09/06/2014

Brussels Jazz Marathon 2014 (part2)

Le 25 mai, au Brussels Jazz Marathon, c’était le dimanche des Lundis.

En effet, depuis près de 18 ans, la scène de la Grand Place est réservée, le dimanche après-midi, aux concerts programmés par l’association des jazzmen (Les Lundis d’Hortense).

Dès 15 heures, sous un beau soleil, Greg Houben (tp) et Fabian Fiorini (p) présentent Bees and Bumblebees, leur dernier album (avec Cedric Raymond à la contrebasse et Hans Van Oosterhout aux drums) paru chez Igloo.

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La rencontre entre Greg et Fabian semble étonnante, elle est pourtant évidente. Voici deux univers qui se rejoignent dans la joie et le bonheur pour faire du jazz ensemble. C’est l’alliage brillant du bop traditionnel et du jazz plutôt avant-gardiste. C’est clair, c’est simple et cela se ressent sur le disque. Mais plus encore sur scène.

Greg dessine les mélodies, avec un plaisir gourmand, qui permet à Fabian de les démonter, de les découdre, de les mélanger et de les reconstruire comme il l’entend. Le pianiste sait attendre et construire ses solos pour les terminer de façon explosive. De son côté, Hans Van Oosterhout fouette les fûts et les cymbales avec un feeling incroyable. Il y a de la liberté dans son jeu et, en même temps, un sens du timing imparable.

Puis, le moelleux de la trompette de Houben se fond aux claquements languissants des cordes de la contrebasse de Cédric Raymond, toujours attentif et créatif. Alors, on ne peut s’empêcher de se dandiner sur l’irrésistible «Habanera», de battre du pied sur «Yes, I Didn’t» et de sourire et de claquer des doigts au son de «Middle Class Blues», qui rappelle un peu les Messengers du grand Art Blakey. Le quartette Houben – Fiorini nous offre, en cette chaude après-midi, un cocktail très rafraîchissant de jazz intelligent et de plaisir franc. Autant en profiter sans modération.

Après un rapide changement de mise en place, c’est un autre groupe du label Igloo qui monte sur scène : L’Âme des Poètes.

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Après avoir visité et revisité quelques grands répertoires de la chanson française (Brel, Brassens, Trenet mais aussi, Adamo, Paul Louka et même le Grand Jojo), le trio s’attaque cette fois à un nouveau concept : répondre, en chansons, aux questions de la célèbre et unique interview qui avait réuni, en 69, Brel, Brassens et Ferré.

Normalement, le spectacle est supporté par une mise en scène (que l’on imagine à la fois drôle et touchante), que le groupe n’aura pas l’occasion de montrer aujourd’hui pour des raisons – logiques - de logistique. Qu’à cela ne tienne, Pierre Vaiana (ss), Fabien Degryse (g) et surtout Jean-Louis Rassinfosse (cb) sont capables de faire le spectacle sans cela.

Si Jean-Louis truffe de jeux de mots et improvise ses textes de présentation, il en fait de même avec sa contrebasse, et ses citations, parfois improbables, sont légion. Rien ne semble sérieux et pourtant, il faut reconnaître une précision diabolique dans l’interaction et le jeu de ces trois musiciens exceptionnels. Les interventions de Degryse à la guitare (adapte du finger picking) sont éblouissantes d’inventivité et de justesse (sur «J’ai rendez-vous avec vous», notamment, ou encore sur «La valse à mille temps», pour ne citer que ceux-là). De son côté, Pierre Vaiana n’est pas en reste. Après avoir dessiné le léger contour des mélodies, il s’envole, dans un jeu tourbillonnant et ensoleillé.

Mais il sait aussi sonder la profondeur de thèmes plus sombres avec délicatesse et légèreté («La Quête» ou «Avec le temps», par exemples). Une fois de plus, L’Âme Des Poètes démontre que la chanson française (comme toutes les musiques) peut, elle aussi, swinguer…

Peu avant 19 heures, c’est le quartette de Jean-Paul Estiévenart qui investit la scène. En fait, il s’agit du trio du trompettiste (Antoine Pierre aux drums et Sam Gerstmans à la contrebasse) augmenté du saxophoniste Espagnol Perico Sambeat (Tete Montuliou, Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel, etc.). Et celui-ci imprègne tellement le groupe de sa présence qu’il est bien plus qu’un invité. Le disque (Wanted, sorti l’année dernière chez De Werf) est une belle claque, bourré de jazz très actuel et sans complexe. Un jazz qui n’a rien à envier à celui que l’on entend dans les clubs et bars branchés de New York.

