28/09/2015

Jazz Station. Ten Years After.

Ils aiment à le répéter : « La Jazz Station n’est pas un club de jazz, c’est un lieu de jazz !! ».

Il faut dire que la Jazz Station était, au début, destinée à devenir un endroit de rencontres et d’archivage du jazz belge. Ce projet, initié par Jean Demannez, le très actif bourgmestre de Saint-Josse-Ten-Noode de l’époque, a quelque peu dévié de sa trajectoire – pour notre grand plaisir – et est devenu un lieu incontournable de concerts de jazz. En dix ans, il s’en est passé des choses ! Et ce n’est pas fini, puisqu’on nous annonce Magic Malik, Full Moon Orchestra, Marc Lelangue, Sofia Ribeiro, Tutu Puoane & Tineke Postma, Airelle Besson, Aka Moon, Roberto Negro, le Jazz Station Big Band, et beaucoup d’autres encore (Philip Catherine est déjà passé le 19 pour ouvrir la saison.)

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Mercredi 30 septembre, la Jazz Station fêtera officiellement ses dix ans.

L’occasion était trop belle pour demander à Yannick Carreyn (l’ancien) et Kostia Pace (le nouveau) de répondre à… 10 questions.

Où étiez-vous et que faisiez-vous, il y a 10 ans ?

Yannick : Il y a 10 ans, je suis rentré dans un superbe bâtiment, la Jazz Station en l’occurrence, et j’ai pu constater immédiatement que ce bel écrin n’était qu’une boîte vide, une belle boîte, mais vide. La Maison du Jazz ne possédait aucune archive, aucun document, aucune collection qui pouvait justifier la volonté des initiateurs d’en faire un outil muséal à l’instar de la Maison du Jazz de Liège. Rien, nada ! Cela aurait tout aussi bien pu être une Maison du Rock, ou de la dentelle. J’avais préparé avec Jean-Marie Hacquier et Nicolas Renard (le premier directeur) l’inauguration de la Jazz Station et ce durant 3 mois. La fête fut grandiose mais une fois passée, il ne restait que le bâtiment qu’il fallait exploiter avec un bar, une belle salle, du matériel d’amplification et d’éclairage et de nos envies ! Il y a 10 ans, Nicolas et moi avons donc commencé l’aventure Jazz Station !

Kostia : Moi, j’étais en France, à Besançon, j’avais quinze ans, et je commençais tout juste le lycée… Oui, oui, je suis encore un bébé.

 

Comment se passe une journée type à la jazz station ?

Yannick : Difficile de répondre à cette question, il n’y a pas de journée type ou bien alors chaque journée est une journée type différente de la précédente… mais bon ! En gros, chacun consulte ses emails, et y répond si besoin est. Ensuite, petites discussions informelles afin de cerner les urgences.

Kosta : On arrive à 11h, on se dit bonjour dans la bonne humeur (c’est le plus important). En général, nous avons une ou deux répétitions, donc il faut veiller à ce que le lieu soit accueillant.

Yannick : Nettoyer la salle, si le nettoyeur n’est pas venu (ce qui arrive), puis le nettoyage de la scène, rangement du matériel et la mise en place de la salle. Rediscussions informelles orientées programmation, ce qu’on a écouté, ce qu’on voudrait, ce que l’on ne veut pas. Réalisation du dépliant pour le mois suivant, mise à jour du site. Répondre au téléphone (non monsieur, il n’y a pas de réservation pour le concert !). Accueil des musiciens pour le concert du soir, servir du café, rerépondre au téléphone (oui, rdv mardi prochain), faire le soundcheck, reregarder les mails, rerépondre. Puis vérifier si tout est ok pour le concert.

Kostia : On épluche les boîtes mails et les réseaux sociaux. On fait de l’administration, du secrétariat, de la compta, beaucoup de communication (communiqués de presse, brochures, réseaux sociaux). On travaille au bureau en écoutant de la musique, donc une petite partie de la programmation se fait aussi au fur et à mesure, au jour le jour, selon les coups de cœurs de l’équipe. Ensuite on répare ce qui doit être réparé, on fait un peu d’électricité, un peu de régie. Les musiciens arrivent en général vers 17h. Yannick s’occupe du soundcheck, moi des lumières.

Yannick : On prépare la caméra et la table pour l’enregistrement son. Puis c’est l’accueil du public, le concert, le bar, ensuite c’est le rangement de la salle après le concert… Et j’en oublie !!! Bref, tout ce qu’il faut faire en background pour que tout le monde soit content et heureux d’avoir passé une bonne soirée. Et tout cela sans donner l’impression que tout un travail est effectué à longueur de journée. Simplement pour donner du plaisir !

Kostia : Je prends aussi des photos quand j’en ai le temps. Je prépare les caisses, les fiches SABAM, j’installe la billetterie. Je fais souvent les entrées, Yannick le son, et on a une ou deux barmaids selon les concerts. Une fois que la billetterie est close, je passe au bar. A la fin du concert, on boit un verre avec les musiciens ou le public restant, on range la salle, on ferme le bar. On finit vers minuit, une heure du matin. Après… on dort.

 

Quels sont les critères pour pouvoir jouer à la Jazz Station et quel style de jazz défendez-vous?

Yannick : Nous avons toujours voulu des concerts de haute tenue, des concerts imprégnés de professionnalisme. Mais, les critères sont multiples ! Nous visons plutôt la scène du jazz actuel, le jazz moderne (je sais cela ne veut pas dire grand-chose). Cette scène est multiple et peut aller jusqu’au jazz d’avant-garde et le terme « swing » n’est pas notre principal soucis. En cela, Kostia et moi sommes plutôt complémentaires, il « privilégie » d’abord ce qu’il aime, ce qu’il le touche. Je privilégie d’abord la qualité du projet. Il a une écoute globale et moi j’ai plutôt une écoute sélective. J’entends chaque musicien indépendamment. Et je discerne s’ils sont bons ou pas… techniquement… si ça joue ! C’est d’ailleurs un peu dommage. J’aimerais bien parfois avoir d’abord une écoute globale… mais bon. C’est évidemment très simpliste et le réalité est plus floue. Mais je généralise. Cela dit, c’est en cela que nous sommes complémentaires et que nous pouvons alors confronter nos impressions. Et nous arrivons toujours à nous entendre !

Kostia : C’est difficile de donner un critère précis de sélection, étant donné que l’on cherche souvent à faire découvrir ce que l’on a eu comme coups de cœur. Mais il y a avant tout un critère de « qualité ». Notre lieu est un haut lieu du jazz, réputé pour sa programmation rigoureuse, et les groupes que l’on invite proposent à chaque fois l’excellence. Certains spectateurs habitués viennent même sans savoir ce qui se joue le soir même !

Yannick : Un des critères est aussi la nouveauté, ce que le projet apporte de neuf dans le paysage musical. Cela ne m’intéresse pas de programmer cinq fois dans l’année le même projet, même s’il est excellent. Nous nous mettons aussi à la place du public, et nous nous demandons si le projet ne va pas les ennuyer.

Kostia : Si l’on doit faire un aperçu général de notre programmation, disons que nous sommes ancrés dans un jazz d’avant-garde. Mais c’est aussi que le jazz belge actuel est un jazz d’avant-garde, jeune et dynamique. C’est ce que l’on veut montrer. Chaque saison, on essaie de poser cette question : Qu’est-ce que le Jazz aujourd’hui, en Belgique et ailleurs ? Enfin, nous sommes très complémentaires avec Yannick. Je m’interroge toujours : est-ce que je voudrais payer 10 euros pour voir ce groupe ? Est-ce que je tiendrais deux heures ? Ce groupe me fait-il voyager ? J’ai davantage un point de vue de spectateur que de technicien. Pour moi, un groupe doit me raconter une histoire. Si ce n’est pas le cas, si je ne comprends pas la musique que j’écoute, je suis souvent réticent. Je défends un jazz généreux, et surtout ouvert.

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Comment avez-vous concocté les concerts « spécial 10 ans » ? Pourquoi ce programme et ces musiciens ?

Yannick : Je pense que l’on peut envisager 3 axes de réflexion qui nous ont guidés pour la programmation. D’abord, c’est la fête donc il allait qu’on s’amuse. C’est le cas de la soirée du 30 octobre qui rassemblera, je l’espère, beaucoup de musiciens qui ont fait la Jazz Station, dans une belle jam-session avec un drink et une exposition. Comme des potes qui se retrouvent ensemble… au même moment pour une fois !

Kostia : Nous avions envie de surprendre les gens. De leur dire : nous sommes un lieu vivant, géré par des êtres vivants. Et que donc, nous pouvons changer, évoluer, surprendre. Montrer que nous avons dix ans, certes, mais que dix ans c’est l’âge de l’enfance, des découvertes, de la liberté. Nous voulions aussi montrer que dans dix ans, le jazz sera encore là.

Yannick : C’est le même état d’esprit qui nous anime d’ailleurs pour la « Groove Party » du vendredi. Une belle soirée dansante ! Ensuite, il y a notre volonté de montré que le jazz n’est pas figé dans un genre qui est ce que certains pense comme étant… LE Jazz. Le jazz est multiple et, actuellement, il est transversal. Il s’accapare les « autres genres » et évolue sans cesse avec la musique électronique, le folk, le blues, le rock, la pop, les musiques urbaines et même la musique classique ou d’avant-garde. C’est ce que nous allons montrer tout au long de cette 10ème année.

Kostia : Nous avons voulu exploser les frontières de notre programmation, en proposant dix concerts pendant dix mois, qui font flirter le Jazz avec d’autres univers. Que ce soit de Roberto Negro à Sofia Ribeiro, en passant par Magic Malik, Tutu Puoane, ou encore Marc Lelangue.  Autour de ces dix concerts, nous avons aussi voulu programmer des musiciens emblématiques du jazz Belge : Philip Catherine en ouverture, et nous aurons aussi Aka Moon en 2016.

 

Quels ont été les dix concerts qui ont le mieux marché (en terme d'affluence) ? Pour quelles raisons, à votre avis ?

En termes d’affluence, nous avons eu une saison vraiment excellente l’an passé. Les quatre concerts qui ont le mieux marché sont sans surprise ceux du River Jazz Festival (Tricycle, Philippe Aerts, Peter Hertmans et Manu Hermia), le festival que nous avons créé en 2015 avec le Marni et le Senghor. Ensuite, il ya aussi nos concerts de gala, vers Noël, avec David Linx en quartet ou Tutu Puoane en sextet, l’an dernier. Enfin, les cinq semaines pour les 20 ans d’Aka Moon en 2012 ont été aussi remplies chaque soir. Il y a aussi quelques concerts ponctuels qui marchent très bien, ce qui est souvent  dû au répertoire des musiciens : Michel Mainil et son projet autour de Miles Davis, par exemple.

 

Quel événement vous a-t-il le plus marqué ?

Yannick : Perso, c’est une exposition fabuleuse qui s’est déroulée en novembre 2009 et qui rassemblait un forgeron/sculpteur – Daniel Dutillieux (c’est lui qui a réalisé tous les travaux métallique de la Jazz Station) qui présentait ses sculptures musicales dans la jazz station. Il y avait même une vraie fontaine en fer forgé et « in the same time » Christian Soete avec ses représentations artistiques de vibrations musicales. Fabuleux ! Je pourrais citer aussi l’exposition de Jean Claude Salemi qui, en outre d’être un dessinateur exceptionnel, nous offert en février 2015 un concert soldout en guise de vernissage avec lui-même à la guitare… Un concert à la Django Reinhardt - avec que des compos originales - enregistré par « votre serviteur » et immortalisé par la réalisation d’un CD.

