05/09/2017

Belgian Jazz Meeting 2017

Tous les deux ans, le Belgian Jazz Meeting permet aux organisateurs, programmateurs et journalistes internationaux de faire connaissance avec une belle sélection d’artistes belges. Douze, en l’occurrence. Ces derniers ont trente minutes pour convaincre. Une belle opportunité à saisir, même si l’exercice n’est pas simple.

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L’édition 2017 se déroulait ce premier week-end de septembre à Bruxelles, au Théâtre Marni et à Flagey. L’organisation était parfaite, pro, simple et décontractée, bien dans l’esprit du petit monde du jazz belge.

Tout a donc commencé le vendredi soir avec le concert de Lorenzo Di Maio.

Fidèle à mes (mauvaises) habitudes, indépendantes de ma (bonne) volonté, j’arrive juste trop tard pour assister à sa prestation. Bien que je connaisse assez bien Lorenzo et son groupe pour avoir assister à nombre de ses concerts, j’aurais bien aimé le voir et l’écouter dans les conditions un peu particulières de ces showcase. Tant pis pour moi.

C’est alors au tour de Jozef Dumoulin de se présenter en solo. Devant son Fender Rhodes, ses dizaines de pédales d’effets et autres gadgets électroniques, le grand claviériste propose un set assez… radical. Bruitiste, avant-gardiste, chaotique, presque abstrait, voire… hermétique. Avec tout le respect que j’ai pour Jozef et sa créativité débordante, qui d’habitude me transporte, j’avoue être passé totalement à côté de ce concert… Je n’ai jamais compris où il voulait nous emmener. Et pourtant, je suis loin d’être réfractaire à sa musique, bien au contraire. Une autre fois peut-etre ?

Après une coutre pause, c’est Drifter (emmené par Nicolas Kummert, Alexi Tuomarila, Teun Verbruggen et Axel Gilain) qui propose une musique bien plus accessible, à la fois lyrique, tendue et finement arrangée. Drifter mélange avec beaucoup de sensibilité et d’à-propos des groove africains, de la folk, de la pop, de l’ambiant ou de la chanson (ce sera d’ailleurs la seule occasion, durant tout ce meeting, d’entendre du chant...). La musique est généreuse, pleines de couleurs différentes, d’interactions entre les musiciens. Ceux-ci s’amusent, prennent du plaisir et, emportés par leur élan, dépassent un peu le temps qui leur été imparti… On ne leur en voudra pas car on s’est plutôt bien amusé. Ce groupe continue à prendre de l’épaisseur et l’ensemble est très convaincant.

C’est donc avec un peu de retard sur l’horaire que le trio de Mattias De Craene clôt la première journée. Avec deux batteurs (Simon Segers et Lennert Jacobs), le saxophoniste propose une musique de transe, presque tribale, très puissante. Tout comme le son - poussé au maximum et à la limite de la stridence (surtout que le saxophoniste use aussi d’effets électro) qui gâche un peu l’érotisme brut que pourrait provoquer cette musique - l’intensité monte rapidement. Et elle y reste. L’ensemble est assez brutal et agressif et manque sans doute parfois d'un peu de subtilité. Mais cela doit sans doute être très efficace sur une scène de festival... pas nécessairement jazz.

Le samedi matin, c’est à Flagey que l’on avait rendez-vous.
D’abord avec Linus, le duo formé par le guitariste Ruben Machtelinckx et le saxophoniste Thomas Jillings. Voilà qui est parfait pour débuter la journée en douceur car ici, tout est fragilité. Les mélodies se construisent par fines couches harmoniques, magnifiquement brodées. La musique, méditative et contemplative, est pleine de reliefs et se nourrit de blues, de musique médiévale, de musique sacrée. Les musiciens sont complices, restent attentifs l’un à l’autre et donnent vraiment de l’âme à ces compositions diaphanes. Très, très beau moment.

Avec Antoine Pierre Urbex, on retrouve le groove, les surprises rythmiques, les variations d’intensités. Et une véritable fluidité dans l’exécution. L’énergie est canalisée, maîtrisée. L’adrénaline monte au fur et à mesure. Le set est extrêmement bien construit. Les interventions de Jean-Paul Estiévenart (tp) sont toujours brillantes, de même que celles de Fabian Fiorini (aussi incisif que décisif), sans oublier celles de Bert Cools à la guitare électrique. La complémentarité des deux saxophonistes (Toine Thys et Tom Bourgeois) est parfaite et le soutien de Felix Zurtrassen à la basse électrique est précis, solide, infaillible. Quant aux dialogues entre le batteur et Fred Malempré aux percus (qui ensoleille certains morceaux avec bonheur) ils sont d’une évidence même. Ajoutez à cela une pointe d’humour et d’impertinence et votre matinée est réussie.

Après un lunch très convivial et un brainstorming autour du prochain Jazz Forum, on se retrouve au Théâtre Marni pour se prendre sans aucun doute la plus belle claque du week-end !

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq, le trio infernal !

Mélangeant le jazz, la transe, le free, l’impro libre, les mesures composées… le trio nous a emmené très loin, très haut et très vite. Et, au vu de la réaction du public (une quasi standing ovation !!!), je crois pouvoir dire que nos trois musiciens ont marqué des points. C’était du plaisir à l’état pur. L’essence même du jazz. Des échanges, des surprises, de la complicité, des prises de risques et une envie terrible de raconter des histoires de façon originale, moderne, intuitive et intelligente. Jubilatoire !

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J’attendais beaucoup de Dans Dans pour ses mélanges entre pop et jazz, entre trip hop, ambiant et impros… Et je suis resté un peu sur ma faim. Le trio nous a servi un set quasiment rock (avec Bert Dockx en guitar hero) où tout était poussé à fond… quitte à oublier les variations, les tensions et les relâchements. On y a eu droit, un tout petit peu, avec la reprise du « The Sicilian Clan» d’Ennio Morricone

De jazz, il en était beaucoup plus question avec Animus Anima.

Ce sextette, composé de Nicolas Ankoudinoff (ts), Bart Maris (tp), Pascal Rousseau (tuba), Stephan Pougin (percus), Etienne Plumer (dm) et, pour l’occasion, l’excellent Gilles Coronado (eg), défend une musique assez ouverte, sophistiquée, nerveuse, parfois complexe. Et fraîche. Le plaisir est immédiat car tout est délivré avec énormément de souplesse et d'une pointe d’humour. Ici aussi, ça échange, ça ose, ça bouge. On laisse de l’espace pour des solos ou des duos. On retient, on pousse, on court, on marche, on rigole. Bref, on vit !

Pour refermer cette seconde journée, BRZZVLL avait joué la carte de la fête et de la danse, ce que ce collectif sait si bien faire. Cependant, ce soir, on a eu l’impression que cela tournait un peu en rond, sur des rythmes et des tempos quasi identiques. Et, dans ce cas-ci, on peut même se demander quel était l’intérêt d’avoir deux batteries si elles se contentent de jouer la même chose… Bref, par rapport à d’autres concerts de BRZZVLL que j’ai eu l’occasion d’entendre, celui-ci m’a un peu laissé perplexe.

J’attendais beaucoup aussi de Steiger ce dimanche matin. J’avais vu le groupe (Gilles Vandecaveye (p) Kobe Boon (cb) Simon Raman (dm)) il y a quelques années lors du Jazz Contest à Mechelen. S’il n’avait pas obtenu le premier prix cette fois-là, il était, pour ma part, parmi mes gros coups de cœur.

Mais… pourquoi ont-ils décidé de s’encombrer de gadgets électroniques et de « machines à faire du bruit » plutôt que de concentrer sur la musique, la construction d’histoires, de mélodies, d’interactions… Un peu comme ils l’ont fait en tout début de concert, avant de nous (me) perdre, et surtout lors du dernier et très court morceau de leur prestation. C’était inventif, sec, net, précis et autrement plus intéressant. Dommage. A revoir…

Quoi de mieux que Trio Grande pour terminer de manière festive, ces trois journées roboratives ? Ces trois Mousquetaires (c’est aussi le nom de leur dernier et excellent album) nous ont amusé, nous ont fait danser, nous ont surpris.

Mine de rien, cette musique, tellement évidente et immédiate quand on la reçoit, est complexe, riche et pleine de finesse. Elle exige des trois artistes une connivence extrême et une confiance de tous les instants. A partir de là, et avec un indéniable sens de la forme, Trio Grande peut s’amuser à revisiter le ragtime, la valse, la chansonnette, le blues avec un brio qui n’appartient qu’à lui.

