04/03/2017

Raffaele Casarano et Mirko Signorile duo au Sounds

Voilà des mois que je n'avais plus mis - bien malgré moi - les pieds au Sounds. Vendredi 24 mars, j’avais enfin trouvé le temps et l’occasion pour aller revoir Sergio et Rosy – et goûter les excellentes pâtes maison, bien sûr - mais aussi pour y écouter Raffaelle Casarano (que j'avais récemment vu au Tournai Jazz Festival avec Manu Katché).

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Le saxophoniste italien vient de publier un nouveau disque, « Medina », avec son quintette mais aussi avec l’Orchestra Sinfonica Tito Schipa. Mais un orchestre symphonique, c’est un peu grand à faire rentrer dans un club. Alors, comme il a l’habitude de le faire à travers l’Europe, c’est en duo avec le pianiste Mirko Signorile qu’il présente la plupart des morceaux du disque (que je vous recommande, si vous aimez le lyrisme, l'humour, la fraîcheur… et les cordes). Décision radicale, mais payante.

Il y a du monde ce soir et l'ambiance est chaude. Pour capter l’attention du public, le saxophoniste et le pianiste entament un long morceau introspectif et atmosphérique.

La musique évolue par cycles et les nappes mélodiques s’enrichissent au fur et à mesure.

Puis on enchaîne dans un tout autre style avec un « My Romance » aux accents bop bien trempés. Mirko Signorile en profite pour développer un jeu plus tranchant et percussif. Puis on repart dans plus de lyrisme.

Casarano utilise avec parcimonie une pédale reverb, à la manière de Paolo Fresu, qui donne beaucoup de profondeur et de relief à un son parfois éthéré. Son jeu est parfois feutré mais aussi parfois très pincé, un peu à la Jan Garbarek. On pourrait d’ailleurs presque imaginer des musiques plutôt nordiques, dans l’esprit, que latines, s'il n'y avait pas la pulse et le phrasé chantant de Signorile au piano. Pourtant, les compositions de Casarano sont souvent lyriques et chantantes. Dans chacune d’elles, on sent poindre rapidement une mélodie pleine de romantisme. Les histoires qu'il raconte sont assez imagées. « L’istrione » ou « Un amico immaginario », par exemples, faites d'accélérations ou de décélérations souples, hésitent entre les sentiments lumineux et sombres. L’équilibre est toujours bien dosé, entre une larme et un sourire, comme disait l’ami Toots.

Le second set est un peu plus nerveux avec « Ballatta per Bodini », qui commence en douceur pour se terminer de façon plus exaltée, ou encore avec la reprise d’une chanson pop de Pino Daniele. Et comme l’ambiance monte, et qu'il n'a pas d'orchestre symphonique sous la main, Casarano fait participer le public et l’entraine à fredonner la mélodie de « Click clock ». Une belle façon de donner un dernier coup de légèreté dans un concert fait de douceur et tendresse.

 

 

 

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22:40 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mirko signorile, raffaele casarano, sounds |  Facebook |

20/02/2017

Tournai Jazz Festival 2017

Privé des habituelles salles de la Maison de la Culture, à cause de travaux, le Tournai Jazz Festival se devait de trouver un nouvel endroit pour sa 6ème édition. Quand on sait que les salles de spectacles ne sont pas légion dans cette ville, ce n’était pas gagné.

Face à l’adversité, certains auraient jeté l’éponge, mais c’était sans compter sur l’énergie et l’enthousiasme débordant d’une équipe de bénévoles dévouée au jazz et à la bonne cause (rappelons que la plupart des bénéfices sont reversés, via le Fifty One Club, aux plus démunis).

C’est donc en plein centre de la ville, sur la Grand Place, que le festival s’est installé. Et pour cinq jours ! D’une part sous le beau chapiteau du Magic Mirrors et d’autre part à la Halle aux Draps. Le résultat : carton plein ! Le public tournaisien – et même celui venu de bien plus loin - a répondu présent, et le festival a affiché complet du mercredi au dimanche.

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Comme chaque année, les organisateurs avaient alternés concerts de groupes locaux, belges et internationaux. Ce sont les français de Polvèche Quintet qui ont d’abord partagé la scène avec les tournaisiens d’Uncle Waldo et de Glass Museum.

Le lendemain, c’est l’Âme des Poètes qui a émerveillé le Magic Mirrors avant de laisser la place, à la Halle aux Draps, à CharlElie Couture. C’était, pour ce dernier, le seul et unique concert en Europe. Concert bien légitime dans le cadre de ce festival , quand on connaît l’excellent album blues « Lafayette » que le célèbre chanteur français, expatrié à New York, vient de sortir. Et, en trio, ce soir, on peut dire qu’il a conquis tout le monde.

En fin de soirée, Récital Boxon, emmené par la chanteuse Maïa Chauvier, bousculait un peu le public avec ses chansons engagées à la poésie incisive, dans un mélange de jazz, de folk, de rock et de spoken words. Un groupe à suivre.

