21/07/2016

Laurent Doumont - Sounds

Un concert de Laurent Doumont est souvent l’assurance d’un moment plein de groove, de chaleur, de sensualité et d’humour. Avec le temps froid et pluvieux qui sévit sur la Belgique en ce mois de juin pourri, ça ne peut faire que du bien.

sounds,laurent doumont,sal la rocca,lorenzo di maio,olivier bodson,vincent bruyninckx,lionel beuvens

Au Sounds, pour l’un des derniers concerts de la saison (vendredi 24 juin), le saxophoniste/chanteur entouré de Sal La Rocca (cb), Vincent Bruyninckx (p), Lorenzo Di Maio (eg), Lionel Beuvens (dm) et Olivier Bodson (tp), nous propose un retour sur son album «Papa Soul Talkin’» sorti en 2012 déjà. Autant dire que la machine est bien rodée et que la musique coule avec facilité.

Et c’est avec toute la décontraction et l’humour décalé qu’on lui connaît, que Laurent Doumont annonce et enchaîne les morceaux : les bouillonnants « Do Me Wrong », « Back On Brodway » ou « Song For Jojo », les irrésistibles « Gonna Be A Godfather », « Everything I Do Gonna Be Funky » ou encore le feutré et voluptueux «Sleeping Beauties »…

Visiblement, ça s’amuse sur scène et, forcément, dans la salle.

Servi par le drumming souple et onduleux de Lionel Beuvens et la contrebasse plus chantante que jamais de Sal La Rocca, Laurent Doumont alterne fulgurances au sax et voix de crooner au chant. Puis il reprend les riffs à l’unisson avec Olivier Bodson (brillant de clarté et d’élégance) ou avec Lorenzo Di Maio.

Mais il laisse aussi tout l’espace à ses comparses pour d’éclatants solos. Di Maio fait ainsi monter la sauce dans des impros mêlant blues, soul et funk. Le phrasé est agile et net. Bodson n’est pas en reste et sur « Big City » il fait briller de mille feux la soul mélancolique qui plane sur le morceau. Et que dire de l’intervention magnifique, parsemée de glissandos sensuels, de Sal La Rocca sur « Cocaïne Blues »…

Mais bien sûr, on ne peut pas passer à côté du jeu extraordinaire et d’une profondeur inouïe de Vincent Bruynickx au piano ! A la fois sobre et fougueux, il arrive toujours à insuffler des notes bleues et de légères digressions dans un jeu qui donne une perspective incroyable à l’ensemble. Même sur un amusant « Black Is Black », en rappel, il arrive encore à inventer, à colorer et à prendre de la hauteur.

Laurent Doumont a bien de la chance d’être entouré de la sorte. Et nous, on a bien de la chance qu’il perpétue, avec autant de personnalité, de talent et de décontraction, la tradition d’un soul jazz toujours aussi jubilatoire.

 

 

A+

 

 

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

31/05/2013

Brussels Jazz Marathon 2013


J’adore faire partie d’un jury, c’est excitant. Pas toujours évident, mais excitant.

Un jury choisit. C’est excitant. Mais choisir, c’est renoncer. C’est pas évident.

Et ce ne sont pas les autres membres du jury du concours des Jeunes Talents du Brussels Jazz Marathon (le journaliste Jempi Samyn, le saxophoniste Manu Hermia, le guitariste Henri Greindl, l’organisatrice Jacobien Tamsma et la pianiste - et présidente – Nathalie Loriers) qui me diront le contraire.

jazz marathon,jazz station big band,manu hermia,jempi,jacobien tamsma,nathalie loriers,syma,pablo reyes,stanislas barrault,casimir liberski,louis evrard,quentin stokart,pj crostjens,francois decamps,michel pare,jean-paul estievenart,vincent bruyninckx,vincent brijs,thomas mayade,david devrieze,steven delannoye,piet verbiest,herman pardon,stephane mercier,olivier bodson

Il a d’abord fallu faire une sélection parmi plus de vingt candidatures et choisir trois groupes (une première épreuve pas simple). Finalement, ce sont Syma, Stanislas Barrault Trio et Pablo Reyes Trio qui se sont retrouvés sur le podium de la Place Fernand Cocq ce samedi 25 mai. Trois groupes et trois styles totalement différents. Voilà qui ne facilite pas plus les choses.

