11/06/2017

Jorge Rossy, Hamster Axis, Sal La Rocca, Samuel Blaser - Citadelic 2017

Dix ans ! Le festival de jazz et de musiques improvisées, organisé par l’infatigable Rogé Verstraeten fêtait ses dix ans le week-end dernier. Pour l’occasion, Citadelic s’était associé avec Jazz Case à Neerpelt, qui fêtait également ses dix années d’existence, pour partager certains concerts (Llop, Samuel Blaser, Moker et d’autres).

Vendredi soir, direction Gand.

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Il fait doux dans le Citadelpark. Pas de musique intempestive en attendant que les musiciens montent sur scène, pas de grandes banderoles de sponsors qui envahissent le site non plus. Rien de tout ça. Ici, il y a juste, entre deux grands arbres, une scène en bois (fabrication maison) et autour, des tables et des chaises dispersées un peu partout sur le gazon. Et puis, il y a une minuscule tente où l’on déguste une bière locale (les excellentes Suzanne et L’Arogante) ou un plat signé El Negocito ! Sur scène, ou dans l’une des allées du parc, Steiger s’est produit un peu plus tôt (un jeune groupe à suivre, qui était passé très près du premier prix lors du Jazz Contest à Malines en 2014).

Les jours précédents, on a pu voir Lily Joël, De Beren Gieren ou encore Paul Van Gyseghem… Mais ce soir, c'est le band de Jorge Rossy qui occupe le podium. On ne rappelle plus les faits d’armes du percussionniste - et multi instrumentistes - espagnol qui a fait, entre autres, les très beaux jours du trio de Brad Mehldau. On le retrouve ici derrière le vibraphone, entouré d’une belle équipe : Doug Weiss (cb), Jaume Llombart (eg), Mark Turner (TS) et Joey Baron (dm) qui remplaçait au pied levé l’immense Al Foster rentré prématurément aux States pour des raisons familiales.

Sans annonce préalable, enchaînant directement après le sound check, le quintette amorce un concert plein de douceurs. Le groupe joue presque acoustique, l’ensemble est très peu amplifié mais le résultat est parfait. «Who Knows About Tomorrow» puis «Pauletta», deux balades souples et suaves, permettent des dialogues subtils et tendres entre le marimba et le sax. Mark Turner, fidèle à ses habitudes, développe les mélodies dans un souffle chaud et apaisé. Les compositions laissent beaucoup d’espaces aux respirations et à des solos délicats. Ceux de Jaume Llombarts sont discrets mais remplis de sensibilité (sur «Portrait», en particulier). Puis il y a des morceaux un peu plus enlevés, comme «MMMYeah», où les échanges entre Joey Baron et Jorge Rossy sont plus «joyeux», plus nerveux et plus bondissants. On navigue entre le bop et bossa, on prend son temps et on profite, sans se prendre la tête, de deux sets qui louent l’élégance mélodique.

De quoi reprendre la route du retour le cœur léger et d’avoir envie de revenir.

Ce ne sera pas le samedi, mais le dimanche.

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Le parc est inondé de soleil, il y a toujours pas mal de monde. Mais on respire.

Sur scène, Hamster Axis of the One-Click Panther (on va dire Hamster Axis) a entamé son concert. Depuis un petit bout de temps, le groupe développe un projet assez singulier. En effet, lors de régulières résidences à l’Arenberg à Anvers, le groupe propose à un guest de travailler avec lui. Il y a eu Gregory Frateur (Dez Mona), Roland Van Campenhout, Josse De Pauw, Mauro Pawlowski et d’autres. Le principe est immuable : l'invité rejoint le groupe le lundi et le premier concert a déjà lieu le jeudi suivant.

Pour cette édition de Citadelic, c'est Marcel Vanthilt, homme de télé (avec Ray Cokes sur MTV), de radio, mais aussi leader du légendaire groupe électro punk Arbeid Adelt!, qui est venu avec ses textes et ses compos. Le tout a été «hamsterisé» par Lander Van den Noortgate. Le résultat est assez décoiffant. C’est un mix entre spoken word (néerlandais, anglais ou français), rock, musique ethnique et jazz. C’est compact, parfois touffu. Soutenu par une rythmique solide (Frederik Meulyzer aux drums et Janos Bruneel à la contrebasse), les solistes (Andrew Claes au ténor, Bram Weijters au piano et Lander à l’alto) en profitent tour à tour, ou à l’unisson, pour ajouter de l’aspérité aux mélodies parfois déjà tranchantes. (Je vous conseille l’écoute de l’album «MEST» pour vous faire une belle idée de la qualité de Hamster Axis.)

