01/11/2015

Franck Agulhon Trio - Jazz Station

À l'initiative des Lundis d'Hortense, Franck Agulhon, était invité à donner une master class ce mercredi 28 novembre après-midi à la Jazz Station. Bonne idée, puisque le batteur français vient de publier «Drum Book», une méthode pour que les bons batteurs s’améliorent encore un peu plus et de façon plutôt ludique. L’occasion était idéale pour joindre la théorie à la pratique. C’est, en tous cas, ce que se sont dit une bonne trentaine de jeunes batteurs. Et ils ont sans doute eu bien raison.

Ça, c’était pour l’après-midi car, le soir, c’était concert.

franck agulhon,jean-paul estievenart,philippe aerts,jazz station,les lundis d hortense

Franck Agulhon, on le connaît bien puisqu'on l’a vu joué avec Pierre de Bethmann, Sylvain Beuf, Diego Imbert ou Pierrick Pédron mais aussi, bien sûr, avec Eric Legnini.

Ce soir, il est entouré de Jean-Paul Estiévenart (tp) et Philippe Aerts (cb). Trio inédit pour un concert unique.

Étonnamment, pour ce trio emmené par un batteur, c'est surtout le trompettiste qui est mis en avant. Enfin… c'est étonnant mais, en même temps, plutôt évident puisqu’il s’agit quand même d’Estiévenart. Le jeu de ce dernier, clairement influencé par la jeune scène New Yorkaise actuelle, détonne un peu avec celui d’Agulhon, souvent plus soul ou funky et en tous cas plus ancré dans la tradition «jazz». Ajoutez à cela Philippe Aerts, au jeu solide et très mélodique, et vous obtenez un mélange des genres très intéressant et surprenant. Et puis, comme le trio n’a pas vraiment eu le temps de répéter un répertoire personnel, il s’est rabattu sur quelques classiques et autres standards. Mais avec quelle spontanéité et quelle fraîcheur !

Estiévenart entraîne rapidement ses partenaires dans une relecture de «All The Things You Are» plutôt aventureuse et jubilatoire. Le trio n’a pas peur d’un peu déstructurer, de bousculer et de dépoussiérer avec une certaine candeur ces airs si souvent entendus. Si les trois univers sont (presque) clairs, il ne s'agit pas ici d'un combat entre musiciens qui tentent d’imposer un style. C'est plutôt un échange de visions. Et ça fonctionne ! Et c’est même passionnant. Chacun mesure la liberté qui lui est accordée. Le solo de Philippe Aerts, sur «Turn Around» de Coleman, d’une extrême musicalité et d'une souplesse confondante, est éblouissant. Et puis, mine de rien, il s'immisce avec beaucoup de finesse entre les interventions plus tranchantes et très découpées d'Estiévenart.

franck agulhon,jean-paul estievenart,philippe aerts,jazz station,les lundis d hortense

Sur «Recorda-Me» (de Joe Henderson), c’est Franck Agulhon qui peut vraiment faire parler sa batterie. Le jeu est bondissant, très mobile, plein de trouvailles et de subtilités. Et puis, sur «Slam» de Jim Hall, ça joue ping pong, ça progresse par petites touches complices et sourires entendus. Magnifique d’intelligence et d’ouverture d’esprit.

Au deuxième set, on continue et on creuse encore un peu plus dans la même veine. L'intro, en totale impro, de Jean-Paul Estiévenart sur «Alone Together» donne le ton. Ici aussi, chacun donne sa version du standard. Il y a comme une sorte de fuite en avant, de voyage vers l'inconnu, sans tabou ni crainte. La musique fluctue entre Hard Bop, Free et Swing. Et finalement, ce mélange de parfums et de goûts en fait une musique à la saveur unique. Tout s'intègre et tout se fond. Ça rigole et ça envoie, mais «Body Soul» se joue en mode dépouillé et sensible.

En rappel, «In A Sentimental Mood» résume parfaitement la soirée : une conversation intelligente et actuelle, à la fois piquante et pleine de douceur.

Du jazz d'aujourd'hui, quoi ! Et du bon.

Merci à P. Embise pour les photos.

A+

 

 

 

28/09/2015

Jazz Station. Ten Years After.

Ils aiment à le répéter : « La Jazz Station n’est pas un club de jazz, c’est un lieu de jazz !! ».

Il faut dire que la Jazz Station était, au début, destinée à devenir un endroit de rencontres et d’archivage du jazz belge. Ce projet, initié par Jean Demannez, le très actif bourgmestre de Saint-Josse-Ten-Noode de l’époque, a quelque peu dévié de sa trajectoire – pour notre grand plaisir – et est devenu un lieu incontournable de concerts de jazz. En dix ans, il s’en est passé des choses ! Et ce n’est pas fini, puisqu’on nous annonce Magic Malik, Full Moon Orchestra, Marc Lelangue, Sofia Ribeiro, Tutu Puoane & Tineke Postma, Airelle Besson, Aka Moon, Roberto Negro, le Jazz Station Big Band, et beaucoup d’autres encore (Philip Catherine est déjà passé le 19 pour ouvrir la saison.)

jazz station,yannick careyn,kostia pace,aka moon,magic malik,airelle besson,philip catherien,jean demannez,nicolas renard

Mercredi 30 septembre, la Jazz Station fêtera officiellement ses dix ans.

L’occasion était trop belle pour demander à Yannick Carreyn (l’ancien) et Kostia Pace (le nouveau) de répondre à… 10 questions.

Où étiez-vous et que faisiez-vous, il y a 10 ans ?

Yannick : Il y a 10 ans, je suis rentré dans un superbe bâtiment, la Jazz Station en l’occurrence, et j’ai pu constater immédiatement que ce bel écrin n’était qu’une boîte vide, une belle boîte, mais vide. La Maison du Jazz ne possédait aucune archive, aucun document, aucune collection qui pouvait justifier la volonté des initiateurs d’en faire un outil muséal à l’instar de la Maison du Jazz de Liège. Rien, nada ! Cela aurait tout aussi bien pu être une Maison du Rock, ou de la dentelle. J’avais préparé avec Jean-Marie Hacquier et Nicolas Renard (le premier directeur) l’inauguration de la Jazz Station et ce durant 3 mois. La fête fut grandiose mais une fois passée, il ne restait que le bâtiment qu’il fallait exploiter avec un bar, une belle salle, du matériel d’amplification et d’éclairage et de nos envies ! Il y a 10 ans, Nicolas et moi avons donc commencé l’aventure Jazz Station !

Kostia : Moi, j’étais en France, à Besançon, j’avais quinze ans, et je commençais tout juste le lycée… Oui, oui, je suis encore un bébé.

 

Comment se passe une journée type à la jazz station ?

Yannick : Difficile de répondre à cette question, il n’y a pas de journée type ou bien alors chaque journée est une journée type différente de la précédente… mais bon ! En gros, chacun consulte ses emails, et y répond si besoin est. Ensuite, petites discussions informelles afin de cerner les urgences.

Kosta : On arrive à 11h, on se dit bonjour dans la bonne humeur (c’est le plus important). En général, nous avons une ou deux répétitions, donc il faut veiller à ce que le lieu soit accueillant.

Yannick : Nettoyer la salle, si le nettoyeur n’est pas venu (ce qui arrive), puis le nettoyage de la scène, rangement du matériel et la mise en place de la salle. Rediscussions informelles orientées programmation, ce qu’on a écouté, ce qu’on voudrait, ce que l’on ne veut pas. Réalisation du dépliant pour le mois suivant, mise à jour du site. Répondre au téléphone (non monsieur, il n’y a pas de réservation pour le concert !). Accueil des musiciens pour le concert du soir, servir du café, rerépondre au téléphone (oui, rdv mardi prochain), faire le soundcheck, reregarder les mails, rerépondre. Puis vérifier si tout est ok pour le concert.

Kostia : On épluche les boîtes mails et les réseaux sociaux. On fait de l’administration, du secrétariat, de la compta, beaucoup de communication (communiqués de presse, brochures, réseaux sociaux). On travaille au bureau en écoutant de la musique, donc une petite partie de la programmation se fait aussi au fur et à mesure, au jour le jour, selon les coups de cœurs de l’équipe. Ensuite on répare ce qui doit être réparé, on fait un peu d’électricité, un peu de régie. Les musiciens arrivent en général vers 17h. Yannick s’occupe du soundcheck, moi des lumières.

Yannick : On prépare la caméra et la table pour l’enregistrement son. Puis c’est l’accueil du public, le concert, le bar, ensuite c’est le rangement de la salle après le concert… Et j’en oublie !!! Bref, tout ce qu’il faut faire en background pour que tout le monde soit content et heureux d’avoir passé une bonne soirée. Et tout cela sans donner l’impression que tout un travail est effectué à longueur de journée. Simplement pour donner du plaisir !

Kostia : Je prends aussi des photos quand j’en ai le temps. Je prépare les caisses, les fiches SABAM, j’installe la billetterie. Je fais souvent les entrées, Yannick le son, et on a une ou deux barmaids selon les concerts. Une fois que la billetterie est close, je passe au bar. A la fin du concert, on boit un verre avec les musiciens ou le public restant, on range la salle, on ferme le bar. On finit vers minuit, une heure du matin. Après… on dort.

 

Quels sont les critères pour pouvoir jouer à la Jazz Station et quel style de jazz défendez-vous?

