21/07/2016

Laurent Doumont - Sounds

Un concert de Laurent Doumont est souvent l’assurance d’un moment plein de groove, de chaleur, de sensualité et d’humour. Avec le temps froid et pluvieux qui sévit sur la Belgique en ce mois de juin pourri, ça ne peut faire que du bien.

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Au Sounds, pour l’un des derniers concerts de la saison (vendredi 24 juin), le saxophoniste/chanteur entouré de Sal La Rocca (cb), Vincent Bruyninckx (p), Lorenzo Di Maio (eg), Lionel Beuvens (dm) et Olivier Bodson (tp), nous propose un retour sur son album «Papa Soul Talkin’» sorti en 2012 déjà. Autant dire que la machine est bien rodée et que la musique coule avec facilité.

Et c’est avec toute la décontraction et l’humour décalé qu’on lui connaît, que Laurent Doumont annonce et enchaîne les morceaux : les bouillonnants « Do Me Wrong », « Back On Brodway » ou « Song For Jojo », les irrésistibles « Gonna Be A Godfather », « Everything I Do Gonna Be Funky » ou encore le feutré et voluptueux «Sleeping Beauties »…

Visiblement, ça s’amuse sur scène et, forcément, dans la salle.

Servi par le drumming souple et onduleux de Lionel Beuvens et la contrebasse plus chantante que jamais de Sal La Rocca, Laurent Doumont alterne fulgurances au sax et voix de crooner au chant. Puis il reprend les riffs à l’unisson avec Olivier Bodson (brillant de clarté et d’élégance) ou avec Lorenzo Di Maio.

Mais il laisse aussi tout l’espace à ses comparses pour d’éclatants solos. Di Maio fait ainsi monter la sauce dans des impros mêlant blues, soul et funk. Le phrasé est agile et net. Bodson n’est pas en reste et sur « Big City » il fait briller de mille feux la soul mélancolique qui plane sur le morceau. Et que dire de l’intervention magnifique, parsemée de glissandos sensuels, de Sal La Rocca sur « Cocaïne Blues »…

Mais bien sûr, on ne peut pas passer à côté du jeu extraordinaire et d’une profondeur inouïe de Vincent Bruynickx au piano ! A la fois sobre et fougueux, il arrive toujours à insuffler des notes bleues et de légères digressions dans un jeu qui donne une perspective incroyable à l’ensemble. Même sur un amusant « Black Is Black », en rappel, il arrive encore à inventer, à colorer et à prendre de la hauteur.

Laurent Doumont a bien de la chance d’être entouré de la sorte. Et nous, on a bien de la chance qu’il perpétue, avec autant de personnalité, de talent et de décontraction, la tradition d’un soul jazz toujours aussi jubilatoire.

 

 

A+

 

 

 

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07/03/2016

Tournai Jazz Festival 2016

Cinquième édition du Tournai Jazz Festival, et pari gagné. En quelques années seulement, grâce à une organisation parfaite et un sens de l’accueil indéniable, Tournai a inscrit son nom dans la liste belge des festivals de jazz incontournables. Cette année encore, l’affiche était belle, équilibrée et bien pensée. Jazz contemporain, métissé, funky ou bluesy, il y en avait pour tous les goûts et le public a répondu en masse.

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La suite, à lire sur Jazzaround.

(Photos : J.C. Thibaut)

A+

21/02/2016

Cabu Swingue à Tournai

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C’est bientôt la cinquième édition du Tournai Jazz Festival. D’année en année, l’organisation apprend, peaufine, améliore et nous réserve toujours de belles surprises.

Cette fois-ci, du 25 au 27 février (c’est bientôt, dépêchez-vous), on y verra Hugh Coltman, Dani Klein et Sal La Rocca, Richard Bona ou Dhafer Youssef. Mais aussi Igor Gehenot, Ulf Wakenius, Rémi Panssioan ou encore Big Noise, pour ne citer qu’eux.

Une belle affiche, ouverte et éclectique qui devrait attirer autant les «spécialistes» que les curieux ou, tout simplement, les amateurs de belles notes.

Et puis, une autre raison d’aller se balader du côté de La Maison de la Culture, c’est d’aller voir l’exposition consacrée à Cabu.

Cabu Swing, ce sont plus de 70 portraits croqués par le regretté dessinateur aux lunettes rondes, édités ou non dans des recueils, des magazines ou pour des pochettes de disques. Duke, Ella, MahaliaMiles, Monk, Coltrane, mais aussi des jazzmen moins médiatisés, s’y retrouvent dans un dessin parfois drôle, parfois bienveillant, mais toujours d’une justesse inouïe. Le trait est sûr, vif, à la fois sensible et tranchant.

La belle mise en scène, claire et aérée, permet de profiter pleinement de ces petites perles qui feront certainement swinguer dans un coin de votre tête de très bons souvenirs.

 

 

A+

28/01/2015

Pourquoi j’irai au Tournai Jazz Festival.

 

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Tournai Jazz Festival. Quatrième édition !

Le pari lancé par Geoffrey Bernard, avec la complicité de la Maison de la Culture de Tournai (et l’infatigable Frédéric Mariage), d’organiser un festival de jazz à Tournai qui s'installe dans le paysage culturel belge est pratiquement gagné.

Oui ! Le public est venu applaudir Eric Legnini, Toots, le BJO ou encore Philip Catherine, en 2012 pour la première.

Oui ! Il est revenu, plus nombreux encore, écouter Galliano, Manu Katché ou Ibrahim Maalouf l’année suivante… Et oui ! En 2014, il était encore là pour voir Jef Neve, Avishai Cohen, Viktor Lazlo et l’incroyable Youn Sun Nah.

Et chaque année, l’organisation est irréprochable. Et chaque année, l’accueil est formidable et chaleureux (tant pour le public que pour les musiciens).

En 2015, ces 6 et 7 février, Tournai Jazz remet le couvert et nous propose une fois de plus une superbe affiche.

Barabara Hendricks (oui, oui, Barbara Hendricks) viendra chanter le blues de Billie Holiday, Bessie Smith ou encore de Nina Simone.

Il y aura aussi des «jeunes» à découvrir, comme Thomas Enhco, brillantissime pianiste - à la fois impétueux et raffiné et toujours surprenant, ou Guillaume Perret  et sa conception musclée du jazz. Ceux qui aiment les sensations fortes en auront pour leur argent. Et ceux qui pensent que le jazz est une musique «plan-plan» risquent bien d’être surpris.

Et puis il y aura aussi au programme : Bojan Z en solo, Paolo Fresu et Omar Soza en duo et Kenny Garrett en quintette ! On ne fait pas les choses à moitié à Tournai.

Il y aura, bien sûr, des belges, comme Big Noise (gare à la fête, comme on dit) ou Bai Kamara (avec Jean-Paul Estiévenart, Stéphane Mercier, David Devrieze ou encore Michel Seba! ) ou le guitariste Hevé Caparros (à découvrir!) avec Sal La Rocca, Lionel Beuvens et Matthieu Van

Vous le voyez, il n’y a aucune raison de rester chez soi ce week-end là.

Réservez vos places tant qu’il en est temps !

Il y a même un pass** «spécial Kenny Garrett / Guillaume Perret» mis en vente au prix de 30€ - pour ceux qui ne peuvent pas se libérer «avant».

Tout est prévu, je vous dis. Voilà pourquoi j’irai au Tournai Jazz Festival.

On se retrouve là-bas ?

 

 

 

A+

**UNIQUEMENT disponible au guichet de la maison de la culture de Tournai ou en téléphonant au 0032 / 69253080. Infos : contact@tournaijazz.be .

 

 

 

13/01/2013

Sous les flocons, le jazz.


Deux, trois, petits rendez-vous en ce début d’année.

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Hé oui, les festivals ne se déroulent pas toujours sous le soleil d’été.

Winter Jazz Festival porte d’ailleurs bien son nom. Depuis quelques années, Flagey et le Théâtre Marni proposent une série de concerts, ainsi que quelques projections de films concernant le jazz. Sur le grand écran, on y verra «Petrucciani» de Michael Radford, «Autour de minuit» de Bertrand Tavernier ou encore «Sweet And Lowdown» de Woody Allen.

