21/02/2017

Orchestra Nazionale Della Luna - au Marni

Orchestra Nazionale Della Luna est né d’une rencontre entre le saxophoniste Manu Hermia et le pianiste finlandais Kari Ikonen, un peu par hasard, quelque part en Suisse. A eux, se sont ajoutés le batteur Teun Verbruggen et le contrebassiste français Sébastien Boisseau. Un mélange explosif et de haut vol qui ne vient, malgré ce que le nom peut évoquer, ni de la lune, ni d’Italie. Quoique.

marni,marni club,orchestra nazionale della luna,manu hermia,sebastien boisseau,teun verbruggen,kari ikonen

Ce soir dans un Théâtre Marni bien rempli (qui devait pourtant faire face à Mehldau à Bozar et à Pierani et Wollny à Flagey !), tout a commencé par une sorte d’indicatif comme on en entendait dans les cirques d’antan. Nerveux, fellinien, bourré d’énergie et de changements soudains de tempo et de métriques ! C’est sûr, nous voilà embarqués sur une autre planète !

Nos quatre musiciens se donnent pour objectif d’ouvrir au maximum la musique, d’en repousser les limites, de s’écouter, de dialoguer, d’explorer et de prendre les compos de l’album comme un simple point de départ.

« Karibou » et son rythme chaloupé, introduit à la flûte, invite à l'improvisation. Kari Ikonen insuffle d’étranges mélodies psyché au Moog tout en s’accompagnant au Fender Rhodes.

marni,marni club,orchestra nazionale della luna,manu hermia,sebastien boisseau,teun verbruggen,kari ikonen

Puis, c’est « Luna 17 B », inspiré des missions spatiales russes des années ‘70.

On flotte d’abord entre mystère et atmosphères spectrales avant que la musique ne s’éparpille par petits morceaux. Ici ou là, on récupère une mélodie lointaine et perdue. Par bribes, elle se forme, s’agglomère, prend du volume. La contrebasse de Boisseau semble donner une direction mais la batterie de Verbruggen brouille les pistes, le soprano d’Hermia part en éclaireur avant que Ikonen impose la pulsation qui remet tout le monde sur le chemin. L'histoire, racontée en pointillée, est fascinante.

« Begemot » s'appuie sur des percus instiguées par Boisseau et Verbruggen qui propulsent Ikonen dans un jeu quasi bop moderne. Le groove se précise, la respiration s'accélère, le moog siffle, le sax monte en puissance. Boisseau fait rebondir les sons sur sa contrebasse, joue pizzicato, frappe la caisse, pince ou fouette les cordes en parfait accord avec le jeu incisif, dépouillé et inventif de Verbruggen.

marni,marni club,orchestra nazionale della luna,manu hermia,sebastien boisseau,teun verbruggen,kari ikonen

Ce quartette retourne à l'essence même du jazz, c'est à dire en partant de (presque) rien pour bâtir un dialogue, un rythme et s'en amuser. Chaque morceau est propice aux impros, aux échanges d’idées. On deviendrait fou à l’écoute d’ « Anastasia Anastasia Sian » qui part dans tous les sens. On sent du John Coltrane, mais aussi des influences de jazzmen bien plus actuels, Shabaka Hutchings ou Rudresh Mahanthappa en tête.

« Nostalgie d’un absolu » est plus onirique et calme… avant la dernière tempête... « Truth », enfle jusqu'à l'explosion et s’offre en bouquet un final hallucinant !

Voilà un quartette bien dans son jazz, bien dans sa tête, bien dans son époque… Mais, finalement, ne viendrait-il pas d’une autre planète quand même ?

 

 

A+

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les photos

12/02/2008

Mâäk's Spirit "Stroke" - au Beursschouwburg

Jeudi dernier, ma fille entre à l’hôpital pour une opération lourde et délicate.
Angoisse.

Je me remémore sa première opération, il y a 9 ans.
Ça avait duré longtemps. Trop longtemps. Il y a avait eu des complications. Elle était entrée en salle d’op' à 7h. du mat’ et en était sortie définitivement vers 1h. du matin… le lendemain…
Elle avait ensuite passé près de trois semaines en soins intensifs. Puis en revalidation.
Pendant tout ce temps-là, j’avais l’impression de vivre à côté de ma vie.
Hors du temps.

A chaque trajet vers l’hôpital, comme un rituel,  j’écoutais «Paper Bag» de Fiona Apple.
Je m’en souviendrai toujours.
Quand je réécoute cette chanson encore aujourd’hui, c’est idiot, j’ai la gorge nouée et les larmes emplissent mes yeux irrésistiblement.
maaak

Ce jeudi soir, pour chasser ces angoisses, je me suis rendu au Beurs pour écouter Mâäk’s Spirit qui présentait son nouvel album «Stroke» avec Samanta7 et Kgafela oa Magogodi en invités.
L’album est nouveau mais a été enregistré en 2004 en Afrique du Sud.

J’avais entendu un extrait à l’époque sur la compilation «Jazztublieft» éditée par Muziekcentrum.
Je désespérais d’entendre l’entièreté du travail.
Mais, tout vient à point à qui sait attendre.
Et franchement, je ne suis pas déçu.
Oserai-je le mot?

Oui. Alors allons-y: «c’est génial» !

On entre dans cet album comme on entre dans un autre monde (comme d’habitude avec Mâäk’s Spirirt: souvenez-vous de « 5 » ou de « Al Majmaâ » ou du « Nom Du Vent »…)
Des univers chaque fois différents qui ne laissent jamais indifférents.

