27/05/2017

Citadelic ! C'est à Gand

Quand j’ai rencontré Rogé pour la première fois, on disait de lui que c’était un idéaliste.

C’était vrai. Mais c'était plus que ça. Rogé Verstraeten était un fou.

citedelic,festival,roge,roge verstraeten,el negocito,jazz sur l herbe,ruben machtelinckx,manolo cabras,fulco ottervanger,seppe geruers,moker,bart maris,paul van gysegem,patrick de groote,jorge rossy,mark turner,al foster,marc ducret,samuel blaser,joze dumoulin,chris joris,sal la rocca,jeroen van herzeele,lynn cassiers

Il l’est toujours.

Fou de jazz, fou de musiques, de liberté, d’art, de rencontres, fou d’humains. Car il faut être fou de tout ça pour faire vivre des lieux comme El Negocito pendant près d’une dizaine d’années où, dans un bric-à-brac chaleureux et convivial, on y jouait de la musique improvisée en dégustant d’excellents plats sud-américains. Fou pour remettre le couvert avec La Resistenza ! Et puis, en même temps, Rogé organisait aussi Jazz sur l'Herbe et avait développé son propre label : El Negocito Records.

Le label existe toujours - il est d'ailleurs une référence incontournable dans le milieu - et produit régulièrement de véritables perles de jazz contemporain, de musiques improvisées et aventureuses. On y retrouve, par exemples, BackBack, 3/4 Peace, De Beren Gieren, Bart Maris, Ruben Machtelinck, Moker, Manolo Cabras, Les Chroniques de l’Inutile, Llop, Fulco Ottervanger, Seppe Gebruers et tant d’autres…

Quant à Jazz sur l’Herbe, il est devenu Citadelic Festival.

Voici la dixième édition ! Et c’est gratuit !!! Oui gratuit ! De la folie.

Alors, pour rentrer dans ses frais, Rogé compte sur la dégustation d’excellents plats “maison”, des dégustations de vins ou de bières (hmmm la Hedonis !)… Mais toutes autres contributions sont les bienvenues. Renseignez-vous, demandez-lui.

Alors, c’est où ? A Gand, bien sûr, autour du kiosque du Citadelpark. Oui, là où se trouve aussi le S.M.A.K. !

Facile d’y accéder.

citedelic,festival,roge,roge verstraeten,el negocito,jazz sur l herbe,ruben machtelinckx,manolo cabras,fulco ottervanger,seppe geruers,moker,bart maris,paul van gysegem,patrick de groote,jorge rossy,mark turner,al foster,marc ducret,samuel blaser,joze dumoulin,chris joris,sal la rocca,jeroen van herzeele,lynn cassiers

Et c’est quand ? A partir du mercredi 31 mai jusqu’au lundi 5 juin ! Notez, notez !

Et qui verra-t-on ?

Plein de choses intéressantes comme, par exemples, Jorge Rossy Vibes Quintet featuring Mark Turner & Al Foster, le trio de Samuel Blaser avec Marc Ducret, pour commencer. Mais aussi Osama Abdulrasols, Rodrigo Fuentealba et la percussionniste japonaise Tsubasa Hori

Et puis encore le quartette de Sal La Rocca avec Lieven Venken, Jeroen Van Herzeele et Pascal Mohy, Lilly Joel (le duo de Lynn Cassiers et Jozef Dumoulin), le trio Patrick De Groote, Chris Joris et Paul Van Gysegem qui vient de sortir un fabuleux «Boundless», mais aussi Ruben Machtelinckx & Karl Van Deun, Steiger, Fred Leroux, GLiTS (Peter Vandenberghe et Bart Maris) dont l’excellent album vient de sortir également…

Ce ne sont que quelques noms parmi plus de vingt groupes programmés. Le mieux est d’aller voir le programme complet sur le site Citadelic.

Voilà dix ans que ça dure ! Si vous voulez que cela continue, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Allez, hop, tous à Gand ! Pour l’amour du jazz, pour les idéalistes, pour les fous, pour Rogé !