Lors de cette édition du Belgian Jazz Meeting on remit également les prix Sabam Award décernés cette année à Felix Zurstrassen, dans la catégorie « jeunes musiciens », et à Manu Hermia, dans la catégorie « jazzmen confirmés ». Récompenses bien méritées.

On a déjà hâte de se retrouver dans deux ans pour une cinquième édition dans laquelle on aimerait voir peut-être un peu plus de femmes sur scène, mais aussi des chanteurs et chanteuses et, peut-être, un peu moins… de rock (?).

A+

 

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17/08/2016

Un dimanche au Gaume Jazz Festival

32e édition du magnifique et très convivial Gaume Jazz Festival. Cette année, en plus, c’est sous un soleil de plomb qu’il se déroule. Et sur le coup de quinze heures, ce dimanche, le grand parc semble encore un peu endormi.

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C’est dans la salle du centre culturel de Rossignol qu’il faut aller. Il n’y fait pas plus frais, mais c’est là que le trio de Jeremy Dumont présente la musique de son premier - et très bon - album Resurrection.

Très resserrés autour du leader, concentrés et bien décidés à jouer un jazz énergique et dense, Victor Foulon (cb) et Fabio Zamagni (dm) attaquent « On Green Dolphin Street » avec vigueur. Le trio enchaine aussitôt avec « Try » et « Resurrection ». Les interventions du pianiste sont fermes et décidées, la basse claque presque autant que ne résonnent les coups de fouets sur la batterie. Mais surtout, ça groove et ça trace. Et l'intensité ne faiblit pas sur « Matkot » et ses réminiscences klezmer qui laissent transparaitre pourtant une pointe de mélancolie. Et puis, une dernier composition, inédite, confirme la direction bien tranchée que semble prendre le trio : de l’énergie, du nerf et de l’adrénaline. Jeremy Dumont définit de plus en plus précisément le jazz qu’il veut défendre. Et nous, on est prêt à le suivre.

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De l’énergie, la musique de Jean-François Foliez et son Playground n’en manque pas non plus ! Sous le grand chapiteau, qui a fait le plein, le quartette semble ne pas vouloir s’embarrasser de fioritures. Pourtant, le jazz à Foliez est ciselé, plein de raffinements et de subtilités. Mais avec un Casimir Liberski au piano et un Xavier Rogé aux drums, tout est limpide ! Le drumming claquant s'allie superbement aux folies harmoniques et rythmiques du pianiste. Et tandis que Janos Bruneel fait vibrer les cordes de sa contrebasse, le clarinettiste virevolte avec agilité et souplesse au-dessus de ce magma en fusion. Il y a, chez ce dernier, quelque chose de l’extravagance du jazz italien à la Gianluigi Trovesi, parfois. Même dans les plages plus lentes et intimistes, on sent toujours un travail rythmique intense. « Platinium », « Groove #2 » et surtout « Germination » sont époustouflants ! Chacun propulse l’autre un peu plus haut pour le meilleur de la musique. Une bonne heure de jazz bien tassé, entre détente (ha, cette fausse valse qui s'emballe après l’intro en solo de Jonas Bruneel) et tension… Et quelle tension !

Impossible de rentrer dans la salle pour écouter le trio Steve Houben, Stephan Pougin et Johan Dupont. Une tentative, une deuxième… J’abandonne et me laisse tenter par quelques délicatesses dont la Gaume a le secret…

Retour sous le chapiteau, plein à craquer, pour écouter Aka Moon et son Scarlatti Book.

On a beau les voir et les revoir (sur ce projet ou sur d'autres) on est toujours surpris par la puissance mélodique et énergique de ces quatre énergumènes. Et on est toujours ravi de les voir prendre plaisir à jouer et inventer ensemble. Ici, en reprenant Scarlatti, ils ramènent le clavecin et les compositions baroques dans le présent. Sans jamais caricaturer l'une ou l'autre époque. Aka Moon joue avec l'intelligence et la sensibilité de chacun plutôt que sur l'air du temps et les effets de mode. C'est cela qui rend la musique à la fois accessible, prenante et jubilatoire. Même si elle est complexe. Mais on ne cherche plus à comprendre et on laisse faire les artistes. Fabian Fiorini, entre contemporain et classique, déroule un phrasé toujours percussif, Frabrizio Cassol et Michel Hatzigeorgiou rebondissent sur des dialogues irréels qui nous laissent sans voix. Quant au drumming de Stéphane Galland, qui ne peut s’empêcher de surprendre tout le monde y compris ses acolytes, il est unique. Et puis, Aka Moon est unique. Autant les contrastes rythmiques sont marqués, autant les harmonies sont affinées. C'est l'eau et c’est le feu. Et c’est toujours aussi fort !!

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En début de soirée, dans l'église du village, on profite enfin d’un peu de fraîcheur mais aussi de la musique apaisante du duo Lionel Loueke et Nicolas Kummert. La veille, en quartette avec Karl Jannuska et Nic Thys, le saxophoniste avait présenté l'évolution de son travail avec le guitariste béninois (la « première » avait eu lieu ici). Un disque est en préparation et devrait sortir en février. Pour l'instant les deux artistes sont face à un public attentif et silencieux. Quoi de mieux qu'une Gnossienne de Satie pour débuter ? La musique se laisse modeler par le chœur de l’édifice. Tout est souffle, alanguissement, recueillement. La guitare sonne avec respect, plénitude et retenue. Même un morceau de Salif Keita se murmure et danse sensuellement. Nicolas Kummert ne se contente pas de jouer du ténor, il chante aussi. Il aime ça et il le fait bien. Puis c’est Loueke qui chante une berceuse béninoise avant de reprendre le « Hallelujah » de Jeff Buckley de circonstance. Beau moment...

Retour dans la petite salle, comble à nouveau, et dans une chaleur étouffante. Cette fois-ci, j’arrive à me faufiler. Tree-Ho, le groupe d’Alain Pierre, a déjà entamé « Aaron & Allen » et « Piazza Armerina ». On peut dire que ça groove ! Et « Joyful Breath » file tout aussi vite, et en toute légèreté, sur la douze cordes du guitariste. Soutenu par une paire rythmique qui se connaît bien (Antoine Pierre aux drums et Felix Zurstrassen à la basse électrique) et qui ne cesse d'évoluer, Tree-Ho propose un jazz vif, mélodieux et résolument optimiste, même dans les morceaux plus intimistes. « Seeking Song » (ou « Sea King Song » ?), un inédit, est fait dans le même bois mais se termine ici en prog rock psyché irrésistible. On sent que le groupe a encore de belles choses à nous faire découvrir. Ça tombe bien, on ne demande que ça.

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Je n’aurais pas l’occasion d’aller écouter le concert d’Orchestra ViVo ! , dirigé par Garrett List, Johan Dupont, Emmanuel Baily, Manu Louis, Marine Horbaczewski… bref, par les 29 musiciens ! Dommage, j’aurais bien voulu entendre et voir l’évolution du nouveau projet, que j’avais eu l’occasion de voir en « première » lors de la résidence de l’Orchestre à La Marlagne (j’en avais parlé ici).

J’aurais voulu être en Gaume les autres jours aussi pour entendre, entre autres, Lorenzo Di Maio, le projet Terrasson, Bekkas, Belmondo ou encore Manu Louis, Pascal Schumacher ou l’étonnante chanteuse Veronika Harsca… Mais… je n’ai toujours pas le don d’ubiquité.

A+

Merci a ©Pierre Embise pour les images !

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23/07/2016

Fabrizio Graceffa Band - Royal Park Music Festival Brussels

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Il est onze heures du matin. Le 17 juillet. C'est dimanche.

Il faut doux et bon dans le parc de Bruxelles.

Devant le kiosque, une foule assez conséquente a investi les bancs publics.

Jules Imberechts (Jules « du Travers »), jamais à court d'idées pour promouvoir le jazz, est à l’origine du Royal Park Music Festival qu’il organise depuis quelques années déjà. C’est qu’il a l’âme bucolique, le Jules. Je vous conseille d’ailleurs ses Sentiers de Sart-Risbart, histoire de vous dépayser un peu plus, entre le 18 et 21 août.

Aujourd'hui, au « Royal Park » c'est Fabrizio Graceffa qui est invité.