Et sur scène on verra Mâäk avec Marc Ducret, Metal-o-phone ou encore Too Noisy Fish pour les plus avant-gardistes, Jef Neve, Sal La Rocca, LABtrio et Christian Escoudé, pour les valeurs sûres, Kaja Draksier’s Acropolis ou Elifantree pour les découvertes et Matthew Herbert Big Band pour le plus grand plaisir de tous.

Alors, hop ! Une écharpe, un bonnet et n’hésitez pas à traverser la Place Falgey dans les deux sens.

Mais à côté de la «grosse machine», n’oublions pas non plus nos amis de Muse Boosting et leur Blue Flamingo Jazz Festival, qui continuent à proposer chaque trimestre deux concerts à Molenbeek. Allez vous réchauffer dans cette magnifique salle du Château du Karreveld aux sons de Big Noise et du trio d’Igor Gehenot. Ambiance assurée.

Ça c’est à Bruxelles. Mais il y a aussi Tournai qui propose la deuxième édition de son Tournai Jazz Festival . Cette année, on y verra Ibrahim Maalouf (unique concert en Belgique !!) mais aussi Richard Galliano, Manu Katché, Bojan Vodenitcharov et Steve Houben et quelques jeunes groupes dont Blue Monday People, Mister Dumont, Pia Silva… et encore Big Noise.

Allez-y !

Et puis, il y a aussi les Djanjofolllies dont les concerts s’éparpillent aux quatre coins du pays (Christian Escoudé, Les Violons de Bruxelles, MuZiek de Singe, Les Doigts de l’Homme et bien d’autres).

Et, bien entendu, outre les festivals, il y a toujours les clubs, les clubs, toujours les clubs !

Plongez dans l’agenda du site des Lundis d’Hortense, qui est toujours là pour vous dire où et quand ça se passe. Qu'il neige ou qu'il fasse soleil...

 

A+

15/11/2012

Laurent Doumont - Sounds

Le Sounds affiche pratiquement complet ce samedi 3 novembre. Il est presque aussi rempli que lors d’un Jazz Marathon. Tout le monde est venu pour la sortie du deuxième album de Laurent Doumont  (le premier datait déjà de 2001) : Papa Soul Talkin’.

S’il y a du monde dans la salle, il y en a aussi sur scène, puisque l’équipe s’est réunie au grand complet.

Vincent Bruyninckx (p), Sal La Rocca (b), Lionel Beuvens (Ds), Raf Debacker (Org), Lorenzo Di Maio (g), Olivier Bodson (tp), Alain Palizeul (Tb) et bien sûr Laurent Doumont (ts, voc).

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«Back On Brodway» un peu soul, un peu boogaloo, puis «Love Or Leave», au groove bien balancé, nous mettent directement sur orbite.

On le comprend tout de suite ! L’ambition de Laurent Doumont n’est pas seulement de jouer de la soul-funk, mais de la revoir et de l’arranger à sa sauce. Il va puiser l’inspiration dans l’ADN de ces bons vieux Jack McDuff, Canonball Adderley, Gene Ammons ou encore Eddie Harris.

Mais il ne se contente pas d’un simple hommage ou encore moins d’une quelconque imitation. Doumont respire et vit cette musique, et c’est pour ça qu’elle lui va si bien et qu’elle sonne si bien. Avec sa bande, il insuffle un esprit actuel, frais et puissant. Pas question ici de tout casser et de faire le malin. Laurent Doumont respecte trop cette musique que pour la dénaturer. La modernité est générée par l’énergie de l’instant ! Le swing reste le pivot central du groupe, et ça balance fermement du côté des hanches et du bassin. Les musiciens savent y faire. Chacun y apporte sa touche.

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Olivier Bodson balance quelques solos brillants. Le son est clair, limpide, lumineux. Sans pour autant jouer rapidement, ça file à cent à l’heure. Ça doit être ça «avoir le sens du groove».

Et quand viennent les ballades («Serenity Now» ou «Sleeping Beauty»), la sensualité se mêle aux déhanchements. Le ténor de Doumont se fait plus sensuel encore, on sent qu’il a écouté et vraiment aimé ces formidables saxophonistes de la grande époque. Et il n’a rien à leur envier. Et quand il chante - avec cette voix au grain particulier, éraillée juste comme il faut - cela fonctionne à merveille. Le charisme et la coolitude font le reste, pas besoin de forcer.

La touche «vintage» est assurée par Raf Debaker. Derrière son orgue, il ponctue intelligemment les échanges entre le sax, la trompette, le trombone ou… le piano de Vincent Bruyninckx. Il y a entre ces deux-là comme un fil invisible. La musique s’échange et tourbillonne avec une légèreté incroyable. Il n’y a pas à dire, tous possèdent le flow.

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Et comme si cela ne suffisait pas à notre bonheur, Doumont y ajoute une touche de guitare. Et de ce côté là, Lorenzo Di Maio étonne de plus en plus. On le sent vraiment à l’aise dans ce contexte. Il est ici comme un poisson dans l’eau. Il possède cette fluidité dans le phrasé et ce blues qui lui brûle les doigts, mais il a surtout cette façon d’enchaîner les arpèges avec une souplesse qui souligne bien sa personnalité.

Le groupe peut aussi compter sur une solide rythmique, sur des vrais gardiens du time : Sal La Rocca et Lonel Beuvens, impeccables de bout en bout.

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Doumont fait donc le tour de la soul, à sa façon. Il passe le nez à la fenêtre de la New-Orleans, il se balade un peu sur les bords du Mississipi, remonte vers le Michigan, va saluer James Brown et d’autres étoiles de la Motown, puis revient et nous raconte sa propre histoire.

Quand Papa Soul’s talkin’, listen to him… and move. And enjoy !

A+

 

 

 

13/08/2012

Maxime Blésin Trio - Music Village

Traditionnellement, le Music Village continue à programmer des concerts durant tout l’été. Et c’est bien.

La formule est cependant légèrement différente de celle pratiquée pendant l’année. En effet, toute la semaine, du mardi au samedi, Paul Huygens ouvre la scène à un seul et unique groupe.

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Ce jeudi 2 août, je suis allé écouter Maxime Blésin qui a profité de l’aubaine pour roder un nouveau projet en trio. Derrière le leader, ce sont Sal La Rocca (cb) et Jan De Haas (dm) qui soutiennent le guitariste qui a décidé de… chanter. Bien sûr, Maxime avait déjà donné de la voix… en portugais (on sait qu’il affectionne particulièrement la musique brésilienne) mais pratiquement jamais en anglais.

Le répertoire est principalement basé sur des standards de jazz. Le trio y reprend «Night And Day», «Star Fell On Alabama», «Tenderly»…  Mais aussi «Samba de Verão» («Summer Samba»), on ne se refait pas.

Blésin profite de ces 5 soirées pour tester des guitares et chercher le son qu’il veut. Veut-il s’éloigner du style soul et jazz pour se rapprocher de la pop ? Ou flirter avec le classique ? Ou mélanger le tout ? Qui sait ?

Le phrasé est souple, vivace et souvent chaleureux. Dans son jeu, on décèle un peu de Grant Green, une pointe de John Scofield, un soupçon de Kenny Burrell, un peu de l’esprit de Kurt Rosenwinkel. Maxime Blésin cherche les ingrédients qui donneront à ce projet une identité toute personnelle.

Jan De Haas rebondit sur les riffs du guitariste et Sal La Rocca, profite du moindre espace pour improviser avec élégance et grande musicalité.

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Après avoir tourné avec son excellent sextette Bop And Soul Sextt (dont l’album contient des morceaux irrésistibles comme «Hydrogen Bond», «To Art» et surtout «Leaves In Windy Weather» qui mériterait de devenir un tube planétaire tellement il est en tout point parfait !!) il n’est pas exclu que Maxime Blésin enregistre un album avec ce nouveau trio. Mais il ne se contentera peut-être pas de cette «simple» formule et pourrait peut-être inviter quelques musiciens plus… classiques. N’en disons pas plus pour le moment, le projet est en gestation et le résultat pourrait être surprenant.

