01/11/2017

Round Trip Trio + Jason Palmer au Sounds

Vendredi 13 octobre, rendez-vous au Sounds avec Round Trip Trio pour la sortie de Traveling High (chez Fresh Sound New Talent). Le groupe, drivé par Julien Augier (dm) entouré de Mauro Gargano (cb) et Bruno Angelini (p) poursuit un «concept» qui consiste à inviter un musicien américain à cette rythmique européenne.

C’est ce qu’explique le batteur, de façon très didactique, détaillée et enthousiaste en introduction au concert.

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J’avais déjà vu le trio lors de sa venue à Bruxelles en 2014 avec, cette fois-là, Mark Small. D’autres projets sont en gestation, notamment avec les saxophonistes Dan Pratt ou John Ellis. Mais pour l’instant, c’est le trompettiste Jason Palmer qui est l’hôte de Round Trip et c'est lui qui figure sur ce premier album.

L’entrée en matière se fait de manière très souple et lyrique avec «Otrento» (de Gargano). C’est d’abord le côté romantique et lumineux d’Angelini qui est mis en avant et qui entraine Jason Palmer dans un dialogue d’une grande délicatesse.

Il en va d’une toute autre manière avec le morceau suivant écrit par Jason Palmer (dont je n’ai pas retenu la nom). Introduit longuement par le trompettiste, à coup de phrases courtes et de growl, le morceau nous embarque dans un groove haletant et nuancé. On emprunte des routes vallonnées à toute vitesse, Bruno Angelini déglingue le tempo pour mieux le relancer, Mauro Gargano passe du gros son au pizzicato nerveux et finalement Julien Augier reprend le drive. Grisant !

En deux morceaux, le trio a défini le terrain sur lequel il allait jouer : entre la tradition afro américaine et une certaine conception de la musique européenne. Entre l’énergie et la sérénité, entre la spontanéité et la réflexion. Proposant à chaque musicien de venir avec son bagage, son accent, sa culture. Un rendez-vous sur un vrai terrain d’entente en quelque sorte.

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A partir de là, chacun écoute, propose, répond, construit. Et l’on passe rapidement d’une musique assez élaborée à un swing organique très moderne. On monte vite en puissance, sous l'impulsion d'Angelini au toucher alerte et sophistiqué, qui joue les contrepoints, occupe tout le clavier, alterne les mélodies, harmonies et dissonances avec toujours beaucoup d’à-propos. Il peut être à la fois lyrique et, aussitôt après, presque free. Et le courant passe à merveille entre lui et Jason Palmer. L’américain possède un son clair et précis, comme celui d'un post-bopper frénétique, mais aussi, parfois, un son plus «sale» et rauque à la Armstrong... Ou alors, il est d’une légèreté presque éthérée.

«Third Shift», «In A Certain Way» ou «Jtrio» s’écoutent comme autant d’histoires différentes et communes à la fois. Avec un point de vue qui diffère toujours.

Dans un discours fluide et sans fioriture, Julien Augier, en leader de bon goût, laisse souvent la parole à ses acolytes. Et quand il prend des solos, c'est toujours en fonction de la musique et non pas pour faire de la musculature.

Pour terminer ce très bon concert, le groupe invitera encore le trompettiste Adrien Volant (venu saluer son ami Jason) à partager un standard envoyé avec une belle fougue.

Round Trip Trio and Guest, remplit vraiment bien le contrat qu’il s’est fixé. On le réécoutera donc encore avec intérêt et on suivra sans nul doute ses évolutions à venir, avec Jason Palmer ou avec d’autres.

 

 

 

A+

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23/10/2017

Nathalie Loriers Groove Trio au Sounds

J’étais très curieux d'entendre le trio de Nathalie Loriers dans une nouvelle configuration (avec Thierry Gutmann à la batterie et Benoît Vanderstraeten à la basse électrique) et baptisé pour le coup : Groove Trio !

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Samedi soir, après le concert de FOX à la Jazz Station, je fonce donc au Sounds pour écouter ça.

Je pensais, au vu du nom du groupe, que Nathalie allait jouer du Fender Rhodes, comme elle le fait avec talent dans la formation de Fabrice Alleman. Hé bien non, surprise, ce sera du piano.

Alors bien sûr, au début, même si le trio a déjà joué quelque fois ensemble, il doit trouver ses marques, surtout concernant l’équilibre sonore. Sur le vivifiant «Jazz At The Olympics», par exemple, la rythmique a tendance à dominer et étouffer un peu trop le piano et c'est parfois dommage car, lorsque il y a des changements de tempo comme sur «Canzoncina», par exemple - où la relance est quand même jubilatoire - on ne profite pas totalement des subtilités et de la richesse de jeu de Nathalie…

Mais tout cela s’arrange rapidement et le groupe prend vite sa vitesse de croisière.

Reprenant principalement des compositions de son répertoire, la pianiste en a réarrangées certaines. «Lennie Knows», tout en pleins et déliés, se faufile avec bonheur entre soul jazz et post bop, et chacun des musiciens y trouve un bel espace de jeu. Mais c’est surtout dans la ballade «And Then Comes Loves», plus suave et feutrée, que l’on retrouve le phrasé unique de Nathalie, à la fois incisif et détaché.

Quant à la reprise, en version pseudo calypso, de «Summertime», elle permet à Benoît Vanderstraeten de s’envoler dans un solo éblouissant, ample et souple, et au reste du groupe de s’amuser en toute liberté.

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Le second set continue sur sa belle lancée avec un «Caravan» revu et corrigé. Une intro à la basse d’abord, puis la batterie qui enchaîne en claquant et ensuite le piano qui improvise, explore, file et s’évade. Les longues phrases de Nathalie progressent par vagues, ondulent puis galopent avec beaucoup d’inventivité. On tapote des doigts et on bat du pied.

L’excellent «Dinner With Ornette and Thelonious», parsemé de citations, se prête à merveille, lui aussi, au nouveaux arrangements. Les virages sont serrés et les accélérations surprenantes. Thierry Gutmann relance sans cesse dans un jeu sec tandis que Benoît Vanderstraeten joue ample, ce qui permet à Nathalie Loriers de prendre les chemins qu’elle veut.

«Portrait in Black and White (Zingaro)» de Jobim est certes moins funky, mais n’en est pas moins dansant. Et pour conclure un concert aussi élégant que groovy, le trio se lâche une dernière fois sur un «Funk For Fun» qui n’est pas sans rappeler, dans cet arrangement, un Les McCann ou même un certain Legnini

De belles aventures à suivre, donc.

A+

 

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22/06/2017

Adrien Volant feat. Godwin Louis au Sounds

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Il y a deux ans ou trois ans déjà, Adrien Volant avait invité le saxophoniste américain Godwin Louis - qu’il avait rencontré au Smalls à New York une année auparavant - à participer à une mini tournée en Belgique. Il n’y eut que quelques dates, mais elles avaient enthousiasmé plus d’un.

L’année dernière, Adrien et Godwin avaient voulu renouveler l’expérience mais les agendas ont eu un peu de mal à s’accorder (Godwin était très sollicité pour de nombreux concerts autour du monde. On n’est pas finaliste du prestigieux Thelonious Monk Institute of Jazz pour rien.)

Adrien a donc patienté jusqu’au mois dernier où, cette fois-ci, six concerts étaient programmés et, cerise sur le gâteau, deux jours de studio étaient réservés à l’enregistrement d’un album.

Le coup d’envoi avait lieu au Sounds, le vendredi 9 juin.

Malgré la chaleur, il y avait un nombreux public, parfois bruyant, dans le club de la rue de la Tulipe.

Sur scène, le groupe se présente «en ligne», rangés les uns à côté des autres, comme pour affirmer l’idée qu’il s’agit d’un groupe et qu’aucun d’eux n’est mis plus en avant. Pourtant, chacun aura bien l’occasion de s’illustrer ce soir.

Ecrit par Godwin Louis, «Present» est un morceau qui évolue par vagues irrégulières dans lequel le sax et la trompette échangent tour à tour. Les musiciens jouent avec les intervalles et les contrepoints, jouent la course poursuite, accentuent la pulse. Ils font monter l’intensité comme dans une transe Voodoo.

Le son de Godwin est plutôt rond et profond. Ses inflexions sont ensoleillées mais ses attaques sont franches et découpées. Il y met beaucoup d’âme mais ne s'apaise pas sur un sentiment et ne le tire pas en longueur, il l'expose clairement puis le lâche, presque comme par pudeur. Malgré son imposante carrure, il danse, se tortille avec souplesse et semble enrober chaque note ou dessiner chaque accord. S’il n’était pas altiste, on pourrait peut-être lui trouver quelques affinités avec un David Murray, en version un peu plus sage.

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La section rythmique, quant à elle, est en totale osmose. Wim Eggermont aux drums et Alex Gilson à la contrebasse cravachent les tempos et «Cyclic» de Sam Rivers, boosté au groove, se désintègre sous les coups vigoureux du batteur. Le très bopant «Walk In The Dark» n’est pas moins musclé. «La Mecha», sorte de ballade blues ne refuse pas un petit côté dansant, «Stersito» fait un clin d’œil à «St Thomas», quant à «WTF», il révèle un petit parfum de Miles Electric.

Adrien aime le son qui claque, le son droit et brillant. On le sent poussé par l’énergie du groupe. Mais, en bon leader, il sait aussi emmener lui-même ses acolytes sur des pistes aventureuses, mettant de côté les conventions. Le trompettiste propose un jazz parfois un peu sale, un peu brut, qui frotte et qui se bat. Un jazz qu’on pourrait entendre du côté du Velvet Lounge à Chicago. Un jazz qui sent la transpiration et la liberté. On ressent la spontanéité dans le jeu de chacun et on espère bien retrouver cet esprit dans le futur album.

Et puis, un groupe qui n'oublie pas d’inviter Monk («Pannonica» et «Well You Needn't») pour en faire quelque chose de personnel, ne peut pas être mauvais…

A tenir à l’oreille…

A+

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01/06/2017

Daana - Sounds

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J'avais vu le nom d’Anaëlle Potdevin circuler ici ou là, mais j'avais surtout entendu sa voix sur Waxx Up, le dernier album d'Eric Legnini. Da Romeo m'en avait une peu parlé aussi. Normal, notre célèbre bassiste joue avec la chanteuse (qui est aussi comédienne) depuis un petit bout de temps déjà. En duo chez Alice, par exemple, le cocktail bar de Rouge Tomate à l’Avenue Louise, mais aussi et surtout avec leur projet commun, qui prend le temps de se roder au Sounds depuis novembre, Daana.

Vous aurez compris l'acronyme.

En fait, le duo est quintette dans lequel on retrouve Adrien Verderame aux drums, Raf De Baker aux claviers et Lorenzo Di Maio à la guitare. Du beau monde, en somme.

Une visite au Sounds, ce jeudi 25 mai au soir, s’imposait.

Un standard pour ouvrir («The Man I Love»), un autre pour conclure («Just One Of Those Things») et entre les deux, des compositions originales pleines de punch, de sensualité ou de groove. C'est que ça bosse bien chez Daana ! Et pas seulement la musique, mais aussi la présentation - sans aucun temps mort - et la mise en scène avec cette petite lampe de chevet posée dans le fond de la salle qui ajoute une touche intimiste à l’ensemble.

Anaëlle a une façon bien à elle de découper les phrases et de les rythmer. On pourrait y trouver quelques références à Billie Holiday, Amy Winehouse ou encore Selah Sue, mais… Mais c’est encore différent.

Et puis, elle bouge, elle ondule, elle raconte autant avec ses mains qu’avec les mots. Sa gestuelle évoque parfois aussi celle des slameurs et des rappeurs. Entre R&B, funk, soul et jazz, parfois relevé à la sauce dub ou à la musique des Antilles, le répertoire est accrocheur, bien huilé, bien mis en place. Et on se laisse vite embarquer.

