11/03/2012

Jazz Tour Festival à Hannut

 

Joli succès pour la deuxième édition du Jazz Tour Festival au Centre Culturel de Hannut.

Ce n’était ni à l’habituel Henrifontaine ni à la Salle Jean Rosoux qu’il se tenait, mais bien au Centre de Lecture Publique, pour des raisons pratiques.

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Et sur les coups de 16 heures, ce samedi 3 mars, pas mal de curieux et d’amateurs étaient déjà présents pour écouter Unexpected 4.

Les lauréats du concours  du Festival Dinant Jazz Nights 2010 – que j’avais eu l’occasion de voir à la Jazz Station – présentaient un nouveau line-up. Il ne s’agit pas d’un changement radical mais l’arrivée de Bas Cooijmans à la contrebasse, à la place de Vincent Cuper et de sa basse électrique, change quand même l’optique du groupe. On sent l’ensemble encore plus ramassé et une nouvelle dynamique se dessine. L’incisif Jeremy Dumont (p), dont l’entente avec Vincent Thekal est évidente, ouvre souvent les espaces. Le drumming d’Armando Luongo se veut toujours enflammé. Avec l’arrivée de Cooijmans, ils pourront sans doute se lâcher encore un peu plus et sortir d’une voie qui reste parfois encore un peu sage. Car, c’est clair, on imagine aisément que Unexpected 4 en a encore sous le pied.

Le trio de Thomas Champagne ensuite, sur sa lancée d’une année “anniversaire” (le groupe fêtait ses dix ans en 2011 avec une longue tournée dont j’ai palé ici et ), se présentait avec un invité: le guitariste Guillaume Vierset. Ce dernier aura l’occasion de se mettre plusieurs fois en valeur (notamment sur “One For Manu”) et de démontrer un jeu d’une belle sensualité non dépourvu d’accents plus mordants. Guillaume Vierset travaille actuellement sur une relecture des compositions de musiciens liégeois (Jacques Pelzer, René Thomas et d’autres) qu’il présentera au prochain festival Jazz à Liège avec des musiciens… liégeois. On est curieux et déjà impatient d’entendre le résultat.

Après ce très bon set, intense et bien équilibré (Champagne (as), Yates (cb) et Van Uytvanck (dm) s’entendent à merveille pour faire monter la pression), c’était au tour de Collapse de montrer de quel bois il se chauffe.

Le groupe de Cedric Favrese (as) et Alain Deval (dm) prend décidément de l’assurance et propose un jazz des plus intéressants. On (ou “je”?) a fait souvent le parallèle entre la musique de ce quartette et celle d’Ornette Coleman. Bien sûr, on y sent l’esprit, mais il faut bien admettre que Collapse arrive à s’en détacher et à créer sa propre vision. Entre post bop et free, éclaboussé de klezmer et de musiques orientales, le groupe explore les sons, ose les couinements et les grincements avant de se lancer dans des thèmes haletants. Le travail - faussement discret - de Yannick Peeters à la contrebasse est souvent brillant et d’une telle intelligence qu’on aurait tort de ne pas le souligner, car il est réellement indispensable. Les longues interventions de Jean-Paul Estiévenart sont en tous points remarquables : il y a de la fraîcheur, de la dextérité et toujours une énorme envie de chercher, de prendre des risques et d’éviter la facilité. C’est cela qui est excitant dans ce groupe - à la musique à la fois complexe et tellement évidente - c’est cet esprit de liberté qui flotte et se transmet de l’un à l’autre. A suivre, plus que jamais.

Dans un tout autre genre, Chrystel Wautier livrait son dernier concert de sa série “Jazz Tour”. Entourée de Boris Schmidt à la contrebasse, de Quentin Liégeois - très en forme - à la guitare et de Ben Sluijs - toujours aussi fabuleux - au sax et à la flûte, la chanteuse a ébloui le très nombreux public. La voix de Chrystel fut, ce soir plus que jamais, parfaite. Avec décontraction, humour et sensibilité, elle nous embarque à bord de ses propres compositions ou nous fait redécouvrir des standards (de “Like Someone In Love” à “Doralice”) sous une autre lumière. Elle chante, elle scatte et… elle siffle même ! Et là où cela pourrait être, au mieux ringard et au pire vulgaire, elle fait de « I’ll Be Seeing You » un véritable bijou. On appelle ça le talent.

Retour au hard bop plus « traditionnel » pour clore la journée, avec le quartette de Michel Mainil (ts). On sent dans ce groupe, qui a déjà de la bouteille, une certaine jubilation à jouer pour le plaisir… même si cela manque parfois de fluidité dans l’ensemble. On remarquera les belles interventions de José Bedeur à la contrebasse électrique (je me demande toujours pourquoi ce choix « électrique » dans un tel contexte ? Mais cela n’engage que moi), la frappe « carrée » d’Antoine Cirri et surtout le jeu très alerte et précis d’Alain Rochette.

Il est plus de minuit, Xavier Lambertz et toute l’équipe du CC Hannut peuvent être heureux, le contrat est plus que rempli. Rendez-vous l’année prochaine.

A+

 

13/11/2010

Blue Flamingo - Chrystel Wautier

La veille du concert de Da Romeo au Théâtre National, j’étais allé voir Chrystel Wautier. C’était à l’occasion du premier Blue Flamingo Festival organisé par Muse Boosting.