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La musique d’Estiévenart s’inspire sans aucun doute de cette énergie-là, mais le trompettiste est capable d’aller au-delà et de révéler toute sa personnalité dans des compositions charnues, vives et sans faille. Le set, cet après-midi, est, lui aussi, extrêmement bien construit, preuve d’une maturité évidente.  On y décèle d’abord la force tranquille d’un groove tendu, retenu, qui ne demande qu’à éclater. Le trompettiste slalome entre le drumming acéré d’Antoine Pierre et le jeu dense de Sam Gerstmans («Am I Crasy », «The Man»). Puis les solos se construisent et se métamorphosent au fil des échanges entre le trompettiste et le saxophoniste. «Bird» s’enflamme, «Witches Waltz» tangue, vacille et renaît plus puissant, plus inébranlable. Finalement, la grosse heure passe rapidement, on ne s’est pas ennuyé un seul instant. Et l’on se dit qu’on aimerait revoir encore et encore ce trio/quartette en club… En Belgique... ou ailleurs en Europe, car il en a vraiment tout le potentiel.

Pour l’instant, la programmation est un sans faute et ce n’est pas Eve Beuvens qui va gâcher la fête. La pianiste présente ce soir les fruits de la carte blanche qu’elle avait obtenue l’été dernier au Gaume Jazz festival, et qui avait impressionné pas mal de monde, dont moi : Heptatomic.

Bien décidée à sortir un peu plus encore du cadre dans lequel on la confine trop volontiers, Eve a réuni autour d’elle une belle brochette de jazzmen aux idées bien larges : Laurent Blondiau (tp), Grégoire Tirtiaux (as, bs), Gregor Siedl (ts), Benjamin Sauzereau (g), Manolo Cabras (b) et João Lobo (dr).

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Et d’entrée de jeu, ça sonne et ça fuse. Heptatomic joue la déstructuration, explore les sons et les rythmes, et flirte presque parfois avec le free. C’est pourtant une liberté bien canalisée que propose Eve dans ses compositions. C’est une démocratie mélodique et harmonique libre, superbement maîtrisée. On pense parfois à l’Art Ensemble de Chicago ou à l’esprit d’un certain Mingus. Cela fait le bonheur de Laurent Blondiau qui n’hésite pas à pousser Tirtiaux et Siedl vers des chemins escarpés et rarement empruntés. Ça bouge, ça voyage, ça rebondit… Et quand Manolo Cabras a bien malaxé en tout sens sa contrebasse, on passe à des moments plus sobres qui permettent non seulement à la pianiste de s’exprimer mais aussi à Sauzereau d’éclater son jeu par touches ou à Lobo d’explorer de nouveaux sons. On se ballade alors dans des univers étranges et inquiétants où se mélangent de fragiles espoirs et de lumineuses certitudes. Un disque est en préparation, je pense, mais c’est sur scène que l’Heptatomic d’Eve Beuvens donne sans doute tout son jus… Alors, messieurs les programmateurs, ne soyez pas frileux, cette musique peut incendier bien des salles.

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Il est 22 heures, j’aurais pu rentrer tranquillement, mais je ne peux pas m’empêcher d’aller écouter Axel Gilain au Bravo. Ici, l’ambiance est plus recueillie malgré le monde qui a envahi le sous-sol du club. L’atmosphère est feutrée mais le jazz est enflammé. Il y a autant de la retenue que d’intensité. Tout en sensualité, la musique ne cesse de se transformer.

Bram De Looze, au piano, fait dévier le blues dans un sens, tandis que Nicolas Kummert trouve d’autres ouvertures. Tout évolue avec sérénité et élégance. C’est comme du vent qui déplace doucement des murs fragiles, c’est comme la chaleur du soleil qui déforme des objets flasques. Lieven Venken (dm) balaie et ponctue les rythmes, accélère ou suspend le tempo. Axel Gilain fait chanter sa contrebasse… avec réserve et beaucoup de sentiment.

Alors, Fatou Traoré et Yvan Bertrem ne peuvent s’empêcher de venir danser au devant de la scène. Leurs corps se déforment et se transforment sous l’impulsion de la musique. Le moment est magique, étrange, unique. Beau.

Axel Gilain vient de publier un album, Talking To The Mlouk (en vinyle ou téléchargeable ici) qui permet de prolonger ce moment rêvé… et qui s’écoute en boucle…

Pouvait-on imaginer plus belle façon de terminer cet excellent marathon 2014 ?

 

 

A+

 

 

 

 

 

16/08/2012

Brussels Vocal Project au Cercle des Voyageurs

Vendredi 3 août. L’air est lourd sur Bruxelles.

Il fait chaud dans la bibliothèque du Cercle Des Voyageurs. Il y a du monde. Sur scène, pas de micro, pas d’amplification. Pas d’instrument non plus. Ce soir, c’est a cappella.

Alors, on s’isole un peu plus du bruit extérieur. On ferme la fenêtre.

Il fait encore plus chaud.

Le Brussels Vocal Project est né au conservatoire de Bruxelles. Presque par hasard.