Les chansons sont écrites en étroite collaboration avec le bassiste et cela se ressent ! Elles se "construisent naturellement". Les mots, les inflexions, les respirations se fondent aux harmonies et aux mélodies plutôt sophistiquées.

Et puis, chez Daana, on n’a pas oublié de laisser de la place aux impros. Juste ce qu'il faut pour laisser gronder la basse du leader dans quelques solos rageurs, pour permettre aussi à Lorenzo Di Maio des fulgurances dont il a le secret, et à Raf De Baker de distiller avec virtuosité des sons vintages et parfois gospel. Le tout est soutenu par Adrien Verderame, batteur puissant, ferme et redoutable de groove.

Les deux sets, menés tambour battant, passent rapidement. Vraiment, on s’amuse et on se dit qu’il y a quelque chose qui se passe sur scène. C’est efficace. C'est jubilatoire.

Daana devrait certainement provoquer de belles vibrations dans les clubs et sur les scènes jazz… et même sans doute ailleurs aussi.

En tous cas, moi, je suis pour.

 

 

A+

 

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10/05/2017

Samson Schmitt Trio au Sounds

Tout est parti d'une simple conversation entre le musicien Samson Schmitt, son manager Bertrand Squelard et Michel Van Achter, directeur du label Home Records. Une conversation. Et une simple proposition faite au guitariste manouche d'enregistrer, non pas avec son trio habituel, mais d'essayer quelque chose de différent et d'inédit.

Et pourquoi pas ? Le guitariste français est joueur. Il accepte.

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Bertrand Squelard et Michel Van Achter convoquent alors le violoniste Joachim Iannello et le pianiste Johan Dupont. La rencontre est plutôt concluante et après deux jours seulement le tout frais trio a déjà composé plus d’une demi-douzaine de très bons morceaux. Enthousiastes, Bertrand et Michel entrainent les trois amis en studio. 10 compos originales sont gravées. Et le résultat (Rire avec Charlie, paru chez Home Records) est des plus réussis. Il est surprenant aussi, car le trio va au-delà du « simple » (entre guillemets) jazz manouche. En effet, il mélange astucieusement le swing, le classique, un peu de bossa, un peu de chanson. Convaincant.

Alors, ce vendredi soir au Sounds, j'étais curieux de voir ce que cela donnait en live.

J'arrive à la fin du premier set. C’est « Caravan » que l’on joue. Fort. Et bien. Il n'y a pas à dire, même loin de la scène, on ressent la chaleur et la connivence. Rien n’est feint, tout est sincère.

Après un court break, les trois musiciens sont déjà de retour sur le podium. Ils ont envie de jouer, c’est sûr et certain. Ils ont envie d'être ensemble, de s’amuser. Et le plaisir est contagieux. Dans la salle, le public répond avec enthousiasme.

Après un doux et lyrique « Chopin In Spain », « Sweet Georgia Brown » enflamme le club. L’intro, en forme de défi entre violon et guitare, place la barre très haut. S'ensuivent « Djangology » et un autre thème issu du répertoire classique manouche. Mais le mélange guitare, violon et piano, offre une couleur très particulière à l’ensemble.

Tantôt swing, tantôt folk - tirant presque sur le western - tantôt valse ou mazurka, tout bouillonne. Etonnant. Tout se mélange avec beaucoup d'élégance et de fraîcheur. Le trio évite, ou contourne avec malice, le jazz manouche qu’on serait plus habitué d'entendre. L'exercice de style va plus loin qu’une simple dilution d’un style musical dans un autre. Ici, chaque musicien à son caractère, sa personnalité et son background. Et quand tout cela s'additionne et se partage avec autant de générosité, l'échange devient évident, facile et très riche.

« Manouche Attitude » et « Bertrand Swing » s’enchainent. Le public accompagne chaque morceau en clapant des mains et en tapant des pieds. Mais il n'arrive plus à suivre lorsque le trio termine, à 200 à la noire au moins, un « Rhapsody à six cordes » explosif…

Dans cette très chaude ambiance, le groupe ne peut refuser, en rappel, un hommage à Django avec une version de « Les yeux noirs », tout en nuance et volupté. Pur bonheur.

Chapeau, Samson, Joachim et Johan ! Et bien joué les gars !

 

 

A+

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04/03/2017

Raffaele Casarano et Mirko Signorile duo au Sounds

Voilà des mois que je n'avais plus mis - bien malgré moi - les pieds au Sounds. Vendredi 24 mars, j’avais enfin trouvé le temps et l’occasion pour aller revoir Sergio et Rosy – et goûter les excellentes pâtes maison, bien sûr - mais aussi pour y écouter Raffaelle Casarano (que j'avais récemment vu au Tournai Jazz Festival avec Manu Katché).

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Le saxophoniste italien vient de publier un nouveau disque, « Medina », avec son quintette mais aussi avec l’Orchestra Sinfonica Tito Schipa. Mais un orchestre symphonique, c’est un peu grand à faire rentrer dans un club. Alors, comme il a l’habitude de le faire à travers l’Europe, c’est en duo avec le pianiste Mirko Signorile qu’il présente la plupart des morceaux du disque (que je vous recommande, si vous aimez le lyrisme, l'humour, la fraîcheur… et les cordes). Décision radicale, mais payante.

Il y a du monde ce soir et l'ambiance est chaude. Pour capter l’attention du public, le saxophoniste et le pianiste entament un long morceau introspectif et atmosphérique.

La musique évolue par cycles et les nappes mélodiques s’enrichissent au fur et à mesure.

Puis on enchaîne dans un tout autre style avec un « My Romance » aux accents bop bien trempés. Mirko Signorile en profite pour développer un jeu plus tranchant et percussif. Puis on repart dans plus de lyrisme.

Casarano utilise avec parcimonie une pédale reverb, à la manière de Paolo Fresu, qui donne beaucoup de profondeur et de relief à un son parfois éthéré. Son jeu est parfois feutré mais aussi parfois très pincé, un peu à la Jan Garbarek. On pourrait d’ailleurs presque imaginer des musiques plutôt nordiques, dans l’esprit, que latines, s'il n'y avait pas la pulse et le phrasé chantant de Signorile au piano. Pourtant, les compositions de Casarano sont souvent lyriques et chantantes. Dans chacune d’elles, on sent poindre rapidement une mélodie pleine de romantisme. Les histoires qu'il raconte sont assez imagées. « L’istrione » ou « Un amico immaginario », par exemples, faites d'accélérations ou de décélérations souples, hésitent entre les sentiments lumineux et sombres. L’équilibre est toujours bien dosé, entre une larme et un sourire, comme disait l’ami Toots.

Le second set est un peu plus nerveux avec « Ballatta per Bodini », qui commence en douceur pour se terminer de façon plus exaltée, ou encore avec la reprise d’une chanson pop de Pino Daniele. Et comme l’ambiance monte, et qu'il n'a pas d'orchestre symphonique sous la main, Casarano fait participer le public et l’entraine à fredonner la mélodie de « Click clock ». Une belle façon de donner un dernier coup de légèreté dans un concert fait de douceur et tendresse.

 

 

 

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22:40 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mirko signorile, raffaele casarano, sounds |  Facebook |

21/07/2016

Laurent Doumont - Sounds

Un concert de Laurent Doumont est souvent l’assurance d’un moment plein de groove, de chaleur, de sensualité et d’humour. Avec le temps froid et pluvieux qui sévit sur la Belgique en ce mois de juin pourri, ça ne peut faire que du bien.

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Au Sounds, pour l’un des derniers concerts de la saison (vendredi 24 juin), le saxophoniste/chanteur entouré de Sal La Rocca (cb), Vincent Bruyninckx (p), Lorenzo Di Maio (eg), Lionel Beuvens (dm) et Olivier Bodson (tp), nous propose un retour sur son album «Papa Soul Talkin’» sorti en 2012 déjà. Autant dire que la machine est bien rodée et que la musique coule avec facilité.

Et c’est avec toute la décontraction et l’humour décalé qu’on lui connaît, que Laurent Doumont annonce et enchaîne les morceaux : les bouillonnants « Do Me Wrong », « Back On Brodway » ou « Song For Jojo », les irrésistibles « Gonna Be A Godfather », « Everything I Do Gonna Be Funky » ou encore le feutré et voluptueux «Sleeping Beauties »…

Visiblement, ça s’amuse sur scène et, forcément, dans la salle.

Servi par le drumming souple et onduleux de Lionel Beuvens et la contrebasse plus chantante que jamais de Sal La Rocca, Laurent Doumont alterne fulgurances au sax et voix de crooner au chant. Puis il reprend les riffs à l’unisson avec Olivier Bodson (brillant de clarté et d’élégance) ou avec Lorenzo Di Maio.

Mais il laisse aussi tout l’espace à ses comparses pour d’éclatants solos. Di Maio fait ainsi monter la sauce dans des impros mêlant blues, soul et funk. Le phrasé est agile et net. Bodson n’est pas en reste et sur « Big City » il fait briller de mille feux la soul mélancolique qui plane sur le morceau. Et que dire de l’intervention magnifique, parsemée de glissandos sensuels, de Sal La Rocca sur « Cocaïne Blues »…

Mais bien sûr, on ne peut pas passer à côté du jeu extraordinaire et d’une profondeur inouïe de Vincent Bruynickx au piano ! A la fois sobre et fougueux, il arrive toujours à insuffler des notes bleues et de légères digressions dans un jeu qui donne une perspective incroyable à l’ensemble. Même sur un amusant « Black Is Black », en rappel, il arrive encore à inventer, à colorer et à prendre de la hauteur.

Laurent Doumont a bien de la chance d’être entouré de la sorte. Et nous, on a bien de la chance qu’il perpétue, avec autant de personnalité, de talent et de décontraction, la tradition d’un soul jazz toujours aussi jubilatoire.

 

 

A+

 

 

 

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04/06/2016

Nasa Na - Jazz Station - Live 91 Album Release

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Il y a près de 30 ans, c’était au Kaai, que ça se passait. Club mythique initié par Etienne Geeraerd et Pierre Van Dormael. C’est là que Nasa Na, groupe non moins mythique, y jouait chaque mercredi soir. Toutes les expérimentations et tous les risques étaient permis. C’était un terrain de jeu exceptionnel pour Pierre Van Dormael et ses trois amis : Michel Hatzigeorgiou, Stéphane Galland et Fabrizio Cassol. C'est là que Nasa Na inventait une musique nouvelle.

Mais trop rapidement, le groupe «splitte» en '92, Pierre étant trop occupé à écrire pour son frère la musique de «Toto le héros»... Et puis, Aka Moon a pris la relève…

De cette époque, peu de matériel subsiste. Il reste quelques brides d'enregistrements vidéo (merci «Cargo De Nuit»)… On parle bien d'une cassette qui circule quelque part... Et à part les souvenirs, rien...

Mais !

Mais il existe aussi un enregistrement réalisé en 1991 dans un autre club légendaire de la capitale : le Sounds (qui fête ses trente ans cette année !).

Ces bandes, précieusement conservées, restent longtemps inexploitées. Cependant, peu de temps avant sa disparition, Pierre Van Dormael les réécoute et se dit qu’elles ne peuvent pas rester indéfiniment à l’ombre…

Il a fallu plus de sept ans de réflexion, de réécoute et de re-réflexion pour nettoyer – sans tricher et sans retoucher – les fameuses bandes enregistrées magnifiquement par Michel Andina… Le résultat : Nasa Na Live 91, l’album que l’on attendait plus, vient de sortir chez Outhere.

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Pour fêter ça, la Jazz Station a invité Michel, Stéphane, Fabrizio et le fabuleux Hervé Samb (qui mieux que lui pouvait tenir la guitare dans ce projet ?) à rejouer la musique de Nasa Na.

Bam ! Deux soirées sold-out. Deux soirées de folies musicales.