 

 

 

A+

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

14/02/2012

Paul Van Gysegem Quintet au Singer

 

Je vous avais déjà parlé d’ «Aorta», le disque de Paul Van Gysegem Sextet, sorti en 1971 et réédité récemment chez Futura et Marge. Depuis cette re-sortie, les deux principales chevilles ouvrières du sextette original ont repris du service. Bien sûr, Paul van Gysegem (cb) et Patrick De Groote (tp) n’ont jamais vraiment cessé de jouer ensemble, mais ces dernières années ont été un peu plus intensives et on a pu les voir à Gand, Anvers ou encore Courtrai.

Ce samedi 21, au Singer à Rijkeoorsel, c’était l’occasion plus «officielle» de fêter la réédition - presque inespérée - de cet album culte... Oui, oui, culte !

de singer, paul van gysegem, erik vermeulen, patrick de groote, jereon van herzeele, giovanni barcella, jasper van t hoof, nolie neels, pierre courbois

Sur scène, certains membres (Jasper Van ’t HofNolie Neels, Pierre Courbois) ont laissé la place à la «jeune» génération, particulièrement sensible à cette musique : Erik Vermeulen (p), Jereon Van Herzeele (ts) et Giovanni Barcella (dm).

Le club a quasiment fait le plein et sur scène, Jeroen Van Herzeel lance la première improvisation. Oui, ce soir, comme il y a 40 ans, on improvise. Totalement, intensément.

Les première notes de «Jupiter» de Coltrane retentissent – "Il faut bien commencer par quelque chose", me dira plus tard Jereon. C’est un «thème» qu’il affectionne particulièrement, qu’il aime jouer, qui le propulse très loin… et qui entraine les autres dans son tourbillon.

Le tout, dans ce genre d’exercice, c’est de canaliser les énergies. C’est Van Gysegem qui assume ce rôle et qui, derrière sa contrebasse, donne ses indications d’un petit signe de la tête, d’un bref geste de la main, de quelques inflexions à l’archet. Finement, mais fermement, il indique les chemins à prendre, ou a éviter. Et le fluide passe entre les musiciens, pareil à du sang frais qui coule dans les veines.

Les chants se construisent, les rythmes se croisent, les notes se rejoignent. Le premier morceau s’étend, s’allonge, s’enrichit. Toutes les idées s’enchevêtrent et s’accrochent les unes au autres. La fureur des uns est à peine calmée par les réponses des autres. Barcella fait rouler les tambours, Patrick Degroote fait geindre sa trompette, Vermeulen martèle son piano. Un Maelstrom musical entraine tout le quintette. Mais Van Gysegem, une fois encore, contrôle la situation et ramène tout le monde à bon port.

de singer, paul van gysegem, erik vermeulen, patrick de groote, jereon van herzeele, giovanni barcella, jasper van t hoof, nolie neels, pierre courbois

Le deuxième thème est également initié par Jereon. Cette fois-ci, il joue dans le piano. Il joue avec la résonnance des cordes qu’ Erik Vermeulen pince, frappe ou griffe. Les vibrations du sax installent une ambiance brumeuse, sombre et étrange. L’improvisation est douce et évolutive. Elle tourne un peu sur elle-même. Puis s’arrête brusquement. Il ne faut pas chercher pour chercher. Il ne faut pas forcer les idées. On sent quand elles arrivent, quand elles ont une raison, quand elles sont intéressantes. Une fois que tout est dit, Van Gysegem a assez d’intuition, de métier et, en tous cas, assez d’intelligence pour y mettre un point final.

de singer, paul van gysegem, erik vermeulen, patrick de groote, jereon van herzeele, giovanni barcella, jasper van t hoof, nolie neels, pierre courbois

Au début du deuxième set, Jereon, croise cette fois le fer avec le contrebassiste. L’intro sonne comme un indicatif, puis le morceau se bâtit sur quelques explosions de batterie et se charge d’énergie. Une énergie incroyable, une puissance sèche, une force brute. Van Herzeele monte dans les aigus, crache des flots de notes et se dissout petit à petit dans une transe incontrôlable. Tout là-haut, il éructe, il crie, il échange, il converse avec Degroote. Et le trompettiste fait crisser et couiner son instrument. De Groote alterne bugle et trompette (mutted ou non.) Toujours dans le flux. Le souffle est continu, ininterrompu

de singer, paul van gysegem, erik vermeulen, patrick de groote, jereon van herzeele, giovanni barcella, jasper van t hoof, nolie neels, pierre courbois

Dans une organisation mystérieuse et innée, le quintette partage les moments, l’espace et les plages, laissant le son venir à chaque musicien. Et chacun d’eux prend - le temps d’un instant - une direction et va explorer les idées.