Yannick : Nous avons toujours voulu des concerts de haute tenue, des concerts imprégnés de professionnalisme. Mais, les critères sont multiples ! Nous visons plutôt la scène du jazz actuel, le jazz moderne (je sais cela ne veut pas dire grand-chose). Cette scène est multiple et peut aller jusqu’au jazz d’avant-garde et le terme « swing » n’est pas notre principal soucis. En cela, Kostia et moi sommes plutôt complémentaires, il « privilégie » d’abord ce qu’il aime, ce qu’il le touche. Je privilégie d’abord la qualité du projet. Il a une écoute globale et moi j’ai plutôt une écoute sélective. J’entends chaque musicien indépendamment. Et je discerne s’ils sont bons ou pas… techniquement… si ça joue ! C’est d’ailleurs un peu dommage. J’aimerais bien parfois avoir d’abord une écoute globale… mais bon. C’est évidemment très simpliste et le réalité est plus floue. Mais je généralise. Cela dit, c’est en cela que nous sommes complémentaires et que nous pouvons alors confronter nos impressions. Et nous arrivons toujours à nous entendre !

Kostia : C’est difficile de donner un critère précis de sélection, étant donné que l’on cherche souvent à faire découvrir ce que l’on a eu comme coups de cœur. Mais il y a avant tout un critère de « qualité ». Notre lieu est un haut lieu du jazz, réputé pour sa programmation rigoureuse, et les groupes que l’on invite proposent à chaque fois l’excellence. Certains spectateurs habitués viennent même sans savoir ce qui se joue le soir même !

Yannick : Un des critères est aussi la nouveauté, ce que le projet apporte de neuf dans le paysage musical. Cela ne m’intéresse pas de programmer cinq fois dans l’année le même projet, même s’il est excellent. Nous nous mettons aussi à la place du public, et nous nous demandons si le projet ne va pas les ennuyer.

Kostia : Si l’on doit faire un aperçu général de notre programmation, disons que nous sommes ancrés dans un jazz d’avant-garde. Mais c’est aussi que le jazz belge actuel est un jazz d’avant-garde, jeune et dynamique. C’est ce que l’on veut montrer. Chaque saison, on essaie de poser cette question : Qu’est-ce que le Jazz aujourd’hui, en Belgique et ailleurs ? Enfin, nous sommes très complémentaires avec Yannick. Je m’interroge toujours : est-ce que je voudrais payer 10 euros pour voir ce groupe ? Est-ce que je tiendrais deux heures ? Ce groupe me fait-il voyager ? J’ai davantage un point de vue de spectateur que de technicien. Pour moi, un groupe doit me raconter une histoire. Si ce n’est pas le cas, si je ne comprends pas la musique que j’écoute, je suis souvent réticent. Je défends un jazz généreux, et surtout ouvert.

jazz station,yannick careyn,kostia pace,aka moon,magic malik,airelle besson,philip catherien,jean demannez,nicolas renard

Comment avez-vous concocté les concerts « spécial 10 ans » ? Pourquoi ce programme et ces musiciens ?

Yannick : Je pense que l’on peut envisager 3 axes de réflexion qui nous ont guidés pour la programmation. D’abord, c’est la fête donc il allait qu’on s’amuse. C’est le cas de la soirée du 30 octobre qui rassemblera, je l’espère, beaucoup de musiciens qui ont fait la Jazz Station, dans une belle jam-session avec un drink et une exposition. Comme des potes qui se retrouvent ensemble… au même moment pour une fois !

Kostia : Nous avions envie de surprendre les gens. De leur dire : nous sommes un lieu vivant, géré par des êtres vivants. Et que donc, nous pouvons changer, évoluer, surprendre. Montrer que nous avons dix ans, certes, mais que dix ans c’est l’âge de l’enfance, des découvertes, de la liberté. Nous voulions aussi montrer que dans dix ans, le jazz sera encore là.

Yannick : C’est le même état d’esprit qui nous anime d’ailleurs pour la « Groove Party » du vendredi. Une belle soirée dansante ! Ensuite, il y a notre volonté de montré que le jazz n’est pas figé dans un genre qui est ce que certains pense comme étant… LE Jazz. Le jazz est multiple et, actuellement, il est transversal. Il s’accapare les « autres genres » et évolue sans cesse avec la musique électronique, le folk, le blues, le rock, la pop, les musiques urbaines et même la musique classique ou d’avant-garde. C’est ce que nous allons montrer tout au long de cette 10ème année.

Kostia : Nous avons voulu exploser les frontières de notre programmation, en proposant dix concerts pendant dix mois, qui font flirter le Jazz avec d’autres univers. Que ce soit de Roberto Negro à Sofia Ribeiro, en passant par Magic Malik, Tutu Puoane, ou encore Marc Lelangue.  Autour de ces dix concerts, nous avons aussi voulu programmer des musiciens emblématiques du jazz Belge : Philip Catherine en ouverture, et nous aurons aussi Aka Moon en 2016.

 

Quels ont été les dix concerts qui ont le mieux marché (en terme d'affluence) ? Pour quelles raisons, à votre avis ?

En termes d’affluence, nous avons eu une saison vraiment excellente l’an passé. Les quatre concerts qui ont le mieux marché sont sans surprise ceux du River Jazz Festival (Tricycle, Philippe Aerts, Peter Hertmans et Manu Hermia), le festival que nous avons créé en 2015 avec le Marni et le Senghor. Ensuite, il ya aussi nos concerts de gala, vers Noël, avec David Linx en quartet ou Tutu Puoane en sextet, l’an dernier. Enfin, les cinq semaines pour les 20 ans d’Aka Moon en 2012 ont été aussi remplies chaque soir. Il y a aussi quelques concerts ponctuels qui marchent très bien, ce qui est souvent  dû au répertoire des musiciens : Michel Mainil et son projet autour de Miles Davis, par exemple.

 

Quel événement vous a-t-il le plus marqué ?

Yannick : Perso, c’est une exposition fabuleuse qui s’est déroulée en novembre 2009 et qui rassemblait un forgeron/sculpteur – Daniel Dutillieux (c’est lui qui a réalisé tous les travaux métallique de la Jazz Station) qui présentait ses sculptures musicales dans la jazz station. Il y avait même une vraie fontaine en fer forgé et « in the same time » Christian Soete avec ses représentations artistiques de vibrations musicales. Fabuleux ! Je pourrais citer aussi l’exposition de Jean Claude Salemi qui, en outre d’être un dessinateur exceptionnel, nous offert en février 2015 un concert soldout en guise de vernissage avec lui-même à la guitare… Un concert à la Django Reinhardt - avec que des compos originales - enregistré par « votre serviteur » et immortalisé par la réalisation d’un CD.

Kostia : L’exposition de Jean-Claude Salemi l’an dernier était incroyable ! L’espace de la Jazz Station était rempli des ses œuvres, croquis, pliages, affiches, et petits objets. C’était une très belle exposition, très vivante et foisonnante. Et elle a amené de très nombreux visiteurs !

jazz station,yannick careyn,kostia pace,aka moon,magic malik,airelle besson,philip catherien,jean demannez,nicolas renard

Quel a été le plus beau souvenir jazz depuis que vous êtes à la jazz station? (Pas uniquement musical. Cela peut-être des rapports humains, une rencontre, une anecdote)

Yannick : De prime abord, il y a tellement de chose à répondre à cette question, mais ce qui m’a marqué et me marque encore chaque jour, chaque semaine c’est le rapport que nous avons créé avec les musiciens. C’est le musicien qui me remercie de l’accueil, des conditions du concert et le fait qu’il soit heureux d’être là. C’est le public qui quitte la Jazz Station avec un grand sourire en me remerciant. C’est la qualité d’écoute de ce même public. C’est la petite équipe de bénévoles qui va dans le même sens, sans autre intérêt que celui de la Jazz Station. C’est la rencontre entre un vieux bouc, râleur, qui n’aime soi-disant pas les chanteuses et qui a toujours 20 ans dans sa tête, et un jeune garçon enthousiaste, réfléchi, avec qui j’ai l’impression de former un réel binôme. Et une anecdote si tu veux, la première qui me vient à l’esprit… il y a en a tant ! C’est le directeur d’un Hôtel près de la Jazz Station qui arrive chez nous avec les musiciens qui y étaient hébergés et qui jouaient le soir même. Il ne voulait pas qu’ils se perdent. Alors il les a conduit lui-même. Les musiciens canadiens étaient abasourdis. Ils ne comprenaient pas !

Kostia : Je crois que ce n’est pas un souvenir précis que j’ai eu, mais le souvenir que j’aurai plus tard de ce lieu qui me marque profondément. Ce sont les sourires des spectateurs qui nous remercient de leur avoir fait découvrir un groupe, le fait de manger aux côtés des plus grands noms du jazz belge, de discuter avec eux de tout et de rien, de blaguer, et puis de les retrouver transcendés sur scène. Les rapports humains sont extrêmement forts ici. C’est ce qui fait le cœur de ce lieu, son âme. Ma première rencontre avec Philip Catherine est, je crois, celle qui représente le mieux cet esprit.

 

Quels sont les jazzmen que vous aimeriez accueillir (sans tenir compte du budget... Mais en restant raisonnable quand même)... ?

Yannick : Je ne vais pas être raisonnable pour mon 1er choix… J’aimerais bien avoir Cecil Mc Lorin Salvant… non pas parce qu’elle est très mode en ce moment. Je pense que je la connaissais déjà avant beaucoup d’autres mais parce que j’aime les chanteuses, enfin celles-là. Celles qui ont du « Sarah Vaughan » dans l’âme tout en étant ancrées dans le présent. Il y a aussi Eric Légnini… mais cela va se faire ! Et puis, Esperanza Spalding en solo, Snarky Puppy ou son claviériste Cory Henry. Et puis… Mais, qu’est ce qui est raisonnable !?