Toute la base de la musique d’Aka Moon est là. Cette musique unique, faite de couches rythmiques incroyables, faite de funk, de blues «Qui est cette femme ?», de rock «Hi, I’m From Mars», de folk, de musique contemporaine… Tous les ingrédients sont là.

Les quatre musiciens s’amusent et jouent cette chose tellement complexe – mais tellement organique - avec une désinvolture incroyable. Cela fait bien partie de leurs gènes ! Rappelons que le groupe a à peine répété avant ces deux concerts flamboyants !

Ces rythmes impairs, décalés, superposés… Ce groove infernal ! Ces changements de temps soudains ! On est transporté.

Hervé Samb, très impressionnant, s’emballe et va même jusqu’à épuiser les amplis, Fabrizio Cassol, plonge dans les thèmes, avant de regarder Stéphane Galland et Michel Hatzi ferrailler entre eux. Alors, il y «Bruit»… un tube. «Destinations», «Aka Dance»… On prend un pied pas possible !

Le groupe s’amuse à tailler la musique, comme on s'amuse à casser du petit bois pour attiser un immense un incendie... Le groupe dégage une énergie terrible. Pour tout un pays ! On peut fermer Doel et Tihange !

Quelle soirée !

25 ans après, la musique est restée d’une modernité inouïe. Normal, Nasa Na était en avance sur son temps…

Quant à Pierre Van Dormael, c'est confirmé, il est bien immortel.

 

 

A+

(Merci à Roger Vantilt pour les photos)

05/04/2016

Tree-Ho ! Au Sounds

Il y a quelques années, j'avais assisté à l’un des premiers concerts de Tree-Ho ! Bien avant qu’ils n’enregistrent leur premier album «Aaron & Allen». C'était à la Jazz Station et c’était un très bon moment. J'avais tout noté dans mon petit carnet, comme je le faisais habituellement. Et puis... Et puis, j'ai perdu mon précieux mémento.

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Ce vendredi soir au Sounds, je suis retourné écouter Tree-Ho ! Et cette fois-ci, j’ai bien fait attention de ne rien perdre.

Comme sur l’album du même nom, «Aaron & Allen» débute le concert en douceur et lyrisme. Le jeu intimiste d'Alain Pierre plonge la salle dans une écoute attentive. Ce thème est l’antithèse du morceau suivant, «Piazza Armerina», qui délivre un groove haletant et plein d’optimisme. Antoine Pierre (dm) fouette avec élégance les cymbales et étouffe le claquant des tambours, tandis que Felix Zurstrassen, dans un jeu fluide et précis, nuance les pulsations. Ça doit être ça le swing, cette façon de ne pas y toucher, de laisser le balancement dévier légèrement, de le remettre un peu sur le chemin, puis de le relâcher à nouveau.

Avec peu de moyens et un minimum d’effet, Alain Pierre colore les thèmes. Le son de sa guitare se fait parfois plus synthétique, résonne comme un orgue, puis redevient plus feutré. Il a beau dire être influencé par des guitaristes tels que Al Di Meola, Ralph Towner ou Pat Metheny, Alain Pierre a développé un son bien à lui.

Avec une sensibilité toute personnelle, il allie guitare classique et guitare jazz. L’exercice est flagrant sur «Présent Times». On retrouve aussi parfois chez lui un certain esprit «Canterbury Scene», comme sur «L’éphémère», joué à la guitare douze cordes, dont la mélodie ne se délivre que progressivement.

Parfois, le trio se laisse aussi tenter par une sorte de raga indien, par un certain psychédélisme et par une tourne lancinante où la guitare se confond presque avec le son d’un sitar. Sans jamais céder à la démonstration, Alain Pierre met au service de sa musique une technique irréprochable.

«Coming Times» cache, sous des airs presque bop, des harmonies complexes qui laissent pas mal d'espaces à Félix Zurstrassen, mais aussi à Antoine Pierre qui en profite pour lâcher un solo inventif, atypique et d’une grande maîtrise.

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Tree-Ho ! alterne les moments complexes et intimistes avec d'autres moments plus lumineux, tout en ondulations. Il y a de la poésie dans chacune des compositions d’Alain Pierre, il y a toujours cette envie de raconter des histoires, d’éviter l’abstraction. «Seul compte l'instant présent» semble interroger le guitariste sur lui-même. Celui qui oscille entre mélancolie et épanouissement.

Et c’est un peu cela que l’on ressent au travers de ces deux sets intelligemment tressés.

Alors, on reprend encore un peu de «Vin Noir», on survole  «L'Etang des Iris» comme une libellule et on se laisse aller à un dernier «Joyful Breath». Pour le plaisir.

 

 

A+

 

31/03/2016

The Return Of The One Shot Band - Sounds

Retour au Sounds depuis des lustres. J'en ai manqué des bons concerts là-bas !

Et même ce samedi soir, j'ai failli rater celui de Fabrice Alleman. J'avais pourtant deux occasions pour y assister : l’une le vendredi et l’autre le samedi. Et samedi... je ne suis arrivé qu’à la fin du premier set… mais dans une ambiance de feu.

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«Remonter le projet One Shot Band !», voilà une idée qui mijotait depuis pas mal de temps dans la tête du saxophoniste. Le One Shot Band avait vu le jour à la fin des années nonante et était composé d’une double rythmique, Jean-Louis Rassinfosse (cb) et Benoît Vanderstraeten (eb) (ou Thierry Fanfant), et de Fred Jacquemin (dm, loops), Vincent Antoine (voc), Michel Herr (keys), Paolo Loveri (eg), Jean-Pierre Catoul (violon) et bien sûr Fabrice Alleman.

Malheureusement, la mort injuste de Jean-Pierre Catoul a mis fin à cette aventure à peine entamée… Quinze ans plus tard, Fabrice Alleman a retrouvé la force de remettre le projet sur pieds.

Bien sûr, le line-up a quelque peu changé. Autour du leader, on retrouve les amis de la première heure (Fred Jacquemin et Benoît Vanderstraeten) mais aussi des «nouveaux venus» : Romain Garcera au vibraphone, Pascal Mohy aux claviers et Joachim Iannello au violon.

Si la musique a sans doute évolué, l’esprit et l’énergie sont restés. Les compositions, de l’époque ou toutes nouvelles, toutes écrites de la main de Fabrice Alleman, sont autant influencées par la soul, le funk et le jazz électrique que par la musique celtique. Et ça groove !

Basé sur un thème de Dan Ar Braz, le dernier morceau du premier set est pour le moins explosif ! La musique circule et monte en puissance comme un tourbillon sur les côtes du Finistère. Ça joue avec précision et à toute vitesse.

«Blues 8», lui aussi, monte à pleine puissance en une spirale énergique. La musique semble s’inventer sur l'instant (pas de doute, c’est bien du jazz !). Fabrice Alleman donne des indications au vibraphoniste, encourage Pascal Mohy, pousse encore plus loin le bassiste ! Il semble visualiser le chemin que pourrait prendre la musique. Il ouvre des portes, provoque les idées, laisse plein de libertés.

Soprano et violon font un bout de chemin ensemble avant que ce dernier ne s’envole dans une impro endiablée. Tandis que Jacquemin jongle entre tambours et pads, Verstraeten se jette dans de vertigineuses improvisations à la basse électrique. Son jeu est d'une incroyable souplesse et d’une précision stupéfiante.

Si la musique peut être extrêmement punchy, elle peut aussi se faire mystérieuse et intrigante. Tel le joueur de flûte d’Hamelin, Fabrice Alleman, au fifre, amène le public à le suivre, à revenir au calme, à l’écouter attentivement, à rester suspendu à ses lèvres. Et puis, ça repart de plus belle, avec exaltation et frénésie, comme au bon vieux temps du jazz rock de Miles.

Avec «J-J» aussi, le groove est tendu, presque psyché, le violon s'emballe avec ferveur, Pascal Mohy distribue des phrases courtes, pleines de soul, de funk et de sueur et Jacquemin frappe sèchement. Fabrice passe du soprano au ténor, puis au chant. Cela pourrait durer des heures. Mais c’est un «Summertime», totalement recoloré, qu’on nous offre en rappel. Il faut bien souffler un peu...

Le One Shot Band vient de faire un retour tonitruant. Plein de promesses. Et espérons que ce ne soit pas un «one shot».

A+

07/10/2015

Mariana Tootsie - Sounds

Cette fois-ci ce n'est pas l'anniversaire d'un club ou d'un festival que l'on fête, mais celui de Mariana Tootsie.

La chanteuse à la voix de diva soul a rempli par trois fois le Sounds. Jeudi avec son band (Pat Dorcéan, Collin De Bruyne et Alexis Arakis), vendredi avec son projet Tribute to Etta James et ce samedi, fête oblige, dans une formule « carte blanche », avec différents invités.

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En effet, au groupe de base, dans lequel on retrouve Piotr Paluch aux claviers, Cédric Raymond à la basse, Matthieu Van aux drums et Alexis Arakis à la guitare, s'ajouteront, dans un premier temps, Jean-Paul Estiévenart à la trompette et David Devrieze au trombone...

Il est passé 22 heures et le Sounds tremble déjà de bonheur. Le public clappe des doigts et des mains, il a du mal à rester assis, il se dandine sur sa chaise et, finalement, va danser au devant la scène. Il faut dire que Mariana à le « chic » pour vous faire bouillir le sang.

Elle enchaîne « Along The Road », en mode sensuel et tendre, avec des morceaux bourrés de blues et de soul (« The Devil In Love » et « I Don't Need No Doctor »), de façon fougueuse et très énergique. L’ambiance monte vite. Comme une fièvre incontrôlable. Les cuivres claquent et la rythmique assure. Elle pourrait continuer ainsi toute la nuit, mais il faut se ménager et en garder un peu pour le deuxième set. Alors, c’est le moment du doux « Maël Love », en duo avec son frère à la guitare. Alexis Arakis use avec habilité de glissandos qui rappellent la chaleur du Delta. La voix de Mariana est brûlante et puissante, sans jamais être excessive. Il y a du grain, de la profondeur, de l'âme… plein d’âme.

Et elle termine ce premier set, toujours en duo, mais cette-fois avec Piotr Paluch, par un tonitruant et très excité « Live In The Light ». Piotr se déchaîne littéralement sur son clavier, redoublant les accords avec dextérité et célérité. Le jeu est nerveux, serré. La claviériste se lève, appuie les effets, enchaîne les chorus. Il donne tout. Le public adore.

Le break vient à point pour souffler un peu et le deuxième set redémarre en douceur. Mais il reprend vite de la vigueur et « I Just Wanna Make Love To You » puis «Rehab » ouvrent le chemin d’une jam annoncée. Mariana a envie de partager! Ça tombe bien, tous les amis musiciens se sont donnés rendez-vous et s’invitent tour à tour sur scène pour lui faire la fête, pour danser et pour délirer. La nuit va être longue.

Qu’importe le projet, Mariana Tootsie montre qu’elle est une des toutes grandes chanteuses de soul jazz qu’il faut absolument entendre et voir. Et pas que lors de son anniversaire.

Happy birthday, miss !

 

 

 

A+

 

 

 

29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

24/01/2015

Jazzmatik au Sounds

 Paolo Fresu et Galliano à Flagey, Nic Thys en trio au Bravo ou encore La Nouvelle Star à la télé (non, là je déconne), la concurrence était rude pour le Jazzmatik d’Adrien Volant au Sounds C'est pourtant ce concret que n'ai décidé d'aller écouter ce jeudi soir. J'avais envie d'un jazz décontracté et sobre. Sur papier (Paolo Loveri, Lionel Beuvens, Daniel Stokart et Giuseppe Millaci), ça devrait le faire…

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Sur le coup de 22h30, le quintette attaque «Invitation», pour s'échauffer. Puis il enchaine avec une bossa pour s'ensoleiller. Et la flûte de Stokart se fait aussitôt lumineuse et ondulante.

