28/11/2011

Marcin Wasilewski Trio - Jazz à l'F

 

En tournée en Europe, entre l’Allemagne, les Pays-Bas et Londres, le trio de Marcin Wasilewski a fait un détour par Dinant pour un unique concert belge. Autant dire que le club Jazz l’F était plutôt bien rempli.

Les pensionnaires de l’écurie ECM se connaissent depuis très longtemps et ont eu le temps de développer leur vision du trio jazz. (Vous pouvez lire ici l’interview que j’avais faite de Marcin, il y a quelque temps déjà, pour en savoir un peu plus).

marcin wasilewski,slawomir kurkiewicz,michal miskiewicz,ecm,f,l f

On pourrait dire, pour faire court, qu’il s’agit d’un mélange très subtil de musique contemplative ou lyrique saupoudrée de poésie mélancolique et de fulgurances rythmiques fiévreuses. Mais ce serait trop court, en effet. Autant la musique de Wasilewski pourrait aussi paraître légèrement distante sur disque (mais alors il est temps d’écouter le dernier «Faithful» pour se convaincre du contraire), autant elle est chaude, dynamique et communicative en live.

Pourtant, ici aussi, on est toujours un peu surpris par l’attitude un peu stricte et raide du leader. Peu de sourire, peu d’interaction avec le public (Wasilewski annonce simplement les titres joués en fin de set et c’est tout…). Mais, on le sent tellement investi dans sa musique qu’on ne peut lui en vouloir. Et il n’hésite pas à se lever, à bouger, à se tordre sur son tabouret pour extraire l’extrême substance cachée dans ses compositions. Alors, d’un point de vue musical, on atteint quand même vite des sommets.

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Dès les premières notes, c’est la fluidité qui transparaît, qui transpire même.

Le toucher de Marcin est singulier. Entre la fermeté délicate d’une main gauche et la luminosité de la droite, les mélodies s’épanouissent avec bonheur. Jamais elles ne côtoient la facilité ni le cliché. L’intelligence de l’exécution ne peut que mettre en valeur la richesse des compositions. Chaque ligne mélodique semble s’inspirer d’une idée instiguée par le batteur ou le contrebassiste… eux-mêmes influencés par les propositions du pianiste. Une idée en amène toujours une autre et les improvisations s’enchaînent astucieusement. «Night Train To You» est interprété avec un entrain et une vélocité jubilatoires. Le toucher de Wasilewski est d’une rude douceur ou d’une douce brutalité, c’est selon. Et puis, Marcin joue beaucoup avec le pédalier du piano, donnant ainsi beaucoup de relief et de profondeur au son. Etonnant.

Quant aux interventions du batteur, Michal Miskiewicz, - magnifiques sur «Song For Swirek» ou sur «Ballad Of The Sad Young Men» pour ne citer que ces deux exemples – elles sont d’une rare élégance. Son jeu est fin, aussi bien avec les balais qu’avec les mailloches. Il n’est pas sans rappeler parfois un certain Jack DeJohnette dans la façon de laisser rebondir les baguettes sur ses tambours et cymbales. Avec Slawomir Kurkiewicz à la contrebasse, ils offrent un écrin rythmique de premier ordre au pianiste. C’est là qu’on sent la force du collectif. Et la ballade sombre devient swinguante et le thème plus enlevé redouble de vigueur. Et le public en redemande.

C’était l’ambiance des grands soirs à Jazz l’F. Un très grand et très chaleureux concert qui se termina par un «Happy Birthday», chanté par un public ravi, en l’honneur du pianiste qui fêtait ce jour même ses trente-six ans.

Marcin Wasilewski et son trio seront de retour en Belgique (au Roma) en mars 2012, réservez déjà vos places.

Et hop, un extrait de concert (à Varsovie) pour se faire une idée.


 

A+ 

28/10/2009

Marcin Wasilewski trio à Flagey

 

Retour à Flagey. Ça faisait longtemps.

Ce soir, c’est le trio de Marcin Wasilewski qui prenait possession du Studio 1. J’ai vu plusieurs fois le pianiste en concert avec Tomasz Stanko, mais jamais en tant que leader. Par contre, j’avais chroniqué son disque voici quelque temps déjà. Bonne occasion d’aller le rencontrer après le concert.

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Ambiance sobre et retenue, Marcin et ses amis ne sont pas du genre bavard. Après un démarrage très intimiste («First Touch») la luminosité du jeu et une certaine tension se dessinent. Petit à petit, le trio nous emmène dans un mouvement tourbillonnant. Parfois, bien sûr, on pense un peu à Bill Evans (Marcin s’en défendra pourtant, quand j’en parlerai avec lui après le concert) mais aussi à Keith Jarrett (là, il était nettement plus d’accord avec moi).

Contrairement à ce que l’on ressent sur disque, on peut dire qu’en live ça groove pas mal du tout. Marcin Wasilewski danse d’ailleurs sur son tabouret, se lève même, parfois et tape du pied, souvent. Un battement nerveux, presque incontrôlé, un peu comme Monk.

Dans les improvisations, le trio n’a pas peur de briser les lignes, de changer les tempos. Il privilégie un son très boisé, parfois feutré, faisant cependant toujours ressortir une dynamique et une certaine énergie. Ainsi, le batteur Michal Miskiewicz joue de belles nuances mattes qui contrastent avec la résonance du piano. Et le son sourd de la contrebasse de Slawomir Kurkiewicz s’oppose avec justesse aux scintillements des cymbales et à la sècheresse des rimshots de la batterie. Tout est assez lumineux, enlevé et swinguant, et chacun est à l’écoute de l’autre.

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Bien sûr, il y a les ballades. Mais jamais, elles ne sont convenues. Elles sont toujours subtilement complexes et noueuses. On y sent toujours un refus de l’évidence et une envie d’exposer les thèmes sous un autre angle.

Ainsi, lorsque le pianiste reprend «Diamonds and Pearls» de Prince, il n’en retient que la fragile colonne vertébrale pour y accrocher toute sa personnalité, dans un touché sec et des impros inspirées…. De même, avec «King Korn» de Carla Bley, il reprend tous les ingrédients pour reconstruire le morceau à sa façon: assez chaotique et incisif au début pour s’enrouler ensuite dans un dialogue tendu et très ouvert avec ses deux compères.

Réservés, concentrés et peu expansifs, les membres du trio laissent à la musique le soin de provoquer les émotions et de créer une empathie avec le public. Ils y réussissent bien, puisqu’ils reviendront pour deux rappels consécutifs. Et, à mon avis, un troisième n’aurait pas été superflu.

 

A+