Pourquoi «Flamigo»? D’après Serge Solau, c’est parce que le flamant est migrateur, qu’il va là où il fait bon et chaud. Et «Blue»… parce que  «la note bleue», parce que «le jazz». C’est sans doute pour ces raisons que ce festival de deux jours (qui se déroulera une fois par saison), a trouvé refuge dans l’une des très belles pièces du Château du Karreveld à Molenbeek. Je n’y ai pas vu de flamants au bord des étangs (mais je les ai bien imaginé), par contre j’ai entendu du jazz.

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La salle est grande, les murs sont en briques apparentes, l’impressionnante charpente de bois est haute, l’endroit est chaleureux et l’acoustique naturelle est formidable. Des tables sont disposées autour de la scène, éclairée par un ruban de lumière bleue. Quand j’arrive – en retard – la salle est plongée dans l’obscurité et, dans la bulle de lumière, Chrystel chante, accompagnée de Quentin Liégeois à la guitare, Boris Schmidt à la contrebasse et Ben Sluijs à l’alto. Sensibilité, humour, tendresse, c’est ce qui caractérise sans doute le mieux la chanteuse dans ce projet. Avec ses acolytes, elle a réussi à former un quartette original et complice.

 

La plupart des chansons  sont choisies avec soin. Les standards (comme, par exemple, ce «You’re Driving Me Crasy » nerveux et décontracté à la fois) prennent des couleurs chatoyantes et des formes nouvelles tout en restant assez respectueux des originaux. Entre le guitariste et le contrebassiste, la musique coule paisiblement. Chacun se permet quelques impros délicates. Le sax alto s’amuse à s'envoler dès qu’il le peut, personne ne le retient et le résultat n’en est que plus magique. Le public ne s’y trompe pas et il applaudit avec chaleur. Je suis sûr qu'en écoutant l’album («Peace Of Time» édité par Muse Boosting également), il aura les mêmes élans.


Sympathique et très bien organisé, le Blue Flamingo a pris un bel envol. Le lendemain, le festival accueillait As Guest et pour les prochaines éditions, on annonce Pascal Mohy, No Vibrato, Jacques Pirotton, Steve Houben ou encore Peter Hermans. À noter, d’ores et déjà, dans votre agenda.

 

A+

08/09/2010

Trompettes communes.

Retour sur quelques disques de trompettistes.

 

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Il y a pas mal de temps déjà, Greg Houben (tp, bugle) sortait chez Igloo «How Deep Is The Ocean» avec Sam Gerstmans (cb) et Quentin Liégeois (g). C’était il y a presque un an, mais il n’est jamais trop tard pour en parler. Surtout qu’un disque, tel que celui-là, se déguste, se sirote, se laisse le temps de l’écoute. Pas besoin de se presser, il faut savoir en profiter. C’est une musique qui se veut accessible tout de suite et qui pourtant doit prendre le temps de s’installer. Dès les premiers accords, on pense évidemment à Chet Baker. Greg Houben ne s’en cache pas et lorsqu’il reprend de sa voix légèrement voilée «Daybreak », ce n’est pas pour imiter son maître mais plutôt de lui rendre hommage. Évidemment, la configuration - guitare, drums et bugle - rappelle automatiquement le trio «belge» de Chet, avec Philip Catherine et Jean-Louis Rassinfosse. On y pense et puis… on oublie, car le trio possède sa propre personnalité. La nonchalance de Quentin Liégeois à la guitare, qui se hâte lentement, dégage une énergie sans agressivité. Son jeu est souple et virtuose. La fluidité de son phraser vient s’enrouler sensuellement autour des divagations du bugle. Sam Gerstmans, comme un barreur discret à l’arrière d’un bateau, semble «guider» le trio sur les flots onduleux qu’empruntent les deux solistes. Le son de Greg Houben oscille entre le moelleux, le brumeux et la clarté. On vogue sur une mer peu agitée, au gré de quelques standards («With A Song In My Heart», «For Minors Only»…) et de compositions originales qui se fondent avec élégance et raffinement dans l’ensemble. Un disque qui swingue tranquillement et qui rappelle le parfum nostalgique d’un certain jazz West Coast. Greg Houben va sortir bientôt un nouvel album avec le saxophoniste français Pierrick Pedron (concerts les 28 et 29 octobre au Duc Des Lombards, à Paris), chez Plus Loin Music.

 

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Ambiance totalement différente avec dernier opus d’Erik Truffaz, invité cette fois-ci par le saxophoniste turc, basé à New York et propriétaire du Nublu, Ilhan Ersahin (dont je vous invite à écouter la série Wax Poetic). On connaît l’esprit voyageur et le goût des mélanges de Truffaz. Il n’est donc pas étonnant que ces deux-là ce soient rencontrés. Ce qui frappe d’entrée de jeu, sur cet album, c’est bien sûr la rythmique turque. Les percussions sont aussi nerveuses que puissantes, aussi musclées que souples. Alp Ersonmez (eb), Izzet Kizil (perc) et Turgut Alp Berkoglu (dm) donnent une énergie incroyable à l’ensemble. Une énergie chaude et grasse. Ce qui est étonnant aussi, c’est le côté éclectique des rythmes et des thèmes qui se fondent pourtant entre eux avec une homogénéité incroyable. On passe des influences drum ‘n bass au rock en faisant un détour par le reggae, le folklore des Balkans ou par des moments plus atmosphériques. Ilhan Ersahin canalise l’ensemble avec une maîtrise assumée. Son jeu est enflammé, parfois âpre, présent et effacé à la fois.  Avec ferveur, il ouvre les espaces qui invitent à l’improvisation sans pour autant franchir les limites du free. Erik Truffaz, quant à lui est d’une justesse imparable. Pas d’effets envahissants, pas tentatives hésitantes, pas de clichés, Truffaz n’avait plus sonné aussi «jazz» depuis longtemps, et ce, malgré ce contexte très underground et éclaté. Ça groove tout le temps, c’est moderne et pourtant, ça sent les roots à plein nez. Bref, c’est une totale réussite.