Kostia : Et bien… Cécile McLorin Salvant, Esperanza Spalding, Ibrahim Maalouf, pour les plus récents. J’adorerai pouvoir inviter des musiciens comme Richard Bona, Dave Holland, Michael League et Cory Henry (voire tout  Snarky Puppy, en fait), entre autres. Mais nous y travaillons ! Et nous avons aussi quelques autres idées que nous gardons au chaud pour la fin de la saison…

 

Si vous pouviez changer une chose – pour améliorer encore la Jazz Station – quelle serait-elle ?

Yannick : Dans l’immédiat, les moyens de la Jazz Station sont très limités, l’amélioration des choses est donc plutôt difficile. Néanmoins, j’aimerais qu’on puisse aménager une salle (la salle verte en l’occurrence) en une salle lounge/de relaxation où les gens pourraient se poser simplement en écoutant du jazz de leur choix et bouquiner des revues ou des livres sur le jazz (un salon d’écoute quoi !). J’aimerais aussi que l’on puisse proposer aux internautes les concerts de la Jazz Station en streaming ! J’aimerais que les gens puissent acheter à La Jazz Station tout ce qui se fait en Jazz en Belgique (la production discographique en somme !) ou même la louer, en partenariat avec la médiathèque par exemple (pardon, « Point rencontre »). Et puis, il y a aussi l’espace qui commence à vieillir…

Kostia : Il serait génial de pouvoir augmenter un peu le cachet des musiciens, car c’est très dur pour nous de ne pas pouvoir leur offrir plus qu’actuellement. Nous aimerions aussi arranger un peu la Jazz Station, la redécorer, lui offrir une salle d’écoute, un système de captation pour les concerts. La rendre encore plus vivante, somme toute. Mais nous manquons vraiment de moyens, donc pour l’instant ces idées sont sur pause !

 

 

Où serez-vous et à quoi ressemblera la Jazz Station dans 10 ans ?

Yannick : J’espère simplement être encore de l’aventure ! Et que l’esprit que j’ai pu insuffler dans cet espace sera gardé (pour une fois, je laisse ma modestie de côté!) J’espère que la Jazz Station sera encore et toujours ce centre VIVANT du Jazz et que les autorités auront enfin compris que la Jazz Station n’est PAS un CLUB DE JAZZ mais un espace de création, un espace de vie, bref, un espace culturel important

Kostia : Dans 10 ans, j’espère être encore là ! La Jazz Station aura 20 ans, elle sera jeune adulte et continuera à être un lieu accueillant, dynamique, et à l’écoute des besoins des musiciens. Ou alors ce sera peut-être devenu le temple du punk rock. Qui sait ! Mais l’esprit ne changera pas.

 

Happy birthday, Jazz Station !

 

A+

 

 

 

 

 

06/09/2015

Belgian Jazz Meeting 2015

Troisième du nom, le Belgian Jazz Meeting s’est tenu à Bruges cette année.

Le Belgian Jazz Meeting ? C’est quoi ?

Organisé en collaboration avec Jazz Brugge, De Werf, Kunstenpunt, MUSEACT, Les Lundis D’Hortense, WBM, et JazzLab Series, ce meeting de trois jours a pour but de promouvoir le jazz belge hors de ses frontières.

belgian jazz meeting,lander gyselinck,anneleen boehme,bram delooze,jean-francois foliez,casimir liberski,janos bruneel,xavier roge,eve beuvens,benjamin sauzereau,sylvain debaisieux,laurent blondiau,philippe laloy,guillaume orti,gregoire tirtiaux,pierre bernard,claude tchamitchan,pascal rousseau,joachim badenhorst,brice soniano,nathalie loriers,tineke postma,philippe aerts,antoine pierre,pierre de surgeres,guillaume vierset,jean-paul estievenart,simon segers,lieven van pee,fulco ottervanger,beren gieren,nathan daems,nordman,black flower,claron mc fadden,tuur florizoone,michel massot,marine horbaczewski

Le Belgian Jazz Meeting ? Qu’est ce qu’on y fait ?

On y écoute du jazz, bien sûr !

On y retrouve 14 groupes belges sélectionnés parmi plus de 160 candidatures.

On rencontre des journalistes, des programmateurs, des agents, d’Europe et du reste du monde.

On parle anglais, français, néerlandais, italien, allemand, finnois… parfois tout en même temps, dans une même conversation.

On noue des contacts.

On écoute du jazz !

On boit une bière. Ou deux. Ou plus.

On va se coucher trop tard. On se lève trop tôt.

On écoute du jazz !

On se balade sous la pluie.

On découvre des projets.

On discute, on s’interroge, on s’échange des avis.

Mais surtout… on écoute du jazz…

On écoute d’abord Lab Trio. La musique est acérée, les compos ciselées. L'ensemble est peut-être un peu trop cérébral. Le drumming de Lander Gyselinck, fin et précis répond parfaitement au jeu très inspiré de Bram Delooze. Quant à Anneleen Boehme (cb), elle maintient le cap avec juste ce qu’il faut de robustesse et d’ouverture.

On est soufflé par la prestation de Jean-François Folliez Playground. Le clarinettiste a réuni autour de lui une rythmique d’enfer (Janos Bruneel à la contrebasse, Xavier Rogé aux drums et Casimir Liberski au piano), et ça trace ! Pas un seul moment faible. Les compos sont pleines de surprises, avec des changements de directions qui surviennent sans crier gare et des solos qui racontent des histoires. Ceux de Casimir Liberski, par exemples, sont d’une fougue et d’une force surprenantes. Un groupe à suivre de très près !

On se laisse emporter par l’Heptatomic d’Eve Beuvens. Le lyrisme côtoie l’exaltation. Le bop se fait bousculer par le free. Les interventions de Benjamin Sauzerau (eg), Laurent Blondiau (tp) ou encore Sylvain Debaisieux (ts) sont toutes au service d’une musique très… vivante.

On se laisse bercer par le Kind Of Pink de Philippe Laloy (as, flûtes, voc). Les thèmes de Pink Floyd sont recolorés avec beaucoup de subtilité et d’intelligence pour en garder tout l’esprit et éviter la mauvaise copie.

On en prend plein le plexus avec MikMäâk. Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (as) réussissent sans cesse à renouveler la musique du combo, tout en lui gardant son identité. La musique semble se jouer par grappe : tantôt les cuivres, puis les anches, puis les cordes. Et tout est d’une cohérence et d’un groove étonnants. On retient, par exemple, le travail de Pascal Rousseau (tuba), Gregoire Tirtiaux (bs) – et son long solo tout en respiration circulaire est bluffant – Pierre Bernard (flûte) ou encore Claude Tchamitchian (cb).

On se repose comme on peut et, le lendemain, à onze heure du matin…

... on se concentre et on se laisse dériver par la musique très intimiste et très minimaliste de Joachim Badenhorst (cl, bcl) et Brice Soniano (cb). Le feulement, les respirations, les sons étouffés, les rythmes cachés et parfois déstructurés : voilà les ingrédients. Bien sûr, c’est un peu ardu… Mais quelle écoute. Quels échanges. Quelle qualité musicale !

On se fait plaisir avec le trio de Nathalie Loriers (p), Philippe Aerts (cb) et Tineke Postma (as, ss). Avec ces trois-là, la musique circule avec aisance. Les mélodies se développent avec autant de délicatesse que de fermeté. Le trio (sans batterie) arrive toujours à maintenir la tension, aussi bien dans les moments enlevés que dans les ballades. La classe.

On se balade dans le grand hall du Concertgebouw où se sont installés les différents acteurs du jazz belge (agents, maisons de disques, musiciens, associations) pour tenter d’accrocher les invités étrangers.

On vit l'installation "Loops" de Bart Maris.

On remet le prix Sabam au jazzman confirmé (l’incontestable Laurent Blondiau) et au jeune jazzman (Antoine Pierre est enfin récompensé, à juste titre, pour son travail avec Philip Catherine, LG Jazz Collective, TaxiWars et autres. On attend avec impatience son projet personnel, Urbex, qu’il présentera au Marni le 10 et à Liège (Cinéma Sauvenière) le 17. Et puis, on récompense aussi l’infatigable et incontournable Jean-Pierre Bissot (Jeunesses Musicales, Gaume Jazz et bien d’autres choses encore).

 

 

On applaudit Pierre De Surgères (p) et son trio. En se disant peut-être que le choix des morceaux rendait sa prestation un peu disparate.

On reprend un peu de LG Jazz Collective. Toujours impeccable. Concis, puissant et de mieux en mieux rôdé. Et puis, le groupe nous réserve toujours des petites surprises.

On prend une belle claque avec De Beren Gieren ! Le groupe de Fulco Ottervanger (p), Lieven Van Pée (cb) et Simon Segers (dm) vient de publier son dernier album chez Clean Feed. Cela donne une idée de l’esthétique musicale. Le trio est impressionnant, alliant complexité rythmique et harmonique avec une énergie débordante. De Beren Gieren mélange le jazz, le rock et les bidouillages électro. Et c'est très fort !

On subit le rock de Nordman. Le son est puissant, la musique est lourde. L’esprit est rock.

On se déhanche avec Black Flower. L’excellent groupe de Nathan Daems (ts, flûtes, kaval) mélange le jazz, la musique éthiopienne et l’afrobeat. C’est un tourbillon rythmique, ondulant et sensuel, avec une bonne dose de personnalité. Du haut niveau.

On se réveille difficilement dimanche matin.

