18/07/2016

Les Chroniques de l'Inutile - Bravo

J’avoue, j’ai un faible pour Les Chroniques de l’Inutile.

Le groupe, mené par le guitariste Benjamin Sauzereau, qu’accompagnent Pierre Bernard (fl), Erik Bogaerts (as, cl), Eric Bribosia (Fender Rhodes) et Jens Bouttery (dm), développe une musique particulière, pleine d’humour et de poésie.

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Ce jeudi soir (9 juin) au Bravo - qui a un peu de mal à se remplir (ha..., le foot, le foot !) mais qui a finalement réuni pas mal d’amoureux de la belle note - le groupe présente quelques nouvelles petites perles.

«Mauvaise Raison», par exemple, qui se construit sur des brisures de guitare, «Le Malentendu» (mais Sauzereau lui-même n’est pas très sûr que ce soit vraiment le titre du morceau) qui évolue comme une valse un peu bancale, à la ritournelle accrocheuse, ou encore «Gagner de l'argent» dans un registre presque pop.

Avec Les Chroniques de l’Inutile, l’impro est toujours subtile et très collective. Cela évoque parfois un bateau qui tangue, qui dérive, qui prend de la vitesse puis ralentit pour accoster on ne sait où. La musique est pleine de courant d’air, comme si on laissait aux musiciens la possibilité de la décoiffer, de la transformer, de la recolorer.

C’est cela qui est magique dans cette musique : elle nous fait redécouvrir les bonheurs simples. Et ce bonheur se lit sur le visage de Benjamin Sauzereau qui semble heureux que l’on jongle avec ses compositions. C’est comme s’il appréciait, avec gourmandise, une bonne réplique à un bon mot.

Et même si elles sont complexes et sophistiquées, ces fables musicales restent toujours aussi accessibles qu’une simple chanson.

Entre drumming foisonnant et bidouillages électro, Jens Bouttery distille un groove flottant. Eric Bribosia ressuscite parfois des ambiances du siècle dernier, évoquant presque Kurt Weill. Erik Bogaerts donne de l’épaisseur aux mélodies, les rend parfois âpres et granuleuses, tandis que Pierre Bernard semble toujours trouver des chemins de traverses.

Les Chroniques s’amuse sérieusement avec la musique et avec les silences aléatoires… Il y a une sorte de retenue minimaliste. C’est de la poésie moderne, contemporaine, qui se moque de la beauté intrinsèque, qui se fiche des formes, qui se joue des rythmes. Et cela, toujours avec humour. «Morceau pour les alcooliques», qui vacille sur ses bases, puis qui se déchaîne dans l'outrance pour finalement s'endormir à la belle étoile, est un beau résumé de la musique du groupe : très imagée et sans complexe.

Les Chroniques de l’Inutile flirte avec le minimalisme, le Krautrock, le jazz, le folk, le romantisme… et développe un univers vraiment particulier, original et créatif.

D’ailleurs, la petite bande (Sauzereau et Bouttery, en fait) a créé un label, Suite, qui n’hésite pas à jouer avec diverses disciplines artistiques (on y retrouve Philémon, le chien qui ne voulait pas grandir ou encore Jens Maurits Orchestra, pour l’instant). Une affaire à suivre avec grand intérêt, donc.

 

 

A+

 

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06/09/2015

Belgian Jazz Meeting 2015

Troisième du nom, le Belgian Jazz Meeting s’est tenu à Bruges cette année.

Le Belgian Jazz Meeting ? C’est quoi ?

Organisé en collaboration avec Jazz Brugge, De Werf, Kunstenpunt, MUSEACT, Les Lundis D’Hortense, WBM, et JazzLab Series, ce meeting de trois jours a pour but de promouvoir le jazz belge hors de ses frontières.

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Le Belgian Jazz Meeting ? Qu’est ce qu’on y fait ?

On y écoute du jazz, bien sûr !

On y retrouve 14 groupes belges sélectionnés parmi plus de 160 candidatures.

On rencontre des journalistes, des programmateurs, des agents, d’Europe et du reste du monde.

On parle anglais, français, néerlandais, italien, allemand, finnois… parfois tout en même temps, dans une même conversation.

On noue des contacts.

On écoute du jazz !

On boit une bière. Ou deux. Ou plus.