 

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Allons maintenant nous perdre quelque part dans la fraîcheur des bois humides du sud de la Belgique. C’est un peu ce qu’évoque, à la première écoute, l’ambiance du très bel album «Insight Pictures» de Marc Frankinet (tp) et Georges Hermans (p). Pourtant, à bien l'écouter, se dessinent, ici et là, bien plus de couleurs d’âme qu’il n’y parait. Nos deux hommes, humbles et discrets, dialoguent avec une sincérité non feinte sur des mélodies parfois mélancoliques, parfois sombres, mais parfois aussi folâtres. Il y a, dans cet album, autant d’envie de liberté et de partage que de recueillement. Et cela fait plaisir à entendre.

Marc Frankinet et Georges Hermans ne sont pas de nouveaux venus. Le premier a joué avec Garrett List, ainsi qu’au sein du groupe Sinequa ou Jojoba, et le second a sévi aux côtés de Stéphane Mercier, Jereon Van Herzeele ou Michel Magalon, entre autres.

On perçoit chez le trompettiste une certaine approche «classique» dans le jeu : une précision dans l’attaque, une aisance dans la tenue de note. On pourrait penser à Maurice André, mais c’est surtout Enrico Rava qui vient à l’esprit. Du côté du pianiste, le toucher est franc mais empreint également d’un lyrisme détaché (écoutez le superbe «Contrevalse», par exemple). Sur certains titres, la contrebasse de Jean-Louis Rassinfosse ajoute de l’épaisseur au propos. On se rapproche parfois d’une esthétique à la ECM et un frisson vous parcourt l’échine à l’écoute de «Souvenirs» ou de «Ray In The Darkness». On flotte dans une ambiance de rêve éveillé, de douceur mélancolique. Pourtant, les touches de noir et de blanc n’ont jamais été aussi colorées et l’on se surprend à se dandiner aux sons de «Samba» ou de «Thanks Mister J.C.». Au swing toujours présent mais jamais surligné, se mélangent la tendresse, la joie, l’amitié.

Il ne faudra pas manquer les prochains concerts du duo, souvent rehaussés de la présence de Raphaël Demarteau qui vient peindre en «live». Un spectacle artistique complet, en somme.

 

A+

 

05/05/2010

Chrystel Wautier - Peace Of Time - Sounds

Chrystel Wautier était au Sounds samedi 10 avril. Ambiance décontractée, rires, sourires… Normal, avec elle, on est entre amis. Chrystel a le don de mettre à l’aise son public et ses musiciens. C’est dans son caractère, dans sa nature. Si elle chante, c’est sans aucun doute pour respirer, pour prendre du bon temps et pour partager. Parmi les chanteuses, elle a trouvé sa place. Elle n’est pas du genre insipide, pas du genre tourmenté non plus. C’est plutôt du genre ensoleillé, spontané, avec ce petit «je ne sais quoi» qui la différencie des autres.

Ce soir, elle présentait son dernier album «Peace Of Time» (c’est sorti sur MuseBoosting et en vente, entre autres, sur le site du label).

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Il y a trois ans, il y avait eu «Between Us…», avec Sam Gerstmans à la contrebasse (remplacé depuis par Boris Schmidt) et Quentin Liégeois - déjà - à la guitare. Un album qui augurait de belles choses à venir. Puis, ceux qui ne la connaissaient pas trop bien l’ont certainement vu s’épanouir au sein du Radoni’s Tribe. Chrystel Wautier a pris de l’assurance et sa voix s’est affirmée.

La voilà rayonnante sur scène. Simplement. Elle est là pour chanter et perpétuer une certaine tradition du jazz vocal, avec une pointe de modernisme, un peu dans l’esprit de ce que fait Roberta Gambarini (même si la comparaison avec cette sublime chanteuse est impossible). Alors, Chrystel enfile les «But Beautiful», «East Of The Sun», qu’elle introduit en sifflant avec une facilité déconcertante, «You Drive Me Crazy», «Old Devil Moon»…

Derrière elle, la rythmique est solide. Boris Schmidt excelle dans un jeu foisonnant et simple à la fois. Sans batterie pour lui donner un coup de main, Boris abat un boulot de fou. Quentin Liégeois maîtrise son jeu avec finesse. On retrouve chez lui une souplesse toute latine rehaussée de fulgurances à la Philip Catherine. «Devil May Care» est emmené à un train d’enfer. Contrebasse et guitare s’amusent et Chrystel scatte.

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Break. Deuxième set.

Et hop, voilà deux couleurs de plus à l’arc-en-ciel : Ben Sluijs (as et flûte) et Cédric Raymond (p) ont rejoint le trio. Cédric Raymond distille par petites touches un jeu brillant, subtil et fin. Ses interventions sont souvent intelligentes et se fondent avec discrétion dans les histoires. Ben Sluijs est absolument époustouflant. Il faut l’entendre entrer dans ses solos, l’entendre les développer, l’entendre préparer le terrain pour le soliste suivant. Que ce soit à l’alto ou à la flûte, comme sur le merveilleux «Hope», c’est brillantissime. Avec ce trio devenu quintette, «Just A Gigolo» se fait tendre et touchant comme jamais, et contraste avec un joyeux et virevoltant «Day In Day Out» qui clôt le concert (je vous conseille d’ailleurs d’écouter ce morceau sur l’album, avec des arrangements superbes et des chœurs comme on n’en avaient plus entendu depuis des décennies: un délice).

