12/03/2017

Reggie Washington - Rainbow Shadow - à l'Archiduc

Dimanche 26 février, il fait gris et pluvieux sur Bruxelles. Vers 17 heures, à l’Archiduc, Reggie Washington, Marvin Sewell, Pat Dorcean et DJ Grazzhoppa s’affairent autour des amplis, pédales, platines et guitares.

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Le quartet s’apprête a présenter du nouveau matériel issu du répertoire de Jef Lee Johnson, fabuleux guitariste américain – et ami fidèle de Reggie Washington - disparu bien trop tôt, en 2013 déjà.

Au vu du succès de « Rainbow Shadow », sorti en 2015, et du nombre de petites perles (encore trop souvent méconnues) écrites par Jef Lee Johnson, ce second opus est bien légitime. Pour cette deuxième salve d’hommage, dont un album est prévu pour l’automne 2017, on filme et on enregistre aussi.

C’est donc la même équipe qui entame le premier concert d’une série de trente à travers toute l’Europe. Petite différence cette fois, Reggie Washington chante beaucoup plus et assume totalement. C'est sans doute, comme il le dit lui-même, une petite voix (celle de Jef) qui l'a conforté et poussé à oser. Et franchement, il a bien fait. Avec simplicité et sincérité, il donne encore plus d'âme aux chansons. Il n'en fait pas des tonnes - cela ressemble d'ailleurs à son jeu de basse - mais c’est tellement juste et indispensable.

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Après « Crow’s Rainbow », qui sert presque d’indicatif, on découvre donc « RSJ », « Moon Keeps Telling Me Things » ou encore « April Rain ».

Reggie Washington, rayonne de bonheur, il dirige sans rien imposer et le groupe joue l'utilité de la musique, dépouillée d'effet, pour ne garder que la sincérité. Bien sûr Marvin Sewel s’échappe dans quelques solos qui mêlent sensualité et rage. Le blues est profond et la stridence de certains riffs claquent comme des cris. Il pince les cordes et les fait résonner avec profondeur, s’accompagne d’un léger vibrato tout naturel et use parfois d’un bottleneck pour apaiser l’ensemble.

Le drumming de Pat Dorcéan est sec et tranchant, puissant et profond aussi. Ses coups de cymbales et ses rimshots apportent des touches de luminosité et de brillance aux morceaux. Et ça groove tout le temps. Et puis, cette fois-ci encore, les interventions de DJ Grazzhoppa sont totalement justifiées. Il vient injecter des sons, quelques samples rappelant la voix de Jef, et des scratches qui nourrissent l'esprit d’une musique autant traditionnelle qu’actuelle.

Ce quartet est une sorte de synthèse entre le jazz, le blues, la soul et le rock. C’est à la fois intense, parfois furieux, brillant et délicatement tourmenté. C’est l’esprit de Jef Lee Johnson qui flotte. Et c'est un vrai bonheur. On se réjouit d’entendre bientôt le résultat sur disque (il s'enregistre ce mois-ci du côté de Marseille) et de retrouver le groupe sur scène au plus vite.

 

 

 

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Merci à © Jason Bickley pour les images.

 

 

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04/01/2017

Malcolm Braff Trio à l'Archiduc

On n'a pas souvent l'occasion de voir et d’entendre Malcolm Braff en Belgique. Qui plus est en trio ! Ce pianiste m’a toujours impressionné, que ce soit avec Erik Truffaz, Samuel Blaser ou avec ses amis africains et autres. La dernière fois que je l’ai vu, c’était avec Stéphane Galland (et son projet LOBI) au Jazz Middelheim en 2013.

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Ce dimanche soir (le 18 décembre), il était à l’Archiduc avec Reggie Washington (eb) et Lukas Koenig (dm).

Ce trio existe depuis cinq ou six ans déjà mais n'a pas joué très souvent, ou, en tous cas, trop rarement, malgré l’enregistrement d’un album sorti chez Enja Records en 2011 et qui, je l’avoue honteusement, m’avait échappé.

Malcolm Braff, c’est un jeu intense, sec et puissant. Toujours à la recherche - souvent en tous cas – d’une rythmique percussive. Avec lui, les sons claquent et les phrases sont courtes, précises, concises, presque sèches. Pourtant, même quand il bloque les cordes, cela ne l'empêche pas de dessiner des paysages harmoniques pleins de brillance. C'est un des paradoxes qui font sa personnalité.

Avec ce trio, les tableaux qu’il propose grouillent d'une foule de personnages invisibles, de ciels changeants, de vents chauds, de courses échevelées, de rage, de folies et de poésie. Avec Reggie Washington, qui module chacune de ses lignes de basse, qui pousse, anticipe et fait bouillir l'ensemble, et Lukas Koenig qui groove un maximum en alternant les break, les accélérations et les temps suspendus dans un jeu hyper sec et tendu, Malcolm Braff invente, s’envole, s’échappe.

Il y a une dynamique incroyable entre les trois musiciens. Il faut entendre comment ils découpent « Poinciana » (ou du moins un thème qui lui ressemble), comment ils le réinventent, le malaxent, le tordent. La musique est très ouverte et laisse des espaces immenses à l’improvisation que chaque musicien utilise avec intelligence et maîtrise. Plusieurs fois, on se demande comme ils (et surtout Braff) choisissent leurs notes. La musique est toujours là où on ne l’attend pas : elle est surprenante, puissante, déterminée.

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Braff joue avec le jazz comme un ours joue avec une souris. Il en fait ce qu’il veut. Il introduit quelques citations de « A Love Supreme » par-ci ou prend des chemins de traverses par-là. Comme sur « Berimbau » (de Baden Powell et Vinicius de Moraes), retravaillé façon soul et reggae (je sais, ça n’existe pas, et pourtant je l’ai entendu !). Et puis le trio est innervé par un funk souterrain de Reggie Washington, qui n’a pas son pareil pour faire onduler la rythmique. « Sexy M. F. » de Prince (mélangé à quelques riffs de « Sex Machine » de James Brown) nous emmène sur des routes accidentées et des dérives hallucinantes. Chaque morceau monte en puissance. Toujours. On passe des paliers que l'on n'ose imaginer. Rien ne nous laisse indifférent. Surtout pas ce blues introspectif (« Empathy For The Devil » ) dans lequel on pourrait entendre des échos d'un Lennie Tristano, bourré d'âme, de sang et de larmes. La musique fait feu de tout bois et passe de l’Afrique au Brésil, du blues au funk, du jazz contemporain à la musique des îles, celle qui n'est pas édulcorée, celle qui a vécu, celle qui est charnelle, voire brutale. Quelle claque, quel bonheur !

Ce trio possède un son hors du commun et une énergie débordante qui donnent une pêche incroyable.

Braff, Washington et Koenig, c’est une certaine façon d'envisager le trio jazz. Et il est urgent de l’entendre.

Dire que j’aurais pu passer à côté de ça ! A revoir vite !

