05/09/2017

Belgian Jazz Meeting 2017

Tous les deux ans, le Belgian Jazz Meeting permet aux organisateurs, programmateurs et journalistes internationaux de faire connaissance avec une belle sélection d’artistes belges. Douze, en l’occurrence. Ces derniers ont trente minutes pour convaincre. Une belle opportunité à saisir, même si l’exercice n’est pas simple.

belgian jazz meeting,marni,flagey,lorenzo di maio,jean-paul estievenart,antoine pierre,jozef dumoulin,nicolas kummert,alexi tuomarila,teun verbruggen,axel gilain,mattias de craene,lennert jacobs,simon segers,ruben machtelinckx,thomas jillings,bert cools,fabian fiorini,felix zurstrassen,fred malempre,toine thys,tom bourgeois,manu hermia,sylvain darrifourcq,valentin ceccaldi,dans dans,bert dockx,nicolas ankoudinoff,bart maris,pascal rousseau,stephan pougin,gilles coronado,etienne plumer,brzzvll,steiger,simon raman,gilles vandecaveye,kobe boon,trio grande,laurent dehors,michel debrulle,michel massot

L’édition 2017 se déroulait ce premier week-end de septembre à Bruxelles, au Théâtre Marni et à Flagey. L’organisation était parfaite, pro, simple et décontractée, bien dans l’esprit du petit monde du jazz belge.

Tout a donc commencé le vendredi soir avec le concert de Lorenzo Di Maio.

Fidèle à mes (mauvaises) habitudes, indépendantes de ma (bonne) volonté, j’arrive juste trop tard pour assister à sa prestation. Bien que je connaisse assez bien Lorenzo et son groupe pour avoir assister à nombre de ses concerts, j’aurais bien aimé le voir et l’écouter dans les conditions un peu particulières de ces showcase. Tant pis pour moi.

C’est alors au tour de Jozef Dumoulin de se présenter en solo. Devant son Fender Rhodes, ses dizaines de pédales d’effets et autres gadgets électroniques, le grand claviériste propose un set assez… radical. Bruitiste, avant-gardiste, chaotique, presque abstrait, voire… hermétique. Avec tout le respect que j’ai pour Jozef et sa créativité débordante, qui d’habitude me transporte, j’avoue être passé totalement à côté de ce concert… Je n’ai jamais compris où il voulait nous emmener. Et pourtant, je suis loin d’être réfractaire à sa musique, bien au contraire. Une autre fois peut-etre ?

Après une coutre pause, c’est Drifter (emmené par Nicolas Kummert, Alexi Tuomarila, Teun Verbruggen et Axel Gilain) qui propose une musique bien plus accessible, à la fois lyrique, tendue et finement arrangée. Drifter mélange avec beaucoup de sensibilité et d’à-propos des groove africains, de la folk, de la pop, de l’ambiant ou de la chanson (ce sera d’ailleurs la seule occasion, durant tout ce meeting, d’entendre du chant...). La musique est généreuse, pleines de couleurs différentes, d’interactions entre les musiciens. Ceux-ci s’amusent, prennent du plaisir et, emportés par leur élan, dépassent un peu le temps qui leur été imparti… On ne leur en voudra pas car on s’est plutôt bien amusé. Ce groupe continue à prendre de l’épaisseur et l’ensemble est très convaincant.

C’est donc avec un peu de retard sur l’horaire que le trio de Mattias De Craene clôt la première journée. Avec deux batteurs (Simon Segers et Lennert Jacobs), le saxophoniste propose une musique de transe, presque tribale, très puissante. Tout comme le son - poussé au maximum et à la limite de la stridence (surtout que le saxophoniste use aussi d’effets électro) qui gâche un peu l’érotisme brut que pourrait provoquer cette musique - l’intensité monte rapidement. Et elle y reste. L’ensemble est assez brutal et agressif et manque sans doute parfois d'un peu de subtilité. Mais cela doit sans doute être très efficace sur une scène de festival... pas nécessairement jazz.