Syma est un très jeune quintette qui ose ses propres compositions, dans un style jazz fusion (tendance prog rock). Pas simple de faire sonner un tel band. On sent d’ailleurs quelques flottements ici ou là. Mais on remarque aussi quelques belles personnalités (Louis Evrard aux drums ou Quentin Stokart à la guitare, pour ne citer qu’eux).

Plus aguerri, le trio de Stanislas Barrault (dm) - avec Casimir Liberski (p) et PJ Corstjens (eb) - revisite quelques standards, qu’il exécute parfaitement, avec rigueur et pas mal de personnalité.

Quant à Pablo Reyes – qui, malgré son jeune âge, à déjà pas mal roulé sa bosse au Mexique, d’où il est originaire, et aux Pays-Bas, où il étudie – il décline la musique façon latin-jazz ou bossa. Et ici aussi, le niveau est excellent.

Allez départager tout cela.

Alors, après quelques débats, c’est la prise de risques et la marge de progression qui est récompensée. Syma remporte donc le premier prix (et le prix du public), tandis que Casimir Liberski celui du meilleurs soliste (son «Giant Step» a mis tout le monde d’accord).

Le lendemain après-midi, dimanche, Syma ouvra donc, comme le veut la tradition, la dernière journée de concerts sur la Grand-Place.

jazz marathon,jazz station big band,manu hermia,jempi,jacobien tamsma,nathalie loriers,syma,pablo reyes,stanislas barrault,casimir liberski,louis evrard,quentin stokart,pj crostjens,francois decamps,michel pare,jean-paul estievenart,vincent bruyninckx,vincent brijs,thomas mayade,david devrieze,steven delannoye,piet verbiest,herman pardon,stephane mercier,olivier bodson

C’est là que je suis allé écouter le Jazz Station Big Band, que j’avais vu à ses débuts, en 2007.

Après avoir sorti un premier album chez Igloo en 2011, le JSBB s’attaque cette fois au répertoire de Thelonious Monk. Chacun des morceaux est arrangé par l’un des membres du Big Band. Formule intelligente qui permet de faire vibrer le band de différentes manières et de mettre en avant les différentes personnalités des musiciens.

François Decamps (g) fait swinguer «Straight No Chaser» et «Evidence», et invite Jean-Paul Estiévnart (tp) et Daniel Stokart (as) à prendre des solos éclatants. «Criss Cross», superbement arrangé par Stéphane Mercier (as), permet à ce dernier d’échanger furieusement avec Daniel Stokart - cette fois-ci au soprano - et à Vincent Brijs de venir contraster les nuances au sax baryton. C’est aussi l’occasion pour le leader Michel Paré (tp) de croiser le fer avec la guitare de François Decamps. Grand moment.

jazz marathon,jazz station big band,manu hermia,jempi,jacobien tamsma,nathalie loriers,syma,pablo reyes,stanislas barrault,casimir liberski,louis evrard,quentin stokart,pj crostjens,francois decamps,michel pare,jean-paul estievenart,vincent bruyninckx,vincent brijs,thomas mayade,david devrieze,steven delannoye,piet verbiest,herman pardon,stephane mercier,olivier bodson

L’excellent pianiste Vincent Bruyninckx profite de «In Walked Bud», qu’il a arrangé, pour démontrer tout son talent et sa fougue. Son introduction, en solo, est éblouissante. Ça swingue en diable. David Devrieze (tb) et Vincent Brijs (bs) prennent chacun des chorus charnus.