 

 

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12/09/2015

Marni Jazz Festival 2015 - Part One

Pour une fois, ce n'est pas sur mon blog que vous lirez le compte-rendu du Marni Jazz Festival (première partie) mais sur JazzAround

 

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01/09/2015

Reggie Washington - Rainbow Shadow - Interview

Reggie Washington a beau être le fabuleux bassiste qui a joué avec les plus grands (Steve Coleman, Branford Marsalis, Roy Hargrove, Chico Hamilton, Oliver Lake, Cassandra Wilson, Don Byron, Lester Bowie, etc.) il n’en reste pas moins accessible et humble.

Serait-ce le fait d’avoir côtoyé de très près le trop sous-estimé (en tous cas par le « grand public ») Jef Lee Johnson ?

Jef Lee Johnson ! Disparu le 28 janvier 2013, laissant derrière lui un vide immense. Il était une référence dans le milieu du jazz et du blues. Vous l’avez sans doute entendu, sans peut-être savoir que c’était lui à la guitare, derrière George Duke, Aretha Franklin, Billy Joel, D’Angelo, Erykah Badu ou encore Al Jarreau, Roberta Flack,The Roots...
Jef Lee Johnson, un être sensible, ultra talentueux et discret. Trop discret. Allez écouter ses albums Hype Factor, Laughing Boy ou The Zimmerman Shadow, pour ne citer que ceux-là, pour vous rendre compte de la perte énorme qu’a été sa disparition.

Reggie Washington était l’un de ses plus proches amis. Très affecté par sa disparition, il ne pouvait rester sans rien faire. Après un concert « hommage »  à Paris, au festival Sons d’Hiver en 2013, il a mûri l’idée de continuer à faire vivre l’esprit du guitariste américain. Rainbow Shadow s’est donc concrétisé sous forme d’un album d'abord et bientôt de concerts. Bien plus que de simples reprises des thèmes de Jef Lee Johnson, c’est une recréation totale et très inspirée qui a vu le jour, et sur laquelle plane l’ombre d’un Corbeau Arc-en-ciel.

C’était l’occasion de le rencontrer cet été, en toute décontraction, chez lui à Bruxelles, par une belle après-midi ensoleillée.

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Qui était pour vous Jef Lee Johnson, un ami, un musicien, un complice, un frère ?

Il était un peu tout cela en même temps. La musique est une forme de communication, mais peu de musiciens arrivent à communiquer à ce niveau-là. Peu sont capables d’exprimer leurs sentiments véritables à travers leurs instruments ou même leurs paroles. Jef était de ce type de personnes capable d’y arriver. C’était un excellent musicien, bien sûr, mais il parvenait à aller au-delà de la musique, il arrivait à l’élever au plus haut. Il l’amenait à la faute, d’une certaine manière. C’est cela qui fait l’artiste. Oui, pour toutes ces raisons et d’autres, c’était quelqu’un de très spécial pour moi.

Comment l’avez-vous rencontré ?

J’avais déjà entendu parlé de lui vers 1986. C’est le saxophoniste du groupe que je venais de quitter (Ronald Shannon Jackson) qui m’a dit qu’il y avait un nouveau guitariste et que je devais venir écouter ça. « This guy is a beast ! » me disait-il. En effet, je suis allé l’écouter et c’était… spécial. On a un peu parlé. Je n’ai pas eu l’occasion de le voir souvent à l’époque car il tournait beaucoup et moi aussi, un peu partout aux States et ailleurs. Mais quand on se voyait on parlait de musique et de plein d’autres choses, simples et profondes. On s’échangeait nos disques et on se disait qu’on avait envie de travailler ensemble. Mais cela n’a pu se faire qu’en 2002… A Paris, au festival Sons d’Hiver, dans le groupe News From The Jungle de Michael Bland. Avec Jef, la musique de Michael décollait véritablement. C’était wow ! Mais lorsque Jef a joué « Take The Coltrane » en 7, ça m’a scié !

Pourquoi Jef Lee Johnson n’a-t-il pas eu cette reconnaissance du grand public ? Il était pourtant très admiré des musiciens…

Les guitaristes exceptionnels se comptent sur les doigts des mains. Mais les choses que Jef jouait étaient différentes. Son jeu était beaucoup plus personnel, intimement personnel. Il y avait chez lui un feu intérieur, un point de vue artistique unique et très intéressant. De plus, il chantait vraiment bien. Et différemment. Il « était » vraiment sa musique. Ce n’était jamais « cheezy », il n’était pas dans la démonstration. Il ne cherchait pas à plaire ou à faire des choses « faciles » ou déjà faites… il faisait des choses vraies.

C’est pour mettre en lumière ces qualités musicales et humaines, que vous avez décidé de faire ce disque « Rainbow Shadow » ?

Je pense que Jef n’a jamais eu la « récompense » qu’il méritait. Plein de gens ne se rendent pas compte que sur les tubes qu’ils ont aimé, de George Duke à Aretha Franklin, Jef était là. S’il n’avait pas était là cela n’aurait pas sonné pareil. Mais il ne voulait pas être dans « le système ». C’était un type différent. Il voulait garder la brillance en lui. Après que sa femme Trisha décède en 2001, il n’a plus jamais retrouvé l’amour et il a lâché, petit à petit. C’est à ce moment que je me suis rapproché encore plus de lui et de sa famille. Nous avions des choses en commun à nous raconter, ma première femme est morte en 1997 et, comme il le disait, nous faisions partie du Dead Wives Club.

Nous parlions souvent, mais avec peu de mots… Et nous avons plongé dans la musique. Beaucoup de choses peuvent être dites et transmises par la musique. Et, maintenant, je veux continuer à parler avec lui. J’écoute et j’aime les morceaux qu’il a écrits. Quand je joue, j’entends Jef me dire : « Essaie ça. C’est pas mal, mais tu peux faire mieux, plus vrai ». Il m’oblige à faire des choses d’une autre façon, à chercher la vérité.

Le chant, par exemple, était difficile pour moi. Chanter moi-même, je n’y croyais pas. Et là, tout à coup, j’ai senti que je devais le faire ! Et j’entends sa voix me dire « Go ahead man, go ahead, do it ». Alors, j’ai sauté le pas et ça marche. Cela m’a obligé à aller vers d’autres styles, à changer de mode. Cela m’enrichit chaque jour. Et puis, être leader d’un band et chanter, c’est une aventure. Etre leader, c’est être devant et être regardé par tout le monde. Jef m'a aidé, il est toujours resté vrai et humble, c’est le gars le plus humble que j’ai jamais rencontré. Et c’est le genre de musiciens que j’espère être, ou devenir. Il jouait pour la musique, pour le meilleur de la musique. Pas plus, pas moins. Sans jamais faire de démonstrations.

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Comment avez-vous sélectionné et choisi les morceaux ? Pourquoi ceux-là plutôt que d’autres ?