Le samedi matin, c’est à Flagey que l’on avait rendez-vous.
D’abord avec Linus, le duo formé par le guitariste Ruben Machtelinckx et le saxophoniste Thomas Jillings. Voilà qui est parfait pour débuter la journée en douceur car ici, tout est fragilité. Les mélodies se construisent par fines couches harmoniques, magnifiquement brodées. La musique, méditative et contemplative, est pleine de reliefs et se nourrit de blues, de musique médiévale, de musique sacrée. Les musiciens sont complices, restent attentifs l’un à l’autre et donnent vraiment de l’âme à ces compositions diaphanes. Très, très beau moment.

Avec Antoine Pierre Urbex, on retrouve le groove, les surprises rythmiques, les variations d’intensités. Et une véritable fluidité dans l’exécution. L’énergie est canalisée, maîtrisée. L’adrénaline monte au fur et à mesure. Le set est extrêmement bien construit. Les interventions de Jean-Paul Estiévenart (tp) sont toujours brillantes, de même que celles de Fabian Fiorini (aussi incisif que décisif), sans oublier celles de Bert Cools à la guitare électrique. La complémentarité des deux saxophonistes (Toine Thys et Tom Bourgeois) est parfaite et le soutien de Felix Zurtrassen à la basse électrique est précis, solide, infaillible. Quant aux dialogues entre le batteur et Fred Malempré aux percus (qui ensoleille certains morceaux avec bonheur) ils sont d’une évidence même. Ajoutez à cela une pointe d’humour et d’impertinence et votre matinée est réussie.

Après un lunch très convivial et un brainstorming autour du prochain Jazz Forum, on se retrouve au Théâtre Marni pour se prendre sans aucun doute la plus belle claque du week-end !

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq, le trio infernal !

Mélangeant le jazz, la transe, le free, l’impro libre, les mesures composées… le trio nous a emmené très loin, très haut et très vite. Et, au vu de la réaction du public (une quasi standing ovation !!!), je crois pouvoir dire que nos trois musiciens ont marqué des points. C’était du plaisir à l’état pur. L’essence même du jazz. Des échanges, des surprises, de la complicité, des prises de risques et une envie terrible de raconter des histoires de façon originale, moderne, intuitive et intelligente. Jubilatoire !

belgian jazz meeting,marni,flagey,lorenzo di maio,jean-paul estievenart,antoine pierre,jozef dumoulin,nicolas kummert,alexi tuomarila,teun verbruggen,axel gilain,mattias de craene,lennert jacobs,simon segers,ruben machtelinckx,thomas jillings,bert cools,fabian fiorini,felix zurstrassen,fred malempre,toine thys,tom bourgeois,manu hermia,sylvain darrifourcq,valentin ceccaldi,dans dans,bert dockx,nicolas ankoudinoff,bart maris,pascal rousseau,stephan pougin,gilles coronado,etienne plumer,brzzvll,steiger,simon raman,gilles vandecaveye,kobe boon,trio grande,laurent dehors,michel debrulle,michel massot

J’attendais beaucoup de Dans Dans pour ses mélanges entre pop et jazz, entre trip hop, ambiant et impros… Et je suis resté un peu sur ma faim. Le trio nous a servi un set quasiment rock (avec Bert Dockx en guitar hero) où tout était poussé à fond… quitte à oublier les variations, les tensions et les relâchements. On y a eu droit, un tout petit peu, avec la reprise du « The Sicilian Clan» d’Ennio Morricone

De jazz, il en était beaucoup plus question avec Animus Anima.

Ce sextette, composé de Nicolas Ankoudinoff (ts), Bart Maris (tp), Pascal Rousseau (tuba), Stephan Pougin (percus), Etienne Plumer (dm) et, pour l’occasion, l’excellent Gilles Coronado (eg), défend une musique assez ouverte, sophistiquée, nerveuse, parfois complexe. Et fraîche. Le plaisir est immédiat car tout est délivré avec énormément de souplesse et d'une pointe d’humour. Ici aussi, ça échange, ça ose, ça bouge. On laisse de l’espace pour des solos ou des duos. On retient, on pousse, on court, on marche, on rigole. Bref, on vit !

Pour refermer cette seconde journée, BRZZVLL avait joué la carte de la fête et de la danse, ce que ce collectif sait si bien faire. Cependant, ce soir, on a eu l’impression que cela tournait un peu en rond, sur des rythmes et des tempos quasi identiques. Et, dans ce cas-ci, on peut même se demander quel était l’intérêt d’avoir deux batteries si elles se contentent de jouer la même chose… Bref, par rapport à d’autres concerts de BRZZVLL que j’ai eu l’occasion d’entendre, celui-ci m’a un peu laissé perplexe.

