06/06/2016

Mélanie De Biasio - Blackened Cities à Flagey

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Elle ne fait rien comme les autres, Mélanie. Depuis le début, elle ne veut pas rentrer dans un moule, ni dans un style. Elle veut exprimer sa propre personnalité, quitte à attendre 7 ans avant de publier son second album No Deal, paru chez Pias en 2013, et dont le titre sonne comme un aveu. Et c’est un succès. Mérité.

La maison de production suit alors l’artiste carolo dans une opération marketing de longue haleine et savamment orchestrée.

On sait qu’avec la chanteuse, il ne faut jamais précipiter les choses, mais on s’impatiente quand même d’entendre la suite de No Deal. 3 ans plus tard, c’est chose faite.

Et si l’on ne s’attendait pas à un album «conventionnel» de sa part, on peut dire que l’on n’a pas été déçu. Le tout neuf Blackened Cities est, en fait, un seul et long morceau de près de 25 minutes…

Et puis c’est tout.

Une seule face de 33 tours. Un seul et long morceau fascinant et envoûtant. Osé.

On était curieux de voir comment, sur scène, elle allait nous embarquer dans son monde, si particulier, et comment elle allait partager avec nous cet ovni.

Ce samedi à Flagey, Mélanie de Biasio a fait salle comble.

La scène est plongée dans le noir. Sur un écran géant, la très belle image charbonneuse de Charleroi de Stephan Vanfleteren se laisse découvrir par parcelles.

Mélanie arrive seule, dans le noir total, et entame «Blackened Cities». Claquement de doigts, souffle saccadé, chant pur et flûte brillante. Puis Pascal Mohy entre à son tour. Dépose quelques notes sublimes sur le piano. Puis c’est Sam Gerstmans qui s’empare de la contrebasse et balafre les cordes de quelques phrases à l’archet. Viennent enfin Pascal Paulus (claviers) et Dré Pallemaerts (dm). Un groove sourd et retenu se repend dans tout le studio 4.

La musique se développe calmement, longuement. Comme dans une transe intériorisée, lente et progressive, la musique enfle. L’excitation monte mais... mais... on n’arrive jamais à la jouissance. La mise en scène est peut-être un peu trop maniérée. C'est un poil trop chichiteux. On reste dans un cocoon trop confortable et ouaté. Dans la pénombre. Un peu frustré.

Après ce long voyage statique de plus de trente minutes, Mélanie revisite, en duo avec Mohy puis avec Paulus, «The Flow», «No Deal» ou «I Feel You». Toujours dans cet esprit minimaliste retenu et souvent sur les mêmes pulsations. Dré Pallemaerts arrive pourtant, à lui seul, à colorer la musique dans un jeu créatif, foisonnant, libre et sensuel. «I’m Gonna Leave You» secoue un peu… Mais le concert s’étire un peu trop. Il se répète presque. On a l’impression que l’on allonge un peu la sauce d’un plat qui aurait pu surprendre d’avantage…

Certains adorent, d’autres restent un peu sur leur faim…

 

 

A+

 

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31/03/2016

The Return Of The One Shot Band - Sounds

Retour au Sounds depuis des lustres. J'en ai manqué des bons concerts là-bas !

Et même ce samedi soir, j'ai failli rater celui de Fabrice Alleman. J'avais pourtant deux occasions pour y assister : l’une le vendredi et l’autre le samedi. Et samedi... je ne suis arrivé qu’à la fin du premier set… mais dans une ambiance de feu.

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«Remonter le projet One Shot Band !», voilà une idée qui mijotait depuis pas mal de temps dans la tête du saxophoniste. Le One Shot Band avait vu le jour à la fin des années nonante et était composé d’une double rythmique, Jean-Louis Rassinfosse (cb) et Benoît Vanderstraeten (eb) (ou Thierry Fanfant), et de Fred Jacquemin (dm, loops), Vincent Antoine (voc), Michel Herr (keys), Paolo Loveri (eg), Jean-Pierre Catoul (violon) et bien sûr Fabrice Alleman.

Malheureusement, la mort injuste de Jean-Pierre Catoul a mis fin à cette aventure à peine entamée… Quinze ans plus tard, Fabrice Alleman a retrouvé la force de remettre le projet sur pieds.

Bien sûr, le line-up a quelque peu changé. Autour du leader, on retrouve les amis de la première heure (Fred Jacquemin et Benoît Vanderstraeten) mais aussi des «nouveaux venus» : Romain Garcera au vibraphone, Pascal Mohy aux claviers et Joachim Iannello au violon.

Si la musique a sans doute évolué, l’esprit et l’énergie sont restés. Les compositions, de l’époque ou toutes nouvelles, toutes écrites de la main de Fabrice Alleman, sont autant influencées par la soul, le funk et le jazz électrique que par la musique celtique. Et ça groove !

Basé sur un thème de Dan Ar Braz, le dernier morceau du premier set est pour le moins explosif ! La musique circule et monte en puissance comme un tourbillon sur les côtes du Finistère. Ça joue avec précision et à toute vitesse.

«Blues 8», lui aussi, monte à pleine puissance en une spirale énergique. La musique semble s’inventer sur l'instant (pas de doute, c’est bien du jazz !). Fabrice Alleman donne des indications au vibraphoniste, encourage Pascal Mohy, pousse encore plus loin le bassiste ! Il semble visualiser le chemin que pourrait prendre la musique. Il ouvre des portes, provoque les idées, laisse plein de libertés.

Soprano et violon font un bout de chemin ensemble avant que ce dernier ne s’envole dans une impro endiablée. Tandis que Jacquemin jongle entre tambours et pads, Verstraeten se jette dans de vertigineuses improvisations à la basse électrique. Son jeu est d'une incroyable souplesse et d’une précision stupéfiante.

Si la musique peut être extrêmement punchy, elle peut aussi se faire mystérieuse et intrigante. Tel le joueur de flûte d’Hamelin, Fabrice Alleman, au fifre, amène le public à le suivre, à revenir au calme, à l’écouter attentivement, à rester suspendu à ses lèvres. Et puis, ça repart de plus belle, avec exaltation et frénésie, comme au bon vieux temps du jazz rock de Miles.

Avec «J-J» aussi, le groove est tendu, presque psyché, le violon s'emballe avec ferveur, Pascal Mohy distribue des phrases courtes, pleines de soul, de funk et de sueur et Jacquemin frappe sèchement. Fabrice passe du soprano au ténor, puis au chant. Cela pourrait durer des heures. Mais c’est un «Summertime», totalement recoloré, qu’on nous offre en rappel. Il faut bien souffler un peu...

Le One Shot Band vient de faire un retour tonitruant. Plein de promesses. Et espérons que ce ne soit pas un «one shot».

A+

29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

23/03/2013

Mélanie De Biasio - No Deal

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Tout simplement é-blou-i-ssant !

Mélanie De Biasio.

 

A+

21/05/2012

Sal La Rocca - It Could Be The End - Interview

 

Début de l’année, Sal La Rocca, l’un des contrebassistes belges les plus demandés sur la scène jazz, sortait son deuxième album personnel chez Igloo. Après «Latinea» en 2003, voici «It Could Be The End», titre énigmatique qui, plutôt qu’une fin, pourrait être le début d’une belle aventure. L’album est lumineux et extrêmement bien balancé. Un véritable disque de jazz actuel, qui mêle le passé et le présent et dans lequel Sal, entouré de Hans Van Oosterhout (dm), Lorenzo Di Maio (eg), Pascal Mohy (p) et Jacques Schwarz-Bart (ts), donne le meilleur de lui-même. Il y a du swing, du groove, de la force et de la tendresse. Allez écouter le sensuel "Bluemondo", l'envoutant "Lazy Lion" et les solides "Osuna" et "It Could Be The End"... Autant dire qu’on a hâte de voir tout ce beau monde sur scène.

En attendant, je me suis retrouvé un dimanche après-midi face à ce musicien "entier", aux idées bien affirmées.

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Ton dernier disque s’appelle “It Could Be The End”. C’est sans doute la question que tout le monde te pose mais, n’est ce pas un titre un peu pessimiste?

(Rires) Oui, il y a même des gens que cela dérange. Mais, voilà, j’avais composé ce morceau et il fallait bien lui trouver un titre. Parfois on trouve le titre avant, parfois après. Et là, j'étais dans ma chambre, j’ai levé les yeux, j’ai regardé autour de moi et je me suis posé la question que tout le monde se pose presque chaque jour : ”Est-ce que tout cela va durer?”. Et c’est vrai que ce morceau a quelque chose d’un peu chaotique et d’incertain, surtout sur la fin. Mais le titre est plutôt optimiste pour moi, il va plutôt dans le sens du “renouveau”. Même si l’album est sorti en 2012, il n’y a pas de rapport avec la fin du monde qui est prévue pour 2012… Ça, je n’y suis pour rien (rires).

Quand a-t-il été enregistré ?

L’année dernière, au mois d’août. Mais cela a pris un temps fou avant sa sortie car je voulais – et cela, personne ne le sait – intégrer une reprise d’un titre d’ABBA chanté par Dani Klein de Vaya Con Dios. On l’a même enregistré. C’était vraiment bien. Mais quand j’ai demandé la permission de l’utiliser, on me la refusée. On a pourtant essayé et demandé à plusieurs reprises, mais il y a toujours eu un refus. Il faut s’appeler Justin Bieber pour pouvoir faire ça, sans doute.

Comment as-tu formé le groupe, et pourquoi avoir choisi ces musiciens-là ? Quels étaient tes critères?

Hé bien, je me plains souvent, ça, tout le monde le sait (rires). Je pense que beaucoup de musiciens sont des professeurs avant d’être des musiciens. Mais ce n’est pas de leur faute, certains sont obligés de faire ça, c’est le «système» qui veut ça. Moi, je voulais des musiciens qui avaient surtout, et avant tout, un véritable esprit jazz. Alors, j’ai appelé mon vieux pote Hans Van Oosterhout, que je connais depuis plus de vingt ans. Et puis j'ai pensé à Pascal Mohy, que j’ai appris à connaître et qui a une oreille et un esprit monstrueux. Ensuite, il y a eu Lorenzo Di Maio, pour ce même état d’esprit. Et enfin Jacques Schwarz-Bart... pas la peine de dire pourquoi.

L’envie d’intégrer un sax, celui de Jacques Schwarz-Bart en particulier, était claire et précise dès le début de l’écriture ?

J’avais enregistré avec Jacques sur l’album d’Olivier Hutman en 2005. On s’est lié d’amitié et on a joué ensemble plusieurs fois par la suite, sur ses projets ou sur les miens. J’ai donc pensé à lui, car il a un super esprit et une façon de jouer à la fois très roots et très moderne. Mais je n’avais pas écrit mes morceaux en pensant à lui spécialement. Il se fait que mes compos étaient écrites depuis un petit bout de temps déjà et j’ai fait coller les musiciens à la musique ce que j’ai écrite.