En attendant, le trio continue à diffuser sa musique sensuelle dans l’ambiance chaude et moite du Music Village. Les amateurs de belles mélodies finement ciselées sont ravis et n’hésitent pas à «en redemander».

Pour eux, comme pour moi, ce jazz à Blésin est idéal pour les soirées d’été.

 

A+

 

 

21/05/2012

Sal La Rocca - It Could Be The End - Interview

 

Début de l’année, Sal La Rocca, l’un des contrebassistes belges les plus demandés sur la scène jazz, sortait son deuxième album personnel chez Igloo. Après «Latinea» en 2003, voici «It Could Be The End», titre énigmatique qui, plutôt qu’une fin, pourrait être le début d’une belle aventure. L’album est lumineux et extrêmement bien balancé. Un véritable disque de jazz actuel, qui mêle le passé et le présent et dans lequel Sal, entouré de Hans Van Oosterhout (dm), Lorenzo Di Maio (eg), Pascal Mohy (p) et Jacques Schwarz-Bart (ts), donne le meilleur de lui-même. Il y a du swing, du groove, de la force et de la tendresse. Allez écouter le sensuel "Bluemondo", l'envoutant "Lazy Lion" et les solides "Osuna" et "It Could Be The End"... Autant dire qu’on a hâte de voir tout ce beau monde sur scène.

En attendant, je me suis retrouvé un dimanche après-midi face à ce musicien "entier", aux idées bien affirmées.

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Ton dernier disque s’appelle “It Could Be The End”. C’est sans doute la question que tout le monde te pose mais, n’est ce pas un titre un peu pessimiste?

(Rires) Oui, il y a même des gens que cela dérange. Mais, voilà, j’avais composé ce morceau et il fallait bien lui trouver un titre. Parfois on trouve le titre avant, parfois après. Et là, j'étais dans ma chambre, j’ai levé les yeux, j’ai regardé autour de moi et je me suis posé la question que tout le monde se pose presque chaque jour : ”Est-ce que tout cela va durer?”. Et c’est vrai que ce morceau a quelque chose d’un peu chaotique et d’incertain, surtout sur la fin. Mais le titre est plutôt optimiste pour moi, il va plutôt dans le sens du “renouveau”. Même si l’album est sorti en 2012, il n’y a pas de rapport avec la fin du monde qui est prévue pour 2012… Ça, je n’y suis pour rien (rires).

Quand a-t-il été enregistré ?

L’année dernière, au mois d’août. Mais cela a pris un temps fou avant sa sortie car je voulais – et cela, personne ne le sait – intégrer une reprise d’un titre d’ABBA chanté par Dani Klein de Vaya Con Dios. On l’a même enregistré. C’était vraiment bien. Mais quand j’ai demandé la permission de l’utiliser, on me la refusée. On a pourtant essayé et demandé à plusieurs reprises, mais il y a toujours eu un refus. Il faut s’appeler Justin Bieber pour pouvoir faire ça, sans doute.

Comment as-tu formé le groupe, et pourquoi avoir choisi ces musiciens-là ? Quels étaient tes critères?

Hé bien, je me plains souvent, ça, tout le monde le sait (rires). Je pense que beaucoup de musiciens sont des professeurs avant d’être des musiciens. Mais ce n’est pas de leur faute, certains sont obligés de faire ça, c’est le «système» qui veut ça. Moi, je voulais des musiciens qui avaient surtout, et avant tout, un véritable esprit jazz. Alors, j’ai appelé mon vieux pote Hans Van Oosterhout, que je connais depuis plus de vingt ans. Et puis j'ai pensé à Pascal Mohy, que j’ai appris à connaître et qui a une oreille et un esprit monstrueux. Ensuite, il y a eu Lorenzo Di Maio, pour ce même état d’esprit. Et enfin Jacques Schwarz-Bart... pas la peine de dire pourquoi.

L’envie d’intégrer un sax, celui de Jacques Schwarz-Bart en particulier, était claire et précise dès le début de l’écriture ?

J’avais enregistré avec Jacques sur l’album d’Olivier Hutman en 2005. On s’est lié d’amitié et on a joué ensemble plusieurs fois par la suite, sur ses projets ou sur les miens. J’ai donc pensé à lui, car il a un super esprit et une façon de jouer à la fois très roots et très moderne. Mais je n’avais pas écrit mes morceaux en pensant à lui spécialement. Il se fait que mes compos étaient écrites depuis un petit bout de temps déjà et j’ai fait coller les musiciens à la musique ce que j’ai écrite.

Tu avais également l’idée d’introduire une guitare aussi ? Celle de Lorenzo en particulier ?

J’avais de toute façon l’idée d’une guitare. Apparemment, je ne sais pas me passer d’une guitare. Il y en avait déjà deux sur mon album précédent, celles de Peter Hertmans et Jacques Pirotton. Je crois que cela me tient à cœur. Mais je ne voulais pas reprendre les mêmes, puisque lorsqu’on a décidé de changer, il faut vraiment changer. J’ai pensé à Lorenzo parce qu’il a un petit truc différent. Je ne dis pas qu’il a quelque chose en plus, mais quelque chose de différent. Et puis, en plus, il est à moitié sicilien comme moi (rires).

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Quand vous avez commencé à jouer tous ensemble, la musique a-t-elle encore évolué dans une certaine direction ou tu avais une vision bien précise de ce que tu voulais ?

J’avais plus ou moins un schéma précis. Mais, disons que je ne suis pas un leader au sens stricte du terme. C’est un peu comme si je m’engageais dans mon groupe, plutôt. Le leader, c’est la musique. Et puis, je suis très ouvert  pendant un enregistrement. Alors, en effet, des choses ont changé au cours de l’enregistrement, mais il ne s’agissait pas de choses fondamentales. L’ossature était assez solide.

Tu laisses, en effet beaucoup de libertés aux musiciens et tu fais même jouer du Fender à Pascal Mohy…

Absolument. C’est vrai qu’il est très piano”, mais il a un Rhodes chez lui, il en joue de plus en plus et puis, parfois, quand il n’y a pas de piano dans un club, il faut trouver des solutions. Mais cela apporte surtout une autre couleur et enrichit certains morceaux. Et quand j’ai demandé à Pascal de jouer cet instrument, il a accepté très vite. C’est vrai que je ne suis pas un contrebassiste qui se “met en avant”.  J’aime cette place de sideman, c’est vrai. C’est déjà tout un monde en soi. Donc, si je fais un disque, j’aurais tendance à garder le même rôle. Ce ne sera pas un disque de contrebassiste avec des soli interminables. De plus, je ne me considère pas comme un virtuose. J’essaie plutôt de partager mes expériences dans ce disque. Et si je dis que je ne suis pas leader, il s’agit quand même de ma musique. Elle est représentative de ce que je suis. Je suis le propriétaire des morceaux, si on peut dire, mais les portes sont toujours ouvertes aux bonnes idées.

Tu composes depuis longtemps?

Non, cela est venu assez tard. Après avoir acquis une certaine expérience.

Le fait d’avoir été sideman de Toots, de Jacques Pelzer, de Nathalie Loriers pendant longtemps, d’Anne Ducros, de Vaya Con Dios - la liste est très longue - a-t-il fait évoluer ta façon de jouer ou de concevoir la musique?

Tout à fait. J’ai accompagné pas mal de musiciens belges, au départ, comme Nathalie Loriers ou Diedrik Wissels et puis plein d’étrangers aussi. Il y a donc l’expérience qui s’acquiert au fil des ans, on finit par comprendre les choses. Mais il y a quelque chose d’innée aussi, je l’avoue. Lorsque j’ai composé les morceaux de mon premier album, en 2003, c’étaient des premiers jets et pourtant, Eric Vermeulen me disait que cela tenait debout, que c’était cohérent, qu’il y avait tout ce qu’il fallait. Il n’y avait pas de quoi crier au génie, certes, mais il y avait la structure pour raconter une histoire du début à la fin.

Tu as appris tout ça sur le tas. Tu es un parfait autodidacte.

Plus autodidacte que moi, ce serait difficile.