Le guitariste présente son tout nouvel album « U-Turn ».

Sa musique est à la fois douce et contemplative, mais aussi parfois groovy. Ses compositions sont élaborées et limpides à la fois. Et puis, c’est visiblement la musique d’un groupe plus que celle d’un « guitar hero ». C’est presque normal quand on a à ses côtés Nicolas Kummert (ts), Teun Verbruggen (dm), Jean-Paul Estiévenart (tp), Boris Schmidt (cb) et un jeune et très prometteur Edouard Wallyn (tb).

Graceffa laisse donc beaucoup de place à ses musiciens afin qu'ils développent et enrichissent des thèmes qui ressemblent parfois à de longs voyages imaginaires.

Celui que l’on remarque en premier, dans cet ensemble, c’est Jean-Paul Estiévenart. Ses solos de trompette sont toujours clairs et tranchants, mais il arrive toujours à tempérer l'agressivité par des pirouettes surprenantes et a désamorcer la tension (ou, au contraire, en ajouter). Il prend du recul, donne de l’éclat aux mélodies et de l'espace aux silences qui suivent. Et puis, il faut l’entendre éclabousser de couinements stridents certaines compos (« Self Control » ou « The Old Ship », par exemples).

Le trombone de Wallyn et le ténor de Kummert (magnifique sur « Trois Fois Rien ») alimentent un certain mystère. Ils titillent notre curiosité et nous donnent l'envie d'aller voir plus loin ou de planer plus haut.

Graceffa peut aussi compter sur le jeu, enrobant et vibrant, de Boris Schmidt, et sur toute la créativité de Teun Verbruggen. Ce dernier nuance sans cesse, appuie, précède ou soutient les phrases de Graceffa. Il est omniprésent, mais l’intelligence de son jeu, léger et incisif à la fois, ne le rend jamais envahissant.

Fabrizio Graceffa peut donc se permettre de dessiner, tout en aisance, les images qu’il a en tête. Et l’on imagine avec lui des plaines désertes et brûlantes, des villes abandonnées, des rencontres magiques de fins de journées (haaa… ce « Milton’s Dream » et son petit air de bossa).

Il y règne une certain parfum d'enfance, d'insouciance et de bonheur simple, plus que de mélancolie. Les arrangements sont toujours d’un bel équilibre et Graceffa ne force jamais une idée, il la laisse se développer sous l'impulsion et l'interaction de ses musiciens. Le phrasé est souvent doux, parfois alangui, à la Frisell, mais il sait remettre du punch quand il le faut. Il n’hésite pas à jouer la disto un peu rock (« U-Turn ») ou des accords bluesy bien sentis (« Something Is Missing »).

Il y avait du soleil qui se cachait derrière quelques timides cumulus, une légère brise qui flânait dans les arbres, une odeur de tilleul et de hêtre qui planait… Un parfum de bonheur flottait dans le parc… et ce bonheur n'était pas le fait que de la nature.

 

 

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17/04/2016

David Thomaere Trio - Jazz Station

Il y a la toute grosse foule à la Jazz Station, ce mercredi soir, pour assister au premier concert d’une longue série (d’abord le Jazz Tour puis les JazzLab Series) du trio de David Thomaere. Et c’est bien normal car le jeune pianiste présente son premier album, « Crossing Lines » fraîchement sorti chez DeWerf, qui est sans doute l’une des belles surprises de ces derniers mois. Un album assez punchy, plein de musicalité et qui témoigne déjà d’une belle maturité.

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Même si l'on sent chez le pianiste certaines influences (qui n'en a pas ?), David Thomaere arrive à s’en servir intelligemment pour créer un univers plutôt personnel. Ce qui est une gageure dans le cercle très encombré des trios de jazz : piano, basse et batterie en sont un peu la quintessence et pour sortir du lot il faut avoir quelque chose à dire. Heureusement, David Thomaere a de la suite dans les idées. Et puis, il sait très bien s’entourer puisqu’on retrouve autour de lui Felix Zurtstrassen à la contrebasse et à la basse électrique et Antoine Pierre aux drums.

Le morceau d’entrée, « Braddict » s'inspire, comme son titre le laisse deviner, de la musique de Brad Mehldau. Une balade qui oscille entre lyrisme et pop. « Night Wishes », quant à lui, joue une sorte de course poursuite entre piano et drums, tandis que la basse électrique ondule et fait office de garde-fou. Et, mine de rien, ça balance plutôt pas mal. Leader charismatique et sympathique, David Thomaere n’est pas avare de commentaires. Il aime partager avec le public et raconter la petite histoire de ses compositions. Ou de ses reprises. Celle de Balthazar par exemple (« Lions Mouth »), qu’il traite un peu à la façon d’un Esbjörn Svensson, ou plus tard « Default », empruntée à Thom Yorke. Oui, David Thomaere picore un peu partout.

« Winter 's Coming », une nouvelle compo, construite sur un ostinato obsédant (lancé sur une loop machine) se décline tout en ruptures. Le trio bâtit des murs presque infranchissables, bétonnés par un drumming sec et tendu, qu’il brise avec des plongées abyssales où le piano semble jouer en apnée.

Pour redémarrer le second set, Antoine Pierre nous gratifie d’une intro en solo remarquable. Il est toujours surprenant de voir comment ce batteur a le sens de la musique. Il allie la finesse au groove ou aux silences, et ses frappes sèches, telles des coups de griffes, se confondent aux caresses. « Rebirth » et « Aftermath vs Freedom » s’enchaînent avec tonicité, avant que le trio n’invite Jean Paul Estiévenart (tp) et Nicolas Kummert (ts) (qui remplace ce soir Steven Delannoye, parti jouer avec Sander De Winne dont je vous recommande également chaudement l’album « Kosmos ») a les rejoindre.

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Ce qui semble être une balade lyrique se transforme progressivement en symphonie soul flamboyante. Le thème de « Dancing With Miro » enfle, Estiévenart laisse éclater les déchirures, frôle le « out », joue avec les dérapages et les limites, pour terminer sur une note pure. Les deux souffleurs s’amusent visiblement et font vibrer « Default ».

Le temps de revenir avec un nouveau morceau, crépusculaire et intimiste, qui permet d’apprécier le toucher sensible du pianiste, le final se fait tout en force. Ça envoie avec plaisir !

Et en rappel bien mérité, « Mister Infinity », qui évoque un Canonball Adderley des temps modernes, prouve une fois de plus que David Thomaere a... « quelque chose » et qu’il faudra compter avec lui.

 

Photos ©Pierre Stenopé Numérique

A+

04/10/2015

Saint-Jazz-Ten-Noode 30 ans ! Les concerts !

Saint-Jazz Ten-Noode fêtait ses trente ans le week-end dernier. Vous pouvez lire mon compte-rendu des deux premières soirées (jeudi à la Jazz Station et vendredi au Bota) sur Jazz Around.

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©Johan Van Eycken

 

La fête a continué samedi 26 septembre, toujours au Botanique

Sur les coups de dix-neuf heures, et sur les chapeaux de roues, BRZZVLL embrase la rotonde. Deux batteries assènent les rythmes puissants et dansants. Les saxes brillent et Anthony Joseph slame à la perfection. Le funky soul « Liquor Store » critique l'hypocrisie urbaine, les comportements sournois ou les préjugés. Textes acerbes, musique dansante. Le sax baryton (Vincent Brijs) et le ténor (Andrew Claes) se relaient dans la fièvre et Jan Willems, derrière ses claviers, accentue l’esprit soul. Si « Liverpool Highlands » est plus calme, le groove est toujours présent, lancinant et sombre. Geert Hellings, au banjo et Andrew Claes, cette-fois à l’EWI, renforcent cette ambiance inquiétante. Puis ça repart de plus belle dans le funk puissant qui trouve toujours son équilibre entre la fête et la gravité. BRZZVLL et Anthony Joseph perpétuent la tradition des Linton Kwesi Johnson, Gil Scott Heron et autres poètes du genre. Ça remue le corps et l’esprit et « Mind Is A Jungle » tombe bien à propos. Ce tube imparable fait danser et bouger le public, très nombreux et bien serré, de la Rotonde. Une heure intense de toute bonne musique. C'est bien parti pour la soirée groove promise par les organisateurs.