Tomas Mayade (tp, remplacé ce soir par Olivier Bodson) drape «Jackie-ing» d’un arrangement de velours. L’intervention de Steven Delannoye (ts) est suave, tandis que Herman Pardon (dm) et Piet Verbiest (cb) soutiennent un tempo brulant.

jazz marathon,jazz station big band,manu hermia,jempi,jacobien tamsma,nathalie loriers,syma,pablo reyes,stanislas barrault,casimir liberski,louis evrard,quentin stokart,pj crostjens,francois decamps,michel pare,jean-paul estievenart,vincent bruyninckx,vincent brijs,thomas mayade,david devrieze,steven delannoye,piet verbiest,herman pardon,stephane mercier,olivier bodson

Puis il y a encore un «Hackensack» étonnant - nerveux et découpé - arrangé par Estiévennart, un «Bye Ya» très latin et un «Introspection» à la Herbie Mann qui enchantent le public.

La réputation des Big Band belges n’est plus à faire (le BJO l’a assez démontré ses dernières années) mais le JSBB apporte une pointe de fraicheur supplémentaire. Il est juste assez respectueux de Monk et juste assez décalé pour réussir l’hommage à l’un des plus grands et des plus étonnants pianistes que le jazz ait connu.

Chapeau. Et merci.

A+

 

 

15/11/2012

Laurent Doumont - Sounds

Le Sounds affiche pratiquement complet ce samedi 3 novembre. Il est presque aussi rempli que lors d’un Jazz Marathon. Tout le monde est venu pour la sortie du deuxième album de Laurent Doumont  (le premier datait déjà de 2001) : Papa Soul Talkin’.

S’il y a du monde dans la salle, il y en a aussi sur scène, puisque l’équipe s’est réunie au grand complet.

Vincent Bruyninckx (p), Sal La Rocca (b), Lionel Beuvens (Ds), Raf Debacker (Org), Lorenzo Di Maio (g), Olivier Bodson (tp), Alain Palizeul (Tb) et bien sûr Laurent Doumont (ts, voc).

sounds,skoda jazz,sal la rocca,laurent doumont,lionel beuvens,alain palizeul,vincent bruyninckx,olivier bodson,raf debacker,lorenzo di maio

«Back On Brodway» un peu soul, un peu boogaloo, puis «Love Or Leave», au groove bien balancé, nous mettent directement sur orbite.

On le comprend tout de suite ! L’ambition de Laurent Doumont n’est pas seulement de jouer de la soul-funk, mais de la revoir et de l’arranger à sa sauce. Il va puiser l’inspiration dans l’ADN de ces bons vieux Jack McDuff, Canonball Adderley, Gene Ammons ou encore Eddie Harris.

Mais il ne se contente pas d’un simple hommage ou encore moins d’une quelconque imitation. Doumont respire et vit cette musique, et c’est pour ça qu’elle lui va si bien et qu’elle sonne si bien. Avec sa bande, il insuffle un esprit actuel, frais et puissant. Pas question ici de tout casser et de faire le malin. Laurent Doumont respecte trop cette musique que pour la dénaturer. La modernité est générée par l’énergie de l’instant ! Le swing reste le pivot central du groupe, et ça balance fermement du côté des hanches et du bassin. Les musiciens savent y faire. Chacun y apporte sa touche.

sounds,skoda jazz,sal la rocca,laurent doumont,lionel beuvens,alain palizeul,vincent bruyninckx,olivier bodson,raf debacker,lorenzo di maio

Olivier Bodson balance quelques solos brillants. Le son est clair, limpide, lumineux. Sans pour autant jouer rapidement, ça file à cent à l’heure. Ça doit être ça «avoir le sens du groove».

Et quand viennent les ballades («Serenity Now» ou «Sleeping Beauty»), la sensualité se mêle aux déhanchements. Le ténor de Doumont se fait plus sensuel encore, on sent qu’il a écouté et vraiment aimé ces formidables saxophonistes de la grande époque. Et il n’a rien à leur envier. Et quand il chante - avec cette voix au grain particulier, éraillée juste comme il faut - cela fonctionne à merveille. Le charisme et la coolitude font le reste, pas besoin de forcer.