Kostia : L’exposition de Jean-Claude Salemi l’an dernier était incroyable ! L’espace de la Jazz Station était rempli des ses œuvres, croquis, pliages, affiches, et petits objets. C’était une très belle exposition, très vivante et foisonnante. Et elle a amené de très nombreux visiteurs !

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Quel a été le plus beau souvenir jazz depuis que vous êtes à la jazz station? (Pas uniquement musical. Cela peut-être des rapports humains, une rencontre, une anecdote)

Yannick : De prime abord, il y a tellement de chose à répondre à cette question, mais ce qui m’a marqué et me marque encore chaque jour, chaque semaine c’est le rapport que nous avons créé avec les musiciens. C’est le musicien qui me remercie de l’accueil, des conditions du concert et le fait qu’il soit heureux d’être là. C’est le public qui quitte la Jazz Station avec un grand sourire en me remerciant. C’est la qualité d’écoute de ce même public. C’est la petite équipe de bénévoles qui va dans le même sens, sans autre intérêt que celui de la Jazz Station. C’est la rencontre entre un vieux bouc, râleur, qui n’aime soi-disant pas les chanteuses et qui a toujours 20 ans dans sa tête, et un jeune garçon enthousiaste, réfléchi, avec qui j’ai l’impression de former un réel binôme. Et une anecdote si tu veux, la première qui me vient à l’esprit… il y a en a tant ! C’est le directeur d’un Hôtel près de la Jazz Station qui arrive chez nous avec les musiciens qui y étaient hébergés et qui jouaient le soir même. Il ne voulait pas qu’ils se perdent. Alors il les a conduit lui-même. Les musiciens canadiens étaient abasourdis. Ils ne comprenaient pas !

Kostia : Je crois que ce n’est pas un souvenir précis que j’ai eu, mais le souvenir que j’aurai plus tard de ce lieu qui me marque profondément. Ce sont les sourires des spectateurs qui nous remercient de leur avoir fait découvrir un groupe, le fait de manger aux côtés des plus grands noms du jazz belge, de discuter avec eux de tout et de rien, de blaguer, et puis de les retrouver transcendés sur scène. Les rapports humains sont extrêmement forts ici. C’est ce qui fait le cœur de ce lieu, son âme. Ma première rencontre avec Philip Catherine est, je crois, celle qui représente le mieux cet esprit.

 

Quels sont les jazzmen que vous aimeriez accueillir (sans tenir compte du budget... Mais en restant raisonnable quand même)... ?

Yannick : Je ne vais pas être raisonnable pour mon 1er choix… J’aimerais bien avoir Cecil Mc Lorin Salvant… non pas parce qu’elle est très mode en ce moment. Je pense que je la connaissais déjà avant beaucoup d’autres mais parce que j’aime les chanteuses, enfin celles-là. Celles qui ont du « Sarah Vaughan » dans l’âme tout en étant ancrées dans le présent. Il y a aussi Eric Légnini… mais cela va se faire ! Et puis, Esperanza Spalding en solo, Snarky Puppy ou son claviériste Cory Henry. Et puis… Mais, qu’est ce qui est raisonnable !?

Kostia : Et bien… Cécile McLorin Salvant, Esperanza Spalding, Ibrahim Maalouf, pour les plus récents. J’adorerai pouvoir inviter des musiciens comme Richard Bona, Dave Holland, Michael League et Cory Henry (voire tout  Snarky Puppy, en fait), entre autres. Mais nous y travaillons ! Et nous avons aussi quelques autres idées que nous gardons au chaud pour la fin de la saison…

 

Si vous pouviez changer une chose – pour améliorer encore la Jazz Station – quelle serait-elle ?

Yannick : Dans l’immédiat, les moyens de la Jazz Station sont très limités, l’amélioration des choses est donc plutôt difficile. Néanmoins, j’aimerais qu’on puisse aménager une salle (la salle verte en l’occurrence) en une salle lounge/de relaxation où les gens pourraient se poser simplement en écoutant du jazz de leur choix et bouquiner des revues ou des livres sur le jazz (un salon d’écoute quoi !). J’aimerais aussi que l’on puisse proposer aux internautes les concerts de la Jazz Station en streaming ! J’aimerais que les gens puissent acheter à La Jazz Station tout ce qui se fait en Jazz en Belgique (la production discographique en somme !) ou même la louer, en partenariat avec la médiathèque par exemple (pardon, « Point rencontre »). Et puis, il y a aussi l’espace qui commence à vieillir…

Kostia : Il serait génial de pouvoir augmenter un peu le cachet des musiciens, car c’est très dur pour nous de ne pas pouvoir leur offrir plus qu’actuellement. Nous aimerions aussi arranger un peu la Jazz Station, la redécorer, lui offrir une salle d’écoute, un système de captation pour les concerts. La rendre encore plus vivante, somme toute. Mais nous manquons vraiment de moyens, donc pour l’instant ces idées sont sur pause !

 

 

Où serez-vous et à quoi ressemblera la Jazz Station dans 10 ans ?

Yannick : J’espère simplement être encore de l’aventure ! Et que l’esprit que j’ai pu insuffler dans cet espace sera gardé (pour une fois, je laisse ma modestie de côté!) J’espère que la Jazz Station sera encore et toujours ce centre VIVANT du Jazz et que les autorités auront enfin compris que la Jazz Station n’est PAS un CLUB DE JAZZ mais un espace de création, un espace de vie, bref, un espace culturel important

Kostia : Dans 10 ans, j’espère être encore là ! La Jazz Station aura 20 ans, elle sera jeune adulte et continuera à être un lieu accueillant, dynamique, et à l’écoute des besoins des musiciens. Ou alors ce sera peut-être devenu le temple du punk rock. Qui sait ! Mais l’esprit ne changera pas.

 

Happy birthday, Jazz Station !

 

A+

 

 

 

 

 

18/02/2014

Philip Catherine & Martin Wind Duo au Sounds

9h. L’heure est inhabituelle pour le Sounds. Mais le concert est exceptionnel.

Philip Catherine et Martin Wind en duo.

Tête en l’air comme je suis, j’arrive en fin de premier set.

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Martin Wind, contrebassiste allemand qui vit à New York depuis plus d’une quinzaine d’années, a découvert Philip Catherine à l’âge de 14 ans au travers de l’album Viking (le duo avec Niels-Henning Ørsted Pedersen).

Depuis, l’envie de rencontrer le guitariste belge ne l’a plus quitté.Dernièrement, le rêve est devenu réalité et un disque (New Folks) à été enregistré et publié chez ACT.

Evidemment, une tournée européenne s’imposait et un passage par la Belgique aussi.

Inutile de dire qu’il y avait foule ce soir dans le club de la rue de la Tulipe.

Martin Wind et Philip Catherine remettent en lumière l’art du duo. L’écoute, le respect, la connivence et la recherche constante du bonheur mélodique sont évidents.

Car, pour arriver à un tel degré de perfection, il faut du talent, certes, mais il faut également beaucoup de complicité. Et à voir le sourire sur le visage de l’un et l’autre, il n’y a aucun doute à avoir.

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Ce qui frappe, c’est le maillage harmonique, fin et inventif, c’est la combinaison réinventée entre la contrebasse et la guitare. Chacun des musiciens semble chercher l’extrême dépouillement et la simplicité du propos pour en faire ressortir la beauté intrinsèque.

Jamais de surcharge dans les solos ou lorsque l’un d’eux prend le drive.

Comme pour paraphraser Miles qui disait qu’il ne fallait jouer que les notes utiles, Wind et Catherine ne nous réservent que les plus belles.

«Hello George» est espiègle, «Toscane» est tendre, «I Fall in Love Too Easily» est enlevé…

Il y a de la sincérité dans le jeu des deux artistes. De la sensibilité à fleur de peau. Chacun soutient l’autre, le pousse doucement à aller explorer un peu plus loin, à se découvrir et à se révéler totalement.

Si la dextérité et le phraser de Philip Catherine ne sont plus à prouver, Martin Wind se révèle virtuose à l’archet. «Sublime» est un pur moment de grâce. Quant à l’introduction, en pizzicato, de «All The Things You Are», elle est éblouissante d’intelligence.

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Il faut entendre ensuite comment les deux musiciens font monter le tempo. Comment ils annoncent le thème, comment ils le développent rapidement et le concluent sans s’appesantir…

Le duo joue l’essentiel, en trois minutes tout est dit, pas la peine d’en rajouter. La beauté est dans le geste, le message dans la spontanéité.

Et de l’humour, de l’amour et de la tendresse, il y en a plein. Du swing et du groove aussi. Rien n’est oublié. Et le public en est conscient.

Ce soir, Wind et Catherine nous ont tout fait. Et avec quelle classe !

Avec une élégance incroyable - celle qui n’appartient qu’aux grands et aux humbles - Catherine et Wind nous ont offert une magnifique et incroyable démonstration de jazz.

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Il se murmure que le duo sera de retour un peu partout en Europe (et donc en Belgique !) cet été… Un conseil, scrutez les agendas des musiciens. Il ne faudra pas rater ça !

A+

 

 

 

22:38 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sounds, martin wind, philip catherine, act |  Facebook |

24/11/2013

Flagey fête Marc Moulin - Flagey

Pour fêter comme il se doit Marc Moulin (disparu trop tôt, il y a 5 ans déjà), Flagey avait mis les petits plats dans les grands. Pouvait-on faire moins pour ce grand monsieur qui, mine de rien, fut à l’origine de quelques importantes évolutions musicales ?

Inutile de dire que le paquebot affichait complet ce mercredi 20 novembre. Ultra complet même.

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Aux environs de 19h, dans les petites salles des studios 1 et 2, bien vite remplies, l’excellentissime et émouvante émission Belpop (déjà diffusée, début octobre, sur Canevas) resituait le personnage. On a beau connaître Marc Moulin, on se rend compte, une fois de plus, du côté visionnaire, créatif, curieux – et tellement humble – de l’homme.

Mais il est déjà 20h.30, plus de temps à perdre, rendez-vous sur la scène du Studio 4 où Christa Jérôme, de sa voix graineuse et sensuelle nous accueille avec «Who Knows» (un titre inédit que l’on peut entendre sur la toute dernière compilation de quelques titres emblématiques de Marc Moulin Songs and Moods) suivi du bien nommé «I Am You».

Le ton est donné, la ligne est tracée et les artistes défilent en toute décontraction – comme l’aimait Marc - et sans temps morts sur la scène. Bravo à Jan Hautekiet - maître de cérémonie et pianiste de cette soirée - pour la performance.

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Antoine Chance et Alec Mansion viennent alors déposer de belle manière leurs témoignages, mais l’émotion monte réellement d’un cran (voire plus) lorsque Dan Lacksman et Michel Moers viennent mimer un «Moslow Dislow» (remix unreleased, chanté ici par Kylie Minogue, du célèbre «Moscow Diskow»). Les deux complices de Marc Moulin, assis sur deux des trois chaises alignées sous le grand écran, calquent la gestuelle du mythique groupe Telex dans le film projeté juste au-dessus d’eux. Surréaliste, décalé, drôle… mais surtout très émouvant. L’esprit Moulin est toujours bien vivant. Tonnerre d’applaudissements.