C’est au tour de Sal La Rocca et de son nouveau quartette de monter sur scène et de proposer un mélange intelligent de tradition bop et d'avant-garde. L’équilibre est subtilement dosé et le résultat est très convaincant. Un «Jupiter» de Coltrane en entrée et un thème de Joe Henderson pour suivre, et le cadre est plutôt bien défini. A partir de là, on peut voyager. Et le groupe ne s’en prive pas. C'est là qu'on se dit que l'on n'entend pas assez Pascal Mohy (ici au piano et Wurlitzer !) dans ce registre. Il a une façon bien personnelle d'improviser, d’ouvrir le jeu. Ses attaques, ses retenues, ses progressions, ses digressions sont dignes d'un McCoy Tyner, Hancock ou Herbie Nichols… mais c'est surtout du Mohy ! Ce type est un des secrets les mieux gardés du pays. Avec Jereon Van Herzeele au ténor et au soprano, la connivence est parfaite. Jeroen possède, lui aussi, ce son unique, un peu âcre, légèrement pincé, qui amène cette pointe de liberté et entraine dans son sillage l’imperturbable et attentif Lieven Venken aux drums. Quant à Sal, en parfait leader, il drive et groove avec aisance. Son jeu ferme et fluctuant, juste comme il se doit, permet à tout le groupe de profiter de beaucoup de liberté. Un cocktail parfait qui fait vraiment plaisir à entendre et, on l'espère, à re-entendre très vite.

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Radicalement différent, le trio du tromboniste suisse Samuel Blaser (avec Marc Ducret à la guitare et Peter Bruun aux drums) propose une musique presque totalement improvisée. «On part de rien...», me confiera Samuel Blaser à l’issu d’un concert captivant comme souvent (voir ici leur prestation il y a quelques années à l’Archiduc).

Partir de rien ne veut pas dire faire n’importe quoi. Les trois musiciens s’écoutent, échangent et construisent. Blaser, qui maîtrise comme personne son instrument, semble souvent à la recherche de lignes mélodiques très sophistiquées, très riches mais aussi très lisibles. La musique est parfois tachiste ou très découpée mais, comme c’est le cas pour certaines œuvres d'art contemporain, il faut pouvoir embrasser l'ensemble pour en comprendre les détails et l'histoire. Toutes ces petites molécules musicales finissent par faire un tout. Le dialogue entre les trois musiciens est unique et fascinant. Peter Bruun est toujours aux aguets, il éclabousse, soutient et relance dans un jeu très aérien.

Et puis, il y a Marc Ducret ! Ce qui étonne toujours chez lui, c'est la faculté qu’il a de façonner les sons avec une "simple" guitare et une pédale (là où certains ont de véritables claviers aux pieds) ! Doigts nus ou avec un onglet, s’aidant parfois d’un bottleneck, il invente des phrases pleines de poésies et de tensions qui s’incorporent comme par magie à l’ensemble.

Avec simplicité et bonne humeur, les musiciens enchaînent les morceaux et le public redemande encore de cette musique inventive, passionnante et pleine de contrastes. Normal…

Il se dit qu’un album serait en préparation, on s’en réjouit déjà. En attendant, on peut toujours se replonger dans quelques albums très recommandables de nos trois amis (Metatonal, du double trio de Marc Ducret, Spring Rain de Samuel Blaser, avec Russ Lossing, Gerald Cleaver et Drew Gress, ou encore J.A.S.S. avec Alban Darche, John Hollenbeck, Sébastien Boisseau et Samuel Blaser, bien entendu…)

Merci Citadelic. Et bien vite la onzième édition.

A+

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27/05/2017

Citadelic ! C'est à Gand

Quand j’ai rencontré Rogé pour la première fois, on disait de lui que c’était un idéaliste.

C’était vrai. Mais c'était plus que ça. Rogé Verstraeten était un fou.

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Il l’est toujours.

Fou de jazz, fou de musiques, de liberté, d’art, de rencontres, fou d’humains. Car il faut être fou de tout ça pour faire vivre des lieux comme El Negocito pendant près d’une dizaine d’années où, dans un bric-à-brac chaleureux et convivial, on y jouait de la musique improvisée en dégustant d’excellents plats sud-américains. Fou pour remettre le couvert avec La Resistenza ! Et puis, en même temps, Rogé organisait aussi Jazz sur l'Herbe et avait développé son propre label : El Negocito Records.

Le label existe toujours - il est d'ailleurs une référence incontournable dans le milieu - et produit régulièrement de véritables perles de jazz contemporain, de musiques improvisées et aventureuses. On y retrouve, par exemples, BackBack, 3/4 Peace, De Beren Gieren, Bart Maris, Ruben Machtelinck, Moker, Manolo Cabras, Les Chroniques de l’Inutile, Llop, Fulco Ottervanger, Seppe Gebruers et tant d’autres…

Quant à Jazz sur l’Herbe, il est devenu Citadelic Festival.