J’attendais beaucoup aussi de Steiger ce dimanche matin. J’avais vu le groupe (Gilles Vandecaveye (p) Kobe Boon (cb) Simon Raman (dm)) il y a quelques années lors du Jazz Contest à Mechelen. S’il n’avait pas obtenu le premier prix cette fois-là, il était, pour ma part, parmi mes gros coups de cœur.

Mais… pourquoi ont-ils décidé de s’encombrer de gadgets électroniques et de « machines à faire du bruit » plutôt que de concentrer sur la musique, la construction d’histoires, de mélodies, d’interactions… Un peu comme ils l’ont fait en tout début de concert, avant de nous (me) perdre, et surtout lors du dernier et très court morceau de leur prestation. C’était inventif, sec, net, précis et autrement plus intéressant. Dommage. A revoir…

Quoi de mieux que Trio Grande pour terminer de manière festive, ces trois journées roboratives ? Ces trois Mousquetaires (c’est aussi le nom de leur dernier et excellent album) nous ont amusé, nous ont fait danser, nous ont surpris.

Mine de rien, cette musique, tellement évidente et immédiate quand on la reçoit, est complexe, riche et pleine de finesse. Elle exige des trois artistes une connivence extrême et une confiance de tous les instants. A partir de là, et avec un indéniable sens de la forme, Trio Grande peut s’amuser à revisiter le ragtime, la valse, la chansonnette, le blues avec un brio qui n’appartient qu’à lui.

Lors de cette édition du Belgian Jazz Meeting on remit également les prix Sabam Award décernés cette année à Felix Zurstrassen, dans la catégorie « jeunes musiciens », et à Manu Hermia, dans la catégorie « jazzmen confirmés ». Récompenses bien méritées.

On a déjà hâte de se retrouver dans deux ans pour une cinquième édition dans laquelle on aimerait voir peut-être un peu plus de femmes sur scène, mais aussi des chanteurs et chanteuses et, peut-être, un peu moins… de rock (?).

A+

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

11/05/2014

Jazz Contest Mechelen

 

Après avoir participé, il y a quelques mois, au jury de sélection pour la finale du Jazz Contest Mechelen, me voici de retour, ce dimanche 27 avril, toujours à Malines avec mes amis et collègues Georges Tonia-Briquet (Jazzmozaïek, Agenda BDW), Patrick Bivort (Leffe Jazz Nights, Classic 21...), Christophe De Visscher (contrebassiste), Bernard Lefèvre (Jazzmozaïek) et, président du jury, Chris Joris (percussionniste), pour écouter les quatre finalistes.

jazzzolder,jazz contest mechelen,lejo anhaelen,khq,simon raman,steiger,keno harriehausen,andris meinig,tristan renfow,karlis auzins,trykk,matthias van den brande,geert hendrickx,gert malfliet,gilles vandecaveye,kobe boon,robert van der padt,esther van hees,chris joris,christophe devisscher,bernard lefevre,patrick bivort,georges tonia briquet

Premier rendez-vous, vers 14h au Theater De Moedertaal, avec le quartette de Esther Van Hees qui propose principalement des ballades. On sent la chanteuse un peu stressée, un peu émue. Trop peut-être. Elle défend un répertoire subtil et délicat - voire sombre («Acheronian Blue») - qui ne permet pas les imprécisions. La voix est un peu mal assurée et malgré quelques beaux échanges avec l’excellent Robert van der Padt au piano, notamment sur «Turn Out The Stars» de Bill Evans, on reste sur sa faim. Esther semble plus à l’aise dans un registre plus pop que jazz. C’est ce que confirme d’ailleurs le dernier morceau («Got Wings») qui libère quelque peu le groupe.