Plus de deux heures de concert intense.

C’est sûr, le quintette n’a rien perdu de sa force depuis ce fabuleux moment de 1971 gravé sur ce disque que chaque amateur de free jazz se doit de posséder.


 

A+

 

 

12/08/2011

Aorta - Paul Van Gysegem Sextet

 

Il y  a quelque temps, lors d’un échange de mails, Gérard Terronès (l’homme au chapeau, l’infatigable patron de Futura et Marge) me confiait en fin de message, un peu las et sceptique : « Je m'apprête à rééditer en mars et en CD le vieux LP Futura Ger 27 "Aorta" de  Paul Van Gysegem sextet (1971), ça va intéresser combien de citoyens Belges ? ».

Pour être honnête, je ne connaissais pas ce disque. Et le nom de Paul Van Gysegem ne m’était pas des plus familiers. Hé oui, j’ai de grosses lacunes. Peut-être avais-je juste lu son nom - en effet, j'ai vérifié - dans une analyse sur «le free jazz à Gand dans les années ‘60» écrite par…  Patrick De Groote !

Je me suis donc renseigné sur ce disque et j’y ai lu alors des noms que je connaissais un peu mieux : le pianiste Jasper Van ’t Hof,  le batteur Pierre Courbois et… Patrick De Groote à la trompette ! Mince, le même De Groote dont j’avais lu l’essai* !

gerard terrones, futura et marge, chronique, paul van gysegem, patrick de groote, pierre courbois, jasper van t hoof, nolie neels

Alors, comme ça, ce disque n’intéresserait que peu de gens ?

En tout cas, moi, il m’intriguait sévèrement.

J’avoue que dans les années septante, je n’écoutais pas de free jazz (j’étais encore jeune, si, si…). Mais j’ai quand même pas mal écouté, depuis, ce qui se faisait à l’époque (Pharoah Sanders, Albert Ayler, Sunny Murray, Cecil Taylor, Peter Brötzmann, etc.).

Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour que je découvre, non seulement ces musiciens fantastiques, mais surtout cet album aussi incroyablement brutal qu’excitant ?

« Aorta » a été enregistré en 1971 à l’Université de Gand et s’ouvre sur quelques grincements d’archet de Paul Van Gysegem (cb). Puis, le vibraphone de Ronald Lecourt ricoche et le piano claque des arpèges disparates, rapides et énervés. Van ‘t Hof pince les cordes, étouffe les sons, les fait hurler. La trompette de De Groote postillonne, le sax de Nolie Neels cancane, la batterie de Pierre Courbois tape dans tous les sens. Ça jaillit de partout. On dirait un compteur électrique qui vient de se désintégrer. Et puis ça continue, et tout s’emballe, avec une énergie décuplée, sur le deuxième morceau (« Voor Anouk »). Un déluge, une explosion… Et on remet ça, en changeant l'axe.

Jusqu’à la fin, la machine tourne à plein régime, sans jamais faiblir. C’est un tourbillon infernal qui nous emmène. On est dans le plus pur free jazz de la fin des années ‘60. Tout est improvisations ravageuses, fureur et exaltation sans frontière. Et les six musiciens savent comment donner toute la puissance à leur musique : chacun s’encourage, pousse l’autre, le tire vers le haut, le relance. Tout est en ébullition constante et en rebondissements improbables.

Jusqu’à l’ultime note, le dernier souffle, le cri suprême, le cœur a pompé au maximum… mais il n’a pas lâché.

« Aorta » est sans aucun doute l’un des disques majeurs du free jazz et tout qui s’intéresse de près ou de loin à cette musique se doit de le posséder. C’est d’une modernité inouïe. Et c’est un modèle du genre. C'est un must absolu.

 

Merci Gérard. Il y en a d'autres, des trésors cahés?

 

A+

 

 

*on peut retrouver ce texte en allant ici et en cliquant sur Free Jazz in Gent rond de jaren zestig (dans la rubrique "divers").