Au début, d’ailleurs, il n’y avait pas que des vocalistes. Mais tout le monde chantait. Petit à petit l’idée a fait son chemin, le groupe s’est resserré, le répertoire s’est affiné. Ils étaient 9 lorsque je les avais vu à Dinant, en 2009. Ils avaient failli remporter le concours des jeunes talents.

Aujourd’hui, ils sont six.

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Le projet s’est encore concentré et le groupe travaille, pour l’instant, autour de l’un des thèmes impérissables du regretté Pierre Van Dormael: «The Art Of Love».

L’idée du Brussels Vocal Project a alors été de demander aux musiciens qui avaient côtoyés de près le guitariste, d’écrire ou d’offrir un thème lui étant dédié.

Fabian Fiorini, Fabrizio Cassol, Nathalie Loriers, Pierre Vaiana, Pirly Zurstrassen, David Linx et Serge Lazarévich ne se sont pas fait priés. Chacun a écrit selon son expérience, son histoire, son vécu, son ressenti, son amour.

Chaque compositeur à posé sa griffe, son style. On reconnaît le lyrisme ou la délicatesse sombre des uns, l’électricité ou les tourments des autres. Et la sensibilité de tous.

Sur chacune de ces compositions, François Vaiana et Anu Junnonen, principalement, ont posé des paroles. On y entend de l’anglais, de l’italien, du français ou du finnois.

Ce qui pourrait paraitre très éclaté, incohérent, voire chaotique, trouve son fil rouge dans les voix et les arrangements.

Les six vocalistes ont façonné un équilibre parfait. Un soprano (Frédérike Borsarello), une basse (Wouter Vande Ginste), un ténor (Jonas Cole), deux altos (Anu Junnonen et Elsa Gregoire) et un baryton (François Vaiana).

Tous ne viennent pas du jazz, certains viennent du classique ou du rock. Voilà qui ajoute encore à la richesse du projet.

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Avec une maîtrise quasi parfaite, le Brussels Vocal Project ne succombe pas à la démonstration mais fait affleurer l’émotion. Et c’est parfois très impressionnant.

C’est la version moderne, très actuelle et très personnelle, des grands groupes vocaux auxquels on pourrait peut-être faire référence comme Les Double Six, Lambert, Hendricks & Ross ou Manhattan Tansfert des bonnes années… Mais au swing de ceux-ci, il faut ajouter des harmonies complexes et très contemporaines. Les thèmes sont riches de nuances et ne se cachent jamais derrière la facilité.

La musique circule, se transmet et s’échange entre les vocalistes. Chacun tient son rôle à la perfection. Ils s’écoutent, se répondent, se laissent le temps de respirer, de souffler, de s’épanouir. On passe de l’intimiste au swinguant. Du mystérieux au lumineux. Du tendre au mordant. En toute poésie.

Puis le concert s’arrête. Un enfant pleure dans la salle à côté et a besoin de sa maman. Sa maman c’est Elsa. Alors, avec naturel et générosité, on fait une pause.

On ouvre les fenêtres. On laisse rentrer l’air.

On craint un instant que la magie va être rompue. Mais non. Ce petit interlude permet de nous rendre encore mieux compte de la performance des chanteurs, de l’univers dans lequel ils nous ont emmené et de l’humanité partagée.

Lorsque le concert reprend, le rêve est intact. Et l’on voudrait qu’il dure longtemps.

Dehors, il fait toujours aussi chaud. Mais intérieurement, le Brussels Vocal Project nous a vraiment rafraîchi.



Le Brussels Vocal Project compte enregistrer prochainement. Puis tenter de chercher une maison de disques. Et puis de trouver d’autres concerts.

Nos oreilles et notre cœur n’attendent que ça.

Le projet est audacieux et original, il serait vraiment dommage de passer à côté.

 

A+

26/01/2010

Ceci est l'Âme des Poètes. Théâtre Marni

Se rendre à un concert de l’Âme des Poètes est toujours un plaisir. On y va pour le la musique, bien sûr, mais aussi pour les commentaires et les jeux de mots de Jean-Louis Rassinfosse. C’est son pêché mignon. Il ne peut s’en empêcher. Et il ne s’en prive pas.

Même le plus mauvais des calembours trouve sa place ici. C’est souvent tiré par les cheveux, mais c’est souvent très drôle. Et, bien évidemment, c’est souvent surréaliste. Nous sommes en Belgique, non? Quoi de plus normal dès lors que, pour leur sixième album («Ceci n’est pas une chanson belge», sorti chez Igloo), le trio se soit attaqué aux chansons de notre plat pays. Bien sûr, il y a déjà eu tout un album dédié à Brel. Qu’à cela ne tienne, le Grand Jacques est à nouveau invité! Mais cette fois-ci, il est entouré d’Adamo, Arno, Telex, Pierre Rapsat, Sandra Kim ou encore Le Grand Jojo !! Il n’y manque plus qu’Annie Cordy ! Plus belge que ça… c’est la Mort Subite !