Ça n’a pas été simple. Il y a d’abord eu « Reckless Eyballin’ », que je voulais déjà jouer avec lui lorsqu’il était dans mon trio. Mais lui ne voulait pas, il voulait jouer autre chose. Pour cette raison, j’ai voulu absolument le jouer ici. Grazz (DJ Grazzhoppa) m’a poussé aussi à le faire. On avait des sampling de ce que Jef jouait, et on a tourné autour de ça. Pour « Black Sand », je voulais savoir ce qu’il avait vraiment vu et vécu là-bas. Pour comprendre et jouer ça, je devais voir ce qu’il avait vu. J’ai du checker ça à Hawaii. En ce qui concerne « As Free », c’est à nouveau Grazz qui a fait resurgir le morceau et les lignes sur lesquelles nous avons construit le morceau. J’ai choisi aussi ces titres car, en définitive, je les aime et ils me rappellent des moments forts. Comme « Finding » ou surtout « Move/Shannon », que l’on avait joué à Paris. Et puis, Frederic Goaty, de Jazzman Magazine, m’a aussi poussé à l’enregistrer, car c’est un morceau qu’on jouait souvent avec Jef. C’était emblématique. J’étais obligé ! Quant à « Living », je voulais le chanter, mais c’était beaucoup plus difficile que je ne le pensais. J’ai demandé à Lili Añel, une amie proche de Jef et de moi, qui vient de Philadelphie et qui avait été très affectée, elle aussi, par la disparition de Jef. Elle voulait aussi s’impliquer dans le projet. C’est un peu comme cela que j’ai voulu inviter d’autres musiciens et amis sur le disque.

Comment avez-vous travaillé ? Ensemble, en groupe ou à distance ? Quel était le travail préparatoire, les arrangements ?

Nous avons eu la chance de répéter et travailler en studio, avec Marvin Sewell, le guitariste que Jef vénérait, Patrick Dorcéan et DJ Grazzhoppa, à Vannes, chez Alex Tassel. On a pu faire quelques gigs aussi. Nous avions 4 ou 5 jours pour enregistrer. J’étais bien préparé. Trop bien peut-être. Tout était réglé. A la fin, on était prêt à mixer. Mais la petite voix de Jef a raisonné en moi : « Ce n’est pas fait. Attend. Essaye d’autres choses, surprend-toi ». Alors on a tout arrêté, j’ai pris du recul et quelques semaines de vacances. Il fallait que je m’éloigne des émotions et que je décompresse. Puis, la petite voix est revenue. Il était temps de s’y remettre. J’ai réécouté les bandes. Et la petite voix me disait « Je ne t’entends pas. Où est tu ? C’est bien, c’est sympa, mais toi, où es-tu ? » J’ai réécouté les enregistrements de Jef, au casque. Et je me suis souvenu de la façon dont on avait enregistré l'album Freedom avec Jef et Gene Lake.

Jef est un peintre. Il peint la musique. Si tu écoutes bien, si tu fermes les yeux, tu peux voir les mouvements de sa guitare. Il y avait cette magie sur Freedom. Et j’ai voulu capturer ces moments à nouveau. Alors, avec Pat, on a joué et rejoué les morceaux sur les sampling de Jef. Encore et encore. C’était une manière old school d’enregistrer. Il fallait que je bouge avec lui, avec Jef. Et pour le mix avec Patrice Hardy, c’était pareil. C’était très travaillé aussi. C’est alors que j’ai envoyé les tapes à mes invités. J’ai compris que j’avais besoin de mes amis commun à Jef et moi, Chico Huff, Yohannes Tona, Wallace Roney, Dana Leong, Jacques Schwarz-Bart, Lili Añel, Jonathan Crayford… Je leur ai demandé de jouer avec leur cœur de penser à dire quelque chose à Jef plutôt que d’essayer de « penser musique ». Ils m’ont envoyé les takes. Cela m’a permis d’avancer encore. Et j’ai encore rejoué quelques lignes de basses après. Je n’avais jamais fait ça. C’était très inspirant. Et le dernier morceau, « For You Jef » est particulier. C’est une sorte de thérapie. Stefany, ma femme, avait écrit des paroles pour remercier Jef, son esprit et son humanité. On a mis tout cela sur des musiques de Jef, avec quelques lignes de basse. Et j’ai tout donné à Grazz. Il a coupé, édité, demandé à sa femme, la superbe chanteuse Monique Harcum, de chanter ces paroles. C’était chaleureux et vrai.

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Maintenant tu te sens mieux après cette « thérapie » ?

Oui, maintenant, c’est autre chose. C’est un sentiment doux amer. Mais je ne dois pas revenir en arrière, ne pas être déçu ou désappointé. C’est une conversation que j’ai eue avec Jef. Il fallait que je lui parle encore. Maintenant, il faut que je lâche, que les gens entendent ça, qu’ils entendent ce que je dis de Jef ou comprennent qui il était. Je dois garder son esprit et aller de l’avant, proposer de nouvelles choses. Comme Jef l’aurait fait. Et je suis excité par ce travail presque « extra musical ». Ce disque est mon bébé, j’ai envie qu’il vive sa vie, qu’il aille voir ailleurs, avec cette petite angoisse de ne pas savoir ce qu’il pourrait lui arriver. Et puis, c’était aussi un travail de groupe. Le groupe est important et je le remarque de plus en plus. Il y a des individualités, qu’il faut préserver, mais nous devons tous être à la même page. On doit être cool envers chacun. Il ne doit pas y avoir de guerre interne.

Tu n’avais jamais ressenti cela avec d’autres groupes ?

La « guerre interne », oui, bien sûr. C’est une énergie de colère et ce n’est pas bon. Il faut une énergie positive. Comme lorsque je jouais avec Steve Coleman à l’époque. On parlait et on se motivait entre chaque gig. L’énergie du groupe était là et on avait envie de jouer ensemble, pour la musique. Dans certains groupes, certains jouent l’intimidation et ça met une très mauvaise ambiance dans le band. On oublie les rapports humains, on ne pardonne rien. Certains te font sentir que tu dois te jeter au feu pour eux, mais ils ne te jetteront jamais un seau d’eau froide ensuite. Ce genre de groupe existe et il vaut mieux s’en éloigner. Avec Jef, c’était totalement différent. C’était un leader loyal. Il fallait vraiment faire quelque chose de très négatif et stupide pour se faire virer. Ce sont des choses que j’ai apprises avec Jef. Et ce band est une sorte de continuation de Music Of the Phase, le groupe avec Jef, Pat et Grazz. On a tous appris de Jef. C’est un héritage.

Quel est l’avenir de Rainbow Shadow ?

On va voir maintenant où cela va nous mener. Nous avons déjà en tête d’autres morceaux, car Jef a écrit beaucoup de belles choses. On ne peut pas les laisser là. Mais avant ça, nous avons quelques belles dates en septembre en Belgique et en Europe. De Singer à Rijkevorsel, à Aix, à Paris au New Morning, au Marni à Bruxelles, en Autriche, Suisse, Pologne…

Puis, on va essayer d’amener le projet au Japon. Au States aussi, à New York mais aussi à Philadelphie, là où Jef est né. Tout ça c’est surtout pour la musique et à la mémoire de Jef. Ce n’est pas une question de business. Je ne veux pas faire de l’argent sur son dos. Je veux partager de l’amour. C’est plus amusant. Les gens doivent comprendre le propos. Il faut rester affamé pour jouer cette musique. Pour jouer toutes les musiques. Il faut avoir envie, avoir faim. On en parlait encore avec James Blood Hulmer à Paris. Il disait qu’il ne comprenait pas toujours le business. Que fait-on quand on joue ? Pour quelle raison on joue ? Quel est le sens de la musique que l’on joue ? Voilà les questions qu’il faut se poser. A quoi ça sert si l’on ne sauve pas une âme ? Il faut toucher les gens à l’âme. Les gens ont besoin de ça. Je me rappelle, après des concerts avec Steve Colman, le nombre de personnes qui venaient lui dire que sa musique avait changé leur vie. Wow !