Vendredi, déjà le troisième jour !

Le Magic Mirrors est l'écrin idéal pour la musique scintillante, groovy et poétique de Lorenzo Di Maio. Le quintette du guitariste a sorti un premier album (Black Rainbow) très réussi qui a été salué par une presse belge et internationale unanimes. Ce soir encore, le groupe démontre tout son potentiel et ses qualités. Du groove d'abord avec « Lonesome Traveller », puis le nerveux « No Other Way » dans lequel Nicola Andrioli (p) et Jean-Paul Estiévenart (tp) surenchérissent de maestria. Les doigts du pianiste s'affolent sur le clavier pour provoquer le trompettiste qui n'attend que ça. Estiévenart invente, malaxe, tord, étire et hache les notes avec un appétit féroce. « Black Rainbow » ou « Détachement », tout en douceur et en esprit americana, laissent divaguer la guitare chaude et languissante de Di Maio, soutenue par la basse sensuelle de Cédric Raymond. On ressent chez ce denier le côté multi instrumentiste qui lui permet de sortir des plans auxquels on ne s’attend pas. Il joue vraiment avec le groupe. C'est un peu pareil pour Antoine Pierre aux drums, qui découpe, précède ou construit, presque abstraitement, les thèmes en gardant une pulsation précise. Avec le très milesien « Open D », boosté par un intenable Nicola Andrioli au Fender Rhodes, suivi du jubilatoire « Santo Spirito », Lorenzo Di Maio Quintet conclu un concert de grande efficacité.

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Le temps de traverser la Grand Place et nous voilà à la Halle aux Draps. Soulignons le travail remarquable sur l’acoustique faite par toute l’équipe de techniciens de la Maison de la Culture. Pas facile, en effet, de sonoriser la cour intérieure couverte, d’un édifice tout en pierres datant de la Renaissance. Mais l’endroit est sublime et se prête, ici aussi, merveilleusement bien à la musique toute en atmosphère d'Anouar Brahem. Le oudiste, accompagné par Björn Meyer à la basse, Klaus Gering à la clarinette basse, François Couturier au piano et par l’Orchestre de Chambre de Wallonie conduit par Frank Braley, entame un long morceau contemplatif dont il a le secret. Le tunisien reprend principalement le répertoire de son album « Souvenance », sorti chez ECM en 2015. La basse électrique, au son très mat, fait écho au oud, léger comme le vent. Tandis que les cordes déroulent un tapis ondulant et mouvant, la clarinette basse sonde les mystères de la mélancolie. Le piano quant à lui, dialogue sobrement avec l’orchestre et amène une pointe de fraîcheur. Nous sommes à la croisée de la musique arabe, du jazz et du classique. Quelques rares interludes improvisés des solistes permettent les transitions bienvenues entre les morceaux qui, malgré leur éblouissante écriture, semblent parfois s’étaler juste un peu trop. On voyage dans un grand paysage harmonique, jamais grandiloquent ni étouffant, on plane et on se recueille presque. Il faut remarquer et saluer aussi la qualité d'écoute d’un public subjugué, respectueux, attentif et très enthousiaste. Ce qui est toujours agréable.

La transition est parfaite entre la musique d’Anouar Brahem et celle de Quentin Dujardin et Ivan Paduart, qui présentaient « Catharsis » en quintette, dans un Magic Mirrors noir de monde. Ici aussi, il s’agit de tirer un trait d'union entre la musique méditerranéenne, défendue par le guitariste, et le jazz plus affirmé délivré avec vigueur par le pianiste. Au duo de base, s’ajoutent le magnifique trompettiste Bert Joris – qui vient de sortir une perle avec le BJO - le bassiste électrique Théo de Jong et le batteur Manu Katché. Ici, c’est le groove et le swing moderne qui prennent rapidement le dessus. « Délivrance » puis « Far Ahead » donnent le ton. Les échanges sont vifs mais nuancés. « Retrouvailles » est plus intimiste et la guitare de Dujardin est bien mise en avant. Le jeu est fin, équilibré et brillant. Tout comme Paduart, Dujardin ne cherche pas nécessairement les accords complexes, du moins en apparence, mais essaie toujours de faire passer l'émotion au travers d’un jeu subtil et vivant. Associés au son enrobant mais toujours limpide de Bert Joris, les morceaux délivrent toutes leurs saveurs, à la fois épicées et sucrées. Entre Manu Katché, au jeu sec et tendu et Ivan Paduart, plus aérien mais aussi parfois très percussif, l’entente est parfaite. La musique bouge, se transforme, se déplace. Le jazz se mélange aux rythmes hispanisants et dansants, voire funky, comme sur un « Human Being », par exemple, dans lequel Théo de Jong fait éclater tout son talent avant que Katché ne conclue la soirée d’un solo époustouflant.

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Samedi, ça ne fait que commencer !