Cela permet d’apprendre d’une certaine façon ? Actuellement, on apprend beaucoup dans les conservatoires, les académies… Toi, c’était plus la méthode traditionnelle, dirons-nous. Tu sens, chez les jeunes, une manière différente de jouer ou d’appréhender le jazz par ceux qui ont fait le conservatoire et les autres ?

Oui, il y a une grosse différence. Mais certains arrivent à posséder les deux styles. C’est à dire qu’ils connaissent les bases et ont, en même temps, une personnalité très forte. Car le gros risque, à mon avis, c’est d’avoir un même professeur pendant cinq ans et de sortir de là en étant le clone de ce professeur. C’est ce qui arrive dans soixante pour cent des cas. Quand j’entends des jeunes qui sont sortis du conservatoire, je peux dire rapidement avec qui ils ont eu cours. Cela peut être problématique car une des qualités premières d’un musicien est de le reconnaître dès les premières notes.

A moins d’être un prodige, cela se définit avec les années, qu’il y ait conservatoire ou pas, non ?

Oui c’est sûr. Mais il faut aussi savoir ce que l’on veut dans la vie. Espérer que cela te tombe tout cuit du ciel ou chercher toi-même ta personnalité. En ce qui me concerne, je n’ai pas cherché pour chercher mais, en jouant concerts sur concerts, j’ai appris. Et toujours de manières différentes. Pendant un moment, j’étais beaucoup chez Jacques Pelzer à Liège, parce que j’habitais à quelques centaines de mètres de là, et j’ai vu défiler un maximum de jazzmen avec qui j’ai eu la chance de jouer. Et pas des moindres. Ça c’est une chance.

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Dans ces moments-là, est-ce que ces jazzmen te demandaient de jouer d’une certaine manière ?

Je débutais à l’époque, je n’étais nulle part. Je n’avais aucun background. Je jouais comme je le ressentais, avec mon propre et mince bagage. Avec beaucoup d’instinct, surtout. J’écoutais les conseils de Steve Grossman, Dave Liebman, John Thomas, qui passaient souvent là-bas, de Steve Houben aussi, qui m’a mis définitivement le pied à l’étrier. Je dois beaucoup à tous ces gens. Et puis, Jacques Pelzer me disait souvent des petites phrases qui n’avaient pas l’air d’être importantes et pourtant… Par exemple : “Play simple and strong”. Ça à l’air con, mais il faut garder ça en tête. Quand on est un peu busy, on pense à ça, on se calme et on y va. Ce sont des conseils en or.

Tu appliques ça aussi dans tes compositions ? Tu essaies de garder un fil conducteur plutôt que de te laisser tenter à faire compliqué pour faire compliqué ?

Le premier disque était peut-être un peu dans cette veine là. C’était peut-être un challenge pour moi, pour me prouver que je pouvais faire « sophistiqué » aussi. Quand tu écoutes certains jazzmen belges, il faut se lever tôt pour comprendre quelque chose. A l’époque, j’étais un peu dans ce mouvement-là, dans cet esprit-là. Mais en même temps, il y avait du lyrisme. C’est mon côté méditerranéen… un peu blanchi… car je suis né ici (rires). Mais il y avait des choses intéressantes que j’ai gardé pour la suite. Et dix ans après, pour ce nouvel album, j’en ai tiré les leçons. “It Could Be The End” est aussi simple que complexe, mais toujours accessible. Je trouve, bien sûr, qu’il est beaucoup plus réussi. Là, j’ai l’impression d’avoir fait quelque chose qui pourrait marquer.

A quoi fais-tu le plus attention? Aux harmonies, aux mélodies…?

Pour moi, c’est surtout la mélodie qui prime. Ce qui me tenait à cœur, le challenge que je m’étais fixé, c’était de relier l’émotion et le cérébral. Car il y a inévitablement des trucs  parfois un peu complexes dans ma musique. Mais je voulais des mélodies que l’ont puisse presque siffloter.

Tu composes de quelle manière ? A la table, avec ta contrebasse, au piano?

A la guitare. J’étais guitariste de rock, de hard rock même, avant de me mettre à la contrebasse et au jazz. C’est donc plus naturel pour moi de chercher des accords et des mélodies à la guitare.

Tu n'as jamais été tenté de passer à la basse électrique?

Si parfois. De temps en temps, je m’y adonne puisque avec Vaya Con Dios, je joue aussi de la basse électrique. Mais, si je devais reprendre la guitare, ce serait avec plein de distos, pour faire ce que je faisais avant, avec une pointe de modernité en plus. Pourquoi pas?

On pourrait te demander de prendre la basse électrique ou alors on t’a définitivement “classé” dans un type de jazz ?

Tout à fait, je suis étiqueté. Mais, de toute façon, des bassistes électriques, il y a en a un paquet, et ils jouent tous très bien, donc je ne vois pas l’intérêt, pour l’instant, d’aller y mettre mon grain de sel. Et puis, il ne faut pas oublier que je suis encore et toujours très amoureux de la contrebasse. Je n’en ai pas fini, c’est un instrument qui m‘étonne encore.

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Y a t-il des contrebassistes que tu écoutes et qui sont des influences majeures pour toi ? Y a-t-il un certain type de jazz que tu écoutes plus volontiers qu’un autre ?

Je suis assez épris de Scott LaFaro, bien sûr, avec le trio de Bill Evans. C’est pour moi le must. On parle souvent de “l’art du trio”, mais celui-là est inégalable. Et Scott LaFaro est incroyable. On le sent instinctif, on le sent à la recherche tout le temps. Il jouait avec le cœur et les tripes. Et celui qui, pour moi, actuellement possède toutes ces qualités, c’est John Patitucci.

Le trio c’est la quintessence du jazz et est assez idéal pour un contrebassiste. Est-ce plus difficile de s’exprimer en quintette ?

C’est une question d’esprit. On peut jouer en quintette ou en quartette avec un esprit de trio. Un bon exemple, c’est le quartette de Jan Garbarek, Keith Jarrett, Palle Danielsson et Jon Christensen. Ça jouait avec l’esprit du trio. Tout le monde était en interactivité, ce n’était pas l’accompagnement d’un soliste. Palle Danielsson n’arrête pas de faire des contrepoints, puis il reprend la mélodie en même temps que Jarrett ou Garbarek. C’est la preuve par quatre qu’on peut jouer en groupe avec l’esprit du trio.

C’est cela que tu as essayé de garder dans ton quintette ?

C’est la raison pour laquelle il faut laisser pas mal de liberté et ne pas imposer une couleur trop définie. Encore une fois, les portes sont ouvertes et puis, il faut de la complicité et de la confiance. C’est comme dans la vie. Il faut avoir confiance à 100% dans les personnes que l’on choisit. Si on est à 90%, c’est qu’il y a un problème. Il faut être à 100%. C’est parfois ce qui manque à la scène jazz en Belgique. On a parfois peur que l’un ou l’autre ne joue pas comme on le veut. On le canalise trop.

N’est ce pas dû au fait que les groupes n’ont pas l’occasion de jouer beaucoup et régulièrement ensemble ?

Bien sûr. C’est un gros problème. Il y a beaucoup de demande et pas assez d’offre. Beaucoup se sont sacrifiés pour cela. Même si ce n’était pas simple avant, actuellement c’est encore plus difficile. Avant je réglais un gig en une heure, maintenant c’est trois semaines. C’est quarante e-mails, dix sms et cinq coups de fil… Bref, tu as déjà liquidé ton cachet avant de jouer ! C’est vrai qu’il y a beaucoup de monde mais il y a aussi certaines institutions qui “occupent” un peu assez bien l’espace. En tout cas, ils couvrent une grande zone. C’est un bien et c’est un mal à la fois. Grâce aux Jazz Tours ou aux Jazz Lab Series, les tenanciers ne paient que la moitié du cachet… C’est bien mais… si tu rates ce train-là, quand tu arrives avec ton groupe et que tu annonces un prix “normal”, c’est la galère. C’est un peu épuisant. Moi, je suis indépendant, c’est donc moi qui calcule mon prix. Et, trouver moi-même un engagement et annoncer le prix, qui est honnête par rapport à ce que l’on sait faire, c’est devenu très difficile, voire impossible.

 

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Pour les disques c’est difficile aussi, je suppose ? La distribution, la diffusion, tout cela n’est pas simple.