Quoi de plus naturel alors que d’enchaîner avec la disco pop de Bertrand Burgalat, avant de remonter dans le temps en compagnie de Carlo Nardozza (tp), Peter Vandendriessche (as), Fabrice Alleman (ts) et le compagnon des débuts Richard Rousselet (tp) pour évoquer Placebo avec un «Humpty Dumpty» qui n’a pas pris une ride ! 40 ans et plus actuel que jamais. Le groove d’enfer est entretenu par une rythmique qui ne l’est pas moins (Patrick Dorcéan aux drums, Paul Flush à l’orgue Hammond et Renoar Hadri à la basse électrique). Ça claque avec onctuosité et richesse.

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Puis, sous un nouveau tonnerre d’applaudissements, Philip Catherine entre en scène accompagné de Nicolas Fiszman (eb). Sur un thème funky soul («Memphis Talk»), la guitare de Catherine se fait plus électrique que jamais. Les arpèges sinueux et sensuels s’enchaînent et poussent Peter Vandendriessche à se lancer dans un solo gras et rocailleux. Merveilleusement black, merveilleusement roots. On sait d’où vient ce sorcier blanc de Marc Moulin. Alors, on contrebalance rapidement avec l’intimiste «Tenderly» qui permet à Nicolas Fiszman, cette fois-ci, de développer un solo magique et très inspiré.

Nouveau temps fort avant une courte pause : Alain Chamfort et Bertrand Burgalat reprennent en duo «L’ennemi dans la glace».

Alain Chamfort, qui doit beaucoup à Marc Moulin pour l’avoir «crédibiliser» auprès d’un certain public, plus élitiste peut-être, n’est pas avare de compliments envers son ami. Avec humour, lucidité et humilité il improvise un petit discours d’une touchante sincérité. «Avec Marc, j’avais l’impression d’être plus intelligent, ça fait du bien...» dira-t-il dans un sourire entendu. C’est vrai que Marc Moulin avait le don de mettre en valeur les qualités et les talents des personnes qu’il rencontrait. Avec lui, tout semblait possible.

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Après l’entracte qui permet à tout le beau monde réuni à Flagey de se retrouver (on y croise Philippe Geluck, Kroll, Alain Debaisieux, Soda, Fred Jannin, Jacques Mercier, Serge Honorez, Gilbert Lederman et bien d’autres encore), on redémarre avec un tube de Placebo – décidément très moderne ! -  avant d’enchaîner avec «Organ» (tiré de l’album Top Secret). Ce dernier morceau permet à Fabrice Alleman de nous offrir une impro brûlante et intense. Il louvoie entre les rythmes, s’échappe, s’envole, éclate presque. La liberté du jazz dans l’électro lounge et la dance

Et l’on se dit alors qu’il y a indéniablement une touch Marc Moulin dans toutes les musiques que l’on entend depuis le début de la soirée. C’est évident. Qu'elles soient jazz, pop, électro, récente ou anciennes, il y a un groove, une pulsation unique et singulière, un son… une voix.

La voix, c’est aussi celle de Jeanna Celeste (que je ne connaissais pas, je l’avoue) qui, flanquée de l’inimitable et trop discret Bert Joris (tp), nous balance un soul blues langoureux et sexy. Question voix, Christa Jérôme n’a rien à lui envier. Son «Lucky Charm» (lui aussi inédit) est une petite perle.

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Mais voici un autre moment très attendu… les Sparks ! Arrivés tout droit de Los Angeles, Russel Mael et Ron Mael (toujours faussement sérieux, figé depuis 1978 dans son indémodable chemise à manches courtes et cravate) interprètent - après avoir lu une lettre touchante et pleine d’humour que Marc Moulin leur avait adressée - «Tell Me It's A Dream» (de Telex) et bien sûr l’inévitable tube «This Town Ain't Big Enough For Both Of Us» qui rend hystérique la grande salle du studio 4. Que de souvenirs remontent alors à la mémoire ! Russel n’a rien perdu de ses qualités vocales et Ron assure un jeu très alerte derrière son clavier. A deux, ils mettent le feu.

Jacques Duvall se présente alors et éteint l’incendie. Mais il en rallume un autre. Différent. Pas moins violent. En duo avec Daan, il nous offre un intime «Guess What Color I Am», scandé sombrement à la manière des Last Poets.

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Christa Jérôme, omniprésente et très émue, revient partager avec Daan – la voix plus gainsbourienne que jamais - «Me And My Ego», avant de retrouver d’autres choristes (dont la sublime Milla Brune) sur «Welcome To The Club» et «Everyday Is D Day» qui vibrent à la manière d’un gospel.

On plonge une dernière fois - et avec délice - dans «Into The Dark» qui fait presque se lever la salle. Un dernier cadeau pour finir : l’émouvant «Promise Land» a cappella.

On est au bord des larmes. Les lumières se rallument. La salle est debout et applaudit. Longuement.

Oui, Marc Moulin méritait bien ça !


PS : Merci mille fois à Bernard Rosenberg pour les superbes photos !

 

A+

 

23/11/2012

Philip Catherine 70th Birthday - Bozar

Philip Catherine méritait bien un lieu prestigieux pour fêter ses 70 ans. C’est donc la belle Salle Henry le Bœuf, au Bozar, qui accueillait notre célèbre guitariste, accompagné par Nicola Andrioli (p), Philippe Decock (keys), Philippe Aerts (cb) et Antoine Pierre (dm) pour un concert exceptionnel.

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Toujours simple, souriant, affable; toujours un peu perdu et affairé, tentant de mettre constamment de l’ordre dans ses partitions, Philip Catherine est heureux d’être là. Et il est ovationné comme il se doit. Lui qui n’aime pas trop les hommages et les compliments, le voilà servi.

Alors il joue. Cole Porter d’abord, qu’il affectionne particulièrement. «Let’s Do It (Let’s Fall In Love)» puis «So In Love». Entre deux «La Prima Vera» (d’Andrioli). Puis «Janet», «Misty Cliffs»…  Philip Catherine n’a pas son pareil pour enflammer chaque thème avec un délicat lyrisme. Il aime joué au chat et à la souris. À trouver des portes de sorties. Ça tombe bien, Antoine Pierre aime ça aussi. Le jeune batteur s’amuse et ose tout – break, accompagnements décalés - sans jamais oublier le swing. Peut-être devrait-il juste encore se départir de quelques gimmicks récurrents? Redoutablement efficace, il reste sobre dans le délire ou délirant dans la sobriété, c’est selon.

Nicola Andrioli, de son côté, possède un jeu extrêmement lumineux et brillant. Les arpèges et les accords dégringolent avec finesse pour aller se mélanger aux mélodies du guitariste. Ensemble, ils peuvent se permettre de belles escapades («Janet» en est une belle preuve) car ils savent qu’ils peuvent toujours compter sur le jeu solide, souple et ferme, de Philippe Aerts à la contrebasse.

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S’il a le sens du groove, Philip Catherine a aussi le sens de la mélodie et de la chanson. C’est pourquoi il invite sa fille, Isabelle Catherine, à le rejoindre sur scène et à l’accompagner sur «Côté Jardin» (thème écrit en son temps par Philip Catherine, sur lequel Jacques Duval a posé de tendres paroles). La jolie ballade est chantée (presque murmurée) d’une voix douce qui rappelle peut-être un peu l’univers de Coralie Clément. Le moment est très touchant.

Et puis les invités se suivent. D’abord, Nicolas Fiszman pour un superbe duo d’une grande complicité («Merci Philip», «Homecomings»). Ensuite, c’est Didier Lockwood qui vient donner une touche jazz-rock à la soirée. Le démarrage se fait en douceur sur un morceau presque planant, sur lequel Catherine dépose quelques phrases évanescentes, avant d'enchaîner avec un fantastique «Ain't Misbehavin'»! Ça brûle, ça échange, c’est explosif et tout le monde s’amuse.

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Et bien sûr, la fête ne serait pas complète si Toots Thielemans ne venait pas, lui aussi, souhaiter un bon anniversaire à notre incroyable guitariste qui a quand même bien marqué de son empreinte le jazz européen et que certains oublient parfois trop facilement (trois petites lignes dans le Jazz Magazine consacré aux guitaristes… c’est assez mesquin).

«Over The Rainbow», «What A Wonderful World» et d’autres standards concluent cette grande soirée pleine de rires et d’émotions.

Côté Jardin, le nouveau disque de Philip Catherine sort ce mois-ci. A bon entendeur...

Bon anniversaire et longue vie Mister Catherine !

A+

28/02/2012

Tournai Jazz Festival sur Citizen Jazz

La création d’un festival de jazz est toujours réjouissante. Celui de Tournai est d’autant plus à encourager qu’il se situe dans une région un peu trop oubliée des médias. Pourtant, la ville occupe une position géographique assez enviable puisqu’elle est située au carrefour de la Wallonie, de la Flandre et du Nord de la France.

Et puis, du jazz à Tournai, on n’en avait plus entendu depuis bien longtemps.

La suite à lire ici, sur Citizen Jazz...

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Bonne lecture.


A+

 

25/02/2012

Tournai Jazz Festival

Oui, oui, il y a eu le Tournai Jazz Festival. Et j’y étais.

C’était le week-end des 27, 28 et 29 janvier et ça se passait à la Maison de la Culture.

L’ambiance était très bonne et très sympathique. L’organisation parfaite («chapeau» pour une première !).

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A l’affiche, il y a avait Toots, Terez Montcalm, Eric Legnini, le BJO avec David Linx et Maria Joao, Thierry Crommen, Philip Catherine

Les salles étaient plutôt bien remplies et les concerts souvent à la hauteur des attentes. Coup de cœur pour Philip Catherine qui arrive toujours à allier sobriété et efficacité. Ses relectures des grands classiques de Cole Porter sont de pures merveilles.

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Et puis énorme coup de cœur au BJO et le projet «Another Porgy, a different Bess». Fantastique d’un bout à l’autre. David Linx, toujours éblouissant et Maria Joao renversante ! Des arrangements incroyables («A Red-Haired Woman» à tomber par terre, «Summertime» à pleurer…), des solistes formidables, un Big Band unique. On attend le disque avec impatience.

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Bref, tout ça, vous le lirez en long, en large et en profondeur, très bientôt sur Citizen Jazz.

 

A+

 

12/01/2012

Festival de festivals.

 

Qui a dit qu’il fallait attendre l’été pour retrouver les festivals de jazz ?

Allez, hop, tous à vos agendas… et essayez de vous organiser!

Ça commence le 17 avec le Winter Jazz Festival, au Théâtre Marni et à Flagey.

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C’est Philip Catherine - accompagné par le pianiste italien Nicola Andrioli - qui ouvrira les festivités au Marni (le 17) et pas moins de 20 jeunes musiciens venus de 7 pays européens qui donneront un grand concert de clôture à Flagey le 28 : «JazzPlaysEurope Anniversary». Entre ces deux grands moments, on pourra entendre le nouveau et ambitieux projet de Barbara Wiernik avec l’Ensemble des Musiques Nouvelles : «Les 100 Ciels» (le 21 au Marni). Le 26, à Flagey, Sinne Eeg sera l’invitée du Danish Radio Big Band et le lendemain, au Marni, on pourra découvrir Loumèn.