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©Johan Van Eycken

 

Du côté de l’Orangerie, on découvre Ourim Toumim, dont c’est le premier concert en Belgique, qui propose une musique très métissée (entre funk, R&B, soul jazz, gospel et musique du monde). L’excellente et charismatique chanteuse Emma Lamadji, soutenue par une rythmique à poigne (Jon Grandcamp aux drums, Clive Govinden à la basse électrique) ne ménage pas ses efforts. L’ambiance monte assez vite. Ici, les morceaux sont plus sensuels, un poil « nu jazz », comme on dit. Mais Ourim Toumim a la bonne idée d’explorer d’autres terrains. Les rythmes africains (« A Boy » ou « Them », par exemples) sont clairement mis en avant et Emma Lamadji, la voix crayeuse, n’hésite pas à mélanger l’anglais, le français ou (peut-être) le sango. Puis on flirte un peu avec l’électro et la drum ‘n bass, avec un très enflammé « Modjo » dans lequel les guitares de Amen Viana, Jim Grandcamp et Clive Govinden rivalisent de folie avec le piano électrique de Julien Agazar et la batterie furieuse de Jon Grandcamp. Ourim Toumim est à la frontière de différents styles et évite les clichés trop appuyés. Les compos, plutôt élaborées, ne perdent rien en efficacité tant le groupe est soudé et techniquement parfait. Une très belle découverte.

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©Johan Van Eycken

Retour dans la Rotonde où Nicolas Kummert a invité le guitariste ivoirien Lionel Loueke que tout le monde s’arrache (Terence Blanchard, Herbie Hancock, Wayne Shorter, Gretchen Parlato… excusez du peu). Le groove, puisque tel est le thème de la journée, développé par Nicolas Kummert est souvent basé sur des motifs répétitifs, en tempo lent, comme des prières calmes et profondes. « Diversity Over Purity » s’installe donc doucement et insidieusement. Le sax est légèrement plaintif, mélangé à quelques effets de voix dont le saxophoniste s’est fait une spécialité. Karl Jannuska, aux drums, et Nic Thys, à la contrebasse, assurent un tempo maitrisé, juste coloré comme il faut.

Parfois la cadence s’accélère, de façon imperceptible et régulière. On sent l’influence de la musique africaine et des rythmes tribaux sous-jacents. Loueke lâche quelques motifs haletants, s’aidant d’effets électro, phaser et autres. Kummert superpose les couches harmoniques et mélodiques, puis entraîne le public à chanter. « I’ll Be Allright », « Rainbow People » sont clairement des messages d’espoir et d’humanité. Les bases sont jetées pour un projet « arc-en-ciel » qui ne demande certainement qu’à s’épanouir.

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©Johan Van Eycken

Pour que la fête soit complète et totalement réussie, quoi de mieux qu’un concert de Da Romeo et son Crazy Moondog Band ? Le bassiste est en grande forme et propose d’entrée un « You've Got The Choice To Be Fonky Now » diabolique !

Autour de lui, Alex Tassel, au bugle, colore de bleu les groove, tandis que Christophe Panzani, au ténor, vient donner les coups de canif. Julien Tassin attend son heure et balance des riffs de fond. Eric Legnini se fait plus soul que jamais au Fender Rhodes. Ses interventions, sur « No Turning Back », entre autres, sont d’une limpidité et d’une fluidité confondantes. Toujours, il élève la musique. Derrière ses fûts, Arnaud Renanville, infatigable, vif et précis, claque les tempos avec un redoutable timing. Le « boss » peut vraiment compter sur une équipe du tonnerre. Alors, si « Vincent » ou « L’incompreso » font la part belle aux mélodies douces et intimistes, c’est sur un « Cissy Strut » (des Meters) ultra vitaminé que Da Romeo se lâche totalement. Le solo de basse est incandescent. C’est une véritable démonstration de groove. La pression monte, le rythme s'accélère, le son devient de plus en plus puissant, Da Romeo met le paquet. Le public est bouillant. Alors, on reprend petite respiration avant de replonger dans un soul funk aux parfums chics, de terre, de vents et de feux. Le public aura raison de réclamer un « encore » et sera récompensé d’un « Take It Or Leave It » des plus appropriés.

L’anniversaire est très réussi et on attend la prochaine édition du Saint-Jazz-Ten-Noode avec impatience. Parce que trente ans, ce n’est qu’un début !

Merci à Johan Van Eycken pour les images.

A+

 

 

 

03/06/2015

Yves Peeters Gumbo au Vrijstaat O à Ostende

Il y a quelques temps, Yves Peeters m'avait confié être tombé amoureux de la série télé Treme (et on le comprend) ainsi que du jazz que celle-ci charriait. Rien d’étonnant donc, que son nouveau projet (Yves Peeters GumboThe Big Easy Revisited) nous plonge au cœur de la Nouvelle Orléans. Mais ce qui est intéressant dans le travail du batteur, c’est qu’il ne s’amuse pas à copier ce qui a déjà été fait (ce qui est toujours idiot), mais se sert de ces roots pour faire vivre sa propre musique. En quelque sorte, il lui redonne de l’oxygène et de l’énergie. Et de l’énergie, il y en avait ce dimanche en fin d’après-midi pluvieux au Vrijstaat O. à Ostende.

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Motivé par la présence du pianiste texan Bruce James (qui sait ce qu’est le early jazz pour y avoir été exposé depuis sa jeunesse), le sextette balance d’entrée de jeu un tonitruant, fiévreux et bluesy «New Orleans By Dawn» écrit et chanté par ce même Bruce James.

Le ton est donné.

Le trombone, un peu gras, un peu rauque, légèrement growl, de Dree Peremans prend ici tout son sens et trouve tout de suite sa place. Bien entendu, le band n’est pas en reste et continue sur le même rythme. «Masquarade», chanté cette fois par François Vaiana, est vif, rapide et puissant. Le sax ténor de Nicolas Kummert pleure et crie. L’ambiance monte.

«24 Hours Later», un poil plus dansant encore, vacille entre rythm ‘n blues et funk. La rythmique galope et les interventions du pianiste achèvent de donner cette couleur sensuelle, excitante et un peu sale, à cette musique décidément immortelle, à ce jazz qui évoque immanquablement les bars louches, les nuits sans fin et la griserie des alcools forts. Mais cette musique sait aussi se faire plus grave et «No Hero», qui ressemble à un hymne fatigué et légèrement traînant, rend hommage aux hommes et aux femmes malmenés par la vie. La chanson se termine d’ailleurs a cappella, telle une prière, de façon poignante. C’est alors que l’on remarque que la voix claire de François Vaiana contrebalance à merveille celle de Bruce James, nettement plus rocailleuse.

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Plus tard, c’est le solo de basse de Nicolas Thys, détaché et dépouillé, bâti sur un groove lancinant et tout en ostinato, qui déroule un tapis formidable au (presque) spoken words de François Vaiana, décidément très libéré dans ce registre. Puis, avec «When The Levees Broke», c'est tout le sang du sud qui circule dans ce jazz autant festif et rieur que triste et désabusé. Le drumming incandescent du leader est impeccable. Ça sent presque le brûlé. Le son est mat, plein de rondeur et de sueur, un peu à l’image que l’on se fait de cette nourriture grasse et huileuse du sud.

«My Gumbo’s Free» (avec un terrible et jubilatoire solo de basse de Nicolas Thys) termine alors le concert (il y aura deux «encore», pas volés) de manière plus que réjouissante.

Le projet de Yves Peeters s'inscrit de manière singulière dans notre paysage jazzique belge et, franchement, ça fait du bien.

Et l'on est déjà impatient de connaître la suite, sur disque mais surtout sur scène.

A+

 

 

09/06/2014

Brussels Jazz Marathon 2014 (part2)

Le 25 mai, au Brussels Jazz Marathon, c’était le dimanche des Lundis.

En effet, depuis près de 18 ans, la scène de la Grand Place est réservée, le dimanche après-midi, aux concerts programmés par l’association des jazzmen (Les Lundis d’Hortense).

Dès 15 heures, sous un beau soleil, Greg Houben (tp) et Fabian Fiorini (p) présentent Bees and Bumblebees, leur dernier album (avec Cedric Raymond à la contrebasse et Hans Van Oosterhout aux drums) paru chez Igloo.

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La rencontre entre Greg et Fabian semble étonnante, elle est pourtant évidente. Voici deux univers qui se rejoignent dans la joie et le bonheur pour faire du jazz ensemble. C’est l’alliage brillant du bop traditionnel et du jazz plutôt avant-gardiste. C’est clair, c’est simple et cela se ressent sur le disque. Mais plus encore sur scène.