Celui qui n’a jamais entendu l’Âme des Poètes pourrait être perplexe devant un tel programme. Mais s’il l’écoute, il risque d’être surpris. Et plutôt dans le bon sens. C’est que le groupe a le génie de ne pas «jazzifier» bêtement les airs populaires. «Jazzifier»! Quel vilain mot! Il rime avec édulcorer, frelater, débiliter…

Pas question, donc, pour l’Âme des Poètes, de s’en tirer avec un «chabada». Il y a, ici, un véritable travail sur la musique, avec des arrangements aussi magnifiques qu’étonnants.

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Ce mardi 20 janvier, pour la sortie officielle du disque, la salle du Théâtre Marni est remplie. Sur scène, Pierre Vaiana (ss) sifflote et Fabien Degryse (g) tapote patiemment l’éclisse de sa guitare en attendant que Jean-Louis Rassinfosse mette de l’ordre dans ses partitions, chausse ses lunettes, règle le tabouret, ajuste le pupitre…

Le ton est donné: on ne se prend pas au sérieux.

Mais quand les premières notes résonnent on comprend vite que l’on n’a pas affaire à des zieverer.

«C’est ma vie» d’Adamo, est tendre et léger, «Les rêves en nous» de Rapsat, est intime et délicat, puis, «Mon amour pour toi», de Fud Leclerc, qui m’était totalement inconnu, se révèle superbe de dynamisme et de swing. «Fud Leclerc, nous explique Rassinfosse, a représenté la Belgique à l’Eurovision avec cette chanson. Fud, s’appelait Fernand Urbain Dominic, d’où... Fud… Heureusement qu’il ne s’appelait pas Bernard Isidore Thierry !»…

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Et l’on continue avec «Chef un p’tit verre on a soif» dans une version orientale absolument merveilleuse. Avec cet arrangement, on est loin, très loin, de la chanson de guindaille (j’en avais touché un mot ici). Pendant que la guitare égrène les arpèges, le soprano imite presque le pungi des charmeurs de serpents sur des accords ondulants. Au loin, la contrebasse chante doucement la mélodie.

De même, «Tout petit la planète» de Plastic Bertrand (composé par Pierre Van Doormael !!!) est dépouillé, étrange, mystérieux, intriguant… quasi méconnaissable. Le trio accentue une certaine idée de la désolation. Le refrain s’exprime de façon lacunaire, comme s’il était perdu dans l’univers. L'ensemble est presque déstructuré, désintégré…

« J’arrive » de Brel est poignant, «L’amour, ça fait chanter la vie», façon bossa, est ondulant et «Eurovision» de Telex, mixé avec «J’aime la vie» de Sandra Kim, est un bijou de savoir faire…

Entre humour, tendresse et complexité harmonique, le trio fait mouche à chaque coup.

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Rassinfosse capte l’attention, bien sûr, mais il ne faudrait pas oublier la dextérité hallucinante et la musicalité de Fabien Degryse à la guitare. Il est capable de varier les intonations et de créer des univers différents de façon absolument éblouissante. Et Pierre Vaiana parfois doux, parfois âpre, parfois même insolant lorsqu’il joue le vilain canard sur «J’aime la vie», est d’une justesse et d’une maîtrise qui forcent l’admiration.

À écouter sur disque, bien sûr, mais à voir sur scène, sans aucun doute.

Ceci n’est pas un trio ordinaire - nom d’une pipe! - c’est l’Âme des Poètes!

 

A+

 

01/10/2009

Passage éclair à Saint-Jazz-Ten-Noode

Passage éclair à Saint-Josse qui proposait son 24ème festival Saint-Jazz-Ten-Noode ce samedi 19 septembre !

J’arrive trop tard pour entendre Thierry Crommen, mais je ne rate presque rien du concert de l’Âme des Poètes. Je n’ai pas eu l’occasion de voir ce groupe assez souvent et je le regrette.

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Derrière l’humour et une dérision affectueuse de leurs reprises de chansons françaises, il y a la rigueur de 3 excellents musiciens. Trois musiciens qui arrivent à réinventer la vie de chansons populaires mille fois entendues. Avec nos trois gaillards, même une chanson du Grand Jojo passe pour une œuvre majeure de la musique. La reprise de «Chef, un p’tit verre, on à soif!», entièrement retravaillée sur un rythme oriental, est jubilatoire.

Pierre Vaiana, notre Django d’Or 2009, est merveilleusement ondulant. Un véritable serpent des sables, agile, précis et insaisissable.

Fabien Degryse, (dont je vous conseille lle second album « The Heart of the Acoustic Guitar » qui sort sous peu… je peux déjà vous dire qu’il contient quelques petites perles) est épatant à la guitare. Parfois bluegrass, parfois manouche, parfois classique. Une fois nerveux, une fois tendre, une fois lyrique… toujours pétillant. Un régal.