On a pensé aussi, à un moment, à reformer The Five Elements avec Steve Coleman. On se disait que cela pouvait être amusant. Steve nous a dit qu’il aimerait à nouveau jouer avec nous, mais qu’il fallait que ce soit nouveau, différent, intéressant. Nous sommes, pour l’instant dans un no man’s land, nous sommes trop vieux pour être des « Young Lions », et trop jeunes pour être des légendes ! Donc, il faut trouver son chemin à travers cela et ne pas avoir peur. Il ne faut pas ruiner son développement personnel en faisant une « réunion ». Et c’est la même réflexion que nous avons eue avec Roy Hargrove et son RH Factor. Laissons ça pour le moment. Nous avons beaucoup mieux à faire.

 

 

A+

 

 

 

 

10/07/2015

Liz McComb Quintet - Estivalles des Taillades

Profitant des vacances et d’une proposition de Reggie Washington, je me suis retrouvé ce jeudi 9 juillet aux Estivales des Taillades, près de Cavaillon. C'était pour moi l'occasion de me plonger un peu plus dans l'univers musical de Liz McComb.

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Originaire de Cleveland, la chanteuse - et pianiste - vit, depuis quelques années déjà, à Paris. Cette fille de pasteur est restée fidèle à ses racines et continue de défendre le blues et le gospel avec toujours autant de passion.

Ce soir, en plein air, dans la jolie cour du Moulin St-Pierre des Taillades, balayée par un mistral encore fringuant, il fait 28° et les cigales chantent encore à tue-tête.

Dans une élégante robe bleue, la (dé)coiffure afro, Liz McComb entre seule en scène, s’installe au piano et entame «Lord, Look Down On Me». La voix est graineuse, chaude, assurée et puissante. Le ton est donné.

Elle reprend le refrain et invite, un à un, ses musiciens à la rejoindre. Philippe Makaia d’abord, aux congas, Larry Crockett ensuite, aux drums, puis Reggie Washington à la basse électrique et finalement Richard Arame à la guitare électrique. A chaque «reprise», la tension monte comme une transe, comme une prière.

La chanteuse enchaîne les traditionnels («Joshua Fit the Battle of Jéricho», « Soul Say Yes », …) et quelques rares compos personnelles. Petit à petit le public clape des mains. Liz se lève pour plaquer avec force ses accords, puis elle va au-devant de la scène et dirige ses hommes avec caractère.

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Après un morceau assez soul – toujours bref – la pianiste nous offre «Strange Fruit» en deux versions. La première avec les guitaristes, tout en sècheresse et dureté, et la seconde, seule au piano comme pour marquer plus encore la profondeur et la solennité du moment.

Comme pour chasser cet instant de recueillement, «Fire» et «I Believe» enflamment la cour du Moulin, notamment sous les riffs - presque rock - de l’excellent guitariste Richard Arame. Reggie Washington (au superbe phrasé, souple et sensuel) en profite pour lui donner le change.

La plupart des morceaux sont courts et permettent à la chanteuse d’y revenir, de les reprendre deux, trois, voire quatre fois de suite, pour en augmenter la tension et marteler le message.

Liz McComb dompte le vent - qui s'est finalement couché - et fait taire les cigales... Mais on attend un peu plus de ferveur, de transe ou de lâcher prise de l’ensemble. Au lieu de cela, le quintette nous sert un «By The Rivers of Babylon», rasta comme il se doit, mais à la limite du kitsch. On renoue rapidement et heureusement avec les véritables racines du blues traditionnel et du chant churchy. Ça sent un peu le Bayou et la guitare de l’impressionnant Richard Arame rappelle celle du grand B.B. King. La température remonte. Liz met alors chacun des musiciens en avant (avec un beau mais court «combat» entre congas et drums, par exemple) pour conclure un agréable concert.

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En rappel, «Oh When The Saints», suivi d’un tout bon blues énervé (dont le nom m’échappe) et finalement un doux «Hymne à l'amour», a capella, puis repris en chœur par le public, terminent de combler les nombreux festivaliers.

Agréable moment, donc, qui pourrait être plus «fort» encore, si la cohésion du groupe était sans doute un peu plus resserrée (?)…

A+

 

 

 

13/07/2013

Fabrice Alleman Obviously et Big Noise - Festival au Carré à Mons

 

Soirée jazz au Festival au Carré à Mons.

Ce mardi soir, le soleil chauffe encore l’esplanade du Théâtre du Manège. L’air est doux, le public est nombreux et réuni autour de la scène pour écouter Big Noise.

Big Noise ! Rien de tel pour mettre tout le monde de bonne humeur. Big Noise - j’en ai déjà parlé ici – ce sont quatre gaillards qui revisitent le blues, le marching jazz et le jazz New Orleans avec une énergie débordante. L’esprit est bien présent, pas de doute là-dessus. Le respect aussi. Mais il y a juste ce qu’il faut de d’irrévérence, de plaisir, de bonheur et de sincérité pour en faire une musique qui n’a pas peur de se frotter à la modernité.

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On est toujours impressionné par la faculté qu’a Raphaël D’Agostino à passer de la trompette au chant avec autant ferveur que de justesse. On est étonné aussi par le jeu toujours vigoureux de Laurent Vigneron (dm) ou par la technique et l’explosivité de Johan Dupont (p). (Johan Dupont qui vient de publier chez Igloo, avec Music For A While, un album surprenant et totalement différent de Big Noise puisqu’il s’agit d’un savant mélange d’impros et de relecture sur musique baroque du XVIème siècle – Dowland, Purcell, etc. - A découvrir). Et puis, il y a Max Malkomes à la contrebasse, solide, puissant et très mélodique. Bref, une fois de plus, on n’est pas déçu. Et le public non plus, qui en demande encore un peu plus. Mais il est temps de se diriger vers la salle de répétition du Manège pour écouter Fabrice Alleman.

La dernière fois que j’ai vu Fabrice sur scène, c’était à la Jazz Station, bien avant l’enregistrement de ce superbe album qu’est “Obviously”, une petite perle de sensibilité et de groove mêlés.

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Ce soir, c’est sold-out (un concert supplémentaire sera même proposé le lendemain, pour contenter tout le monde). Pour l’occasion, le saxophoniste a eu la bonne idée d’inviter David Linx. Plus qu’un simple guest, le chanteur s’est investi dans le projet en écrivant des paroles originales sur certains thèmes, poussant même Alleman à revoir quelques-uns de ses arrangements.

Mais avant que Linx ne les rejoigne sur scène, c’est le saxophoniste qui chante – et très bien – sur “Morning” et “Afternoon”, tout en échangeant avec Lionel Beuvens (dm) et en groovant avec Reggie Washington (cb, eb) ou Nathalie Loriers, qui se partage entre piano et Fender Rohdes. Il laisse ensuite s’envoler Lorenzo Di Maio, formidable de swing - mâtiné de riffs rock - sur un “Three Or Four” du tonnerre.