Greg dessine les mélodies, avec un plaisir gourmand, qui permet à Fabian de les démonter, de les découdre, de les mélanger et de les reconstruire comme il l’entend. Le pianiste sait attendre et construire ses solos pour les terminer de façon explosive. De son côté, Hans Van Oosterhout fouette les fûts et les cymbales avec un feeling incroyable. Il y a de la liberté dans son jeu et, en même temps, un sens du timing imparable.

Puis, le moelleux de la trompette de Houben se fond aux claquements languissants des cordes de la contrebasse de Cédric Raymond, toujours attentif et créatif. Alors, on ne peut s’empêcher de se dandiner sur l’irrésistible «Habanera», de battre du pied sur «Yes, I Didn’t» et de sourire et de claquer des doigts au son de «Middle Class Blues», qui rappelle un peu les Messengers du grand Art Blakey. Le quartette Houben – Fiorini nous offre, en cette chaude après-midi, un cocktail très rafraîchissant de jazz intelligent et de plaisir franc. Autant en profiter sans modération.

Après un rapide changement de mise en place, c’est un autre groupe du label Igloo qui monte sur scène : L’Âme des Poètes.

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Après avoir visité et revisité quelques grands répertoires de la chanson française (Brel, Brassens, Trenet mais aussi, Adamo, Paul Louka et même le Grand Jojo), le trio s’attaque cette fois à un nouveau concept : répondre, en chansons, aux questions de la célèbre et unique interview qui avait réuni, en 69, Brel, Brassens et Ferré.

Normalement, le spectacle est supporté par une mise en scène (que l’on imagine à la fois drôle et touchante), que le groupe n’aura pas l’occasion de montrer aujourd’hui pour des raisons – logiques - de logistique. Qu’à cela ne tienne, Pierre Vaiana (ss), Fabien Degryse (g) et surtout Jean-Louis Rassinfosse (cb) sont capables de faire le spectacle sans cela.

Si Jean-Louis truffe de jeux de mots et improvise ses textes de présentation, il en fait de même avec sa contrebasse, et ses citations, parfois improbables, sont légion. Rien ne semble sérieux et pourtant, il faut reconnaître une précision diabolique dans l’interaction et le jeu de ces trois musiciens exceptionnels. Les interventions de Degryse à la guitare (adapte du finger picking) sont éblouissantes d’inventivité et de justesse (sur «J’ai rendez-vous avec vous», notamment, ou encore sur «La valse à mille temps», pour ne citer que ceux-là). De son côté, Pierre Vaiana n’est pas en reste. Après avoir dessiné le léger contour des mélodies, il s’envole, dans un jeu tourbillonnant et ensoleillé.

Mais il sait aussi sonder la profondeur de thèmes plus sombres avec délicatesse et légèreté («La Quête» ou «Avec le temps», par exemples). Une fois de plus, L’Âme Des Poètes démontre que la chanson française (comme toutes les musiques) peut, elle aussi, swinguer…

Peu avant 19 heures, c’est le quartette de Jean-Paul Estiévenart qui investit la scène. En fait, il s’agit du trio du trompettiste (Antoine Pierre aux drums et Sam Gerstmans à la contrebasse) augmenté du saxophoniste Espagnol Perico Sambeat (Tete Montuliou, Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel, etc.). Et celui-ci imprègne tellement le groupe de sa présence qu’il est bien plus qu’un invité. Le disque (Wanted, sorti l’année dernière chez De Werf) est une belle claque, bourré de jazz très actuel et sans complexe. Un jazz qui n’a rien à envier à celui que l’on entend dans les clubs et bars branchés de New York.

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La musique d’Estiévenart s’inspire sans aucun doute de cette énergie-là, mais le trompettiste est capable d’aller au-delà et de révéler toute sa personnalité dans des compositions charnues, vives et sans faille. Le set, cet après-midi, est, lui aussi, extrêmement bien construit, preuve d’une maturité évidente.  On y décèle d’abord la force tranquille d’un groove tendu, retenu, qui ne demande qu’à éclater. Le trompettiste slalome entre le drumming acéré d’Antoine Pierre et le jeu dense de Sam Gerstmans («Am I Crasy », «The Man»). Puis les solos se construisent et se métamorphosent au fil des échanges entre le trompettiste et le saxophoniste. «Bird» s’enflamme, «Witches Waltz» tangue, vacille et renaît plus puissant, plus inébranlable. Finalement, la grosse heure passe rapidement, on ne s’est pas ennuyé un seul instant. Et l’on se dit qu’on aimerait revoir encore et encore ce trio/quartette en club… En Belgique... ou ailleurs en Europe, car il en a vraiment tout le potentiel.

Pour l’instant, la programmation est un sans faute et ce n’est pas Eve Beuvens qui va gâcher la fête. La pianiste présente ce soir les fruits de la carte blanche qu’elle avait obtenue l’été dernier au Gaume Jazz festival, et qui avait impressionné pas mal de monde, dont moi : Heptatomic.

Bien décidée à sortir un peu plus encore du cadre dans lequel on la confine trop volontiers, Eve a réuni autour d’elle une belle brochette de jazzmen aux idées bien larges : Laurent Blondiau (tp), Grégoire Tirtiaux (as, bs), Gregor Siedl (ts), Benjamin Sauzereau (g), Manolo Cabras (b) et João Lobo (dr).

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Et d’entrée de jeu, ça sonne et ça fuse. Heptatomic joue la déstructuration, explore les sons et les rythmes, et flirte presque parfois avec le free. C’est pourtant une liberté bien canalisée que propose Eve dans ses compositions. C’est une démocratie mélodique et harmonique libre, superbement maîtrisée. On pense parfois à l’Art Ensemble de Chicago ou à l’esprit d’un certain Mingus. Cela fait le bonheur de Laurent Blondiau qui n’hésite pas à pousser Tirtiaux et Siedl vers des chemins escarpés et rarement empruntés. Ça bouge, ça voyage, ça rebondit… Et quand Manolo Cabras a bien malaxé en tout sens sa contrebasse, on passe à des moments plus sobres qui permettent non seulement à la pianiste de s’exprimer mais aussi à Sauzereau d’éclater son jeu par touches ou à Lobo d’explorer de nouveaux sons. On se ballade alors dans des univers étranges et inquiétants où se mélangent de fragiles espoirs et de lumineuses certitudes. Un disque est en préparation, je pense, mais c’est sur scène que l’Heptatomic d’Eve Beuvens donne sans doute tout son jus… Alors, messieurs les programmateurs, ne soyez pas frileux, cette musique peut incendier bien des salles.

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Il est 22 heures, j’aurais pu rentrer tranquillement, mais je ne peux pas m’empêcher d’aller écouter Axel Gilain au Bravo. Ici, l’ambiance est plus recueillie malgré le monde qui a envahi le sous-sol du club. L’atmosphère est feutrée mais le jazz est enflammé. Il y a autant de la retenue que d’intensité. Tout en sensualité, la musique ne cesse de se transformer.

Bram De Looze, au piano, fait dévier le blues dans un sens, tandis que Nicolas Kummert trouve d’autres ouvertures. Tout évolue avec sérénité et élégance. C’est comme du vent qui déplace doucement des murs fragiles, c’est comme la chaleur du soleil qui déforme des objets flasques. Lieven Venken (dm) balaie et ponctue les rythmes, accélère ou suspend le tempo. Axel Gilain fait chanter sa contrebasse… avec réserve et beaucoup de sentiment.

Alors, Fatou Traoré et Yvan Bertrem ne peuvent s’empêcher de venir danser au devant de la scène. Leurs corps se déforment et se transforment sous l’impulsion de la musique. Le moment est magique, étrange, unique. Beau.

Axel Gilain vient de publier un album, Talking To The Mlouk (en vinyle ou téléchargeable ici) qui permet de prolonger ce moment rêvé… et qui s’écoute en boucle…

Pouvait-on imaginer plus belle façon de terminer cet excellent marathon 2014 ?

 

 

A+

 

 

 

 

 

11/03/2014

Nicolas Kummert Voices - Au Rideau Rouge

 

Il y a du monde dans la chaleureuse et toute petite salle du Rideau Rouge à Lasne ce mercredi soir (5 mars) pour découvrir le deuxième «volume» de Voices de Nicolas Kummert.