Tu avais également l’idée d’introduire une guitare aussi ? Celle de Lorenzo en particulier ?

J’avais de toute façon l’idée d’une guitare. Apparemment, je ne sais pas me passer d’une guitare. Il y en avait déjà deux sur mon album précédent, celles de Peter Hertmans et Jacques Pirotton. Je crois que cela me tient à cœur. Mais je ne voulais pas reprendre les mêmes, puisque lorsqu’on a décidé de changer, il faut vraiment changer. J’ai pensé à Lorenzo parce qu’il a un petit truc différent. Je ne dis pas qu’il a quelque chose en plus, mais quelque chose de différent. Et puis, en plus, il est à moitié sicilien comme moi (rires).

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Quand vous avez commencé à jouer tous ensemble, la musique a-t-elle encore évolué dans une certaine direction ou tu avais une vision bien précise de ce que tu voulais ?

J’avais plus ou moins un schéma précis. Mais, disons que je ne suis pas un leader au sens stricte du terme. C’est un peu comme si je m’engageais dans mon groupe, plutôt. Le leader, c’est la musique. Et puis, je suis très ouvert  pendant un enregistrement. Alors, en effet, des choses ont changé au cours de l’enregistrement, mais il ne s’agissait pas de choses fondamentales. L’ossature était assez solide.

Tu laisses, en effet beaucoup de libertés aux musiciens et tu fais même jouer du Fender à Pascal Mohy…

Absolument. C’est vrai qu’il est très piano”, mais il a un Rhodes chez lui, il en joue de plus en plus et puis, parfois, quand il n’y a pas de piano dans un club, il faut trouver des solutions. Mais cela apporte surtout une autre couleur et enrichit certains morceaux. Et quand j’ai demandé à Pascal de jouer cet instrument, il a accepté très vite. C’est vrai que je ne suis pas un contrebassiste qui se “met en avant”.  J’aime cette place de sideman, c’est vrai. C’est déjà tout un monde en soi. Donc, si je fais un disque, j’aurais tendance à garder le même rôle. Ce ne sera pas un disque de contrebassiste avec des soli interminables. De plus, je ne me considère pas comme un virtuose. J’essaie plutôt de partager mes expériences dans ce disque. Et si je dis que je ne suis pas leader, il s’agit quand même de ma musique. Elle est représentative de ce que je suis. Je suis le propriétaire des morceaux, si on peut dire, mais les portes sont toujours ouvertes aux bonnes idées.

Tu composes depuis longtemps?

Non, cela est venu assez tard. Après avoir acquis une certaine expérience.

Le fait d’avoir été sideman de Toots, de Jacques Pelzer, de Nathalie Loriers pendant longtemps, d’Anne Ducros, de Vaya Con Dios - la liste est très longue - a-t-il fait évoluer ta façon de jouer ou de concevoir la musique?

Tout à fait. J’ai accompagné pas mal de musiciens belges, au départ, comme Nathalie Loriers ou Diedrik Wissels et puis plein d’étrangers aussi. Il y a donc l’expérience qui s’acquiert au fil des ans, on finit par comprendre les choses. Mais il y a quelque chose d’innée aussi, je l’avoue. Lorsque j’ai composé les morceaux de mon premier album, en 2003, c’étaient des premiers jets et pourtant, Eric Vermeulen me disait que cela tenait debout, que c’était cohérent, qu’il y avait tout ce qu’il fallait. Il n’y avait pas de quoi crier au génie, certes, mais il y avait la structure pour raconter une histoire du début à la fin.

Tu as appris tout ça sur le tas. Tu es un parfait autodidacte.

Plus autodidacte que moi, ce serait difficile.

Cela permet d’apprendre d’une certaine façon ? Actuellement, on apprend beaucoup dans les conservatoires, les académies… Toi, c’était plus la méthode traditionnelle, dirons-nous. Tu sens, chez les jeunes, une manière différente de jouer ou d’appréhender le jazz par ceux qui ont fait le conservatoire et les autres ?

Oui, il y a une grosse différence. Mais certains arrivent à posséder les deux styles. C’est à dire qu’ils connaissent les bases et ont, en même temps, une personnalité très forte. Car le gros risque, à mon avis, c’est d’avoir un même professeur pendant cinq ans et de sortir de là en étant le clone de ce professeur. C’est ce qui arrive dans soixante pour cent des cas. Quand j’entends des jeunes qui sont sortis du conservatoire, je peux dire rapidement avec qui ils ont eu cours. Cela peut être problématique car une des qualités premières d’un musicien est de le reconnaître dès les premières notes.

A moins d’être un prodige, cela se définit avec les années, qu’il y ait conservatoire ou pas, non ?

Oui c’est sûr. Mais il faut aussi savoir ce que l’on veut dans la vie. Espérer que cela te tombe tout cuit du ciel ou chercher toi-même ta personnalité. En ce qui me concerne, je n’ai pas cherché pour chercher mais, en jouant concerts sur concerts, j’ai appris. Et toujours de manières différentes. Pendant un moment, j’étais beaucoup chez Jacques Pelzer à Liège, parce que j’habitais à quelques centaines de mètres de là, et j’ai vu défiler un maximum de jazzmen avec qui j’ai eu la chance de jouer. Et pas des moindres. Ça c’est une chance.

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Dans ces moments-là, est-ce que ces jazzmen te demandaient de jouer d’une certaine manière ?

Je débutais à l’époque, je n’étais nulle part. Je n’avais aucun background. Je jouais comme je le ressentais, avec mon propre et mince bagage. Avec beaucoup d’instinct, surtout. J’écoutais les conseils de Steve Grossman, Dave Liebman, John Thomas, qui passaient souvent là-bas, de Steve Houben aussi, qui m’a mis définitivement le pied à l’étrier. Je dois beaucoup à tous ces gens. Et puis, Jacques Pelzer me disait souvent des petites phrases qui n’avaient pas l’air d’être importantes et pourtant… Par exemple : “Play simple and strong”. Ça à l’air con, mais il faut garder ça en tête. Quand on est un peu busy, on pense à ça, on se calme et on y va. Ce sont des conseils en or.

Tu appliques ça aussi dans tes compositions ? Tu essaies de garder un fil conducteur plutôt que de te laisser tenter à faire compliqué pour faire compliqué ?

Le premier disque était peut-être un peu dans cette veine là. C’était peut-être un challenge pour moi, pour me prouver que je pouvais faire « sophistiqué » aussi. Quand tu écoutes certains jazzmen belges, il faut se lever tôt pour comprendre quelque chose. A l’époque, j’étais un peu dans ce mouvement-là, dans cet esprit-là. Mais en même temps, il y avait du lyrisme. C’est mon côté méditerranéen… un peu blanchi… car je suis né ici (rires). Mais il y avait des choses intéressantes que j’ai gardé pour la suite. Et dix ans après, pour ce nouvel album, j’en ai tiré les leçons. “It Could Be The End” est aussi simple que complexe, mais toujours accessible. Je trouve, bien sûr, qu’il est beaucoup plus réussi. Là, j’ai l’impression d’avoir fait quelque chose qui pourrait marquer.

A quoi fais-tu le plus attention? Aux harmonies, aux mélodies…?

Pour moi, c’est surtout la mélodie qui prime. Ce qui me tenait à cœur, le challenge que je m’étais fixé, c’était de relier l’émotion et le cérébral. Car il y a inévitablement des trucs  parfois un peu complexes dans ma musique. Mais je voulais des mélodies que l’ont puisse presque siffloter.

Tu composes de quelle manière ? A la table, avec ta contrebasse, au piano?

A la guitare. J’étais guitariste de rock, de hard rock même, avant de me mettre à la contrebasse et au jazz. C’est donc plus naturel pour moi de chercher des accords et des mélodies à la guitare.

Tu n'as jamais été tenté de passer à la basse électrique?

Si parfois. De temps en temps, je m’y adonne puisque avec Vaya Con Dios, je joue aussi de la basse électrique. Mais, si je devais reprendre la guitare, ce serait avec plein de distos, pour faire ce que je faisais avant, avec une pointe de modernité en plus. Pourquoi pas?

On pourrait te demander de prendre la basse électrique ou alors on t’a définitivement “classé” dans un type de jazz ?

Tout à fait, je suis étiqueté. Mais, de toute façon, des bassistes électriques, il y a en a un paquet, et ils jouent tous très bien, donc je ne vois pas l’intérêt, pour l’instant, d’aller y mettre mon grain de sel. Et puis, il ne faut pas oublier que je suis encore et toujours très amoureux de la contrebasse. Je n’en ai pas fini, c’est un instrument qui m‘étonne encore.

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Y a t-il des contrebassistes que tu écoutes et qui sont des influences majeures pour toi ? Y a-t-il un certain type de jazz que tu écoutes plus volontiers qu’un autre ?

Je suis assez épris de Scott LaFaro, bien sûr, avec le trio de Bill Evans. C’est pour moi le must. On parle souvent de “l’art du trio”, mais celui-là est inégalable. Et Scott LaFaro est incroyable. On le sent instinctif, on le sent à la recherche tout le temps. Il jouait avec le cœur et les tripes. Et celui qui, pour moi, actuellement possède toutes ces qualités, c’est John Patitucci.

Le trio c’est la quintessence du jazz et est assez idéal pour un contrebassiste. Est-ce plus difficile de s’exprimer en quintette ?

C’est une question d’esprit. On peut jouer en quintette ou en quartette avec un esprit de trio. Un bon exemple, c’est le quartette de Jan Garbarek, Keith Jarrett, Palle Danielsson et Jon Christensen. Ça jouait avec l’esprit du trio. Tout le monde était en interactivité, ce n’était pas l’accompagnement d’un soliste. Palle Danielsson n’arrête pas de faire des contrepoints, puis il reprend la mélodie en même temps que Jarrett ou Garbarek. C’est la preuve par quatre qu’on peut jouer en groupe avec l’esprit du trio.

C’est cela que tu as essayé de garder dans ton quintette ?

C’est la raison pour laquelle il faut laisser pas mal de liberté et ne pas imposer une couleur trop définie. Encore une fois, les portes sont ouvertes et puis, il faut de la complicité et de la confiance. C’est comme dans la vie. Il faut avoir confiance à 100% dans les personnes que l’on choisit. Si on est à 90%, c’est qu’il y a un problème. Il faut être à 100%. C’est parfois ce qui manque à la scène jazz en Belgique. On a parfois peur que l’un ou l’autre ne joue pas comme on le veut. On le canalise trop.