Ça frissonne.

La ballade douce et chaleureuse, («For Carla») écrite par Paolo, permet à Adrien Volant de bien se mettre en avant. Le son est limpide et souple à la fois, droit et sans fioriture. Paolo, quant à lui, égraine avec beaucoup d'élégance et de retenue la mélodie. Le jeu de de Giuseppe Millaci à la contrebasse est, lui, un peu trop retenu, presque timide. Même dans ses solos il reste un peu en retrait. On aimerait un peu plus de puissance et d'audace, car son phrasé est plutôt intéressant. Du coup, c'est surtout l'excellent drumming de Lionel Beuvens qui donne assez de nerf à l'ensemble pour maintenir - ou provoquer - un peu le groove.

D'ailleurs, ça s'emballe un peu plus avec «Béatrice» de Sam Rivers - débuté pourtant de manière un peu approximative - ou avec «Song For Bilbao» de Pat Metheny, joué avec une belle intensité.

On sent Stokart – à l’alto cette fois - très libre et vraiment à son affaire lorsqu'il peut improviser (sur un morceau de Seamus Blake, par exemple, ou sur «Recorda me» de Joe Henderson). Sans jamais tomber dans l'excès (ce n'est pas le genre du groupe, de toute façon) il propose un jeu simple, ferme et nuancé.

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Au second set le groupe accueille une jeune chanteuse (Eleonora Albani) pour quelques morceaux («When Sunny Gets The Blues» ou «Bye Bye Blackbird» - sur lequel Paolo Loveri se laisse aller à quelques citations virtuoses). Albani semble chanter sans difficulté et avec beaucoup de décontraction. Justesse, clarté, scat facile et sourire dans la voix semblent s'inspirer d'Anita O'Day. Avec candeur, elle renforce, à sa façon, la cohésion du groupe. Beaux moments…

Après un début de concert quelque peu hésitant et flottant, celui-ci se termine avec bien plus d'assurance et de surprises. Et «Some Other Blues» de John Coltrane en est d'ailleurs une conclusion des plus convaincantes.

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Je voulais un jazz cool et sobre... Mon vœu a été exhaussé.

(A l'occasion, réécoutez 3 for 1 (chez Mogno) de Paolo Loveri, ce sont 70 minutes de bonheur raffinés)

A+

 

19/06/2014

Nicola Lancerotti Quartet - au Sounds

J’aurais déjà dû vous parler du groupe de Nicola Lancerotti il y a plus d’un an, lors de la sortie de son album Skin.

C’était à Gand. Au Hot Club. Superbe ambiance, excellent concert.

J’avais noté toutes mes sensations dans mon petit carnet noir. J’avais même pris note de la set-list. Et… j’ai tout perdu, quelques jours plus tard, lors d’un voyage à Paris…

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Et puis, j’aurais dû vous parler de l’album lui-même qui, en plus d’être musicalement très bon, est un objet très original. (Il est paru chez Den Records - qui publie des artistes comme Mats Gustafsson, Ken Vandermark ou Paal Nilssen Love, entre autres - dont les pochettes sont de véritables leçons de pliages).

Skin, le bien nommé, vous colle à la peau dès la première écoute. Mieux, il vous pénètre insidieusement.

Alors, ce jeudi 12 juin, au Sounds, j’ai bien pris note et bien fait attention à ne pas perdre mon petit carnet noir. Et j’ai retrouvé la magie du concert de Gand.

Comme sur le disque, la musique vous prend en douceur. D’abord par une intro laconique de Nicola Lancerotti à la contrebasse qui emmène les deux saxes ténors (Jordi Grognard et Daniele Martini) dans un lancinant «T.T.F.K.A.C.», puis par un thème de Sam Rivers («Ellipse») qui swingue sans avoir l’air d’y toucher.

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Les deux saxes, aux caractères pourtant bien différents, jouent à l’unisson tandis que Nelide Bandello, dans un drumming étouffé et velouté, fait clinquer sourdement les cymbales. Tout se joue à l’écoute.

C’est là qu’on se dit que le groupe possède une vraie personnalité et que la réussite de cette musique est due, en grande partie, aussi à son casting. Il est difficile, en effet, d’imaginer d’autres musiciens à leurs places. Non seulement ils se connaissent très bien, mais ils ont bâti cette musique en commun et la vivent ensemble.

C’est d’autant plus évident sur «Fra Scilla E Cariddi», thème ultra intimiste en tempo lent, dans lequel la clarinette basse de Grognard et le soprano de Martini serpentent sensuellement autour des lamentations de la contrebasse. Tout s’invente sur l’instant. Tout se joue à la confiance, au feeling.

Cette musique ne ment pas et ne peut que vous toucher.

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Alors, le groupe en profite pour jouer avec nos sentiments et nous jette un «Taiwan 2» musclé façon Ornette Coleman ou Hamid Drake, puis un «Faking East» swinguant salement comme un morceau de Mingus ou de Charles Tolliver, et enfin un «La Quieta Prima Della Tempesta», déstructuré au début, qui vous balance de gauche à droite et qui se termine par un dialogue relevé entre Bandello et Martini.

Ce dernier possède un jeu plus «lié» et souple, tandis que Grognard est légèrement plus abrasif. Le drumming de Bandello, quant à lui, est plein de finesse.

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Les compositions de Lancerotti bousculent les sens sans que l’on ne s’en rende compte. C’est un jazz malin, qui cherche, explore et va au fond des choses sans jamais devenir cérébral. Il y a de la chaleur, de la profondeur, une pointe de rudesse, un soupçon d’amertume. Beaucoup de légèreté. On y retrouve toujours une trame mélodique (évidente ou pas) qui vous attire et puis vous emmène.

Bref, c’est un jazz qui vous rentre par la peau, je vous dis…

Et puis, à partir de là…

 

 

 

A+

 

 

 

15/06/2014

Gang - Orange and Blue Release - au Sounds

7 juin, 22h. Il fait très chaud. De gros nuages noirs remplissent le ciel encore bleu. Il fait lourd et moite au Sounds. L’orage menace, mais n’éclate pas.

La musique, elle, n’hésitera pas à le faire.

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Ce soir, c’est Gang, le quartette du batteur Nicolas Chkifi, qui présente son premier album : Orange and Blue.

Il y a plusieurs façons de faire éclater la musique, et nos quatre comparses - autour du leader, on retrouve Gregor Siedl (ts), Garif Telzhanov (cb) et Augusto Pirodda (p) - ont bien l’attention d’en explorer toutes les possibilités.

«Be Patient», pour commencer, est une sorte de longue transe, une longue montée psalmodique aux accents indiens, ou coltraniens peut-être. Les harmonies s’additionnent en fines couches. Presque toutes différentes, toutes fragiles, toutes légèrement chancelantes. «Do Mo Fo» est plus structuré, plus stable, mais chacun des musiciens joue au snipper bien décidé à ébranler l’assemblage. Les coups surgissent par surprises. Quant à «Blah Blah… Bley», une composition de Pirodda, elle opère comme une énorme vague qui ne cesse d’enfler, de prendre de la puissance et de la force, qui déferle indéfiniment et finit par se fracasser au pied de la scène.

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Gregor Siedl fait gronder son sax, un peu à la Fred Anderson. Le son est gras, rauque, empli d’air. Il joue même parfois sans bec, pour ajouter plus de volume encore. Pirodda fait rouler les accords sous ses doigts et ses poings. Telzhanov pétrit sa contrebasse. Il n’est jamais là où l’attend, il se faufile entre rafales de sax et les coups de batterie. Chkifi, explore les moindres recoins de son instrument. Le jeu est à la fois net, précis, découpé… mais surtout d’une immense délicatesse. Soit, il distille un groove totalement exprimé soit, il se fond, se noie et s’efface pour mieux revenir, par bribes et par tâches.

Il y a de la tension, du mystère, de l’incertitude… Et ce ne sont que les premiers morceaux. Le reste ne fera que s’amplifier, pas au niveau des décibels mais au niveau de l’énergie et de la dramaturgie.

Même dans les «ballades» - si l’on peut les appeler ainsi - qui offrent un peu de respirations, la tension est très présente. Rien n’est gratuit ni anodin dans le jazz de Gang, et le bien nommé «This Is Not For Free» est là pour le rappeler.

Puis il y a des moments plus introspectifs, plus sombres, pleins d’une rage contenue, comme dans «Seak Fruit» ou «Rupture» par exemple. Le temps se suspend. Le touché de Pirodda est éblouissant. Son jeu, dans lequel on entend des échos de Paul Bley, Cecil Taylor ou encore Lennie Tristano, est très personnel. De toutes ces influences, il crée un discours très singulier. Le jeu est parfois dépouillé à l'extrême ou bien d'une densité furieuse. On le sent véritablement investi, toujours en recherche.

Et quand ça swingue – car après une intro toute en stop and go, la version live de «Into The Night» swingue – ça trace et ça joue à fond.

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Gang navigue entre free bop et avant-garde (avec un net penchant pour l’avant-garde). Sa musique est très ouverte, directe et pleine d’espace. Bref, Gang offre un jazz très actuel, un jazz bien de son temps, un jazz qui compte.

 

 

Ce soir, il y avait des couleurs et des ambiances mouvantes, c’était souvent imprévisible, souvent changeant.

Ce soir, il y avait de l’orage dans l’air, ça grondait, ça menaçait… et ça a claqué.

A+

 

11/06/2014

Round Trip Trio and Guest au Sounds

Il y avait un bon moment que je n’étais plus passé au Sounds, à cause d’occupations bien trop prenantes. Heureusement, ce vendredi 6 juin, j’étais libre pour aller écouter Round Trip Trio and Guest.

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Ce trio français est né de l’envie du batteur, Julien Augier, d’inviter régulièrement un jazzmen américain (qu’il a généralement croisé lors de son séjour – 10 ans, quand même - à New York) à partager la scène avec lui, Bruno Angelini (p) et Mauro Gargano (cb) (remplacé ce soir par Damien Veraillon).

L’idée, au-delà d’être sympathique, est intéressante car il s’agit ici de mélanger le répertoire de l’invité à celui des membres du groupe. Pas de recréation totale, donc, mais pas, non plus, de banals «accompagnements». On parle ici d’échanges, de mélanges, de partages, bref, de véritables constructions.

Avec cette formule, Round Trip a déjà révélé le trompettiste Jason Palmer chez nous (en France et en Belgique). Cette année, le Trio tourne avec Mark Small, un "jeune" et talentueux saxophoniste qui, avant de s’exiler quelques années à Miami pour parfaire ses études, avait partagé la scène et quelques enregistrements avec Walter Smith III, Vanguard Orchestra, Darcy James Argue’s Secret Society et même Michael Buble

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Ce soir il fait chaud, il fait beau et nous sommes à la veille d’un long week-end qui est sans doute la raison d’une très faible présence du public. Dommage.

Si les compositions de Small sont plutôt de factures assez classiques, bien tournées et rondement swinguantes, permettant à chaque membre du groupe d’y aller de son solo, celles d’Angellini (ou de Gargano) sont beaucoup plus complexes. Ainsi, «Dara» ou «When The Time Is Right» (de Small) filent tout droit, tout bop, tandis que «Faded Raws» est plus torturé, plus ténébreux et plein d’aspérités.

Une version du «Isfahan» de Duke Ellington met cependant tout le monde sur la même longueur d’onde. Sur une trame claire, Angelini prend des libertés et Small joue à l’anguille, il se faufile et trouve des chemins intéressants. Le ténor ne cherche pas l’effet mais rebondit avec efficacité sur les propositions du pianiste. Julien Augier assure un drumming ferme, précis, foisonnant - sans être envahissant - tandis que Veraillon semble presque arracher les cordes de sa contrebasse sur certains solos.

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Le deuxième set paraît plus homogène encore et l’on sent que la musique se construit vraiment sur la personnalité des musiciens.

