de la pianiste et ses arrangements sont de pures merveilles. Ça donne vraiment envie de revoir rapidement Nathalie avec cette formule

 

 

Autres belles surprises de l’album: «Tolerance» de Michel Herr et son Life Lines ainsi que «Solidarity» de Jef Neve.
Pour le premier, on saluera les arrangements finement ciselés qui permettent à Jacques Pirotton (g), Alexandre Cavalière (violon), Fabrice Alleman (ts, ss) ou encore Peter Vandendriessche (as) d’intervenir dans de riches et réjouissantes improvisations.
Le deuxième, Jef donc, explore un peu plus mélodiquement ce qu’il a commencé sur le «bonus CD» de son dernier album «Soul In A Picture»: c’est-à-dire une fusion entre jazz acoustique, loops et électro. Une belle réussite.

HLM (Houben, Loos, Maurane) et Stéphane Mercier font aussi partie de l’équipe et proposent de tendres sympathiques compositions.

Ils sont donc huit, mais le BJO s’offre un tour d’honneur avec un dynamique et tonitruant «The Hopper», histoire de terminer par un feu d’artifice.

Alors, faites comme Tia, rentrez à la maison avec de l’or.

A+

24/01/2007

Zero db

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Produit par Neon Rouge, Zero db, est un court métrage qui observe la naissance d’un morceau de musique.
De sa conception à sa réalisation.

La «première» avait lieu ce dimanche soir au Théâtre Molière à Ixelles, avec le soutien de f.Sharp

Derrière la caméra (et parfois devant), il y a Aurélien Bodinaux.

Le réalisateur suit le musicien, l’épie, le traque.

Le musicien, c’est Nic Thys.

Zero db n’est pas un «simple» reportage sur la création.
En effet, la narration est telle, que le film lui-même se construit devant nous. Le réalisateur ne cache rien et élabore son film au gré de l’évolution de l’oeuvre.
On le retrouve d’ailleurs au début, à New York, discutant avec Nic sur le projet du film.

Le cadrage est artistiquement bancal, le son un peu flou, le montage un peu chaotique. Puis, au fur et à mesure que la musique trouve son chemin dans la tête du compositeur, le film trouve, lui aussi sa direction.

Le bassiste tente alors d’expliquer comment lui vient une idée, donne son point de vue sur la musique («Elle ne mérite d’exister que si elle est plus belle que le silence»), il travaille son morceau, doute, l’enregistre seul…

On retrouve ensuite Nic à Bruxelles, travaillant avec Pierre Van Dormael, puis avec Stéphane Galland (à qui il impose de jouer sur des casseroles, des tubes métalliques ou des verres.)
On a droit aussi au passage impromptu d’Otti Van Der Werf lors de l’enregistrement du morceau en studio. Ce qui donnera une scène assez drôle où les musiciens tapent dans les mains…
Bref, le film se crée à la manière d’une impro. Le réalisateur intervient et les acteurs jouent sans jouer. Ou plutôt, ils jouent leur rôle.

Le film est intelligent et attachant.

Après la projection, les trois «vedettes» nous ont offert un mini-concert de 5 titres.
Tous écrits par Nic.
Dans l’esprit du morceau qui illustre le film, les compositions sont souvent des ballades un peu bluesy, parfois contemplatives. Parfois complexes, jamais inaccessibles. On sent poindre de temps en temps un accent «folk» façon Ry Cooder, évoquant la solitude, la fatigue ou les grands espaces du New Mexique.

Le groupe joue, tantôt en duo guitare et basse, tantôt avec Stéphane Galland... toujours aux casseroles.
Bientôt, on ne dira plus du batteur qu’il joue sur des Sabian mais plutôt sur du Le Creuset et Römertopf
Et s’il veut se procurer tout ce bon matériel, je peux lui conseiller le magasin d’une excellente amie: Le Piano.