N’est ce pas dû au fait que les groupes n’ont pas l’occasion de jouer beaucoup et régulièrement ensemble ?

Bien sûr. C’est un gros problème. Il y a beaucoup de demande et pas assez d’offre. Beaucoup se sont sacrifiés pour cela. Même si ce n’était pas simple avant, actuellement c’est encore plus difficile. Avant je réglais un gig en une heure, maintenant c’est trois semaines. C’est quarante e-mails, dix sms et cinq coups de fil… Bref, tu as déjà liquidé ton cachet avant de jouer ! C’est vrai qu’il y a beaucoup de monde mais il y a aussi certaines institutions qui “occupent” un peu assez bien l’espace. En tout cas, ils couvrent une grande zone. C’est un bien et c’est un mal à la fois. Grâce aux Jazz Tours ou aux Jazz Lab Series, les tenanciers ne paient que la moitié du cachet… C’est bien mais… si tu rates ce train-là, quand tu arrives avec ton groupe et que tu annonces un prix “normal”, c’est la galère. C’est un peu épuisant. Moi, je suis indépendant, c’est donc moi qui calcule mon prix. Et, trouver moi-même un engagement et annoncer le prix, qui est honnête par rapport à ce que l’on sait faire, c’est devenu très difficile, voire impossible.

 

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Pour les disques c’est difficile aussi, je suppose ? La distribution, la diffusion, tout cela n’est pas simple.

C’est tout aussi compliqué car le marché est dix fois, quinze fois plus large qu’avant. Et les gens achètent moins de disques qu’avant. On a un nouveau rapport avec le disque. Avant, on attendait la sortie d’un disque, on allait et retournait chez le disquaire pour savoir s’il était dans les bacs. Maintenant, on pianote et on trouve tout sur le web. C’est bien aussi, mais on écoute autrement. Ça passe plus vite. Moi, je veux qu’on écoute ma musique, qu’on s’y arrête…

Le disque ne sert-il pas plus de présentation ?

Oui, car pour trouver des concerts, il faut du concret ! C’est paradoxal. Mais le cd est là pour marquer le coup aussi. C’est un jalon indispensable.

C’est pour cela que les concerts sont importants aussi, pour voir et entendre quelque chose d’unique, entendre comment la musique évolue ?

Oui c’est important. Même si l’on joue ce qu’il y a sur le disque, on le jouera toujours différemment, car un jour n’est pas l’autre. C’est pourquoi il faut jouer et tourner. Et c’est cela qui est difficile. Mais un groupe qui ne joue pas, c’est un groupe qui n’existe pas. On en est tous un peu là, malheureusement. On fait des disques, mais on ne joue pas.

En tant que sidemen, tu as joué et tu joues encore beaucoup hors de Belgique. Tu as des possibilités pour aller joueur avec ton propre quintette hors de nos frontières, en France par exemple ?

J’aimerais bien, évidemment. Mais comme chaque musicien du groupe fait aussi son “truc”, c’est parfois casse-tête. Le guitariste a son groupe, la saxophoniste a le sien, le pianiste aussi… c’est donc complexe pour booker tout le monde en même temps. En plus, en ce qui me concerne, il y a le fait que Jacques Schwarz-Bart a fait son quartette et qu’il a sorti son album entretemps. Egalement avec Han Van Oosterhout. Et comme il tourne en France, si je veux démarcher là-bas, j’arrive avec presque le même line-up... c'est mort. Pour l'instant.

Les concerts, c’est pour quand alors ?

Et bien, j’attends une réponse des Jazz Lab Series pour la fin d’année ou début d’année prochaine. Et avant cela j’espère bien trouver quelques dates pour “garder la main”. Pour le moment, j’essaie de faire parler de ce disque pour pouvoir ensuite grouper les concerts. De toute façon, je ne pense pas que ce disque soit un “feu follet”. Il a été pensé pour cela aussi, pour qu’il dure. Il est assez consistant, je pense.

Bref, «It Could Be The End», n’est qu’un début alors ?

Totalement ! (Rires)

 

A+

(Merci à Jos Knaepen pour les photos !)


28/03/2012

Pascal Mohy Trio au Sounds

Le Mohy nouveau est-il arrivé ?

Cela faisait longtemps que je n’avais plus entendu Pascal Mohy en trio (la dernière fois, c’était début septembre, lors du Belgian Jazz Meeting à Bruges).

Je ne sais pas pourquoi mais, ce vendredi 23 au Sounds, on sent le pianiste plus fébrile, plus incisif. Il y a chez lui comme une nouvelle énergie qui l’anime.

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Ce soir, pas de tergiversation, pas d’état d’âme, dès les premiers accords d’un morceau de Bud Powell, il plonge. Et puis, sur «Crescent», il se lâche encore plus.

Est-il poussé dans le dos par le drumming fougueux d’Antoine Pierre ? Par le jeu plus déterminé que jamais du pirate de la contrebasse, Sal La Rocca ?

Toujours est-il que le pianiste parait libéré du lyrisme dans lequel il semblait s’enfermer.

Ce soir, ça sonne et ça claque. Et le trio passe en revue une bonne partie des plus grands standards du hard bop. Il n’y a pas de raison de ne pas se faire plaisir ! Et le plaisir est communicatif entre nos trois jazzmen et cela semble leur donner des ailes.

Après un jubilatoire et groovy «This Here» de Bobby Timmons, ils s’attaquent à «Cherokee», version balade, de manière somptueuse. C’est somptueux car le trio évite la mièvrerie, contourne les clichés et fait briller ce classique des classiques à la manière d’un Brad Mehldau au meilleur de sa forme. La main gauche de Mohy ne tremble pas. Elle est ferme et convaincante. Sûre d’elle. Déterminée. Je n’avais plus entendu une version aussi brillante de ce morceau depuis longtemps.

Alors, comme portés par leur élan et leur enthousiasme, les trois musiciens terminent le premier set en feu d’artifice avec «Hallucinations» de Bud Powell, qui semble décidément bien inspirer notre pianiste.

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Rassurez-vous, Pascal Mohy n’a rien perdu de sa sensualité et sa version de «Satin Doll» d’Ellington a presque quelque chose de sexuel. Il y a cette façon de retenir l’extase, de jouer au chat et à la souris avec la mélodie, d’user, sans abuser, de stop and go. Il y a cette entente, ce défi constant, ce contraste brutal entre le piano et la batterie... Car Antoine Pierre joue sec, cinglant et tonique. Mais quand il le faut, le batteur peut se faire très félin aussi (comme lors de «In A Sentimental Mood»). De son côté, Sal La Rocca n’est pas en reste et, s’il fait souvent le lien,le passeur, il n’hésite pas à mettre de l’huile sur le feu de temps à autres. Le voilà qui relance, qui fait claquer les cordes, puis les fait murmurer.

Tout ce jazz est bien dégraissé, vif et fringuant. Il a de la saveur, il a du corps. Et c’est tout ce qu'on demande, c'est tout ce qu’on aime.

Il y aura encore un thème de Charlie Parker («Now’s The Time») et un de Gainsbourg («La Javanaise») mais aucune composition personnelle, comme s’il s’agissait pour Mohy de prendre un peu de recul, de prendre un nouvel élan... pour mieux sauter...

On peut lui faire confiance, il est sur la bonne voie.

A+

 

23:34 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pascal mohy, sounds, antoine pierre, sal la rocca |  Facebook |

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

12/01/2011

Blue Flamingo deuxième! Et places gratuites!

 

J’avais assisté à l’un des deux premiers concerts organisés par Muse Boosting en octobre. Trois mois plus tard, et comme prévu, voici la deuxième édition.

 

Au programme cette fois-ci : le trio de Pascal Mohy, le vendredi 21 janvier et No Vibrato le lendemain, samedi 22.

Ce sera toujours au Château du Karreveld, à Molenbeek, à 20h.30.

Et pour certains, ce sera gratuit !!

Oui, oui car, les organisateurs offrent 10 X 2 places… par concert !

10 X 2 places offertes !

Que faut-il faire ? Simple : envoyez un e-mail à Serge Solau ou donnez-lui un coup de fil.

Voici les coordonnées :

Tél : 02 880 93 26

e-mail : serge@museboosting.be

 

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On s’y retrouve ?

 

A+

 

02/10/2010

Mélanie De Biasio Trio au Music Village

 

 

En attendant que son deuxième album sorte (avec Dré Pallemaerts, Pascal Paulus et Pascal Mohy), Mélanie De Biasio «est revenue» à la formule en trio (qu’elle n’a jamais vraiment abandonné, il est vrai).


Pour fêter le dixième anniversaire du Music Village, Paul Huygens avait eu la bonne idée de l’inviter. Et Philippe Baron, lui, a eu la bonne idée d’enregistrer le concert pour son émission «Jazz» sur Musiq 3.

Jeudi 16 septembre, pas mal de monde s’était donc donné rendez-vous au club de la Rue des Pierres, à côté de la Grand Place.


Direct radio oblige, le public attend, sagement et en silence, que la régie donne le top départ. 21h.04 précise: courte introduction de Philippe, quelques mots de Paul… et puis, place à la magie.

 

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Sur scène, Pascal Mohy au piano et Sam Gerstman à la contrebasse sont prêts. Mélanie est détendue, souriante, rayonnante. Ça me rappelle un peu le temps où elle chantait au PP Palace le dimanche soir, avec Pascal Mohy, déjà, mais aussi avec Steve Houben ou Axel Gilain. Bien sûr ici, au Music Village, le public est nettement moins bruyant et plus attentif.


L’univers de Mélanie est fragile et elle n’aime pas trop qu’on vienne l’altérer. Aussi, aux questions que tente de poser Philippe Baron après qu’elle a chanté quelques morceaux, elle préfère répondre d’un sourire, ou d’un bref «on verra» ou d’un court «oui» étouffé dans un rire. Elle n’en dira pas plus. Ce soir, elle ne parle pas, elle est sur scène et elle est là pour chanter. Et quel chant!

Ce soir elle mélange, plus encore qu’à l’habitude, des standards à ses propres compositions. Elle choisit les standards comme elle les aime. Et elle les chante comme elle les aime. Et c’est sublime. Elle se les réapproprie, évite les clichés, mais ne contourne pas pour autant les difficultés. Mais qu’est ce qu’une difficulté lorsque la passion et la sincérité vous habitent? C’est l’âme qui parle, la vérité qui s’exprime. Et la sincérité ne peut jamais faillir.

 

Les notes crépusculaires de Mohy, au piano, nous attirent comme au fond de la mer. Sam Gertsmans caresse les cordes sourdes de sa contrebasse, Mélanie lâche quelques phrases de «Blue» et laisse aussitôt le piano continuer notre noyade.