David Linx arrive alors pour “Regards croisés”, rebaptisé “Come Up The Stairs”. Dès les premières mesures, Linx impose sa griffe. Le chant est parfait, reconnaissable entre mille. Avec Fabrice Alleman, la connivence est immédiate.

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Si le chanteur et le saxophoniste (qui utile aussi bien la clarinette basse, le soprano et le sax ténor) sont à l’avant-plan, ils n’hésitent jamais à laisser de beaux espaces à la basse ronde, profonde et sensuelle de Reggie Washington, ou à Nathalie Lorriers, éblouissante lors de son impro sur “Hope For The World”. Ses enchaînements d’accords sont d’une fraîcheur et d’une brillance incroyables. Et sur “Jay Jay”, elle se lâche encore. D'ailleurs, sur ce dernier morceau, chacun se lance des défis. Et ça enfle, et ça bouge, et ça tangue de tous côtés.

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Et puis le dialogue s’emballe de plus belle entre Linx et Alleman sur “Don’t Say It’s Impossible”. Le sax soprano et le scat si particulier et unique du chanteur ne font qu’un. Rien ne les arrête. Alleman avait raison, rien n’est impossible.

Ce projet, “Obviously”, réussit le mélange parfait enter lyrisme et groove avec tellement de simplicité et de spontanéité que, oui, tout cela semble évident.

Pour le plaisir... le clip "Hope For The World".


Hope for the World - Fabrice Alleman from Bernardo Camisão on Vimeo.


A+

 

26/09/2011

Saint Jazz Ten-Noode 2011

Comme chaque année à pareille époque, on a tendu le grand chapiteau blanc sur la place Saint-Josse pour le Saint-Jazz-Ten-Noode. Cette fois-ci, l’événement est sous-titré : « Aux frontières du jazz ». Dimitri Demannez et une belle bande de bénévoles se sont donc coupés en quatre pour nous offrir une affiche plutôt excitante.

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Le public est encore un peu disséminé, quand j’arrive samedi sur les coups de 17h.30. Une bonne partie cherche encore quelques perles rares à la bourse aux disques qui se tient à deux pas, tandis que d’autres écoutent sagement le quartette de Fabrizio Graceffa. Le guitariste, accompagné de Boris Schmidt (cb), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Lionel Beuven (dm) nous propose de parcourir son disque « Stories » sorti l’année dernière chez Mogno. L’ambiance est à la plénitude, aux longues harmonies douceâtres, aux développements contemplatifs. Il y manque parfois un peu de surprises. Il faut dire que la finesse des arrangements et la subtilité de l’écriture de cette musique intimiste se perdent un peu sur cette grande scène. A revoir en club pour en profiter pleinement.

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Voices de Nicolas Kummert (ts, voc) fait à nouveau monter le niveau. Contrairement au dernier concert que j’ai vu (à Bruges), celui-ci est peut-être un peu plus tendre et doux. Bien sûr, il y a toujours cette spirale ascendante qui nous emmène vers un climax fiévreux (« Folon », introduit magistralement à la guitare par Hervé Samb) ou des moments endiablés (« Affaires de Famille »). Et puis, il y a toujours un Alexi Tuomarilla (p) éblouissant et une rythmique d’enfer (Lionel Beuvens (dm) et Axel Gilain (cb) en remplacement de Nicolas Thys). Du top niveau.

C’est le tremplin idéal pour faire connaissance avec les amis de Baba Sissoko : Stéphane Galland et Boris Tchango aux drums, Reggie Washington à la basse électrique, Alexandre Cavalière au violon et de nouveau Nicolas Kummert au ténor et Hervé Samb à la guitare.

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Avec deux batteurs, le ton est rapidement donné, ce sera festif (pouvait-on attendre autre chose de Baba Sissoko, d’ailleurs?). La place est maintenant totalement remplie et prête à danser. C’est parti pour une heure - et bien plus - d’énergie et de bonne humeur africaine. Baba fait parler son Tama et invite les autres musiciens à la conversation. Ça fuse dans tous les sens et chacun à droit à la parole. Hervé Samb est un des premier à plonger de plain-pied dans la transe. Avec une dextérité peu commune, le guitariste Sénégalais enflamme le chapiteau. Et puis, c’est une «battle» entre les deux batteurs, suivi d’un duel entre Baba et Stéphane Galland, puis entre Baba et Boris Tchango. Et la salle danse et se dandine de plus belle en reprenant en chœur les chants du griot. Que du bonheur !

Le temps d’aller saluer et féliciter ce petit monde et je me dirige vers le Botanique pour les deux derniers concerts à l’Orangerie.

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Belle découverte que celle du trio R&J. Clive Govinden (eb), Jerry Leonide (keyb) et Boris Tcahngo (dm) déballent un jazz qui rappelle parfois la fusion des années ’70 ou la musique de Mario Canonge. Après quelques morceaux sans trop de surprise, la température monte soudainement. Le trio injecte encore un peu plus de funk et de R&B. Yvan Bertrem en profite pour monter sur scène et entame une danse dont il a le secret. Mais bien vite, le service de sécurité (qui n’a rien compris à ce qui se passait) empoigne le danseur et le ramène dans le public. Heureusement, tout cela n’altèrera pas la bonne humeur ambiante. Hervé Samb, décidément partout ce soir, sera invité (sans se faire jeter par le service d’ordre, cette fois) à partager la scène. Brûlant !

Tout cela est parfait pour préparer le terrain au feu d’artifice final : Reggie Washington (eb), Gene Lake (dm) et Jef Lee Johnson (g).

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Nos trois hommes arrivent sur scène avec décontraction et simplicité. «First gig in my hometown», lâche Reggie. Ça en dit long sur son rapport avec sa ville d’adoption. Il y a quelque temps, il en témoignait dans So Jazz, sans aigreur, mais avec juste avec une petite pointe d’incompréhension. Mais ce n’est pas pour ça qu’il va rouler des mécaniques ce soir. Reggie est heureux d’être sur scène et de faire de la musique avec ses potes. Et c’est un vrai concert où le public et les musiciens apprennent à se connaître. Et c’est la musique qui les réunit. C’est blues. Du blues mâtiné de funk sensuel et de soul pure.

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Reggie déroule des lignes de basse avec une fluidité déconcertante. Elles se mêlent aux mélodies imprévisibles d’un Jef Lee Johnson, affalé dans son fauteuil. Gene Lake fait claquer ses drums. C’est sec et fin, vif et malin. Le mélange est détonnant et le trio fait monter la tension sans aucun artifice. Il nous prend par la main et nous emmène plus haut, toujours plus haut. Du grand art. Jef Lee Johnson joue à la limite du larsen avec finesse. Il raconte des histoires insensées avec ses doigts… et puis il chante, de cette voix grasse et fatiguée. L’alchimie entre ces trois artistes est unique. Avec eux, on passe par toutes les émotions. Absolument captivant.

Il paraît qu’un album est en préparation… Ça promet, ça promet…

Les saints du jazz étaient avec nous ce week-end.