Le pari était plutôt osé de programmer le premier concert de samedi à 15 h30. Mais, bonne surprise : même si le Magic Mirrors n'est pas rempli au début du concert, il se comblera très vite pour accueillir le Heptatomic de Eve Beuvens ! Voilà qui confirme une réelle curiosité et un engouement certain du public tournaisien pour le jazz. Au fil du temps, le projet de la pianiste a pris du corps. A l'esprit migusien qui en avait surpris plus d'un lors de sa création au Gaume Jazz en 2013, Heptatomic semble y avoir ajouter une pointe George Russel, de Lennie Tristano ou même peut-être de Gunter Shuller. Toutes ses influences, conscientes ou pas, nourrissent un jazz moderne, acéré et franchement jubilatoire. La musique est angulaire mais ne manque certainement pas de swing. Elle rebondit, elle fonce, elle attend, elle recule pour mieux sauter. Et c'est tout bonus pour les solistes. Sam Comerford (ts), Grégoire Tirtiaux (as) et Jean-Paul Estiévenart se relaient tour à tour pour emmener la musique toujours plus loin. Benjamin Sauzereau inocule l’ensemble de riffs diaphanes dans un jeu très personnel, quant à Manolo Cabras, faisant claquer les cordes de sa basse et Lionel Beuvens à la batterie, ils assurent une rythmique des plus efficaces. Mélangeant nouveaux et anciens thèmes, Eve Beuvens et sa troupe arrivent à capter l'attention du public et à rendre toute cette émotion, énergique ou fragile, avec assurance. Bien équilibré et bien pensé, entre complexité et sensibilité, le set se prolonge par un rappel auquel Eve elle-même ne s'attendait pas, prouvant ainsi la qualité du projet et l’intérêt du public pour celui-ci.

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Vers 17h30, la Halle aux Draps a fait le plein pour accueillir le duo du pianiste Jacky Terrasson et du buggliste Stéphane Belmondo. Ceux-ci présentent le très intimiste album « Mother » sorti l'année dernière. Entre ballades originales et standards, joués sobrement et avec une pointe d'humour, la musique berce l'auditoire avec bienveillance. Il faut un petit temps pour que le concert trouve sa voie, mais quand l'inspiration vient, on sent les deux musiciens totalement complices. Ils n'hésitent pas à parsemer les thèmes de citations. Ils déconstruisent et remontent à leur façon des airs que l’on connaît presque par cœur. Le duo mixe les moments de mélancolie et les moments de totale désinvolture. Le jeu de Terrasson est à la fois romantique et rythmiquement ferme. Belmondo n'hésite jamais à désamorcer la tension qui risquerait d’envahir un peu trop la musique. Du coup, après l’émouvant « You Don’t Know What Love Is » et surtout « La chanson d’Hélène », délivrés avec une sensibilité à fleur de peau, « Les valseuses », « Fun Key » ou encore « Pompignan » se dégustent avec un plaisir non feint.

Sur les coups de 19h 30, la salle est archi comble lorsque Kyle Eastwood monte sur scène. Le démarrage est explosif et ne donne aucun doute sur l'objectif de la musique que le contrebassiste défend. « Proceco Smile » et « Bullet Train » déboulent avec furie. C’est clair, Eastwood veut, comme il le dit lui-même, payer son tribu à la musique des années ‘50, celle des Blakey, Morgan et Silver. Loin d'en faire une simple copie, Eastwood et ses compagnons insufflent un son bien actuel et décomplexé. Quentin Collins à la trompette et Brandon Allen au sax se relaient pour faire monter l’intensité. Ça y va à l'énergie. Franck Agulhon fouette et frappe dans un pulse toute maîtrisée ses fûts, tandis qu’au piano, Andrew McCormack distille des phrases bop bien senties. Le leader impressionne aussi dans son jeu à l’archet, sur « Marrakech » notamment. On le préfèrera à la basse acoustique qu’à l’électrique, qui est pourtant son instrument de prédilection. En effet, la version de « Dolphin Dance » un peu trop respectueuse et « Letter From Iwo Jima » en duo basse électrique et piano, font légèrement baisser l’enthousiasme. Après ce passage un peu plus faible et d’autres moments presque trop pop, le groupe reprend des forces avec « Caipirinha » et un « Big Noise From Winnetka » enflammé. Quant au « Boogie Stop Shuffle » en rappel et entamé en solo, il sera concis, direct et intense comme on l’aime.

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A son tour, Manu Katché a fait salle comble et a soigné la mise en scène. Arrivée de star dans la pénombre tandis que le groupe entame l’intro d’ « Unstatic », du nom du très bon album sorti récemment. Comme sur le disque, Katché suit fidèlement l’ordre des morceaux. Il laisse juste l’espace qu’il faut aux saxophonistes, Raffaele Casarano et Torre Brunborg, pour improviser. Jim Watson se partage entre le piano et le Fender, distillant des notes plus soul. Quant à Jérôme Regard, il assure avec fermeté un tempo solide. Il faut quand même laisser à Manu Katché un style et un son particuliers, reconnaissables entre cent. Sa façon de faire sonner les cymbales, de redoubler les coups sur les caisses claires et les toms, tout en gardant un gros son bien marqué, est assez unique. « City », Blossom » ou « Daze Days » défilent. Le groupe reste assez proche des mélodies, très écrites, enregistrées sur l'album. Cela en rassure certains et laisse un petit goût de trop peu à ceux qui aiment les surprises. Mais en rappel, l’éternel « Cherokee » permet à tous de vraiment se lâcher. Et c’est bon ! Trois rappels se succèdent alors pour combler un public très enthousiaste.