On va se coucher trop tard. On se lève trop tôt.

On écoute du jazz !

On se balade sous la pluie.

On découvre des projets.

On discute, on s’interroge, on s’échange des avis.

Mais surtout… on écoute du jazz…

On écoute d’abord Lab Trio. La musique est acérée, les compos ciselées. L'ensemble est peut-être un peu trop cérébral. Le drumming de Lander Gyselinck, fin et précis répond parfaitement au jeu très inspiré de Bram Delooze. Quant à Anneleen Boehme (cb), elle maintient le cap avec juste ce qu’il faut de robustesse et d’ouverture.

On est soufflé par la prestation de Jean-François Folliez Playground. Le clarinettiste a réuni autour de lui une rythmique d’enfer (Janos Bruneel à la contrebasse, Xavier Rogé aux drums et Casimir Liberski au piano), et ça trace ! Pas un seul moment faible. Les compos sont pleines de surprises, avec des changements de directions qui surviennent sans crier gare et des solos qui racontent des histoires. Ceux de Casimir Liberski, par exemples, sont d’une fougue et d’une force surprenantes. Un groupe à suivre de très près !

On se laisse emporter par l’Heptatomic d’Eve Beuvens. Le lyrisme côtoie l’exaltation. Le bop se fait bousculer par le free. Les interventions de Benjamin Sauzerau (eg), Laurent Blondiau (tp) ou encore Sylvain Debaisieux (ts) sont toutes au service d’une musique très… vivante.

On se laisse bercer par le Kind Of Pink de Philippe Laloy (as, flûtes, voc). Les thèmes de Pink Floyd sont recolorés avec beaucoup de subtilité et d’intelligence pour en garder tout l’esprit et éviter la mauvaise copie.

On en prend plein le plexus avec MikMäâk. Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (as) réussissent sans cesse à renouveler la musique du combo, tout en lui gardant son identité. La musique semble se jouer par grappe : tantôt les cuivres, puis les anches, puis les cordes. Et tout est d’une cohérence et d’un groove étonnants. On retient, par exemple, le travail de Pascal Rousseau (tuba), Gregoire Tirtiaux (bs) – et son long solo tout en respiration circulaire est bluffant – Pierre Bernard (flûte) ou encore Claude Tchamitchian (cb).

On se repose comme on peut et, le lendemain, à onze heure du matin…

... on se concentre et on se laisse dériver par la musique très intimiste et très minimaliste de Joachim Badenhorst (cl, bcl) et Brice Soniano (cb). Le feulement, les respirations, les sons étouffés, les rythmes cachés et parfois déstructurés : voilà les ingrédients. Bien sûr, c’est un peu ardu… Mais quelle écoute. Quels échanges. Quelle qualité musicale !

On se fait plaisir avec le trio de Nathalie Loriers (p), Philippe Aerts (cb) et Tineke Postma (as, ss). Avec ces trois-là, la musique circule avec aisance. Les mélodies se développent avec autant de délicatesse que de fermeté. Le trio (sans batterie) arrive toujours à maintenir la tension, aussi bien dans les moments enlevés que dans les ballades. La classe.

On se balade dans le grand hall du Concertgebouw où se sont installés les différents acteurs du jazz belge (agents, maisons de disques, musiciens, associations) pour tenter d’accrocher les invités étrangers.

On vit l'installation "Loops" de Bart Maris.

On remet le prix Sabam au jazzman confirmé (l’incontestable Laurent Blondiau) et au jeune jazzman (Antoine Pierre est enfin récompensé, à juste titre, pour son travail avec Philip Catherine, LG Jazz Collective, TaxiWars et autres. On attend avec impatience son projet personnel, Urbex, qu’il présentera au Marni le 10 et à Liège (Cinéma Sauvenière) le 17. Et puis, on récompense aussi l’infatigable et incontournable Jean-Pierre Bissot (Jeunesses Musicales, Gaume Jazz et bien d’autres choses encore).

 

 

On applaudit Pierre De Surgères (p) et son trio. En se disant peut-être que le choix des morceaux rendait sa prestation un peu disparate.

On reprend un peu de LG Jazz Collective. Toujours impeccable. Concis, puissant et de mieux en mieux rôdé. Et puis, le groupe nous réserve toujours des petites surprises.