A+

04/06/2011

Fabrice Alleman New Quartet à la Jazz Station

Le nouveau quartette de Fabrice Alleman joue sur la spontanéité. Spontanéité dans les compositions mais aussi dans la façon de les exposer. C’est un peu comme si le saxophoniste ne voulait pas trop réfléchir la musique mais plutôt la sentir. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a appelé son groupe «Obviously». La plupart des morceaux ont été composés très intuitivement et proposés rapidement au groupe dans lequel on retrouve Reggie Washington à la basse électrique et à la contrebasse, Nathalie Loriers  au Fender Rhodes et Lionel Beuvens à la batterie.

fabrice alleman, nathalie loriers, reggie washington, lionel beuvens, jazz station, jean-philippe collard-neven

Avec une telle équipe, on peut imaginer que la musique ne sera pas figée non plus. En plus, on devine les intentions de Fabrice Alleman lorsqu’il convoque Reggie Washington mais plus encore lorsqu’il demande à Nathalie Loriers de s’installer derrière le Fender Rhodes plutôt que le piano. Il a envie d’entendre des mélodies c’est sûr, mais il a aussi envie que ça groove. Vérification à la Jazz Station, ce mercredi 18 mai.

Après avoir démarré avec un morceau de Tony Williams, histoire de se chauffer, le groupe entame une suite en trois parties: «Morning», «The Afternoon» et - logiquement - «The Evening». Le début est chanté, un peu à la manière de Bobby McFerrin, avant d’évoluer petit à petit vers le blues et se terminer en un soul-funk qui n’est pas sans rappeler les frères Adderley.

L’intention devient réalité.

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Avec ce groupe, Alleman lance aussi des ponts entre tradition et modernité. Et les échanges, parfois musclés et un tantinet désarticulés, entre lui et Lionel Beuvens, sont là pour le prouver. Les break du batteur, sont tendus et secs, mais gardent une extrême musicalité. Quant à Reggie Washington, il navigue entre souplesse et fermeté. Il n’hésitera pas, en fin de concert, à se lancer dans quelques slap qui pigmenteront un peu plus le funk implicite.

Au Fender, Nathalie Loriers, ne délaisse pas, comme prévu, son lyrisme caractéristique, mais le transforme en de nerveuses envolées groovy.

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Le ténor est parfois âpre et rauque, mais on y décèle toujours une pointe de douceur et de tendresse. Et inversement, dans les ballades, Fabrice parvient toujours à glisser une petite pointe de mordant. Le quartette alterne ballades («Like A Little Hope», «Don’t Say It’s Impossible», déjà entendu avec Jean-Philippe Collard-Neven) et thèmes plus incisifs («J.J.», «Trio For All») avec un beau tempérament.

La musique circule, les musiciens sont complices et le public de la Jazz Station savoure.

Et il lui faudra bien, en rappel, un thème brûlant (dont le nom m’échappe) de Joe Henderson pour le rassasier définitivement.

Le quartette compte encore tourner un peu et continuer à rôder la «machine», avant d’envisager l’enregistrement d’un album qui devrait, à coup sûr, bien sonner.


A+

 

26/02/2011

Grégoire Maret à l'F à Dinant

 

Samedi 5 février, L’F, le club de jazz de Dinant est bondé pour accueillir Grégoire Maret, star montante de l’harmonica, adoubé par Toot Thielemans lui-même. D’ailleurs, ce soir, Toots est venu aussi… en spectateur, et s’est installé au premier rang. Ce n’est qu’échange de politesse car Grégoire à l’habitude d’aller écouter Toots lors de ses passages au Blue Note à New York. Il faut dire que le jeune harmoniciste suisse s’est installé dans la Grosse Pomme voici plus de quinze ans. C’est là, après avoir terminé ses études à la New School University, qu’il a commencé à collaborer avec quelques grands noms du jazz, tels que Pat Metheny, Marcus Miller, Herbie Hancock, Cassandra Wilson et d’autres encore.

À Dinant, il est venu accompagné de Reggie Washington (eb, b), Federico Gonzalez Pena (p) et Clarence Penn (dm).

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La musique de Maret est généralement feutrée, mélodique et lyrique, mais ne manque pas de nervosité par instants. Les deux premiers morceaux sont très doux et caressants. Clarence Penn joue délicatement et utilise principalement les balais. Il s’aide de temps à autre de légers effets sur son electro drum pad et de quelques rythmes préenregistrés. Tout est soyeux, et extrêmement bien mis en place. Il y aura, plus tard quelques solos beaucoup plus vifs où tout le groupe s’amuse sur des métriques plus sophistiquées. Des moments qui, du coup, mettent en valeur la délicatesse des thèmes plus doux.

Grégoire Maret est très charmeur, souvent romantique. Il met peu d’effet dans le son de son harmonica, mais dégage déjà une belle personnalité. De la douceur et du lyrisme, certes ce sont les bases de son style, mais il possède aussi une belle capacité à enflammer certains morceaux. Quelques-uns de ses solos flirtent avec les aigus qu’il maîtrise avec beaucoup d’agilité pour en souligner toutes les nuances.

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Reggie Washington, aussi à l’aise à la contrebasse qu’à la basse électrique s’intègre avec bonheur dans l’ensemble. Il soutient mais n’hésite pas, de temps en temps, à prendre des chemins de traverses. Légèrement funky, toujours subtil, ça balance et ça swingue gentiment.

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Celui qui impressionne le plus est sans doute le pianiste uruguayen Federico Gonzalez Pena. Son toucher est chaud et virtuose. On ressent chez lui cette touche afro-cubaine, à la fois douloureuse et mélancolique et à la fois explosivement optimiste. Il injecte, dans ses phrases et ses rythmes chaloupés, des accélérations subites, pétillantes et ensoleillées. Passant du piano au Fender, ses attaques sont franches et nerveuses, son jeu est acéré. Parfois aussi il instaure des plages plus atmosphériques rappelant des ambiances à la Brian Eno.

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Et puisque Toots est dans la salle, on aura droit à un duo.

Toots reste assis au milieu du public, Grégoire est face à lui. D’abord ils se cherchent. Gregoire donne quelques indications. Toots cherche un peu sa route. Grégoire le met sur la voie… et une fois le déclic trouvé, la magie opère. Il y a soudain un supplément d’âme dans la musique. On joue avec le cœur et l’émotion est palpable.

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Ce soir, c’était un beau concert de club, cosy et chaleureux, parfois peut-être un peu trop sobre, un peu trop sage, le groupe faisant la part belle aux ballades et aux trendres mélodies. Mais on entendra sans doute encore parler de Grégoire Maret et aussi certainement de Federico Gonzalez Pena qui me laissa vraiment une très belle et forte impression.

 

Prochainement, le 5 mars, Jazz l’F accueillera cette fois-ci Enrico Piranunzi (et si vous n’êtes pas à Dinant ce soir-là, vous pourrez vous rattraper en allant écouter le pianiste italien au Sounds quelques jours plus tard, le 10 et 11 mars…)

 

 

A+

 

 

 

05/06/2010

Brussels Jazz Marathon 2010

Vendredi 28 mai, je marche vers la Grand Place de Bruxelles. Le ciel est clément, il y a même quelques rayons de soleil.

