21/12/2010

Carlos Villoslada

Comme chaque trimestre, le Z Band (une bande de blogueurs dont vous trouverez la liste plus bas) publie, au même moment (tant bien que mal), un texte sur un sujet décidé en commun.

Après Jazz’Elles, Cordes Sensibles, Ma première Galette, L’art de la touche en Noir et Blanc, Tous sur Mingus, Les guitaristes, A chœur et à voix, L’Ivre d’Image sur son nuage, Jeunes pousses, Spring is Swing, Les Big Bands… Voici : L’album à écouter pour faire fondre la neige

 

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Peut-être que, comme pour moi, le nom de Carlos Villoslada ne vous est pas très familier, voire même totalement inconnu. Pourtant, le récent album Tabanqueando en la Plaza Niña qu’il vient de publier chez Surfonia, mérite qu’on s’y attarde un peu. D’abord, parce qu’en ces temps de grands froids, cela va nous réchauffer, mais surtout parce que la démarche est originale et qu’elle est plutôt réussie.


Carlos Villoslada est un saxophoniste Espagnol dont la quête principale est de fusionner jazz et flamenco. Une fusion intelligente qu’il rend plus subtile encore en évitant d’y intégrer un instrument emblématique du flamenco : la guitare. Il ne reprend pas ici des standards de jazz - comme il l’a fait avec Kind Of Cai, qui me laissent, je l'avoue, un peu plus dubitatif – mais propose des compositions originales. Et si tous les thèmes sont construits suivant les schémas précis du flamenco (Bulerias, Fandango, Tanguillos, Tientos…) le groupe les emballe dans un jazz coloré et, la plupart du temps, chaleureux.


Le morceau titre de l’album, «Tabaqueando en la Plaza Niña», est une belle entrée en matière: une ballade ensoleillé et lumineuse qui semble jouer à cache-cache avec les tempos et qui finit par dégager un léger parfum de flamenco. Principe que l’on retrouve d’ailleurs, avec la même fraîcheur, sur le joyeux «Cabopino». Plus loin, et comme pour affirmer le lien entre jazz et flamenco, un magnifique, mélancolique et désabusé «74 Pesetas De Whisky» s’inspire beaucoup plus du blues. Les interventions du pianiste Juan Galiardo n’y sont sans doute pas innocentes. Ses attaques sont nerveuses mais il en découle aussitôt après un certain lyrisme et beaucoup de brillance. Carlos Villoslada, quant à lui, possède un son de ténor assez rond, doux et souvent feutré, dans la lignée d’un Al Cohn ou Phil Woods. Tout est dans l’élégance du phrasé et dans la délicatesse des arrangements. Il laisse beaucoup d’espace aux autres musiciens et pourtant, Antonio Corrales (cb) et Dani Dominguez (dm) se font plutôt discrets. L’esprit de groupe règne.


La «respiration» flamenco est surtout amenée par les inévitables Palmas (de Diego Montoya et Pedro de Chana) mais aussi par le son chaud et sensuel du Cajón de Rubem Dantas (entendu aux côtés de Paco De Lucia et vu sur scène aux côtés de Chick Corea et son projet Touchstone). Bien sûr, quelques titres sont nettement plus connotés («Despues De Tocar», «La Niña» ou encore «La Luna Curiosa») lorsque Raul Galvez vient, de sa voix plaintive et rocailleuse, déposer ses chants poignants et très typés.

 

En évitant les clichés et sans pour autant occulter ses racines, Carlos Villoslada réussi a nous donner envie d’aller nous réchauffer au soleil de cette petite Place Niña à Huelva - encore préservée, espérons-le, des attrape-touristes - et de nous ouvrir un peu plus à la véritable culture andalouse.

 

A+

 

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