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Pour le bis, Chrystel annonce qu’elle n’a plus de voix et qu’elle est un peu fatiguée… et se lance tête baissée et avec bonheur dans un «Twisted» énergique !!!! Si ça, ce n’est pas avoir du tempérament !

Si vous allez du côté de Liège ce samedi, allez l’écouter au Festival Jazz à Liège.

 

A+

 

12/10/2008

Musicalix Festival - 27-09-2008

Le Parvis Ste-Alix n’est certainement pas l’endroit le plus animé de Bruxelles.
Cependant, sur l’agréable petite place, un peu excentrée, de la sage commune de Woluwe St-Pierre, Leila Radoni a eu la belle (et folle) idée d’y organiser un festival de jazz.

Quoi?
Pour faire vivre un quartier, on peut faire autre chose qu’une braderie?
La preuve que oui.

Leila a rassemblé son courage et son optimisme, a reçu le feu vert de l’échevin Carla Dejonghe, l’aide de l’association des commerçants, le soutien d’amis bénévoles et voilà le rêve qui devient réalité.

Petit chapiteau blanc planté, scène montée, le festival peu commencer.
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Le public est au rendez-vous pour applaudir le premier groupe LM4 de Laurent Melnyk.
Je n’aurais, pour ma part, que l’occasion d’entendre le dernier morceau.
(Promis Laurent, je ferai mieux la prochaine fois…)

C’est au tour de Yasmina Bouakaz de monter pour la toute première fois sur scène.
La pauvre a un trac d’enfer, et il faut attendre «Come Together» (des Beatles) pour la sentir un peu plus à l’aise. Elle peut alors donner toute l’ampleur d’une voix puissante et charnue.
Le répertoire navigue entre pop, rock, soul et un tout petit peu de jazz.
Malgré qu’elle soit entourée de l’excellent Alex Furnelle (cb) et de l’étonnant Jan Rzewski (ss, as) - dont l’album en duo avec Fabian Fiorini vient de sortir – l’ensemble manque de cohésion et de finesse. Les arrangements du pianiste Samir Bendimered sont intéressants, mais un drumming plat et lourdingue flanque tout par terre.
On est plus proche du bal que d’un concert jazz.


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Heureusement, le trio de Chrystel Wautier remet tout le monde sur le bon chemin.
Avec sa voix sensuelle, entre soie et velours, Chrystel revisite les standards («Devil May Care», «East Of The Sun») avec élégance et justesse.
Le jeu vif mais souple de Boris Schmidt (cb) se marie très bien à celui du guitariste Quentin Liégeois. Ce dernier est passé maître dans l’art de ne pas y toucher.
Et pourtant, il y a un foisonnement d’idées dans son jeu.
Entre ces trois-là, l’alchimie est parfaite, c’est fluide, c’est swinguant, c’est un régal.
Et l’on se laisse emmener par «You Drive Me Crasy» aux changements de rythmes incessants, par «Doralice» en samba chaude et lumineuse ou encore par «Let Me Hear A Simple Song» en émouvant  hommage à Paolo Radoni.

Changement de style, ensuite, avec le dernier projet de Paolo Loveri.
A son trio habituel (Bruno Castellucci (dm) et Benoît Vanderstraeten (eb) ), le leader avait invité un vieil ami italien: le guitariste Pietro Condorelli.


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Il y a une grande interactivité entre les deux guitaristes. Les deux jeux, parfois très différents, se complètent magnifiquement. Condorelli est incisif tandis que Loveri joue plus souvent en rondeur.
De ce fait, une dynamique et un groove énergiques en ressort.
Il faut dire que la rythmique emmenée par un Castellucci parfois «tellurique» dans ses solos et par un Vanaderstraeten opiniâtre dans ses interventions ne fait pas baisser la tension.
Le jeu de Benoît Vanderstraeten est d’ailleurs assez singulier: enfin un bassiste électrique qui trouve une tangente à la voix «incontournable» Pastorius. L’esprit y est, mais la personnalité de Benoît prend le dessus.
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Paolo Loveri devrait sortir prochainement un album avec cette formation.
Plaisir en perspective.

Feu d’artifice final!
Le public est toujours présent et nombreux. Et il a eu raison de rester.
Richard Rousselet et son quintette nous proposent un voyage au pays de «tunes» de Miles Davis.
En bon pédagogue, Richard n’oublie jamais de resituer le morceau dans son époque. Et c’est bien agréable.

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En route pour ce fantastique périple en compagnie de pointures du jazz belge !
Au piano, Michel Herr, fantastique dans ses interventions, Bruno Castellucci, diabolique de précision et d’une efficacité terrible aux drums, tout comme Bas Cooijmans au jeu ferme et tendu à la contrebasse. Et puis, il y a aussi Peter Hertmans, discret mais pourtant fulgurant dans les espaces qu’il se crée.
Et pour donner le change à un Richard Rousselet très en verve: Ben Sluijs en invité à l’alto.
Ce quintette, devenu sextette, est un cadeau!
L’interprétation et la relecture de «Summertime», «Eighty-One» ou encore du fougueux «Milestone» sont des perles d’énergie hard bop.
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Ben Sluijs est bouillonnant et intenable. Et ce n’est encore rien par rapport à la suite: un
«In A Silent Way» comme on n’ose en rêver !
Éclatant de maîtrise et de plaisir. Michel Herr réinvente le jeu de Zawinul, Hertmans électrise le thème, Sluijs ne redescend plus sur terre et Richard Rousselet jubile.
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On pensait connaître la musique de Miles, mais l’on se rend compte, à nouveau ce soir, de sa richesse éternelle. Quand elle est jouée aussi brillamment et avec une telle compréhension de l’œuvre, on comprend mieux pourquoi elle a marqué (et qu’elle continue de marquer) le jazz et la musique en général.
Guettez les prochains concerts de Richard Rousselet, vous apprendrez encore des choses.