La touche «vintage» est assurée par Raf Debaker. Derrière son orgue, il ponctue intelligemment les échanges entre le sax, la trompette, le trombone ou… le piano de Vincent Bruyninckx. Il y a entre ces deux-là comme un fil invisible. La musique s’échange et tourbillonne avec une légèreté incroyable. Il n’y a pas à dire, tous possèdent le flow.

sounds,skoda jazz,sal la rocca,laurent doumont,lionel beuvens,alain palizeul,vincent bruyninckx,olivier bodson,raf debacker,lorenzo di maio

Et comme si cela ne suffisait pas à notre bonheur, Doumont y ajoute une touche de guitare. Et de ce côté là, Lorenzo Di Maio étonne de plus en plus. On le sent vraiment à l’aise dans ce contexte. Il est ici comme un poisson dans l’eau. Il possède cette fluidité dans le phrasé et ce blues qui lui brûle les doigts, mais il a surtout cette façon d’enchaîner les arpèges avec une souplesse qui souligne bien sa personnalité.

Le groupe peut aussi compter sur une solide rythmique, sur des vrais gardiens du time : Sal La Rocca et Lonel Beuvens, impeccables de bout en bout.

sounds,skoda jazz,sal la rocca,laurent doumont,lionel beuvens,alain palizeul,vincent bruyninckx,olivier bodson,raf debacker,lorenzo di maio

Doumont fait donc le tour de la soul, à sa façon. Il passe le nez à la fenêtre de la New-Orleans, il se balade un peu sur les bords du Mississipi, remonte vers le Michigan, va saluer James Brown et d’autres étoiles de la Motown, puis revient et nous raconte sa propre histoire.

Quand Papa Soul’s talkin’, listen to him… and move. And enjoy !

A+

 

 

 

10/04/2010

Da Romeo Crazy Moondog Band Feat. Paco Sery au Sounds

Contrairement au concert de Makoto, le Sounds est, ce samedi 25 mars, bourré comme un œuf. Et c’était pareil la veille.

Pourquoi? Da Romeo et son Crazy Moondog Band font la fête. Les fans et les inconditionnels du king de la basse électrique sont au rendez-vous. Plus fort encore: pour que cette soirée soit vraiment inoubliable, Daniel a invité l’incroyable batteur Paco Sery. Paco et Da Romeo se connaissent bien et ont souvent joué ensemble. Ça va dépoter sec.

004
C’est sûr, il ne fallait pas manquer ça. Et autant dire que ceux qui y étaient en ont eu pour leur argent! Non seulement le groupe «de base» est déjà une sacrée expérience à vivre, mais dynamité par Paco Sery, cela devient une véritable bombe. Et pas à retardement.

Funky funky funky… Le son est monstrueux. Ça claque, ça transpire, c’est chamarré, c’est brûlant.


 

Le boss manie la basse comme personne. Paco fait ce qu’il veut à la batterie. À deux, complices comme jamais, ils pilotent le groupe. Ils s’amusent comme deux gamins.

Tantôt soul, tantôt afro, le groove est partout. C’est incandescent.

Olivier Bodson (tp) file à cent à l’heure, Hervé Letor (ts) s’immisce dans tous les bons coups, Vincent Bruyninckx fait courir les doigts sur son Fender… Et puis, Julien Tassin (eg) s’explose littéralement dans un solo de folie. Ils sont tous intenables.

001

En fin de set, Da Romeo invite Laurent Doumont (ts) et Alain Palizeul (tb) à se joindre à eux, histoire que la fête soit vraiment complète.

On attend toujours et encore Da Romeo sur CD (Il est où, celui avec Mike Stern ? Et l’enregistrement live – avec video – au Sounds, où reste-il?) . C’est énervant ! … Et puis on se dit que c’est sur scène qu’il faut vivre ça. N’empêche, emporter un peu de cette dynamite chez soi, ne me déplairait pas.

 002

0006

0005

003

Merci à Jempi pour la video!