On est subjugué par le talent insolent et la maturité des très jeunes Hendrik Lasure (p) et Casper Van De Velde (dm). Ces deux-là ont du culot, un sens du phrasé, du rythme et de l’échange. La musique est pleine de finesse, d’humour et de surprises. Schntzl (c’est le nom du groupe) est une révélation.

On s’émeut avec le projet « Secrets » de Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tb), Marine Horbaczewski (cello). Le trio a invité la chanteuse d’opéra Claron McFadden à chanter ou déclamer quelques secrets d’anonymes, parfois drôle, parfois très sombres, mais toujours très touchants. Poésie, musicalité, sensibilité. On est frappé en plein cœur.

On s’échange nos dernières impressions.

On se dit que cette édition était d’un tout bon niveau.

On espère que cela portera ses fruits.

Et on se dit que le jazz donne quand même un belle idée de ce devrait être ce pays.

 

 

 

Belgian Jazz 2015 by Belgianjazzmeeting on Mixcloud

 

 
 

 

A+

 

 

 

15/03/2014

Melangcoustik à l'Archiduc

 

Fin d’après-midi ensoleillée sur Bruxelles ce dimanche 8 mars. Pas mal de monde se balade dans la rue Antoine Dansaert et les terrasses sont bien remplies. Tout le monde profite d’un printemps un peu trop précoce.

archiduc,lieven venken,jereon van herzeele,philippe aerts,manu codjia

Moi, je vais profiter de la venue de Lieven Venken (dm), Jereon Van Herzeele (ts), Philippe Aerts (cb) et Manu Codjia (eg) à L’Archiduc.

Là, il fait frais et doux. L’atmosphère est détendue et relax, et c’est tout aussi agréable.

Après avoir vu le «côté face» de Lieven, dans une débauche d’énergie, au Bravo, je retrouve son «côté pile» avec Melangcoustik.

Cet après-midi, ce sont cette fois-ci des «standards», revus avec beaucoup de tendresse, qu’on jouera. Sans agressivité donc, mais non sans panache.

Il y a, dans ces reprises, cette pointe de modernité, de personnalité et d’énergie toute new-yorkaise. Il y a cette sorte de pont entre un esprit très actuel et une tradition totalement assimilée.

archiduc,lieven venken,jereon van herzeele,philippe aerts,manu codjia

Il faut dire que, parmi ces fines lames, Philippe Aerts ancre solidement la rythmique, avec fermeté et souplesse, et avec toujours beaucoup de musicalité et de swing.

Cela permet à Jereon Van Herzeele de se laisser aller à des impros bien charnues, parfois légèrement «out», sans trop de violence mais avec juste ce qu’il faut pour pimenter les thèmes.

De même, Manu Codjia s’emploie à délivrer un son à la fois soyeux et incisif. Ses phrases sont claires et vives, enrobées d’une très légère réverbération qui les rendent chaleureuses. Il y a un côté «americana» dans son jeu. C’est solaire et éclatant.

La guitare et le ténor sont aussi soutenus, voire excités, par le drumming de Venken. Il souligne ou marque franchement certains accents.

Alors, on passe en revue «Take The Coltrane», «Good Bait» et d’autres classiques encore… Et ça balance plutôt pas mal.

archiduc,lieven venken,jereon van herzeele,philippe aerts,manu codjia

Et puis il y a cette ballade, «Softly As In A Morning Sunrise», avec cette intro de Van Herzeele qui dessine tout de suite l’intention. Et puis il y a ce solo de Codjia, tout en étirement et en langueur, minéral et fin. Le guitariste distille les notes comme on saupoudre de la poussière d’étoiles sur un souvenir endormi. Et puis il y a Philippe Aerts qui plonge dans un solo d’une extrême tendresse. Et puis il y a le drumming feutré de Venken. Le moment est presque magique.

Alors le quartette reprend de plus belle, plus nerveux, dans un esprit bop plus marqué. Et comme dans un éclat de rire libérateur, «Moment’s Notice» s’éparpille.

Puis, «I Hear A Rhapsody» s’envole, «You Don’t Know What Love Is», se déploie et «Body And Soul» se fait très sensuel. Les échanges entre guitare et sax sont juste parfaits et s’entortillent autour de la rythmique. Le plaisir est simple… et vrai.

archiduc,lieven venken,jereon van herzeele,philippe aerts,manu codjia

Et comme on n’a pas envie de se quitter si vite, même si le concert a pris ses aises, on se joue encore «Segment», pour finir en beauté.

S’il n’y a plus de soleil dehors, il y en a toujours à l’intérieur de l’Archiduc.

A+

 

 

 

22/07/2013

Brosella 2013 - Une sacrée cuvée.

 

Soleil et chaleur sur le Théâtre de Verdure. Ça fait du bien. Du coup, tout le monde est de sortie.

Et il y a déjà pas mal de monde sur les coups des trois heures pour écouter les finlandais du UMO Jazz Orchestra, dont la réputation n’est plus à faire. On a pourtant rarement eu l’occasion de les entendre sur une scène belge. On ne remerciera donc jamais assez le Brosella pour la pertinence de sa programmation.

001.jpg

Le big band propose un jazz au swing très moderne et assez puissant, qui laisse souvent la part belle aux solistes. Il faut dire que, pour l’occasion, Karl Heinilä (le chef d’orchestre) avait invité le trompettiste Verneri Pohjola - dont le disque «Aurora» en 2011 fut une belle révélation et le récent «Ancient History» une belle confirmation. Quasi omniprésent, le trompettiste déploie la palette assez large de ses talents, allant du très aérien au très brûlant. L’articulation est limpide avec parfois une pointe d’agressivité. Il faut souligner également, dans ce solide big band, les belles interventions de Manuel Dunkel (ts) ou de Kirmo Lintinen (p), dans des solos très accrocheurs. UMO est décidément une belle machine, parfaitement rôdée et dynamique au son et aux arrangements très actuels. A ne pas rater lors de leur prochaine venue…

Sur la seconde scène, un peu plus haut dans le parc, Yves Peeters Group (dont j’avais déjà parlé ici) régale l’auditoire de sa musique aérienne, dansante et savante. Le dosage et l’équilibre - entre groove (tantôt rock, tantôt africain) et atmosphère - est une vrai réussite. La basse solide de Nicolas Thys laisse du champ libre aux intervention parfois free de Frederik Leroux (eg), quant à Nicolas Kummert il rafraîchit cette chaude après-midi de son chant si particulier.

002.jpg

Retour à la grande scène avec le trio de Nathalie Loriers (avec Philippe Aerts (cb) et Rick Hollander (dm) ). Au risque de me répéter, la formule «trio» convient vraiment bien à la pianiste. Même si elle s’inspire, comme elle l’avoue elle-même, de Bill Evans ou d’Enrico Pieranunzi entre autres, il est indéniable qu’elle possède définitivement son style. Au lyrisme qu’on lui connait (niche plutôt réductrice dans laquelle on l’enferme un peu trop vite), elle allie un swing au timing parfait. Elle a une façon d’aller à l’essentiel avec beaucoup de sensibilité. C’est de la poésie sans minauderie, de l'énergie sans brutalité. Bien entendu, elle est soutenue, poussée même, par une rythmique idéale et “Moon’s Mood”, “Les trois petits singes” ou encore “Jazz At The Olympics” font mouche. Voilà du jazz comme on l’aime.

003.jpg

Découverte intéressante, ensuite, sur la petit scène, du quartette d’Elina Duni. Je connaissais le pianiste Colin Vallon ainsi que le contrebassiste Patrice Moret (pour avoir écouter leur excellent album «Rruga», chez ECM), par contre je ne connaissais pas la chanteuse albanaise Elina Duni, ni le batteur Norbert Pfammatter. Basée principalement sur la musique traditionnelle des Balkans aux rythmes parfois obsédants et enivrants ou à la mélancolie exacerbée, le groupe mélange les genres avec une grande élégance. Au-delà de la tradition, Elina Duni échange avec ses musiciens sur un jazz parfois déstructuré et les laisse aller à de belles impros inspirées. Ainsi, Colin Vallon n’hésite pas à proposer une longue intro plutôt abstraire au piano (cordes étouffées, intervalles marqués, dissonances et silences) tandis que Patrice Moret accentue les sons déchirés à l’aide de l’archet. L’univers est particulier, mystérieux, envoutant parfois. Les histoires qu’Elina raconte – d’une voix parfaitement maîtrisée – sont pleines de poésie et de douleur, remplies de messages. Alors, elle s’oblige à nous en expliquer le sens en français. Classe.

004.jpg

Retour sur la grande scène où Bill Frisell nous la joue toute en finesse. Il est au Brosella pour présenter son dernier album Big Sur (une commande du Monterey Jazz Festival).

Une batterie, trois violons et un violoncelle accompagnent le guitariste. L’esprit est à la détente, à la langueur, au contemplatif. La musique évoque les grandes étendues désertes, les paysages qui entourent Glen Deven Ranch (où il s’est retiré pour composer et enregistrer). Bill nous fait faire le tour du propriétaire. On flâne… puis on trotte au son du violon de Jenny Scheinman (un peu western) ou de Eivind Kang (un peu eastern). Les impros sont fragiles, se développent sur des ostinati ou de courts motifs évolutifs. Parfois, on fait un très court détour du côté du rock (Rockabilly? Twist?) avant de se reposer tout en douceur… Même si tout cela est très joli, on s'ennuie un tout petit peu. Impressions quelque peu mitigées.