C’est tout aussi compliqué car le marché est dix fois, quinze fois plus large qu’avant. Et les gens achètent moins de disques qu’avant. On a un nouveau rapport avec le disque. Avant, on attendait la sortie d’un disque, on allait et retournait chez le disquaire pour savoir s’il était dans les bacs. Maintenant, on pianote et on trouve tout sur le web. C’est bien aussi, mais on écoute autrement. Ça passe plus vite. Moi, je veux qu’on écoute ma musique, qu’on s’y arrête…

Le disque ne sert-il pas plus de présentation ?

Oui, car pour trouver des concerts, il faut du concret ! C’est paradoxal. Mais le cd est là pour marquer le coup aussi. C’est un jalon indispensable.

C’est pour cela que les concerts sont importants aussi, pour voir et entendre quelque chose d’unique, entendre comment la musique évolue ?

Oui c’est important. Même si l’on joue ce qu’il y a sur le disque, on le jouera toujours différemment, car un jour n’est pas l’autre. C’est pourquoi il faut jouer et tourner. Et c’est cela qui est difficile. Mais un groupe qui ne joue pas, c’est un groupe qui n’existe pas. On en est tous un peu là, malheureusement. On fait des disques, mais on ne joue pas.

En tant que sidemen, tu as joué et tu joues encore beaucoup hors de Belgique. Tu as des possibilités pour aller joueur avec ton propre quintette hors de nos frontières, en France par exemple ?

J’aimerais bien, évidemment. Mais comme chaque musicien du groupe fait aussi son “truc”, c’est parfois casse-tête. Le guitariste a son groupe, la saxophoniste a le sien, le pianiste aussi… c’est donc complexe pour booker tout le monde en même temps. En plus, en ce qui me concerne, il y a le fait que Jacques Schwarz-Bart a fait son quartette et qu’il a sorti son album entretemps. Egalement avec Han Van Oosterhout. Et comme il tourne en France, si je veux démarcher là-bas, j’arrive avec presque le même line-up... c'est mort. Pour l'instant.

Les concerts, c’est pour quand alors ?

Et bien, j’attends une réponse des Jazz Lab Series pour la fin d’année ou début d’année prochaine. Et avant cela j’espère bien trouver quelques dates pour “garder la main”. Pour le moment, j’essaie de faire parler de ce disque pour pouvoir ensuite grouper les concerts. De toute façon, je ne pense pas que ce disque soit un “feu follet”. Il a été pensé pour cela aussi, pour qu’il dure. Il est assez consistant, je pense.

Bref, «It Could Be The End», n’est qu’un début alors ?

Totalement ! (Rires)

 

A+

(Merci à Jos Knaepen pour les photos !)


28/03/2012

Pascal Mohy Trio au Sounds

Le Mohy nouveau est-il arrivé ?

Cela faisait longtemps que je n’avais plus entendu Pascal Mohy en trio (la dernière fois, c’était début septembre, lors du Belgian Jazz Meeting à Bruges).

Je ne sais pas pourquoi mais, ce vendredi 23 au Sounds, on sent le pianiste plus fébrile, plus incisif. Il y a chez lui comme une nouvelle énergie qui l’anime.

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Ce soir, pas de tergiversation, pas d’état d’âme, dès les premiers accords d’un morceau de Bud Powell, il plonge. Et puis, sur «Crescent», il se lâche encore plus.

Est-il poussé dans le dos par le drumming fougueux d’Antoine Pierre ? Par le jeu plus déterminé que jamais du pirate de la contrebasse, Sal La Rocca ?

Toujours est-il que le pianiste parait libéré du lyrisme dans lequel il semblait s’enfermer.

Ce soir, ça sonne et ça claque. Et le trio passe en revue une bonne partie des plus grands standards du hard bop. Il n’y a pas de raison de ne pas se faire plaisir ! Et le plaisir est communicatif entre nos trois jazzmen et cela semble leur donner des ailes.

Après un jubilatoire et groovy «This Here» de Bobby Timmons, ils s’attaquent à «Cherokee», version balade, de manière somptueuse. C’est somptueux car le trio évite la mièvrerie, contourne les clichés et fait briller ce classique des classiques à la manière d’un Brad Mehldau au meilleur de sa forme. La main gauche de Mohy ne tremble pas. Elle est ferme et convaincante. Sûre d’elle. Déterminée. Je n’avais plus entendu une version aussi brillante de ce morceau depuis longtemps.

Alors, comme portés par leur élan et leur enthousiasme, les trois musiciens terminent le premier set en feu d’artifice avec «Hallucinations» de Bud Powell, qui semble décidément bien inspirer notre pianiste.

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Rassurez-vous, Pascal Mohy n’a rien perdu de sa sensualité et sa version de «Satin Doll» d’Ellington a presque quelque chose de sexuel. Il y a cette façon de retenir l’extase, de jouer au chat et à la souris avec la mélodie, d’user, sans abuser, de stop and go. Il y a cette entente, ce défi constant, ce contraste brutal entre le piano et la batterie... Car Antoine Pierre joue sec, cinglant et tonique. Mais quand il le faut, le batteur peut se faire très félin aussi (comme lors de «In A Sentimental Mood»). De son côté, Sal La Rocca n’est pas en reste et, s’il fait souvent le lien,le passeur, il n’hésite pas à mettre de l’huile sur le feu de temps à autres. Le voilà qui relance, qui fait claquer les cordes, puis les fait murmurer.

Tout ce jazz est bien dégraissé, vif et fringuant. Il a de la saveur, il a du corps. Et c’est tout ce qu'on demande, c'est tout ce qu’on aime.

Il y aura encore un thème de Charlie Parker («Now’s The Time») et un de Gainsbourg («La Javanaise») mais aucune composition personnelle, comme s’il s’agissait pour Mohy de prendre un peu de recul, de prendre un nouvel élan... pour mieux sauter...

On peut lui faire confiance, il est sur la bonne voie.

A+

 

23:34 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pascal mohy, sounds, antoine pierre, sal la rocca |  Facebook |

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

13/03/2010

Just Jazz It - Mohy et Bollani au Beurs

Vendredi 26 février, on fait la file devant le Beursschouwburg pour le festival Just Jazz It.

Le double concert de ce soir est archi sold-out. Pour avoir encore une chance de trouver une place, il faut s’inscrire sur une liste d’attente en espérant un éventuel désistement.

Cet engouement est sans aucun doute dû à la venue de Stefano Bollani. Il jouera en solo après le concert du trio de Pascal Mohy.

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Place donc au jeune pianiste belge, pour commencer, accompagné par Sal La Rocca à la contrebasse et Joost Van Schaik aux drums.

Douceur, lyrisme et délicatesse au menu. Le trio nous propose un joli voyage, dont il a le secret, dans une ambiance intime et toute en retenue… trop, peut-être. Les morceaux s’enchaînent («Don’t Explain», «Jojo», «6.4.2») mais la sauce a du mal à prendre. On dirait que le fluide ne passe pas vraiment et que personne ne se lâche tout à fait. Le toucher de Mohy est toujours fin et aérien. Les interventions de Sal toujours charnues. Le jeu de Van Schaik juste… mais… Dans ce climat très Evansien, on attend un peu l’étincelle, le plaisir, la surprise, le «lâché prise»… Ha, ça me coûte vraiment d’écrire ça, car j’adore ce trio et le jeu de Pascal Mohy, mais ce soir, à mon avis, ils sont passés un peu à côté. Allons, ce n’est que partie remise, j’en suis sûr.

Quelqu’un qui n’est pas passé à côté de son concert et qui prend du plaisir sur scène, c’est Stefano Bollani. Une bourrasque, une tornade, un feu d’artifice.

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L’Italien débarque avec son sourire, sa joie, son humour, son soleil. Et il partage le tout avec nous.

Voici sans doute l’un des plus fabuleux concerts solo auxquels j’ai assisté.

La variété des styles, les changements de rythme, les variations de tempos, les différentes ambiances, Stefano Bollani les maîtrise avec une incroyable facilité.

Le jeu est d’abord vif et très percussif. Il prend possession de tout le clavier, s’aide du coude pour ponctuer plus fortement encore certains accords. Jamais le sens de «faire sonner un piano» n’a été aussi approprié. Tout reste harmonieux, car Stefano est un véritable amoureux des mélodies. Il a la musicalité à fleur de doigts, le lyrisme chantant, la mélodie lumineuse. Rien n’est jamais convenu chez lui, même ses ballades respirent un romantisme sincère.

Bollani passe sans transition, mais avec une intelligence certaine, d’un jeu à la Jarrett qui aurait pris le soleil (les ostinatos et les motifs répétés sont de mille nuances) à un jeu très contemplatif et serein. Il saupoudre d’un peu de blues, une pointe de stride, un soupçon de chanson. Bollani fait feu de tout bois. Son influence de la musique classique est aussitôt contrebalancée par un air pop ou un standard de jazz. Sa culture musicale semble sans fin.

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C’est ce qu’il démontre avec un humour désarmant lors du rappel pour lequel il demande au public une vingtaine de titres en tout genre (ça va de Puccini à Scott Joplin en passant par Satie, Paolo Conte, Miles et d’autres moins célèbres). Bollani prend tout et nous livre tout ça en un medley ahurissant et jubilatoire.

On ressort du Beurs avec une incroyable énergie et un sourire jusqu’aux oreilles.

Chapeau et merci Maestro !

 

A+

 

04/01/2010

Lionel Beuvens Trio au Sounds

Y a pas à dire, un trio bien soudé et complice, ça fait toujours du bien par où ça passe !

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Ce samedi soir au Sounds, le batteur Lionel Beuvens a réuni autour de lui deux amis fidèles : Sal la Rocca (avec qui il joue dans le trio de Sabin Todorov) et Alexi Tuomarila (qui l’accompagne dans le projet Grass Monkeys).

Premier concert de 2010 sous le signe indéniable du jazz.

Après un morceau chaloupé qui ne fait que monter en groove (le magnifique «Fragile» écrit par Lionel Beuvens lui-même), le trio s’attaque à Ornette Coleman avec «Chronology».

Le jeu virevoltant d’Alexi Tuomarila, qui a mis le groupe de Tomasz Stanko entre parenthèses le temps des fêtes, est d’une justesse impressionnante.

Le pianiste finlandais, éternelle gueule d’ange, habituels Fred Perry aux pieds et bracelets fétiches aux poignets, déroule un jeu virtuose sans ne jamais rien laisser paraître sur le visage.

Sur les ballades, il laisse de côté le lyrisme ou le romantisme bon ton pour plutôt accentuer les arêtes. Son jeu n’en est que plus expressif, presque expressionniste. Et comme pour confirmer cette impression, le trio redessine «Moon And Sand» dans un trait assez nerveux, même si l’on y devine ici et là quelques intonations empruntées à Bill Evans. «What This Thing Called Love?» subit le même traitement avec des musiciens qui jouent au chat et à la souris.

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L’interplay fait merveille et chacun se permet des solos aussi brillants que concis. Sal la Rocca plonge à pieds joints dans des improvisations robustes! Le jeu de Lionel Beuvens va bien au-delà d’un simple soutien rythmique. Il arrive à découper les phrases, à donner du relief à chaque rebond, à dynamiser chaque frappe. Il saute parfois un temps pour mieux accentuer le suivant. Le tout dans un timing parfait.

Ce trio est une sorte de mille-feuille. Sur «Jessica» par exemple, chaque musicien façonne une couche à sa couleur, son rythme, son harmonie. On y descellerait peut-être une pointe de trio de Brad Mehldau époque «House On The Hill» ? À tout moment, ça groove et ça swingue. Et tout est dosé subtilement pour garder une tension optimale.

Pendant deux morceaux («Béatrice» de Sam Rivers et « Mister PC » de Coltrane) le trio se fait quartette avec l’intervention décidée de l’excellent Erik Bogaerts (Bender Banjax) au ténor.

Il y a du monde au Sounds et tout le monde à l’air de s’amuser. On se demande alors pourquoi le trio n’est pas remonté sur scène pour un bis que le public réclamait pourtant avec insistance. Quand c’est bien on en veut toujours plus.

On attend donc de les revoir au plus vite.

A+

 

22/07/2009

Pascal Mohy Trio à l'F

 

Après la conférence de presse présentant les Dinant Jazz Nights 2009 (vous voyez, je ne suis pas à l’avance dans mes comptes rendus) avait lieu à l’F un concert du trio de Pascal Mohy.


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Déjà écouté son merveilleux «Automne 08» sorti chez Igloo il y a peu? Non? Hé bien vous devriez le faire.

Ce soir, c’est Lieven Venken qui «remplace» Joost Van Schaik aux drums.
À la contrebasse, par contre, c’est bien Sal La Rocca, le pirate au grand coeur.

Après un «All Of You» délicat, Pascal Mohy «lâche» un jubilatoire «12 Huîtres Boogie» (ne me demandez pas la signification de ce titre, je ne la connais pas et je ne sais même pas si Pascal peut lui-même fournir une explication…) aux accents italiens d’un motif court et répétitif qui rappelle un peu Nino Rota (la musique de «Il ne faut pas parier sa tête avec le diable» de Fellini, par exemple).
Quelle aisance dans le toucher.


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Le jeu de Lieven Venken est feutré avec juste cette petite touche abrasive qui donne un peu de sel, un peu de poivre au thème.
Le sourire en coin, il frotte les balais sur la peau de sa caisse claire et respire le tempo.

On dit toujours - et moi le premier - qu’il y a un côté mélancolique et nonchalant chez Mohy, mais il faut aussi y lire chez lui le second degré, la légèreté et la prise de recul face à sa musique qui l’empêche de tomber dans la démonstration ou le maniérisme.

Il suffit pour cela d’écouter «Jojo» ou «If I Were A Bell» pour s’en convaincre. Clin d’œil amusé, sourire complice avec Sal et Lieven… un goût pour la fête simple.


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Avant «‘Round Midnight» et un «Just In Time» que n’aurait pas renié un Ahmad Jamal, le trio nous offre cette perle: «6.4.2», un morceau langoureux et sensuel qui imite le ressac fatigué d’une mer chaude.

On était à Dinant… ou bien plus loin, peut-être…

A+

22:56 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pascal mohy, sal la rocca, lieven venken, l f |  Facebook |

22/03/2009

Du neuf à Leffe.

Ça y est.
Après bientôt 12 ans de festival, Dinant s’offre enfin un club.
Hé oui, il n’y avait pas de club de jazz dans la cité qui a vu naître le papa du saxophone.
Bien sûr, certains se rappellent la grande époque du Charles Quint (qui a fermé ses portes au début des années 90), mais depuis, c’était le calme plat du côté du rocher Bayard.

Il fallait bien un fondu à qui rien ne fait peur pour décider d’ouvrir un club à l’époque où la plupart d’entre eux tirent la langue… quoique ce soit l’histoire éternelle des clubs de jazz.
Tout le monde connaît la blague: «Comment devenir millionnaire? … Être milliardaire et ouvrir un club de jazz!»

Jean-Claude Laloux n’est pas milliardaire, mais il est un amoureux éperdu du jazz et c’est sans conteste l’une des principales qualités requises pour faire fonctionner un club.

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L’F est donc né.

L’F, parce que le club se situe à deux pas de l’Abbaye de Leffe, dans l’ancienne classe de gym de l’école inoccupée depuis près de cinq ans et qui fut rachetée par les Pères de l’Abbaye. Et ceux-ci l’ont mis gracieusement à la disposition du jazz…

Ce 7 mars, pour le concert d’ouverture, Jean-Claude et ses bénévoles avaient mis les petits plats dans les grands pour proposer une belle et grande jam.