Et comme si cela ne suffit pas, le festival a encore prévu un concert ! Il est près de minuit quand le Nu Jazz Project du trompettiste François Legrain monte sur la scène du Magic Mirrors qui ne désemplit pas. « Do You Know Where You’re Coming From ? », « Siegfried », « Keep Me In Mind » s’enchainent. Le public est toujours là et danse sur les rythmes jazz, drum ‘n bass et hip hop du collectif. Le mélange fonctionne assurément bien. Les cuivres sonnent ( Dominique Della-Nave au trombone, Maayan Smith au sax), le drumming de Sylvio Iascio est puissant, DJ Odilon crache les scratchs, soutenu par Brieuc Angenot à la basse. Quant à Dorian Dumont au piano électrique, il s’immisce entre les voix de Soul T et Angela Ricci qui assurent un flow parfait.

 

Come Sunday.

Pour les insatiables et les lève-tôt, l’organisation avait prévu, dès 11h du matin, une série d’animations et de concerts gratuits ! A commencer d’abord par une évocation de Boris Vian, puis des concerts des élèves du conservatoire de Tournai. Vers 16h. c’est le big band JMO, sous la houlette du jeune pianiste Gilles Carlier, qui propose ses compositions originales et des standards peu joués, dans des arrangements qui ne craignent pas la sophistication. Plutôt osé pour un band d’amateurs. Mais le travail et l'audace paie. On remarquera ainsi quelques bons solistes tels que le saxophoniste Thomas Van Ingelgem sur un « Chronométrie » assez complexe, un trompettiste sur « Walkin' Tiptoe » de Bert Joris ou encore l’excellente chanteuse Sarah Butruille, sur « Avalon » de Natalie Cole, entre autres.

Et pour conclure ces cinq jours intenses, Fabrice Alleman met un point d’honneur à offrir un concert sublime et sans faille, malgré un léger problème technique et une courte panne qui prive le chapiteau de lumière, mais pas de musique, pendant quelques minutes. « Obviously » est sorti en 2013 déjà, et ne cesse de bonifier. Ce projet qui allie jazz sensuel et rythmes groovy n’oublie pas la tendresse dans les compositions magnifiées par le jeu aérien et à la fois déterminé de Nathalie Loriers. « Regard croisés » se développe tout en douceur et volupté. « Suite Of The Day » qui se décline en trois parties reste un must du répertoire d’Alleman. Le sax se déploie, crie puis s'amuse et laisse la place au Fender Rhodes, très soul et groovy, de Nathalie Loriers. Et le final, plus funk jazz et un peu canaille, embrase la salle. Lionel Beuvens et Reggie Washington assurent une rythmique parfaite. « Take It As It Is », en duo piano/soprano, et même sifflée, est une ballade sensible et romantique d’où s’échappent de belles notes bleues. Pour terminer, « Open Your Door », rageur et revendicatif, et « Crazy Races », tendu et galopant, vont titiller les limites du « out ». Ces nouveaux morceaux donnent encore plus de corps à un projet qui mêle humanisme et rage, bonheur et inquiétudes. Et qui devrait continuer à évoluer.

Une fois de plus, le Tournai Jazz festival a tenu toutes ses promesses. Il y en a eu pour tous les goûts ! C’était un cadeau pour ceux qui ne connaissaient pas le bon jazz, ou s’en faisait une fausse idée, et pour ceux qui ne jurent que par lui.

On se donne déjà rendez-vous en 2018 avec le même plaisir et la même gourmandise.

 A+

Photos : © JC Thibaut

 

02/02/2014

Raffaele Casarono Locomotive au Sounds

Quasi complet et archi bourré. Samedi 25 janvier, le Sounds avait fait le plein. Comme la veille, du reste. Heureusement, Sergio m’avait dégoté une petite place près de la scène. Me voilà entouré de charmantes italiennes, dont certaines avaient fait le déplacement tout spécialement de Lecce… Cet engouement était provoqué par la venue du saxophoniste Raffaele Casarano, mais aussi et surtout par la présence exceptionnelle de Giuliano Sangiorgi (leader du groupe Negramaro), véritable pop star en Italie. Autant dire que ça parlait italien à toutes les tables.

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Raffaele Casarano et son Locomotive (Marco Bardoscia (cb), Marcello Nisi (dm) et l’audacieux  Mirko Signorile (p)) présentaient leur dernier album, Noé, sorti tout récemment sur le label de Paolo Fresu, Tǔk Music. Un album apaisé, sensuel et délicat.