005.jpg

Changement radical sur la petite scène avec Big Noise. On ne s’en lasse pas ! Surtout que, pour le Brosella, le trio a invité le clarinettiste Evan Christopher, un vrai de vrai de la Nouvelle Orléans. Grâce à lui, Big Noise plonge un peu plus encore sa musique dans les racines de ce jazz qu’ils chérissent. Et le plaisir de jouer est toujours aussi communicatif. Les gens dansent devant la scène, rient, applaudissent. Loin de jouer la star ou de montrer “comment il faut faire”, Evan Christopher s’intègre au groupe – car il lui trouve de véritables qualités – et partage sincèrement la musique avec Raphaël D’Agostino (tp, voc), Johan Dupont (p), Max Malkomes (cb) et Laurent Vigneron (dm). Non, Big Noise n’a pas fini de grandir…

006.jpg

Et voilà enfin, cerise sur le gâteau, Jonathan Batiste. Celui qu’on attendait. Je l’avais découvert avec Roy Hargrove, il y a deux ans, ici même au Brosella et il m’avait laissé une grosse impression. Ce soir, il se présente avec son groupe «Stay Human», avec lequel il déambule régulièrement dans les rues et le métro New Yorkais. Répandant ainsi la bonne humeur et le partage. Avec eux, le spectacle est partout et non conventionnel.

Pourtant, tout démarre en douceur. Sourire irrésistible coller sur les lèvres, doigts démesurés, Jon Batiste nous emmène entre blues et swing avec un sens du rythme inné. Avec humour et intelligence, il mélange «Carmen» à «Summertine».

Au tuba, Ibanda Ruhumbika fait la pompe, à la contrebasse Barry Stephenson excite les temps, le sax du jeune Eddie Barbash joue les empêcheurs de tourner en rond, quant au batteur, Joseph Saylor, intenable, il claque les tempos et accentue la syncope. Ça bouillonne et l’ambiance monte. Au son de son mélodica, sur «Killing Me Softly», Jon Batiste emmène alors tout son groupe au devant de la scène, sur les premières marches, à un mètre d’une foule déjà bien excitée.

007.jpg

Et là, on passe à la vitesse supérieure. Tout s’emballe sur une version incroyable de «St James Infirmery». Le sax s’empare d’un solo du tonnerre, il monte sur le piano, enchaîne les chorus. Puis, comme pour répondre au saxophoniste, le batteur décroche son tom et vient le planter tout devant. La démonstration, brutale, jouissive et délirante, se termine par le jet de ses baguettes dans le public. Et puis tout le monde s’en va.

Surprise. Incompréhension. Le public devient fou !

C’était une fausse sortie. Revoilà le Stay Human prêt à en découdre de plus belle. «Why You Gotta Be Like That?» se reprend à l’infini et… ça y est, le moment que l’on attendait arrive: toute la bande descend dans le public et va se balader au beau milieu des travées de l’amphithéâtre. L’ambiance est indescriptible. Les morceaux s’enchaînent («My Favorite Things», «Kindergarten»…).

Revenu sur scène, le groupe se resserre autour du piano. Chacun prend posesion d’une partie du clavier. Puis, ils échangent leur place. Tapent dans les mains, tape sur tout ce qu’ils trouvent, font chanter le public, le font danser…

Moment incroyable de plaisir collectif !

Voilà sans aucun doute l’un des meilleurs concerts de l’année (en tous cas, il sera difficile de faire mieux…)! Jonathan Batiste est à suivre, plus que jamais, et à revoir au plus vite.

Merci encore Henri Vandenberghe, merci les bénévoles, merci le Brosella.

Vite, à l’année prochaine.

A+

 

 

 

23/11/2012

Philip Catherine 70th Birthday - Bozar

Philip Catherine méritait bien un lieu prestigieux pour fêter ses 70 ans. C’est donc la belle Salle Henry le Bœuf, au Bozar, qui accueillait notre célèbre guitariste, accompagné par Nicola Andrioli (p), Philippe Decock (keys), Philippe Aerts (cb) et Antoine Pierre (dm) pour un concert exceptionnel.

philip catherine,nicola andrioli,antoine pierre,philippe decock,philippe aerts,nicolas fiszman,didier lockwood,isabelle catherine,toots thielemans,bozar,skoda jazz,jacques duval

Toujours simple, souriant, affable; toujours un peu perdu et affairé, tentant de mettre constamment de l’ordre dans ses partitions, Philip Catherine est heureux d’être là. Et il est ovationné comme il se doit. Lui qui n’aime pas trop les hommages et les compliments, le voilà servi.

Alors il joue. Cole Porter d’abord, qu’il affectionne particulièrement. «Let’s Do It (Let’s Fall In Love)» puis «So In Love». Entre deux «La Prima Vera» (d’Andrioli). Puis «Janet», «Misty Cliffs»…  Philip Catherine n’a pas son pareil pour enflammer chaque thème avec un délicat lyrisme. Il aime joué au chat et à la souris. À trouver des portes de sorties. Ça tombe bien, Antoine Pierre aime ça aussi. Le jeune batteur s’amuse et ose tout – break, accompagnements décalés - sans jamais oublier le swing. Peut-être devrait-il juste encore se départir de quelques gimmicks récurrents? Redoutablement efficace, il reste sobre dans le délire ou délirant dans la sobriété, c’est selon.

Nicola Andrioli, de son côté, possède un jeu extrêmement lumineux et brillant. Les arpèges et les accords dégringolent avec finesse pour aller se mélanger aux mélodies du guitariste. Ensemble, ils peuvent se permettre de belles escapades («Janet» en est une belle preuve) car ils savent qu’ils peuvent toujours compter sur le jeu solide, souple et ferme, de Philippe Aerts à la contrebasse.

philip catherine,nicola andrioli,antoine pierre,philippe decock,philippe aerts,nicolas fiszman,didier lockwood,isabelle catherine,toots thielemans,bozar,skoda jazz,jacques duval

S’il a le sens du groove, Philip Catherine a aussi le sens de la mélodie et de la chanson. C’est pourquoi il invite sa fille, Isabelle Catherine, à le rejoindre sur scène et à l’accompagner sur «Côté Jardin» (thème écrit en son temps par Philip Catherine, sur lequel Jacques Duval a posé de tendres paroles). La jolie ballade est chantée (presque murmurée) d’une voix douce qui rappelle peut-être un peu l’univers de Coralie Clément. Le moment est très touchant.

Et puis les invités se suivent. D’abord, Nicolas Fiszman pour un superbe duo d’une grande complicité («Merci Philip», «Homecomings»). Ensuite, c’est Didier Lockwood qui vient donner une touche jazz-rock à la soirée. Le démarrage se fait en douceur sur un morceau presque planant, sur lequel Catherine dépose quelques phrases évanescentes, avant d'enchaîner avec un fantastique «Ain't Misbehavin'»! Ça brûle, ça échange, c’est explosif et tout le monde s’amuse.

philip catherine,nicola andrioli,antoine pierre,philippe decock,philippe aerts,nicolas fiszman,didier lockwood,isabelle catherine,toots thielemans,bozar,skoda jazz,jacques duval

Et bien sûr, la fête ne serait pas complète si Toots Thielemans ne venait pas, lui aussi, souhaiter un bon anniversaire à notre incroyable guitariste qui a quand même bien marqué de son empreinte le jazz européen et que certains oublient parfois trop facilement (trois petites lignes dans le Jazz Magazine consacré aux guitaristes… c’est assez mesquin).

«Over The Rainbow», «What A Wonderful World» et d’autres standards concluent cette grande soirée pleine de rires et d’émotions.

Côté Jardin, le nouveau disque de Philip Catherine sort ce mois-ci. A bon entendeur...

Bon anniversaire et longue vie Mister Catherine !

A+

21/09/2012

Nathalie Loriers Trio - Les trois petits singes

On l’attendait depuis longtemps cet album en trio. On se souvenait avec émotion de Walking Trough Walls, Walking Along Walls et de Silent Spring (chez Igloo). Deux excellents albums que Nathalie Loriers avait mitonné avec Sal La Rocca et Hans Van Oosterhout. La pianiste avait ensuite tenté, avec bonheur, l’aventure en quintette avant de suivre d’autres chemins aux accents orientaux (L’Arbre Pleure). Puis elle s’était entourée d’un quatuor à cordes dans Moments d’Eternités. En parallèle, elle avait aussi – et elle continue – participé à l’aventure très prenante du Brussels Jazz Orchestra.

Tout cela l’avait un peu éloigné la Sainte Trinité du jazz. Pourtant, lors des J.O. de Pekin, en 2008, elle avait participé à un disque collectif (Jazz Olympics), et avait proposé «Confidence», en trio (avec Philppe Aerts et Stéphane Galland). C’était une pure merveille. C’était un choc. Pour nous. Mais pour elle aussi sans doute. Il était clair et évident qu’elle devait revenir aux fondamentaux.

nathalie loriers,philippe aerts,rick hollander,chronique,de werf

Quatre ans plus tard, Les Trois petits singes (De Werf)nous comble enfin. Et bien sûr, le morceau «Confidence» (rebaptisé ici «Jazz At The Olympics») y figure en bonne place. Que du bonheur !

Nathalie a bien fait de nous faire attendre et de peaufiner ce projet car, il faut bien l’avouer, cet album est d’une fraîcheur et d’une richesse incroyables. Et l’on n’y décèle aucune faiblesse. Nathalie Loriers s’y exprime en un discours pertinent, dépourvu de tout de bavardage inutile. Elle donne de la place à la musique, fait résonner les silences, laisse respirer le rythme. On retrouve chez elle, ce toucher très personnel, cette façon de faire dialoguer la main gauche avec la main droite. D’amener les autres à participer à l’aventure. L’entente est parfaite avec Philippe Aerts, à la contrebasse - chantante comme jamais - et avec Rick Hollander, aux drums, qui colore chaque morceau de façon différente et toujours surprenante. Il y a, dans ce trio, l’essentiel du jazz et du swing.