Les lampions se sont éteints, le premier Musicalix Festival a vécu et l’on attend déjà la prochaine édition avec impatience!

A+

31/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 3)

Dimanche, vers 15h, rendez-vous dans l’Abbaye Notre Dame de Leffe.

Il y a du monde.
Ça sent la cire et l’encens.

Assise devant les 56 touches et les 1532 tuyaux de l’orgue majestueux de l’abbatiale, inspiré par les instruments construits au début du XVIIIe siècle par le facteur d’orgues Gottfried Silbermann (qui vivait à la même époque et dans la même région que Bach), Rhoda Scott entame la «Toccata» de Bach.
Quoi de plus normal?
Surtout quand on se souvient aussi que l’organiste avait sorti en son temps un superbe album: «Come Bach To Me».

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Mais très vite, Rhoda Scott prend le chemin de «Summertime».
Steve Houben, au sax alto, emboîte le pas et nous voilà parti pour un voyage éblouissant entre gospel, baroque, blues, jazz et soul.

Les thèmes défilent avec élégance, avec vivacité, avec bonheur.
La rencontre entre l’orgue et le sax est majestueuse.
L’heure passe beaucoup trop vite et c’est déjà «Let My People Go».

Applaudissements à tout rompre.
Les musiciens reviennent pour un rappel.
Magnifique!
Sans aucun doute un des plus beaux concerts de ce festival !

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Retour sous la tente pour écouter le délicat duo entre Pascal Mohy (p) et Quentin Liégeois (g).
La musique est très intimiste, mais ne manque cependant pas de swing.
Le duo revisite quelques standards («‘Round Midnight», «Like Someone In Love»), mais propose aussi quelques compositions originales dont «6,4,2» aux motifs répétitifs ou le très sensible «Jojo», équilibré à la manière d’une valse.

Mohy et Liégeois: deux excellents musiciens à suivre et à revoir dans l’intimité d’un club.
Bonheur assuré!

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Changement de style ensuite avec le tonitruant Big Boogaloo Sextet d’Eric Legnini.
Au trio de base - Frank Agulhon (dm) et Fabrice Allamane (b) - se sont joints Flavio Boltro (tp), Stéphane Belmondo (tp) et Julien Lourau (ts).

Les deux trompettistes sont intenables.
Ils dynamitent un set pourtant déjà très explosif à la base!
«Miss Soul» doit bien se tenir entre «Mojito Forever» et «Sugar».

Chacun y va de son chorus, chacun tente de déstabiliser l’autre.
C’est bourré de surprises, de croche-pieds et de bonne humeur.

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David Linx, de passage, s’invitera à la fête pour un émouvant «Autour De Minuit» en hommage à Claude Nougaro.

Et pour clore ce décidemment très sympathique festival: Toots Thielemans et son trio.

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Toujours blagueur, toujours de bonne humeur et toujours aussi bon lorsqu’il souffle dans son harmonica, Toots  fait à nouveau l’unanimité.

Pour l’accompagner ce soir, il y a l’excellent pianiste hollandais Karel Boehlee, le fidèle Hans Van Oosterhout aux drums et le jeune Clemens van der Feen (déjà entendu avec Robin Verheyen) à la contrebasse.

Le répertoire est connu, mais la magie opère toujours.

Quelle pêche! Quel esprit! Quel talent!

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Toots est éternel.
Et il sera le parrain de l’édition 2009 du Dinant jazz Nights!

On parie que l’affiche sera flamboyante ?

A+

30/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 2)

Et le deuxième jour à Dinant Jazz Nights, c’était comment ?

Hé bien, c’était bien !
Après avoir un peu flâné dans la ville et ses environs, après avoir eu le temps le temps d’écrire quelques lignes pour Citizen Jazz et après avoir eu l’occasion de lire le très long et très intéressant article de Brad Mehldau à propos de la créativité musicale dans Jazzman (je vous en recommande la lecture), je suis retourné sur le site du Festival.

Je faisais, en plus, partie du jury pour le concours des jeunes talents jazz, en compagnie de Jean-Pierre Goffin (Vers l’Avenir / Showcase) et de Jean-Marie Hacquier (Jazz Hot). Mais je vous en parlerai plus tard, dans un billet spécial.
Ça vaut bien ça.

2001

En attendant, se produisait sur scène le groupe de Greg Houben et Julie Mossay.
Leur projet, que j’avais découvert en 2006 lors du festival Jazz à Liège, est bâti en partie sur des œuvres de Fauré et de Debussy.
À cela, ils ont mélangé des chansons brésiliennes (Buarque, Jobim…) ainsi que du jazz.

Le résultat m’avait déjà emballé la première fois et je suis encore resté sous le charme de cette belle idée, intelligemment mise en musique.

Greg et Julie, entourés de Pascal Mohy (p), Stephan Pougin et Lionel Beuvens (dm), Quentin Liégeois (g), Mathieu Vandenabeele (Rodhes) et Sal La Rocca (cb), avaient aussi invité Steve Houben (fl) sur un ou deux thèmes.

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Le résultat est magnifique, lyrique (voix merveilleuse de Mossay), sensuel (le chant et la trompette de Greg Houben), groovy (les percus), poétique (le piano et la guitare) et bien dans son temps (les effets électro justes de Mathieu).
Une fusion originale qui exclut avec brio les clichés.