Et puis, il y a Jean-Louis Rassinfosse, toujours aussi facétieux dans la présentation des morceaux - le roi du jeu de mots – qui, lorsqu’il empoigne sa contrebasse, la fait chanter comme personne d’autre en Europe.

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La musique semble simple mais demande assurément une exigence incroyable de la part des musiciens. L’Âme des Poètes devrait bientôt sortir un nouvel album. Cela nous promet bien du plaisir.

Place ensuite à Nathalie Loriers. J’aurais bien voulu assister au concert de Nathalie dont le dernier album vient de sortir chez De Werf (avez-vous écouté la nouvelle version de «Mémoire d’O» ? Rien que pour cela, le CD vaut l’achat!).

Mais un autre rendez-vous important m’attendait (il faut toujours tenir les promesses que l’on fait à ses enfants ;-) ) et j’abandonne le chapiteau qui résonne des premiers accords du quartette.

J’irai écouter Nathalie, de même que Toine Thys et son Hammond Trio qui se produisait un peu plus tard à la Jazz Station, une autre fois … Ça aussi c’est une promesse que je m'oblige à tenir!

 

A+

 

02/05/2008

Africa Jazz

Dernièrement, j’ai eu l’occasion de rencontrer Dee Dee Bridgewater, avec quelques amis de la presse écrite, pour parler de son projet actuel «Red Earth, A Malian Journey».

Dee Dee sera en concert aux Bozar ce 13 mai.

Vous avez peut-être déjà lu ma chronique de l’album sur Citizen Jazz. Vous aurez prochainement droit à l’interview de la chanteuse.

Après avoir parlé du Mali et de l’Afrique en général avec Dee Dee, j’ai ressorti 3 disques «Africains» dont je n’ai pas encore eu l’occasion de parler.

Le «moins récent» d’entre eux est celui de Dieudonné Kabongo:
«Kata Ndevu».

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On connaît l’homme en Belgique pour l’avoir vu jouer la comédie au théâtre, dans ses one-man-shows ou encore au cinéma («Lumumba» de Raoul Peck  ou «Le couperet» de Costa Gavras, par exemple).
Le voici chanteur.
Bon, ici, on n’est pas vraiment dans le jazz, on est bien d’accord.
On serait plutôt dans la world ou la chanson africaine.
Parfois intimiste, voire minimaliste, la musique s’ouvre pourtant aux rythmes plus puissants.
Les percussions – derrière lesquelles on retrouve Chris Joris, Frank Michiels et Kabongo lui-même – résonnent alors dans un tourbillon presque hypnotique («Burundi» ou «Kutuntuka»).

Mais il s’agit surtout d’un album de chansons un peu pop («Shitaweza» soutenu discrètement par Cyril Orcel aux claviers), et il faut souligner le beau travail sur les voix. Ce sont elles surtout qui donnent du charme à l’ensemble.
Agréable.

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Plus intéressant, plus «radical» peut-être, et plus «jazz» aussi : J’Afro’zz est un groupe formé par des musiciens Congolais qui allient musique traditionnelle et jazz.

Paul Ngoie, percussionniste et leader, emmène son petit monde dans une musique très solaire, joviale et dynamique.
Il a invité sur quelques titres Pierre Vaiana (ss), Fabrizio Cassol (as) ou encore Boris Tchango (dm) qui injectent aussitôt un «esprit jazz» plus marqué (sur «Bakubass» ou «Rencontre» entre autres).

Ailleurs, on ne reste pas insensible aux rythmes langoureux sur «Yves in Sorrow», qui donne à entendre le très beau jeu de Yves Monama à la guitare, soutenu par une ligne de basse ondulante de Claude Bakubama.

«Ngoma Tempo» est un album de jazz original et intéressant, car il n’est vraiment pas courant d’entendre la musique congolaise traitée de cette façon.

 

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Bien différent encore de tout cela, c’est le projet de Eloi Baudimont et de Baba Sissoko: «Mali Mali».

C’est mon coup de coup de cœur depuis quelques mois déjà.
Il s’agit ici, de l’histoire d’une rencontre entre un Griot et un chef d’orchestre touche-à-tout.
Une belle histoire d’amitié et de musique entre le Mali et la Belgique.

Ce qui est particulièrement touchant dans «Mali Mali», c’est cette musique interprétée par la Fanfare amateur de Mourcourt et une quarantaine de choristes, tous aussi amateurs.
Je sais, on pourrait se méfier.
Mais on aurait tort.
Car ce disque est un véritable bijou de sincérité, de bonheur et de tendresse.
Il est magique.

C’est étonnant, comme le mélange de ces deux cultures fonctionne à merveille.
C’est émouvant de sentir l’application des choristes à faire «groover» les morceaux et de sentir chez eux ce côté hésitant, timide parfois, mais tellement chaleureux.

«Ebi» vous arracherait presque une larme.
«Tunga» ou «Masaya» ne peut que vous faire taper du pieds et claquer des mains. Si ce n’est pas danser.