A+

 

24/02/2009

Marc Lelangue au Sounds

Rattrapons le temps perdu (troisième épisode)

Des journées interminables, qui commencent tôt, se terminent souvent tard et m’empêchent d’aller écouter tous les concerts qui m’intéressent, c’est un peu mon lot quotidien ces derniers temps.

Vendredi treize (jour de chance?), ma semaine ne se termine pas trop tard et j’arrive juste à la fin du premier set, au Sounds, pour écouter Marc Lelangue.
Voilà qui va me faire du bien !
Un concert qui va chasser la fatigue et me redonner la pêche, c’est sûr !
001

Et voilà. Bingo !
Le blues-funky-R&B de Marc Lelangue agit sur mon métabolisme.

Autour de Marc, ce soir, il y a du beau monde: les Heavy Muffulettas !
Un truc qui tient au corps, si vous voyez ce que je veux dire (le Muffuletta est un pain fourré de salami, mortadelle, fromage qu’on trouve en New Orleans).

Des soufflants époustouflants: Olivier Bodson (tp), Laurent Doumont (ts), Alain Palizeul (tb). Une rythmique rageuse: Patrick Dorcéan (dm) et Augustin Foly (elb). Un Pianiste en grande forme: Philippe Reul, et deux chanteuses puissantes et sensibles avec de l’humour à revendre: Mariana Tootsie et Camille de Bruyne.

Marc Lelangue est un vrai bluesman. Il ne joue aucun rôle, il est sur scène comme à la ville. Le blues transpire par tous ses pores.
J’aime bien chez lui son côté désabusé, presque fataliste, cynique parfois.
Sa générosité aussi, sa simplicité.

Entre les morceaux («Such A Night» - fabuleux thème de Dr.John – «Who Shot The La La», «Ooh Poo Pah Doo», «Let’s The Good Time Roll», «I Don’t Need No Doctor», «Georgia»…), Marc Lelangue prend un malin plaisir à souligner avec tendresse nos petits défauts, nos petites fêlures, nos faiblesses.

Puis il entonne de sa voix grave, éraillée et profonde tous ces tubes avec une énergie formidable. On tape du pied, on a le sourire aux lèvres... alors le cœur s’allège.

On alterne le blues et le folk, la country et la soul.
Les cuivres donnent de la voix et les chanteuses aussi.
On ne fait pas dans la demi-mesure…
Et la musique est bien servie, bien tassée.

On ne m’avait pas menti, le Muffuletta façon Lelangue, c’est du costaud.

A+

16/06/2007

Da Romeo Band - Sounds -

Ambiance des grands soirs ce lundi au Sounds.
Il faut dire que c’était la première partie de l’enregistrement du prochain DVD de Daniel Romeo.

Eh oui, ça fait des années qu’on attend la sortie de son album.
Il est enregistré, mixé et tout et tout…
Mais s’il est mal distribué… à quoi bon ?

Pourtant, il y a Toots Thielemans, Rosario Giuliani, Mike Stern et d’autres…
Allez comprendre.

01

Alors, Daniel s’est dit que si cet album devait sortir, ce serait accompagné d’un DVD… Quitte à tout auto produire.

Lundi soir dans le club, il y avait du monde, quatre caméras et des spots supplémentaires. Et dans la rue:un gros camion.

Un poil tendu au début, le groupe s’est vite laissé aller au funk explosif dont il a le secret.

Les Sounds a donc vibré aux sons de la basse du maître mais aussi des cuivres insolents: Alain Palizeul au trombone parfois très chicagoan, Laurent Doumont au sax tantôt funk, tantôt soul et Olivier Bodson à la trompette énergique et puissante d’un bout à l’autre du concert.

C’est peut-être Giovani Rizutto qui, dès le deuxième morceau, mettra vraiment le feu aux poudres.
En effet, le guitariste part dans un solo extravagant. Il pousse loin, loin, très loin son impro. Il fait littéralement siffler sa guitare.
Cela invite le batteur Yves Baibay à poursuivre le mouvement… Et comment !!