Voici la dixième édition ! Et c’est gratuit !!! Oui gratuit ! De la folie.

Alors, pour rentrer dans ses frais, Rogé compte sur la dégustation d’excellents plats “maison”, des dégustations de vins ou de bières (hmmm la Hedonis !)… Mais toutes autres contributions sont les bienvenues. Renseignez-vous, demandez-lui.

Alors, c’est où ? A Gand, bien sûr, autour du kiosque du Citadelpark. Oui, là où se trouve aussi le S.M.A.K. !

Facile d’y accéder.

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Et c’est quand ? A partir du mercredi 31 mai jusqu’au lundi 5 juin ! Notez, notez !

Et qui verra-t-on ?

Plein de choses intéressantes comme, par exemples, Jorge Rossy Vibes Quintet featuring Mark Turner & Al Foster, le trio de Samuel Blaser avec Marc Ducret, pour commencer. Mais aussi Osama Abdulrasols, Rodrigo Fuentealba et la percussionniste japonaise Tsubasa Hori

Et puis encore le quartette de Sal La Rocca avec Lieven Venken, Jeroen Van Herzeele et Pascal Mohy, Lilly Joel (le duo de Lynn Cassiers et Jozef Dumoulin), le trio Patrick De Groote, Chris Joris et Paul Van Gysegem qui vient de sortir un fabuleux «Boundless», mais aussi Ruben Machtelinckx & Karl Van Deun, Steiger, Fred Leroux, GLiTS (Peter Vandenberghe et Bart Maris) dont l’excellent album vient de sortir également…

Ce ne sont que quelques noms parmi plus de vingt groupes programmés. Le mieux est d’aller voir le programme complet sur le site Citadelic.

Voilà dix ans que ça dure ! Si vous voulez que cela continue, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Allez, hop, tous à Gand ! Pour l’amour du jazz, pour les idéalistes, pour les fous, pour Rogé !

 

 

 

A+

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04/01/2017

Malcolm Braff Trio à l'Archiduc

On n'a pas souvent l'occasion de voir et d’entendre Malcolm Braff en Belgique. Qui plus est en trio ! Ce pianiste m’a toujours impressionné, que ce soit avec Erik Truffaz, Samuel Blaser ou avec ses amis africains et autres. La dernière fois que je l’ai vu, c’était avec Stéphane Galland (et son projet LOBI) au Jazz Middelheim en 2013.

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Ce dimanche soir (le 18 décembre), il était à l’Archiduc avec Reggie Washington (eb) et Lukas Koenig (dm).

Ce trio existe depuis cinq ou six ans déjà mais n'a pas joué très souvent, ou, en tous cas, trop rarement, malgré l’enregistrement d’un album sorti chez Enja Records en 2011 et qui, je l’avoue honteusement, m’avait échappé.

Malcolm Braff, c’est un jeu intense, sec et puissant. Toujours à la recherche - souvent en tous cas – d’une rythmique percussive. Avec lui, les sons claquent et les phrases sont courtes, précises, concises, presque sèches. Pourtant, même quand il bloque les cordes, cela ne l'empêche pas de dessiner des paysages harmoniques pleins de brillance. C'est un des paradoxes qui font sa personnalité.

Avec ce trio, les tableaux qu’il propose grouillent d'une foule de personnages invisibles, de ciels changeants, de vents chauds, de courses échevelées, de rage, de folies et de poésie. Avec Reggie Washington, qui module chacune de ses lignes de basse, qui pousse, anticipe et fait bouillir l'ensemble, et Lukas Koenig qui groove un maximum en alternant les break, les accélérations et les temps suspendus dans un jeu hyper sec et tendu, Malcolm Braff invente, s’envole, s’échappe.

Il y a une dynamique incroyable entre les trois musiciens. Il faut entendre comment ils découpent « Poinciana » (ou du moins un thème qui lui ressemble), comment ils le réinventent, le malaxent, le tordent. La musique est très ouverte et laisse des espaces immenses à l’improvisation que chaque musicien utilise avec intelligence et maîtrise. Plusieurs fois, on se demande comme ils (et surtout Braff) choisissent leurs notes. La musique est toujours là où on ne l’attend pas : elle est surprenante, puissante, déterminée.