Quant à la Fanfare, elle est éclatante de vie, de dynamisme et de sincérité.
Sans fard, sans prise de tête, sans crainte, mais avec un cœur «gros comme ça», elle peut tout se permettre. Et elle en profite.
Et ça marche.

Le disque est accompagné d’un DVD qui retrace le voyage d’Eloi Baudimont au Mali, ainsi que l’un des premiers concerts donnés à la Maison de la Culture de Tournai.
On en redemande !

Voilà donc un coffret (CD + DVD) que je vous recommande plus que chaudement.
(En plus, 1 Euro est reversé à l’association «Eau Vive» pour financer la construction de puits en Afrique de l’Ouest).

Bonheur et frissons garantis.

A+

23/09/2007

Klara Festival - Pierre Vaiana

Dans la série des concerts du Klara Festival, Pierre Vaiana avait également été convié à une «carte blanche» pour les « Late Nights ».

Pierre en a profité au maximum en présentant un « groupe » à géométrie variable. Il avait décidé, en effet, de faire des mélanges et de jouer les métissages. Chose qu’il adore et qu’il fait avec beaucoup d’inspiration.

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Après une mise en bouche en trio, avec Felix Simtaine (dm) et Nic Thys (cb), Pierre invitait le fidèle Fabian Fiorini pour interpréter «Aljazaïr» (c’est le nom d’Alger en arabe… et ce n’est pas mon ami Mouloud qui me contredira ;-) ).
La musicalité de ce thème est tantôt incertaine, tantôt évidente sous les doigts du pianiste. Fabian a cette faculté d’inoculer les morceaux de touches personnelles tellement créatives qu’il me surprend toujours. Par exemple, sur un autre morceau plus rapide, il explose le thème et emmène dans son sillage Felix Simtaine qui, tout heureux, n’en demandait pas tant. Impressionnant.

Puis, c’est au tour de François Vaiana (voc.) de monter sur scène pour interpréter «Duke Ellington Sound Of Love» de Mingus.
Et puisqu’on parle de Mingus, on aura droit à deux contrebasses (il faut bien ça pour ce bon Charlie). Lara Rosseel fera donc équipe avec Nic.

C’est ensuite Eve Beuvens qui succède à Fabian au piano pour un «Broken Wings» (en hommage à Chet Baker) de Richie Beirach. Au chant, François Vaiana me paraît bien plus à l’aise que lors de certains concerts où je l’ai entendu. J’ai l’impression que le swing lui va bien. Et avec «Lester Left Town», il est servi.

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Pierre Vaiana, quant à lui, est d’une fluidité et d’une précision redoutables. Tant dans les mélodies complexes en mid-tempo que dans les débits rapides.

Après avoir entendu 2 contrebasses, pourquoi pas deux pianos ?
Fiorini – Beuvens, 2 styles complètement différents qui donnent du goût à un dialogue improvisé, vif et relevé.

Et puis vint David Linx.
Ses impros a cappella (scat ou vocalese?) sont toujours aussi impressionnantes.
Il possède décidément une tessiture incroyable et un sens du timing, du swing et du rythme redoutables.
Ça c’est pour le côté «groove».
Pour le côté «ballade», il n’en est pas moins brillant.
Une version intime et sensuelle de «Luiza», de Jobim, en est la preuve…

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Ce beau concert «patchwork», et à rebondissement, se termina avec le morceau envoûtant: «Chiàchiara Ccu Mia», qui oscille entre prière, psalmodie et transe à la «A Love Supreme», sur des paroles scandées en sicilien.
Chair de poule garanti.
C’est brûlant et enivrant.

Dans le bar du KVS Box, je croise plein de musiciens avec qui je parle de leurs projets (et il y en a !) comme Nelson Verras, Magic Malik, Robin Verheyen, Laurent Melnyk, Fabrizio Cassol, mais aussi Felix Simtaine, David Linx et bien sûr Pierre Vaiana…

Bien belle soirée, donc.
Dommage que je n’ai pas eu l’occasion de participer aux autres concerts prévus… grrr…

A+

18/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 01 -

J’étais curieux d’entendre, mais surtout de voir, Tineke Postma sur scène.

J’avais eu l’occasion d’écouter quelques-uns de ses morceaux, d’avoir vu un de ses concerts à la télé (je ne sais plus où) et de l’avoir vu lors de la remise des victoires du jazz il y a deux ans, mais c’est à peu près tout ce que je connaissais d’elle.

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Jolie fille blonde dans une robe à paillette, sourire charmant et belle présence, Tineke distille son jeu par touches sensibles et précises. Les notes s’enchaînent les unes aux autres à la manière d’un fil de soie. Ça swingue gentiment, tout est bien carré, bien en place. Il n’y a pas trop d’espace pour des impros interminables (ce qui n’est pas mal, parfois), ni pour des délires ou des prises de risques.