On prend une belle claque avec De Beren Gieren ! Le groupe de Fulco Ottervanger (p), Lieven Van Pée (cb) et Simon Segers (dm) vient de publier son dernier album chez Clean Feed. Cela donne une idée de l’esthétique musicale. Le trio est impressionnant, alliant complexité rythmique et harmonique avec une énergie débordante. De Beren Gieren mélange le jazz, le rock et les bidouillages électro. Et c'est très fort !

On subit le rock de Nordman. Le son est puissant, la musique est lourde. L’esprit est rock.

On se déhanche avec Black Flower. L’excellent groupe de Nathan Daems (ts, flûtes, kaval) mélange le jazz, la musique éthiopienne et l’afrobeat. C’est un tourbillon rythmique, ondulant et sensuel, avec une bonne dose de personnalité. Du haut niveau.

On se réveille difficilement dimanche matin.

On est subjugué par le talent insolent et la maturité des très jeunes Hendrik Lasure (p) et Casper Van De Velde (dm). Ces deux-là ont du culot, un sens du phrasé, du rythme et de l’échange. La musique est pleine de finesse, d’humour et de surprises. Schntzl (c’est le nom du groupe) est une révélation.

On s’émeut avec le projet « Secrets » de Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tb), Marine Horbaczewski (cello). Le trio a invité la chanteuse d’opéra Claron McFadden à chanter ou déclamer quelques secrets d’anonymes, parfois drôle, parfois très sombres, mais toujours très touchants. Poésie, musicalité, sensibilité. On est frappé en plein cœur.

On s’échange nos dernières impressions.

On se dit que cette édition était d’un tout bon niveau.

On espère que cela portera ses fruits.

Et on se dit que le jazz donne quand même un belle idée de ce devrait être ce pays.

 

 

 

Belgian Jazz 2015 by Belgianjazzmeeting on Mixcloud

 

 
 

 

A+

 

 

 

18/06/2015

Rêve d'Elephant - Reflektor à Liège

C'est dans la toute nouvelle salle du Reflektor à Liège que Rêve d'Eléphant Orchestra avait donné rendez-vous à ses fans de la première heure ainsi qu’à un nombreux public curieux de musiques aventureuses, pour deux évènements majeurs. En effet, ce samedi 13 juin, l’imprévisible combo présentait non seulement son nouvel album (Odyssée 14, chez De Werf) mais aussi un superbe livre retraçant les 35 ans de l’aventure incroyable du Collectif du Lion.

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Ce merveilleux et épais bouquin retrace avec précision le parcours atypique de ces «jeunes» qui ont été à l’origine d’une certaine école liégeoise. Outre Michel Debrulle et Myriam Mollet - chevilles ouvrières du Collectif - il faut saluer l’excellent travail d’écriture de Valérie Davreux, Jean-Pierre Goffin, Claude Loxhay et Jean-Pol Schroeder ainsi que les illustrations et la mise en page d’images inédites ou rares de Racasse Studio. On se rend compte, au fil de ces 200 pages, de l’impact que ces musiciens ont eu sur la musique, mais aussi dans la vie sociale et dans les arts en tous genres. «Sur la piste du Collectif du Lion» est un ouvrage indispensable qui permet, mine de rien, de bien mettre en lumière l’utilité de la culture dans notre société. A lire, donc.

Mais revenons dans la salle ou le groupe a déjà pris possession de la scène. Fidèle à son envie de voyager et de défricher la musique, Rêve d’Eléphant explore toutes les contrées d’un univers imaginaire. Et si l’album s’appelle Odyssée 14, c’est qu’il s’inspire de musiques, de textes et d’artistes allant du 14e siècle à nos jours.

Le line-up a changé. Jean-Paul Estiévenart (tp) a rejoins l’équipe (à la place de Laurent Blondiau), l’étonnant Nicolas Dechêne est aux guitares et deux chanteurs (Thierry Devillers et David Hernandez) se sont trouvés une place aux côtés du noyau dur : Pierre Bernard (flûtes), Etienne Plumer (dm, perc.), Stéphan Pougin (perc., dm, congas), Michel Massot (tb, tuba, euphonium, sousaphone) et bien entendu Michel Debrulle (dm).