«Never Gonna Make It» nous ramène à la surface. Le chant est lumineux, sensuel et swinguant. Pascal Mohy, en grande forme, enchaîne les accords, improvise avec inspiration («Mood Indigo» est sublime de swing et de pétillance). Sam Gerstmans fait tour à tour ronronner ou gronder profondément sa contrebasse. Il est dans son élément, il couvre, dévoile, accompagne, libère. L’ensemble est d’une merveilleuse cohérence.

C’est étonnant comme Mélanie arrive chaque fois à créer ces bulles d’intimité, à la fois langoureuses et élégiaques ou, au contraire, presque frivoles. «Black Coffee» est charmeur, «Yesterdays» est douloureux, «Afro Blue» est émouvant. Ses compositions personnelles s’immiscent sans peine parmi les standards. Et «Convictions» ou «Let Me Love You» ne peuvent nous laisser de marbre.

 

Ce soir, on a encore re-découvert Mélanie De Biasio, fidèle à son univers et pourtant différente. Le bonheur, le partage, le sourire, tout y était. Autant sur la scène que dans la salle.

 

Alors, en attendant que le disque sorte, pourquoi pas une belle tournée en trio ?

Moi, je suis pour.

 

A+

 

13/03/2010

Just Jazz It - Mohy et Bollani au Beurs

Vendredi 26 février, on fait la file devant le Beursschouwburg pour le festival Just Jazz It.

Le double concert de ce soir est archi sold-out. Pour avoir encore une chance de trouver une place, il faut s’inscrire sur une liste d’attente en espérant un éventuel désistement.

Cet engouement est sans aucun doute dû à la venue de Stefano Bollani. Il jouera en solo après le concert du trio de Pascal Mohy.

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Place donc au jeune pianiste belge, pour commencer, accompagné par Sal La Rocca à la contrebasse et Joost Van Schaik aux drums.

Douceur, lyrisme et délicatesse au menu. Le trio nous propose un joli voyage, dont il a le secret, dans une ambiance intime et toute en retenue… trop, peut-être. Les morceaux s’enchaînent («Don’t Explain», «Jojo», «6.4.2») mais la sauce a du mal à prendre. On dirait que le fluide ne passe pas vraiment et que personne ne se lâche tout à fait. Le toucher de Mohy est toujours fin et aérien. Les interventions de Sal toujours charnues. Le jeu de Van Schaik juste… mais… Dans ce climat très Evansien, on attend un peu l’étincelle, le plaisir, la surprise, le «lâché prise»… Ha, ça me coûte vraiment d’écrire ça, car j’adore ce trio et le jeu de Pascal Mohy, mais ce soir, à mon avis, ils sont passés un peu à côté. Allons, ce n’est que partie remise, j’en suis sûr.

Quelqu’un qui n’est pas passé à côté de son concert et qui prend du plaisir sur scène, c’est Stefano Bollani. Une bourrasque, une tornade, un feu d’artifice.

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L’Italien débarque avec son sourire, sa joie, son humour, son soleil. Et il partage le tout avec nous.

Voici sans doute l’un des plus fabuleux concerts solo auxquels j’ai assisté.

La variété des styles, les changements de rythme, les variations de tempos, les différentes ambiances, Stefano Bollani les maîtrise avec une incroyable facilité.

Le jeu est d’abord vif et très percussif. Il prend possession de tout le clavier, s’aide du coude pour ponctuer plus fortement encore certains accords. Jamais le sens de «faire sonner un piano» n’a été aussi approprié. Tout reste harmonieux, car Stefano est un véritable amoureux des mélodies. Il a la musicalité à fleur de doigts, le lyrisme chantant, la mélodie lumineuse. Rien n’est jamais convenu chez lui, même ses ballades respirent un romantisme sincère.

Bollani passe sans transition, mais avec une intelligence certaine, d’un jeu à la Jarrett qui aurait pris le soleil (les ostinatos et les motifs répétés sont de mille nuances) à un jeu très contemplatif et serein. Il saupoudre d’un peu de blues, une pointe de stride, un soupçon de chanson. Bollani fait feu de tout bois. Son influence de la musique classique est aussitôt contrebalancée par un air pop ou un standard de jazz. Sa culture musicale semble sans fin.

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C’est ce qu’il démontre avec un humour désarmant lors du rappel pour lequel il demande au public une vingtaine de titres en tout genre (ça va de Puccini à Scott Joplin en passant par Satie, Paolo Conte, Miles et d’autres moins célèbres). Bollani prend tout et nous livre tout ça en un medley ahurissant et jubilatoire.

On ressort du Beurs avec une incroyable énergie et un sourire jusqu’aux oreilles.

Chapeau et merci Maestro !

 

A+

 

07/03/2010

Dré Pallemaerts sur Citizen et tout un programme...

Bien cachée, quelque part dans les «entretiens» de Citizen Jazz, l’interview de Dré Pallemaerts que j’ai eu le bonheur de réaliser il y a quelques temps, est en ligne depuis la semaine dernière.

Il y parle de «Pan Harmonie», bien sûr, mais aussi de son parcours et de ses projets.

C’est ici. Bonne lecture.

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D’autres interviews seront également bientôt en ligne… un peu de patience.

Un peu de patience aussi pour la suite du programme sur Jazzques.

Il y aura le concert de Lidlboj à la Jazz Station, ceux de Pascal Mohy et Stefano Bollani au Beursschouwburg, celui de Vijay Iyer et Rudresh Mahanthappa (Raw Materials) à De Singer, à Rijkevorseel près d’Anvers, une rencontre épique avec Fabrizio Cassol et Baba Sissoko à la Foire du Livre de Bruxelles, le concert de Matthieu Marthouret au Sounds et, pour finir, une rencontre avec Yves Budin pour la sortie de son album «Visions de Kerouac» (édité aux Carnets du Dessert de Lune)…

 

Ouf….

Yapluka.

 

A+

(Photo ©Jos Knaepen)

13/02/2010

Melanie De Biasio - Jazz Festival Marni Flagey

 

Rendez-vous avec Mélanie De Biasio, samedi 30, pour clore le Jazz Festival Marni Flagey (pour lequel je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de voir tous les concerts qui me faisaient de l’œil…).

Elle a failli ne pas arriver, Mélanie, à cause de la neige qui avait envahi par surprise une grande partie du pays. C’est ce que la chanteuse raconte pendant son concert. Hé oui, chose rare, Mélanie parle à son public! Avec humour et tendresse !

Mais revenons au studio 1 à Flagey.

Ambiance toujours intime, très feutrée et assez sombre, comme pour faire briller les sons de la voix et des instruments. Car il faut le dire et le répéter, il s’agit d’un groupe et pas d’une chanteuse accompagnée d’un groupe. Le son a donc beaucoup d’importance. Et Mélanie a bien l’intention de creuser encore plus dans ce sens.

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Normal donc que Dré Pallemaerts, sans doute l’un des batteurs les plus subtils d’Europe, se sente ici chez lui. Son jeu est d’une justesse et d’une sensualité magnifiques. Il caresse les peaux, effleure les cymbales, souligne d’un claquement sec une intension ou une inflexion. Il crée des ambiances, dessine des climats, colorie certains morceaux de reflets orientaux (à l’aide d’un gong) ou indiens (avec des clochettes).

Entre le piano de Pascal Mohy, aux notes légères, graves ou retenues, et le souffle de la flûte de Mélanie, les passages se font suaves. Le swing est latent, tout en non-dit. Tout en évocation. Pascal Paulus, au clavinet et autres claviers, joue le rôle de la basse disparue volontairement du groupe. Du coup, dans certains morceaux, on y perçoit un écho vintage à la Tangerine Dream ou Grateful Dead (vous voyez, je n’ai pas peur, moi non plus, des grands écarts ni des mélanges). Entre Paulus et Mohy, l’équilibre se fait et chacun y trouve son espace.

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Repliée sur elle-même, toujours aussi concentrée et imprégnée par son discours, Mélanie De Biasio, malaxe la matière sonore. Elle jongle entre le chant et la flûte. Féline, elle bouge comme dans un poème de Baudelaire. Tour à tour, elle évoque l’amour brûlant («I Feel You»), la rage contenue, la sensualité chaude et soul (le très Ellingtonien «Mister Django»), les incertitudes de la vie, les décisions libératrices (un swinguant «I’m Gonna Leave You»). La voix est toujours aussi patinée, légèrement graineuse, finement grave. Irrésistible. Elle revient en rappel avec Pascal Mohy pour un lumineux «Softly As A Morning Sunrise». No comment.

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On a hâte d’entendre ce que cela va donner sur disque. Tout est déjà enregistré. Le groupe travaille sur la production. Aux manettes : Dré Pallemaerts, bien sûr… J’en salive déjà.

 

A+

 

09/10/2009

Un Igloo à Toulouse

 

Du 8 au 26 octobre, du côté de Toulouse aura lieu le Festival sur son 31.

Vous allez me dire que si je commence à parler de festivals qui se passent bien au-delà de nos petites frontières, je risque de ne plus du tout m’en sortir. Certes.

Seulement voilà, là-bas, le samedi 24 octobre aura lieu une journée spéciale consacrée au label Igloo. (Oui, il y en a eu en Belgique aussi).

J’avais rencontré Christine Jottard, directrice d’Igloo, à l’occasion des 30 ans du label, il y a quelque temps déjà (rappelez-vous la fête au Théâtre Marni). L’interview n’a jamais été diffusée. Voici une belle occasion de me racheter.

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Comment a démarré l’aventure Igloo?

Daniel Sotiaux a d’abord créé un label dédié à la musique expérimentale, à la poésie sonore et à la musique électronique, avec des artistes tels que John Van Rymenant, Jacques Bekaert, etc… Parallèlement à cela, à la même époque, des musiciens de jazz qui s’étaient regroupés au sein de l’association «Les Lundis d’Hortense» ont créé leur label: LDH. Nous avons décidé, après avoir publié chacun quelques albums de regrouper nos forces.

L’optique était de promouvoir les musiciens belges, de pouvoir les enregistrer plus facilement mais surtout d’être plus performant dans la distribution?

Oui, soutenir les jeunes musiciens belges a toujours été une constante chez nous, dès le début. Nous mettons à disposition des jazzmen une structure plus solide. On leur facilite l’enregistrement, mais aussi la production, le suivi, le travail administratif et graphique… Et bien sûr, la distribution au-delà de la Belgique. Cela s’est fait assez rapidement avec la France qui est un marché important pour nous. Le Japon s’est vite développé aussi.

Quel a été le premier disque enregistré sous le label Igloo?