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Sur la grande scène, Mariana Tootsie a donné le départ du quinzième Jazz Marathon. Elle est accompagnée par ses «Chéris d’Amour». Personnellement, et même si cela est sympathique, je ne suis pas convaincu par ce nom de baptême (j’aurais même tendance à m’en méfier). Mais c’est Mariana Tootsie (très grande voix!) et Matthieu Vann (p, keyb) et Jérôme Van Den Bril (eg) et Cédric Raymond (cb) et Bilou Doneux (dm). Et très vite, toutes mes appréhensions se dissipent. Mariana possède décidément une sacrée voix (désolé si je me répète) et son groupe sonne vraiment bien! Ça groove, c’est soul, c’est funky, c’est sec et puissant, c’est un peu frustre, un peu brut… mais qu’est ce que c’est bon! Le temps d’un titre, le groupe invite Renata Kamara, histoire de flirter un peu avec le rap.

Ça démarre fort, ça démarre bien!

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Toujours sur la Grand Place, je découvre ensuite le trio d’Harold Lopez Nussa, dont on m’avait dit beaucoup de bien. Le pianiste vient tout droit de Cuba. Son jeu est vif, brillant, explosif. Sous la couleur d’un jazz très actuel, nourri à la pop, on sent poindre, bien sûr, les rythmes afro-cubains. Le mélange est très équilibré. Entre Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera (cb) et l’excellent batteur Ruy Adrian Lopez Nussa, l’entente est parfaite. Le trio évite le piège du cuban-jazz trop typé pour en délivrer leur vision assez personnelle et bien tranchée. Un trio à suivre de près.

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Je fais un crochet par la Place Sainte-Catherine pour saluer Manu Hermia (as), François Garny (eg) et Michel Seba (perc) occupés à se préparer pour le concert de Slang. Connaissant la bande, je décide d’aller découvrir, au Lombard, le nouveau projet de Rui Salgado (cb), Cédric Favresse (as), Ben Pischi (p) et Nico Chkifi (dm): Citta Collectif.

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Le groupe s’est formé assez récemment et on le sent encore en recherche. Il en ressort cependant déjà de belles idées. Suivant les morceaux, on peut y déceler, ici, les influences d’un Abdullah Ibrahim, là,  «l’urgence» d’un Charlie Parker et, plus loin encore, l’inspiration de ragas indiens. La musique circule, joue le mystère, fait cohabiter les silences et la frénésie. Voilà encore un groupe qui promet.

Changement de crèmerie. Sur le chemin vers la Place St Géry, Raztaboul, met le feu ska-jazz-funk sur le podium du Bonnefooi.

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J’arrive au Café Central. Au fond de la salle, PaNoPTiCon improvise, délire, part en vrille. À un ami qui me demandait ce qu’il fallait aller voir au Jazz Marathon, j’avais cité PaNoPTiCon en lui précisant: «jazz indéfinissable». Domenico Solazzo, le batteur, leader et instigateur du projet invite pratiquement chaque fois des musiciens différents. C’est ainsi que se retrouvaient autour de lui ce soir, Antoine Guenet (keyb), Michel Delville (g), Olivier Catala (eb) et Jan Rzewski (ss). La règle du jeu? Pas de répétition mais de l’impro libre et totale. L’expérience est assez fascinante, déconcertante voire éprouvante, car ici, tout est permis. Le groupe explore les stridences, va au bout des sons et des idées. Certains spectateurs abandonnent, d’autres entrent dans le jeu. Je fais visiblement partie de la deuxième catégorie. Certes, la musique n’est pas facile, mais il y a ce côté expérimental et cette recherche de l’accident qui me captive. Michel Delville injecte des sons très seventies, évoquant le prog-rock et Jan Rzewski fait couiner son soprano. PaNoPTiCon explore les recoins de la musique underground, du jazz-rock, de la musique sérielle, du drone… et du jazz, tout simplement. Il fait s’entrechoquer les mondes. Expérience musicale et spirituelle assez forte.

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Avant de rentrer, je vais écouter Piero Delle Monache (ts) et Laurent Melnyk (g)  accompagnés d’Armando Luongo (dm) et de Daniele Esposito (cb). «Ecouter», est un bien grand mot. Le quartette joue sur une scène grande comme un mouchoir de poche, dans un endroit improbable où le public n’en a absolument rien à cirer. Le Celtica est bourré à craquer de gens bruyants, déjà bien imbibés, qui se sont juste réunis pour beugler et boire encore. On se demande bien où est l’intérêt pour les musiciens de se retrouver à jouer dans des conditions aussi indécentes? On appréciera le groupe une autre fois, dans de meilleures circonstances, je l’espère. En attendant, je vous conseille le très bon premier album de Delle Monache: «Welcome» (j’en reparlerai).

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Samedi, Place Fernand Cocq, où les parasols servent de parapluies, me voilà avec Jempi Samyn, Jacobien Tamsma, Fabien Degryse, Henri Greindl et Nicolas Kummert dans le jury du concours Jeunes Talents.

Le premier groupe à se lancer est le Metropolitan Quintet. Voilà déjà plusieurs fois que je les entends, et chaque fois le niveau monte. Le groupe propose une musique clairement influencée par le jazz-rock seventies auquel il ajoute une touche parfois funky, parfois plus contemporaine. C’est très habilement joué et l’on remarque bien vite de belles personnalités, comme Antoine Pierre (dm et leader), qui recevra d’ailleurs le prix du meilleur soliste, mais aussi le saxophoniste Clément Dechambre

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Changement radical de style, ensuite, avec le duo Saxodeon de Julien Delbrouck (ss, baryton, cl.basse) et Thibault Dille (acc.). La mélancolie et le lyrisme mélangés à une touche de new tango ou parfois de bossa, offrent une belle originalité. Le pari est osé, mais manque peut-être encore d’un peu de souplesse, la moindre hésitation se paie cash. Finalement, c’est Raw Kandinsky qui mettra tout le monde d’accord.

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Ce jeune quartette - Johan De Pue (g), Quirijn Vos (tp), Tijn Jans (dm) et Martin Masakowski (cb) – est très affûté, très soudé et énergique. Sorte de neo-bop, un poil rock, un poil funk, qui va à l’essentiel. Pas de bavardage inutile, mais de l’efficacité servie par d’excellents musiciens (à l’image de l’impressionnant contrebassiste). On reverra tous ces groupes au Sounds le 25 juin, venez nombreux, ça vaut le coup d’oreille.

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Allez, hop, je descends dans le centre écouter Jeroen Van Herzeele et Louis Favre. Avant ça, je fais une halte sur la Grand Place pour écouter la fin du concert de Julien Tassin (g) et Manu Hermia (as) que j’avais déjà vu en club (et dont je n’ai pas eu le temps de vous parler... désolé). Musique énergique, spontanée et directe qui s’inspire du funk, de la soul, du rock, de John Scofield ou de Jimi Hendrix. Jacques Pili est à la basse électrique et Bilou Donneux à la batterie. Efficace et groovy en diable! Je vous le recommande!