Depuis ses débuts, Casarano a affiné son style et on peut même dire qu’avec Noé, il a trouvé une vraie ligne directrice. Les choix sont plus clairs et bien définis. Bien entendu, on y retrouve toujours les influences qui peuplent son univers, mais elles sont mieux maitrisées. Les delays, échos et autres effets sont utilisés avec beaucoup plus de parcimonie.

Ce que le saxophoniste n’a pas abandonné par contre – mais, ici aussi, tout est mieux canalisé – c’est l’énergie. Car Casarano se donne à fond. Il va chercher très loin la moindre mélodie pour la malaxer, la triturer et l’explorer avec intensité ou rage presque. Le leader n’a pourtant pas un son puissant et c’est plutôt dans la façon dont il projette les sons et les moments où il le fait qui donnent cette impression. On pourrait d’ailleurs dire la même chose de Marco Bardoscia, à la contrebasse, qui semble être un «propulseur» de tempi. Il vient constamment booster le rythme et marquer le temps avec force, tout en jouant avec les intervalles et les silences. Marcello Nisi, quant à lui, frappe sèchement et, en bon complice, donne une réplique parfaite au contrebassiste. Simple, malin et efficace.

Tout cela permet à Mirko Signorile de profiter de grands espaces pour développer un jeu lumineux et fiévreux. Les attaques sont souvent tranchantes, le phrasé vif et le jeu ouvert. Mais il sait aussi se faire très lyrique, voire romantique, en évitant toujours la facilité.

Ce mélange de jazz mainstream et de modernité offre une belle lisibilité musicale non dénuée de surprises ni de trouvailles. «Oriental Food», «Gaia» ou «Legend» - thème fétiche de Casarano - font mouche.

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Le public est chaud et, quand Giuliano Sangiorgi monte sur scène, une certaine frénésie parcourt la salle.

La voix graineuse, un peu trainante et légèrement éraillée, Sangiorgi salue son public et prend la pose. Il sait y faire. Il se laisse emmener par les notes clairsemées du pianiste, le laisse organiser quelques phrases bluesy et enchaîne «Blue Valentines» de Tom Waits et «My Funny Valentine» qu’il termine de façon assez musclée. La voix est envoûtante et le chanteur s’intègre parfaitement à l’ensemble.

On élargit le jazz, on laisse entrer un peu de chanson et un peu de pop, mais on garde l’esprit et on laisse toujours de la place à l’improvisation et à la magie de l’instant.

Locomotive n’a pas peur de prendre des risques, de tordre un peu la musique pour mieux se l’approprier. La présence d’un guitariste, Giancarlo Del Vitto, invité à rejoindre le groupe pour quelques morceaux, n’y est sans doute pas pour rien non plus.

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Pour terminer ce très long set, le groupe reprend un traditionnel italien, «Lu rusciu de lu mare», magnifiquement intimiste et mélancolique, dont les arrangements rappellent un peu le merveilleux «From Gagarin’s Point Of View» d’E.S.T de la grande époque.

Et après une pause bien méritée - dans une joyeuse ambiance - toute la bande remonte sur scène et se lance dans une sorte de grande jam – près d’une heure, quand même - offrant compos personnelles (de Casarano ou de Sangiorgi, «Solo per te»), standards de jazz et reprises pop («No Surprises» de Radiohead entre autres)...

Oui, c’était la fête au Sounds, et le jazz italien - décidément souvent surprenant - était une fois de plus très convainquant ce soir.

Grazie mille e arrivederci a tutti.

 

 

A+

 

 

 

16/11/2013

Odd Man Inn - Ettore Carucci

Ettore Carucci, pianiste italien que l’on a pu voir et entendre aux côtés de Raffaele Casarano, Paolo Fresu, Eric Marienthal ou Philip Catherine, publie son troisième album en tant que leader. On se souvient d’ailleurs d’un très bel album (Forward), sorti en 2006 déjà, où il était accompagné de Bren Street (cb) et Adam Cruz (dm).

Pour Odd Man Inn, il retrouve une rythmique exclusivement italienne : Luca Alemanno (cb) et Dario Congedo (dm).

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Si ce dernier opus semble de facture assez classique à la première écoute, il révèle quelques surprises. De très bonnes et… d’autres un peu plus étonnantes.

Pas besoin, ni d’envie, chez Carucci, de transgresser les règles ou de chercher à remettre en question les grands principes. Il préfère bâtir sur du concret et du solide. Ettore Carucci aime peaufiner son swing et rechercher la sensualité dans un toucher sensible à l’intérieur de mélodies claires et d’harmonies élégantes. Carucci a le sens du beau et l’on apprécie sa sensibilité à développer les ballades intimistes.