Le tout premier était un disque de poésie musicale, pas vraiment «jazz». Celui que l’on considère comme étant le premier album «jazz» chez Igloo est l’album de Philip Catherine, Jean-Louis Rassinfosse et Chet Baker. C’est d’ailleurs le premier que nous avons sorti lorsque nous sommes passé du vinyle au CD. Ils ont d’ailleurs co-existé sous les deux formes pendant longtemps. Il faut dire que le CD était beaucoup plus cher à fabriquer à l’époque. Le CD fut le premier changement dans la production. On se demandait tous si nous allions pouvoir suivre. Finalement, c’est la matière du support qui a changé, pas notre façon d’écouter ni d’acheter la musique. Ce qui est assez différent, actuellement, avec l’arrivée d’Internet et la musique « dématérialisée ».

Vous subissez ce changement?

On sent une différence, bien sûr. Les générations actuelles sont habituées à recevoir de la musique gratuitement ou à n’acheter qu’un titre plutôt que tout un album. En ce qui concerne le jazz, nous sommes pourtant relativement protégés. Ceux qui écoutent du jazz ont une démarche plus proche de ceux qui écoutent du classique, par exemple. Ils sont encore attachés à l’objet, à la pochette et surtout à l’ensemble de «l’œuvre». Mais il est clair que cela évolue. Le plus inquiétant, c’est qu’il existe de moins en moins de disquaires et de distributeurs. C’est là où le choix se restreint. Il reste les grandes chaînes, mais tout est informatisé, centralisé, analysé… C’est malheureusement plus impersonnel.

C’est pourquoi on achète de plus en plus via Internet. Peut-on acheter les albums sur le site Igloo?

Oui, on peut les commander. Et depuis deux ans, nous sommes en train de remettre tout le catalogue en téléchargement.

Des disques «épuisés» seront donc de nouveau disponibles?

Oui, bientôt. Mais il y a un gros travail de remasterisation à faire. C’est du temps et de l’argent.

Quelles ont été les plus grosses ventes d’Igloo?

Le jazz est quelque chose d’assez intemporel. L’album de Chet, Jean-Louis et Philip continu à se vendre régulièrement, tout comme les albums de Nathalie Loriers. La musque du monde fonctionne bien. C’est difficile à dire. En fait, Igloo est divisé en trois parties. À Igloo Jazz, nous avons ajouté Igloo+, afin de produire des projets plus spécifiques comme celui de Stéphane Collin qui mélange la musique contemporaine, le classique et  le jazz. En 2005, nous avons créé Igloo Mondo suite au projet «Djigui» de Pierre Van Dormael qui avait rencontré des musiciens Maliens.

Comment sélectionnez-vous les artistes que vous allez produire?

Nous recevons beaucoup de démos et nous assistons à bon nombre de concerts. Ensuite, nous nous réunissons, quatre à cinq fois par an, avec des diffuseurs ou des organisateurs. Cela nous permet de confronter nos idées… et de les conforter. Ensuite, nous travaillons essentiellement la production. Nous organisons les enregistrements. Nous travaillons avec de jeunes groupes qui n’ont pas toujours l’habitude du studio. Nous les conseillons, les rassurons.

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L’ambition d’Igloo est toujours de découvrir et de « pousser » des jeunes jazzmen?

Oui, il y a toujours cette envie d’être attentif à ce qui se passe sur la jeune scène belge, tout en restant attentif aux générations précédentes, bien sûr. Nous essayons de préserver le côté «patrimoine». Nous avons ressorti l’album de Sadi par exemple. Nous avons fait la même chose avec Jacques Pelzer. Et il y a des groupes avec lesquels nous travaillons de longue date, comme L’Âme des Poètes, par exemple.

Certains «jeunes», une fois qu’ils ont «un nom», changent de maison de disques, ce n’est pas frustrant, parfois?

Frustrant? Non. Il faut être conscient de ce que l’on peut faire et être conscient de ses limites aussi. Nous donnons ce que nous pouvons. Les jazzmen qui ont le potentiel de développer une grande carrière peuvent prendre leur avenir en main. Nous n’avons jamais eu la politique de retenir les artistes avec des contrats. Ce n’est donc pas frustrant, au contraire. Si l’artiste arrive à ce résultat, c’est que nous avons rempli notre rôle.

Après la production et la diffusion du CD, y a-t-il un suivi de l’artiste? L’organisation de concerts, de gigs ou autres…?

Au début, nous nous en occupions peu. Mais c’est un axe sur lequel nous travaillons actuellement. Il faut dire qu’il y a un manque d’agents pour les jazzmen. Les rares qui sont sur le marché sont submergés de demandes et ne peuvent pas tout assumer. C’est un énorme boulot et il est très difficile d’en vivre. Quant aux groupes qui se gèrent eux-mêmes, ils n’ont pas toujours le temps de faire toutes les démarches non plus. Les jazzmen sont impliqués dans bon nombre de groupes différents, et adapter les calendriers de chacun est souvent difficile. Alors, nous les aidons de plus en plus au niveau de la promo, de la recherche de concerts. Nous essayons aussi de mieux gérer les sorties d’albums en organisant simultanément des concerts, comme nous l’avons fait à Paris pour Mélanie De Biasio.

Igloo est une ASBL subventionnée par la Communauté Française de Belgique. Impose-t-elle des choses?

Nous avons un cahier des charges avec un nombre d’albums à produire pour une période de cinq ans. Chaque année nous rentrons un rapport qui pourrait nous amener à «justifier» nos choix. Mais jusqu’à présent, nous n’avons jamais eu à le faire. Artistiquement, ils n’interviennent absolument pas et nous font totalement confiance.

En 30 ans, le jazz a évolué. Des «styles» ont été abandonnés au profit d’autres? Y a-t-il un «style» Igloo?

Un style «maison», je ne sais pas. Je dirais peut-être que nous sommes devenu un peu plus sage…

Sage? Pourtant, un album comme celui de Cécile Broché et Etienne Bouyer n’est pas simple ni sage.

Oh oui, bien sûr ! Mais, je parle en général. Si je prends des groupes du début, comme Trio Bravo ou Julverne, c’était osé. C’est normal, ou dommage, mais lorsqu’on rentre dans des circuits de distribution dits «commerciaux», on nous demande d’essayer de définir les genres. Ceux qui ne sont pas clairement définis sont difficiles à «travailler».

Oui, mais c’est ce qui fait aussi l’originalité du jazz. Souvent, les gens se posent la question: «Est-ce du jazz?» Cette musique est tellement «large»…

Tout à fait. Mais on remarque ce phénomène en radio également. Tout ce qui est «entre-deux» a du mal à trouver sa place. C’était plus «ouvert» avant. Il y a eu une période dorée qui s’est un peu perdue depuis que les radios nationales se sont restructurées, thématisées et que les autres radios sont exclusivement «commerciales». Tout ce qui est «jazz» se retrouve dans un créneau de plus en plus étroit.

Est-ce que ce cloisonnement s’est fait aussi entre la Flandre et la Wallonie?  Igloo a peut-être une image assez francophone?

Nous n’avons jamais fait d’exclusive. En jazz belge, les groupes sont souvent mélangés entre flamands et francophones. En plus, pendant longtemps, il n’y avait pas d’équivalent à Igloo en Flandre. De Werf a ouvert une brèche dans les années ’90 et depuis, d’autres labels s’y sont engouffrés.  Nous avons toujours gardé de bons contacts avec la presse, les radios, la distribution. Le projet «Al Funduq» de Pierre Vaiana a été sélectionné par Klara. Non, vraiment, il n’y a pas de problème de ce côté-là, Dieu nous en garde…


Le 24 octobre, le quartette de Manu Hermia, le trio de Steve Houben et le duo Pascal Mohy et Mélanie de Biasio joueront à Toulouse.

 

Pour tous les autres rendez-vous jazz (en Belgique) voyez l’agenda Jazz In Belgium

 

A+

 

22/07/2009

Pascal Mohy Trio à l'F

 

Après la conférence de presse présentant les Dinant Jazz Nights 2009 (vous voyez, je ne suis pas à l’avance dans mes comptes rendus) avait lieu à l’F un concert du trio de Pascal Mohy.


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Déjà écouté son merveilleux «Automne 08» sorti chez Igloo il y a peu? Non? Hé bien vous devriez le faire.

Ce soir, c’est Lieven Venken qui «remplace» Joost Van Schaik aux drums.
À la contrebasse, par contre, c’est bien Sal La Rocca, le pirate au grand coeur.

Après un «All Of You» délicat, Pascal Mohy «lâche» un jubilatoire «12 Huîtres Boogie» (ne me demandez pas la signification de ce titre, je ne la connais pas et je ne sais même pas si Pascal peut lui-même fournir une explication…) aux accents italiens d’un motif court et répétitif qui rappelle un peu Nino Rota (la musique de «Il ne faut pas parier sa tête avec le diable» de Fellini, par exemple).
Quelle aisance dans le toucher.


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Le jeu de Lieven Venken est feutré avec juste cette petite touche abrasive qui donne un peu de sel, un peu de poivre au thème.
Le sourire en coin, il frotte les balais sur la peau de sa caisse claire et respire le tempo.

On dit toujours - et moi le premier - qu’il y a un côté mélancolique et nonchalant chez Mohy, mais il faut aussi y lire chez lui le second degré, la légèreté et la prise de recul face à sa musique qui l’empêche de tomber dans la démonstration ou le maniérisme.

Il suffit pour cela d’écouter «Jojo» ou «If I Were A Bell» pour s’en convaincre. Clin d’œil amusé, sourire complice avec Sal et Lieven… un goût pour la fête simple.


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Avant «‘Round Midnight» et un «Just In Time» que n’aurait pas renié un Ahmad Jamal, le trio nous offre cette perle: «6.4.2», un morceau langoureux et sensuel qui imite le ressac fatigué d’une mer chaude.

On était à Dinant… ou bien plus loin, peut-être…

A+

22:56 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pascal mohy, sal la rocca, lieven venken, l f |  Facebook |

04/05/2009

Mélanie De Biasio - Jazz Is A Mess

 

Jazz Is A Mess.

Mélanie De Biasio est en résidence au Music Village jusque fin juin.
Chaque dimanche soir, vers 21 heures, le club se fait écrin idéal pour accueillir l’univers si particulier de le chanteuse.

Lumière basse.
Ambiance noire, moite, veloutée. (Vous souvenez-vous de Blue Velvet de Lynch ?)
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Sur scène, recroquevillée sur elle-même, en position quasi fœtale, Mélanie chante, fredonne, murmure…
Jamais, tout au long des deux sets, elle ne se lèvera.
Elle s’est confectionnée un nid entre le piano de Pascal Mohy, la batterie de Dré Pallemaerts et le clavinet de Pascal Paulus.