Bref, elle va à l’essentiel et les motifs de ses compositions sont simples et efficaces.
Elle laisse cependant assez de place au pianiste Marc Van Roon pour développer un jeu chatoyant («Synchronicity») et parfois nerveux («A Journey That Matters»). Idem pour son excellent contrebassiste Frans van der Hoeven qui reste toujours très mélodique dans ses solos.
L’influence de Wayne Shorter (dans ses jeunes années) est parfois assez claire, surtout lorsque Tineke Postma est au soprano.
A l’alto, le son velouté et les attaques sont souples, comme sur «Comprendo», par exemple, qu’elle introduit joliment en solo.
Avec un Dre Pallemaerts très félin à la batterie, c’est un bon moment jazz classique et très agréable qui a ouvert ce Jazz Middelheim 2007.

 

Pendant la pause, je rencontre Nathalie Loriers, en «repérage», après sa répétition avec le BJO et Lee Konitz, et avant le concert du lendemain, ici même.
Agréable discussion où l’on parle des projets incessants du BJO.
Le Big Band est en train de mixer l’enregistrement qu’ils ont fait avec Dave Liebman. Le BJO a enregistré aussi un projet avec Michel Herr et travaille également à la finition (et au futur concert pour le Dinant Jazz Night) d’un travail avec David Linx
Oui, ça bosse ferme !
On parle aussi d’un nouveau projet, qu’elle aimerait voir développer, avec son trio, Bert Joris et un quatuor à cordes : le Spiegel Strijkkwartet. Un concert avait déjà eu lieu, fin mai à Gand. Espérons que cela n’en reste pas là...

Bref, de beaux moments en perspectives.

 

02

Soleil et bonne ambiance de fête, c’est Tania Maria qui a envie de faire danser la tente.
Après un démarrage en douceur, la pianiste et chanteuse brésilienne fait monter la température. Elle est aidée en cela par le merveilleux percussionniste Mestre Carneiro. Tania Maria passe du piano au synthé et enchaîne les airs brésiliens (l’éternel «Agua de Beber») et des morceaux parfois plus «funk». A la batterie, Tony Rabeson injecte de temps à autres des couleurs un peu plus jazz.
Mais c’est la choro, la chanson et la danse qui l’emporte, Tania  arrivant même à faire chanter la salle et lui faire claquer des doigts avant de terminer sur ses succès comme «Come With Me» ou encore «Ça c’est bon».
Et c’est vrai que c’était agréable.

03


Changement radical d’ambiance avec le nouveau projet de Myriam Alter.
Quelques jours auparavant, elle avait enregistré, au Gaume Festival, son nouvel album à paraître chez Enja avec le même line-up.

Et quel line-up !
La rythmique de John Zorn : Joey Baron et Greg Cohen mais aussi notre excellent soprano Pierre Vaiana, John Ruocco à la clarinette et Jacques Morelenbaum au violoncelle.
Et Myriam Alter au piano ?
Hé non ! Surprise, c’est Salvatore Bonafede qui sera durant tout le concert derrière les 88 touches.
Myriam Alter a composé tout le répertoire et restera assise au-devant de la scène à écouter son œuvre.


La musique d’Alter emprunte à la valse, à la musique hispanisante, au classique parfois, le tout influencé bien sûr par la musique juive.

Du jazz Sépharade, donc.

Tout est joué en finesse. On y ressent des bouffées d’émotions qui montent comme pour atteindre la plénitude. La musique serpente et s’enroule autour des mélodies souvent mélancoliques.
Le jeu de Joey Baron est exceptionnel, comme souvent. Il imprime un groove tout en légèreté («Still In Love»), utilisant la plupart du temps les balais ou la paume des mains.

Exceptionnel.

Ruocco est lui aussi d’une virtuosité et d’une sensibilité remarquable sur «Not So Far» ainsi que lorsqu’il dialogue avec Morelenbaum sur «I’m Telling You».

Coup de cœur du jour, pour ma part, même si je dois avouer que, sur la longueur, on perçoit un peu «les ficelles». Et l’on aimerait un peu de variation dans la construction des morceaux.
Cela arrive avec «September 11» (qui «inspire» décidément encore et toujours beaucoup de monde) et sa rage pianistique, un peu trop prévisible quand même, en introduction du morceau.
Beau et gros succès mérité pour ce sextet (ou septet, si l’on compte Myriam Alter).


Petite parlotte avec Jean-Marie Hacquier et Patrick Bivort à propos du prochain Festival Dinant Jazz Nights. Quelle programme! 10 ans, c’est pas rien!
Il ne faudra pas rater ça.

04



Et c’est le final avec la divine Dianne Reeves.

Egale à elle-même, chanteuse merveilleuse qui allie aussi bien les balades que les swing nerveux avec une aisance sans pareil.
L’habituel bouquet de fleur à ses côtés et accompagnée de son trio classique : Reuben Rogers à la contrebasse, Greg Hutchinson à la batterie et Geoff Keezer au piano, Dianne met tout le monde dans sa poche en deux temps, trois mouvements.