La suite de l’affiche reflétera la liberté des influences dans lequel le jazz évolue constamment: le quartette tchéco-slovaque AsGuest joue la carte de l’improvisation. Autour du piano de Michal Vanoucek on trouvera et d’un vibraphone Miro Herak (vib) et Janos Bruneel (cb) et Joao Lobo (dm) (le 18 à Flagey). Le 19, Frown I Brown apporteront leur touche de hip hop à la note bleue, juste après le vernissage de l’expo consacrée aux esquisses d'un des menbres du groupe, Herbert Celis. Le 25, le trio manouche de Marquito Velez, Martin Bérenger et Dajo de Cauter swinguera pour un soir de rencontre entre le Winter Jazz et les Djangofolllies ! Hé oui, les Djangofollies, c’est aussi en janvier ! Ça commence le 19, ça se termine le 29 et c’est un peu partout en Belgique…

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Un autre Festival, c’est celui du Blue Flamingo, organisé par Muse Boosting au magnifique Château du Karreveld à Molenbeek. Le vendredi 20, on pourra y entendre le quartette de Fabrizio Graceffa (avec Jean-Paul Estiévenart (tp), Boris Schmidt (cb) et Herman Pardon (dm) et le samedi, le trio de Eric Seva (as), Didier Ithursarry (acc) et Olivier Louvel (g, sax). Cerise sur le gâteau, Eric Seva proposera également une Master Class le samedi 21 à 16h. Avis aux amateurs ! Renseignez-vous vite au 02 880 93 26 ou surfez ici

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Et puis, pour que le plaisir soit complet, Tournai organise son premier festival de jazz ! Cela se déroulera le week-end des 27, 28 et 29 janvier à la Maison de la Culture. Et pour une première, les organisateurs n’ont pas fait les choses à moitié. Au programme : Toots Thielemans et Terez Montcalm le vendredi soir, Eric Legnini «The Vox» et le projet Cole Porter de Philip Catherine le samedi. Dimanche ce sera Thierry Crommen qui montera sur scène  avant le final très alléchant: David Linx et Maria Joao accompagnés par le Brussels Jazz Orchestra avec le projet «Another Porgy & Bess»!

Et comme si cela ne suffisait pas, il y aura aussi, pendant tout ce week-end, des ateliers de jazz vocal, des concerts pour les enfants et d’autres concerts (Swing Dealers, Nu Jazz Project…). Ça va swinguer dans la cité des cinq clochers !

A+

 

 

 

05/06/2010

Brussels Jazz Marathon 2010

Vendredi 28 mai, je marche vers la Grand Place de Bruxelles. Le ciel est clément, il y a même quelques rayons de soleil.

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Sur la grande scène, Mariana Tootsie a donné le départ du quinzième Jazz Marathon. Elle est accompagnée par ses «Chéris d’Amour». Personnellement, et même si cela est sympathique, je ne suis pas convaincu par ce nom de baptême (j’aurais même tendance à m’en méfier). Mais c’est Mariana Tootsie (très grande voix!) et Matthieu Vann (p, keyb) et Jérôme Van Den Bril (eg) et Cédric Raymond (cb) et Bilou Doneux (dm). Et très vite, toutes mes appréhensions se dissipent. Mariana possède décidément une sacrée voix (désolé si je me répète) et son groupe sonne vraiment bien! Ça groove, c’est soul, c’est funky, c’est sec et puissant, c’est un peu frustre, un peu brut… mais qu’est ce que c’est bon! Le temps d’un titre, le groupe invite Renata Kamara, histoire de flirter un peu avec le rap.

Ça démarre fort, ça démarre bien!

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Toujours sur la Grand Place, je découvre ensuite le trio d’Harold Lopez Nussa, dont on m’avait dit beaucoup de bien. Le pianiste vient tout droit de Cuba. Son jeu est vif, brillant, explosif. Sous la couleur d’un jazz très actuel, nourri à la pop, on sent poindre, bien sûr, les rythmes afro-cubains. Le mélange est très équilibré. Entre Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera (cb) et l’excellent batteur Ruy Adrian Lopez Nussa, l’entente est parfaite. Le trio évite le piège du cuban-jazz trop typé pour en délivrer leur vision assez personnelle et bien tranchée. Un trio à suivre de près.

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Je fais un crochet par la Place Sainte-Catherine pour saluer Manu Hermia (as), François Garny (eg) et Michel Seba (perc) occupés à se préparer pour le concert de Slang. Connaissant la bande, je décide d’aller découvrir, au Lombard, le nouveau projet de Rui Salgado (cb), Cédric Favresse (as), Ben Pischi (p) et Nico Chkifi (dm): Citta Collectif.

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Le groupe s’est formé assez récemment et on le sent encore en recherche. Il en ressort cependant déjà de belles idées. Suivant les morceaux, on peut y déceler, ici, les influences d’un Abdullah Ibrahim, là,  «l’urgence» d’un Charlie Parker et, plus loin encore, l’inspiration de ragas indiens. La musique circule, joue le mystère, fait cohabiter les silences et la frénésie. Voilà encore un groupe qui promet.

Changement de crèmerie. Sur le chemin vers la Place St Géry, Raztaboul, met le feu ska-jazz-funk sur le podium du Bonnefooi.

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J’arrive au Café Central. Au fond de la salle, PaNoPTiCon improvise, délire, part en vrille. À un ami qui me demandait ce qu’il fallait aller voir au Jazz Marathon, j’avais cité PaNoPTiCon en lui précisant: «jazz indéfinissable». Domenico Solazzo, le batteur, leader et instigateur du projet invite pratiquement chaque fois des musiciens différents. C’est ainsi que se retrouvaient autour de lui ce soir, Antoine Guenet (keyb), Michel Delville (g), Olivier Catala (eb) et Jan Rzewski (ss). La règle du jeu? Pas de répétition mais de l’impro libre et totale. L’expérience est assez fascinante, déconcertante voire éprouvante, car ici, tout est permis. Le groupe explore les stridences, va au bout des sons et des idées. Certains spectateurs abandonnent, d’autres entrent dans le jeu. Je fais visiblement partie de la deuxième catégorie. Certes, la musique n’est pas facile, mais il y a ce côté expérimental et cette recherche de l’accident qui me captive. Michel Delville injecte des sons très seventies, évoquant le prog-rock et Jan Rzewski fait couiner son soprano. PaNoPTiCon explore les recoins de la musique underground, du jazz-rock, de la musique sérielle, du drone… et du jazz, tout simplement. Il fait s’entrechoquer les mondes. Expérience musicale et spirituelle assez forte.

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Avant de rentrer, je vais écouter Piero Delle Monache (ts) et Laurent Melnyk (g)  accompagnés d’Armando Luongo (dm) et de Daniele Esposito (cb). «Ecouter», est un bien grand mot. Le quartette joue sur une scène grande comme un mouchoir de poche, dans un endroit improbable où le public n’en a absolument rien à cirer. Le Celtica est bourré à craquer de gens bruyants, déjà bien imbibés, qui se sont juste réunis pour beugler et boire encore. On se demande bien où est l’intérêt pour les musiciens de se retrouver à jouer dans des conditions aussi indécentes? On appréciera le groupe une autre fois, dans de meilleures circonstances, je l’espère. En attendant, je vous conseille le très bon premier album de Delle Monache: «Welcome» (j’en reparlerai).

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Samedi, Place Fernand Cocq, où les parasols servent de parapluies, me voilà avec Jempi Samyn, Jacobien Tamsma, Fabien Degryse, Henri Greindl et Nicolas Kummert dans le jury du concours Jeunes Talents.

Le premier groupe à se lancer est le Metropolitan Quintet. Voilà déjà plusieurs fois que je les entends, et chaque fois le niveau monte. Le groupe propose une musique clairement influencée par le jazz-rock seventies auquel il ajoute une touche parfois funky, parfois plus contemporaine. C’est très habilement joué et l’on remarque bien vite de belles personnalités, comme Antoine Pierre (dm et leader), qui recevra d’ailleurs le prix du meilleur soliste, mais aussi le saxophoniste Clément Dechambre

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Changement radical de style, ensuite, avec le duo Saxodeon de Julien Delbrouck (ss, baryton, cl.basse) et Thibault Dille (acc.). La mélancolie et le lyrisme mélangés à une touche de new tango ou parfois de bossa, offrent une belle originalité. Le pari est osé, mais manque peut-être encore d’un peu de souplesse, la moindre hésitation se paie cash. Finalement, c’est Raw Kandinsky qui mettra tout le monde d’accord.

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Ce jeune quartette - Johan De Pue (g), Quirijn Vos (tp), Tijn Jans (dm) et Martin Masakowski (cb) – est très affûté, très soudé et énergique. Sorte de neo-bop, un poil rock, un poil funk, qui va à l’essentiel. Pas de bavardage inutile, mais de l’efficacité servie par d’excellents musiciens (à l’image de l’impressionnant contrebassiste). On reverra tous ces groupes au Sounds le 25 juin, venez nombreux, ça vaut le coup d’oreille.

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Allez, hop, je descends dans le centre écouter Jeroen Van Herzeele et Louis Favre. Avant ça, je fais une halte sur la Grand Place pour écouter la fin du concert de Julien Tassin (g) et Manu Hermia (as) que j’avais déjà vu en club (et dont je n’ai pas eu le temps de vous parler... désolé). Musique énergique, spontanée et directe qui s’inspire du funk, de la soul, du rock, de John Scofield ou de Jimi Hendrix. Jacques Pili est à la basse électrique et Bilou Donneux à la batterie. Efficace et groovy en diable! Je vous le recommande!

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Le Lombard s’est vite rempli et le public restera scotché. Pourtant, il n’y aucune concession dans la musique de Louis Favre (dm), Jeroen Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb). C’est Coltranien en plein! Un long premier morceau évolutif nous emmène haut, très haut. Ça psalmodie, ça rougeoie et c’est incandescent. Le deuxième morceau est emmené à un train d’enfer par Favre. Il y a du Hamid Drake dans son jeu. Van Herzeele fait crier son sax, le fait pleurer, le fait chanter. Les phrases s’inventent et se cristallisent dans l’instant. Fantastique moment!

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Curieux, je remonte vers le Sablon pour écouter Casimir Liberski. Le retour de l’enfant prodige fraîchement diplômé du célèbre Berklee College of Music. Avec Reggie Washington à la basse électrique et Jeff Fajardo aux drums, le trio nous sert un jazz très (trop) propre, presque aseptisé. On s’ennuie à écouter de longues boucles funky, un peu molles, entendues chez Hancock, par exemple, dans les années 80 (pas la période que je préfère). Bref, ça sent le salon cosy. Liberski prépare un album avec Tyshawn Sorey (dm) et Thomas Morgan (cb), ça devrait, je l’espère, sonner autrement.

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Au Chat Pitre, Mathieu De Wit (p), Frans Van Isacker (as), Damien Campion (cb), Jonathan Taylor (dm) dépoussièrent de vieux standards («The Way You Look Tonight», «Blue Monk», etc.). Sans pour autant les dénaturer, le groupe parvient à leur donner une fraîcheur plutôt originale.