Mélanie utilise sa voix comme un instrument.
Elle laisse chanter son souffle.
Au travers du micro de sa flûte, elle entame «My Man's Gone Now» et enchaîne avec «A Stomach Is Burning».
Elle nous invite à explorer ce qu’il y a de plus profond en nous.

La voix se mêle aux soupirs de la flûte.
Elle alterne standards et compositions personnelles.
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La musique est pétrie de blues, de poussière et de nuit.
Une musique qui fait resurgir les blessures et les peines.
De Nina Simone ou de Billie Holiday, elle reprend l’âme et la douleur en s’abstenant de toute imitation.
Elle va chercher tout ça à la source, aux racines du blues.
C’est la vraie raison de son chant.

En écho au jeu tachiste de Pascal Paulus, elle fait swinguer langoureusement «I’m Gonna Leave You». Puis, en duo avec Dré Pallemaerts, qui frotte la peau de ses tambours comme un félin, elle envoûte «What’s The Deal?». Avec Pascal Mohy, au jeu économe, elle enveloppe un sensuel «Let Me Love You»…

Le groupe crée un climat improbable.
Les tempos sont ralentis.
Le temps s’est arrêté.
On aimerait que ce dimanche soir s’éternise.
Le quartette nous attire dans les abîmes d’un tourbillon sans fin, jusqu’aux silences des plus musicaux.

Mélanie met un beau désordre dans nos têtes.

Que celui qui n’a jamais osé entrer dans monde si singulier de Mélanie De Biasio soit damné à tout jamais.

Les autres iront au Music Village un dimanche soir.

Jazz is really a mess.

A+

14/12/2008

Igloo, trente ans, rien que du bonheur.

On avait mis les petits plats dans les grands pour fêter les 30 ans d’Igloo.
Le Théâtre Marni avait fait le plein et l’on y croisait du joli monde.

En attendant l’article à paraître sur Citizen Jazz bientôt, je vous fais part de mes coups de cœur de la soirée…
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J’ai bien aimé le sourire de Greg Houben quand il m’a vu au bord de la scène.
Et puis, j’ai bien aimé son nouveau trio, sa manière d’intégrer la pop dans le jazz.
«For No One» des Beatles, par exemple, est une belle réussite.
Tant mieux, parce que les Beatles, pour moi, c’est sacré !

J’ai bien aimé le sourire et l’accueil de Christine Jottard, attentive à ce que tout le monde soit content.
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J’ai bien aimé les sourires et la complicité entre Etienne Bouyer et Cécile Broché.
L’album «Soundscapes» est passionnant de bout en bout et leur mini-concert de ce soir était subjuguant. Cette musique que l’on pourrait croire «difficile» est en fait très accessible  tellement elle est intelligemment composée, arrangée et jouée.
Le résultat est éblouissant.
Et bien sûr, j’ai bien aimé aussi la conversation avec Cécile en fin de soirée.
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J’ai bien aimé le concert solo de Mathilde Renault.
Son univers un peu baba…
Son envie de chanter malgré sa voix cassée.
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Je n’ai pas aimé, mais j’ai adoré, les quelques morceaux qu’Eve Beuvens nous a présenté ce soir.
Je pense qu’elle a vraiment trouvé un son et une voix particulière avec son trio.
Et ce n’est pas facile de se distinguer avec une telle formule.
Les compositions sont inspirées, subtiles et d’une telle fraîcheur !
La connivence entre Eve, Lionel et Yannick se ressent tellement dans cette musique que celle-ci en ressort plus forte encore.
Magnifique.
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J’ai bien aimé l’attitude cool de Joost van Schaik, préparant sa batterie pendant que Jules meublait.
Et bien sûr, j’ai bien aimé le trio de Pascal Mohy.
Musique de velours aux reflets brillants. La classe.
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Et puis, j’ai beaucoup aimé le trio de Thomas Champagne.
Ça cogne, ça trace, c’est terriblement actuel.
Et l’album tient toutes ses promesses.

Et puis, j’ai aimé revoir Jos Knaepen ! Et Christine et Jean-Pierre et Laurent et Philip et André et Babila et Uxia et Georges et Morgane et Nicolas et Fabrice et Mélanie et Jacobien et… et… et…
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Quel bel anniversaire.

A+

31/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 3)

Dimanche, vers 15h, rendez-vous dans l’Abbaye Notre Dame de Leffe.

Il y a du monde.
Ça sent la cire et l’encens.

Assise devant les 56 touches et les 1532 tuyaux de l’orgue majestueux de l’abbatiale, inspiré par les instruments construits au début du XVIIIe siècle par le facteur d’orgues Gottfried Silbermann (qui vivait à la même époque et dans la même région que Bach), Rhoda Scott entame la «Toccata» de Bach.
Quoi de plus normal?
Surtout quand on se souvient aussi que l’organiste avait sorti en son temps un superbe album: «Come Bach To Me».

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Mais très vite, Rhoda Scott prend le chemin de «Summertime».
Steve Houben, au sax alto, emboîte le pas et nous voilà parti pour un voyage éblouissant entre gospel, baroque, blues, jazz et soul.

Les thèmes défilent avec élégance, avec vivacité, avec bonheur.
La rencontre entre l’orgue et le sax est majestueuse.
L’heure passe beaucoup trop vite et c’est déjà «Let My People Go».

Applaudissements à tout rompre.
Les musiciens reviennent pour un rappel.
Magnifique!
Sans aucun doute un des plus beaux concerts de ce festival !

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Retour sous la tente pour écouter le délicat duo entre Pascal Mohy (p) et Quentin Liégeois (g).
La musique est très intimiste, mais ne manque cependant pas de swing.
Le duo revisite quelques standards («‘Round Midnight», «Like Someone In Love»), mais propose aussi quelques compositions originales dont «6,4,2» aux motifs répétitifs ou le très sensible «Jojo», équilibré à la manière d’une valse.

Mohy et Liégeois: deux excellents musiciens à suivre et à revoir dans l’intimité d’un club.
Bonheur assuré!

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Changement de style ensuite avec le tonitruant Big Boogaloo Sextet d’Eric Legnini.
Au trio de base - Frank Agulhon (dm) et Fabrice Allamane (b) - se sont joints Flavio Boltro (tp), Stéphane Belmondo (tp) et Julien Lourau (ts).

Les deux trompettistes sont intenables.
Ils dynamitent un set pourtant déjà très explosif à la base!
«Miss Soul» doit bien se tenir entre «Mojito Forever» et «Sugar».

Chacun y va de son chorus, chacun tente de déstabiliser l’autre.
C’est bourré de surprises, de croche-pieds et de bonne humeur.

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David Linx, de passage, s’invitera à la fête pour un émouvant «Autour De Minuit» en hommage à Claude Nougaro.

Et pour clore ce décidemment très sympathique festival: Toots Thielemans et son trio.

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Toujours blagueur, toujours de bonne humeur et toujours aussi bon lorsqu’il souffle dans son harmonica, Toots  fait à nouveau l’unanimité.

Pour l’accompagner ce soir, il y a l’excellent pianiste hollandais Karel Boehlee, le fidèle Hans Van Oosterhout aux drums et le jeune Clemens van der Feen (déjà entendu avec Robin Verheyen) à la contrebasse.

Le répertoire est connu, mais la magie opère toujours.

Quelle pêche! Quel esprit! Quel talent!

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Toots est éternel.
Et il sera le parrain de l’édition 2009 du Dinant jazz Nights!

On parie que l’affiche sera flamboyante ?

A+

30/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 2)

Et le deuxième jour à Dinant Jazz Nights, c’était comment ?

Hé bien, c’était bien !
Après avoir un peu flâné dans la ville et ses environs, après avoir eu le temps le temps d’écrire quelques lignes pour Citizen Jazz et après avoir eu l’occasion de lire le très long et très intéressant article de Brad Mehldau à propos de la créativité musicale dans Jazzman (je vous en recommande la lecture), je suis retourné sur le site du Festival.

Je faisais, en plus, partie du jury pour le concours des jeunes talents jazz, en compagnie de Jean-Pierre Goffin (Vers l’Avenir / Showcase) et de Jean-Marie Hacquier (Jazz Hot). Mais je vous en parlerai plus tard, dans un billet spécial.
Ça vaut bien ça.

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En attendant, se produisait sur scène le groupe de Greg Houben et Julie Mossay.
Leur projet, que j’avais découvert en 2006 lors du festival Jazz à Liège, est bâti en partie sur des œuvres de Fauré et de Debussy.
À cela, ils ont mélangé des chansons brésiliennes (Buarque, Jobim…) ainsi que du jazz.

Le résultat m’avait déjà emballé la première fois et je suis encore resté sous le charme de cette belle idée, intelligemment mise en musique.

Greg et Julie, entourés de Pascal Mohy (p), Stephan Pougin et Lionel Beuvens (dm), Quentin Liégeois (g), Mathieu Vandenabeele (Rodhes) et Sal La Rocca (cb), avaient aussi invité Steve Houben (fl) sur un ou deux thèmes.

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Le résultat est magnifique, lyrique (voix merveilleuse de Mossay), sensuel (le chant et la trompette de Greg Houben), groovy (les percus), poétique (le piano et la guitare) et bien dans son temps (les effets électro justes de Mathieu).
Une fusion originale qui exclut avec brio les clichés.

Autre grand moment très attendu: Rhoda Scott et Eric Legnini en duo.

Même Guy Le Querrec ne voulait pas rater ce moment.

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Piano et orgue Hammond.
Jazz, soul et gospel.
L’interaction est idéale dès le début.
Rhoda déroule d’abord le tapis sous les notes enivrantes de Legnini («Trastevere», «It Could Happend To You») avant que le pianiste ne renvoie l’ascenseur sur «I Love The Lord»...

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Ça swingue, ça chauffe et tout le monde s’amuse.
Même Toots Thielemans montera sur scène pour accompagner nos deux claviéristes pour un brillant «Sunny Side Of The Street».

2005

Pour clôturer la soirée, et en remplacement de Milton Nascimento qui avait donc déclaré forfait la veille du festival, Tania Maria et son quartette feront danser gentiment le chapiteau.

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Mélange de classiques («One Note Samba» ou «Agua de Beber») et de compositions originales, l’ensemble est servi avec élégance par Marc Bertaux (eb), Tony Rabeson (dm) et toujours l’excellent Mestre Carneiro (perc).

Toots, toujours dans le coin et toujours bon pied bon œil, fera à nouveau un passage sur scène pour notre plus grand plaisir.

2007

Moins délirante que la dernière fois où je l’ai vu (Jazz Middelheim), la pianiste brésilienne nous a quand même offert un excellent concert, frais et joyeux.

2006

Allez, une bonne Leffe au fut, quelques discussions et fous rires avec musiciens et amis et… au lit (la journée commence tôt dimanche: 15h à l’Abbaye pour un duo absolument magique – oh oui ! - entre Rhoda Scott (sur les grandes orgues) et Steve Houben au sax).