Allez écouter ce «God Is In The House» (Duke ? Oscar ? Lennie ?),  ce lumineux «Moon’s Mood», cet énigmatique «Les Trois Petits Singes»… Tout cela est décidément parfait !

Il y a, bien sûr, le romantisme de Loriers – libéré de tout poncif - dans «L’Aube De L'Espérance» ou «La Saison Des Pleurs». Il y a aussi des airs plus ensoleillés, qui flirtent avec des rythmes Afro-Cubain ou latino, comme «Cabeceo» par exemple. Il y a toutes ces couleurs, toutes ces influences, mais rien, jamais rien n’est surligné. Et c'est cela qui est magique. C’est cela qui fait un grand disque. C'est ce que l’on pourrait appeler la maturité. La maturité de quelqu'un qui sait comment se faire entendre et se faire comprendre, parfois à demi-mot, mais toujours avec justesse.

Arriver à allier une simplicité du discours avec une telle richesse harmonique - et un sens de la mélodie et du groove - est un tour de force que seuls quelques grands ont réussi. Et Nathalie Loriers fait partie, sans aucun doute, de ce petit cercle d’élus.

Les Trois Petits Singes est l’un des albums les plus swinguants et des plus brillants sorti actuellement et certainement l'un des meilleurs de Nathalie Loriers.

Un dernier conseil : ne ratez pas les concerts que le trio donne actuellement (dans le cadre des JazzLab Series) ou un peu plus tard (pour le Jazz Tour des Lundis d’Hortense). Un trio jazz de cette qualité ne court pas les rues.

A+

 

 

 

 

16/02/2010

Christophe Astolfi - Sounds

Après le concert de Mélanie De Biasio à Flagey, je remonte la chaussée de Wavre, direction Rue de la Tulipe pour écouter Christophe Astolfi en quartette.

Christophe (qui est né en Lorraine, rappelons-le) se partage de plus en plus entre Bruxelles et Paris. Allez chercher du côté des «circuits» manouches là-bas, vous le trouverez certainement.

Après quelques concerts remarqués lors des Djangofolllies de ces dernières semaines, il était ce 30 janvier au Sounds, entouré du tromboniste suisse Gilles Repond, de Bruno Castellucci (dm) et de Philippe Aerts (cb).

 ast001

Ici, ça swingue comme au bon vieux temps. Le groupe a décidé de revoir ses classiques avec nous. Et ça fait du bien. On tape du pied, on dodeline de la tête, on claque des doigts. C’est que le groupe sait y faire !

Castellucci est d’une efficacité remarquable, Aerts est brillant dans un registre dans lequel on avait tendance à l’oublier, Repond joue droit, avec puissance et efficacité, sans effet outranciers, afin de rendre au mieux ce répertoire riche et finalement pas si simple à maîtriser. Astolfi est limpide, simple et direct. Tout est dans le rythme et dans la cohésion avec le groupe. Ça voyage, ça accélère, ça projette, ça s’amuse et ça joue sans complexe.

 asto002

On revoit donc «Autumn In New York», «Just One Of Those Things» ou «Co-Op» (morceau complètement oublié - et que je ne connaissais pas du tout - de J.J. Johnson) sur lequel Philippe Aerts se fend d’un solo mordant. Et puis, il y a aussi le merveilleux «Nostalgia» de Fats Navarro, «I Can Dig it» (celui-là non plus, je ne le connaissais pas) de Les McCann et «Half Nelson» de Miles Davis où Castellucci, cette fois, se lance dans un solo incandescent.

Et l’on termine en rappel avec cette belle et tendre ballade «Easy Living». Voilà un titre qui résume bien le sentiment de la soirée. On sort du club le cœur tout léger, le sourire aux lèvres.

 

It don’t mean a thing, if it ain’t got that swing

 

A+

 

31/12/2009

Cécile Broché sur Citizen, Nathalie Loriers sur Musiq3

Je vous ai déjà dit (même si c’était parfois de façon sibylline) le bien que je pensais de «Soundscapes» de Cécile Broché et Etienne Bouyer.

Album sorti en début d’année (ou fin de l’année dernière déjà ?) chez Igloo.

Voilà un très beau voyage à rebondissements et plein de surprises qu’il serait stupide de ne pas faire en leur compagnie. Pour en savoir plus, vous pouvez lire ma chronique parue récemment sur Citizen Jazz.

phpthumb-2

Et puisqu’on en est à rattraper, tant bien que mal, le temps qui fuit, faisons un petit retour en arrière (humm… on n’est pas à une contradiction près).

Le 19 novembre, je me suis offert deux heures de liberté. Le temps de filer à la RTBF.

Régulièrement, à l’heure de son émission « Jazz », Philippe Baron invite un jazzman autour du Steinway de Musiq3. Cette fois-ci il s’agissait de Nathalie Loriers, accompagnée par Philippe Aerts.

Nous étions juste quelques privilégiés, une petite vingtaine (le studio n’est pas très grand), à pouvoir assister à ce joli moment… d’éternité.

C’est vrai, c’est agréable, c’est détendu, c’est sympathique et en plus les musiciens jouent le jeu. La pianiste et le contrebassiste s’amusent, prennent des risques, s’échappent dans des improvisations et oublient même que l’émission ne dure qu’une heure. Résultat, un ou deux morceaux prévus sur la set-list ne pourront malheureusement pas être joués.

Dommage, car ce petit tour d’horizon de quelques thèmes écrits par Nathalie était joué avec beaucoup d’élégance, de finesse et de sincérité. On en aurait voulu encore un peu plus.

loriersaerts3

Entrecoupés de quelques anecdotes tendres ou drôles, on eut droit à «Last Thought Of The Day», «Neige», «Confidence», «Mémoire d’O», «Danse Eternelle» et «Forward» (ce dernier titre étant de Philippe Aerts. On peut d’ailleurs l’entendre sur l’excellent album sorti en 2002, «Back To The Old World», qui fêtait le retour du contrebassiste en Belgique après deux ans d’exil à New York.)

Pris de court, je n’avais pas emmené mon appareil photo (heureusement, Philippe Baron avait tout prévu). La prochaine fois, si on m’invite encore (après tout, j’ai été bien sage, poli et attentif, non ?), j’y penserai.

Comme tout passe vite, l’émission n’est plus «en ligne». Mais vous pouvez toujours vous rabattre sur «Moments d’Eternité», le dernier album de Nathalie Loriers, sorti chez De Werf. Histoire de renouveler le plaisir ad vitam eternam

loriersmomentsdeternite

 

A+

 

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
009

C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
008

Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
001

Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
004

C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
005

Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
006

Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
007

On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
003

Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+

13/11/2008

Ivan Paduart Trio - Music Village

Et pourquoi ne pas aller revoir le trio d’Ivan Paduart?
Ça tombe bien, je sors de l’Archiduc où j’ai été convié au Showcase de Fatima Spar - dont je reparlerai bientôt - et le Music Village est à deux pas.
002

J’y serai bien allé la veille également, pour écouter le groupe Folk-Tassignon qui m’avait laissé d’excellents souvenirs l’année dernière.
Malheureusement, quelques impondérables m’ont empêché de m’y rendre.

Avec Ivan Paduart, c’est ambiance jazz club assurée.

On est bien, on est décontracté, c’est une musique qui se fait plaisir, qui ne se prend pas la tête et qui est parfaite pour l’endroit.
Sous les doigts du pianiste, les mélodies s’enchaînent avec volupté.
Un morceau de Kenny Baron succède à une compos originale, «Blue Landscape», jouée dans un style très Evansien, puis «Falling Grace» et l’inévitable et néanmoins superbe morceau fétiche du pianiste: «Igor».

Lionel Beuvens a remplacé l’habituel Joost van Schaik et Philippe Aerts tient la contrebasse.
004

Ça faisait longtemps que je n’avais plus entendu Philippe en concert.
La dernière fois, c’était avec Nathalie Loriers lors du Jazz Marathon, je pense.
Ce qui me frappe ce soir, c’est la clarté incroyable de son jeu.
Toutes les notes sont extrêmement bien posées, précisément découpées, clairement exposées.
C’est éblouissant.
001

Entre les deux sets, j’en profite pour en discuter avec lui.
J’apprends qu’il s’agit d’une nouvelle contrebasse. Qu’il l’a découverte en Italie, il y a peu, lors d’une interminable tournée mondiale avec Richard Galliano.
J’ai droit alors à un très intéressant point de vue sur les qualités d’une contrebasse, cet instrument «indomptable», voire «instable» diront certains.
On parle de longueur de cordes vibrantes, de distance entre les cordes et le manche, de la forme, du chevalet, du bois et de toute la magie indicible de l’instrument.
Son œil brille lorsqu’il évoque le plaisir de jouer sur une telle contrebasse.
Je le comprends car celle-là lui va superbement bien.

Le deuxième set reprend.
Paduart, toujours aussi romantique ou lyrique, se fait un peu plus incisif. Il y a quelques intonations à la Kenny Werner sur le très vibrant «My Foolish Heart».
Le trio s’échappe avec «Madeira» en forme de calypso, puis revient avec un thème qui porte la griffe reconnaissable de Paduart: «If We Could».
005

Ce soir, le groupe nous rejouent l’Art du Trio, celui de l’écoute et du dialogue.