Autre grand moment très attendu: Rhoda Scott et Eric Legnini en duo.

Même Guy Le Querrec ne voulait pas rater ce moment.

2003

Piano et orgue Hammond.
Jazz, soul et gospel.
L’interaction est idéale dès le début.
Rhoda déroule d’abord le tapis sous les notes enivrantes de Legnini («Trastevere», «It Could Happend To You») avant que le pianiste ne renvoie l’ascenseur sur «I Love The Lord»...

2004

Ça swingue, ça chauffe et tout le monde s’amuse.
Même Toots Thielemans montera sur scène pour accompagner nos deux claviéristes pour un brillant «Sunny Side Of The Street».

2005

Pour clôturer la soirée, et en remplacement de Milton Nascimento qui avait donc déclaré forfait la veille du festival, Tania Maria et son quartette feront danser gentiment le chapiteau.

2008

Mélange de classiques («One Note Samba» ou «Agua de Beber») et de compositions originales, l’ensemble est servi avec élégance par Marc Bertaux (eb), Tony Rabeson (dm) et toujours l’excellent Mestre Carneiro (perc).

Toots, toujours dans le coin et toujours bon pied bon œil, fera à nouveau un passage sur scène pour notre plus grand plaisir.

2007

Moins délirante que la dernière fois où je l’ai vu (Jazz Middelheim), la pianiste brésilienne nous a quand même offert un excellent concert, frais et joyeux.

2006

Allez, une bonne Leffe au fut, quelques discussions et fous rires avec musiciens et amis et… au lit (la journée commence tôt dimanche: 15h à l’Abbaye pour un duo absolument magique – oh oui ! - entre Rhoda Scott (sur les grandes orgues) et Steve Houben au sax).

A+

15/06/2008

4 for Chet - Au Pelzer à Liège

Le 13 mai  dernier, c’était le triste anniversaire de la mort de Chet Baker.
Le 31 mai, un hommage lui était rendu au Jacques Pelzer Jazz Club, à Liège.
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Quoi de plus normal que ce soit là?
Le Pelzer a pris place dans l’ancienne pharmacie que tenait le célèbre saxophoniste liégeois. Dans cette maison, Chet avait sa chambre réservée lors de ses nombreuses visites en Belgique. Et beaucoup se souviennent encore des interminables jams nocturnes qui se tenaient dans la cave.

Pour l’occasion, Jean-Pol Schroeder, infatigable cheville ouvrière de la Maison du Jazz à Liège, avait concocté un montage vidéo, fait de quelques films (parfois très rares) déniché dans ses archives.
La vie de Chet (du moins de ’58 à ’84) passe, non sans émotion, sur l’écran.

Mais l’hommage ne s’arrête pas là.

Greg Houben avait réuni pour l’occasion le guitariste Quentin Liégeois, le contrebassiste Bart De Nolf et Micheline Pelzer, fille de Jacques, qui fut témoin de cette grande époque puisqu’elle accompagna non seulement Chet, mais partagea aussi la vie de Michel Graillier, pianiste fidèle du trompettiste.
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C’était touchant d’échanger quelques mots avec Micheline (oh, vraiment quelques banalités…il faudrait que je fasse mieux la prochaine fois), surtout que je suis en train de lire actuellement «La longue nuit de Chet Baker» (de James Gavin, chez Denoël) où les témoignages de musiciens qui l’ont côtoyé ne manquent pas.
Évidemment, dans ce livre, on met un peu trop en «valeur» le côté sombre du beau gosse…
Soit.
Chet restera Chet.

Et le concert s’est déroulé dans une ambiance chaleureuse, sympathique et détendue.
«But Not For Me», «Daybreak», «Broken Wings» ou encore d’autres titres moins connus, comme «Maid In Mexico», se succèdent.
L’esprit du grand Chet est bien présent.
Ni imitation, ni relecture, mais une évocation sincère et personnelle.

Greg Houben au bugle ou au chant fait revivre le côté à la fois romantique et déchiré du trompettiste.
Quentin Liégeois souligne délicatement les mélodies chantantes, empreintes de mélancolie ou de sensualité.
La rythmique est sobre et subtile. Le son velouté de la contrebasse de Bart et le jeu amoureux, aux balais, de Micheline font merveille. Il faut dire que ces deux-là se connaissent bien aussi.

Steve Houben vient à son tour participer à cette fête de famille en quelque sorte.
Le plaisir des échanges musicaux entre le père et le fils est communicatif.
Le nombreux public (amis et fatalement connaisseurs) ne cache d'ailleurs pas son enthousiasme.

Après le concert, on profite du temps doux et du jardin aménagé en guinguette pour se remémorer le souvenir de Chet Baker et de ses amis liégeois.

A+

12/12/2007

Chrystel Wautier - Almadav - T-Unit 7 - Véronique Hocq

Retour sur quelques concerts auxquels j’ai assisté ces dernières semaines.
Malheureusement, pas toujours entièrement.
Un set… ou deux, maximum.
Mais ce n’est pas une raison pour les passer sous silence.

Alors, reprenons.
Dans un ordre plus ou moins chronologique.
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Chrystel Wautier, d’abord.
La chanteuse présentait «Between Us…», son premier album, au Sounds.
Autour d’elle, on retrouve Quentin Liégeois à la guitare et Boris Schmidt à la contrebasse (en remplacement de l’habituel Sam Gerstmans).