A+

25/02/2008

Octurn (Jazz Station) et Gilles Repond (Sounds)

Quand on a la chance d’avoir Octurn en résidence régulièrement dans sa ville, il serait assez stupide de ne pas assister à l’un de leurs concerts.
Surtout que, malgré une très forte personnalité, aucun ne se ressemble.
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À la Jazz Station, Octurn prépare son projet avec Ictus, basé surtout, d’après ce que me dit Bo van Der Werf sur le gamelan.

Est-ce pour cette raison qu’Octurn groove autant ce soir? Danse autant? Swingue presque?

Bien sûr, on y retrouve toujours les évolutions polyrythmiques complexes, les rythmes décalés, les moments suspendus, les ambiances à l’équilibre précaire…
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Chander Sarjoe est toujours aussi surprenant rythmiquement (pour ce projet avec Ictus, ce sera pourtant un autre excellentissime batteur qui participera à l’aventure: Xavier Rogé).
Aux claviers, le duo FioriniDumoulin se complète à merveille.
Nelson Veras apporte toujours sa touche si particulière, comme s’il jouait dans une autre dimension.
Et Malik, et Bo, et Jean-Luc Lehr, et Laurent Blondiau sont toujours aussi surprenants.
(Guillaume Orti n’était pas de la partie ce soir.)

Mais ce soir, j’arrête d’essayer d’analyser la musique.
Je me laisse porter par elle.
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Y aura-t-il un disque avec l’ensemble Ictus?
Peut-être. Peut-être pas.
Raison de plus pour aller écouter Octurn à La Maison de la Musique à Nanterre (le 28 mars) ou au Kaaitheater à Bruxelles (le 16 avril).


Changement de direction et de style.
Me voici au Sounds pour écouter Gilles Repond.

Par rapport au groupe que j’avais entendu l’année dernière, c’est Toon Van Dionant qui a pris la place de Max Silvapulle derrière les fûts.
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Le groupe du tromboniste suisse propose un jazz groovy aux tendances parfois un peu funky.
Mais les morceaux sont souvent d’une complexité un peu perfide.
«Barbecue In Lapland», par exemple, est un morceau glissant (ok, le jeu de mot est facile, mais je suis sûr que ce titre n’a pas été choisi au hasard). Ici, les rythmes changent perpétuellement. Ça accélère, ça ralenti, ça change de direction.

Le plus «sage» dans l’histoire, c’est peut-être encore Gilles lui-même. C’est lui, souvent qui vient calmer un peu le jeu.
Il faut dire que lorsque Pascal Mohy est lâché, ça fait mal!
Quel pianiste brillant et fascinant.
Son jeu est précis, rebondissant, époustouflant. (Sur «Meeting Point» ou «Vilnius» c’est du tonnerre qui sort de l’instrument.)
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Alors, Sam Gerstmans en profite, lui aussi pour en rajouter une couche.
Au-delà d’un timing parfait et très sûr, il redouble de puissance dans ses solos.
Ce qui n’est pas pour déplaire à Toon Van Dionant, explosif au deuxième set.

Bien sûr il y a des moments plus tempérés, plus blues, comme le très beau «The Back Of The Death Hand» ou la ballade «Since You». C’est parfois un légèrement plus funky avec une reprise de Steve Wonder, ou plus traditionnel avec «Do You Know What It Means To Miss New Orleans» immortalisé à jamais par Billie Holiday et ce bon vieux Louis Armstrong

Alors, pour finir la fête, le quartette invite Jean-Paul Estivénart et Fred Delplancq à venir partager un «In A Sentimental Mood» et un tonitruant «Milestone».

Et je vous épargne la suite au bar.

A+

06/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 4 -

Samedi dernier, toujours à Dinant, avait lieu la remise des Django d’Or.
Pas bête, l’idée d’Ilan Oz d’intégrer cette cérémonie à un festival (l’année prochaine, ce sera au Blue Note Records Festival).

C’est le trio de Philip Catherine qui était invité à soutenir le protocole. C’était l’occasion de revoir avec plaisir, Mimi Verderame à la batterie, mais aussi Philippe Aerts à la contrebasse. Ce dernier me confirmera qu’il fera la tournée européenne de Richard Galliano, mais qu’il devra renoncer, la mort dans l’âme, la tournée mexicaine…

3 morceaux («Letter From My Mother», «They Say It’s Wonderful» (d’Erving Berlin) et «The Postman»), avant d’accueillir le gagnant du Django 2007, catégorie «jeune talent»: Pascal Mohy.
Il «disputait» le titre avec Robin Verheyen. Autant dire qu’il ne devait pas être facile de les départager…

Pascal Mohy jouera 2 morceaux avec le trio de Philip Catherine: une très jolie compo personnelle («Jojo») et «Broken Wings» de Richie Beirach.

La «Muse» de la Sabam fut décernée à Marc Van Den Hoof, figure incontournable du jazz à la radio flamande.

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Et puis, le Django D’or fut remis à Pierre Van Dormael. Surpris et heureux.
Les autres «nominés» étaient Sal La Rocca et Ivan Paduart.

Van Dormael jouera également avec le trio: «Nuage», «All The Things You Are» et «Eternel désir».

J’échange quelques mots avec Pascal Mohy, Pierre Van Dormael et puis  Philip Catherine qui prépare actuellement un album solo… avec deux guitares.
Humm, hummm… A suivre…


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Vers 18h, dans la grande salle, Elisabeth Kontomanou entre sur scène dans une superbe robe blanche de mariée. («Ce soir, je me marie avec vous…» dit-elle, avant de poursuivre dans un large sourire «…et demain ce sera avec d’autres».)

La voix est captivante.
Ce grain, cette profondeur, cette clarté… C’est hypnotisant.

Sur «I Gotta Right To Sing The Blues», elle dialogue magnifiquement avec la contrebasse de Thomas Bramerie ainsi qu’avec la batterie de Donald Kontomanou.
Puis, sur «Waiting For The Sun», c’est Manu Codjia qui électrise le thème.
Codjia est décidemment un guitariste exceptionnel. Dans son jeu, ce soir, on y retrouve du blues, de la soul ou encore du R&B. Chacune de ses interventions est d’une justesse et d’une créativité formidables.
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Dans la voix de Kontomanou, il y a l’histoire de sa vie. Et entre les morceaux extraits de son dernier album «Back To My Groove» (le plus personnel jusqu’à présent car elle en a écrit toutes les paroles…et beaucoup sont autobiographiques), elle doit presque reprendre ses esprits.
Elle vit tellement ses chansons qu’on la sent parfois K.O. debout.

Et son chant!
Elle joue avec les cassures de sa voix comme avec les cassures de sa vie.

«Where I'm Coming From» (en recherche d’identité et de son père qu’elle n’a jamais connu), «The Abuse» (une course effrénée à la «Blue Rondo A La Turk» à propos des femmes violentées), «Summer» (au rythme obsédant) et «Back To My Groove» (entre blues et gospel), sont tous des morceaux d’une profondeur et sincérité évidente.

Après le concert, je bavarde avec Manu Codjia. A propos de son premier disque en leader («Songlines» avec Daniel Humair et François Moutin) et de ses projets avec son trio, qui ne sera pas celui de l’album.

Puis, je discute avec Elisabeth Kontomanou.
Elle est belle et resplendissante.
On sent dans ses propos, dans son regard, dans son sourire un bonheur certain. Aucune haine ou rancune par rapport aux difficiles épreuves de sa vie. Tout est tourné en positif.
Elle me raconte ses débuts, son parcours, son dernier album.
Belle leçon de vie et de caractère.

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Vers 21 heures, Gonzalo Rubalcaba est seul au piano devant une salle pratiquement comble.

Le toucher est souple et tendu à la fois.
Le pianiste fait le vide autour de lui. Il accapare l’attention du public comme rarement.
La technique est éblouissante, mais reste toujours au service d’une mélodie limpide.
Rien n’est simple, rien n’est complexe, tout est évident.
Chaque accord a une signification. Et l’on entre dans son récit sans peine.

On le sent influencé par Tatum, par le rag, le stride et la musique cubaine bien sûr. Et tout ça est exposé avec sensibilité, tendresse, force ou humour. Les phrases courtes sont soutenues par une main gauche qui fait déferler les notes par vagues…
Absolument brillant !

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Pour finir cette longue journée: «Follow The Songlines».
Contrairement au concert de Flagey, pas d’orchestre symphonique ici. C’est pourtant un projet conçu pour cela, et d’ailleurs, l’enregistrement du futur CD se fera de cette manière… au Portugal, sans doute.

Sans cordes, le groupe a quand même très fière allure !
Et comment !
Rythme, fluidité du propos, échanges lumineux entre les pianistes (Mario Laginha aux Rhodes et Diederik Wissels au piano ou inversement), complicité entre les chanteurs (David Linx et Maria Joao), soutien impeccable de Christophe Wallemme à la contrebasse et de Stéphane Huchard à la batterie.

Après un départ tonitruant, on a droit à un superbe moment de sensibilité avec «Parrots and Lions».
Minutes d’une extrême volupté et de légèreté.
On est en apesanteur. On flotte très haut.
On est simplement retenu à la terre par les fines notes du piano.
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Le voyage continue et les vocalistes s’amusent, s’accompagnent, s’encouragent l’un l’autre…
Et comme ils sont tous deux très expressifs, le spectacle n’en est que plus étonnant.

Après le concert, je passe encore un bon moment au bar à discuter avec les musiciens, les photographes (Jos Knaepen, mais aussi Guy Le Querrec) ainsi que les organisateurs de ce très agréable et vraiment très sympathique festival…

En rentrant sur Bruxelles, sur une autoroute déserte, j’écoute «OverOceans» de Mathilde Renault que j’ai rencontré quelques heures auparavant.
Troublant et délicieux voyage…

Une journée de bonheur, quoi...

A+

01/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 2 -

Retour à Ciney, samedi 22.
Affluence accrue. Et c’est tant mieux.

Je n’ai pas eu l’occasion d’entendre le Floreffe Big Band, mais par contre j’étais présent pour le concert de Mélanie De Biasio.

Aujourd’hui, c’est Lieven Venken qui tient les baguettes à la place de Teun Verbruggen.

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Ce qui est fascinant avec Mélanie, c’est l’ambiance qu’elle arrive à créer dès les premières mesures. On entre aussitôt dans son monde. Tout en délicatesse.
Mélanie De Biasio est sans doute une des plus belles choses qui soit arrivée au jazz vocal (au-delà de la Belgique) ces dernières années.
Elle allie le blues, le jazz et la chanson avec élégance et intelligence.