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Le premier titre («Sur la route») flirte un peu avec le pop folk, tandis que «La folle Impatience » hésite entre musique hispanisante, bourrée auvergnate et parfum tex-mex, avec ses trompettes, flûtes et trombone, et force de percussions (trois batteries qui claquent et qui ne se marchent pas dessus, ça sonne !). Le thème est chancelant et brillant comme la flamme vacillante d’une bougie. Le public est déjà conquis.

Au chant, Thierry Devillers démontre une belle force de conviction narrative sur «Agitprop» - comme il le fera plus tard sur un texte de Picasso, avec l’excellent « Folies ! Folies ! Folies ! » - et un joli sens de la théâtralisation sur «Tavern Song». De son côté, David Hernandez, dans un style spoken word, déroule un extrait de texte de William Burroughs, «The Man Who Taugh His Asshole To Tallk» (faut-il traduire ?). Ici, le rythme est brûlant et obsédant, comme un bourdonnement dans la tête au lendemain d'une soirée pleine d'excès.

Fabuleux de grâce et d'urgence mêlées, «Le Sacre de l´Eléphant» laisse de beaux espaces à une flûte mélancolique et à des cuivres gémissants presque à l'unisson. Et le sacré animal finit d’ailleurs par s’évader dans une jungle africaine et sauvage.

Rêve d’Eléphant accentue encore le côté pluridisciplinaire en offrant une place plus importante aux textes, mais aussi à la danse. Il faut voir comment le corps de David Hernandez se tord et se casse de façon «praxinoscopique»*. Puis, Michel Massot nous entraîne dans «L'eau de la…», un morceau sombre et intime, avant de conclure sur un dansant «The Wind And The Rain», à mi-chemin entre musique celtique et indienne.

Dans le grand coffre à images et à idées de Rêve d’Elephant - qui pourrait paraître bordélique - tout finit par se ranger et prendre forme. Les souvenirs et les utopies en tous genres se racontent et se vivent. Si on a parfois du mal à définir la musique de ce groupe (c'est à dire à tenter de la mettre dans une case) c'est parce qu’elle est unique et qu’elle mélange tout... Ce sont des rêves, en quelque sorte, où tout est possible et tout est permis. Et ça fait du bien.

A+

 

*Vous savez, ces vieux appareils du début du cinéma qui décomposaient le mouvement de manière saccadée…

 

10/05/2015

MikMâäk au Théâtre Marni

MikMâäk, c'est la grande formation de Mâäk, qui fait la part belle aux souffleurs. On y retrouve en effet pas moins de trois trompettistes (Laurent Blondiau, Jean-Paul Estiévenart, Timothé Quost – en remplacement de Bart Maris), autant de trombonistes et tubistes (Geoffroy De Masure, Michel Massot, Niels Van Heertum, Pascal Rousseau), de flûtistes et clarinettistes (Quentin Menfroy, Yann Lecollaire, Pierre Bernard) mais aussi des saxophonistes (Jereon Van Herzeele, Guillaume Orti, Grégoire Titiaux), le tout soutenu par Fabian Fiorini (p), Claude Tchamitchian (cb) et Joao Lobo (dm).

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Ce combo, créé en 2014 à l’occasion du Gaume Jazz Festival, s’était rôdé auparavant, chaque mois, au Recyclart. Par la suite, MikMâäk avait remis le couvert, presque tout aussi régulièrement, au Théâtre Marni, cette fois. Une sorte de résidence qui permetait à l’ensemble de travailler et de présenter des musiques chaque fois nouvelles ou en perpétuelles évolutions.

Ce jeudi, c’était le dernier concert avant l’enregistrement live prévu à De Werf en juin.

Après un premier titre tout en furie - dans lequel on remarque tout de suite le jeu impressionnant de Timothé Quost - «Litanie», écrit par Fiorini et introduit par le ténor grave et rocailleux de Jereon Van Herzeele, se développe de façon plus insidieuse, à la manière d'une énorme vague qui ne cesse de gonfler.

«Tilt» , lui, écrit par Yann Lecollaire, fonctionne par strates dans lesquelles chaque section (une fois les sax, puis les trompettes et ensuite les flûtes) trouve un terrain de liberté. La musique est à la fois très composée et à la fois hyper ouverte. Le travail sur le son et la volonté de «sonner différent» sont évidentes. On a rarement l’occasion, par exemple, de voir une sourdine - énorme - sur un tuba, qui donne au jeu de l’excellent Pascal Rousseau encore plus de caractère.