Mais Ivan jouera dans un tout autre contexte le 12 décembre au Cirque Royal, puisqu’il sera entouré de Fay Claassen, de Bob Malach et du prestigieux Metropole Orchestra.

J’espère y être…

A+

24/08/2008

Sabin Todorov sur Citizen et les J.O.

Petit détour du côté de Citizen Jazz.
Cette fois-ci, c’est pour vous inviter à aller lire ma chronique de «Inside Story» de Sabin Todorov et ensuite, à moins que ce ne soit déjà fait, aller vous procurer  l’album.

Rappelez-vous, j’avais vu le concert du pianiste et son trio à Bruges voici quelques mois.

sabinCD


«Inside Story» est sorti chez Igloo et est dans les bacs des bons disquaires depuis quelque temps déjà.


Autre album sorti récemment et qui trône déjà dans les bacs, c’est «JazzOlympics».
Il me semblait opportun d’en parler après l’obtention d’une médaille d’Or de notre belle, brillante et très sympathique Tia Hellebaut au saut en hauteur

olypcd

L’album est d’ailleurs de couleur jaune, comme l’or, et vous le repèrerez facilement.

«JazzOlympics» est une initiative du COIB afin d’encourager nos athlètes et d’illustrer les valeurs Olympiques. L’album est produit par Jan Hautekiet et Jean Kluger.

Huit «groupes» (le 8 du 8 en 2008 etc…vous connaissez l’histoire), se sont donc donnés rendez-vous pour illustrer huit thèmes chers au Baron de Coubertin. Ainsi, la fraternité, le dépassement de soi, la tolérance, le fair-play etc… sont déclinés par quelques-uns de nos meilleurs jazzmen belges.

Le porte-drapeau de la délégation n’est autre que Toot Thielemans qui ouvre la marche avec un tendre «Best Of Yourself», suivi par David Linx et le BJO pour un «Fraternity» sous forme de chanson optimiste, sautillante et légère.
On retrouve bien sûr Philip Catherine dans un «Friendship» intimiste et recueilli, en duo avec Philippe Decock (keyboards).

Nathalie Loriers, quant à elle, revient en trio (Philippe Aerts (cb), mais aussi pour l’occasion Stéphane Galland aux drums) pour nous offrir l’un des meilleurs morceaux du disque (à mon avis): «Confidence». Thème bâti sur un swing fébrile, fait de tensions et de breaks jubilatoires.
Le toucher de la pianiste et ses arrangements sont de pures merveilles. Ça donne vraiment envie de revoir rapidement Nathalie avec cette formule

 

 

Autres belles surprises de l’album: «Tolerance» de Michel Herr et son Life Lines ainsi que «Solidarity» de Jef Neve.
Pour le premier, on saluera les arrangements finement ciselés qui permettent à Jacques Pirotton (g), Alexandre Cavalière (violon), Fabrice Alleman (ts, ss) ou encore Peter Vandendriessche (as) d’intervenir dans de riches et réjouissantes improvisations.
Le deuxième, Jef donc, explore un peu plus mélodiquement ce qu’il a commencé sur le «bonus CD» de son dernier album «Soul In A Picture»: c’est-à-dire une fusion entre jazz acoustique, loops et électro. Une belle réussite.

HLM (Houben, Loos, Maurane) et Stéphane Mercier font aussi partie de l’équipe et proposent de tendres sympathiques compositions.

Ils sont donc huit, mais le BJO s’offre un tour d’honneur avec un dynamique et tonitruant «The Hopper», histoire de terminer par un feu d’artifice.

Alors, faites comme Tia, rentrez à la maison avec de l’or.

A+

14/06/2008

Jazz Marathon 2008 (Enfin!)

Et le Brussels Jazz Marathon, c’était comment ?

C’est vrai ça, avec toutes ces activités, je n’ai pas encore eu le temps de vous raconter mon parcours durant ces trois jours.
C’était les 23, 24 et 25 mai. Déjà !
Je vais essayer de rattraper le temps perdu.
001

Vendredi soir, temps ensoleillé, direction Place Ste Catherine.
Je voulais absolument voir The Groove Thing, de Jef Neve et Nicolas Kummert.
Sur place, je rencontre toute la petite bande de Slang qui se prépare à jouer juste après.
Manu Hermia revenait d’une tournée en France avec Rajazz, visiblement satisfait.

Sur scène: The Groove Thing porte bien son nom, car, pour groover, ça groove.
Lieven Venken aux drums, Nic Thys à la basse électrique et devant, Nicolas Kummert au sax incandescent et Jef Neve à l’orgue Hammond bouillonnant.
C’est roots en plein ! Entre soul, bop et r&b…  Jamais un gimmick pop vulgaire ou racoleur comme on peut parfois en entendre avec certaines formations qui surfent sur la vague revival.
Ici, ça joue vrai.
On est proche de Lonnie Smith, Jack Mc Duff ou de Jimmy Smith.
Kummert rappelle parfois un Rashaan Roland Kirk lorsqu’il «délire», souffle, respire, parle ou chante dans son ténor. Il y ajoute de temps en temps des effets de disto. C’est chaud et c’est sexy, et ses duels avec Jef (intenable) sont étincelants.
À retenir, à revoir… à suivre !
002

Après une courte pause, Slang investit la scène (qu’ils ont décoré de jolies fleurs) et déverse un gros son: énergique et puissant. On connaît la formule, mais on reste ébahi devant une telle vitalité.
Michel Seba est monstrueux aux percus lorsqu’il entre en transe. François Garny, à la basse électrique, assène des tempos saignants. Manu Hermia, au sax et à la flûte, se démène comme un diable dans ce tourbillon de musiques africaines, indiennes, arabes, rock ou reggae. La foule s’est agglutinée au-devant du podium. Elle ondule, bouge, saute et danse aux rythmes des impros parfois énergiques, parfois hypnotiques.

Une fois ce concert terminé: direction le Walvis, au bout de la rue Antoine Dansaert.
Je voulais absolument écouter le groupe du batteur (que je croyais Néerlandais, mais qui, en fait, est Anversois) Yvan Van Nistelrooy.
Hard bop ou post bop, avec une tendance à aller parfois vers le free-bop. On frise même parfois le jazz rock avec les interventions de Peter Verhelst à la guitare électrique.

003
Devant, l’excellent trompettiste Iwan Cotton (qui joue un peu dans l’esprit de Dave Douglas) échange des phrases fiévreuses avec Roel Van Hoek à l’alto.
Toutes les compos sont de Van Nistelrooy, et l’on sent chez lui les inspirations de Miles (période électrique), Coltrane, Philly Joe Jones, mais aussi de Hamid Drake. Bref un large spectre d’influences.

J’arrête là ou je continue ?
Je rentre, ou je ne rentre pas tout de suite?
Allez, un petit saut à l’autre bout de la ville: le Sounds.

Chouette ! Je trouve facilement une place pour me garer.
Chouette ! C’est le break et je peux me faufiler assez près de la scène du club archi-bondé pour voir le quintette de Rosario Giuliani.

Et là, je n’ai pas regretté le voyage !
004
Exceptionnel.
Il est plus d’une heure trente du matin et  Rosario Giuliani, Falvio Boltro, Dado Moroni, Luca Bulgarelli  et Benjamin Henocq jouent avec une fougue, une vigueur et une lucidité hallucinantes.

Le grand Dado Moroni, qui soulève même le piano avec ses longues jambes, fait vibrer l’instrument comme un fou. Boltro joue toutes les couleurs de la gamme. Gras, aigu, souple, sec, en rafale ou en longues notes, il répond et renchéri aux assauts de l’infatigable Giuliani.
L’un comme l’autre ne veut pas abandonner. Chacun veut avoir le dernier mot.
Dans cette lutte fratricide, Henocq imprime un rythme tranchant, d’une justesse et d’une précision diaboliques. On atteint des sommets !
Bien sûr, on joue beaucoup de notes, énormément de notes, mais aucune n’est inutile.
Quel esprit «jazz», quelle débauche d’énergie. Ça joue et ça s’amuse.
005

«That’s jazz ! Real Jazz!»
C’est ce que l’on se dit sur le trottoir après le concert avec Erik Vermeulen, Nicolas Kummert, Mélanie De Biasio, Alexis Tuomarilia et d’autres encore…

Samedi, rendez-vous sur la place Fernand Coq pour le concours «XL Jazz Jeunes Talents». Comme l’année dernière, je me retrouve dans ce sympathique jury, avec Jan De Haas, Fabien Degryse, Pirly Zurstrassen, Jacobien Tamsma, Etienne Richard et Henri Greindl.

Le batteur Guillaume Palomba et son quartette ouvrent les «hostilités».
Ce sera un spécial Monk. C’est déjà une preuve de très bon goût. «Eronel», «Criss Cross» ou encore «Ugly Beauty» se succèdent. Malgré de belles interventions du guitariste, Simon Martineau, le groupe ne se lâche pas vraiment et cela reste un peu académique.

Egon, le deuxième groupe, drivé par Louis Favre (batteur également), développe un jazz très rock… voire du rock très jazz. Les plages atmosphériques, mâtinées d’électro (Joachim Searens), succèdent à des moments plus vifs et accrocheurs. Steven Delannoye (as) et l’excellent guitariste Simon Witvrouw font rapidement monter la pression. On sent une belle cohésion et une belle personnalité poindre dans cet ensemble qui fera sans doute encore parler de lui.