Charisme, chant parfait (car, l’air de rien, elle ose des choses stupéfiantes), souriante, touchante… elle sait y faire. Elle alterne moments intimes et temps forts. Ses scats volcaniques suivent les balades radieuses.

Voilà plusieurs fois que je la vois en concert et, même si on sait à quoi s’attendre, on reste sous le charme.
Et côté charme, elle est restée sous celui de Georges Clooney apparemment.

Elle ne semble toujours pas être remise de cette rencontre qui lui a permis de jouer et chanter dans lefilm «Good Night and Good Luck».

Alors, quand pour terminer son show, elle chante sensuellement «One For My Baby», on craque.

 

 A+

12/04/2007

Clouds Festival "2" - 2007

Samedi dernier avait lieu le deuxième Clouds Music Festival organisé par NU:BE à la Jazz Station (vous allez finir par penser que j’ai pris un abonnement là-bas !).

Le chiffre «deux» était à l’honneur ce week-end. (Ben oui: deux ans, donc… duos).

Au programme, il y avait eu la veille Thomas Champagne et Nicholas Yates (que je n’ai pas vu) pour accompagner le vernissage de l’expo photos de Milena Strange (que je n’ai pas encore visité).

Et ce samedi, quatre duos allaient se succéder.
A commencer par Pierre Vaiana – Fabian Fiorini, suivi de Sophie Tassignon – Steven Van Looy Alex Furnelle, puis de Olivier Thomas – Etienne Plummer et finalement Phil Abraham – Benoit Vanderstraeten.
Programme intéressant, non ?
Malheureusement, je n’assisterai qu’au concert du premier duo (car enfants,… car départ en vacances de l’un d’eux à 4h. du mat’,… car valises, etc…).

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La musique que Pierre et Fabian nous proposent est celle du futur album avec al Funduq : «Porta Del Sol».
Musique inspirée des chants des charretiers Siciliens chère à Pierre Vaiana.
Musique de rencontres donc.
Et qui dit musique de rencontres, dit musique ouverte à différents courants. Non seulement à la «tarentelle», comme on peut l’imaginer, mais aussi aux rythmes orientaux, voire indiens et bien sûr au jazz et à l’improvisation.

Toutes ces influences sont assez clairement contenues dans «Aljazaïr» (qui est aussi un hommage – comme l’a fait Aka Moon sur «Amazir» - à Aziz Djemmame , fondateur du festival de jazz de Constantine et décédé prématurément en 2005).
Fiorini fait gronder le piano tandis que Vaiana joue tout en arabesque et subtilité une mélodie douce.

Mais la musique, comme la vie, n’est pas toujours aussi simple et lisse, et le morceau suivant («Giro, Volta e Feria» ???) est plus torturé.
Le soprano lumineux s’allie à la gravité du piano. Les instrumentistes semblent jouer à cache-cache avant qu’une certaine légèreté naisse enfin et fasse place à une ritournelle sicilienne joviale.

Sur le thème suivant, Fiorini alterne la «rage» pianistique et les échappées joyeuses et fraîches. Le soprano est vif et virevoltant.
La musique est parfois complexe mais captivante.
Le duo désarticule la mélodie, fait un passage vers le contemporain.
Vers l’abstrait presque.
Vaiana passe de l’aigu au suraigu en gardant cependant une rondeur dans le son qui permet de garder le contact avec la mélodie…

Pierre invite ensuite son fils François Vaiana à venir chanter «Lady Day», thème écrit par Wayne Shorter sur lequel François a replacé des bribes d’interviews de Billie Holiday.
J’avoue ne pas toujours avoir été convaincu par le chant du fiston, mais ce soir, la magie fonctionne plutôt bien.
Pierre met toute son âme et sa rage dans son jeu… et de la douceur aussi. Du coup, la voix de François passe bien et les paroles glissent avec émotion.

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Mais là où l’émotion atteindra son paroxysme, c’est avec «Chiàchiara Ccu Mia».
Une sorte de poème musical, chanté en sicilien par Pierre.
Les paroles claquent et rythment un thème hypnotique.
On dirait une incantation.
Le piano se fait percussif.
On a envie de frapper du pied pour enfoncer encore plus ce tempo obsédant, cette marche frénétique.
Pierre reprend ensuite le thème au sporano tandis que François, tel un slammer continue à chanter en anglais.

Une sorte de passation s’est opérée.
Eblouissant.
Applaudissements.

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J’aurais bien aimé écouter Sophie Tassignon et Steven Van Looy Alex Furnelle (ainsi que les autres duos), mais le temps que m’avaient accordé mes filles pour assister en partie au Festival était déjà largement dépassé.
Et face à cela, aucune résistance n’est possible.

A l’année prochaine, sans faute.

A+