Angelini possède ce toucher aérien et très tranchant à la fois. «L’Indispensable Liberté» est ainsi parsemé d’accents légèrement dissonants ainsi que de brefs silences qui donnent plus de reliefs encore à son jeu. On y perçoit un léger déséquilibre et une fragilité… plutôt solide.

«Happy Song» swingue d’enfer et la reprise de «Solar» est des plus étonnantes. Chacun expose sa vison, mais chacun se retrouve et se rejoint. Le mélange est singulier, surprenant et tout à fait réjouissant… N’était-ce pas l’objectif avoué de ce Round Trip Trio and Guest ?

Mission accomplie, donc.

On attend de les revoir à nouveau en Belgique avec un peu plus de monde, car cela en vaut vraiment la peine.

A+

 

 

04/03/2014

Raf D Backer - Sounds

 

On a sorti le gros matériel au Sounds ce vendredi 21 février au soir. On a doublé les baffles et les retours et on a demandé à Michel Andina d’assurer le mixage.

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C’est que Raphaël Debacker (dites Raf D Backer), pour fêter la sortie de son tout nouvel et premier album Rising Joy (chez Prova Records), veut du gros son ! Du son profond, qui a de la résonance, de la matière et du gras, comme à l’époque des Les McCann, Ramsey Lewis ou Jack McDuff. Il faut dire que Raf D Backer, qu’on a vu aux côtés de Da Romeo, de Laurent Doumont et dernièrement de Kellylee Evans, a baigné dans la soul, le funk et le boogaloo.

Quoi de plus normal qu’il se lance donc, en leader, dans le grand bain.

Avec Cédric Raymond à la contrebasse (et parfois la basse électrique) et Fabrice Moreau aux drums (qui remplace ce soir Lionel Beuvens), Raf nous replonge dans cette musique sensuelle (presque sexuelle) en reprenant, pour commencer, quelques grands standards du genre (comme «Full House» de Wes Montgomery, par exemple, qu’il remanie à sa sauce). Puis, il nous propose ses compositions personnelles pleines de punch («Joe The Farmer» ou «Losing The Faith»). Et nos trois jazzmen s’entendent rapidement pour faire circuler le groove.

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Sur une reprise de Wayne Shorter, «Beauty And The Beast», on est balancé comme sur un bateau qui tangue, qui perd de la vitesse, qui risque de chavirer, puis qui reprend pied et à nouveau de la vitesse. Sans jamais verser dans l’excès, Raf mène bien sa barque.

La soirée est à la fête.

Au deuxième set, le trio invite le guitariste Lorenzo Di Maio à partager la scène pour quelques morceaux. Celui-ci apporte un petit coup de fouet blues rock à l’ensemble. Di Maio lacère les morceaux de riffs tranchants et brillants, toujours très mélodiques.

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Alors tout s’emballe, la rythmique s’enflamme et Raf D Backer sort un jeu flamboyant à l’orgue Hammond. Fabrice Moreau claque le tempo, et Cédric Raymond, quant à lui, montre, une fois de plus, qu’il est l’homme de la situation. Son jeu est franc et direct, et pourtant bourré de nuances.

D Backer peut alors laisser parler tout son talent de grooveur. Sa main gauche dessine des lignes de basses virevoltantes, tandis que la droite prend des inflexions bluesy.

Si l’on entend encore peut-être l’influence d’Eric Legnini (époque Miss Soul) dans le jeu de D Backer, on sent surtout chez lui un profond attachement aux racines de cette musique. Avec Rising Joy, Raf D Backer signe un très bon premier album… et l’on se réjouit déjà de le revoir sur scène (au Beurs en avril et plus tard pour une tournée Jazz Tour des Lundis d’Hortense) pour suivre son évolution.

 

 

 

A+

 

 

27/02/2014

Trio Lio au Sounds

Tout à commencé quelque part dans le sud de la France.

C’est là-bas que Pierre Perchaud a invité Lynn Cassiers à jouer avec lui. C’est là-bas qu’elle a rencontré Leon Parker qui avait l’habitude de, lui aussi, dialoguer avec Pierre Perchaud sur scène...

C’est donc là que Trio Lio est né. Pourquoi Trio Lio ? Parce que ces trois musiciens sont nés sous le signe du lion. Ça crée des liens.

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Cassiers, Perchaud, Parker, le mélange des genres à de quoi étonner. En tout cas, pour moi, l’association de ces trois artistes me paraissait presque improbable. Comme quoi, je garde encore des réflexes idiots. Heureusement que les musiciens sont là pour nous ouvrir les yeux et les oreilles.

Et mercredi 19 février, au Sounds, on a eu droit à une belle découverte.

Trio Lio reprend quelques standards de jazz («Evidence», «Just You, Just Me»), de pop («River Man» de Nick Drake) ou quelques compositions personnelles («Cruz» de Leon Parker, entre autres) avec beaucoup de grâce.

Et contrairement à toute attente, ils forment un trio très homogène… plein de relief et de différences.

A la fois feutré, retenu, profond et terriblement explosif, Leon Parker a vraiment le sens du groove. Il est plutôt du genre à enlever des notes qu’à en rajouter. Et ses frappes non-jouées sont autant de rythmes ressentis.

On sent chez lui le percussionniste plutôt que le batteur. Il se contente de peu pour offrir une riche et large palette de rythmes. Il va même jusqu’à enlever l’une des deux cymbales (celle qui tenait difficilement et qui le gênait plus qu’autre chose) de sa batterie. Les tonalités sont hyper maîtrisées, très colorées et elles laissent respirer la musique. Son solo, où il se tape uniquement sur la poitrine et lâche des onomatopées - sorte de beatbox - est simplement parfait.

Tout cela se combine excessivement bien avec le chant si particulier de Lynn Cassiers.

Une véritable sirène. Elle chante «au-dessus de tout». On dirait une petite fille qui peut tout se permettre. Si on sent vraiment chez elle une véritable connaissance du jazz, elle chante «en dehors de tous les canons» de cette musique. Et c’est fabuleux. Sa version de «Body And Soul», à la fois pleine de candeur et de sensualité, est bouleversante. Elle donne vraiment de l’épaisseur et du sens à ce texte si souvent chanté. Et puis, il faut l’entendre aussi scatter sur «Alone Together». Étonnant d'aisance et de justesse.

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Mais bien sûr, Lynn ne serait pas Lynn sans sa petite table couverte de modulateurs, de delay ou de pitcher, avec lesquels elle trafique les sons et transforme sa voix. Elle impose ainsi, sans avoir l’air d’y toucher, un univers fantasmagorique unique.

Quant à Pierre Perchaud, qui passe de la guitare électrique à la guitare acoustique, il délivre un jazz plus ancré à la tradition. Son jeu, plein de swing subtil, est parsemé d’inflexions bluesy. Dans ce trio, il fait une sorte de synthèse entre le meanstream et le funk. Il utilise avec infiniment d’ingéniosité quelques loops et quelques effets pour perpétuer avec élégance le groove sans altérer le son délicat de la guitare. Sa technique est parfaite et toujours au service de la musicalité.

Trio Lio et un cocktail délicieusement surprenant de jazz actuel, d’électro et de funk nonchalant, inventif, original et tellement personnel.

Finalement… on n’en attendait pas moins de ces trois fortes personnalités.

Et l’on espère les revoir au plus vite. Sûr qu’ils nous surprendront encore.

A+

 

 

 

18/02/2014

Philip Catherine & Martin Wind Duo au Sounds

9h. L’heure est inhabituelle pour le Sounds. Mais le concert est exceptionnel.

Philip Catherine et Martin Wind en duo.

Tête en l’air comme je suis, j’arrive en fin de premier set.

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Martin Wind, contrebassiste allemand qui vit à New York depuis plus d’une quinzaine d’années, a découvert Philip Catherine à l’âge de 14 ans au travers de l’album Viking (le duo avec Niels-Henning Ørsted Pedersen).

Depuis, l’envie de rencontrer le guitariste belge ne l’a plus quitté.Dernièrement, le rêve est devenu réalité et un disque (New Folks) à été enregistré et publié chez ACT.

Evidemment, une tournée européenne s’imposait et un passage par la Belgique aussi.

Inutile de dire qu’il y avait foule ce soir dans le club de la rue de la Tulipe.

Martin Wind et Philip Catherine remettent en lumière l’art du duo. L’écoute, le respect, la connivence et la recherche constante du bonheur mélodique sont évidents.

Car, pour arriver à un tel degré de perfection, il faut du talent, certes, mais il faut également beaucoup de complicité. Et à voir le sourire sur le visage de l’un et l’autre, il n’y a aucun doute à avoir.

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Ce qui frappe, c’est le maillage harmonique, fin et inventif, c’est la combinaison réinventée entre la contrebasse et la guitare. Chacun des musiciens semble chercher l’extrême dépouillement et la simplicité du propos pour en faire ressortir la beauté intrinsèque.

Jamais de surcharge dans les solos ou lorsque l’un d’eux prend le drive.

Comme pour paraphraser Miles qui disait qu’il ne fallait jouer que les notes utiles, Wind et Catherine ne nous réservent que les plus belles.

«Hello George» est espiègle, «Toscane» est tendre, «I Fall in Love Too Easily» est enlevé…

Il y a de la sincérité dans le jeu des deux artistes. De la sensibilité à fleur de peau. Chacun soutient l’autre, le pousse doucement à aller explorer un peu plus loin, à se découvrir et à se révéler totalement.

Si la dextérité et le phraser de Philip Catherine ne sont plus à prouver, Martin Wind se révèle virtuose à l’archet. «Sublime» est un pur moment de grâce. Quant à l’introduction, en pizzicato, de «All The Things You Are», elle est éblouissante d’intelligence.

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Il faut entendre ensuite comment les deux musiciens font monter le tempo. Comment ils annoncent le thème, comment ils le développent rapidement et le concluent sans s’appesantir…

Le duo joue l’essentiel, en trois minutes tout est dit, pas la peine d’en rajouter. La beauté est dans le geste, le message dans la spontanéité.

Et de l’humour, de l’amour et de la tendresse, il y en a plein. Du swing et du groove aussi. Rien n’est oublié. Et le public en est conscient.

Ce soir, Wind et Catherine nous ont tout fait. Et avec quelle classe !

Avec une élégance incroyable - celle qui n’appartient qu’aux grands et aux humbles - Catherine et Wind nous ont offert une magnifique et incroyable démonstration de jazz.

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Il se murmure que le duo sera de retour un peu partout en Europe (et donc en Belgique !) cet été… Un conseil, scrutez les agendas des musiciens. Il ne faudra pas rater ça !

A+

 

 

 

22:38 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sounds, martin wind, philip catherine, act |  Facebook |

10/02/2014

Michael Godée, Eve Beuven Quartet - MEQ au Sounds

Est-ce la mélancolie douce amère qui se dégageait de Noordzee qui a attiré Michaël Godée dans les filets mélodiques tendus par Eve Beuvens ou bien, est-ce le chant ensorceleur du soprano de Michaël Godée qui a séduit la belle pianiste belge?

Toujours est-il que ces deux musiciens se sont trouvés un terrain musical commun.

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Le projet MEQ (pour Michaël Eve Quartet) respire les embruns, les étendues frileuses, la douceur blanche.

Ce soir du 31 janvier au Sounds, le public est très attentif au dialogue subtil qui s’établit entre les musiciens. Le toucher de la pianiste est délicat. Eve effleure le clavier dans une gestuelle large, ample, presque théâtrale. Elle se balance doucement de gauche à droite, elle semble flotter au dessus du clavier, au rythme des mélodies.

Michaël Godée, au devant de la scène, délivre un jeu pur, clair et bien défini. Il va souvent chercher les notes hautes, pour ajouter de la légèreté à la finesse. Son jeu est chatoyant, souple et contorsionnant. Mais il sait aussi être plus virevoltant et certains solos (sur «Nous n’irons plus au bois», par exemple) sont de vraies prouesses.