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Braff joue avec le jazz comme un ours joue avec une souris. Il en fait ce qu’il veut. Il introduit quelques citations de « A Love Supreme » par-ci ou prend des chemins de traverses par-là. Comme sur « Berimbau » (de Baden Powell et Vinicius de Moraes), retravaillé façon soul et reggae (je sais, ça n’existe pas, et pourtant je l’ai entendu !). Et puis le trio est innervé par un funk souterrain de Reggie Washington, qui n’a pas son pareil pour faire onduler la rythmique. « Sexy M. F. » de Prince (mélangé à quelques riffs de « Sex Machine » de James Brown) nous emmène sur des routes accidentées et des dérives hallucinantes. Chaque morceau monte en puissance. Toujours. On passe des paliers que l'on n'ose imaginer. Rien ne nous laisse indifférent. Surtout pas ce blues introspectif (« Empathy For The Devil » ) dans lequel on pourrait entendre des échos d'un Lennie Tristano, bourré d'âme, de sang et de larmes. La musique fait feu de tout bois et passe de l’Afrique au Brésil, du blues au funk, du jazz contemporain à la musique des îles, celle qui n'est pas édulcorée, celle qui a vécu, celle qui est charnelle, voire brutale. Quelle claque, quel bonheur !

Ce trio possède un son hors du commun et une énergie débordante qui donnent une pêche incroyable.

Braff, Washington et Koenig, c’est une certaine façon d'envisager le trio jazz. Et il est urgent de l’entendre.

Dire que j’aurais pu passer à côté de ça ! A revoir vite !

 

 

A+

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28/10/2013

Samuel Blaser Trio - Archiduc

 

Le ciel est menaçant, le vent souffle fort, il pleut.

Dimanche de tempête sur Bruxelles... et à l’Archiduc.

Samuel Blaser (tb), Peter Bruun (dm) et Marc Ducret (eg) tournent en Europe et font un crochet par le club de la Rue Dansaert. Ça va secouer.

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Un petit problème d’ampli retarde quelque peu la mise à feu. Mais une fois résolu, les trois musiciens plongent instantanément dans le tourbillon rythmique et harmonique déroutant, chaotique, parfois.

Il s’agit d’une histoire de sons, de souffle, d’écoute et d’échanges vifs.

Marc Ducret est toujours aussi impressionnant de maîtrise et d’invention. Ses doigts glissent, s’accrochent, caressent, frottent, frappent ou pincent les cordes. Il alterne stridence, échos sourds, phrases courtes et sons secs. Il change l’accordage de sa guitare en pleine improvisation. Il danse sur sa pédale de guitare du pied gauche puis du pied droit.

Avec un minimum de matériel, il sort pléthore de sons et de couleurs.

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Si les éclairs jaillissent de la guitare de Ducret, le tonnerre gronde dans le trombone de Blaser. Le son est grave, parfois menaçant, il vient d’une profondeur insondable, puis il jaillit et éclabousse les harmonies. En quelques glissades, des bribes de mélodies prennent forme, se dissipent, puis réapparaissent.

Parfois, une éclaircie survient. La musique s’apaise au profit  d’une sorte de blues, chaud et lumineux, presque tendre.

A la batterie, Peter Bruun distille un jeu aussi fin, délicat et foisonnant (ses balais virevoltent comme mille feuilles mortes prisonnières d’un tourbillon) que brutal et puissant. Il rebondit sur les solos de Ducret avec une redoutable précision ou lie ceux de Blaser avec infiniment d’habileté.

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Toujours bouillonnante, parfois abstraite, jamais tiède - que ce soit  sur l’affolant «It Began To Get Dark» ou lors d’une revisite de «Fanfare For A New Theater» d’Igor Stravinsky - la musique, ultra libérée, est toujours mue par un groove sous-jacent.

Aussi, «Held» est une incroyable course poursuite où chacun des musiciens semble vouloir échapper à l’autre. Mais ils savent qu’ils sont liés à jamais. Alors, ils foncent ensemble, prennent tous les risques, se relaient, se dépassent, se rejoignent.

Quelle tornade !

N’allez rien chercher d’évident dans cette musique, mais laissez-la vous prendre. Elle s’impose de toute façon à vous, avec la force brute des émotions incontrôlées.



A+

 

 

 

 

 

22:29 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : archiduc, samuel blaser, peter bruun, marc ducret |  Facebook |

01/11/2012

Samuel Blaser Quartet - As The Sea - Hnita Jazz

Souvenez-vous, je vous avais parlé de l’un des deux concerts que Samuel Blaser avait donné au Hnita Jazz, voici quelques mois. Ce double rendez-vous était enregistré dans l’optique d’une sortie sur le label Hat Hut Records.

Et ce mardi 23 octobre, Samuel Blaser et son quartette – c’est-à-dire Marc Ducret (eg), Bänz Oester (cb) et Jeff Davis (dm), qui remplaçait l’habituel Gerald Cleaver - venaient fêter la sortie de As The Sea, là où il avait été enregistré !

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À part que… le CD n’étant pas pressé (dans les deux sens du terme), il était impossible de l’obtenir ce soir même, au grand dam des musiciens et du public ! (On l’annonce pour mi-novembre !)

Mais tout cela ne nous empêchera pas d’écouter la musique de Samuel Blaser en live et dans la bonne humeur.

