16/09/2016

Lorenzo Di Maio - Black Rainbow - Marni Jazz Festival 2016

Lorenzo Di Maio a le sens de la composition, on vient de s'en rendre compte avec la parution de son tout nouvel, et premier, album personnel Black Rainbow (chez Igloo). Mais il a aussi le sens de la scène.

On s’en est rendu compte lors du « release » concert de ce mercredi soir au Marni. On voit qu’il y a pensé, qu’il l’a mis en scène. Rien de bling bling ni de fake, rassurez-vous, mais une occupation simple et efficace de l’espace et une présence affable et sincère en contact direct avec le public.

santo scinta,marni,lorenzo di maio,jean-paul estievenart,nicola andrioli,cedric raymond,antoine pierre

Après un premier morceau (« Détachement »), tout en atmosphère et en langueur, qui permet déjà d’entendre un sublime Nicola Andrioli au Fender Rhodes, le quintette enchaine aussitôt avec « No Other Way », plus incisif, claquant et nerveux, qui permet à Jean-Paul Estiévenart de marquer son territoire.

En deux morceaux, Lorenzo Di Maio a posé les bases de son univers équilibré entre tendresse et entrain, mélancolie et exaltation, sérénité et excitation. Mais cela ne se résume pas qu’à ça : la musique du guitariste n’est pas noire ou blanche, elle se décline en nuances de gris de toutes les couleurs. Et elle est partagée par un groupe d’excellents musiciens et amis qui trouvent tous la possibilité de s’exprimer librement… tout en suivant la ligne de conduite du leader.

Avec « September Song », on découvre encore une autre facette de Nicola Andrioli (allez écouter son jeu débridé avec Manolo Cabras, tendre avec Barbara Wiernik, ou pétillant avec Philip Catherine, et vous aurez un tout petit aperçu des talents de ce pianiste caméléon). Ici, il est virevoltant et inattendu et il attaque « sévère » en gardant toujours une extrême musicalité.

santo scinta,marni,lorenzo di maio,jean-paul estievenart,nicola andrioli,cedric raymond,antoine pierre

Sur « Black Rainbow », qui donne le nom à l'album, c’est Cédric Raymond qui profite des grands espaces pour délivrer des solos de contrebasse pleins de tonicité.

Et puis il y a « Lonesome Traveler », construit sur base d’un ostinato qui s'efface au cours du morceau mais qui reste sous-jacent. C’est comme le rythme d’une locomotive qui ne s'arrête jamais et qui promène le groupe au travers de différents sentiments : la joie, l'émerveillement, le doute, l'excitation, la contemplation… Chaque musicien amène son histoire. Antoine Pierre, excellent de bout en bout, joue le chien fou dans un drumming « désarticulé », Cédric Raymond évoque le vent chaud et rassurant, Jean-Paul Estiévenart joue le curieux et l’optimiste, Nicola Andrioli se fait philosophe et sage, quant à Lorenzo Di Maio, il explore, s’émerveille, se réinvente.

On peut sans doute trouver des références à Bill Frisell, mais sur « Open D », par exemple, on trouve aussi des traces de blues et de jazz électrique, un peu comme si J.J. Cale avait rencontré la bande du Miles electric. « Santo Spirito », tissé de métriques complexes, fait d'accélérations et de virages à 180°, de solos fiévreux et d’un final explosif d’Antoine Pierre, rend hommage, lui, à l’oncle du guitariste : le batteur Santo Scinta. On conclura avec un « Back Home » langoureux et, en cadeau un inédit plein de fougue.

Il y a décidément beaucoup de maturité dans ce groupe et beaucoup de sensibilité aussi.

Black Rainbow mélange les influences blues, folk, rock et jazz dans une étonnante cohésion sonore. La musique est riche et variée, mais garde toujours une ligne de conduite bien définie. Même s’il ne se met pas plus en avant que les autres - pour toujours laisser toute la place à la musique - Di Maio possède bien la carrure d’un leader. On s’en doutait déjà un peu, mais on en a la confirmation. Et ce groupe a vraiment un bel avenir.

 

 

A+

Photos : merci ©Olivier Lestoquoit !

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer