24/09/2010

Mognoscope au Théâtre Marni

Afin de présenter les dernières parutions de son label Mogno Music, Henri Greindl a misé sur le tir groupé. En effet, deux jours de suite, le 8 et 9 septembre, 6 groupes se sont succédé au Théâtre Marni.

Je m’y suis rendu le deuxième soir pour écouter Sabin Todorov et Bernard Guyot en duo, le groupe de Fabrizio Graceffa et finalement le groupe d’Osman Martins et Pierre Gillet.

La veille, Mogno avait présenté ses autres parutions : Charles Loos en solo, le trio de Paolo Loveri et Wappa Tonic Quintet.

 

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En 2008, avec Summer Residence (et avec Charles Loos), Bernard Guyot avait frappé un grand coup en écrivant une superbe suite en 5 mouvements en hommage au club  Le Travers (qui fêtait, à titre posthume, ses trente ans). On découvrait alors un saxophoniste sensible et talentueux. On ne savait pas vraiment, à l’époque, que Bernard et Sabin Todorov se côtoyaient depuis pas mal de temps déjà et avaient même monté un quartette ensemble. C’est pourtant forts de cette longue amitié, qu’ils ont décidé de jouer en duo et d’enregistrer une démo,« juste pour voir». Rien de plus précis que ça au départ. Mais à la réécoute des « bandes », ils se rendent à l’évidence : «ça sonne!». Tout s’enchaîne assez rapidement, ils enregistrent d’autres compos de l’un et de l’autre et Henri Greindl se propose de sortir l’album. Voilà donc «Archibald’s Song».

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Amusant et intéressant d’écouter ces deux personnalités s’échanger leurs visions de la vie, de confronter leurs idées musicales, d’évoquer leurs origines et leurs souvenirs.

La plupart des compositions de Guyot sont souvent tendres et lyriques, voire sentimentales.

«St Charles School» est une belle ritournelle ensoleillée, «Au bord de l’océan» est assez rêveur et introspectif tandis que «Blues Oriental» est plus mystérieux et puise dans l’imaginaire romanesque. Au ténor, le jeu de Guyot est d’une grande clarté, mais c’est au soprano qu’il est encore plus convaincant. Il y injecte juste ce qu’il faut d’acidité pour en souligner une certaine fébrilité. Les longues phrases ondulantes et les brèves ponctuations aiguisées s’équilibrent entre elles avec souplesse. Sabin Todorov se fait faussement discret au piano. Il met en valeur les harmonies du saxophoniste, mais il n’hésite pas non plus, quand il le faut, à se faire plus incisif. Bien sûr, c’est sur ses propres compositions que Todorov révèle plus encore ses origines slaves. «Soul Of A Imigrant» est une sorte de valse hésitante qui évoque la marche inquiète d’un voyageur qui ne sait pas où il met les pieds ni où ce chemin le mènera. Ces influences sont encore plus flagrantes sur «Crying Game» ou la polyrythmie et les mesures impaires sont fortement présentes. (Si vous aimez ça, je ne peux que vous conseiller son album «Inside Story 2» dans lequel il a invité un quatuor de voix bulgares). Les deux musiciens semblent s’adapter à la musique de l’autre, s’adapter au langage de l’autre, s’adapter aux différences de l’autre, pour finalement, s’adopter l’un et l’autre. Belle leçon.


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Fabrizio Graceffa (eg) opte pour un style assez inspiré d’un Kurt Rosenwinkel. Il teinte son jazz, plutôt languissant, de légères structures pop.  Il joue avec quelques loops et quelques sampling pour initier un tapis légèrement groovy. Il diffuse des ambiances éthérées et des mélodies simples sur lesquelles Jean-Paul Estiévenart (tp) improvise quelques phrases plus élaborées. «5.4» sonne cependant un peu bizarrement, la trompette semble être trop en arrière-plan, la batterie (Herman Pardon) est très présente et la contrebasse (Boris Schmidt) trop discrète. Heureusement, sur le disque, l’équilibre est bien mieux réparti.

«The Answer» puis «Back Home» sont deux thèmes plus instantanés, plus direct, et permettent à la trompette de prendre plus d’ampleur. Estiévenart se libère dans un solo magnifique. On y sent plus de puissance et de détermination. Il arrache les notes et déchiquette l’harmonie. Du Estiévenart comme on l’aime. Au moment d’entamer «Stories», morceau titre de l’album, Graceffa invite la chanteuse Jennifer Scavuzzo qui a écrit des paroles sur cette composition. C’est assez tendre et assez pop. On terminera ce concert agréable, mais peut-être un peu trop sage à mon goût, avec… «Something Is Missing».

Ceci dit, le disque – dans lequel Peer Baierlein est à la trompette – joue la carte de la décontraction et il faut admettre qu’il se déguste avec plaisir.


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Troisième et dernier concert de la soirée: Osman Martins et Pierre Gillet venus présenter «Parceria».

J’avoue ne pas être un «fondu» de la musique brésilienne (je vais sans doute décevoir Henri Greindl dont le cœur bat en grande partie pour elle), ce qui ne m’empêche pas de l’apprécier et d’y prendre du plaisir à l’écouter. Et heureusement, ce soir, le plaisir était de la partie.

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Osman est un excellent chanteur et joueur de cavaquinho (sorte de ukulele qui offre, me semble-t-il, bien plus de nuances). Après avoir beaucoup tourné dans son pays et en Italie, Osman Martins s’est installé à Bruxelles à la fin des années ’80 et a donc pas mal écumé les clubs et bars du Benelux. Il s’y est fait quelques amis musiciens tels que Steve Houben, Manu Hermia (que l’on retrouve tous deux sur l’album) Maxime Blesin ou encore Pierre Gillet. Ce dernier est un jeune et excellent guitariste que je ne connaissais pas. Avec sa 7 cordes, il fait plus qu’accompagner Osman. Il possède indéniablement une technique irréprochable mais il a aussi un sens inné de la musique brésilienne et du choro en particulier. Ça tombe bien, c’est de choro qu’il s’agit ce soir. Cette musique traditionnelle et populaire, chaude et joyeuse, nous est délivrée avec enthousiasme par les deux guitaristes entourés de trois percussionnistes: Junior Martins (le fils d’Osman), Michel Nascimento et Osvaldo Hernandez. Les morceaux sont concis et nerveux. C’est souvent dansant - même une relecture de «l’Aria» de J.S. Bach vous fait onduler des hanches - et parfois mélancolique («Uma historia» ou «Choro Negro» par exemples). L’entente entre Gillet et Martins est assez remarquable. Jamais ils n’empiètent sur le terrain de l’autre. Ils se partagent tour à tour le soutien rythmique puis la mélodie. Les percus, très diversifiées (Pandeiro, Cuica, Caxixis, Triangle, Atabaque, etc...), sont utilisées avec finesse et, même si elles sont très présentes, ne sont jamais envahissantes. L’ensemble est plutôt convaincant. Bref, si vous voulez faire entrer un peu de soleil chez vous cet automne, vous savez ce qu’il vous reste à faire...

 

 A+

 

07/06/2010

Bodurov Trio - au Sounds

 

Il y a quelques années, en rentrant avec lui de Bruges, où il avait donné un concert, Sabin Todorov m’avait conseillé d’écouter un certain Dimitar Bodurov. Plus tard, je lisais dans Jazzmozaïek d’excellentes critiques à propos de son album «Stamps From Bulgaria 2008». Et ce jeudi 3 juin, Sergio avait la bonne idée de le faire venir au Sounds. Je ne pouvais pas manquer ça.

Dimitar Bodurov est arrivé depuis plus de dix ans aux Pays-Pas pour y étudier au conservatoire de Rotterdam. Deux ans plus tard, il formait un trio avec Cord Heineking (cb) - remplacé depuis par Mihail Ivanov - et Jens Düppe (dm), que l’on connaît bien chez nous, puisqu’il est le batteur du quartette de Pascal Schumacher. Dimitar Bodurov est d’un naturel souriant et a le sens du contact avec le public. Sur scène, il est décontracté et concentré à la fois. C’est que cette musique est, semblant de rien, assez complexe.

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Le trio attaque avec «Butch». Mélange subtil de rythmes balkaniques dansant, nerveux, tendus, et de silences abruptes. Bodurov aime autant jouer avec les moments suspendus qu’avec le tonnerre.

Même si tous les thèmes sont basés sur des traditionnels Bulgares, que Bodurov a totalement arrangé, le pianiste s’applique à s’en éloigner. Il s’en sert plutôt comme d’un tremplin à l’improvisation et à l’échange, histoire de préparer un bel espace de jeu pour le groupe.

Bodurov possède un toucher alerte, assez percussif, nerveux et découpé. Il module les phrases, slalome entre les rythmes ondulants. Sa musique est très mouvante, toute en accélérations et retenues.

«Mamo» est plus mélancolique et plaintif. Quand le piano se lamente, Mihlali Ivanov utilise l’archet et fait pleurer sa contrebasse comme un véritable violon tzigane.

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Sur quelques thèmes, Bodurov utilise le sampling de la voix d’une vieille chanteuse folklorique aujourd’hui disparue. Lamentation, prière, chant de désarroi ou d’espoir: on touche au jazz de chambre. La musique sent l’hiver rude et la famille réunie dans une maison pleine de courants d’air: c’est «Dobro». L’utilisation de la voix est un tour de force sur le très musclé «Doncho», par exemple. Jamais les musiciens ne s’interdisent l’improvisation, la liberté d’inventer, de chercher ou de s’échapper. Et ils retombent toujours sur leurs pieds, malgré les tempos hyper mobiles. Quels que soient les chemins qu’ils prennent, il ne manque jamais personne au rendez-vous. Le trio nous fait vraiment voyager au travers d’un jeu typé, entrelaçant les mélodies mélancoliques à une rythmique complexe. Tout est affaire de contrastes et de dosage. Jouant beaucoup sur les cassures et les stop and go, nos trois amis s’entendent à merveille et l’interaction est parfaite.

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Jens Düppe est un excellent coloriste, son jeu est aussi fin qu’il n’est brutal. Son solo, avant la fin du premier set, est sans doute l’un des plus originaux que j’ai entendu depuis longtemps. La syncope est comme toute de biais, comme prise à l’envers. Il nous surprend et surgit là où on ne l’attend pas. Parfois aussi, il use de nombreux artifices (clochettes, claves, gongs, xylophone…) pour colorer plus encore son jeu. Tout cela avec beaucoup de discernement.

Avec «Graovsko», l’orient fait une petite incursion dans l’univers Bodurov, sous la forme d’une pseudo marche évoquant Ravel ou Rimsky Korsakov.

L’esthétique de Bodurov est décidément assez différente d’un Sabin Todorov, d’un Bojan Z ou encore des frères Wladigeroff (dont je vous recommande encore et toujours «Wanderer In Love»), ce qui prouve, sans doute, la richesse de cette musique.

D'ailleurs, deux bons rappels bien mérités attestent que le jeu en valait la chandelle. Le trio sera de retour en octobre ou novembre… même endroit, même heure. Rendez-vous est pris.

A+

 

05/06/2010

Brussels Jazz Marathon 2010

Vendredi 28 mai, je marche vers la Grand Place de Bruxelles. Le ciel est clément, il y a même quelques rayons de soleil.

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Sur la grande scène, Mariana Tootsie a donné le départ du quinzième Jazz Marathon. Elle est accompagnée par ses «Chéris d’Amour». Personnellement, et même si cela est sympathique, je ne suis pas convaincu par ce nom de baptême (j’aurais même tendance à m’en méfier). Mais c’est Mariana Tootsie (très grande voix!) et Matthieu Vann (p, keyb) et Jérôme Van Den Bril (eg) et Cédric Raymond (cb) et Bilou Doneux (dm). Et très vite, toutes mes appréhensions se dissipent. Mariana possède décidément une sacrée voix (désolé si je me répète) et son groupe sonne vraiment bien! Ça groove, c’est soul, c’est funky, c’est sec et puissant, c’est un peu frustre, un peu brut… mais qu’est ce que c’est bon! Le temps d’un titre, le groupe invite Renata Kamara, histoire de flirter un peu avec le rap.

Ça démarre fort, ça démarre bien!

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Toujours sur la Grand Place, je découvre ensuite le trio d’Harold Lopez Nussa, dont on m’avait dit beaucoup de bien. Le pianiste vient tout droit de Cuba. Son jeu est vif, brillant, explosif. Sous la couleur d’un jazz très actuel, nourri à la pop, on sent poindre, bien sûr, les rythmes afro-cubains. Le mélange est très équilibré. Entre Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera (cb) et l’excellent batteur Ruy Adrian Lopez Nussa, l’entente est parfaite. Le trio évite le piège du cuban-jazz trop typé pour en délivrer leur vision assez personnelle et bien tranchée. Un trio à suivre de près.

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Je fais un crochet par la Place Sainte-Catherine pour saluer Manu Hermia (as), François Garny (eg) et Michel Seba (perc) occupés à se préparer pour le concert de Slang. Connaissant la bande, je décide d’aller découvrir, au Lombard, le nouveau projet de Rui Salgado (cb), Cédric Favresse (as), Ben Pischi (p) et Nico Chkifi (dm): Citta Collectif.

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Le groupe s’est formé assez récemment et on le sent encore en recherche. Il en ressort cependant déjà de belles idées. Suivant les morceaux, on peut y déceler, ici, les influences d’un Abdullah Ibrahim, là,  «l’urgence» d’un Charlie Parker et, plus loin encore, l’inspiration de ragas indiens. La musique circule, joue le mystère, fait cohabiter les silences et la frénésie. Voilà encore un groupe qui promet.

Changement de crèmerie. Sur le chemin vers la Place St Géry, Raztaboul, met le feu ska-jazz-funk sur le podium du Bonnefooi.

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J’arrive au Café Central. Au fond de la salle, PaNoPTiCon improvise, délire, part en vrille. À un ami qui me demandait ce qu’il fallait aller voir au Jazz Marathon, j’avais cité PaNoPTiCon en lui précisant: «jazz indéfinissable». Domenico Solazzo, le batteur, leader et instigateur du projet invite pratiquement chaque fois des musiciens différents. C’est ainsi que se retrouvaient autour de lui ce soir, Antoine Guenet (keyb), Michel Delville (g), Olivier Catala (eb) et Jan Rzewski (ss). La règle du jeu? Pas de répétition mais de l’impro libre et totale. L’expérience est assez fascinante, déconcertante voire éprouvante, car ici, tout est permis. Le groupe explore les stridences, va au bout des sons et des idées. Certains spectateurs abandonnent, d’autres entrent dans le jeu. Je fais visiblement partie de la deuxième catégorie. Certes, la musique n’est pas facile, mais il y a ce côté expérimental et cette recherche de l’accident qui me captive. Michel Delville injecte des sons très seventies, évoquant le prog-rock et Jan Rzewski fait couiner son soprano. PaNoPTiCon explore les recoins de la musique underground, du jazz-rock, de la musique sérielle, du drone… et du jazz, tout simplement. Il fait s’entrechoquer les mondes. Expérience musicale et spirituelle assez forte.

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Avant de rentrer, je vais écouter Piero Delle Monache (ts) et Laurent Melnyk (g)  accompagnés d’Armando Luongo (dm) et de Daniele Esposito (cb). «Ecouter», est un bien grand mot. Le quartette joue sur une scène grande comme un mouchoir de poche, dans un endroit improbable où le public n’en a absolument rien à cirer. Le Celtica est bourré à craquer de gens bruyants, déjà bien imbibés, qui se sont juste réunis pour beugler et boire encore. On se demande bien où est l’intérêt pour les musiciens de se retrouver à jouer dans des conditions aussi indécentes? On appréciera le groupe une autre fois, dans de meilleures circonstances, je l’espère. En attendant, je vous conseille le très bon premier album de Delle Monache: «Welcome» (j’en reparlerai).

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Samedi, Place Fernand Cocq, où les parasols servent de parapluies, me voilà avec Jempi Samyn, Jacobien Tamsma, Fabien Degryse, Henri Greindl et Nicolas Kummert dans le jury du concours Jeunes Talents.

Le premier groupe à se lancer est le Metropolitan Quintet. Voilà déjà plusieurs fois que je les entends, et chaque fois le niveau monte. Le groupe propose une musique clairement influencée par le jazz-rock seventies auquel il ajoute une touche parfois funky, parfois plus contemporaine. C’est très habilement joué et l’on remarque bien vite de belles personnalités, comme Antoine Pierre (dm et leader), qui recevra d’ailleurs le prix du meilleur soliste, mais aussi le saxophoniste Clément Dechambre

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Changement radical de style, ensuite, avec le duo Saxodeon de Julien Delbrouck (ss, baryton, cl.basse) et Thibault Dille (acc.). La mélancolie et le lyrisme mélangés à une touche de new tango ou parfois de bossa, offrent une belle originalité. Le pari est osé, mais manque peut-être encore d’un peu de souplesse, la moindre hésitation se paie cash. Finalement, c’est Raw Kandinsky qui mettra tout le monde d’accord.

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Ce jeune quartette - Johan De Pue (g), Quirijn Vos (tp), Tijn Jans (dm) et Martin Masakowski (cb) – est très affûté, très soudé et énergique. Sorte de neo-bop, un poil rock, un poil funk, qui va à l’essentiel. Pas de bavardage inutile, mais de l’efficacité servie par d’excellents musiciens (à l’image de l’impressionnant contrebassiste). On reverra tous ces groupes au Sounds le 25 juin, venez nombreux, ça vaut le coup d’oreille.

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Allez, hop, je descends dans le centre écouter Jeroen Van Herzeele et Louis Favre. Avant ça, je fais une halte sur la Grand Place pour écouter la fin du concert de Julien Tassin (g) et Manu Hermia (as) que j’avais déjà vu en club (et dont je n’ai pas eu le temps de vous parler... désolé). Musique énergique, spontanée et directe qui s’inspire du funk, de la soul, du rock, de John Scofield ou de Jimi Hendrix. Jacques Pili est à la basse électrique et Bilou Donneux à la batterie. Efficace et groovy en diable! Je vous le recommande!

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Le Lombard s’est vite rempli et le public restera scotché. Pourtant, il n’y aucune concession dans la musique de Louis Favre (dm), Jeroen Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb). C’est Coltranien en plein! Un long premier morceau évolutif nous emmène haut, très haut. Ça psalmodie, ça rougeoie et c’est incandescent. Le deuxième morceau est emmené à un train d’enfer par Favre. Il y a du Hamid Drake dans son jeu. Van Herzeele fait crier son sax, le fait pleurer, le fait chanter. Les phrases s’inventent et se cristallisent dans l’instant. Fantastique moment!

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Curieux, je remonte vers le Sablon pour écouter Casimir Liberski. Le retour de l’enfant prodige fraîchement diplômé du célèbre Berklee College of Music. Avec Reggie Washington à la basse électrique et Jeff Fajardo aux drums, le trio nous sert un jazz très (trop) propre, presque aseptisé. On s’ennuie à écouter de longues boucles funky, un peu molles, entendues chez Hancock, par exemple, dans les années 80 (pas la période que je préfère). Bref, ça sent le salon cosy. Liberski prépare un album avec Tyshawn Sorey (dm) et Thomas Morgan (cb), ça devrait, je l’espère, sonner autrement.

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Au Chat Pitre, Mathieu De Wit (p), Frans Van Isacker (as), Damien Campion (cb), Jonathan Taylor (dm) dépoussièrent de vieux standards («The Way You Look Tonight», «Blue Monk», etc.). Sans pour autant les dénaturer, le groupe parvient à leur donner une fraîcheur plutôt originale.

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Et je termine ma longue journée au Sounds pour écouter Philip Catherine (g) en compagnie des fantastiques Benoît Sourisse (orgue Hammond) et André Charlier (dm). «Smile», «Congo Square» et autres thèmes passent à la moulinette d’un groove nerveux et explosif. L’entente est parfaite, le timing irréprochable et le plaisir communicatif. Le bonheur est parfait.

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Dimanche après-midi, sur la Grand Place, le programme est concocté par les Lundis d’Hortense. Sabin Todorov présente son dernier projet avec le Bulgarka Junior Quartet et chasse les nuages. Les chants traditionnels bulgares mélangés au jazz révèlent ici toute leur magie. L’équilibre est subtil entre les voix, l’alto de Steve Houben et le trio de Todorov. C’est souvent dansant, coloré et ça tient vraiment bien la route.

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Je reste, par contre, toujours un peu mitigé par rapport au projet de Barbara Wiernik. C’est tendre et sensible, tous les musiciens sont excellents (Blondiau sur «Drops Can Fly», pour ne prendre qu’un exemple)… mais je n’arrive pas à «entrer dedans».

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Avec Nathalie Loriers, le soleil est définitivement de retour. Sous la direction de Bert Joris (tp), le Spiegel String Quartet (Igor Semenoff (v), Stefan Willems (v), Aurélie Entringer (v) et Jan Sciffer (cello)) fait un sans faute. Nathalie fait swinguer «Neige» et «Intuitions & Illusions» et nous donne le frisson sur «Mémoire d’Ô». Belle réussite que cette association de cordes et avec un quartette jazz

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Comme chaque année, la fête se termine trop tôt (22h15: extinction des feux!!!?? On croit rêver!!), alors je passe par le RoskamBen Sluijs (as) s’y produit en trio, avec Manolo Cabras (cb) et Eric Thielemans (dm). Musique très ouverte, parfois inconfortable, parfois cérébrale mais toujours excitante. Rien à faire j’adore ça…

Rideau.

A+

 

26/03/2009

Eric Fusillier à la Jazz Station

Samedi 21, premier jour du printemps.

Malgré le beau temps, à la Jazz Station, vers 18h., le public est venu assez nombreux pour écouter le quartette (normalement, il s’agit d’un quintette, avec Guy Cabay) du plutôt discret contrebassiste Eric Fusillier.
C’est vrai, à moins que je ne me trompe, il se fait plutôt rare sur les scènes de Belgique. Bien qu’on l’ait vu avec Jojoba ou Alain Cupper il y a peu.
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Il y avait du monde, donc, qui se dandinait au son d’un jazz plaisant et sympathique.
Parfois cool, parfois swinguant, parfois bop.

On est en terrain connu et c’est assez agréable.
Et ce qui est
surtout agréable, c’est l’espace que donne Fusillier aux autres musiciens.
Ce qui permet à Sabin Todorov (p) de se laisser aller à de belles improvisations (sur «Caprice») tout en rebondissements.
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De même, Victor Da Costa (g), au groove qui fait parfois penser à Grant Green (sur «Vent Debout», par exemple), peut s’échapper avec bonheur dans des chants fluides et ciselés.

Fusillier assure sobrement derrière, alors que Didier Van Uytvank (dm) nous la joue avec délicatesse. Il souligne quelques phrases, fait briller quelques accords, frappe tout en subtilité. Parfois feutré, parfois sec et aiguisé - juste comme il faut - avec cette petite pointe de «sustain».

Alors, on termine avec un morceau «que tout jazzman connaît» comme le dit Fusillier: un bon thème bebop… Ne serait-ce pas «Ornithology» ?
(J’espère ne pas m’être trompé sinon je vais vraiment passer pour un cave.)
Et en rappel: «All The Things You Are».

Agréable concert de printemps.

On ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Direction le Sounds pour écouter Flavio Boltro, invité par Piero Delle Monache.
À suivre…

A+

08/01/2009

Du monde aux Balkans (et retour)

Vendredi dernier, pour démarrer la nouvelle année, je suis retourné écouter le trio de Sabin Todorov au Sounds.

J’avais déjà vu cette formation à De Werf, et j’avais chroniqué «Inside Story» pour Citizen Jazz.

La musique est toujours aussi convaincante et originale.
Même si le premier set me semblait, en partie, un peu moins intense qu’à Bruges.
Le froid ? La fatigue ?

Le second set fut par contre bien plus resserré.
Là, tout le monde y était !
Entre «The Field», «Eclipse» ou «The Red Carpet», Sabin en profita pour présenter quelques nouvelles et très belles compositions comme «The Traveller» (avec un envoûtant ostinato de la main gauche) ou «Just After Death» (une mélodie décontractée et confiante qui oscille entre plénitude et inquiétude).
Et le final ressembla à un en feu d’artifice avec «Carambol», empli de ce folklore Bulgare tellement captivant.

Je me souviens, lorsque j’étais revenu de Bruges en compagnie de Sabin (hé oui, de temps en temps, je fais aussi «taxi»), avoir pas mal parlé de la musique des Balkans.

On avait évoqué Bojan Z, bien sûr, mais aussi des musiciens traditionnels comme Petar Ralchev, un accordéoniste virtuose qui allie mélodies tournoyantes et improvisations sulfureuses.
J’aime particulièrement cet extrait.




Et puis, on a parlé aussi de Borislav Petrov, un batteur Bulgare qui vit à Amsterdam.
Lui aussi a gardé son folklore dans ses baguettes. Même lorsqu’il joue «jazz».
Mais ne dit-on pas que le jazz est une éponge ? Qu’il prend autant qu’il donne ?

Dernièrement, Sabin m’a aussi parlé du trio de Dimitar Bodurov (dans lequel joue Jens Düppe, batteur de Pascal Schumacher).
Après avoir écouté quelques extraits et lu la chronique de leur dernier album dans Jazzmosaïek de décembre, je guette leur venue en Belgique.

À tout cela, je pourrais ajouter l’excellent trompettiste Alexander Wladigeroff, dont l’album «Wanderer In Love» me surprend à chaque écoute.

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Je l’avais rencontré à l’Archiduc, lors du showcase de Fatima Spar, groupe hybride qui rassemble Serbes, Autrichiens, Ukrainiens et Bulgares.
Bonjour le mélange.
Et pourtant, cela fonctionne.
Leur disque «Trust» n’est pas du tout inintéressant. Que du contraire.
On y retrouve des influences New-Orleans, du Bop, du Klezmer, de la musique Tzigane, de la pop… Tout y passe.

Ce soir-là, j’avais eu l’occasion de discuter aussi avec l’accordéoniste du groupe: l’Ukrainien Marko Marusic.
Avec lui, nous en sommes venu à parler de Carlos Gardel.
Alors, en rentrant chez moi, j’ai ressorti un disque de Michel Plasson et de l’orchestre de Toulouse en hommage au grand chanteur de tango.
Quel bonheur !

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Et pour revenir du côté de la Bulgarie, juste à côté, en Roumanie, je ne résiste pas à vous inviter à découvrir (si vous ne le connaissez pas encore) l’incroyable joueur de cymbalum Toni Iordache.

J’adore cette musique, cette fougue, cette tristesse chassée par un jeu tout en transe.



 

Ça me rappelle mes voisins Turcs qui écoutaient leur musique traditionnelle - à fond - chaque jeudi.
Et puis, ça me rappelle aussi les films de Jules Dassin avec Mélina Mercouri



OK, je mélange un peu tout.
Je fais une belle macédoine
Mais c’est tellement riche les mélanges ! C’est tellement fort !
C’est comme la musique des gars de La Panika, découvert un soir très tard sur Musiq3.
C’est comme Klezmic Circus, excellent groupe liégeois qui brûle les planches en Flandre.
C’est comme Taraf De Haïdouks.


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Tout ça est ardent, bourré d’émotions et de sentiments.
C’est «plein de vie» comme dirait John Fante

Wooo… quel périple!
Tout ça à cause de Sabin Todorov.

C’est fou ce que ça fait voyager le jazz !

A+

24/08/2008

Sabin Todorov sur Citizen et les J.O.

Petit détour du côté de Citizen Jazz.
Cette fois-ci, c’est pour vous inviter à aller lire ma chronique de «Inside Story» de Sabin Todorov et ensuite, à moins que ce ne soit déjà fait, aller vous procurer  l’album.

Rappelez-vous, j’avais vu le concert du pianiste et son trio à Bruges voici quelques mois.

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«Inside Story» est sorti chez Igloo et est dans les bacs des bons disquaires depuis quelque temps déjà.


Autre album sorti récemment et qui trône déjà dans les bacs, c’est «JazzOlympics».
Il me semblait opportun d’en parler après l’obtention d’une médaille d’Or de notre belle, brillante et très sympathique Tia Hellebaut au saut en hauteur

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L’album est d’ailleurs de couleur jaune, comme l’or, et vous le repèrerez facilement.

«JazzOlympics» est une initiative du COIB afin d’encourager nos athlètes et d’illustrer les valeurs Olympiques. L’album est produit par Jan Hautekiet et Jean Kluger.

Huit «groupes» (le 8 du 8 en 2008 etc…vous connaissez l’histoire), se sont donc donnés rendez-vous pour illustrer huit thèmes chers au Baron de Coubertin. Ainsi, la fraternité, le dépassement de soi, la tolérance, le fair-play etc… sont déclinés par quelques-uns de nos meilleurs jazzmen belges.

Le porte-drapeau de la délégation n’est autre que Toot Thielemans qui ouvre la marche avec un tendre «Best Of Yourself», suivi par David Linx et le BJO pour un «Fraternity» sous forme de chanson optimiste, sautillante et légère.
On retrouve bien sûr Philip Catherine dans un «Friendship» intimiste et recueilli, en duo avec Philippe Decock (keyboards).

Nathalie Loriers, quant à elle, revient en trio (Philippe Aerts (cb), mais aussi pour l’occasion Stéphane Galland aux drums) pour nous offrir l’un des meilleurs morceaux du disque (à mon avis): «Confidence». Thème bâti sur un swing fébrile, fait de tensions et de breaks jubilatoires.
Le toucher de la pianiste et ses arrangements sont de pures merveilles. Ça donne vraiment envie de revoir rapidement Nathalie avec cette formule

 

 

Autres belles surprises de l’album: «Tolerance» de Michel Herr et son Life Lines ainsi que «Solidarity» de Jef Neve.
Pour le premier, on saluera les arrangements finement ciselés qui permettent à Jacques Pirotton (g), Alexandre Cavalière (violon), Fabrice Alleman (ts, ss) ou encore Peter Vandendriessche (as) d’intervenir dans de riches et réjouissantes improvisations.
Le deuxième, Jef donc, explore un peu plus mélodiquement ce qu’il a commencé sur le «bonus CD» de son dernier album «Soul In A Picture»: c’est-à-dire une fusion entre jazz acoustique, loops et électro. Une belle réussite.

HLM (Houben, Loos, Maurane) et Stéphane Mercier font aussi partie de l’équipe et proposent de tendres sympathiques compositions.

Ils sont donc huit, mais le BJO s’offre un tour d’honneur avec un dynamique et tonitruant «The Hopper», histoire de terminer par un feu d’artifice.

Alors, faites comme Tia, rentrez à la maison avec de l’or.

A+

27/04/2008

Sabin Todorov Trio - De Werf

On connaît bien Sabin Todorov comme excellent accompagnateur de chanteurs et chanteuses (il a longtemps sévi dans les Singers Nights au Sounds et lors du International Young Jazz Singers du Music Village).
Ils le disent tous: Sabin les soutient et les porte grâce à une qualité d’écoute exemplaire.

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L’homme est sensible, fin, raffiné… presque timide.
Mais ce n’est pas parce qu’on est timide, qu’on n’a rien à dire.
Et Sabin a quelque chose à dire et à raconter.
C’est évident.
Alors, discrètement, au fil des années, il a choisi son trio et choisi ses thèmes. Il a rodé la formule l’année dernière lors des Jazz Tour des Lundis d’Hortense.
Et le voilà aujourd’hui avec un premier album et une tournée des JazzLab Series.

Direction De Werf, à Bruges pour découvrir son univers.

Le trio attaque avec un traditionnel Bulgare («Krivo»), très sautillant, entraînant et dansant, avant d’enchaîner avec «Red Carpet», une ballade lyrique aux notes scintillantes.

Le jazz de Sabin Todorov est fortement influencé par ses origines slaves.
On lui en voudrait, d’ailleurs, de ne pas en injecter dans sa musique.
C’est cela qui lui donne toute sa personnalité.

Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser aussi à Bojan Z, parfois. Sur «The Field», par exemple. Ce morceau incisif souligne la cohésion du groupe, révèle le jeu sec et tranchant de Lionel Beuvens à la batterie, et met bien en valeur la basse ondulante, grave et sensuelle de Sal La Rocca.
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Le trio se connaît bien et on le sent prêt à prendre des libertés, à se surprendre et à nous surprendre.
À ce titre, «Carambol» ou « Mirage » sont exceptionnels.
Ce dernier morceau, introduit magnifiquement par Sal, évoque la solitude, l’abandon et la froideur d’une nuit dans le désert.
Puis, comme un vent qui se lève, le piano et la batterie viennent rejoindre la contrebasse.
L’ouragan s’approche mais n’éclate pas et seul le piano reprend à son compte les fines notes orientales et nostalgiques du thème.
Puis tout s’agite à nouveau et le trio repart dans un jazz énergique et musclé.
Les improvisations sont riches en rebondissements, et se terminent cette fois par un solo de batterie. Un solo fabuleux qui reste dans l’esprit du morceau: groovy, nerveux et chaloupé.
Retour au thème et final explosif.
Brillant.
Magnifique.
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Le deuxième set débute en piano solo.
Dans ces moments plus intimes, toujours mâtinés d’un esprit balkanique, Todorov révèle un touché sensible qui flirte avec Bill Evans ou Lennie Tristano.

On retrouve un peu cette influence, lors du rappel, sur «Eclipse», un morceau extrêmement dépouillé, très contemporain et assez débridé dans sa construction.
Tout cela est joué sans maniérisme, sans cliché mais avec une vraie personnalité.

Un trio à suivre, assurément.

Le disque de Sabin Todorov («Inside Story») vient de sortir chez Igloo.
Le groupe sera en concert au prochain festival Jazz à Liège dont l’affiche est, cette année encore, plus qu’alléchante.

Il faudra y être.

A+

20/12/2007

Les copains d'abord... Julie et le Singers Workshop.

Vous connaissez Julie Jaroszewski?
… Ha, j’en devine, dans le fond, qui connaissent.

Pour les autres: Julie est une jeune et jolie et brillante chanteuse (et comédienne aussi) que j’ai eu la chance de voir et entendre un soir à la Singers Night du Sounds… (Je suis tombé sur le cul).
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Je l’ai revu et réentendu plusieurs fois par la suite, avec Jean-Paul Estiévenart, Matthieu Van, Sam Gerstmans, Toon Van Dionant, etc... ou lors de jams…

Il y a des gens qu’on aime comme ça… directement.
Pour leur talent, leur gentillesse, leur passion, leur enthousiasme…
Julie en fait partie.

Alors, petit coup de pouce.

Julie organise un workshop pour chanteurs et chanteuses avec Grzegorz Karnas, le gagnant de l'édition 2006 de la compétition Young Jazz Singers au Music Village.

Le stage aura lieu, au Music Village du 8 au 12 janvier, de 10h à 13h, et de 14h30 à 17h. Sous l' oreille attentive de Grzegorz, bien sûr, mais aussi de Sabin Todorov (au piano)
Tout ça pour 200 euros par personne....
Et une jam est prévue le samedi en fin d'après midi.

Moi, si j’étais chanteur, je n’hésiterais pas.

Et comme spectateur, j’y serai.

Des infos ?
Tél. : 0497 85 54 60 

ou par mail : julie_jaroszewski@hotmail.com


A+