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Et je termine ma longue journée au Sounds pour écouter Philip Catherine (g) en compagnie des fantastiques Benoît Sourisse (orgue Hammond) et André Charlier (dm). «Smile», «Congo Square» et autres thèmes passent à la moulinette d’un groove nerveux et explosif. L’entente est parfaite, le timing irréprochable et le plaisir communicatif. Le bonheur est parfait.

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Dimanche après-midi, sur la Grand Place, le programme est concocté par les Lundis d’Hortense. Sabin Todorov présente son dernier projet avec le Bulgarka Junior Quartet et chasse les nuages. Les chants traditionnels bulgares mélangés au jazz révèlent ici toute leur magie. L’équilibre est subtil entre les voix, l’alto de Steve Houben et le trio de Todorov. C’est souvent dansant, coloré et ça tient vraiment bien la route.

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Je reste, par contre, toujours un peu mitigé par rapport au projet de Barbara Wiernik. C’est tendre et sensible, tous les musiciens sont excellents (Blondiau sur «Drops Can Fly», pour ne prendre qu’un exemple)… mais je n’arrive pas à «entrer dedans».

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Avec Nathalie Loriers, le soleil est définitivement de retour. Sous la direction de Bert Joris (tp), le Spiegel String Quartet (Igor Semenoff (v), Stefan Willems (v), Aurélie Entringer (v) et Jan Sciffer (cello)) fait un sans faute. Nathalie fait swinguer «Neige» et «Intuitions & Illusions» et nous donne le frisson sur «Mémoire d’Ô». Belle réussite que cette association de cordes et avec un quartette jazz

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Comme chaque année, la fête se termine trop tôt (22h15: extinction des feux!!!?? On croit rêver!!), alors je passe par le RoskamBen Sluijs (as) s’y produit en trio, avec Manolo Cabras (cb) et Eric Thielemans (dm). Musique très ouverte, parfois inconfortable, parfois cérébrale mais toujours excitante. Rien à faire j’adore ça…

Rideau.

A+

 

10/02/2010

Gino Lattuca - Bad Influence

Avant de vous raconter le concert de Mélanie De Biasio à Flagey, de Christophe Astolfi au Sounds et de Fabien Degryse à la Jazz Station, voici un petit texte que j’ai eu plaisir à écrire pour le dernier album de Gino Lattuca: «Bad Influence», sorti chez Igloo.

lattuca

Toujours à la recherche du son juste, celui qui coule avec suavité et élégance, Gino Lattuca a attendu près de 18 ans avant de sortir un nouvel album en tant que leader («My Impression» date déjà de 1992). Ho, bien sûr, pendant tout ce temps, notre trompettiste n’est pas resté inactif, au contraire. Il est bien connu qu’au sein du BJO, on ne se repose pas. Alors, au rythme des rencontres et des nombreux projets, Gino en a profité pour travailler encore et toujours son instrument et confirmer ainsi qu’il était bien l’un des meilleurs trompettistes du royaume.

D’ailleurs, si Philip Catherine l’accompagne du début à la fin de ce disque - et pas qu’en simple invité sur l’un ou l’autre titre - c’est qu’il y de bonnes raisons. Et la qualité de jeu de Gino Lattuca n’y est sans doute pas étrangère. Tout au long de ce «Bad Influence», on décèle d’ailleurs un grand respect mutuel de la part de ces deux grands musiciens. Chacun laisse de l’espace à l’autre pour qu’il s’exprime en toute liberté. Tout est une question de dialogues subtils et généreux. Chaque mélodie en est magnifiée. Il suffit d’écouter comment le quartette se réapproprie certains standards pour comprendre combien cette alchimie est assez unique. Amoureux des ballades swinguantes, Gino Lattuca ne pouvait pas passer à côté d’un «Come Rain Or Come Shine» capricieux et  facétieux, «Along Came Betty» merveilleusement ensoleillé, ou «Theme For Ernie» tendrement sensuel. Chaque fois, la musique est lumineuse et limpide. Le jeu de Gino est précis, sensible et caressant. Toujours, il développe un son d’une extrême justesse et d’une grande finesse.

Soutenu par une rythmique qui se connaît bien - et qui le connaît bien (Bart De Nolf à la contrebasse et Mimi Verderame à la batterie) - l’ensemble est extrêmement soudé et attentif. Et Philip Catherine y est élégamment éblouissant. La virtuosité est toujours, ici, au service de la musique.

Gino Lattuca co-signe également deux titres avec Mimi Verderame («Bad Influence» et un «Espresso» bien serré) alors que Philippe Catherine lui offre un swinguant «Adriano» et Michel Herr un irrésistible «Last Minute Blues».

Il n’y a pas à dire, cet album est un véritable disque d’amis. Un vrai disque de jazz.

Mais alors, quelles sont ces «Bad Influences»? Celles de Freddie Hubbard, Harry James, Woody Shaw?  Celles des rencontres de la vie? Qu’importe, puisqu’elles donnent surtout de bonnes vibrations.

 

A+

 

 

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
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C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
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Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
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Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
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On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
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Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+

03/10/2008

Marc Moulin - Absurde n'est-il pas?

Drôle d’histoire.

Quand j’étais jeune, il y avait un type pince-sans-rire à la voix grave qui présentait une émission chaque semaine sur la RTB.
Dans cette émission, on y voyait les dessins animés de Tex Avery et aussi les Monty Python.
J’étais subjugué et mort de rire.

A la même époque, je retrouve ce même type pince-sans-rire derrière les claviers d’un groupe assez décalé qui faisait de la musique comme peu en faisaient à l’époque.
«Moscow Discow», «Twist à St-Tropez», «En route vers de nouvelles aventures» et l’improbable «Eurovision» !
Telex !

Quelques années plus tard, à la radio cette fois, j’entends un son, une musique, un esprit totalement nouveau, fascinant, hypnotique, excitant.
C’était Radio Cité.
Révolution dans le monde de la radio.
001

Qui est donc ce Marc Moulin ?
Je retrouve sa trace.
C’est un claviériste, arrangeur, compositeur et fan de Miles Davis.
Avec Richard Rousselet, Garcia Morales, Nicolas Fissette, Bruno Castellucci, Philip Catherine et quelques autres, dans les années ’70, il fonde Placebo puis Sam Suffy.
Du jazz fusion…

Ce type est donc un jazzman.
Un jazzman d’un drôle de type.





Normal qu’avec tout ça, il soit devenu une référence pour moi. Autant intellectuelle que musicale.

Pourtant, début des années 2000, après avoir sorti confidentiellement quelques albums (comme «Maessage»), le voilà dans le pur electro-jazz…
Mon sang ne fait qu’un tour !
Je ne suis pas Marc Moulin sur ce chemin et j’écris un long mail à son attention à Télé Moustique (pour qui il écrit ses «humeurs» caustiques).
«Revenir» au jazz par ce biais, je ne comprenais pas…

Et puis, on m’offre cet album (car on sait que j’aime Marc Moulin et le jazz) que j’écoute avec méfiance.
Et… finalement, je découvre des références et des arrangements intelligents.
Aurais-je jugé trop vite ?
Malaise.

Marc Moulin est l’invité de Philippe Baron. Je décide alors d’envoyer un mail à Philippe pour tenter de m’excuser auprès de Marc pour ma critique imbécile…
Deux jours plus tard, Marc Moulin me répond.
Avec classe, humour et incrédulité.

Se sont succédés alors de nombreux mails où l’on parlait de musique, de jazz, de la vie, des blogs (qu’il appréciait moyennement), de politique, d’art…
C’était toujours intéressant !
Et toujours, il répondait.
Jamais il ne donnait de leçons… et pourtant, il en connaissait un rayon en jazz et en musique en général.
Il me demandait même des conseils !!!!
Alors, on s’est vu plusieurs fois. J’étais chaque fois impressionné et pourtant il était d’une telle simplicité, d’une telle gentillesse.
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Bien sûr, il ne sortait pas souvent.
Le nombre de fois où, quelques heures avant de se retrouver au Sounds, au Music Village ou ailleurs, il m’envoyait un mail: «Désolé, j’ai un empêchement…»

Je l’avais convaincu un jour pourtant de venir écouter Quentin Liégeois à la Jazz Station (il était à la recherche d’un guitariste) et il était venu… !
Et il a découvert Pascal Mohy, car Quentin, lui, n’était pas venu…

C’est Marc qui m’avait convaincu que je «pouvais» écrire et jouer au «journaliste», lorsque Jempi m’avait proposé de le remplacer pour une interview...
Je sais qu’il lisait de temps à autre mes «papiers»…
J’espère ne pas trop l’avoir déçu.

Marc est mort.

Absurde n’est-il pas ?

A+

(Merci à Yves Budin pour l’illustration)

14/09/2008

Marni Jazz Rendez-vous

 

J’étais aux rendez-vous !
Ceux que propose par le Théâtre Marni tous les trois mois.

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Édition spéciale cette fois-ci, puisque les «Rendez-vous» fêtaient aussi les trente ans du Travers.
Si le club a disparu voici quelques années (et a quitté la rue Traversière), son esprit n’est pas mort.
Jules Imberechts continue à l’entretenir en faisant la programmation du Tavers Emotions au Théâtre Marni, justement.

J’étais donc au rendez-vous le premier soir, et je n’étais pas le seul.
Le théâtre affichait complet.
Kevin Mulligan (voc, g) avait invité Philip Catherine (g) et Laurent Vernerey (b) pour un joli voyage au pays du blues et de quelques standards de jazz.

Mulligan chante avec beaucoup de sensibilité les «Do You Know What It Means to Miss New Orleans?», «Change Partners», un très sensuel «Under My Skin» ou encore un «Fever» qui ferait presque rougir Peggy Lee.

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On le sent d’ailleurs meilleur chanteur et arrangeur que guitariste. Il faut dire que la comparaison avec Philip Catherine ne lui laisse pas beaucoup de chance.
C’est absolument éblouissant comment le guitariste belge invente les phrases, relie les accords et soutient les mélodies avec une facilité déconcertante. Et que dire de ses solos?

Chacun à leur tour, les deux guitaristes ne manqueront pas non plus de saluer la mémoire de Pierre Van Dormael, disparu la veille. Emouvant.

Je n’ai pas eu l’occasion de revoir le sextette de Bernard Guyot dont j’avais parlé ici, mais j’ai rencontré Charles Loos qui a pu me donner le nom de ce merveilleux morceau écrit en hommage à son père: «Bright As A Father».
Un conseil, retenez bien ce titre…

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J’étais bien présent, par contre, pour découvrir Commander Grek du batteur gantois Jonathan Callens.

Commander Grek tire son nom d’un personnage BD d’heroic fantasy des années ’70.
Il me semblait bien avoir rencontré ce commandant lorsque je partageais avec un ami un appartement juste au-dessus du mythique magasin de bandes dessinées de la Rue de Namur: Peperland.
Que de souvenirs…

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Bref.
Le quartette de ce soir porte bien son nom car il mélange allègrement les époques et les genres: le funk, le jazz, le drum’ n bass ou le jazz-rock.
À la basse, on retrouve Olivier Stalon, à la guitare François Delporte (dont certains riffs, dans ce contexte, me rappellent parfois le jeu de cet excellent guitariste souvent oublié: Terry Kath) et puis, aux claviers: Piotr Paluch. Fantastique et étonnant de facilité, lorsqu’il passe du piano au Korg et puis du Korg au Roland AX7, symbole s’il en est du funk de la fin des années 70.