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Rappelez-vous : One, premier album sorti en 2011, était, à mon sens, l’une des plus belles réussites de l’année où l'on entendait le saxophoniste-poète chanter et déclamer (et se débattre aussi avec les ayants droit de Jacques Prévert qu’il voulait pourtant célébrer) sur des musiques raffinées et groovy à la fois.

Cette fois-ci, le nouvel album est construit autour de la personnalité de Trayvon Martin (assassiné sans raison en 2012 en Floride) mais plus largement aussi autour du droit à la différence. L’illustration de Madeleine Tirtiaux, sur la pochette de l’album, fait explicitement référence à Trayvon - mais aussi au mouvement «capuche» qui s’est développé aux Etats-Unis juste après le tragique événement - et évoque aussi «Le Cri» de Munch ou l’homme schizoïde de King Crimson. L’album aurait pu s’appeler Révolte ou Rébellion, mais il s’appelle Liberté (sorti chez Prova Records). Cela correspond bien plus à l’esprit de Nicolas Kummert.

Pour débuter le concert, le leader plante le décor avec un discours digne et engagé, entre slam et déclamation. S’enchaîne alors «Stand Up Today», sorte de lente complainte mâtinée de blues. Kummert égraine les paroles, accompagné par ses musiciens qui font les chœurs. Puis, un superbe solo de basse électrique de Nicolas Thys vient renforcer plus encore cette ambiance pleine de retenue et méditation.

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Si Nicolas Thys (eb) ainsi qu’Hervé Samb (eg) sont toujours présents dans ce deuxième opus, Jozef Dumoulin et Lionel Beuvens ont cédé leur place à Alexi Tuomarila (p) et à Jens Maurits Bouttery (dm).

Ce dernier possède décidément un jeu très personnel, presque tachiste et surtout foisonnant d’idées. Il se tortille sur son tabouret pour doser avec minutie les sons qu’il colore magnifiquement. C’est à la fois léger et hyper contrasté. Il offre tout le temps un groove tendu à l’ensemble (son drive sur «Une Affaire de Famille», en fin de concert, est plutôt éblouissant).

De son côté, Hevé Samb est, lui aussi, lumineux dans ses interventions. Tous ses accords sont swinguants, légèrement enrobés de blues et de musiques africaines. C’est particulièrement frappant sur «Isaac», un morceau irrésistible qui flirte avec l’afrobeat.

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C’est aussi sur ce morceau, au second set, qu’Alexi Tuomarilla, jusqu’alors assez discret, dévoile tout son talent. Le pianiste exécute avec une facilité déconcertante - et sur un rythme endiablé - des enchaînements d’accords fabuleux. Et la musique s’enflamme. Et ça danse et ça bouge. Le dialogue ente Jens Bouttery et Alexi Tuomarila est jubilatoire.

Mais le pianiste finlandais sait aussi se faire très romantique et très sensible, comme sur «Willow Song», par exemple.

Nicolas Kummert manie avec beaucoup de d’intelligence et d’ à-propos les moments forts et les instants plus introspectifs, donnant de la puissance aux histoires. Et puis, il n’hésite pas non plus à reprendre – à la talkbox, qui déforme totalement sa voix – «Strange Fruit» qui résonne alors de façon plus inquiétante encore.

Avec ce deuxième opus, Nicolas Kummert définit plus encore son univers, à la fois sombre et plein d’espoir.

Bref, une fois de plus, une très belle réussite.

 

 

 

A+

 

 

22/07/2013

Brosella 2013 - Une sacrée cuvée.

 

Soleil et chaleur sur le Théâtre de Verdure. Ça fait du bien. Du coup, tout le monde est de sortie.

Et il y a déjà pas mal de monde sur les coups des trois heures pour écouter les finlandais du UMO Jazz Orchestra, dont la réputation n’est plus à faire. On a pourtant rarement eu l’occasion de les entendre sur une scène belge. On ne remerciera donc jamais assez le Brosella pour la pertinence de sa programmation.

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Le big band propose un jazz au swing très moderne et assez puissant, qui laisse souvent la part belle aux solistes. Il faut dire que, pour l’occasion, Karl Heinilä (le chef d’orchestre) avait invité le trompettiste Verneri Pohjola - dont le disque «Aurora» en 2011 fut une belle révélation et le récent «Ancient History» une belle confirmation. Quasi omniprésent, le trompettiste déploie la palette assez large de ses talents, allant du très aérien au très brûlant. L’articulation est limpide avec parfois une pointe d’agressivité. Il faut souligner également, dans ce solide big band, les belles interventions de Manuel Dunkel (ts) ou de Kirmo Lintinen (p), dans des solos très accrocheurs. UMO est décidément une belle machine, parfaitement rôdée et dynamique au son et aux arrangements très actuels. A ne pas rater lors de leur prochaine venue…

Sur la seconde scène, un peu plus haut dans le parc, Yves Peeters Group (dont j’avais déjà parlé ici) régale l’auditoire de sa musique aérienne, dansante et savante. Le dosage et l’équilibre - entre groove (tantôt rock, tantôt africain) et atmosphère - est une vrai réussite. La basse solide de Nicolas Thys laisse du champ libre aux intervention parfois free de Frederik Leroux (eg), quant à Nicolas Kummert il rafraîchit cette chaude après-midi de son chant si particulier.

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Retour à la grande scène avec le trio de Nathalie Loriers (avec Philippe Aerts (cb) et Rick Hollander (dm) ). Au risque de me répéter, la formule «trio» convient vraiment bien à la pianiste. Même si elle s’inspire, comme elle l’avoue elle-même, de Bill Evans ou d’Enrico Pieranunzi entre autres, il est indéniable qu’elle possède définitivement son style. Au lyrisme qu’on lui connait (niche plutôt réductrice dans laquelle on l’enferme un peu trop vite), elle allie un swing au timing parfait. Elle a une façon d’aller à l’essentiel avec beaucoup de sensibilité. C’est de la poésie sans minauderie, de l'énergie sans brutalité. Bien entendu, elle est soutenue, poussée même, par une rythmique idéale et “Moon’s Mood”, “Les trois petits singes” ou encore “Jazz At The Olympics” font mouche. Voilà du jazz comme on l’aime.

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Découverte intéressante, ensuite, sur la petit scène, du quartette d’Elina Duni. Je connaissais le pianiste Colin Vallon ainsi que le contrebassiste Patrice Moret (pour avoir écouter leur excellent album «Rruga», chez ECM), par contre je ne connaissais pas la chanteuse albanaise Elina Duni, ni le batteur Norbert Pfammatter. Basée principalement sur la musique traditionnelle des Balkans aux rythmes parfois obsédants et enivrants ou à la mélancolie exacerbée, le groupe mélange les genres avec une grande élégance. Au-delà de la tradition, Elina Duni échange avec ses musiciens sur un jazz parfois déstructuré et les laisse aller à de belles impros inspirées. Ainsi, Colin Vallon n’hésite pas à proposer une longue intro plutôt abstraire au piano (cordes étouffées, intervalles marqués, dissonances et silences) tandis que Patrice Moret accentue les sons déchirés à l’aide de l’archet. L’univers est particulier, mystérieux, envoutant parfois. Les histoires qu’Elina raconte – d’une voix parfaitement maîtrisée – sont pleines de poésie et de douleur, remplies de messages. Alors, elle s’oblige à nous en expliquer le sens en français. Classe.

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Retour sur la grande scène où Bill Frisell nous la joue toute en finesse. Il est au Brosella pour présenter son dernier album Big Sur (une commande du Monterey Jazz Festival).

Une batterie, trois violons et un violoncelle accompagnent le guitariste. L’esprit est à la détente, à la langueur, au contemplatif. La musique évoque les grandes étendues désertes, les paysages qui entourent Glen Deven Ranch (où il s’est retiré pour composer et enregistrer). Bill nous fait faire le tour du propriétaire. On flâne… puis on trotte au son du violon de Jenny Scheinman (un peu western) ou de Eivind Kang (un peu eastern). Les impros sont fragiles, se développent sur des ostinati ou de courts motifs évolutifs. Parfois, on fait un très court détour du côté du rock (Rockabilly? Twist?) avant de se reposer tout en douceur… Même si tout cela est très joli, on s'ennuie un tout petit peu. Impressions quelque peu mitigées.