Sur les très Evansien «The Simple Life Of My Heart» ou «Aspettando», par exemple, il arrive à extraire de belles atmosphères, éthérées et mélancoliques, sans fioriture ni excès de pathos. Il insuffle également de beaux moments de fraîcheur et de luminosité dans les ambiances parfois en demi-teinte. Ainsi, la progression rythmique de «Ghost» – dans laquelle on ressent des inflexions empruntées à un Brad Mehldau – permet au morceau de s’élever et de tournoyer avec une énergie et une légèreté bienvenues. Il faut dire aussi que Carucci laisse souvent respirer ses compositions et n’oublie jamais de laisser de la place à ses acolytes pour de belles interventions souvent inspirées. Si le drumming de Dario Congedo est plutôt feutré et aérien, le jeu de Luca Alemanno à la contrebasse rappelle parfois celui d’un Palle Danielsson. Un jeu profond, plein d’une résonance sourde, entre fermeté et onctuosité.

Et quand le trio hausse un peu le ton, on se laisse embarquer dans un swing aux changements rythmiques réjouissants («Lethal Doors» ou «Tyre Blown»). Dans ces moments, la rythmique joue à cache-cache avec Carucci – qui se partage entre Fender et piano - en usant, sans abuser, de stop and go, d’accélérations, de tension et détentes. La cohésion et la complicité sont parfaites. Ce qui permet aussi au trio de proposer une version bien personnelle et intéressante de «A Night In Tunisia» qui évite les clichés.

Alors, on se demande pourquoi le pianiste a laissé s’infiltrer dans son Odd Man Inn une sucrerie jazzy-pop («Good Luck» avec Carolina Bubbico au chant) et un racoleur «Take It Slow» (avec Orlando Johnson au chant), un peu R&B, un peu soul, un peu hip hop dans le style de Robert Glasper, qui affaiblissent l’ensemble.

Oublions vite cela et ne retenons que le Carucci en trio, dialoguant avec la contrebasse et la batterie, car c’est là où il s’exprime le mieux et laisse éclater une personnalité vraiment très attachante.


 



A+

 


09/05/2012

Raffaele Casarano Locomotive Quartet au Sounds


Pour quelques raisons d’organisations (ou de désorganisations) personnelles, je n’arrive au Sounds que pour le second set du concert de Locomotive, le quartette de Raffaele Casarano.

Raffaele Casarano est un saxophoniste italien qui entretient une belle relation avec la Belgique où il revient souvent. On l’avait vu, entre autres, aux côtés de Paolo Fresu, il y a quelques années. Ce jeune italien a déjà sorti plusieurs albums sous son nom et a collaboré avec pas mal de monde (Daniele Di Bonaventura, Philip Catherine, Gianluca Petrella...). Il est, en plus, directeur artistique du Locomotive Jazz Festival qui se déroule chaque année près de Lecce.

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C’est au soprano qu’il entame le premier morceau de ce second set. Le jeu est un peu pincé, un peu nasillard… et plein de fougue. Casarano n’a pas peur de faire siffler l’instrument. L’influence coltranienne (je sais, c’est un lieu commun pour la plupart des saxophonistes) est assez claire, mais Casarano n’hésite pas à chercher des voies différentes (il suffit d’écouter son album Argento dans lequel il mélange le flamenco, le rock ou l’électro pour s’en convaincre).

Il utilise par exemple – sans en abuser – d’un léger delay, un peu à la manière de son ami Paolo Fresu, pour créer une ambiance délicatement feutrée et ajouter juste ce qu’il faut de relief à une musique déjà riche. C’est que Casarano n’est aussi sage qu’on pourrait le croire. Et puis, il faut dire que le contrebassiste Marco Bardoscia n’est pas du genre à rester discrètement dans le fond de la scène. Toujours à l’affut, il n’hésite pas à «quitter le chemin», à bousculer un peu les convenances et à attirer ses compagnons dans des contrées moins tranquilles.

Le quartette reprend, par exemple, un standard (dont le nom m’échappe) qu’il déstructure sans pudeur mais avec élégance. Puis, au détour d’un morceau assez bop, il laisse échapper quelques bribes de tarentelle.

Le groupe joue à l’instinct et cherche à provoquer les accidents. Il joue la spontanéité et cherche le plaisir. C’est comme si il s’amusait à déplacer un décor pour laisser apparaître une structure plus brute. On dit souvent du jazz italien qu’il est «chantant» (il faut en convenir, même si c’est un cliché), mais il ne faudrait pas oublier qu’il cherche souvent aussi à surprendre.

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Alors, sur scène, ça remue pas mal aussi. Raffaele Casarano projette son instrument devant lui ou, au contraire, le colle sur sa poitrine. Il exprime ses sentiments en une sorte de chorégraphie très personnelle. Il ne veut faire qu’un avec sa musique.

William Greco, au piano, est sans doute moins explosif qu’un Ettore Carrucci, mais ses attaques n’en sont pas moins fermes. On assiste d’ailleurs à quelques vifs et beaux échanges avec Bardoscia. Quant au batteur Marcello Nisi, à la frappe est puissante et précise, il est peut-être celui qui garde l’église au milieu du village. A l’exception d’un solo en fin de concert, il tient plutôt le rôle de gardien du tempo, et permet aux autres de «voyager» en toute liberté.