En ce qui concerne «Stroke», l’ambiance vacille entre jazz, trip-hop, spoken word… et musique indéfinissable.

Et c’est formidable d’un bout à l’autre.

Non seulement la musique est différente mais le packaging l’est tout autant.
Le cd est en effet glissé dans une pochette souple fermée par un zip.
L’objet et la musique ne font qu’un.

Hors norme!

A se procurer sans hésiter! Car la musique vaut l’emballage. Et inversement.

Mâäk’s Spirit, ne faisant jamais les choses comme les autres, a aussi fait une série de concerts «happening» dans différents lieux, plus incongrus les uns que les autres, à des heures totalement loufoques (8h. du matin, minuit, midi…).
Ils se sont ainsi retrouvés dans un salon lavoir, une boucherie, un aéroport, un hôpital, une friterie, une école, etc
Bref, 48 lieux différents. …(Je suis arrivé trop tard à la friterie à Flagey et j’ai raté la friterie de St Gilles)
Ils ont filmé toutes ces performances dans le but de sortir 48 DVD ! (Un avant-goût? Cliquez ici).

Un concert aura lieu à cette occasion, toujours au Beurs, le samedi 1er mars à 18h.
A ne pas manquer!
Ne pas manquer comme j’ai manqué le concert de ce jeudi, puisque je suis arrivé bien trop tard… et je ne peux donc rien vous en dire sauf que ça devait (sans aucun doute) être très bien.

Quant à ma fille, après une longue opération, qui s’est bien déroulée cette fois-ci, elle a quitté l’hôpital ce mardi soir, soulagée et souriante. Comme moi.
Plus qu’à suivre les longs mois de rétablissement, réadaptations, kiné…

Et «Stroke», qui porte bien son nom,  accompagnera sans doute encore très longtemps ce souvenir de peur... et de bonheur.

A+

19/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 02 -

Comment va jouer Mâäk’s Spirit aujourd’hui ?

Que vont-ils nous proposer cette fois-ci ?

On peut s’attendre à tout avec eux. Surtout que pour ce concert au Middelheim, ils ont invité Misha Mengelberg ! On peut comprendre que ça fasse peur à certains.
Et que ça aiguise la curiosité des autres.

05
La configuration de la  scène surprend déjà.

En avant-plan et au centre : la batterie d’Erik Thielemans. Dos au piano.
Face à lui, Jeroen Van Herzeele (ts), Laurent Blondiau (tp) et Jean-Yves Evrard (g).
A la contrebasse, Sébastien Boisseau.

Improvisée du début à la fin, sans répétition aucune, voilà l’OVNI lancé.
Attachez vos ceintures.

Vin blanc à la main, bob sur la tête, Misha Mengelberg jette quelques notes.
On se cherche, on se jauge…
Petit à petit, chaque musicien se découvre. Le feu couve, la pression monte, l’ouragan éclate. C’est le chaos. Le chaos maîtrisé.

On frotte les percussions, on frappe les cordes. Tout est sens dessus dessous.
Les souffleurs surfent sur le haut des vagues d’une mer houleuse, déchaînée, indomptable…
Mais, Mäâk’s Spirit sait aussi installer un climat quand seuls les balais (quand ce n’est pas des sachets en plastique) de Thielemans soufflent face aux notes dispersées du pianiste et du guitariste.
Et c’est à nouveau la fusion… jusqu’à la fission.

09

Encore plus inspiré, le groupe s’envole vers des impros d’une liberté délirante quand Misha se lève, éructe des sons gutturaux. Mäâk’s se disloque… chaque musicien change de place et se ballade sur scène. Jusque dans les coulisses.
On rentre, on sort, on siffle, on voyage…

Terminus. Tout le monde descend.

Moment rêvé ? Cauchemardé ?
Moment intense, excitant et incroyable en tout cas.

Le jazz n’est pas mort et le free jazz (en est-ce ?) n’a pas encore fini de nous étonner.

06

Avec le BJO, c’est une autre histoire.

Lee Konitz s’est fait invité par l’excellentissime Big Band dont la renommée a largement dépassé nos frontières depuis belle lurette.

Ce soir, sous la baguette de Ohad Talmor, qui a fait tous les arrangements, on commence par le très swinguant «Sound Lee».

Essayant ensuite un jeu un peu déstructuré sur «June 5», entre cool et calypso, on ne voit pas vraiment où veut aller l’ensemble. Et Lee n’a pas l’air de suivre.
Pourtant, les interventions à la guitare de Peter Hertmans (excellent), ou le solo grave et presque sombre de Nathalie Loriers au piano laissent entrevoir quelques espoirs…
Mais non, les arrangement restent, par la suite, assez traditionnels et on dirait que Lee Konitz et Ohad Talmor ne profite pas du potentiel du Big Band.
Décidemment, on n’est pas en présence de Maria Schneider, Bert Joris ou de Kenny Werner qui avaient su donner la pleine puissance au BJO.

Konitz, au phrasé rond et suave, répond cependant avec bonheur au chant profond du sax baryton de Bo Van Der Werf, mais peu d’étincelles jaillissent de cette rencontre.
Pourtant, on sent Konitz heureux d’être là…
Alors, laissons rouler «Sweet Rythms», «Ornetty» ou «Remember You» et ne boudons pas notre plaisir, le BJO nous réserve encore bien d’autres (meilleures) surprises.

A+