02/11/2017

Fred Nardin Trio à l'Archiduc

Un concert qui commence par «I Mean You» de Thelonious Monk est déjà un bon concert. En tous cas, si le morceau est joué comme le joue Fred Nardin, «jeune» prodige du jazz français.

Le pianiste parisien (d’origine bourguignonne) était pour deux jours à Bruxelles, lundi 16 et mardi 17 octobre à l'Archiduc, pour présenter Opening, son tout nouveau disque en trio.

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Sur l’album, il est en compagnie de Or Bareket à la contrebasse et de Leon Parker aux drums. Ce mardi à Bruxelles, c’est cependant Rodney Green qui tient les baguettes. Il n’y a pas à dire, Fred Nardin sait s’entourer.

Pour la petite histoire, Fred Nardin est aussi le co-fondateur de l’Amazing Keystone Big Band qui a joué avec Cécile McLorin Salvant, Quincy Jones, Gregory Porter - excusez du peu – et est sideman, entre autres, de Gaël Horellou, Charnett Mofett, Sophie Alour, Didier Lockwood, Stefano Di Battista ou encore Jacques Schwarz-Bart

Tout cela démarre donc très fort et ne va pas baisser en intensité.

Derrière une posture plutôt détendue, le pianiste a un sacré tempérament. Pas de grimaces, pas de torsions de corps dans tous les sens, pas de gestes inutiles : il reste souriant et droit sur son tabouret alors que ses doigts courent à une vitesse folle sur le clavier. On décèle ici et là dans son jeu des respirations à la Ahmad Jamal, des accélérations à la Chick Corea, des attaques à la McCoy Tyner, des brillances à la Oscar Peterson… Bref, il sait de quoi il parle, il a le jazz dans les doigts et l’interaction avec ses deux camarades n’en est que plus évidente.

«Don’t Forget The Blues», avec ce feulement tendu et roulant de la batterie, son beau solo de contrebasse, découpé et plein de soul, cet ostinato plein de nuances rythmiques qui donne de la souplesse à un jeu sec et clair, est une véritable petite pépite. Le pianiste sait lancer la machine et la laisser «rouler», en y injectant avec intelligence quelques vamp pour titiller l’intérêt. Rodney Green est toujours à l'écoute, toujours présent et tellement discret.

Même dans les ballades, comme sur «Lost In Your Eyes» le trio impose une belle pulsation. Or Bareket - retenez bien ce nom - ne reste pas seulement à l’affut ou en soutien du leader, mais il trouve toujours un espace pour ajouter un pointe d’émotion.

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Sans temps mort, le trio attaque «The Giant», qui pourrait être un standard tellement il est bien écrit, travaillé et semble déjà patiné par le temps, et pourtant, c’est un morceau composé par Nardin lui-même. C’est sûr, il a tout assimilé du jazz. Le drive de Rodney Green est énergique, très bop et pourtant très contemporain. La machine est lancée à toute vitesse. Nardin enfile les arpèges, monte et descend sans faiblir, trouve encore le temps d’y injecter quelques citations tandis que la rythmique pousse encore et encore. Et puis c’est «You’d Be So Nice To Come Home To» plein de reliefs, «Parisian Melodies» qui mêle le romantisme français à la Fauré ou Debussy avant de se transformer en transe sur un motif bref et obnubilant. La science et l'intelligence de jeu de Rodney Green fait merveille. Les silences, les reprises, les tensions… Tout joue. Quelle dynamique !!

Et que dire de ce «Green Chimneys» et la façon de se réapproprier Monk sans en prendre les tics mais en gardant tout l'esprit ? Jouissif.

Les deux sets passent à la vitesse de l’éclair. Le public est accro.

Après un dernier «Travel To…» éblouissant, Fred Nardin ne peut refuser un rappel mille fois mérité et propose alors, en solo, «Speak Low» sur un rythme effréné. Hé oui, il aime ça ! Mais son jeu est clair, son phraser limpide et l’articulation sans faille. On jubile.

Voilà un trio qui fait la synthèse entre tradition et modernité avec panache.

Ceux qui ont raté ça auront droit à une séance de rattrapage à la Jazz Station dans le courant de l’année prochaine. Soyez attentif, vous ne serez pas déçus.

 

 

A+

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