Des compositions riches et nerveuses, des arrangements sophistiqués, de l’énergie et une pointe d’humour.
Suivez ce Commander Grek, les amis !

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Dans un tout autre style, une autre belle découverte: Joona Toivanen Trio.
Venu tout droit de Finlande, le groupe développe un jazz épuré et parfois mélancolique. Une certaine idée du jazz scandinave dans lequel on retrouve des influences de Bill Evans, d’Esbjörn Svensson (première époque) ou encore Brad Mehldau.

Mais le trio sait se créer son propre univers.
Le pianiste aime préparer son instrument à l’aide de pinces à linge, de feuilles de papier ou de balles de ping pong. Cela donne du relief aux ballades et provoque des déséquilibres harmoniques plus qu’intéressants.
Soutenu par la basse très chantante de Tapani Toivanen, le groove est toujours présent sans jamais être envahissant.
Le jeu du batteur Olavi Louhivuori y est sans doute aussi pour quelque chose. Subtil, délicat, léger et foisonnant, il me rappelle parfois le style d’un Jarle Vespestad (Tord Gustavsen Trio, Super Silent…).

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Un trio «classique» basse-batterie-piano qui ouvre pas mal d’horizons et nous offre une vision assez originale du genre.
On en reparlera encore, sans nul doute.

J’ai donc raté, comme vous l’avez peut-être constaté, le concert de Fred Van Hove (sniff) ainsi que celui du trio de Pascal Mohy (re-sniff).

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Par contre, je suis content d’avoir enfin pu voir sur scène Gilbert Paeffgen et son nouveau projet.

Toujours aussi surprenant et gentiment délirant.
Le batteur germano-suisse jouera ici plus souvent du «Appenzeller Hackbrett» (sorte de cymbalum) que de la batterie.
Il faut dire que le répertoire de ce «Alpin Gamelan» tourne autour de la musique folklorique et populaire suisse.
Mais rassurez-vous, rien ici n’est traité «normalement».
Les arrangements sont des plus étonnants et l’accompagnement n’est pas moins original.

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Il y a Hans Petter Pfammatter au piano et Urban Lienert à la basse électrique, mais surtout un joueur de flûtes et de cornemuse Irlandaise (Joe Mc Hugh) et un percussionniste déjanté: Tini Hägler. Ce dernier, sorte de professeur fou, tape sur tout, en s’aidant aussi d’une pédale wha-wha: xylophone, guitare, chaussures, tasses à café ou encore fouet de cuisine…
De tout cela naît une musique absolument merveilleuse, unique et extrêmeent attachante.
On navigue entre jazz, folk, ambiant et groove et... c’est que du bonheur.

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J’attends déjà le prochain rendez-vous et je vous en fixe un bientôt sur Citizen pour affiner tout ça.

A+

24/08/2008

Sabin Todorov sur Citizen et les J.O.

Petit détour du côté de Citizen Jazz.
Cette fois-ci, c’est pour vous inviter à aller lire ma chronique de «Inside Story» de Sabin Todorov et ensuite, à moins que ce ne soit déjà fait, aller vous procurer  l’album.

Rappelez-vous, j’avais vu le concert du pianiste et son trio à Bruges voici quelques mois.

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«Inside Story» est sorti chez Igloo et est dans les bacs des bons disquaires depuis quelque temps déjà.


Autre album sorti récemment et qui trône déjà dans les bacs, c’est «JazzOlympics».
Il me semblait opportun d’en parler après l’obtention d’une médaille d’Or de notre belle, brillante et très sympathique Tia Hellebaut au saut en hauteur

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L’album est d’ailleurs de couleur jaune, comme l’or, et vous le repèrerez facilement.

«JazzOlympics» est une initiative du COIB afin d’encourager nos athlètes et d’illustrer les valeurs Olympiques. L’album est produit par Jan Hautekiet et Jean Kluger.

Huit «groupes» (le 8 du 8 en 2008 etc…vous connaissez l’histoire), se sont donc donnés rendez-vous pour illustrer huit thèmes chers au Baron de Coubertin. Ainsi, la fraternité, le dépassement de soi, la tolérance, le fair-play etc… sont déclinés par quelques-uns de nos meilleurs jazzmen belges.

Le porte-drapeau de la délégation n’est autre que Toot Thielemans qui ouvre la marche avec un tendre «Best Of Yourself», suivi par David Linx et le BJO pour un «Fraternity» sous forme de chanson optimiste, sautillante et légère.
On retrouve bien sûr Philip Catherine dans un «Friendship» intimiste et recueilli, en duo avec Philippe Decock (keyboards).

Nathalie Loriers, quant à elle, revient en trio (Philippe Aerts (cb), mais aussi pour l’occasion Stéphane Galland aux drums) pour nous offrir l’un des meilleurs morceaux du disque (à mon avis): «Confidence». Thème bâti sur un swing fébrile, fait de tensions et de breaks jubilatoires.
Le toucher de la pianiste et ses arrangements sont de pures merveilles. Ça donne vraiment envie de revoir rapidement Nathalie avec cette formule

 

 

Autres belles surprises de l’album: «Tolerance» de Michel Herr et son Life Lines ainsi que «Solidarity» de Jef Neve.
Pour le premier, on saluera les arrangements finement ciselés qui permettent à Jacques Pirotton (g), Alexandre Cavalière (violon), Fabrice Alleman (ts, ss) ou encore Peter Vandendriessche (as) d’intervenir dans de riches et réjouissantes improvisations.
Le deuxième, Jef donc, explore un peu plus mélodiquement ce qu’il a commencé sur le «bonus CD» de son dernier album «Soul In A Picture»: c’est-à-dire une fusion entre jazz acoustique, loops et électro. Une belle réussite.

HLM (Houben, Loos, Maurane) et Stéphane Mercier font aussi partie de l’équipe et proposent de tendres sympathiques compositions.

Ils sont donc huit, mais le BJO s’offre un tour d’honneur avec un dynamique et tonitruant «The Hopper», histoire de terminer par un feu d’artifice.

Alors, faites comme Tia, rentrez à la maison avec de l’or.

A+

15/04/2008

Philip Catherine sur Citizen Jazz

Philip Catherine sera en concert à Flagey le 26 avril.
Il présentera son nouvel album « Guitars Two ».
Album solo d’une grande délicatesse.
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Vous pouvez lire ma chronique pour Citizen Jazz en cliquant ici.

A+

21:56 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : flagey, philip catherine, citizen jazz, chronique |  Facebook |

02/04/2008

Ettore Carucci trio & Philip Catherine - Sounds

J’avais croisé Ettore Carucci, il y a un an ou deux, lors du concert de Raffaele Casarano et Paolo Fresu au Sounds.
Ettore est revenu pour deux soirs, le week-end dernier, en trio.
Et cette fois-ci, l’invité était Philip Catherine.
Le premier morceau se fera pourtant sans ce dernier.
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Ettore Carucci, Aldo Vigorito (contrebasse) et Marcello Nisi (drums) s’échauffent avec «Old Country».
Philip Catherine monte ensuite sur scène.
Le temps de s’accorder et les voilà tous partis dans un exercice particulièrement difficile, ou casse-gueule, c’est selon.
«Confusion» est une compos d’Ettore que le guitariste découvre à peine. Pourtant, Catherine et Carucci décident de jouer le thème à l’unisson.
Pas simple.
Mais il y a de la vie dans cette musique. Il y a de l’écoute et de l’humanité dans ces échanges un peu incertains.
Il y a du jazz, quoi.

C’est sur le morceau suivant, «Stella By Starlight» que le groupe s’éclate.
Après un début en rubato, les attaques d’Ettore se font tranchantes. Les accords claquent. C’est franc, fougueux et ça joue vite.
Et Philip Catherine remet de l’huile sur le feu.
Il embrase l’ensemble.
Inspiré par le jeu particulier de Carrucci, qui aime prendre des chemins assez inattendus, il en rajoute toujours un peu. Il fera de même sur un morceau de Richie Beirach («Brooklyn Memories» ??).
Catherine use des effets de pédales et fait sonner sa Gibson comme on l’aime.
Ça éclate de couleurs.
Il a envie que ça brûle.
Même si la rythmique reste parfois un peu trop sage. (Sensation confirmée lorsque Mimi Verderame sera invité à jouer de la batterie sur une excellente version de «Bye Bye Blackbird»).

Carucci, lui, entre dans le jeu. Il s’en donne à cœur joie avec «I Remember Monk», dans un style très découpé, très erratique. Et ici, c’est Philip Catherine qui prend des chemins de traverse.
Quitte à embrouiller le trio.
Quel guitariste !
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«Autumn Leaves» est assez enlevé avec des accents bossa.
La main gauche de Carucci est ferme tandis que la droite est vive, sautillante.
On sent  dans son jeu un sens du «traditionnel», on décèle les bases stride ou hard bop auxquelles se mêle une pointe de jazz contemporain.
C’est découpé, fait de fulgurances et de contrastes.
Sur «Leaving» (également de Beirach), le pianiste et le guitariste s’amusent à doubler le rythme. Ettore emballe avec goût les arpèges. Ça file, ça ralentit, ça accélère, ça freine. Bref, ça voyage.
Ces deux-là se sont bien trouvés ce soir.
Et comme souvent, Philip Catherine fut très grand. On voyait chez lui une envie de jouer, de prendre des risques, d’essayer et de s’amuser.

Et si lui s’amuse, tout le monde s’amuse.

 

A+ 

21/02/2008

Jazzques écoute - février 2008

Pas trop de sorties en ce moment.
Je fais plutôt du baby-sitting, si vous voyez ce que je veux dire.
Cela ne m’empêche pas d’écouter de la  musique, heureusement.
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Et dernièrement, dans ma boîte aux lettres, sont arrivées pas mal de choses intéressantes.
Je reviendrai sur certains cd’s plus en détail plus tard (et sur Citizen Jazz).
Je vous tiendrai au courant.

Un petit tour d’horizon, dans un ordre aléatoire, quand même ?
Il n’y a pas de raison que je garde tout ça pour moi trop longtemps…

Allons-y.
D’abord, ne pas s’arrêter au design assez scolaire de la pochette du dernier album de Fred Delplancq « Talisman ».
Fred s’est entouré d’un nouveau groupe et nous offre une belle série de compositions à la fois incisives et mélodiques. Même si on n’accroche pas immédiatement sur certains titres, il faut se laisser porter par l’album car, et c’est là sa force, c’est dans le développement des thèmes que ça devient fichtrement intéressant. Et il y a des perles (« 15 May » ou « Triste » pour ne citer que ceux-là).

Fred Delplancq, on le retrouve (avec Jean-Paul Estiévenart) sur une petite bombe : « Stories From The Shed » de The Wrong Object, le groupe jazz rock progressif de Michel Delville, Damien Polard et Laurent Delchambre.
Souvenez-vous, j’en avais parlé lors du dernier festival Jazz à Liège.
L’album est sorti sur le label New-Yorkais Moonjune Records (clin d’œil à un titre de Soft Machine, ça veut tout dire!). Zappa, l’école de Canterburry, Robert Fripp mais aussi John Zorn ne sont jamais loin. Accrochez-vous, c’est fort et c’est bon.
Album décapant, riche et éblouissant de maturité et d’énergie.