Et le groupe ne s’en prive pas, au risque de se perdre parfois. Mais le plaisir et l’énergie arrange toujours tout.

Pour clore ce bon concert, et ravir encore un peu plus les très nombreux italiens présents ce soir, le quartette rend un hommage au regretté Lucio Dalla en reprenant un «Caruso» aussi sombre que lumineux.

C'est ça aussi, le jazz italien.

A+

 

 

 

 

 

03/02/2008

Marco Bardoscia - Sounds

Toujours le 26, après le concert de François Decamps à la Jazz Station, je suis allé écouter Marco Bardoscia au Sounds.
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J’avais déjà entendu et vu le contrebassiste avec le groupe de Raffaele Casarano (dont vous pouvez lire la chronique de son disque ici).
Casarano était de la partie ce soir également.
Et pour compléter le groupe, il y avait Alberto Parmigiani à la guitare et Dario Congedo à la batterie.

Le profile du quartette est clairement orienté vers un jazz moderne énergique, chaud, lumineux mais aussi  assez «straight».

«I Don’t Know» est, d’entrée de jeu, accrocheur en diable.
Efficacité des solos de guitare et un Casarano explosif au soprano.
Le ton est donné.
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Sur «Some Other Blues» de Coltrane, et malgré un public très bruyant et quelque peu dissipé, les quatre musiciens offre une ballade sobre et brillante où les solistes sont à nouveau mis en avant.
Le jeu du guitariste Alberto Parmigiani est d’une grande clarté, dans la tradition d’un Jim Hall… version moderne.
Le groupe de Bardoscia aime aussi jouer les contrastes, provoquer des surprises et prendre les contre-pieds. Avec humour, ils reprennent un «Mack The Knife» réjouissant.
Le quartette propose aussi des ambiances plus ethniques et osent le chaos, comme sur «Bamboo» où Casarano troque les instruments «classiques» pour le Xaphoon (sorte de flûte au son chaud et profond).
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Marco Bardoscia trafique parfois le son de sa basse pour la faire sonner tel un steel drum et démontre alors un jeu très percussif. Il utilise l’archet de manière très convaincante aussi.
L’archet qui sert aussi au batteur, qui le fait glisser sur la tranche des cymbales, pour créer des ambiances étranges. Dario Congedo possède un jeu assez diversifié et étendu. Tantôt bop, tantôt funky, tantôt jungle mais toujours groovy.
Du coup, Casarano ou Parmigiani n’hésitent pas à se lancer des défis et à improviser avec fulgurance. Ils en deviennent presque intenables. Et tout le plaisir est pour nous.

Généreux, le groupe invite aussi, le temps de deux morceaux, la jeune et jolie Carla Casarano à monter sur scène. Le chant de l’Italienne est superbe. Puissant et félin à la fois. Une sorte de mix entre Maria Pia De Vito et Petra Magoni

Christophe Astolfi sera lui aussi invité à partager quelques titres avec le groupe.
Et il remettra ça après le concert… histoire jammer jusqu’au bout de la nuit.
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Avec son quartette, Marco Bardoscia vient de sortir son premier album dans lequel il a invité l’excellent et fougueux tromboniste Gianluca Petrella (qui sera en concert avec son Indigo 5 lors du Blue Note Records Festival Indoor le 29 février à Gand).
Tout comme le concert, ce CD est une bien belle découverte.
On en reparlera sans doute.

A+

03/10/2007

Un tour du côté de chez Citizen

Avant de continuer mes comptes-rendus du Festival Dinant Jazz Nights: un petit intermède.

Quelques articles écrits pour Citizen Jazz.

D’abord un retour sur le Blue Note Records Festival de Gand.
Et ensuite, trois nouvelles chroniques de CD’s.

Premièrement celle de Tricycle.
Délicieux album.
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Puis, l'album de Greg Lamy.

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Et enfin, celui du saxophoniste italien Raffaele Casarano.

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Et si vous désirez avoir l’avis de Sophie Chambon (qui n’a pas hésité à estampiller l’album d’un «Elu») à propos de Rajazz, que j’avais également chroniquer pour Citizen Jazz, il suffit de cliquer ici.

Bonnes lectures.

A+

28/05/2007

Le Jazz Marathon et une leçon. (Part1)

Bon, si vous le permettez, mon marathon, je vais vous le raconter en plusieurs étapes.
Il faut savoir ménager l’organisme après une telle orgie…

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Vendredi 27, Grand Place, le monde afflue pour assister au premier concert du Jazz Marathon 2007.
Le soleil (qu’on avait pourtant prévu aux abonnés absents) est de la partie. Pour combien de temps ? Suspens…

Sur scène, le trio de Fabien Degryse, avec Bart De Nolf à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie.