Dans la salle, plus de 200 personnes.
Et sur la scène, on a vu défiler Rhoda Scott, David Linx, Steve Houben, Roby Lakatos, Sal La Rocca, Hans Van Oosterhout, Greg Houben, Maxime Blesin, Kalman Olah (qui fut un peu à l’origine de la création des Dinant Jazz Nights) et même le Père Augustin (pour un «C.Jam Blues» mémorable).
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La fête a donc commencé avec Kalman Olah en solo sur «East Of The Sun», rejoint ensuite par Sal La Rocca, Hans Van Osterhout et Steve Houben.
Jazz tout en douceur et décontraction.
Les clins d’œils s’échangent et Maxime Blesin monte sur scène pour un délicat et sensuel «River Of Dreams». Le jeu de Maxime est souple, profond et légèrement swinguant.
Idéal pour glisser vers un «Shifting Down» plus «nocturne» que jamais.
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Quand Rhoda Scott arrive sur scène, c’est avec la ferme intension de bouter le feu à chacun des tunes.
Elle entame «Like Someone In Love» en y mettant toute son âme.
Bien vite la tension monte. On navigue alors entre soul et gospel.
Ça transpire ferme.
Houben déroule des phrases incandescentes et Rhoda enflamme le reste.

David Linx ne fait pas baisser le niveau. Au contraire, électrisé par l’ambiance, il nous sert un troublant et fabuleux «I’ve Got The World On A String» (de Frank Sinatra) à la façon Etta James… Merveilleux !
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On calme quelque peu les esprits avec l’une ou l’autre ballade («My Romance») avant que Roby Lakatos ne vienne à son tour raviver les ardeurs.
Le violoniste hongrois démontre tous ses talents d’improvisateur virtuose.
Le hard bop se mêle aux accents tziganes.
Les échanges entre Greg Houben (remonté par son récent séjour à New York), Rhoda Scott et Maxime Blesin sont éclatants.
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Puissant et d’une justesse étonnante, Hans Van Osterhout a assuré ces rythmes d’enfer durant toute la soirée, sans jamais faiblir… Tout comme Sal La Rocca. Chapeau.

Tout le monde est ravi, la «première» est totalement réussie.

Rendez-vous est pris !
Le mois prochain (le 3 avril), l’F accueillera Eric Legnini et Lionel Belmondo, puis le trio de Greg Houben, puis… puis…

Longue vie à l’F.

A+

30/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 2)

Et le deuxième jour à Dinant Jazz Nights, c’était comment ?

Hé bien, c’était bien !
Après avoir un peu flâné dans la ville et ses environs, après avoir eu le temps le temps d’écrire quelques lignes pour Citizen Jazz et après avoir eu l’occasion de lire le très long et très intéressant article de Brad Mehldau à propos de la créativité musicale dans Jazzman (je vous en recommande la lecture), je suis retourné sur le site du Festival.

Je faisais, en plus, partie du jury pour le concours des jeunes talents jazz, en compagnie de Jean-Pierre Goffin (Vers l’Avenir / Showcase) et de Jean-Marie Hacquier (Jazz Hot). Mais je vous en parlerai plus tard, dans un billet spécial.
Ça vaut bien ça.

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En attendant, se produisait sur scène le groupe de Greg Houben et Julie Mossay.
Leur projet, que j’avais découvert en 2006 lors du festival Jazz à Liège, est bâti en partie sur des œuvres de Fauré et de Debussy.
À cela, ils ont mélangé des chansons brésiliennes (Buarque, Jobim…) ainsi que du jazz.

Le résultat m’avait déjà emballé la première fois et je suis encore resté sous le charme de cette belle idée, intelligemment mise en musique.

Greg et Julie, entourés de Pascal Mohy (p), Stephan Pougin et Lionel Beuvens (dm), Quentin Liégeois (g), Mathieu Vandenabeele (Rodhes) et Sal La Rocca (cb), avaient aussi invité Steve Houben (fl) sur un ou deux thèmes.

2002

Le résultat est magnifique, lyrique (voix merveilleuse de Mossay), sensuel (le chant et la trompette de Greg Houben), groovy (les percus), poétique (le piano et la guitare) et bien dans son temps (les effets électro justes de Mathieu).
Une fusion originale qui exclut avec brio les clichés.

Autre grand moment très attendu: Rhoda Scott et Eric Legnini en duo.

Même Guy Le Querrec ne voulait pas rater ce moment.

2003

Piano et orgue Hammond.
Jazz, soul et gospel.
L’interaction est idéale dès le début.
Rhoda déroule d’abord le tapis sous les notes enivrantes de Legnini («Trastevere», «It Could Happend To You») avant que le pianiste ne renvoie l’ascenseur sur «I Love The Lord»...

2004

Ça swingue, ça chauffe et tout le monde s’amuse.
Même Toots Thielemans montera sur scène pour accompagner nos deux claviéristes pour un brillant «Sunny Side Of The Street».

2005

Pour clôturer la soirée, et en remplacement de Milton Nascimento qui avait donc déclaré forfait la veille du festival, Tania Maria et son quartette feront danser gentiment le chapiteau.

2008

Mélange de classiques («One Note Samba» ou «Agua de Beber») et de compositions originales, l’ensemble est servi avec élégance par Marc Bertaux (eb), Tony Rabeson (dm) et toujours l’excellent Mestre Carneiro (perc).

Toots, toujours dans le coin et toujours bon pied bon œil, fera à nouveau un passage sur scène pour notre plus grand plaisir.

2007

Moins délirante que la dernière fois où je l’ai vu (Jazz Middelheim), la pianiste brésilienne nous a quand même offert un excellent concert, frais et joyeux.

2006

Allez, une bonne Leffe au fut, quelques discussions et fous rires avec musiciens et amis et… au lit (la journée commence tôt dimanche: 15h à l’Abbaye pour un duo absolument magique – oh oui ! - entre Rhoda Scott (sur les grandes orgues) et Steve Houben au sax).

A+

27/04/2008

Sabin Todorov Trio - De Werf

On connaît bien Sabin Todorov comme excellent accompagnateur de chanteurs et chanteuses (il a longtemps sévi dans les Singers Nights au Sounds et lors du International Young Jazz Singers du Music Village).
Ils le disent tous: Sabin les soutient et les porte grâce à une qualité d’écoute exemplaire.

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L’homme est sensible, fin, raffiné… presque timide.
Mais ce n’est pas parce qu’on est timide, qu’on n’a rien à dire.
Et Sabin a quelque chose à dire et à raconter.
C’est évident.
Alors, discrètement, au fil des années, il a choisi son trio et choisi ses thèmes. Il a rodé la formule l’année dernière lors des Jazz Tour des Lundis d’Hortense.
Et le voilà aujourd’hui avec un premier album et une tournée des JazzLab Series.

Direction De Werf, à Bruges pour découvrir son univers.

Le trio attaque avec un traditionnel Bulgare («Krivo»), très sautillant, entraînant et dansant, avant d’enchaîner avec «Red Carpet», une ballade lyrique aux notes scintillantes.

Le jazz de Sabin Todorov est fortement influencé par ses origines slaves.
On lui en voudrait, d’ailleurs, de ne pas en injecter dans sa musique.
C’est cela qui lui donne toute sa personnalité.

Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser aussi à Bojan Z, parfois. Sur «The Field», par exemple. Ce morceau incisif souligne la cohésion du groupe, révèle le jeu sec et tranchant de Lionel Beuvens à la batterie, et met bien en valeur la basse ondulante, grave et sensuelle de Sal La Rocca.
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Le trio se connaît bien et on le sent prêt à prendre des libertés, à se surprendre et à nous surprendre.
À ce titre, «Carambol» ou « Mirage » sont exceptionnels.
Ce dernier morceau, introduit magnifiquement par Sal, évoque la solitude, l’abandon et la froideur d’une nuit dans le désert.
Puis, comme un vent qui se lève, le piano et la batterie viennent rejoindre la contrebasse.
L’ouragan s’approche mais n’éclate pas et seul le piano reprend à son compte les fines notes orientales et nostalgiques du thème.
Puis tout s’agite à nouveau et le trio repart dans un jazz énergique et musclé.
Les improvisations sont riches en rebondissements, et se terminent cette fois par un solo de batterie. Un solo fabuleux qui reste dans l’esprit du morceau: groovy, nerveux et chaloupé.
Retour au thème et final explosif.
Brillant.
Magnifique.
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Le deuxième set débute en piano solo.
Dans ces moments plus intimes, toujours mâtinés d’un esprit balkanique, Todorov révèle un touché sensible qui flirte avec Bill Evans ou Lennie Tristano.