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Du coup, toujours chez Moonjune, j’ai eu l’occasion de découvrir «Tipping Point» du batteur Jason Smith.
Un solide power trio post-bop énergique, avec quelques tendances pop-rock.
C’est enregistré «live» et il y a quelques superbes moments d’improvisations et d’interactions entre les trois musiciens.
Il faut que j’écoute ça encore plus attentivement, car vraiment, ce n’est pas mal du tout.

Dans la partie «petites déceptions» il y a Hadrien Feraud.
Ce jeune bassiste français (dans la lignée d’un Pastorius) est très doué, certes, tant dans les compos que dans son jeu…. Mais je ne suis toujours pas arrivé à rentrer dans cet album jazz-fusion.… Et je dois avouer que ce n’est pas trop ma tasse de thé… Pour l’instant ?


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Même déception (plus encore) pour le dernier Hancock («River – The Joni Letters»).
Je suis resté sur ma faim. Et encore, je n’ai jamais vraiment été mis en appétit…
À part la très belle intervention de Leonard Cohen sur «Jungle Line» et celles de Wayne Shorter (époustouflant sur «Nefertiti», entre autres), l’album est lisse… tellement lisse…
Il a quand même plu à pas mal de gens de la presse spécialisée et a obtenu un Grammy Award.
J’ai peut-être pas tout compris… ?

L’album de Roger Kellaway, «Heroes», bien qu’assez classique, aurait peut-être bien plus mérité cette récompense. Il vient, en tout cas, de recevoir celle de l’Académie du Jazz  en France.
Et c’est vrai que , dans son style, c’est excessivement bien. Le pianiste américain rend hommage ici à l’une de ses principales influences, Oscar Peterson, dans une formation en trio sans batterie (piano, basse, guitare). Du jazz de chambre avec des échappées stride ou swing de très grandes qualités.
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Kellaway avait sorti, il y a quelques années, un album magnifique dans un tout autre style: «Roger Kellaway Cello Quartet».
Si vous aimez la musique classique, André Klenes et Nathalie Loriers, jetez-y  une oreille !

Puisqu’on revient en Belgique, comment ne pas parler de Philip Catherine ?
Pas de trio ni de groove débridés cette fois-ci.
Avec «Guitars Two», Philip Catherine joue l’introspection et la délicatesse en duo… avec lui-même.
L’idée du re-recording est brillante et le jeu du guitariste est d’une finesse étourdissante.
Rassurez-vous, ça ne manque pas de swing quand même. Et l’on reconnaît instantanément la patte de notre fabuleux guitariste.
Un album doux, profond et très sensible.
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Dans un tout autre genre, l’album d’Ibrahim Maalouf est une sacrée bouffée de dépaysement.
Le jeune musicien libanais, qui est le seul à jouer sur une trompette 1/4 de ton - fabriquée par son père - nous fait voyager entre les Maqâm arabes, l’électro, le jazz, les ambiances urbaines et les groove insolites.
«Diasporas» possède un son unique, entre la tradition et musiques actuelles.
Et toujours loin des clichés.
Maalouf sera en concert au Botanique au mois de mai.
J’ai eu le bonheur de rencontrer dernièrement ce trompettiste que j’avais  entendu pour la première fois en 2003 sur «Living Road», le magnifique album de Lhasa.
Attachante et intéressante personnalité.
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Et pour finir: «Codebook» de Rudresh Mahanthappa.
J’avais remarqué ce saxophoniste indo-américain sur l’excellent album de Dupont T: «Spider’s Dance»
Et ce «Codebook» est vraiment excellent. À la fois complexe et tellement évident.
Le sax est franc et rauque juste comme il faut. Influencé autant par Steve Coleman que Coltrane.
Rudresh , fin arrangeur, laisse aussi de beaux espaces à ses compagnons de jeu : le très talentueux et explosif Vijay Iyer au piano, le discret Dan Weiss à la batterie et un François Moutin éblouissant à la contrebasse.
Un must !
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Bon, on va s’arrêter ici (on pourrait continuer encore, mais il ne faut pas être trop gourmand).
Quant à moi, je vais continuer à m’imprégner de toutes ces belles choses et à en découvrir encore d’autres…

A+

06/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 4 -

Samedi dernier, toujours à Dinant, avait lieu la remise des Django d’Or.
Pas bête, l’idée d’Ilan Oz d’intégrer cette cérémonie à un festival (l’année prochaine, ce sera au Blue Note Records Festival).

C’est le trio de Philip Catherine qui était invité à soutenir le protocole. C’était l’occasion de revoir avec plaisir, Mimi Verderame à la batterie, mais aussi Philippe Aerts à la contrebasse. Ce dernier me confirmera qu’il fera la tournée européenne de Richard Galliano, mais qu’il devra renoncer, la mort dans l’âme, la tournée mexicaine…

3 morceaux («Letter From My Mother», «They Say It’s Wonderful» (d’Erving Berlin) et «The Postman»), avant d’accueillir le gagnant du Django 2007, catégorie «jeune talent»: Pascal Mohy.
Il «disputait» le titre avec Robin Verheyen. Autant dire qu’il ne devait pas être facile de les départager…

Pascal Mohy jouera 2 morceaux avec le trio de Philip Catherine: une très jolie compo personnelle («Jojo») et «Broken Wings» de Richie Beirach.

La «Muse» de la Sabam fut décernée à Marc Van Den Hoof, figure incontournable du jazz à la radio flamande.

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Et puis, le Django D’or fut remis à Pierre Van Dormael. Surpris et heureux.
Les autres «nominés» étaient Sal La Rocca et Ivan Paduart.

Van Dormael jouera également avec le trio: «Nuage», «All The Things You Are» et «Eternel désir».

J’échange quelques mots avec Pascal Mohy, Pierre Van Dormael et puis  Philip Catherine qui prépare actuellement un album solo… avec deux guitares.
Humm, hummm… A suivre…


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Vers 18h, dans la grande salle, Elisabeth Kontomanou entre sur scène dans une superbe robe blanche de mariée. («Ce soir, je me marie avec vous…» dit-elle, avant de poursuivre dans un large sourire «…et demain ce sera avec d’autres».)

La voix est captivante.
Ce grain, cette profondeur, cette clarté… C’est hypnotisant.

Sur «I Gotta Right To Sing The Blues», elle dialogue magnifiquement avec la contrebasse de Thomas Bramerie ainsi qu’avec la batterie de Donald Kontomanou.
Puis, sur «Waiting For The Sun», c’est Manu Codjia qui électrise le thème.
Codjia est décidemment un guitariste exceptionnel. Dans son jeu, ce soir, on y retrouve du blues, de la soul ou encore du R&B. Chacune de ses interventions est d’une justesse et d’une créativité formidables.
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Dans la voix de Kontomanou, il y a l’histoire de sa vie. Et entre les morceaux extraits de son dernier album «Back To My Groove» (le plus personnel jusqu’à présent car elle en a écrit toutes les paroles…et beaucoup sont autobiographiques), elle doit presque reprendre ses esprits.
Elle vit tellement ses chansons qu’on la sent parfois K.O. debout.

Et son chant!
Elle joue avec les cassures de sa voix comme avec les cassures de sa vie.

«Where I'm Coming From» (en recherche d’identité et de son père qu’elle n’a jamais connu), «The Abuse» (une course effrénée à la «Blue Rondo A La Turk» à propos des femmes violentées), «Summer» (au rythme obsédant) et «Back To My Groove» (entre blues et gospel), sont tous des morceaux d’une profondeur et sincérité évidente.

Après le concert, je bavarde avec Manu Codjia. A propos de son premier disque en leader («Songlines» avec Daniel Humair et François Moutin) et de ses projets avec son trio, qui ne sera pas celui de l’album.

Puis, je discute avec Elisabeth Kontomanou.
Elle est belle et resplendissante.
On sent dans ses propos, dans son regard, dans son sourire un bonheur certain. Aucune haine ou rancune par rapport aux difficiles épreuves de sa vie. Tout est tourné en positif.
Elle me raconte ses débuts, son parcours, son dernier album.
Belle leçon de vie et de caractère.

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Vers 21 heures, Gonzalo Rubalcaba est seul au piano devant une salle pratiquement comble.

Le toucher est souple et tendu à la fois.
Le pianiste fait le vide autour de lui. Il accapare l’attention du public comme rarement.
La technique est éblouissante, mais reste toujours au service d’une mélodie limpide.
Rien n’est simple, rien n’est complexe, tout est évident.
Chaque accord a une signification. Et l’on entre dans son récit sans peine.

On le sent influencé par Tatum, par le rag, le stride et la musique cubaine bien sûr. Et tout ça est exposé avec sensibilité, tendresse, force ou humour. Les phrases courtes sont soutenues par une main gauche qui fait déferler les notes par vagues…
Absolument brillant !

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Pour finir cette longue journée: «Follow The Songlines».
Contrairement au concert de Flagey, pas d’orchestre symphonique ici. C’est pourtant un projet conçu pour cela, et d’ailleurs, l’enregistrement du futur CD se fera de cette manière… au Portugal, sans doute.

Sans cordes, le groupe a quand même très fière allure !
Et comment !
Rythme, fluidité du propos, échanges lumineux entre les pianistes (Mario Laginha aux Rhodes et Diederik Wissels au piano ou inversement), complicité entre les chanteurs (David Linx et Maria Joao), soutien impeccable de Christophe Wallemme à la contrebasse et de Stéphane Huchard à la batterie.

Après un départ tonitruant, on a droit à un superbe moment de sensibilité avec «Parrots and Lions».
Minutes d’une extrême volupté et de légèreté.
On est en apesanteur. On flotte très haut.
On est simplement retenu à la terre par les fines notes du piano.
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Le voyage continue et les vocalistes s’amusent, s’accompagnent, s’encouragent l’un l’autre…
Et comme ils sont tous deux très expressifs, le spectacle n’en est que plus étonnant.

Après le concert, je passe encore un bon moment au bar à discuter avec les musiciens, les photographes (Jos Knaepen, mais aussi Guy Le Querrec) ainsi que les organisateurs de ce très agréable et vraiment très sympathique festival…

En rentrant sur Bruxelles, sur une autoroute déserte, j’écoute «OverOceans» de Mathilde Renault que j’ai rencontré quelques heures auparavant.
Troublant et délicieux voyage…

Une journée de bonheur, quoi...

A+

29/09/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 1 -

Après Gand, Anvers et Bruxelles, cap sur le festival de Dinant.

Le week-end dernier, c’était le coup d’envoi du Dinant Jazz Nights.
Dixième du nom !
Pour fêter ça, le festival se déroule en deux week-ends. Le premier à Ciney (là où Jean-Claude Laloux avait créé ce premier rassemblement) et le deuxième à Dinant.

La semaine qui sépare ces deux rendez-vous ayant été plus que chargée, je n’ai pas eu l’occasion de vous raconter ce qui s’est passé les 21 et 22 septembre au centre culturel de Ciney. Allons-y!

Le parrain du festival de cette année est David Linx. Normal que ce dixième anniversaire soit dédié au jazz vocal.