Si le jeu de Jeff Davis (entendu aux côtés de Michael Bates, Scott DuBois, Tony Malaby, Robin Verheyen…) est différent de celui de Cleaver - et si c’est le premier concert qu’il partage avec le groupe - cela ne l’empêche pas de s’immerger avec rapidité et avec une certaine facilité dans l’univers très particulier du tromboniste suisse. Son jeu est foisonnant et dense. Précis et très imaginatif. Dès les premières mesures, il est en parfaite osmose avec les autres musiciens. 

L’intro de ce début de concert est pourtant débridée, totalement improvisée. Marc Ducret - c’est lui qui a pris l’initiative - monte rapidement dans les tours. Toujours impressionnant de sauvagerie et de finesse. La musique est propulsée avec énergie incroyable vers son orbite : «As The Sea Part 1», un morceau… tout en retenue et mystère, car Samuel Blaser intervient comme pour apaiser l’ensemble, comme pour siffler la fin d’une anarchie toute contrôlée.

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Le tromboniste maîtrise le souffle comme peu y arrivent. Il y mêle la souplesse à la virtuosité et à la vitesse d’exécution. Les notes graves font échos aux accents aigus de mélodies touffues, parfois complexes. Chacune de ses notes et chacun de ses accords sont enchaînés avec éloquence. Il trouve la phrase juste, la formulation adéquate, celle à laquelle on n’avait pas pensé. C’est cela, la musique de Blaser : une façon de dire les choses et de les exprimer dans un langage qui fusionne l’ancien (une pointe de baroque, un soupçon de blues) avec l’extrême contemporanéité.

Cela donne une musique très organique, très écrire et très libre à la fois. Une musique qui laisse beaucoup d’espace à tous les membres du groupe.

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Et nos quatre musiciens se jettent à l’eau sans crier gare ! Ils s’amusent entre eux, jouent avec les vagues, avec le sac et le ressac d'une mer indomptable, puis se raccrochent, le temps d’un bref instant, aux rochers saillants de la côte. Hé oui, As The Sea, le titre de l’album, n’a vraiment pas été choisi au hasard.

Marc Ducret module, à doigts nus ou avec le plectre. Il caresse, griffe, pince. Il s’aide d’une simple pédale d’effets et produit des sons absolument délirants. Cela passe de la finesse extrême aux riffs les plus enragés !

Le quartette se déchaîne ainsi sur «Santiago», aux accents quasi hard-rock (initiés en grande partie par un Ducret intenable !) puis reprend une partie de «Boundless» (du précédent album), mais aussi un thème de Monteverdi retravaillé en un blues étonnant. Pour cela, Bänz Oester s’aide d’un bâton creusé de petites encoches pour le faire rebondir sur les cordes et créer des accidents harmoniques. Le groupe recherche l’essence même du thème. Il l’étire, le découd délicatement, l’expose sous une lumière nouvelle et en fait ressortir toute l’émotion.

Puissant et profond, le jazz de Blaser ne laisse pas indifférent. Il est par moments apaisant, parfois inquiétant mais toujours surprenant. Un peu comme lorsque l’on est face à la mer.

Et le disque (pour l'avoir quand même entendu :-) ) est une véritable réussite.

Recommandé !

A+

03/03/2012

Consort In Motion - Samuel Blaser à l'Archiduc

 

C’est l’histoire de quatre fluides. Presque indépendants les uns des autres.

Quatre fluides qui vont se rejoindre, s’emmêler, se fondre et se confondre pour révéler une musique forte, envoutante ou fiévreuse.

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Le premier fluide, c’est Samuel Blaser au trombone. Monstre de technicité et de sensibilité. Avec une précision diabolique, il façonne les notes, les fait glisser, les fait grandir. Toute la palette des sons y passe, avec une prédilection pour les graves. Tantôt on sent le souffle rouler avec une légère raucité dans la coulisse, tantôt on le sent d’une éblouissante clarté.

Le deuxième fluide, c’est Thomas Morgan à la contrebasse. Personnage lunaire, hors du monde. Il oscille entre le walking – d’une rare élégance – et les échappées abstraites. Il laisse parler les silences et lâche les notes avec parcimonie, comme si elles avaient la valeur d’une pierre précieuse. Il ne distribue que les meilleures, celles qui servent, celles qui ont un sens.

Le troisième fluide, c’est Russ Lossing au piano. La délicatesse de son toucher n’a d’équivalent que la fermeté d’une frappe cinglante et puissance. Il explore toute la gamme en lâchant des suites d’accords extrêmes. Il creuse au plus profond les intervalles. Puis il plonge dans le piano, bloque les cordes, les pince, les fait résonner avec une mailloche. Il provoque l’instrument, le caresse, le frappe rapidement.