Si l’esprit d’ensemble reste très cohérent, les ambiances sont très changeantes. «Cubist March-suite» (de Fiorini) ressemble parfois à une valse désarticulée et désabusée qui met en valeur le jeu souple et inventif de Claude Tchamichian ou le trombone indomptable de Geoffroy De Masure. Calme et nocturne, «Souffle de lune» (de Michel Massot) irradie d’émotions contenues parsemées de quelques scintillements de flûtes mais aussi éclaboussées par le solo lumineux et incandescent  de Jean-Paul Estiévenart.

Et la suite est à l’avenant, aussi déroutante qu’excitante.

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Ce qui est remarquable chez MikMâäk, c'est le travail d'arrangements de chacun des morceaux. Il y a une maîtrise et une sensibilité énormes ainsi qu’une précision et une rigueur qui laissent pourtant plein de d'espaces aux improvisations libres. Les solos ne sont jamais là pour mettre simplement en valeur le talent des musiciens (Lobo et son intro en accélération absolument irrésistible ou Tchamitchian en intro du morceau d’Emler, pour ne citer que ceux-là), ils participent intelligemment à la construction des thèmes. Tout cela est très sophistiqué et complexe mais, finalement, très accessible tant c’est musical.

Alors, le groupe s'amuse. Sur un «Back And Force» d'Andy Emler (un ami de la famille si l'on peut dire), les musiciens feignent de se disputer sur la façon de jouer avant de s’engager dans un groove plein de rebondissements. Et ça tourbillonne autour du trombone de De Mazure, qui prend des accents très orientaux d’abord, avant se perdre dans un jazz volé à Chicago. La fête aurait pu continuer longtemps. MikMâäk finit par descendre dans la salle et se mélanger au public avant de disparaître dans le fond de la salle sous les cris et les applaudissements nourris.

Contemporaine, ethnique ou de chambre, MikMâäk fait vaciller les piliers classiques de la musique et du jazz. Et pourtant, comme par magie, tout cela tient, tout cela a du sens. MikMâäk explore et défriche sans jamais laissé de côté l'auditeur et, au contraire, l'entraîne sur des terrains étranges et insolites.

Et pour des voyages pareils, on est toujours partant.

 

MikMâäk @ Recyclart, Brussels part I from Mâäk on Vimeo.

 

 

A+

 

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

02/08/2010

Acous-Trees au Sounds

Bien avant de partir en vacances et avant que le Sounds ne ferme ses portes pour son habituelle hibernation estivale (je sais c’est un contresens) j’étais allé écouter le projet d’Alain Pierre: Acous-Trees.

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Acoustrees c’est, outre Alain Pierre aux guitares acoustiques, Pierre Bernard à la flûte, Olivier Stalon à la basse électrique, le jeune et très prometteur Antoine Pierre (qui remplaçait ce soir Fred Malempré) à la batterie et Barbara Wiernik au chant.

On ne sait pas d’où elle vient cette musique. On dirait qu’elle a été amenée par les vents du monde. C’est une sorte de Tour de Babel musicale. Les influences sont nombreuses, parfois indéfinissables. On y retrouve du folk celtique, du jazz, des mélodies sud-américaines, indiennes et orientales. En plus, le choix et le mélange des instruments donnent quelque chose d’assez original.

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Sur certains morceaux, la flûte vivace et virevoltante de Pierre Bernard évoque parfois même le rock progressif, surtout quand derrière lui, Olivier Stalon et Antoine Pierre soulignent les polyrythmies.

La voix de Barbara fait le lien. Sorte de raga indien, de thumri, entre chant plaintif ou apaisant. C’est un registre qui lui va à merveille. Elle trouve ici un univers parfait pour elle. (Ecoutez-la également aux côtés de Manu Hermia, sur son projet Le murmure de l'Orient. Le disque est toujours en vente chez Igloo).