La musique est chaude et sensuelle. Couleur un peu bossa mâtinée de blues, le trio propose la plupart des morceaux qui se trouvent sur le récent album : «The Heart of the Acoustic Guitar».
On remarque toujours la belle fluidité de jeu de Fabien, les interventions profondes de Bart De Nolf et le drumming précis de Castellucci.
Fabien enchaîne «Dream And Goals», l’excellent «Da Ann Blues» ou encore la suite «Away From Your Love – It’s A Long Jorney – Back Home» avec une belle élégance.
Un beau moment de bonheur simple qui place le week-end sur une bonne voie.

Direction Place Ste Catherine.
Autre son de guitare : c’est celui de Greg Lamy.
J’arrive pour les deux derniers morceaux, dommage. Il me semblait pourtant que le groupe aurait eu encore le temps de jouer avant de laisser la place à Soul and Soul Band.
J’aime bien la nouvelle mouture du quartet de Greg : ce mélange bop au parfum de musiques antillaises (pas dans la «construction», mais dans le son que Greg donne à sa guitare : un effet «steel drums» des plus judicieux).
Il est entouré par de solides musiciens français : Gauthier Laurent (b), Jean-Marc Robin (dm) et surtout David Prez (s) qui vient de sortir son premier album chez «Fresh Sound New Talent» avec Romain Pilon, Yoni Zelnik et Karl Jannuska.
Je vous le conseille déjà.

Je discute un peu avec les quatres gaillards en écoutant le groupe Soul And Soul Band dans lequel Lorenzo Di Maio (g) a remplacé Marco Locurcio pour l’occasion.
Comme son nom l’indique : c’est de la soul. Tendance parfois funk ou R&B de très belle facture. Santo Scinta impose une pulsion énergique et parfaite tandis que les interventions de Didier Deruyter à l’orgue Hammond rehaussent encore un peu plus le côté dansant et chaloupé de l’ensemble.

Mais je ne m’attarde pas plus et je vais Place d’Espagne écouter Raffaele Casarano.

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Ça groove bien.
Le piano d’Ettore Carucci est fougueux, la contrebasse de Marco Maria Bardoscia est lourde et Alessandro Napoli imprime un rythme bien senti.
Je préfère d’ailleurs le groupe lorsqu’il prend cette option plus musclée que lorsqu’il déroule un jazz plus traditionnel, fait de balades un peu légères et parfois trop romantiques à mon goût.
J’aime bien le jeu du pianiste quand il se fait incisif avec quelques inflexions monkiennes : Raffaele n’en est que plus explosif.
Pas le temps de discuter avec les musiciens comme promis car je fonce à la Jazz Station pour écouter «Love For Trane».

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Ce projet, initié par Yannick et Nico de la Jazz Station, n’a rien à voir avec celui qui sera proposé à Gand au Blue Note Festival, comme je l’avais écrit. (Vous me laissez écrire n’importe quoi ! Heureusement qu’Erik Vermeulen m’a remis dans le droit chemin ! …pour une fois… :-) )
N’empêche, il serait dommage que ce projet n’aille pas plus loin que les deux concerts donnés lors de ce Jazz Marathon.

Pour rendre hommage à Coltrane sans tomber dans les platitudes, Bart Defoort a eu la bonne idée d’inviter Jereon Van Herzeele.
L’eau et le feu, en quelque sorte.
Deux facettes du saxophoniste.
Ajoutez à cela Nic Thys à la contrebasse, qui m’a vraiment «scotché» ce soir, Marek Patrman à la batterie et Erik Vermeulen, au piano et vous pouvez vous imaginer le niveau qu’on est en droit d’attendre de cette bande-là.
Hé bien, on n’a pas été déçu !
L’esprit Coltrane était bel et bien présent. Avec, en plus, toutes les influences du jazz d’ «après Coltrane».
Allons-y pour des relectures éblouissantes, étonnantes, bouillonnantes et fiévreuses de quelques-uns des «tubes» du Grand John.
Ce fut incroyable de swing, de groove, de force et de profondeur.
Nic Thys fut impérial, jouant autant sur les longueurs de notes qu’avec une force brute. Et Marek fut plus jazz que jamais, n’oubliant jamais les éclats surprenants dont il est capable.

Les deux saxophonistes se complètent merveilleusement. Il y a une dynamique qui s’installe et un chemin qui s’ouvre au fur et à mesure que le concert avance. On va toujours plus haut, toujours plus loin.
On ressent un véritable esprit de groupe.
Ce n’est pas pour rien qu’ils jouent resserrés au milieu de la scène. Tout acoustique.
Tout acoustique… mais qu’est ce que ça sonne !
Ce n’est plus un hommage, ça va bien au-delà.
Quelle Leçon…

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Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Je termine ma soirée à discuter avec le groupe jusqu’aux petites heures. Le Sounds et Daniel Romeo, ce sera pour demain.

Dehors il pleut.
On s’en fiche, il fera sec demain !

A+