03

La spirale folle est enclenchée et le leader s’embarque à son tour dans une longue impro, énergique et puissante, accentuée par des effets sobres mais efficaces à la pédale wha-wha.

De la bombe.

Toujours hyper groovy, Michel Bisceglia au Fender Rhodes ajoute cette touche soul, parfois churchy, qui s’accorde si bien avec la trompette de Bodson.

On souffle un peu avec une ballade et puis on termine le premier set en force…

A la reprise, le groupe semble encore plus déterminé et libéré.
Pourtant, c’est un démarrage en douceur, avec une ballade qui nous permet d’apprécier la subtilité de jeu de Laurent Doumont au soprano.

Le groupe oublie alors totalement les caméras et se lance, sous l’impulsion de Romeo dans un funk bouillonnant.
Nicolas Fiszman se met un peu plus en avant.
Le son devient plus tellurique encore, la précision cède un peu le pas à l’énergie pure et dure.
C’est une éruption totale.

02

Dans cette moiteur, cette effervescence, cette ambiance survoltée, Da Romeo Band alterne le blues, la ballade et le funk le plus «sale» qui soit, pour notre plus grand bonheur.

Et ce n’était que le premier soir!

Ça promet pour le DVD.


A+

30/05/2007

Le jazz Marathon et un vainqueur (Part2)

Sur la place Fernand Cocq, les premiers spectateurs arrivent par petites grappes pour écouter les trois jeunes groupes qui concourent cette année au «XL-Jazz New Talents».

Au-delà d’un léger mal de crâne qui se dissipe et qui me rappelle que la soirée de la veille fut riche, j’ai dans la tête l’idée qu’un des favoris pourrait être le trio de Ben Prischi.

Mais en jazz, comme en football, rien n’est jamais joué d’avance.

05

C’est le quartet du guitariste Laurent Melnyk qui a la lourde tâche de débuter.
L’option choisie est un jazz modal laissant pas mal de place à chacun des musiciens pour improviser sur de longs solos.
Trop longs parfois.
Bien que le leader, David Devrieze (tb) ou Felix Zurstrassen (eb) développent un jeu de haute qualité, il y manque parfois un poil de folie, de surprise.
Du coup, j’ai l’impression que les différents morceaux ont tendances un peu à se ressembler.
Pourtant, l’ensemble est cohérent et possède un beau potentiel. Julien Loutelier à la batterie, par exemple, m’a pas mal plu dans un jeu délicat.
Mais évidemment, quand on est dans un jury, on juge. Alors qu’on aimerait que tout le monde soit ex-aequo.
Finalement, c’est pas plus confortable que d’être sur scène.

Sur scène, justement, monte Ben Prischi entouré de Felix Zurstrassen, à nouveau, et de Guillaume Palomba (dm).
Connaissant et appréciant ce trio, je m’attendais à un set brillant.
Je suis un peu resté sur ma faim.
Il y avait comme une légère distance entre les musiciens et le public. Le set fut assez « classique », moins « fougueux » que ce que propose le trio habituellement.
Vers la fin pourtant, on les sentait un peu plus libérés. Prischi déstructurant quelques thèmes et montrant un talent pianistique indéniable que j’adore.
Palomba développe, lui, un jeu tout en nuances.
Piano et batterie se suivent, se relancent, et une belle alchimie naît toujours entre eux.

06

Ce fut ensuite au tour de Collapse , que je pensais un peu déforcé par l’absence du Jean-Paul Estiévenart, de nous offrir une belle surprise.
Ici, on sent plus de maturité dans le projet. Une énergie communicative aussi.
Le groupe ne s’enferme jamais dans une seule voie.
Au contraire, ils jouent sur les ruptures rythmiques et osent les mélanges. On y retrouve des influences de musiques slaves, de Mingus (leur manière de jouer «Fables Of Faubius» est une belle réussite), de Ornette Coleman ou d’Henry Texier peut-être…

C’est donc Cédric Favresse (as), l’excellent Tom Callens (ts), Lieven Van Pee (b) et Alain Delval (dm) que l’on retrouvera le dimanche en ouverture des concerts des Lundis d’Hortense sur la Grand Place.