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Changement radical sur la petite scène avec Big Noise. On ne s’en lasse pas ! Surtout que, pour le Brosella, le trio a invité le clarinettiste Evan Christopher, un vrai de vrai de la Nouvelle Orléans. Grâce à lui, Big Noise plonge un peu plus encore sa musique dans les racines de ce jazz qu’ils chérissent. Et le plaisir de jouer est toujours aussi communicatif. Les gens dansent devant la scène, rient, applaudissent. Loin de jouer la star ou de montrer “comment il faut faire”, Evan Christopher s’intègre au groupe – car il lui trouve de véritables qualités – et partage sincèrement la musique avec Raphaël D’Agostino (tp, voc), Johan Dupont (p), Max Malkomes (cb) et Laurent Vigneron (dm). Non, Big Noise n’a pas fini de grandir…

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Et voilà enfin, cerise sur le gâteau, Jonathan Batiste. Celui qu’on attendait. Je l’avais découvert avec Roy Hargrove, il y a deux ans, ici même au Brosella et il m’avait laissé une grosse impression. Ce soir, il se présente avec son groupe «Stay Human», avec lequel il déambule régulièrement dans les rues et le métro New Yorkais. Répandant ainsi la bonne humeur et le partage. Avec eux, le spectacle est partout et non conventionnel.

Pourtant, tout démarre en douceur. Sourire irrésistible coller sur les lèvres, doigts démesurés, Jon Batiste nous emmène entre blues et swing avec un sens du rythme inné. Avec humour et intelligence, il mélange «Carmen» à «Summertine».

Au tuba, Ibanda Ruhumbika fait la pompe, à la contrebasse Barry Stephenson excite les temps, le sax du jeune Eddie Barbash joue les empêcheurs de tourner en rond, quant au batteur, Joseph Saylor, intenable, il claque les tempos et accentue la syncope. Ça bouillonne et l’ambiance monte. Au son de son mélodica, sur «Killing Me Softly», Jon Batiste emmène alors tout son groupe au devant de la scène, sur les premières marches, à un mètre d’une foule déjà bien excitée.

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Et là, on passe à la vitesse supérieure. Tout s’emballe sur une version incroyable de «St James Infirmery». Le sax s’empare d’un solo du tonnerre, il monte sur le piano, enchaîne les chorus. Puis, comme pour répondre au saxophoniste, le batteur décroche son tom et vient le planter tout devant. La démonstration, brutale, jouissive et délirante, se termine par le jet de ses baguettes dans le public. Et puis tout le monde s’en va.

Surprise. Incompréhension. Le public devient fou !

C’était une fausse sortie. Revoilà le Stay Human prêt à en découdre de plus belle. «Why You Gotta Be Like That?» se reprend à l’infini et… ça y est, le moment que l’on attendait arrive: toute la bande descend dans le public et va se balader au beau milieu des travées de l’amphithéâtre. L’ambiance est indescriptible. Les morceaux s’enchaînent («My Favorite Things», «Kindergarten»…).

Revenu sur scène, le groupe se resserre autour du piano. Chacun prend posesion d’une partie du clavier. Puis, ils échangent leur place. Tapent dans les mains, tape sur tout ce qu’ils trouvent, font chanter le public, le font danser…

Moment incroyable de plaisir collectif !

Voilà sans aucun doute l’un des meilleurs concerts de l’année (en tous cas, il sera difficile de faire mieux…)! Jonathan Batiste est à suivre, plus que jamais, et à revoir au plus vite.

Merci encore Henri Vandenberghe, merci les bénévoles, merci le Brosella.

Vite, à l’année prochaine.

A+

 

 

 

18/06/2013

Rails & Axel Gilain Quartet - Studio Grez


Axel Gilain, Joao Lobo ou Yannick Dupont, entre autres, m’avaient déjà parlé de cet endroit aussi accueillant qu’étonnant qu’est le Studio Grez, un grand espace caché à l’arrière d’un immeuble - genre vieille factory - aménagé dans un esprit loft.

Ce lundi 11 juin, j’y mettais les pieds pour la première fois. Et sans doute pas la dernière.

Ce soir, c’est double concert.

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D’abord, il y a Rails. Un trio fraichement formé par Sylvain Darrifourcq (dm), Manu Hermia (ts, ss, fl) et Valentin Ceccaldi (violoncelle), pour répondre à une carte blanche au prochain festival Orléans Jazz. C’est là-bas, l’année dernière, que l’idée est née. Valentin Ceccaldi jouait avec Marcel & Solange juste avant (ou après?) le trio Rajazz de Manu Hermia. Rencontre, discussions, atomes crochus et proposition du programmateur de monter un trio pour l’année suivante.

Rails, c’est une musique à la fois très écrite (car complexe et sophistiquée) et à la fois très ouverte aux improvisations. Mais, au-delà des harmonies et des mélodies, il s’agit aussi de jouer sur les textures, les atmosphères, les rythmes et les respirations.

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Sylvain Darrifourcq (que l’on a déjà entendu aux côtés d’Emile Parisien) invente des tempos très particuliers. A l’aide de mini-capteurs, qu’il place sur différentes parties de sa batterie (un peu comme le fait un Guillaume Perret sur son sax), il trafique le son, invente des vibrations ou crée des résonnances qu’il module, répète ou gèle. L’effet électro, particulier et original, est étonnant. L’association avec le violoncelle, au son boisé, parfois mystérieux, mélodique ou abstrait, fonctionne à merveille. Les ambiances se font et se défont. Parfois, le temps se suspend. Parfois le choc éclate. La musique circule et s’emmêle autour du soprano ou du ténor de Manu Hermia qui dépose délicatement les phrases. Ou qui les répète à l’infini, comme dans une transe. Les motifs enflent et se font de plus en plus intenses.

Cet univers particulier, personnel et fascinant, laisse présager une collaboration qui devrait durer au-delà du rendez-vous au festival d’Orléans. Du moins, il faut l’espérer. Il serait dommage de ne pas continuer une expérience qui semble avoir du potentiel…

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On aménage ensuite rapidement la scène pour faire place au deuxième concert. Axel Gilain (cb), l’une des chevilles ouvrières du collectif du Studio Grez, a rassemblé autour de lui les membres de son quartette : Lieven Venken (dm), Nicolas Kummert (ts) et Clément Noury (g) qui remplaçait ce soir l’habituel pianiste Bram De Looze.

La musique d’Axel est peut-être plus groovy, plus «linéaire» aussi, mais ne manque pas d’originalité ni de puissance. Elle est souvent construite autour d’un riff ou d’une pulsation qui emprunte au blues et aussi parfois à la musique africaine. Très à l’aise dans ce contexte, Nicolas Kummert s’exprime dans des chorus charnus et chaleureux. Ça bouge et ça danse. Clément Noury navigue entre rock West Coast, parfois même Country Rock, et distribue les riffs tendus, façon Scofield, ou des sons plus étirés, façon Bill Frisell. Le jeu est souple, mordant mais sans agressivité. La sensualité se fait toujours sentir.

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Il faut dire aussi que la musique d’Axel Gilain respire l’humanité et la fraternité. Elle est bien à l’image du personnage. Elle lui ressemble. Le dialogue, l’échange et l’attention à l’égard de l’autre en sont les caractéristiques principales. Sa contrebasse résonne et sonne comme si elle était le prolongement de sa voix. Affirmée et détachée à la fois.

Pour parfaire le tout, le son mat et un peu étouffé de la batterie de Lieven Venken, marque le tempo, avec sobriété et efficacité. Toujours au service du groupe. L’ensemble est un jazz de caractère, actuel, accessible et intelligent. Et rassembleur.

Voilà qui donne envie de réentendre ce groupe rapidement.

A bon entendeur…

A+

 

 

 

03/06/2013

Yves Peeters Group - Jazz Station


La musique du Yves Peeters Group est très imagée. Pas étonnant que son album (sorti chez De Werf l’année dernière) s’appelle «All You See». D’ailleurs, le projet est parfois augmenté (quand la salle le permet) de projections vidéos.

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Ce samedi 1 juin, à la Jazz Station, nous n’aurons que le son. Les images, nous les fabriquerons dans la tête. Mais puisque je vous dis que la musique est très évocatrice…

Alors, derrière sa batterie, Yves Peeters nous ouvre son album photo. Ou plutôt son carnet de voyage.

Il y a d’abord un parfum d’Afrique qui en émane, comme pour réaffirmer la source du blues et du jazz. «Look There Is Alive» plante rapidement le décor.