Ce soir, il était prévu que quelques guests partagent la scène avec le trio. Malheureusement, des problèmes de santé ont empêché Paolo Radoni (g) et Guy Cabay (vib) de répondre à l’invitation. Jean-Paul Estiévenart (tp) par contre était bien là, bon pied bon œil. Mais je n’ai pas pu assister à sa prestation car je «devais» partir à la fin du premier set…

Chrystel nous a donc offert son swing élégant en trio.
«Show Me», «Easy To Love» ou «Born To Be Blue» se succèdent avec délicatesse. Parfois même avec timidité. Étonnant de sa part. Du coup, la voix perd parfois un tout petit peu d’assurance…
Du côté de la rythmique, par contre, le fluide passe avec aisance et la version de «My Favorite Things» est brillante. Courte, sobre, simple et efficace.
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L’album de Chrystel Wautier est un très joli recueil de ballades fines et de morceaux swinguant tendrement. A déguster au coin du feu cet hiver. Tout y est d’une belle justesse et la belle prise de son ajoute à la volupté.


Quelques jours plus tard, je suis passé au Music Village pour écouter les derniers sets d’Almadav, un des groupes d’Alexandre Cavalière qui  avait reçu carte blanche pour 3 jours dans le club de la Grand Place.
Le public habituel, sans doute moins enclin à entendre un jazz fusion assez ouvert n’a pas trop suivi.
Dommage, car je vous assure, et je le répète, Almadav c’est bien !
Ce soir, Sam Gerstmans remplace Cyrille De Haes parti jouer avec le groupe rock français Treize à Table (pour un bout de temps, semble-t-il), et Jereon Van Herzeele était invité à se joindre au groupe.
Les deux premiers morceaux oscillent entre fusion («Tight») et funk («Ramblin’» ??).
Puis, honneur à l’invité du soir, Jereon improvise et booste une jolie ballade qui invite le guitariste Manu Bonetti à répondre par un très beau solo, carré et solide.
Alexandre, lui, s’amuse visiblement à répliquer aux assauts du saxophoniste.
David Devrieze (tb) prend lui aussi un énergique et puissant solo sur «I See The Time» aux rythmes asymétriques qu’affectionne particulièrement l’excellent batteur Xavier Rogé (d’ailleurs, le morceau est de lui).
J’aime décidément bien l’esprit frondeur qui émane du groupe. Entre une énergie à la Mingus et un jazz contemporain qui joue sur les tensions.

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Quelques jours plus tard, je suis à la Jazz Station pour écouter le deuxième set de T-Unit 7, le septet du saxophoniste Tom Van Dyck.
«The Chase» est un morceau chaloupé qui prend le temps de s’installer.
La cadence monte petit à petit et me fait un peu penser à l’ambiance «Star People» de Miles Davis… en moins électrique. Le saxophoniste emmène son petit monde entre soul et funk.
Ewout Pierreux, jusque-là aux Rhodes, rejoint son piano et amorce, de façon très lyrique et inspirée, une ballade délicate.
Mais les changements de rythme et de tempos, les brisures et les surprises ne se font pas attendre. Michel Paré (tp) et Fred Delplancq (ts) sont là aussi pour donner du piquant et faire éclater les thèmes.
Il faut aussi souligner les très belles interventions, aux accents parfois un peu boogaloo, du jeune tromboniste Peter Delannoye, qui remplaçait quasi au pied levé Andreas Schikentranz.
T-Unit 7 voyage au travers de différentes contrées d’un jazz tantôt blues, tantôt soul et au groove  parfois nonchalant mais toujours présent.
Belle équipe à revoir et réentendre.

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Pour terminer mon périple, retour au Sounds, quelques soirs plus tard pour écouter Véronique Hocq que j’avais raté au Music Village deux ou trois semaines auparavant.
La voix un peu plus voilée qu’à l’habitude et accompagnée du très lyrique pianiste Mathieu De Wit, la chanteuse nous fait un mini concert très intimiste.
Son timbre colle à merveille sur un «Never Let Me Go» d’une très belle sensibilité.
Sans doute le morceau le plus réussi ce soir.
Quand elle scatte sur des thèmes plus enlevés comme «Whisper Not», on la sent encore un tout petit peu mal à l’aise… Mais au moins, elle ose.
On aimerait cependant que la voix projette plus dans ces moments-là.
C’est d’ailleurs ce qu’elle arrive à faire sur un morceaux plus swinguant («Billie’s Bounce» ??), quand Nicola Lanceroti (cb) et Didier Van Uytvanck (d) viennent prêter main-forte sur scène…

A suivre.

A+

17/03/2007

Astolfi au Küdeta

Jeudi dernier (le 8, pas le 15… je sais, je suis à la bourre), j’avais proposé à cette charmante Françoise de m’accompagner au Küdeta pour y écouter le trio Christophe Astolfi, Quentin Liégeois et Renaud Crols.

Ce bar-restaurant est, comme je l’ai déjà dit, très cosy et chaleureux. On y propose une «petite restauration» sympathique et goûteuse.
Un «Takapa» pour moi (sorte de mixe entre la pizza et la quiche… en plus raffiné) et une salade pour elle.
Délicieux.

Pendant que les musiciens se préparent et s’accordent, nous discutons, entre autres, de BRXL BRAVO.
Cette belle initiative qui met en valeur les arts et le(s) culture(s) à Bruxelles et qui permet aussi de mettre en lumière les aberrations régionalistes de notre joli pays.