Tant qu’à parler de percus, je vous invite aussi à aller écouter (et voir) Tripox les 5 et 6 février à la Maison du Peuple à St Gilles. Ça vaut le déplacement…

Avant de boire un verre et discuter le coup avec Mwanji, Erik Vermeulen, Peter Hertmans (qui prépare quelques beaux projets),Erwin Vann, Toine Thys, Stephane Galland et d’autres, le trio nous jouera encore «Moment’s Notice» (avec un petit clin d'oeil à «St Thomas»).

Suite à ce projet, un disque et quelques concerts pourraient bien voir le jour.
Tendons l’oreille…

A+

06/01/2007

Stéphane Galland - Nelson Veras au CC Ans

Je ne n’avais encore jamais entendu, ni vu, Stéphane Galland et Nelson Veras en duo.
Bien sûr je connaissais Veras sur l’album « Weaving Symbolics » de Steve Coleman ainsi que sur son propre album « Nelson Veras », où il était entouré de Armen Franje, Magic Malik et déjà de Stéphane Galland.

Je suis donc allé à Ans vendredi soir.
A Ans? Alors que le duo passe plus près de chez moi (Wavre, Jazz Station…) ? Ben oui, à Ans.
N’hésitez pas à y aller d’ailleurs, au CC Ans, si vous êtes du coin. L’accueil y est très sympa et Jean Mallamacci (entre autres), se démène comme un beau diable pour programmer régulièrement du jazz.
C’était aussi l’occasion de lui souhaiter une excellente année 2007.

Et je n’ai pas regretté mon déplacement.

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Bien sûr la musique développée par le guitariste et le batteur n’est parfois pas « simple », mais comme elle reste souvent très mélodique, on ne s’y ennuie jamais. Au contraire.
On se fait surprendre, mais on ne se perd jamais.
Et puis, si on s’y perd un peu, ils nous retrouvent.

C’est amusant de constater les croisements entre les deux musiciens. Quand l’un joue des polyrythmies insensées (vous avez deviné, c’est Stéphane), l’autre joue les harmonies, la mélodie, la douceur.
Puis, les rôles s’inversent, Galland se fait hyper délicat (jouant des balais, effleurant les cymbales…) quand Veras joue des phrases courtes et rythmiques.

Les deux virtuoses s’écoutent, se regardent, se jaugent et se défient.
Ils s’amusent à déstructurer des thèmes connus (« All The Things You Are » ou « Body And Soul ») pour en faire une relecture excitante.
Puis, ils improvisent sur leurs propres compositions ou sur le célèbre « Saidas e Bandeiras » de Milton Nascimento que l’on reconnaît par bribes et qui ne garde qu’une très pâle couleur brésilienne.
Dans le même ordre d'idées, il faut entendre aussi leur version de « Besame Mucho »: une véritable synthèse entre boléro et jazz contemporain.
Magnifique réussite.
Stéphane Galland accélère les rythmes, les ralentit aussitôt puis relance la machine. Les musiciens s’arrêtent, redémarrent, redoublent le tempo avec précision, justesse et… simplicité.
Un langage particulier se crée. On les comprend, on les suit.

Le guitariste brésilien n’est jamais démonstratif tellement on le sent « facile » dans la dextérité. Il y a une élégance et une grâce qui émane de son jeu.
Il multiplie les prouesses, jouant avec délicatesse dans les graves pour pallier l’absence de contrebasse.
Il y avait de la créativité et de la brillance ce soir…

Ce fut deux sets de musique intense, forte et personnelle qu’on a eu l’occasion d’entendre avec deux musiciens sur la même longueur d’onde.

Une expérience à renouveler et à suivre sans aucun doute…

Après le concert, j’ai eu l’occasion de bavarder pas mal de temps avec Nelson (que l’on reverra à nouveau en Belgique avec Octurn, entre autres) à propos de son parcours, son jeu, ses projets. Et aussi avec Stéphane (qui a un agenda assez chargé avec VSPRS).

Bref, une bien belle soirée pour démarrer 2007 en force.

Merci encore Jean.

A+

20:39 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ccans, nelson veras, stephane galland |  Facebook |