«Looking For New Skies» continue dans la veine indienne, tandis que «Soubresauts» qui ouvre le deuxième set est plus tendu, enlevé et nerveux. Il y a une touche de jungle dans la frappe d’Antoine Pierre. La complicité avec son père fait mouche. Alain Pierre redouble de virtuosité (aussi à l’aise sur sa douze cordes que sa six cordes). «One For Egberto» ne cache pas ses intensions, même si ce soir, la rythmique s’autorise quelques influences nord-africaines. Le final de ce très beau morceau se terminera d’ailleurs en impro assez déstructurée, ressemblant à un souk musical jubilatoire.

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Pour terminer et souligner une dernière fois le merveilleux touché d’Alain Pierre à la douze cordes, le guitariste reviendra en rappel pour un duo sensible et délicat avec Barbara Wiernik («L’Etoile filante» en hommage à Pierre Van Dormael).

Et pour le plaisir, car il y avait du plaisir sur scène et dans la salle ce soir, le groupe revient au complet pour un morceau sans titre, mais non sans punch. Antoine Pierre s’amuse comme un enfant dans une cour de récré, se donnant à fond et répondant aux assauts des la basse électrique d‘Olivier Stalon. Quand on pense que ce « gamin » rentrera au conservatoire pour la première fois en septembre (sous la bienveillance de Lionel Beuvens et de Stéphane Galland)… Ça promet.

A+

12/10/2009

Le premier mercredi des Lundis

 

Soirée d’ouverture des Lundis d’Hortense, mercredi 30 septembre à la Jazz Station. Un monde fou. Cette année, plutôt que la traditionnelle jam festive (c’est souvent bien mais parfois un peu désordonné), les LDH ont eu l’idée de donner «carte blanche» à un musicien.

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C’est  à Tuur Florizoone qu’est revenu le privilège – et la lourde responsabilité – d’organiser le concert. Et il n’a pas choisi la facilité. Pourtant, comme me le disait Jan de Haas, il a réalisé l’impossible : rassembler un maximum de jazzmen et, en plus, élaborer un programme complet, construit et bien pensé.  Et Tuur n’a décidément pas ménagé ses efforts, puisqu’il a également re-arrangé certains morceaux suivant la configuration des différentes formations et des instrumentistes.

Ainsi, on débute par un classique pop revisité jazz (« Don’t Stand So Close To Me » de Police magnifiquement chanté par Barbara Wiernik et (??) qu’accompagne Tuur) pour terminer par une version déjantée de «Good Bye Pork Pie Hat» interprété par un big band de soufflants.

Entre ces deux beaux moments, on suit une évolution intéressante et toute en souplesse au travers de différents courants jazz. Tour à tour, les musiciens se succèdent sur scène. Duo, quartette, quintette, big band, tout s’enchaîne avec une incroyable fluidité et il n’y a aucun temps mort. Chapeau Monsieur Tuur.

On retrouve ainsi sur scène Jean-Louis Rassinfosse (cb), Stephan  Pougin (dm), Alain Pierre (g) et Alexandre Cavalière (violon) pour accompagner Tuur dans son «Café Terminal». Le titre est tiré de la bande originale de l’excellent film «Aanrijding in Moscou» (ou «Moscow, Belgium») qui a reçu plusieurs prix à travers le monde, dont celui de la Critique à Cannes, et qui est passé un peu trop inaperçu du côté francophone de notre pays (no comment…).

Le mariage accordéon et violon est flamboyant et le final explosif.

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Direction le Brésil avec «Evinha, Minha Vizinha» à bord d’un Tricycle (Philippe Laloy (ss) et Vincent Noiret (cb) ) augmenté de Jan de Haas (dm), Henri Greindl (g). Détour du côté de chez Garrett List avec un morceau qui lui est dédié («To Autumn») dans lequel on peut entendre le chant déchirant -  presque un cri, un râle – de Barbara Wiernik. Impressionnant.

Puisque Pirly Zurstrassen (p) est sur scène, on enchaîne avec le très slave et très dansant «H dance». On y retrouve une bonne partie du groupe Musicazur, dont le virevoltant Kurt Budé à la clarinette. Dans la salle archi-comble (c’est une épreuve pour atteindre le bar) l’ambiance est joyeuse, décontractée, conviviale. Le bonheur se lit sur le visage de tous les spectateurs et des musiciens. Tuur sait y faire. Alors, il nous donne un peu de tendresse et de calme avec une belle, triste et lente ballade («Epilogue») avant de nous ramener sur la route de la fête avec «Un, Deux» qui fleure bon la musique tzigane. Ils sont de plus en plus nombreux sur scène (Toine Thys, Thomas Champagne, Fred Delplancq, Daniel Stokart et plein d’autres) pour fêter un «Mum’s Birthday» enchaîné à un «Double Booked» très Mingusien. Joli prologue quand on sait ce qui va suivre.