On retrouve un peu cette influence, lors du rappel, sur «Eclipse», un morceau extrêmement dépouillé, très contemporain et assez débridé dans sa construction.
Tout cela est joué sans maniérisme, sans cliché mais avec une vraie personnalité.

Un trio à suivre, assurément.

Le disque de Sabin Todorov («Inside Story») vient de sortir chez Igloo.
Le groupe sera en concert au prochain festival Jazz à Liège dont l’affiche est, cette année encore, plus qu’alléchante.

Il faudra y être.

A+

18/10/2007

Hertmans (Jazz Station) Bart Defoort & Emanule Cisi (Sounds)

Comme me le disait dernièrement une excellente amie chanteuse: «Jacques, tu es très en retard dans la mise à jour de ton blog !»

Hé oui, c’est vrai, c’est derniers temps, mes journées et mes soirées furent très (trop) remplies…
Heureusement que le Sounds reste ouvert très tard (ce qui permet d’aller boire un verre en sortant du bureau... vers 23h). Ça ne repose pas vraiment son homme, mais ça fait tellement de bien que ça redonne une bonne pêche!

Je reviendrai donc plus tard sur quelques sujets qui me tiennent à cœur (disques, livres, artistes, etc.), mais avant cela, un petit mot sur les concerts de samedi dernier.

D’abord, Peter Hertmans Quartet à la Jazz Station.
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Je suis arrivé pour le deuxième set. (Hé oui… boulot).

Une habitude avec ce groupe...

Après un premier thème assez «groovy» («Pure Soul»), Peter installe le climat tout en retenue de «Cadence 1».
Les phrases du guitariste se font longues et étirées.
On est dans une atmosphère très ECM.
A la batterie, Lionel Beuvens joue avec beaucoup de légèreté et de souplesse. La combinaison avec Théo De Jong (à la guitare basse acoustique « électrifiée ») fonctionne à merveille.
Plus tard, sur un autre thème aux accents un peu plus folk, c’est avec le soprano de Daniel Stokart que la magie opère.

Bien que naviguant entre post-bop et fusion, le quartet élargit parfois le spectre vers une musique plus latine ou un groove qui flirte avec le funk.
L’ensemble a quelque chose de touchant, d’humain. On sent une belle complicité entre les musiciens. Pas de chi-chi, pas de longueurs: ça joue.

Lionel Beuvens  ayant un autre gig, on n’aura pas droit à un rappel.
Dommage, avec le furieux «Doctor Dré», le groupe nous avait mis l’eau à la bouche.

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Direction «Le Sounds» pour écouter Bart Defoort (Jazzhood) et Emanuele Cisi.

J’avais déjà entendu le saxophoniste italien il y a quelques années lors d’un concert au Music Village (avec Michel Benita et… Aldo Romano (??)).
J’étais curieux d’entendre le résultat que pouvait donner les deux ténors rassemblés.

Hé bien, on peut dire que ça fonctionne.
Et plutôt bien !
Il est même d’ailleurs question qu’un enregistrement studio suive.

A quelques exceptions près («Easy Living», un morceau de Kurt Weil ou «The Chase» de Ron Van Rossum), la plupart des morceaux sont des originaux écrits par Emanuele ou Bart.
Et tous les arrangements sont du musicien belge.
C’est fantastique car, à aucun moment, les souffleurs ne se marchent sur les pieds.
Au contraire, ils se complètent magnifiquement.
Il faut les entendre jouer à l’unisson sur «Taïs».

On est dans un tout autre style que lors du concert que Bart avait donné avec Jereon Van Herzeele lors du Jazz Marathon cet été. Ici, on est plus dans un bop moderne. Moins éclaté, mais tout aussi brillant et dynamique.
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Cisi est souvent très énergique, voire parfois explosif. Et ses dialogues avec l’excellent Sebastiaan De Krom (oui, oui, le batteur de Jamie Cullum) furent d’une intensité remarquable.

Le batteur, au drive très sûr et précis, nous offrit une belle démonstration lors d’un de ses solos. Il joue, comme il aime à le faire, avec toutes les parties de la batterie (caisse, supports etc.), il étouffe les sons avec un pied sur les tambours, et nous fait un roulement qui part du tonitruant pour aller vers un touché des plus délicats.

Autant dire qu’avec un tel batteur, Sal La Rocca était aux anges.
Et on le voit jubiler sur «Alma» joué à 100 à l’heure.

Il ne faudrait pas oublier dans ce groupe le pianiste.
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Ron Van Rossum m’a sans doute le plus impressionné ce soir.
Je l’avais entendu quelques fois lors de jams, mais rarement en concert.

J’adore ce genre de pianiste.
Ron a un sens de l’écoute incroyable, une attaque franche, un débit tantôt rapide, tantôt parcimonieux. En l’écoutant, j’avais le sentiment d’entendre l’influence d’un Bud Powel.
Toujours prêt à changer de direction, à lancer des idées. Son touché et son phrasé sont merveilleux. Dans ses solos, il continue à jouer avec la batterie, il laisse des respirations, se relance sur d’autres pistes, cherche, trouve…
Il n’en met pas partout… et pourtant, la musique est là.
C’est grisant.

Je ne demande qu’à réentendre tout ça.
Sur disque, mais aussi sur scène.

Quel plaisir le jazz !
Je discute avec les musiciens au bar jusqu’à une heure très avancée de la nuit.

Je vais avoir une de ces pêches demain matin, moi !

A+

11/07/2006

Mariana Tootsie - Ivan Paduart au Sounds















Pas de « petite finale » sur grand écran ce soir au Sounds. ( Sergio et Rosy se réservaient pour la finale de dimanche… Le choc des chocs.)

Par contre, c’était presque « gala », car Mariana Tootsie avait convié Ivan Paduart, Sal La Rocca et Joost Van Schaik à l’accompagner ce soir.

J’avais déjà entendu Marianna une fois ou deux ( essentiellement lors de jam’s ), mais jamais pour un « vrai » concert.
Bon, c’est vrai que c’était un peu particulier puisque ce n’était pas son groupe habituel ( il me semble qu’on y retrouve plutôt Raph Debacker, Ben Ramos ou Sam Rafalowicz, si je ne dis pas trop de bêtises ).
Mais un concert avec Ivan Paduart, ça ne se refuse pas.

Après un ou deux morceaux joués sans elle, Mariana Tootsie monte enfin sur scène.
Elle possède décidément une très belle voix. Elle a une aisance et un charisme évident…Et cela malgré le fait que le quartet n’ait eu que peu de temps pour répéter.

Alors, démarrer avec « Il Paradiso Dei Cacciotielli » de Maria Pia De Vito, c’est un peu comme courir un 3000 m sans échauffement.
Hé bien, Mariana s’en sort plus que bien. Elle impose directement son style et ne cherche pas à imiter la chanteuse italienne.
Le seul « hic », à mon avis, vient du choix du batteur pour ce genre de concert. Joost est un excellent drummer, mais dans ce contexte-ci, il était un peu trop envahissant. Lors de « My Favorite Things » par exemple c’en devenait presque assourdissant ( ok, j’exagère un peu ). Dommage, car sur ce morceau, il y eut de beaux moments où Ivan Paduart fit de belles digressions et nous offrit de belles impros par exemple.
Sal La Rocca, quant à lui, fut impeccable: justesse, groove, subtilité… Parfait de bout en bout.

Mais la machine se rode peu à peu…
Et on termine le premier set avec un morceau brésilien suivi de « Popsicle Toes » où l’on sent le groupe plus « uni » et Marianna plus à l’aise.

Pour le deuxième set, après avoir à nouveau démarré sans la chanteuse, ( avec le très beau morceau de Paduart « Igor » ) il semble que le « répertoire » soit plus adapté au chant de Tootsie.
On est plus dans le blues, dans le « roots ». Et ça lui va à merveille.
On sent le quartet un peu plus libéré. Ça respire mieux.
Du coup, on a droit à un très beau moment quand Ivan et Marianna entament en duo « The Man I Love » avant que le reste du groupe ne les rejoigne.

Une chanteuse à suivre...
Mais ne vous inquiétez pas, je vous tiendrai au courant !

A+