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«A», un morceau chaloupé et sensuel, ne se laisse pas faire facilement non plus. Les chemins parfois assez tortueux qui mènent au thème donnent l’occasion au soprano de s’affranchir de quelques trouvailles plus incisives encore.

Les deux co-leaders ne sont pas seuls et ils peuvent compter sur une rythmique sobre mais très efficace. Thomas Markusson, contrebassiste au jeu profond et feutré, ne se contente d’ailleurs pas d’un simple accompagnement. Régulièrement, il injecte quelques phrases plus musclées dans le discours poétique de l’ensemble.

Eve en profite pour dialoguer tendrement avec lui avant d’imposer plus autoritairement son jeu, toujours aussi lumineux et aérien. De son côté, Johan Birgenius, derrière sa batterie, use avec beaucoup d’à-propos de balais et de fines baguettes.

Chez MEQ, l’obsession de la mélodie est évidente jusque dans le solo de contrebasse, en introduction à «En Lang Fredag», très inventif et sophistiqué, qui reste cependant d’une très grande lisibilité.

Si le swing ne semble pas être le moteur principal du groupe, il s’infiltre cependant partout dans des compositions évolutives. Un tempo sous-terrain, retenu, serré et sourd se dégage sur «Dokker», tandis que «Silly Sally», est délibérément plus enlevé, plus tendu.

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Chacun des chorus permet d’ouvrir une porte imaginaire vers un autre. Couleurs et rythmes se mélangent avec délicatesse et le groupe fait régulièrement références, par petites touches, à la musique classique, à la tarentelle, à la musique médiévale, à l’orientalisme aussi parfois… Bref, il nous fait voyager.

La musique de MEQ ressemble à ces nuages qui défilent rapidement sur les îles des mers du nord. La luminosité, les couleurs et les températures changent tout le temps. La musique joue les surprises, ne cesse de se renouveler. Les musiciens brassent les sentiments, passent du chaleureux au frissonnant, du spleen à l’insouciance, de l’incertitude à l’évidence. Dans ce faux calme, tout est sensible et doux.

Un joli concert où la sobriété côtoie l’élégance et le raffinement, où le jazz doux, souvent mélancolique, n’hésite pas à laisser entrer quelques jolis rayons de lumière.

Une ode à la tendresse et à la flânerie non dénuées de surprises. Bref, un concert qui fait du bien.

 

 

A+

(Merci à Didier Wagner pour les photos ! )

 

02/02/2014

Raffaele Casarono Locomotive au Sounds

Quasi complet et archi bourré. Samedi 25 janvier, le Sounds avait fait le plein. Comme la veille, du reste. Heureusement, Sergio m’avait dégoté une petite place près de la scène. Me voilà entouré de charmantes italiennes, dont certaines avaient fait le déplacement tout spécialement de Lecce… Cet engouement était provoqué par la venue du saxophoniste Raffaele Casarano, mais aussi et surtout par la présence exceptionnelle de Giuliano Sangiorgi (leader du groupe Negramaro), véritable pop star en Italie. Autant dire que ça parlait italien à toutes les tables.

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Raffaele Casarano et son Locomotive (Marco Bardoscia (cb), Marcello Nisi (dm) et l’audacieux  Mirko Signorile (p)) présentaient leur dernier album, Noé, sorti tout récemment sur le label de Paolo Fresu, Tǔk Music. Un album apaisé, sensuel et délicat.

Depuis ses débuts, Casarano a affiné son style et on peut même dire qu’avec Noé, il a trouvé une vraie ligne directrice. Les choix sont plus clairs et bien définis. Bien entendu, on y retrouve toujours les influences qui peuplent son univers, mais elles sont mieux maitrisées. Les delays, échos et autres effets sont utilisés avec beaucoup plus de parcimonie.

Ce que le saxophoniste n’a pas abandonné par contre – mais, ici aussi, tout est mieux canalisé – c’est l’énergie. Car Casarano se donne à fond. Il va chercher très loin la moindre mélodie pour la malaxer, la triturer et l’explorer avec intensité ou rage presque. Le leader n’a pourtant pas un son puissant et c’est plutôt dans la façon dont il projette les sons et les moments où il le fait qui donnent cette impression. On pourrait d’ailleurs dire la même chose de Marco Bardoscia, à la contrebasse, qui semble être un «propulseur» de tempi. Il vient constamment booster le rythme et marquer le temps avec force, tout en jouant avec les intervalles et les silences. Marcello Nisi, quant à lui, frappe sèchement et, en bon complice, donne une réplique parfaite au contrebassiste. Simple, malin et efficace.

Tout cela permet à Mirko Signorile de profiter de grands espaces pour développer un jeu lumineux et fiévreux. Les attaques sont souvent tranchantes, le phrasé vif et le jeu ouvert. Mais il sait aussi se faire très lyrique, voire romantique, en évitant toujours la facilité.

Ce mélange de jazz mainstream et de modernité offre une belle lisibilité musicale non dénuée de surprises ni de trouvailles. «Oriental Food», «Gaia» ou «Legend» - thème fétiche de Casarano - font mouche.

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Le public est chaud et, quand Giuliano Sangiorgi monte sur scène, une certaine frénésie parcourt la salle.

La voix graineuse, un peu trainante et légèrement éraillée, Sangiorgi salue son public et prend la pose. Il sait y faire. Il se laisse emmener par les notes clairsemées du pianiste, le laisse organiser quelques phrases bluesy et enchaîne «Blue Valentines» de Tom Waits et «My Funny Valentine» qu’il termine de façon assez musclée. La voix est envoûtante et le chanteur s’intègre parfaitement à l’ensemble.

On élargit le jazz, on laisse entrer un peu de chanson et un peu de pop, mais on garde l’esprit et on laisse toujours de la place à l’improvisation et à la magie de l’instant.

Locomotive n’a pas peur de prendre des risques, de tordre un peu la musique pour mieux se l’approprier. La présence d’un guitariste, Giancarlo Del Vitto, invité à rejoindre le groupe pour quelques morceaux, n’y est sans doute pas pour rien non plus.

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Pour terminer ce très long set, le groupe reprend un traditionnel italien, «Lu rusciu de lu mare», magnifiquement intimiste et mélancolique, dont les arrangements rappellent un peu le merveilleux «From Gagarin’s Point Of View» d’E.S.T de la grande époque.

Et après une pause bien méritée - dans une joyeuse ambiance - toute la bande remonte sur scène et se lance dans une sorte de grande jam – près d’une heure, quand même - offrant compos personnelles (de Casarano ou de Sangiorgi, «Solo per te»), standards de jazz et reprises pop («No Surprises» de Radiohead entre autres)...

Oui, c’était la fête au Sounds, et le jazz italien - décidément souvent surprenant - était une fois de plus très convainquant ce soir.

Grazie mille e arrivederci a tutti.

 

 

A+

 

 

 

05/01/2014

Octurn - Songbook of Changes - au Sounds

On avait quitté Octurn sur un programme très ambitieux (trop?) qui réunissait six musiciens du groupe et six moines chanteurs venus tout droit du Tibet. J’en avais parlé ici à l’époque. Un album est sorti ensuite (là, par contre, je n’en ai pas parlé et j’en suis confus). Il faut admettre que, si la musique de Kailash est très intéressante et même très prenante, sur disque, elle semble perdre un peu de la puissance émotionnelle que l’on ressentait sur scène. Kailash est quand même une expérience assez particulière que je vous invite à essayer. Pour cela, ouvrez bien grand votre esprit, oubliez tout et laissez-vous faire…

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L’Octurn nouveau - réuni ce samedi 4 janvier au Sounds - est réduit à quatre… Mais peut-on parler de «réduction» lorsque le groupe se compose de Dré Pallemaerts (dm), Jozef Dumoulin (keys), Fabian Fiorini (p) et bien sûr Bo Van Der Werf (bs) ?

L’esprit est toujours aussi aventureux et créatif, mais peut-être plus dans les «habitudes» octuriennes. «Habitudes», pour un tel groupe, n’est certainement pas synonyme de banal, simpliste ou irréfléchi. Bien au contraire. Cette fois-ci, et selon les dires de Bo, Octurn travaille sur des blocs, des modules aléatoires. Les modules étant une mélodie ou une structure que chacun des musiciens peut rejoindre, influer ou tordre selon son humeur ou sa sensibilité du moment.

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La musique ressemble donc à une grande roue qui tourne doucement et dont les balancelles, arrivées à un certain point, se retournent et influencent ainsi la vitesse de rotation ou même l’équilibre de l’ensemble. C’est un peu aussi comme du sable qui coule entre les doigts dont le débit fluctuant semble difficilement contrôlable.

La musique glisse et s’infiltre entre les formes et les rythmes lancinants avec sensualité ou angoisse, avec force ou avec une extrême délicatesse.

Chaque morceau est un tissage complexe qui, au final, offre des motifs inimaginables.

Chaque thème se développe souvent lentement mais avec intensité. Ils remuent les sens, doucement, profondément. Tout est mouvement, progression, transformation.

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Les courtes phrases répétitives et nuancées de Bo Van Der Werf se fraient un chemin entre le drumming limpide et fin de Dré Pallemaerts. Du bout des ses baguettes ou des balais, il brasse les tempos feutrés et ciselés puis soudainement claquants.

Le piano de Fabian Fiorini - qui alterne mélodies romantiques et abstractions - donne la réplique au Fender Rhodes trafiqué de Jozef Dumoulin. A l’aide de nombreux oscillateurs, convertisseurs et autres pédales d’effets, le grand Jozef module sans cesse les nappes de sons. Il les étire, les étouffe. Il en fait des voiles, des courants d’air.

Le son minéral se mêle au son aquatique. La musique ressemble parfois à une anamorphose de Kertész. Les sons se tordent avec souplesse et élégance et trouvent toujours leur chemin.

L’univers est étonnant, envoûtant et passionnant. On vibre, on rêve, on frissonne, on flotte.

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Le groupe explore une autre façon de dépouiller la musique, de la purifier presque. Octurn nous raconte des histoires comme lui seul peut le faire, avec un style incomparable, avec poésie et intelligence. Il rouvre des pistes à la musique improvisée et nous libère à nouveau l’esprit.



PS : Au fait, qui a dit (comme je le soulignais dans le billet précédent) que cette musique, que ce jazz ultra contemporain, n’intéressait personne ? Ce soir – et la veille, déjà – le Sounds était blindé ! Et cela ne fait pas plaisir qu’à Sergio, croyez moi.

A+

 

20/10/2013

Greg Lamy Quartet - Meeting - Sounds

Malheureusement pour Greg Lamy, le soir de son concert au Sounds coïncidait avec la qualification de la Belgique pour la Coupe du Monde de football. Cela arrive tous les douze ans – dans le meilleur des cas – et il fallait que cela tombe ce soir-là…

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Autant dire que pour accueillir le quartette venu présenter son dernier et très bon album Meeting (chez Igloo), le club n’était malheureusement pas très rempli. (Heureusement, cela s’améliora par la suite…)

Greg Lamy est un tendre, un sensible, un romantique… Et cela se ressent dans sa musique. Ce qui se ressent aussi chez lui, c’est une envie de retour à la simplicité. Lamy recherche le son clean, celui des Jim Hall et des Joe Pass avec une touche de jazz actuel en plus.

Sur la plupart des morceaux - comme «La Déferlante» qui s’inspire peut-être de la musique classique, «Eclipse», l’un de ses morceaux fétiches, ou encore «Tout simplement» - la musique est souvent dépouillée, fine et sobre.

Lamy ne cherche plus l’effet pour l’effet, et s’il se contente de quelques reverb’s c’est pour donner plus de poids à la mélodie. Il préfère enrichir ses compos d’improvisations intelligentes, en tournant autour d’un accord ou en développant des phrases subtiles pour les réinventer.