Direction le Theater Korenmarkt, caché au bout d’une étroite impasse, pour entendre Steiger, un jeune trio gantois. Autre ambiance, autre style. Le jazz de Steiger est plus contemporain, assez énergique et ne manque vraiment pas de swing. On décèle rapidement une belle connivence entre les trois protagonistes. Les compositions sont plutôt bien équilibrées, laissant pas mal de place aux impros («Aap» ou «Quork», par exemples). Le jeu fluide de Gilles Vandecaveye (keys) se marie parfaitement au drumming très inventif de Simon Raman, tandis que Kobe Boon (cb) balise l’espace ou, au contraire l’ouvre. On perçoit peut-être chez Steiger l’influence de jeunes groupes anglais (tel que Phronesis, par exemple) qui n’ont pas peur de mélanger jazz, rock ou soul sur des polyrythmies complexes ponctuées de breaks habiles. Leur version de «Because» (des Beatles) est des plus convaincantes. Voilà un groupe à suivre de très près, assurément.

jazzzolder,jazz contest mechelen,lejo anhaelen,khq,simon raman,steiger,keno harriehausen,andris meinig,tristan renfow,karlis auzins,trykk,matthias van den brande,geert hendrickx,gert malfliet,gilles vandecaveye,kobe boon,robert van der padt,esther van hees,chris joris,christophe devisscher,bernard lefevre,patrick bivort,georges tonia briquet

Changement d’endroit à nouveau. Cette fois-ci, c’est le très intimiste et chaleureux  ‘t Echt Mechels Theater qui accueille le troisième groupe du concours : Trykk. Les anversois (Matthias Van den Brande (ts), Geert Hendrickx (eg) et Gert Malfliet (dm) ) développent un jazz légèrement ouaté, qui fait référence à Paul Motian, mais aussi parfois à Mark Turner ou encore à Jacob Young, peut-être. L’ambiance est assez nostalgique, élégiaque presque… Mais Trykk est encore trop appliqué, trop collé aux partitions, c’est un peu raide et seul le dernier morceau (de Scofield) déridera un peu le trio.

Retour au Theater De Moedertaal pour écouter la prestation du dernier candidat, le quartette hollandais KHQ. Enfin, hollandais, c’est vite dit... Le batteur, Tristan Renfrow, est américain, le saxophoniste, Karlis Auzins, est lettonien et le contrebassiste, Andris Meinig, est allemand, tout comme le pianiste et leader Keno Harriehausen. Mais ils vivent et étudient tous à Amsterdam. Et tout ce beau mélange débouche sur un jazz plutôt musclé (tendance free bop) et sophistiqué (plutôt avant-garde). Le groupe est solide, très aguerri et très mature.

jazzzolder,jazz contest mechelen,lejo anhaelen,khq,simon raman,steiger,keno harriehausen,andris meinig,tristan renfow,karlis auzins,trykk,matthias van den brande,geert hendrickx,gert malfliet,gilles vandecaveye,kobe boon,robert van der padt,esther van hees,chris joris,christophe devisscher,bernard lefevre,patrick bivort,georges tonia briquet

Dès les premières notes, l’objectif est clair : ne pas laisser indifférent et éviter le conformisme. «Come Sunday» (de Duke Ellington) est tellement revisité qu’on a du mal a en retrouver la mélodie originale. Mais le travail est des plus intéressants. «Seven», morceau évolutif bâtit sur un ostinato obsédant, monte en intensité jusqu’à éclater avec rage. Avec «Gray Flower», on oscille entre musique contemporaine dépouillée et ballade nostalgique complexe. On pense parfois au travail de certains musiciens du label Hat Hut (Lacy, Kogelmann, Eskelin et autres). Le batteur fait le spectacle et profite du décor improbable du petit théâtre pour terminer le dernier morceau (après avoir littéralement démonté sa batterie à la manière d’un Günter "Baby" Sommer ou d’un Han Bennink) caché dans les coulisses. Prestation intense.

Le jury se retire, discute franchement, analyse le pour et le contre et désigne, tout comme le public, KHQ vainqueur, et attribue au batteur Simon Raman (de Steiger) le prix du meilleur soliste.

 

 

Cette deuxième édition du Jazz Contest Mechelen, à l’organisation impeccable, est une très belle réussite. Bravo à Lejo Vanhaelen (Jazzzolder) et à toute son équipe. Seul petit bémol : les organisateurs, tout comme moi, regretteront simplement l’absence de candidats francophones… Allons, ne me dites pas que la frontière linguistique serait capable de jouer les trouble-fêtes ? J’espère que tous les jazzmen prouveront le contraire l’année prochaine.

A bon entendeur.

A+