Le quatrième fluide, c’est Gerry Hemingway à la batterie. Il maintient toujours le groove. C'est parfois imperceptible, parfois clairement swinguant, parfois totalement éclaté. Il manipule les balais avec une douceur trompeuse. Après avoir retenu les sons jusqu’à l’étouffement, il laisse exploser la rage dans un discours toujours limpide.

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Ces quatre fluides se mélangent donc pour créer une musique largement improvisée, dont le point de départ est initié par quelques œuvres de Monteverdi. Tout se dessine dans un mouvement continu. Il s’agit d’écoute, de réactions, de réponses habiles. Personne ne parle en même temps, chacun laisse à l’autre le temps de s’exprimer totalement, librement. Le quartette nous entraîne en douceur vers des contrées étranges.

L’ambiance feutrée, parfois lourde ou mystérieuse, fait soudain place au bouillonnement puis au tonnerre.

Dans cette musique, dans ce jazz singulier, les mélodies - même si elles sont parfois bousculées ou malmenées - restent centrales. Elles ne sont pas toujours évidentes, elles voyagent, se faufilent et se découvrent pour mieux se cacher. Ou inversement. Chacun des musiciens semble lire une partition invisible cachée dans la tête de l’autre.

Le détournement des instruments provoque des mimétismes sonores étonnants. Entre le piano et le trombone, les voix se fondent. Entre le crissement de la cymbale et le chant de la contrebasse, les sons se confondent.

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La lenteur d’une valse, la réminiscence d’un blues, les échos d’une musique baroque, les motifs d’un jazz contemporain, tout s’amalgame pour en faire une musique unique.

Ce «Consort In Motion», ce dimanche 26 février après-midi dans un Archiduc rempli d’un public très attentif, c’était de la poésie pure déclamée avec passion.

C’était sans doute l’un des concerts les plus sensibles et les plus profonds qu’il m’ait été donné d’entendre ces derniers temps.

Samuel Blaser sera de retour en Belgique - en octobre, normalement, et au Hnita Jazz, sans doute - pour présenter la suite de ses autres aventures (avec Marc Ducret, Banz Oester et Gerald Cleaver) et son nouvel album à paraître chez Hat Hut Records qui devrait s’intituler «As The Sea» (après «Boundless», s’il nous fait tout le  sonnet de ShakespeareMy bounty is as boundless as the sea, My love as deep; the more I give to thee, The more I have, for both are infinite – on va vers une large collection de belles musiques). Et pour la petite histoire, «As The Sea» a été enregistré lors du concert au Hnita Jazz, dont j’avais parlé ici.

Bref, un rendez-vous à ne pas manquer.

A+

 

26/11/2011

Samuel Balser quartet au Hnita Jazz


Une longue intro brumeuse.

Bänz Oester (cb) utilise une sorte de goulot de bouteille pour frapper doucement les cordes de sa contrebasse. Gerald Cleaver (dm) effleure avec des baguettes souples ses tambours et ses cymbales. Samuel Blaser lance les premières nappes de sons graves. Marc Ducret picote les cordes de sa guitare.

La tension monte sans que l’on s’en aperçoive. Mais on la ressent. Fortement, intérieurement.

Et puis, en un jeu nerveux, découpé et aiguisé, Ducret lâche des phrases cinglantes qui jaillissent comme les étincelles d’un métal frotté sur la meule. Et Blaser attise le feu.

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C’est ainsi que démarre le premier des deux concerts que donne le quartette du tromboniste suisse au Hnita Jazz ce samedi 5 novembre. Devant un public malheureusement un peu trop clairsemé, Samuel Blaser enregistre ce qui devrait être le prochain album du groupe à sortir chez Hat Hut (alors que «Boundless» vient à peine d’être publié sur ce même label). C’est peu dire si l’inspiration circule bien entre les quatre musiciens et que l’envie de créer est bien présente.

D’ailleurs, entre eux, les idées foisonnent et les échanges semblent inépuisables.

Sur une base apparemment très écrite et précise, la musique s’offre des espaces de liberté extraordinaires. Un terrain de jeu que les musiciens s’empressent d’envahir, avec intelligence et avec un sens inné de la construction.

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Les morceaux ressemblent à de grands puzzles en 3 dimensions. Et chaque musicien vient y placer une pièce. Avant de trouver la forme finale, les sons se métamorphosent, s’adaptent et s’imbriquent. Bref, la musique est dans la musique.

Marc Ducret, avec le strict minimum d’effet - une seule et simple pédale d’effets et un jeu sur le volume de sa guitare - fait ce qu’il veut de son instrument. Ses doigts caressent, pincent, griffent ou frappent. À doigts nus, avec un bottleneck ou avec un plectre métallique, il varie de mille manières les sons. Sauvages ou délicats, brefs ou amples, aigres ou doux. Toujours extrêmement musical, toujours intéressant, toujours à l'écoute et prêt à enrichir les dialogues.