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On remplit encore un peu plus la scène et l’on ajoute David Devrieze, Joe Higham, Pierre Bernard et d’autres encore, pour accompagner Jereon Van Herzeele, en soliste frénétique et volcanique, sur un «Good Bye Pork Pie Hat» éclatant.

Carton plein !

Mission accomplie, la jam peut commencer.

 

 

Quant à moi, je discute longuement avec Pierre Bernard, avec Jereon Van Herzeele (qui me ramène des nouvelles peu réjouissantes de Jean-Jacques Avenel), avec Alain Pierre et puis plein d’autres amis… et finalement, je refais le monde avec Fabrice Alleman (déjà écouté le superbe «The Duet» avec Jean Warland ?)…

 

Les Lundis, c’est tous les jours la fête des jazz.

 

A+

 

14/03/2009

Pierre de Surgères et les Anacoluthes - Sounds

Après le concert d’Octurn au KVS, j’arrive au Sounds pour écouter le deuxième set de Pierre de Surgères et ses Anacoluthes.

Je ne savais franchement pas à quoi m’attendre même si le mot «anacoluthe» aurait dû me mettre sur la voie.

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(L’anacoluthe n’est pas qu’une insulte du Capitaine Haddock, c’est aussi et avant tout une rupture syntaxique, une sorte de mélange de phrases, qui la rend parfois complexe mais qui ajoute au style.)

Et Pierre de Surgères s’est mis dans la tête de jouer avec la grammaire jazzique.

Il propose donc une musique qui demande autant d’attention de la part du public que de la part des musiciens.

Nicolas Kummert au sax, Pierre Bernard à la flûte, Boris Schmidt à la contrebasse et Teun Verbruggen à la batterie: autant d’excellents musiciens capables de faire vivre ce jazz complexe avec beaucoup d’émotion et d’intensité.
Pas facile pourtant, quand on sait que le groupe s’est formé très récemment et qu’il a peu répété.
Mais c’est ça aussi la magie du jazz…
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Capable d’une délicatesse extrême, qu’il délaisse un peu ce soir, Pierre de Surgères insiste souvent sur les motifs harmoniques, souligne fortement les contrastes, accentue les dissonances, joue souvent rubato.
Il brouille les pistes.
Il joue aussi la jachère ou la terre brûlée. Il abandonne ce qu’il a initié laissant le soin aux autres de reconstruire en toute liberté.

Pierre Bernard, à la flûte, apporte une couleur parfois en rupture avec l’ensemble. Une rupture qui donne du relief et qui ajoute un supplément d’émoi.

À ses côtés, Nicolas Kummert tranche les thèmes autant qu’il les adoucit.
Il est toujours sur le fil, toujours prêt à rebondir, à renforcer un point de vue… ou à prendre le contre-pied.
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Boris Schmidt, à la contrebasse, soutient l’ensemble, retient, replace, prend de l’avance, s’enfuit et revient.
Teun Verbruggen, lui, est dans son élément.
Il sculpte les tempos, brise les rythmes, façonne les phrases… une fois à l’endroit, une fois à l’envers.

Et le plus incroyable, c’est que tout cela tient debout.
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La musique est complexe («Paloma», «Nautilus») et parfois énigmatique (on pense de temps en temps au travail d’un Tim Berne, par exemple), mais elle sait aussi se faire plus accessible («Neige») qui rappelle un peu plus le lyrisme particulier d’un John Taylor, peut-être.

Pas toujours simple donc, mais toujours intéressante, la musique de Surgères sait nous titiller, nous provoquer et nous pousser à réfléchir – comme le pianiste le fait avec ses musiciens – sur les structures, les sons, le sens et les histoires qui en découlent…

Les Anacoluthes portent décidemment bien leur nom.

A+

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
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C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
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Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
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Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
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On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
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Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+