Mais nous aurons encore l’occasion d’entendre ses trois groupes le 26 juin au Sounds.
Notez déjà cette date et venez nombreux, ça vaut vraiment la peine.

08

Direction «centre».
Dans un nouveau bar branché où l’on fume le narguilé, étendu sur des coussins, le Pure Bar accueille Bo Van Der Werf et Nelson Veras.
Choix judicieux.
La musique du duo est à la fois mystique et atmosphérique basée sur une métrique mouvante que maîtrisent à la perfection les deux musiciens.
Bo déroule de longues phrases, parfois abstraites, au sax baryton, sur lesquelles Nelson parsème des accords improbables d’une légèreté magique.
Ambiance, ambiance…

Avant d’aller écouter Marc Lelangue sur la Grand Place, je fais un détour au Café Orts, au coin de la rue Dansaert, pour voir Louis Favre Trio.
L’image est assez surréaliste : le groupe joue presque sur le trottoir, devant la terrasse ouverte.
Il s’agit principalement de standards jazz (pour ce que j’en ai entendu) avec un petit côté soul des années ’60.
Le Fender Rhodes doit y être pour quelque chose.
Sympathique.

07

Sur la Grand Place, l’excellent blues de Marc Lelangue résonne.
Avec la voix grave et puissante, le guitariste reprend les meilleures chansons de Ray Charles.
C’est chaud, c’est bon.
Il est entouré d’une fameuse équipe qui n’a pas son pareil pour faire bouger les foules : Daniel Roméo, Patrick Dorcéan, Alain Palizeul, Laurent Doumont etc…
En plus de cela, il y a deux merveilleuses choristes: Nina Babet et Chantal Kashala.
Endroit idéal pour fêter au champagne (ben oui,… on sait vivre!) l’anniversaire d’une amie.
Et ce n’est pas «Hit The Road Jack» qui me fera partir.

Je tente une incursion au PP Café pour entendre Fred Delplancq. Impossible d’entrer, c’est bondé.
Et finalement, je me rends compte que Fred jouait la veille au PP : ce soir, c’est Freefunk

Au Falstaff, ce n’est pas non plus Paolo Radoni qui joue.
Mais ici, ce n’est pas une erreur de ma part : il y a eu, semble-t-il, un changement de programme de dernière minute.
Finalement, ce n’est pas si grave, car l’accueil est plutôt étrange. En effet, on repousse les gens qui sont «dans le passage» ou qui sont assis par terre.
Ici, c’est assis à table ou basta.
Alors basta.

09

Au Sounds, bourré comme un œufs, tout le monde peut entrer par contre (s’il y arrive).
Coup de chapeau aux serveuses qui se fraient un passage pour servir les clients avec le sourire.
Voilà l’esprit de fête du jazz.

La fête, c’est aussi Daniel Romeo qui la mène avec son funk endiablé.
Ce soir, il a invité Rosario Giuliani et Eric Legnini.
Quelle énergie, quelle folie.
Ça joue à fond !
Roméo est toujours partant pour relancer la machine et les souffleurs ne sont pas les derniers à emboîter le pas.
Olivier Bodson déchire à la trompette et Laurent Doumont (entre boogaloo et soul) rivalise avec Giuliani.
Erwin Vann montera sur scène le temps d’un set pour participer à ce feu d’artifice.
Il faut dire que la rythmique est solide (c’est rien de le dire) : Adrien Verderame en batteur infatigable et Nicolas Fiszman en guitariste fou sont toujours sur le coup.
Et que dire des aller-retour entre Legnini et Michel Bisceglia aux Rhodes…
Un pur bonheur.

10

Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Près de quatre heure, il n’a pas plu.
Tant mieux : entre deux sets, on était tous dehors.

Demain, on continue.

A+