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Par ailleurs, les échanges avec Johannes Mueller sont assez resserrés. Le saxophoniste possède un son robuste et charnu et quand Lamy le laisse s’envoler (sur «Can’t Wait» par exemple) il prend réellement possession de l’espace. Il enveloppe la mélodie, la pousse dans ses derniers retranchements, y ajoute du «gras» et de la puissance.

Les deux solistes sont soutenus magnifiquement par une rythmique robuste. L’excellent Gauthier Laurent tient la barre sous le feu continu du batteur. Ce soir, c’est Remi Vignolo qui tient les baguettes et l’on remarque qu’il «claque» peut-être plus brutalement que le batteur attitré du groupe, Jean-Marc Robin. Ce qui donne parfois des couleurs plus contrastées entre élégance et vigueur.

Le deuxième set est d’ailleurs un peu plus costaud. Est-ce aussi parce qu’il y a plus de monde et plus d’ambiance ? Toujours est-il que le quartette se lâche un peu plus encore. «Aïe» prend des airs funky irrésistibles – avec, ici aussi, de belles interventions tranchantes de Mueller – tandis qu’ «Absturz» s’enracine dans les profondeurs du vrai blues. L’esprit soul de Lamy ressort de plus belle. Ça balance, ça échange et ça ondule. Et c'est bon.

 

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Et quand le quartette revient à des moments plus intimistes («Room 117») on ressent toute la «matière» de la musique et une véritable profondeur mélodique.

Après tant d’années de complicité, le quartette s’est indéniablement pourvu d’un son de groupe et offre un jazz parfaitement équilibré et bien personnel…



N’attendez pas la prochaine qualification des Diables pour découvrir (ou redécouvrir) la musique de Greg Lamy.

A+

 

11/02/2013

Alexandre Furnelle Quartet - Tribute to Charlie Haden - Sounds


Charlie Haden est un immense contrebassiste et un grand mélodiste. Alex Furnelle est, lui aussi, contrebassiste. Et amoureux des belles mélodies.

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Alors, pourquoi ne pas reprendre le répertoire du maître ? Ce n’est pas si courant, après tout. Et puis, pourquoi ne se limiter qu’aux seules œuvres de Haden et ne pas élargir le spectre, en allant chercher d’autres morceaux emblématiques (de Keith Jarrett, Ornette Coleman ou de Carla Bley) que Haden a illuminé de sa présence ? Surtout que toutes ces compositions sont souvent d’une richesse incroyables et permettent de belles et nombreuses digressions. Pourquoi s’en priver ?

Alex Furnelle s’est donc entouré de Jan De Haas à la batterie, de Peter Hertmans à la guitare électrique et de Ben Sluijs au sax alto et à la flûte, et leur donné rendez-vous au Sounds samedi 22 décembre.

N’hésitant pas à raconter quelques anecdotes et à donner nombre d’info sur les morceaux qu’il joue, Alex Furnelle possède ce joli sens didactique et charismatique qui n’est pas pour déplaire. On sait dès lors où l’on met les oreilles et l’on en apprécie encore un peu plus la musique.

«The Death And The Flower» (Jarrett) - introduit magnifiquement à la flûte par Ben Sluijs - permet à Furnelle de montrer tout son talent à l’archet. Cette belle ballade ondulante – presque orientaliste – se développe avec grâce sous l'écoute attentive d’un nombreux public.

Après «Hermitage», le quartette enchaîne quelques thèmes d’Ornette Coleman. «Turnaround» et surtout «Ramblin’» permettent aux musiciens de s’exprimer totalement. Peter Hertmans, au jeu chargé de blues, dessine de belles lignes harmoniques. Il n’hésite pas à salir un peu le phraser, pour le rendre plus roots encore. Il utilise une légère disto ou un soupçon de vibrato. Son jeu est souple et sensuel et s’accorde merveilleusement à celui du sax alto.

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Libre et léger, le jeu de Ben Sluijs est un délice. Rattaché au fil fragile de la tradition (une pointe de Konitz ?) Sluijs trouve toujours le moyen de s’échapper, de papillonner et d’illuminer les moindres phrases. Il replace toujours le discours dans un langage moderne, actuel, intelligent et accessible.

Avec délicatesse, Furnelle caresse les 5 cordes de son instrument. On dirait qu’il joue «en surface», qu’il effleure les mélodies, qu’il laisse parler les silences.

«Silence» est d’ailleurs le morceau suivant sur lequel Hertmans montre, une fois encore, tout sa sensibilité et sa finesse dans un jeu sobre, fait d’ombres et de lumière.

Le quartette prend visiblement du plaisir à voyager dans ce jazz-là. Et nous aussi. Mais puisqu’il faut une fin, le groupe termine ce bel hommage - de façon plus «musclée» - avec «Our Spanish Love Song» et, en rappel, avec le lancinant et poignant «We Shall Overcome».

Reprendre des standards (ou du moins des morceaux historiques) a du sens quand ils sont reconsidérés de la sorte, avec respect, mais surtout lorsqu’ils sont habillés d’une vision toute personnelle.

C’est cela aussi qui permet de garder le jazz vivant.



A+

 

 

 

28/11/2012

Mauro Gargano au Sounds

Après le concert de Philip Catherine au Bozar, je fonce au Sounds pour assister à celui de de Mauro Gargano. Pour rappel, le quartette était passé au Music Village l’année dernière et son disque Mo Avast avait reçu un très bon accueil un peu partout en Europe. Récompense bien méritée.

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J’arrive alors que le concert a déjà commencé. Il y a pas mal de monde et même une jeune équipe qui filme le concert (ce serait sympa de voir le résultat un jour).

Il y a de la bonne humeur sur scène et Mauro Gargano (b), Stéphane Mercier (as), Francesco Bearzatti (ts, cl) et Fabrice Moreau (dms), sont visiblement là pour s’amuser. Mais aussi pour jouer. Surtout pour jouer ! Sans concession.

«Bass "A" Line» résonne et Mauro Gargano nous fait une superbe démonstration archet et pizzicato d’une grande maîtrise. Puis c’est «When God Put A Smile Upon Your Face», une reprise de Coldplay qui a valu au groupe la mauvaise critique globale d’un chroniqueur à cause de l’emprunt de ce morceau au groupe pop qu’il n’aimait guère !! Quelle bêtise, on croit rêver. Surtout lorsque l’on entend ce que le quartette en a fait : une bombe.

Sur ce morceau, Bearzatti est déjà intenable. Il enchaîne les chorus plus surprenants les uns des autres. Et ce n’est qu’un début.

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Après une intro plutôt originale et passionnante de Fabrice Moreau, «Orange» file tout droit. Et une fois de plus Bearzatti s’emporte dans des impros incandescentes. Face à cette énergie et cette puissance, Stéphane Mercier répond par un jeu tout en arabesque et en sensualité. Les changements de rythmes sont incessants, les échanges fusent. On savoure.

Au deuxième set, le groupe reprend un «Turkish Mambo», de Lennie Tristano, complètement revu, corrigé (si tant est que l’on puisse corriger un chef-d’œuvre comme celui-ci), boosté et éclaté….

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Il y a vraiment de la fluidité dans cette formation, du mouvement, du dialogue. La musique passe entre les musiciens comme le témoin entre les coureurs d’un relais de quatre fois cent mètres. La course est un sans faute.

Et puis il y a aussi ces moments de détentes déguisés, juste comme avant un duel, avec de brefs moments d’observation. Les acteurs se jaugent, se scrutent... La musique se fait désirer.

Déterminée, elle entame alors une longue ascension et atteint le sommet d’une montagne imaginaire avec une sorte d’exaltation. Conquérante et euphorique, elle se laisse ensuite rouler tout en bas, de plus en plus vire… jusqu’à mourir… Mais, un instinct de survie subsiste et un léger souffle s’obstine pour garder vivant ce «1903». Mauro Gargano redonne alors la petite impulsion qui fait se redresser l’ensemble pour un final excitant.

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L’énergie - et la façon de la canaliser - sont les grandes forces de ce groupe. Ajoutez à cela la connivence sans faille entre les différents musiciens et… une petite pointe de folie - qui permet toutes les audaces et renforce la cohésion - et vous obtenez sans doute l’un des meilleurs groupes de jazz français actuel.

Bref, on attend la suite des aventures avec impatience.

A+

 

15/11/2012

Laurent Doumont - Sounds

Le Sounds affiche pratiquement complet ce samedi 3 novembre. Il est presque aussi rempli que lors d’un Jazz Marathon. Tout le monde est venu pour la sortie du deuxième album de Laurent Doumont  (le premier datait déjà de 2001) : Papa Soul Talkin’.

S’il y a du monde dans la salle, il y en a aussi sur scène, puisque l’équipe s’est réunie au grand complet.

Vincent Bruyninckx (p), Sal La Rocca (b), Lionel Beuvens (Ds), Raf Debacker (Org), Lorenzo Di Maio (g), Olivier Bodson (tp), Alain Palizeul (Tb) et bien sûr Laurent Doumont (ts, voc).

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«Back On Brodway» un peu soul, un peu boogaloo, puis «Love Or Leave», au groove bien balancé, nous mettent directement sur orbite.

On le comprend tout de suite ! L’ambition de Laurent Doumont n’est pas seulement de jouer de la soul-funk, mais de la revoir et de l’arranger à sa sauce. Il va puiser l’inspiration dans l’ADN de ces bons vieux Jack McDuff, Canonball Adderley, Gene Ammons ou encore Eddie Harris.

Mais il ne se contente pas d’un simple hommage ou encore moins d’une quelconque imitation. Doumont respire et vit cette musique, et c’est pour ça qu’elle lui va si bien et qu’elle sonne si bien. Avec sa bande, il insuffle un esprit actuel, frais et puissant. Pas question ici de tout casser et de faire le malin. Laurent Doumont respecte trop cette musique que pour la dénaturer. La modernité est générée par l’énergie de l’instant ! Le swing reste le pivot central du groupe, et ça balance fermement du côté des hanches et du bassin. Les musiciens savent y faire. Chacun y apporte sa touche.

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Olivier Bodson balance quelques solos brillants. Le son est clair, limpide, lumineux. Sans pour autant jouer rapidement, ça file à cent à l’heure. Ça doit être ça «avoir le sens du groove».

Et quand viennent les ballades («Serenity Now» ou «Sleeping Beauty»), la sensualité se mêle aux déhanchements. Le ténor de Doumont se fait plus sensuel encore, on sent qu’il a écouté et vraiment aimé ces formidables saxophonistes de la grande époque. Et il n’a rien à leur envier. Et quand il chante - avec cette voix au grain particulier, éraillée juste comme il faut - cela fonctionne à merveille. Le charisme et la coolitude font le reste, pas besoin de forcer.

La touche «vintage» est assurée par Raf Debaker. Derrière son orgue, il ponctue intelligemment les échanges entre le sax, la trompette, le trombone ou… le piano de Vincent Bruyninckx. Il y a entre ces deux-là comme un fil invisible. La musique s’échange et tourbillonne avec une légèreté incroyable. Il n’y a pas à dire, tous possèdent le flow.

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Et comme si cela ne suffisait pas à notre bonheur, Doumont y ajoute une touche de guitare. Et de ce côté là, Lorenzo Di Maio étonne de plus en plus. On le sent vraiment à l’aise dans ce contexte. Il est ici comme un poisson dans l’eau. Il possède cette fluidité dans le phrasé et ce blues qui lui brûle les doigts, mais il a surtout cette façon d’enchaîner les arpèges avec une souplesse qui souligne bien sa personnalité.

Le groupe peut aussi compter sur une solide rythmique, sur des vrais gardiens du time : Sal La Rocca et Lonel Beuvens, impeccables de bout en bout.