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Vendredi soir, Laïka Fatien a conquis un public malheureusement un peu clairsemé.
Pour ma part, je suis resté légèrement (très légèrement) sur ma faim.
Bien sûr Laïka chante très, très bien. Et elle a une belle façon de vivre les textes. Surtout les standards. Enfin, des «nouveaux» standards, tels que «Old Portrait» de Mingus, «Lost» de Wayne Shorter ou encore «A Shade Of Jade» de Joe Henderson. On le voit, et elle l’avoue, elle a un faible pour les saxophonistes. Elle est d’ailleurs accompagnée, comme d’habitude, par l’excellent ténor David El Malek. Celui-ci est un écho parfait à la voix sensuelle de Laïka.
Mais le plus sensationnel dans  ce groupe est sans conteste le pianiste Pierre de Bethmann.
Il est éblouissant de virtuosité, mais surtout d’inventivité et de sensibilité.
Tant sur les morceaux swinguants que sur le classique «Old Devil Moon» ou encore le très soul/boogaloo «Zigaboogaloo (qui porte bien son nom) de Nicolas Payton
Pianiste fantastique.

Avant de revenir en vedette avec le BJO, David Linx rejoindra la chanteuse pour interpréter en duo un morceau tiré de « La tectonique des nuages » de Laurent Cugny… Somptueux.

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Le Brussels Jazz Orchestra, donc.
Le rêve pour le chanteur.
Et le résultat est à la hauteur des espérances.

Le public est plus nombreux, mais ce concert aurait mérité une salle comble.
Linx et l’un des meilleurs Big Band du monde (si, si…) présentaient leur nouveau projet: «Changing Faces».
13 morceaux pour douze arrangeurs différents.
13 styles, 13 couleurs différentes et pourtant une osmose parfaite.
Ce qui est fascinant avec ce projet, c’est d’entendre le BJO sonner comme s’il s’agissait d’une petite formation (dans le sens quartet ou quintet).
Linx, mais aussi Mario Laginha, Michel Herr, Stephane Guillaume et tous les autres arrangeurs, ont eu la belle idée et l’intelligence d’utiliser le band de manière très ouverte. Et ces multiples écritures démontrent le talent incontestable de tous ces musiciens.

Une attaque franche, un suivi en ostinato au piano (Nathalie Loriers) et voilà «Deep Night» sur les rails. Les sons tombent en cascade: les trompettes, les trombones et puis les saxes. Brillant.
Et ce n’est qu’un début.
«Black Crow», de Joni Mitchell et arrangé par Michel Herr, impose une fausse douceur, mais une vraie tendresse. Pas de faux-semblants ici. Pas de triche.
La musique n’en est que plus véritable.

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Philip Catherine viendra nous faire une visite sur quelques titres, histoire que la fête soit complète. Ici aussi, le dialogue est juste. Et vif.

Le BJO propose différentes palettes.
Un peu bossa avec «Bilhete», terriblement swinguant avec «Then We’ll Be Home», très «black» et cru avec «A Day’s Journey» ou encore explosif avec «The Land Of Joy».

Et à aucun moment, l’orchestre ne faiblit.
Les solistes y sont époustouflants (Bart Defoort, Kurt Van Herck, Lode Mertens, Franck Vaganée, Bo Van Der Werf et bien sûr Nathalie Loriers).

Et David Linx ?
Il est au sommet de son art. Il est heureux, léger, parfait.

Haaa… vous auriez du être là !

A suivre…

A+

10/07/2007

Blue Note Festival 2007 - 03

Dimanche, sur le coup des cinq heures, le trio de Jef Neve entame de la troisième journée de concerts du festival.

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J’ai l’impression que la musique du trio s’est encore resserrée et affinée pour aller droit à l’essentiel.
Bien sûr, Jef joue toujours sur cette tension qu’il fait évoluer. On retrouve toujours cette montée en apnée vers les sommets du groove.
Ce rythme incandescent instigué par le pianiste et excité par Teun Verbruggen (dm) et Piet Verbiest (cb).
Mais ici, les développements mélodiques semblent faire fi d’ornements excessifs.
Le jeu du contrebassiste est, lui aussi, plus acéré, vif et profond.

Le trio avait invité le trompettiste italien Flavio Boltro à le rejoindre sur scène.
Ce n’est pas lui, évidemment, qui calmera les ardeurs du groupe.

Le son du trompettiste est ample, parfois «gras», qui rappelle par moments Louis Armstrong.

Le trio (+ un) revisite quelques morceaux des précédents albums de Jef avant d’enchaîner sur «Doctor K» de Boltro.
Groove, swing, hard bop, le pianiste se déchaîne, ses doigts filent sur le clavier, Flavio en remet une couche, les notes déferlent, la trompette couine, hurle…

«Lacrimosa» calme le jeu un moment.
Cette mystérieuse et belle ballade mélancolique dans laquelle Boltro développe un jeu sensible à la «muted Trumpet» introduit un nouveau morceau: «Soul And A Picture».
Teun frappe sèchement.
Dans cette excitation, Piet garde une musicalité extrême, Jef s’envole et Boltro le suit vers l’infernal «Nothing But A Casablanca Turtle Slideshow Dinner».

Standing ovation.

02

Kurt Elling.
Charisme, classe, présence.
La voix grave, qui pourrait se rapprocher de celle de Frank Siantra, possède ce petit grain supplémentaire qui la rend singulière.
Sourire désarmant, contact facile avec le public, petite pointe d’humour dans la présentation, Kurt n’a plus qu’à dérouler ses ballades swinguantes ou ses bop agiles pour convaincre l’auditoire.

Bien sûr on peut le trouver un peu trop sucré par moments (lors de son interprétation de « Louise » de Jobim, par exemple), mais il est éblouissant sur «Resolution» de Coltrane ou sur «New Body And Soul» inspiré de Dexter Gordon.
Vocalises, scats et impros s’emmêlent. Dans ces moments-là, il me rappelle un peu Jon Hendricks.

Le chanteur laisse beaucoup d’espaces aux excellents musiciens qui l’accompagnent.
Laurence Hobgood, au piano, prend plus d’une fois des solos aux inflexions qui rappellent parfois Monk, et Willie Jones impose quelques impros vigoureuses aux drums.
Rob Amster quant à lui, assure un tempo toujours précis et profond.
Beau concert dans la tradition des grands chanteurs/crooners des années ’60… avec ce petit quelque chose en plus.

03

Avec Soledad, la fin d’après-midi prend une autre couleur.
Voilà le tango argentin.
Après un début très énergique, rendant hommage à Astor Piazzolla le quintet délivre un concert assez académique. Plus classique et virtuose que vibrant.
L’exécution est magnifique. Patrick De Schuyter (g), Manu Comté (violon) et Jean Frédéric Molard (accordéon) nous emmènent vers des chants mélancoliques, voire douloureux.
Les morceaux sont d’une infinie tristesse… mais parfois aussi assez prévisibles.
Le violon se fait un peu tzigane, mais l’ensemble reste souvent très doux, très sobre.
On flirte aussi parfois avec le romantisme (trop poli) sur un morceau où le piano (Eugène Galland) prend un peu plus de place.

L’arrivée de Philip Catherine (alibi «jazz» pour avoir sa place dans ce festival ?) amène un peu de légèreté à l’ensemble.
«Chin Chin» ou «Passage à 5» prennent de la couleur.
«Tanganika», de Catherine, fait un petit clin d’œil à Grappelli et Djnago, ce qui détend un peu l’atmosphère.

Bref, un concert plus «classique» que jazz en quelques sortes.

04

Et voilà le «clou» de la soirée: Chick Corea et Gary Burton.
Détendu, simple et souriant, le duo attaque directement un «Love Castle» très aérien avant de s’attaquer à un thème plus rapide.

Les échanges entre piano et vibraphone sont d’une extrême délicatesse.
Gary Burton, au look de grand père américain sorti tout droit d’un film de Spielberg, se tient droit comme un «i» et joue cependant avec nonchalance.
Mais quel jeu !
Surtout quand le concert s’emballe sur «Bud Powel» puis sur d’autres morceaux de Thelonious Monk («Blue Bolivar Blues» et «Four in One»).

Les deux complices s’amusent dans ces «chases» ludiques.
Corea enfile les notes cristallines sur un jeu parfois «stride».

Après avoir expliqué avec humour comment s’était concrétisée leur rencontre (lors d’une jam, après un festival, où eux seuls avaient répondu présent), Burton et Corea interprètent le morceau fétiche «Crystal Silence».
Légèreté, phrasé magnifique, le concert s’est chargé d’émotion.

Le duo termine en feu d’artifice et avec humour, en jouant ensemble du vibraphone.

Quelle belle journée…

A+

02/07/2007

Toku, Bart De Nolf et Philip Catherine au Sounds

Toku est une véritable star dans son pays, le Japon.
Toku est un trompettiste qui aimerait bien se balader un peu en Europe.
Toku est fan de Chet Baker.

Comme Chet Baker, il joue du bugle. Comme Chet Baker, il chante. Comme Chet Baker, il est beau gosse.
Entendons-nous, il ne joue pas comme Chet Baker et ne chante pas comme lui non plus.
Personnellement, je lui trouve quelques intonations à la Kurt Elling, ce qui n’est pas mal du tout, vous en conviendrez.

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Pour les deux concerts qu’il a donné en Belgique (au Sounds ce vendredi) et en France (au Parc Floral dimanche dernier), le trompettiste s’est entouré de deux excellents musiciens belges: Philip Catherine (dont on ne rappellera plus qu’il fut un compagnon de route précieux pour Chet) et de Bart De Nolf (qui connaît bien le Japon pour l’avoir sillonné avec Toots).
Philippe Aerts était annoncé ce soir pour tenir la contrebasse, mais il a dû renoncer - ainsi qu’à la tournée d’été avec Richard Galliano - à cause d’un méchant claquage… Comme quoi, il ne faut pas être footballeur pour que ce genre de chose vous arrive. Bon rétablissement, Philippe.)

Dans le club, l’ambiance est sobre, soft et apaisée ce soir.
La tactique à Toku est de reprendre, essentiellement pour cette tournée, des standards… «My Foolish Heart», «But Not For Me» etc…


Sur un thème un peu plus enlevé, Philip Catherine vient titiller le trompettiste avec des phrases délicatement groovy dont il a le secret.
Toku tente de répondre, mais il préfère ne pas trop faire monter la sauce. Le phrasé reste doux sans être aussi précis et fluide que celui de son idole ou que d’un Bert Joris par exemple.

Avant la pause, Bart De Nolf tentera aussi de pimenter un peu le concert en prenant un solo éblouissant de sensibilité et de percussivité (oui, je sais, ça ne se dit pas) sur «Béatrice».
La salle est attentive et apprécie ce moment un peu plus épicé.

En début de deuxième set, on aura droit à une très belle version, mystérieuse et swinguante de «Love For Sale». Une version qui s’éloigne un peu de ce que l’on connaît. Philip Catherine injectant dans ce thème quelques excentricités qui élèvent le niveau. Décidemment un sideman de luxe.

Puis, ce sera «I Fall In Love Too Easily», «It Had To Be You», «My Funny Valentine» ou encore une version assez «crooner» de «There‘ll Never Be Another You».

Ça manque peut-être encore de personnalité, mais ne boudons pas notre plaisir: réécouter ces standards – que l’on n’entend plus si souvent, du reste - est toujours très agréable.
Bon... faut peut-être pas faire venir quelqu'un du Japon pour ça.
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Merci à Jos L. Knaepen pour les photos. Après tout, moi aussi j’ai parfois droit à un photographe de «luxe» pour illustrer mon blog…

:-))

A+