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Le Lombard s’est vite rempli et le public restera scotché. Pourtant, il n’y aucune concession dans la musique de Louis Favre (dm), Jeroen Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb). C’est Coltranien en plein! Un long premier morceau évolutif nous emmène haut, très haut. Ça psalmodie, ça rougeoie et c’est incandescent. Le deuxième morceau est emmené à un train d’enfer par Favre. Il y a du Hamid Drake dans son jeu. Van Herzeele fait crier son sax, le fait pleurer, le fait chanter. Les phrases s’inventent et se cristallisent dans l’instant. Fantastique moment!

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Curieux, je remonte vers le Sablon pour écouter Casimir Liberski. Le retour de l’enfant prodige fraîchement diplômé du célèbre Berklee College of Music. Avec Reggie Washington à la basse électrique et Jeff Fajardo aux drums, le trio nous sert un jazz très (trop) propre, presque aseptisé. On s’ennuie à écouter de longues boucles funky, un peu molles, entendues chez Hancock, par exemple, dans les années 80 (pas la période que je préfère). Bref, ça sent le salon cosy. Liberski prépare un album avec Tyshawn Sorey (dm) et Thomas Morgan (cb), ça devrait, je l’espère, sonner autrement.

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Au Chat Pitre, Mathieu De Wit (p), Frans Van Isacker (as), Damien Campion (cb), Jonathan Taylor (dm) dépoussièrent de vieux standards («The Way You Look Tonight», «Blue Monk», etc.). Sans pour autant les dénaturer, le groupe parvient à leur donner une fraîcheur plutôt originale.

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Et je termine ma longue journée au Sounds pour écouter Philip Catherine (g) en compagnie des fantastiques Benoît Sourisse (orgue Hammond) et André Charlier (dm). «Smile», «Congo Square» et autres thèmes passent à la moulinette d’un groove nerveux et explosif. L’entente est parfaite, le timing irréprochable et le plaisir communicatif. Le bonheur est parfait.

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Dimanche après-midi, sur la Grand Place, le programme est concocté par les Lundis d’Hortense. Sabin Todorov présente son dernier projet avec le Bulgarka Junior Quartet et chasse les nuages. Les chants traditionnels bulgares mélangés au jazz révèlent ici toute leur magie. L’équilibre est subtil entre les voix, l’alto de Steve Houben et le trio de Todorov. C’est souvent dansant, coloré et ça tient vraiment bien la route.

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Je reste, par contre, toujours un peu mitigé par rapport au projet de Barbara Wiernik. C’est tendre et sensible, tous les musiciens sont excellents (Blondiau sur «Drops Can Fly», pour ne prendre qu’un exemple)… mais je n’arrive pas à «entrer dedans».

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Avec Nathalie Loriers, le soleil est définitivement de retour. Sous la direction de Bert Joris (tp), le Spiegel String Quartet (Igor Semenoff (v), Stefan Willems (v), Aurélie Entringer (v) et Jan Sciffer (cello)) fait un sans faute. Nathalie fait swinguer «Neige» et «Intuitions & Illusions» et nous donne le frisson sur «Mémoire d’Ô». Belle réussite que cette association de cordes et avec un quartette jazz

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Comme chaque année, la fête se termine trop tôt (22h15: extinction des feux!!!?? On croit rêver!!), alors je passe par le RoskamBen Sluijs (as) s’y produit en trio, avec Manolo Cabras (cb) et Eric Thielemans (dm). Musique très ouverte, parfois inconfortable, parfois cérébrale mais toujours excitante. Rien à faire j’adore ça…

Rideau.

A+

 

24/03/2008

Jacques Schwarz Bart - Flagey

Il y a un côté pédagogique dans la présentation des morceaux qu’il va jouer.
C’est que Jacques Schwarz Bart est très attaché à ses origines et qu’il a envie de transmettre à travers le monde la mémoire des esclaves ainsi que la richesse de la musique Gwo-Ka avec laquelle il a grandi.
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Ce soir, au Studio 1 de Flagey, entouré d’un line-up international (le Sénégalais Hervé Samb (g), l’Américain Reggie Washington (b), le Serbe Milan Milanovic (p) et les Guadeloupéens Olivier Juste (boula) et Arnaud Dolmen (marqueur) ) il prend le temps d’expliquer l’origine de chaque morceau ainsi que sa construction rythmique.

C’est pédagogique, mais ludique. Et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.
C’est une musique qui accompagne la fête, le travail ou la souffrance.
C’est une musique de communication.
Et elle se mêle avec aisance au jazz contemporain. Un mélange que Jacques Schwarz Bart a travaillé pendant des années.

Alors, le saxophoniste s’en va dialoguer avec les deux joueurs de tambours, sur des rythmes incandescents. Puis, il lance Hervé Samb dans des improvisations virtuoses.
Les rythmes sont chauds et endiablés. On y ressent comme de la transe.
Parfois, Schwarz Bart accompagne ses musiciens en chantant.
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Et sur un thème comme «Padjanbel» on est perdu sans l’être.
On dirait que les rythmes sont assez indéfinis. Et pourtant tout est limpide.
Il y a comme une superposition d’ondulations aux tensions différentes qui se mélangent. Et forcément, à un moment, et de façon régulière, elles se croisent.
Cette musique très chaloupée a quelque chose de fascinant.
Elle est pleine de reliefs et de couleurs profondes, il y a comme une pulsation indomptable en elle.

Les deux percussionnistes redoublent d’énergie. L’un imprime le rythme de base (le marqueur) tandis que l’autre improvise et s’évade dans des circonvolutions rythmiques presque hypnotisantes.

Milan Milanovic place de temps en temps des improvisations tranchantes. Très percussives au piano et pimentées d’accents presque funky au Rhodes (sur «Abysse» par exemple).

Jacques Schwarz Bart n’oublie pas le côté mystique sur une ballade comme «Ascent» qu’il entame en solo. Il y a résolument une réflexion intérieure profonde, douce et sécurisante.
Un sentiment de plénitude.
Sentiment accentué par les effets flottants et aquatiques de Samb à la guitare et ceux, plus sourds, de Reggie Washington à la contrebasse.
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Le son du ténor n’est jamais agressif. Jamais doux non plus.
Sur un morceau assez vif, comme «Ti Jean Prend gâteau», le sax ressemble à de la lave qui gicle. Schwarz Bart va jusqu’à la limite sans pour autant faire crier son instrument.
Il n’est pas âpre, il est brûlant.
Il n’est pas abrasif, il est juste un peu rauque.
Un peu comme ces ka qui claquent fortement tout en gardant une résonance longue.

Le public est conquis et en redemande.
«Pa Palé» est un hymne à la liberté d’expression, dédié à tous ceux qui ont été empêchés de parler ou de chanter. Un thème puissant et rassembleur.
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Après le concert, j’ai l’occasion de rencontrer longuement Jacques Schwarz Bart pour réaliser une interview pour Citizen Jazz.
L’ancien sideman de Roy Hargrove prépare actuellement un nouvel album où quelques-uns de ces amis fidèles viendront s’y joindre, comme Meshell N’degeocello, Elisabeth Kontomanou ou encore John Scofield.
Ça promet.
On espère le revoir en Belgique en fin d’année.

A+