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Doumont fait donc le tour de la soul, à sa façon. Il passe le nez à la fenêtre de la New-Orleans, il se balade un peu sur les bords du Mississipi, remonte vers le Michigan, va saluer James Brown et d’autres étoiles de la Motown, puis revient et nous raconte sa propre histoire.

Quand Papa Soul’s talkin’, listen to him… and move. And enjoy !

A+

 

 

 

11/11/2012

Piero Delle Monache - Sounds

Mine de rien, Piero Delle Monache aime bien prendre des risques et explorer la musique à sa manière. “Thunapa” son projet actuel, dont j’avais parlé ici, en est un bel exemple. Et ce samedi 27 octobre, dans le cadre du Skoda Jazz, au Sounds, le saxophoniste se présentait en trio.

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Exit le piano de l’excellent Claudio Filippini, seuls Tito Mangialajo Rantzer (cb) et Alessandro Marzi (dm) étaient du voyage. Un instrument harmonique en moins, voilà qui remet un peu en perspective la musique.

Celle de Thunapa est à la fois très organique - elle repose sur le souffle, les respirations, les caresses - et à la fois très onirique. Et les trois musiciens, très complices, l’ont bien assimilée. Et d’ailleurs, colorés différemment, «Rue des Saisons» ou «Ascolta se piove» ne souffrent pas de l’absence de piano.

Ce «vide» permet même au contrebassiste, par exemple, de s’aventurer dans des improvisations délirantes, sans toutefois tomber dans le saugrenu. Tito Mangialajo Rantzer joue sur la totalité de sa contrebasse. Il pince et frotte les cordes de façon très personnelle, puis il griffe le bois, le frappe, durement ou sourdement. Et, pris dans l’excitation, s’accompagne en sifflant…

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Mais bien vite, le calme revient et Delle Monache dépose délicatement des bribes de mélodies. Le public est à l’écoute, l’ambiance redevient feutrée.

C’est le moment que choisi le leader pour jouer en duo avec son… iPhone. Il lance des conversations et des rythmes enregistrés sur lesquels il improvise, avant que le thème «Thunapa» ne se dessine. Etrange moment - même s'il faut "oser" - qu’on a quand même un peu de mal à situer dans le concert.

Surtout lorsque, juste après, le trio à nouveau au complet invite un saxophoniste (que j’ai déjà entendu avec Manolo Cabras et Erik Vermeulen et dont le nom m’échappe !! Help !! ), et plonge à pieds joints dans un jazz beaucoup plus enflammé et jubilatoire. Ça échange, ça vibre et ça vit.

Et ça se termine sur un «Sentimental Mood» très aérien, histoire de conclure sur une note sensuelle ce délicat concert.


A+

 

 

 

09/10/2012

Singers Night - Saison 2 - Sounds

Voilà une agréable surprise.

Quoiqu’il n’y a rien de surprenant : Véro et Rowena nous avaient promis un bon niveau pour les Singers Nights. Et, on le sait, les femmes ont cela de différent avec les hommes : elles tiennent leurs promesses.

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Bien agréable donc cette première soirée (le 27 septembre) de la deuxième saison des Singers Nights du Sounds.

D’abord, il y avait du monde – c’est toujours mieux – et les chanteuses et chanteurs étaient tous à la hauteur. Et pour certaines même, au-delà.

Accompagnés par un trio solide (Yannick Schyns (p), Francis Jolie (cb) et Martin Méreau (dm) ) les vocalistes ont trois chansons pour convaincre. Pas si simple, avouons-le. Et pourtant, quelques-uns ont montré une belle personnalité et un beau talent. On pense à Lisa ou Charlotte, par exemple. Sans oublier Chantal ou Christian, dans un autre registre.

Bref, si nos deux organisatrices ne lâchent pas la pression et gardent en tête un certain degré d’exigence, la Singers Night risque de devenir le rendez-vous incontournable des nouveaux talents du jazz vocal. C’est tout ce qu’on leur souhaite.

Rendez-vous le 25 octobre, pour la deuxième ?

A+

10/07/2012

Lift au Sounds

Voilà plus d’un an que je n’avais plus vu ni entendu sur scène Lift, le quintette emmené par Emily Allison (voc) et Thomas Mayade (bugle). La dernière fois – qui était aussi la première – c’était lors du concours des jeunes talents du Brussels’s Jazz Marathon 2011 dans lequel je participais en tant que juré. Lift avait remporté le premier prix juste devant Franka’s Poolparty de Marjan Van Rompay (autre talent - dans un tout autre style - que je vous invite à découvrir… si ce n’est pas encore fait).

Depuis cette victoire, Lift s’est produit au Jamboree à Barcelone (c’était l’un des prix du concours), dans divers clubs belges et français ainsi que sur la Grand Place de Bruxelles pour l’édition 2012 du Brussels’s Jazz Marathon (autre récompense du concours).

Mais l’un des bons coups de pouce est aussi venu de Sergio et Rosy, qui ont accueilli le groupe, deux mardis sur quatre pendant plusieurs mois, dans leur fameux club de la rue de la tulipe.

C’est donc tout naturellement au Sounds, le 12 juin, que j’ai fêté mes retrouvailles avec le groupe.

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Lift mélange des compositions personnelles avec des standards de jazz et des reprises de chansons pop, en essayant toujours d’y apporter une touche très personnelle.

Si Emily Allison est la chanteuse du groupe, sa voix est surtout employée comme un instrument à part entière. Elle travaille beaucoup les vocalises, cherche toujours des chemins de traverses et accentue souvent la dramaturgie du chant.

L’autre voix principale du quintette, c’est le bugle de Thomas Mayade. Il papillonne souvent autour du thème, dans un jeu sûr et limpide, avant de dessiner des phrases mélodiques plutôt sophistiquées. Autour des deux leaders, on retrouve Dorian Dumont au piano, Jérôme Klein aux drums et Lennart Heyndels à la contrebasse.

La caractéristique du groupe est de tenter souvent des acrobaties harmoniques pour le moins sophistiquées. Lift propose un jazz vocal contemporain qui flirte parfois avec l’abstraction. C’est riche et foisonnant d’idées… et risqué.

«For All We Know» est découpé, étiré, malaxé. Tout comme «Kaléidoscope», une composition personnelle qui mérite bien son nom.

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On l’aura compris, la musique de Lift offre aussi une large place à l’improvisation et la rythmique, qui joue un rôle primordial, donne vraiment du nerf à cette poésie toute particulière.

Jérôme Klein soutient des tempi nerveux avec beaucoup de générosité. Rien n’est jamais sage ni aseptisé, même si la douceur pointe parfois le bout de son nez, il ne laisse jamais la tension se détendre. Le jeu au piano de Dorian Dumont est très affirmé. Tantôt cristallin, tantôt grave, mais rarement tiède. Il profite de la moindre occasion pour marteler le clavier avec beaucoup d’élégance et de vigueur, et arrive toujours à trouver un angle intéressant dans ses interventions.

Le quintette ne choisit jamais la facilité et navigue sur les rives d’une poésie organique faite de flux émotionnels fragiles aux formes imprévisibles. C’est souvent magique mais parfois aussi un peu moins convaincant sur un morceau comme «Hyperballad» de Björk, par exemple.

Lift joue avec le feu, repousse les limites et est même parfois au bord de la justesse. Mais après tout, c’est cet équilibre incertain et cette recherche constante d’originalité qui font tout l’intérêt de cette formation.

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Alors, quand on touche presque à la perfection - comme sur «Endless Paece» où la voix d’Emily se confond avec celle du bugle, ou sur «Dark Flow» qui hésite entre déclamation et spoken word avant de repartir sur un chant aérien, on est… sur un petit nuage.

«A Long Story Short» peut aussi faire penser à deux trapézistes qui se balancent ensemble quelque part, très haut dans le ciel… et sans filet. La voix va se balader seule, avant d’être rejointe d’abord par le bugle puis par les autres musiciens. La voix flotte sans faiblir et se faufile entre les instruments.

Mais le moment est plus poétique encore lorsque Thomas Mayade improvise longuement sur l’introduction de «Shadow». Il plonge son bugle au cœur du piano, joue avec la résonnance et les vibrations. Il crée des échos et suspend le temps.

Et le public reste attentif jusqu’aux dernières notes.

La virtuosité fragile - et parfois âpre - de Lift nous promet de beaux moments à venir.

D’ailleurs, le groupe entre en studio fin juillet pour enregistrer un album qui devrait sortir cet automne. On est déjà tout ouïe.

 

A+

18/05/2012

Toine Thys French Quartet au Sounds

Même si la démarche de Rackham est intéressante et le résultat plutôt réussi, oui, je l’avoue, je préfère Toine Thys dans des formations plus “acoustiques”.

J’aime son ancien groupe Take The Duck par exemple, ou son Trio avec Arno Krijger (org), ou encore, comme ce 4 mai au Sounds, son French Quartet.

Question de goût personnel, sans doute.

Toine Thys a une belle personnalité au ténor, au soprano ou à la clarinette basse, qui est bien mieux mise en valeur dans ce genre de formations, me semble-t-il. C’est là que se révèle toute la sensibilité qu'il cache peut-être parfois derrière un humour décalé et nonchalant.

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Dans ces moments-là il est plus touchant. Et, du coup, les petites imperfections inhérentes au fait que ce quartette ne joue ensemble que depuis quelques jours (voire quelques heures) s’acceptent plus naturellement. Mais ces petits flottements proviennent aussi du fait que la musique est loin d’être figée. Elle est vivante, elle est assez libre, elle est vraie, bref, elle est bonne. Et si elle possède toutes ces qualités, c’est que Toine Thys s’est aussi entouré de quelques belles pointures de la vague montante du jazz hexagonal (d'où le nom "French Quartet").

A la guitare, on retrouve Romain Pilon, que l’on connait pour l’avoir entendu aux côtés de David Prez notamment. Son jeu est élégant, et son phrasé délicat lui permet de faire émerger les subtilités mélodiques des compositions de Toine Thys. En plus, Pilon évite l’évidence et trouve toujours un angle original. Il laisse s’exprimer les respirations et teinte son jeu, souvent swinguant, de touches bluesy ou légèrement funky. Les échanges avec le saxophoniste sont bien équilibrés et la tension monte sans difficulté.

A la contrebasse, Yoni Zelnik, qu’on avait vu récemment avec Seb Llado ici même, n’hésite pas à prendre la poudre d’escampette dès qu’il le peut. Et quand il ne peut pas, il trouve toujours un moyen de secouer fébrilement le tempo pour provoquer une ouverture et s’échapper à nouveau (sur “Dust” par exemple). Il crée ainsi une dynamique supplémentaire, une deuxième couche musicale, parfois surprenante et souvent intéressante.

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Puis, à la batterie, Fred Pasqua – que je ne connaissais pas (il joue pourtant avec Louis Winsberg, Emmanuel Bex ou Sophie Alour) – est très attentif et très fin dans le soutien ou plus affirmé dans la relance. Il fait claquer les fûts sans jamais être envahissant.

C’est qui est un peu trop envahissant ce soir, c’est le bavardage intempestif de certains spectateurs. Alors, avec élégance et humour, Toine Thys n’hésite pas à descendre de la scène et à déambuler entre les tables pour jouer un joli “Bloody Mary” et rappeler à certains qu’on est là avant tout pour écouter de la musique.

Avec ce jazz - pas aussi classique qu’il n’y parait - le French Quartet de Toine Thys amène une certaine dose de fraîcheur dans notre jazz belge. Les arrangements, pourtant assez élaborés, passent avec beaucoup de simplicité et de spontanéité, et les richesses harmoniques se dévoilent avec pudeur. La musique respire naturellement et prend toute sa puissance au fil des morceaux, sans qu’il ne faille pour cela forcer le trait.

On se fera donc un plaisir de revoir cette nouvelle formation - sans doute mieux rodée encore – cet été d’abord au Gouvy Jazz Festival et puis... ailleurs encore... espérons-le.

 

A+