Blaser a, lui aussi, une façon très particulière de s’exprimer au trombone. Il aime aller s’enfoncer dans les graves, mélanger le baroque ou la musique contemporaine avec des relents de funk ou de blues. Tout est souvent esquissé, évoqué et abordé sans lourdeur. La musique est très libre, très aérienne, mais elle suit un fil invisible où la mélodie est toujours présente.

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Derrière – ou plutôt dedans car il participe intensément au bouillonnement créatif - Bänz Oester semble remettre le quartette sur le chemin d’un certain groove. Le voilà claquant, pétillant et vif. Ses échanges avec Gerald Cleaver sont de véritables structures éphémères. Et le batteur s’amuse à déstructurer l’évidence, à s’éloigner d’un rythme pour venir souligner un temps, un contretemps… Ou un inter temps, voire un hors temps.

L’improvisation est de tous les instants. La musique se crée en temps réel. Ça file, ça frotte et ça joue des coudes comme à l’arrivée au sprint d’une étape du Tour de France. Et puis, ça prend des distances, du recul. On laisse retomber la tension et cela devient presque spectral.

Blaser et ses trois complices inventent une musique très singulière, qui mélange autant la complexité des polyrythmies que la relative simplicité d’un groove hypnotique. Une musique aussi intelligente - savante? - qu’excitante.

Deux heures durant, on est au cœur même de la création. Alors, on attend déjà avec impatience le plaisir de pouvoir écouter et réécouter tout ça prochainement sur disque. A bon entendeur...

Et pour ceux qui me demandent souvent des extraits sonores, voici un morceau tiré de Boundless. Enjoy!


 


A+

02/11/2011

Samuel Blaser - Consort In Motion

Consort In Motion. Le titre est assez clair.

Avec ce projet, le tromboniste Suisse Samuel Blaser a envie de donner du mouvement à la musique baroque, de partir d’un matériau de base assez strict, de bousculer un peu les idées et d’y trouver les liens avec le jazz et les musiques improvisées. Avouez que la chose n’est pas si évidente. Car si l’on peut définir la musique baroque, encore faut-il arriver à définir le jazz. Et puis, comment faire swinguer le baroque ? Est-ce le but, d’ailleurs ?

Voilà donc Monteverdi, Frescobaldi et Marini sélectionnés pour l’épreuve.

samuel blaser, paul motian, thomas morgan, russ lossing, chronique

Consort In Motion est un album complexe que l’on ne peut pas saisir du premier coup. Il peut paraître austère au premier abord, mais il se révèle au fil des écoutes. On y découvre alors toute la richesse et la sophistication de la démarche. S’adresse-t-il aux musiciens avant de s’adresser à tout un chacun ? Peut-être. En tout cas, il s’adresse sûrement aux mélomanes qui auront envie d’aller jeter une oreille sur les «originaux» pour y retrouver les racines ou y déceler les similitudes. Et là encore, ce n’est pas toujours gagné, car Blaser part de loin et va loin… très loin.

De façon très ingénieuse, il s’approprie les mélodies et les harmonies pour s’en détacher et proposer à ses acolytes - Thomas Morgan (cb), Russ Lossing (p) et Paul Motian (dm) – des espaces de libertés incroyables. C’est sans doute pour cette raison que quelques titres se nomment «Reflections on…» («Piagn’e Sospira», «Toccata» et «Vespero Della Beata Vergine»).

Le quartette tourne autour des thèmes, en extrait la substance, garde l’esprit et nous les renvoie sous une nouvelle forme.

Blaser sonde les profondeurs de l’instrument. Le son est caverneux et plaintif. Son approche de l’instrument convient parfaitement à cette forme musicale au caractère douloureux («Lamento Della Ninfa»). Il use, sans en abuser, de quelques growls et glissando. Il intervient parfois comme un trublion, remettant en question ses propres arrangements, comme pour offrir encore plus de libertés et d’ouvertures au quartette. «Ritornello» est ainsi joué deux fois de manières très différentes. Une fois de façon enlevée, au swing légèrement rubato et une autre fois en tempo très ralenti, comme pour ne récupérer que l’esprit de la partition originelle.

Russ Lossing (p) joue la finesse et la délicatesse, en contraste avec le son ténébreux du leader. Ou alors, c’est la folie furieuse qui prend le dessus. Ses attaques sont franches et décidées. Le jeu est vif et très percussif. Il oscille entre respect de l’œuvre, la musique contemporaine et le free jazz. La connivence avec Paul Motian, qui soutient par petites touches et réinvente la musique à chaque frappe, est éblouissante. Le batteur est discret, présent, émouvant. Il échange et joue aussi au chat et à la souris avec Thomas Morgan, toujours aussi surprenant. La contrebasse explore, s’embarque dans des chemins nébuleux et en ressort plus lumineuse.