Mais le gagnant, car il faut un gagnant, sera Bansuri Collective (ou Collectif… on ne sait plus). Cette fois-ci, le leader est contrebassiste: Ruis Salgado. Il est l’auteur de presque tous les titres. Il mélange subtilement les genres, allant du swing au groove très actuel. Les mélodies sont sinueuses, parfois complexes, mais toujours lumineuses. Il faut signaler le drumming singulier de Frederik Meulyzer, qui recevra d’ailleurs, et à sa grande surprise, le prix du meilleur «soliste».

Je ne m’attarde pas pour écouter le trop caricatural groupe The Dominos et je préfère pousser une pointe jusqu’à Flagey pour écouter Andreu Martinez, toujours aussi punchy, et aussi le trio de Nathalie Loriers.
006

Quel bonheur de la revoir dans cette formation.

Avec Philippe Aerts (cb) et Joost Van Schaik on retrouve le jeu à la fois lyrique, tendre mais aussi très affirmé de Nathalie.
Au programme un «Someday My Prince Will Come» aux arrangements assez surprenants, un «Forward» très swinguant, un «Walking Trough Walls» dépouillé et nocturne (des inflexions qui rappellent parfois Petrucciani?), un «Mémoire d’O» enlevé, ou encore un sensuel «Ligne Calire», au tempo moyen, dans un esprit assez Jamalien.
Que du bonheur.
007

Sous la pluie (ben oui, sinon, ce ne serait pas vraiment le Brussels Jazz Marathon), je remonte vers le Théâtre Marni pour prendre une Orval et une petite dose de The Groove Thing.
Gros succès.
008

Puis je rejoins le Sounds, toujours comble, pour profiter encore du quintette de Giuliani.
C’est toujours aussi impressionnant.

Dimanche après-midi, sur la Grand Place, il faut chaud et ensoleillé.
Dingue !
010

Jacques Piroton, guitariste dont on sous-estime trop souvent l’immense talent présentait son nouveau quartette.
On connaît l’affection de Jacques pour le jazz rock à la Bill Frisell, Jimi Hendrix ou même Scofield.
C’est tout ça que l’on retrouve, mais travaillé à la sauce Piroton: des riffs tranchants, des solos précis et agiles et des envolées explosives. Jan De Haas à la batterie, Benoit Vanderstraeten en soutien efficace à la basse électrique et surtout un sensationnel Fabrice Alleman à la clarinette et clarinette basse terminent de nous convaincre.
Voilà un mélange peu commun et un résultat qui vaut vraiment le coup d’oreille.
Piroton va enregistrer cet été en… acoustique ! Très curieux d’entendre ça.
011

VVG Trio, à savoir Bruno Vansina (as), Teun Verbruggen (dm) et Gulli Gudmundsson (cb) avaient invité Magic Malik et Nelson Verras à venir jouer avec eux.

Peut-être plus à l’aise en salle, où le groupe peut installer plus aisément ses climats étranges, le quintette nous a quand même montré une belle palette de thèmes riches et parfois complexes («Tokio Quantize», «Moon Under» ou encore «In Orbit»).

012

Pour finir cet intense week-end de jazz : le Brussels Jazz Orchestra sous la direction de Michel Herr.
Deux longs sets efficaces, swinguants et éclatants.
Les riches compositions du pianiste belge («Song For Lucy», «Bad Fever», «New Pages», etc.) sont servies avec panache par le Big Band.

Haaaaa… l’ostinato de Nathalie Loriers, ou les solos de Pierre Drevet (bugle) et de Kurt Van Herck (as)  sur «Song For Micheline», ce rythme galopant sur «Extreme», la guitare de Peter Hertmans, les interventions de Bart Defoort ou Frank Vaganée sur «New Era»…
013

Le BJO n’a plus rien à prouver et l’on aurait pu le laisser jouer un peu plus longtemps encore, mais les règlements stricts de police ne sont pas toujours compatibles s avec l’esprit de fête du Jazz Marathon.
Une petite heure de plus l’année prochaine… Hum ?


A+

25/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 05 -

Dimanche dernier (le 19 août): « Grand Final » comme on dit à «Jazz Middelheim».
Et l’appellation n’est pas usurpée.
Au programme de ce dernier jour: Jef Neve Trio, Nic Thys et ses 68 Monkeys, Bert Joris Quartet et … last but not least, Ornette Coleman !

Sold out !
La tente déborde littéralement. Il y a overbooking, assurément. Ce n’est pas possible autrement…

Je n’ai pas vu l’ami Jef cette fois-ci, mais on m’a rapporté que son concert fut très bon… (comme d’habitude).

001
Nic Thys, que j’avais récemment vu avec son T&T lors du Brussels Summer Festival se présentait ce soir avec quelques belles pointures du jazz américain.
Tous nés en ’68 ! D’où le nom du groupe…

Aux saxes: Tony Malby (tenor) et Andrew D’Angelo (alto), au piano: Jon Cowherd, à la guitare électrique: Ryan Scott, aux drums: Nasheet Waits et bien sûr, à la contrebasse: Nicolas Thys.

Excusez du peu…
L’ensemble manquait cependant, à mon avis, d’esprit de synthèse et de cohésion. J’aurais aimé que les morceaux soient un peu resserrés, un peu plus concis.

Tout avait commencé en force avec «It’s Been A While», d’une puissance incroyable et s’était terminé plus ou moins dans le même esprit avec «Munich».

Entre les deux, les belles compositions, sobres et parfois mélancoliques manquaient un peu de tension. C’était, quelques fois, un peu trop tiré en longueur.
Bien sûr il y a eu les solos monstrueux du guitariste Ryan Scott qui rappelle de temps à autres un phrasé à la Rosenwinkel. Et puis, surtout, la paire de saxes.
Ces deux-là jouent aux frères ennemis: Tony Malby, posé et solide et D’Angelo, nerveux, explosif et toujours d’attaque.
Fabuleux !

002
Avec son Quartet, Bert Joris nous invite à du jazz pur jus.
Le trompettiste démarre directement avec le très swinguant et nerveux «Mr Dado», en hommage à son vieux complice: le pianiste italien Dado Moroni.
Ce dernier n’attend pas son tour pour sauter dans le groove.
Ça rebondit, ça swingue, ça improvise à tout va.

Les thèmes écrits par Bert Joris sont d’une limpidité éblouissante. Un peu à l’instar de son jeu. Un phrasé raffiné, clair, précis. Un peu à la Kenny Dorham dans les moments intenses et à la Chet dans les passages plus intimistes.
Entre «Magone», «Anna», «Triple» ou «King Combo», Joris alterne bugle et trompette (parfois «muted») avec pertinence.

Philippe Aerts allie, comme toujours, virtuosité et musicalité extrêmes à la contrebasse, alors que Dré Pallemaerts (omniprésent lors de ce festival) joue avec autant de finesse que de subtilité.
Mais attention… quand il envoie, ça cogne sec.

Pas de bavardage superflu dans les solos (Moroni est vertigineux), qualité de jeu brillante, bonne humeur communicative et complicité visible entre les membres du groupe, le quartet de Bert Joris a sa place dans ce «Grand Final», et mérite sans conteste de se retrouver sur les podiums des meilleurs festivals de jazz d’Europe et d’ailleurs…

005
Et voilà LE grand moment.
Le moment tant attendu.
Celui que l’on pouvait craindre aussi. Craindre d’être déçu d’une si grande attente…

Heureusement, Ornette Coleman fut au rendez-vous.
Et comment !
Quel concert, mes amis… quel concert !

Derrière le célèbre altiste, le fils Denardo Coleman aux drums. Et autour, trois bassistes !!!
Charnett Moffett et Tony Falanga aux contrebasses et Albert McDowell à la basse électrique.

Fidèle à la dialectique Colemanienne, le premier morceau («Jordan»), court et concis,  explose d’intensité.
Le groupe revisite ensuite la plupart des morceaux du dernier album («Sound Grammar» enregistré live en Allemagne en 2005) en les réinventant.

Le drumming énergique de Denardo est excessivement physique et impressionnant. Aucune faiblesse, aucune baisse de régime. Ça joue à du 200 à l’heure.

Tony Falanga use beaucoup de l’archet, imposant souvent un jeu grinçant, étrange, parfois plaintif («Sleep Talking»), et donne une réplique cinglante au saxophoniste.

Les autres bassistes remplissent les espaces avec brio, trouvent des ouvertures, improvisent avec une clairvoyance subjugante.
Ornette intervient parfois à la trompette, puis au violon.
Il dirige sans diriger.
Le groupe se trouve les yeux fermés.
C’est d’une précision magistrale dans les breaks, les stop and go, les relances. Tout est réglé au cordeau et reste pourtant d’une incroyable liberté.
Ça voyage, ça échange, ça ose tout le temps…

003
Qui joue quoi ? Comment naît cette musique ?
Difficile à décrire.
Serait-ce cela le fameux principe «harmolodique» du maître ?

Après un superbe «Turnaround» (recréé comme si ce morceau n’avait jamais existé) Tony Falanga ébauche le
«Prélude de la suite N°1» de Bach.
Denario éclate le morceau de quelques frappes puissantes et le groupe atomise le thème dans un délire free ébouriffant.

On frôle le blues, le calypso («Matador»), le funk parfois, toujours dans un esprit totalement libre… totalement Ornette.

Grand et énorme concert.

La salle est debout, applaudit  à tout rompre pendant de longs instants.
Ornette fait distribuer une à une les fleurs du bouquet qu’il a reçu aux femmes des premiers rangs avant de revenir offrir, à tous cette fois, un « Lonely Woman » magique.

Ornette!

Encore!

 

A+