Après un «Blue» tout en nuance, la chanteuse invite Steve Houben à la rejoindre pour partager un «A Stomach Is Burning» intense.
Dialogue merveilleux entre le saxophoniste et la chanteuse qui ressort, pour l’occasion, la flûte.

La contrebasse du fidèle Axel Gilain est toujours aussi envoûtante.
Au piano, Pascal Mohy est volubile et merveilleux d’aisance sur le léger «Never Gonna Make It».
Le drumming de Lieven n’a rien à envier à celui de Teun. Il est délicat, sensible et toujours groovy. D’une autre couleur, certes, mais qui s’accorde très bien à l’univers de la chanteuse.
Pascal Paulus, quant à lui, teinte l’ensemble de sons très ’60. A la fois «soul» et lunaire.
Parfait.

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Avant de terminer en douceur un concret un peu court (la balance et la mise en place avaient pris un peu trop de temps), Steve Houben nous offre un solo brûlant sur «Let Me Love You»…

«Let Me Love You»… qui s’y refuserait ?

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Ce fut ensuite à Ivan Paduart de monter sur scène avec son quintet.
Ce soir, il présente un nouveau projet: «Exile With A Dream» avec Toon Ross (ss, ts), Sam Gerstmans (en remplacement du bassiste Philippe Aerts), Joost Van Schaaik (dm), Stéphane Belmondo (tp), et son amie de longue date - je me demande même si ce n’est pas Ivan qui la présenta à David Linx – la chanteuse hollandaise Fay Claassen.

Les deux premiers morceaux se joueront cependant sans elle.

«I Thought I New» met en lumière le jeu précis et vif de Paduart.
Moi aussi, je pensais que je savais. Je pensais que je connaissais le style du pianiste. Mais sur ce coup-là, et le morceau suivant («Storyteller», où l’on retrouve un esprit «Giant Step»), il m’a bluffé.

Ces morceaux font un beau tremplin pour les chorus de Belmondo.
Malheureusement, on le sentait un peu mal à l’aise.
À sa décharge, il n’avait pas eu l’occasion de beaucoup répéter et les compos de Paduart ne sont pas si simples que cela.
Toon Roos, plus habitué à Paduart, se mettra bien mieux en valeur. Jeu brillant et agile. Tout en force et sinuosité.
 

Fay Claassen rejoint alors le groupe pour «Life As It Is».
La voix est toujours aussi belle et graineuse, légèrement voilée.
Fay tente parfois des choses très difficiles et on sent dans ces moments ses limites. On les perçoit d’autant plus lorsque David Linx vient chanter en duo avec elle «Crossroad».

Bonne et belle surprise que ce concert. Je suis curieux d’entendre ça sur cd.

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Autre surprise pour moi, fut la découverte sur scène d’Eliane Elias. Il faut dire que la chanteuse/pianiste ne m’a jamais vraiment convaincu sur disque (du moins, ceux que je connais). Mais ce soir, en «live», je fus conquis.
D’abord par son sens du rythme et du placement. Ensuite, par son touché, à la fois percussif et chantant. Très jazz dans un style, évidemment, assez «bossa».
C’est ce mélange des genres, qu’elle réalise avec fluidité, qui m’a étonné.

Après un medley de musiques traditionnelles brésiliennes, où elle invite le fabuleux batteur Satoshi Takeishi à faire monter la pression, elle entonne une jolie ballade: «Call Me».

Toot Thielemans, en invité exceptionnel, vient déposer quelques notes sur «Black Orpheus» (du moins, il me semble).
On sent l’harmoniciste un peu «court», pas trop à l’aise.
Que se passe-t-il ? Pas en forme Toots ?
…Non, il change d’harmonica: « Mon ‘la’ est bouché » dit-il en riant.
Et oui, malgré l’age, Toots est toujours en forme.
Et il le démontre sur «Corcovado» ou «Oye Como va».
Et plus encore, dans une joute amicale et musicale de haut vol avec l’excellent guitariste Ricardo Vogt quand les musiciens se provoquent l’un l’autre.

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Le cadeau d’Eliane Elias à Toots, c’est «Bluesette» chanté en portugais.
L’émotion est palpable.
Le public se lève pour saluer comme il se doit la sortie de notre Toots national.

Le concret ne baissera pas d’intensité par la suite.
«Doralice», «Tangerine» ou encore «Desafinado», achèvent dans l’enthousiasme général cette très belle journée.

A+

27/03/2007

Mélanie De Biasio au Music Village

L’univers particulier de Mélanie De Biasio.
Sa musique envoûtante, profonde, sombre et nocturne.
Sa voix basse. Ses tempi lents.
Je ne m’en lasse pas.

Son tour de force, qu’elle réalise sans effort apparent, est de captiver l’audience.
C’est toujours étonnant comme le public – et moi-même – est absorbé par son chant.
Comme la sirène qui attire le marin.

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Dernièrement, au Music Village, où elle à l’occasion de revenir régulièrement le dimanche, ce fut encore le cas.
Malgré le fait qu’elle me disait ne pas être vraiment satisfaite de sa forme ou de son chant ce soir-là, le résultat fut à nouveau hypnotique.

Il faut dire que son groupe sonne de mieux en mieux. Qu’on sent une véritable cohérence entre les musiciens. Un véritable esprit.

Axel Gilain, par exemple, m’impressionne au fil des concerts. Son jeu devient de plus en plus dense. Il possède une façon unique de palper les cordes de sa contrebasse pour faire résonner les sons grassement. Une façon de faire glisser les doigts pour prolonger la note, de la rendre plus profonde encore.
Et puis, il y a Pascal Mohy au piano qui crée des cascades ondulantes d’harmonies sobres.

Et l’idée d’ajouter à cet ensemble un claviériste supplémentaire, Pascal Paulus, n’est sans doute pas la plus mauvaise qu’ait eu Mélanie.
Derrière son Wurlitzer et autres synthétiser, Paulus drape de nappes parfois fantomatiques les compositions de la chanteuse.

Il y a un parfum éthéré qui plane.

Le groupe ose prendre ses distances par rapport au « format classique » de ce type de jazz vocal.
Mélanie s’éloigne un peu du style Billie Holiday qu’on lui colle un peu trop facilement. La voilà qui dérive vers des chants parfois plus atmosphériques, invitant Pascal Paulus et Axel Gilain à l’accompagner au chant… au souffle presque, sur «Blue» par exemple.

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La voix sensuelle, loin d’être racoleuse, vous embarque aussi vers des rives oniriques... On sent la chanteuse investie d’une musique qu’elle vit intensément.

Comment résister à «Let Me Love You» ? Ou à sa façon d’interpréter «Come Love(Nothing Can Be Done)», sur lequel Pascal Mohy égraine les notes cristallines en les mélangeant à des bourrasques impétueuses ?
Cela permet aussi au batteur, ce soir Wim Eggermont (qui partage la place avec Teun Verbreuggen), de s’envoler dans quelques impros débridées.

Cette petite folie destructrice, ce côté légèrement chaotique, cet équilibre précaire, on le retrouve aussi sur le merveilleux «A Stomach Is Burning» (titre éponyme de l’album).
La basse marque le tempo métronomiquement d’un morceau qui commence à la manière de «Fever», qui monte en puissance, qui se démantèle tel un puzzle qui s’effondre, avant de se reconstruire progressivement.
Un bijou.

Que dire alors de «Old Country», «My man's gone now» ou encore du très sensuel «Les Hommes Endormis»… ?
Rien.

Alors je ne dis plus rien, sinon de vous inviter à aller écouter Mélanie De Biasio.

A+

06/02/2007

Gilles Repond - Jazz Station

gillesrepond
Je ne connais pas très bien le travail de Gilles Repond.
Bien sûr je l’ai déjà vu et entendu quelques fois lors de jams, ainsi qu’au sein des KMG’s.

Gilles vient d’enregistrer un tout nouvel (et premier) album chez Mogno.

À cette occasion, il donnait samedi dernier un concert à la Jazz Station. Et il sera en concert vendredi prochain au Sounds pour la même raison.

Le tromboniste suisse (que tous les belges ont adoptés depuis longtemps) était entouré de Max Silvapulle à la batterie, Sam Gerstmans à la contrebasse et Pascal Mohy au piano.
Malheureusement, je n’ai pu assister qu’au premier set, ainsi qu’au premier morceau du second…
Obligations, obligations, quand tu nous tiens !

Mais pour ce que j’en ai entendu, je peux dire que ça swingue pas mal. Un swing et un groove très actuel.
Les arrangements et la manière d’agencer les morceaux donnent une impression de pétillance et de nervosité bienvenues.
Rien d’agressif cependant, car tout est dans le chaloupé, l’ondulation.
Un joli cocktail bien relevé.

Par exemple, sur « Barbecue in Lapland », le rythme est très découpé par Max Silvapulle tandis que Sam Gerstmans soutient un ostinato musclé.
Le groove est sous-tendu et permet à la fois à Gilles d’improviser superbement et à Pascal Mohy d’inventer des phrases d’une exceptionnelle clarté.
Il y a chez le pianiste une élégance dans le rythme et le swing qui force l’admiration.
À d’autres moments parfois, on retrouve aussi chez lui du Herbie Hancock.

Sur un autre titre (qui n’en n’a pas encore), on décèle cette même ferveur et cette tension. Un morceau sur lequel on voyage au gré des rythmes tantôt reggae/dub, tantôt très swing.
La structure est superbement sinueuse, faite d’accélérations, de creux et de bosses.
Le son de Repond prend alors un accent assez « Chicagoan », à la fois brûlant et licencieux.
On sent tout le groupe piqué au jeu. Ce qui permet à Sam de nous régaler d’un solo fiévreux.

Le même esprit habite « The Lost Suite », titre éponyme de l’album, construit en quatre tableaux et que je n’aurais pas la chance d’entendre entièrement : obligations, obligations… (voir plus haut).
Là, on pense un peu à la période fin ’60 d’Andrew Hill chez Blue Note, avec un groove qui penche vers le modal ou qui tend à se déstructurer légèrement sous l’impulsion d’une une batterie au jeu foisonnant. Puis, on fait un détour du côté de chez Charles Mingus.
Tout ça avec une belle personnalité.
C’est bien… très bien, même.

Rassurez-vous, il y a aussi quelques ballades.
« Sexy Love », écrite par l’ami Wakas Ashiq, ou « Moonsoon » mettent en valeur le beau phrasé du tromboniste bien sûr, mais également la brillance du jeu de Pascal Mohy, dont la sensibilité et la personnalité me ravissent à chaque écoute.

Avec un peu de chance et une bonne organisation de ma part, j’essaierai d’aller réécouter ce quartet au Sounds vendredi. Et vous ?


A+