Consort In Motion est un exercice de style des plus réussis, poignant et exigeant, qui demande une écoute attentive. Le quartette nous emmène hors du temps, dans un voyage passionnant. Avis aux amateurs.

A+

Samuel Blaser sera en concert dans une toute autre configuration au Singer, pour la sortie de l’album «Boundless», avec Marc Ducret (eg) Bänz Oester (cb) et Gerald Cleaver (dm) le 4 novembre. Et il sera également au Hnita, avec le même line-up, pour l’enregistrement d’un nouvel album (encore!) les 5 et 6 novembre. Qu’on se le dise. 

29/11/2008

Braff - Blaser au Hot Club De Gand

La première fois que j’ai entendu parler de Malcolm Braff, c’était au début des années 2000, avec Erik Truffaz.
À l’époque, Erik préparait, avec Malcolm et le poète Joël Bastard le projet «Ecritures de concert»: mélange d’improvisations à partir de notes de piano, de trompette et de mots.

Plus tard, nous avions eu de longs échanges au travers d’un forum (toujours avec Erik Truffaz, Michel Benita et d’autres amis) à propos du «flow» (état de concentration dans lequel se trouvent les musiciens lorsqu’ils jouent), ou encore à propos du côté éphémère de la musique: «La musique est l’art du temps… on ne peut pas “l’emprisonner” dans un disque…».

Que de souvenirs.
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Malcolm était en Belgique en novembre, en duo avec le tromboniste Samuel Blaser.
Je suis donc allé les écouter à Gand, au très chaleureux et très sympathique Hot Club de Gand.

En discutant avec ces deux musiciens, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas bien la scène suisse. (Oui, Blaser est suisse et Braff – bien que né au Brésil – aussi).
Bien sûr, les noms de Susanne Abbuehl, Nik Bärtsch, Gilbert Päffgen, Patrice Moret, Sylvie Courvoisier et évidemment  Gilles Repond ne me sont pas inconnus.
Mais la scène en tant que telle là-bas, mis à part certains festivals, reste pour moi assez floue.
Il faudrait que je m’y intéresse un peu plus.

Bref.

Malcolm, carrure imposante, barbe et look d’Hagrid, s’installe devant le piano droit et plaque les premiers accords de «YaY» (titre éponyme du récent album du duo paru chez Fresh Sounds).
Rythme tournoyant, entre modal et cadences africaines.
Au trombone, Samuel Blaser alterne les phrases courtes et les longues.
Le morceau est intense et lumineux.

On passe ensuite à un thème plus ondulant, puis à un autre plus énigmatique.

La musique se rit des frontières.
Les musiciens mélangent autant les rythmes africains, que le blues ou le gospel.
On y décèle parfois même des effluves de calypso.
Le piano se fait stride par moments.
Il y a dans le jeu très affirmé et assez personnel de Braff un soupçon de Fats Waller, un nuage de Duke Ellington ou encore un parfum de Abdullah Ibrahim.
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Samuel Blaser, quant à lui, possède un son très souple et doux. Parfois sombre aussi.
Tout est dans la nuance, et ses échappées, que l’on pourrait parfois presque classer dans le free, sont pétris de tradition.
Le blues n’est jamais loin. L’esprit New-Orleans non plus («Uncle Sam»).
Pourtant, tout est d’une modernité extrême.

Le duo se réapproprie d’ailleurs dans un esprit très contemporain et avec beaucoup d’intelligence, «Mood Indigo» d’Ellington (mais très éloigné de ce qu'en fait un Gianluca Petrella) ou «Manon» de Gainsbourg.

L’interaction, la connivence et l’écoute entre les musiciens sont évidentes.
C’est amusant d’ailleurs de les voir jouer aussi rapprochés, pratiquement l’un contre l’autre, callés dans le coin de la scène du Hot Club.
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Certes, la musique de Braff et Blaser demande une attention particulière, mais elle se laisse déguster facilement car le duo a le sens de la dramaturgie. Il est capable d’emmener avec lui l’auditeur dans des histoires pourtant pas toujours simples.
Et c’est ça qui est souvent excitant: l’impression de voyager avec eux.

Samuel Blaser sera de retour en Belgique avec HuffLiGNoN : Peter Van Huffel (as), Sophie Tassignon (voc) et Michael Bates (b) avant de retourner s’installer à Berlin…
Que se passe-t-il à Berlin, pour que tant de musiciens aillent s’y établir ces derniers temps?
Il faudra également tenir ça à l’œil…

Quant à Malcolm Braff, j’espère le revoir en Belgique avec, pourquoi pas, Erik Truffaz et son «India Project» (le triple album «Rendez-vous» - Paris, Sly Johnson; Mexico, Murcof et Benares, Indrani, Apurba Mukherjee et Malcolm Braff – est une totale réussite et je vous le conseille…).

A+