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Par exemple, pour cette manifestation, les différents agitateurs culturels bruxellois (néerlandophones et francophones) ont signé un accord «tout symbolique» de collaboration culturelle.
Ils s'engagent ainsi à organiser toute leur communication dans les deux langues, à échanger leur personnel, leurs agendas. Ils s’échangeront aussi leurs infrastructures, mélangeront les publics etc…
KVS, Bota, AB, Les Halles, Flagey, le Beurs, etc… même combat!
Ce qui est bien normal. N’en déplaise aux politiques.
Bref, ils veulent construire une ville multiculturelle comme doit l’être Bruxelles.
Et ce n’est pas ma petite néerlandophone de Françoise qui dira le contraire.
C’est pour ce genre d’évidences que j’aime Bruxelles.
C’est pour ça aussi (entre autres) que j’aime le jazz: cette musique qui se fout que l’on soit flamand ou wallon.

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Mais le trio est prêt et se lance avec bonheur dans un jazz manouche cher à Astolfi.
Enfin, peut-on parler ici de jazz manouche pur et dur? Pas tout à fait.
Mais qu’importent les étiquettes.

Les musiciens voyagent entre la tradition, reprenant quelques classiques de Django Reinhardt (genre “Minor Swing”), et standards jazz remaniés à la sauce Gipsy (“It Had To Be You”).
Les deux guitaristes, aux styles assez différents, s’échangent les rôles avec plaisir.
Une fois c’est Quentin qui “fait la pompe” quand Christophe déboule à la rythmique, une fois c’est l’inverse.
Astolfi semble jouer plus “roots” que Liégeois qui introduit parfois dans son jeu quelques clins d’œils “à la Charlie Christian”… (enfin, ce n’est qu’une impression…)

Mais il ne faudrait pas oublier le violoniste Renaud Crols – que je voyais pour la première fois – qui, derrière sa frange abondante, suit du regard et de l’archet les escapades des deux gratteurs.
Il imposera quelques merveilleux soli, aiguisant encore un peu plus une musique déjà bien affûtée.

C’est toujours un plaisir d’entendre ces airs-là qui vous poussent à battre du pied, surtout quand ils sont joués par d’excellents musiciens.

Une formule gagnante pour ce genre d’endroit assurément.

Allez, tot een volgende keer.

09/01/2007

Chrystel Wautier Trio au Sounds

Chrystel Wautier est revenue toute hâlée du Maroc où elle y a chanté avec son trio pendant quelques semaines.
Elle a ramené avec elle le soleil.
Pas celui qui brille fadement dehors non, mais celui qui fait briller son cœur et sa voix.
Car elle est comme ça Chrystel, elle est spontanée, franche et elle ne se cache jamais derrière de faux sentiments.
Elle n’interprète pas, elle chante.

Ce soir, au Sounds, c’était avec l’excellent Quentin Liégeois à la guitare et le non moins brillant Sam Gerstmans à la contrebasse pour une soirée très... jazz.

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Il faut se rappeler que Chrystel excelle aussi dans le funk, la soul, le R ‘n B, soit avec les KMG’s, qu’on ne présente plus, ou avec son quartet dont j’ai déjà dit ici tout le bien que j’en pensais.

Ce soir donc, place à un «But Not For Me» joyeux, un «Baby Baby, All The Time» sensuellement bluesy ou un «One Of Those Things» ultra vitaminé…
Tout ça avec classe et détachement.

Il faut dire qu’elle est «soutenue» par une rythmique qui tient solidement la route.
Pas moyen de faire «trébucher» Quentin quand elle le pousse à répondre à ses impros-scats sur «Easy To Love», par exemple.
Celui-ci garde un calme olympien même dans des soli nerveux.
Son jeu rappelle parfois un Freddie Green ou un Kenny Burrell. À la fois souple et incisif.
Souvent virtuose.

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Quant à Sam Gerstmans, on le sent vraiment à l’aise dans ce trio. Il fait chanter sa basse. Il faut dire qu’on lui donne pas mal de place.
Et quand il prend un solo, ou lorsqu’il dialogue avec Quentin, c’est du bonheur. Ça swingue, ça balance. On claque des doigts, on tape des pieds.

Les plaisirs simples, ça a du bon…

Le trio se promène aussi du côté de la bossa, avec un «Speak Low» langoureux évitant aisément le côté sirupeux.
La voix de Chrystel possède d’ailleurs ce grain de velours que ne la rend pas lisse. La voix n’est pas grave ni profonde ni voilée, la voix est… graineuse.
Et on ne lui en veut pas quand elle se perd dans les paroles de la chanson: elle le prend avec un tel humour, une telle aisance, un tel charisme...
En a-t-on voulu à Sarah Vaughan de se perdre sur «Thanks For The Memory» lors de l’enregistrement au London House de Chicago?
Surtout qu’ensuite elle enchaîne avec «Twisted» plus Lambert, Hendricks and Ross que nature. D’ailleurs c’en est.
Un morceau (de Wardell Gray) que je ne connaissais pas (honte à moi) et qui fut interprété merveilleusement bien par Joni Mitchell ou Jane Monheit, d’après ce que me souffle à l’oreille ma voisine de table qui s’y connaît.
Chrystel fait chanter le public comme une véritable entertainment woman.

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Puis, elle invite sur scène Paolo Radoni (dont elle avait chanté une de ses merveilleuses compositions: «Let Me Hear A Single Song») qui prendra la place de Quentin et le trompettiste Jean-Paul Estiévenart (oscillant ce soir entre Chet et Louis) pour un «Centerpiece» un peu fripouille.

Chapeau Miss…

Il y en a qui vont s’amuser au Pelzer Jazz Club à Liège ce mercredi soir (le 10) en allant écouter ce trio.
N’hésitez pas à y aller.

A+