Là où, sur l’album, Nicolas Kummert (absent aujourd’hui) joue au serpent ondulant - glissant et insaisissable - Jereon Van Herzeele (ts, ss) (qui le remplace) joue au singe agile - nerveux et batailleur - qui saute de branches en branches en poussant des cris stridents.

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La machine est lancée, «Try To Stop Us» fonce à 100 à l’heure. Frederik Leroux (eg) enchaîne les riffs, tendance rock du bayou. Yves Peeters fait claquer sa batterie, comme pour briser les barrières et les frontières. Ferme. Résolu. Déterminé. Ça trace.

Mais le groupe ne laisse jamais de côté les sentiments, l’amitié, le souvenir : «Sad News» - ballade légèrement amère - se promène entre tristesse et espoir. Quelques sanglots perlent dans le chant du soprano de Van Herzeele, soutenu et rassuré par la basse électrique sinueuse et voluptueuse de Nic Thys.

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Et le voyage continu avec «New Mexico», puis avec «Lifeline» qui évolue comme une danse tournoyante, comme une ronde infinie, comme une spirale ascendante ouverte aux improvisations galopantes. Nic Thys amorce, Leroux embraye et Van Herzeele conclut.

La musique du groupe respire les grands espaces et la lumière chaude. Elle fait référence au blues. Beaucoup. Clairement. Comme sur «Nightscape», une véritable perle ! Brulante d’intensité. Frederik Leroux fait transpirer sa guitare, le son est étiré, gras et sensuel. Jeroen Van Herzeele sonne presque comme Gene Ammons. Yves Peeters marque au fer rouge le tempo. Nicolas Thys enfonce le clou. Et le groupe va puiser plus profond encore, va creuser, va gratter pour atteindre les racines du blues.

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La lumière, la chaleur, l’humanité et l’échange, voilà ce que recherchent Yves Peeters et son groupe. Avec «Hats And Bags», la critique est claire et nette. Il faut s’échapper de l’agressivité des shoppings et des temples presque inhumains de la surconsommation – évoqué par un jazz-rock bruyant et éclaté - pour retrouver le calme et la sérénité.

Alors, ensemble, ils rejoignent «Bamako». Là-bas, et malgré les difficultés, la fête, les amis et le bonheur sont plus forts que tout. La vraie vie, en quelque sorte.

On pourra revoir et réécouter les histoires du Yves Peeters Group lors du prochain Brosella le dimanche 14 juillet. Ou plus tard au 30CC à Leuven en septembre et à Evergem en octobre… avec les images, cette fois-ci.

N’hésitez pas. Vous allez voir ce que vous allez voir...


A+

 


21/04/2012

Matthieu Marthouret quartet au Sounds

Il y a un truc indéfinissable chez Matthieu Marthouret, c’est la façon dont il distribue les rôles dans son groupe. Il a une manière singulière d’arranger les morceaux pour que chacun y trouve une place. Jusque-là, c’est normal et c’est d’ailleurs un peu le but d’un arrangement… mais il y a quelque chose de particulier chez lui. Et comme c’est indéfinissable, je vais avoir du mal à vous le décrire. Il y a quelque chose d’impalpable et d’imperceptible qui flotte dans l’espace qu’il laisse aux autres musiciens. Quelque chose qui les guide ou qui, au contraire, les libère.

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L’organiste français arrive à créer une certaine dynamique, souvent intéressante et loin des clichés, pour faire vivre ses compositions. Il possède cette clairvoyance qui lui permet de construire des thèmes qui – pour être raffinés et plutôt élaborés - paraissent simples et donc très accessibles.

Il laisse souvent s’exprimer Nicolas Kummert (ts) ou Maxime Fougères (g) et vient de temps à autres souligner ou redessiner légèrement le thème avant d’improviser par dessus - à sa manière - comme pour y déposer un glacis fragile et trompeusement protecteur.

Bien soutenu par le druming efficace de Manu Franchi – on soulignera son solo énergique sur «564» par exemple - Marthouret dirige avec souplesse et fermeté son quartette et le fait surtout groover.

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«The Tree In The Backyard», qui ouvre le concert au Sounds, ce vendredi 30 mars, se joue en un duel amical mais musclé entre le guitariste et le saxophoniste. Il y a du Kenny Burrel chez l’un, un peu de Warne Marsh chez l’autre. Mais bien sûr, le quartette va bien au-delà de ces références. Kummert chante dans son sax (sur «Benz») et Fougères illumine de solis incisifs «Seeds» ou «Colours», tandis que Franchi fait tonner sa batterie et donne à l’ensemble un son bien actuel.

Marthouret mélange les ambiances : groovy («Old Milstone»), façon Rhoda Scott – même s’il ne se revendique pas de la dame aux pieds nus – lyrique, voire sentimental («Prelude»), ou très soul  («The Weird Monk») dans lequel il mélange habilement l’esprit de Monk à celui de Ramsey Lewis. Et  à chaque fois, il s’en sort avec légèreté.

Je vous avais déjà parlé du deuxième album du groupe ici. Je ne peux que le recommander à nouveau aux amateurs du genre pour les faire patienter en attendant que Matthieu Marthouret ne revienne faire une tournée chez nous.

 

A+

 

19/03/2012

Mathieu Marthouret - Upbeats

Un peu de douceur et de tendresse, ça ne fait jamais de mal.

Après l’agréable premier album (Playground) chaleureusement accueilli par le public et la presse spécialisée, l’organiste français Matthieu Marthouret continue à creuser le sillon de la délicatesse avec son nouvel album Upbeats.

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La volonté de donner les pleins pouvoirs à l’harmonie et aux mélodies est évidente et saute aux oreilles dès les premiers accords. Marthouret aime quand ça se fredonne, se chantonne et se retienne.

Ce qui ne l’empêche pas de parsemer ses compositions d’arrangements assez sophistiqués ou de laisser de belles libertés aux musiciens qui l’accompagnent.

Il y a d’abord le mariage de l’orgue Hammond et de la guitare (celle de Sandro Zerafa ou de Maxime Fougères, selon les morceaux), qui prodigue une douceur toute parfumée de tradition. Puis il y a le soutien indéfectible de Manu Franchi à la batterie, tantôt frais et pétillant («Weird Monk» ou «Spring Bossa») tantôt d’une séduisante délicatesse («Prélude»). Et finalement, il y a les interventions du saxophone (David Prez et Nicolas Kummert se partagent l’affaire) qui pimentent l’ensemble d’explorations parfois plus aventureuses. L’alternance des deux saxophonistes permet d’ailleurs d’entendre leurs approches différentes : l’un semblant travailler plus sur l’urgence et l’autre plus sur la longueur. Tandis que David Prez ensoleille «Sping Bossa» ou «564», une courte improvisation («Kairos») et «Bends» permettent à Nicolas Kummert de chanter  - comme il sait si bien le faire - dans son ténor.

Quant à Marthouret, auteur de toutes les compositions, il distille un jeu plutôt personnel, à la fois sobre et dynamique, mêlant le jazz aux parfums funky, latino ou pop. Il évite avec intelligence les pièges du genre et tente de trouver des chemins de traverses. Et si le leader laisse beaucoup de champ à ses compagnons de jeu, c’est sans doute pour développer un véritable son de groupe. L’ensemble est d’ailleurs d’une belle homogénéité et d’une grande élégance, et nous fait passer les cinquante minutes de ce Upbeats avec beaucoup plaisir.

Le groupe sera en tournée belge à partir du 27 mars et passera par Nam’ in Jazz, le Sounds, Le Pelzer, La Madelonne et le Stuk. A bon entendeur…



A+

 

26/09/2011

Saint Jazz Ten-Noode 2011

Comme chaque année à pareille époque, on a tendu le grand chapiteau blanc sur la place Saint-Josse pour le Saint-Jazz-Ten-Noode. Cette fois-ci, l’événement est sous-titré : « Aux frontières du jazz ». Dimitri Demannez et une belle bande de bénévoles se sont donc coupés en quatre pour nous offrir une affiche plutôt excitante.

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Le public est encore un peu disséminé, quand j’arrive samedi sur les coups de 17h.30. Une bonne partie cherche encore quelques perles rares à la bourse aux disques qui se tient à deux pas, tandis que d’autres écoutent sagement le quartette de Fabrizio Graceffa. Le guitariste, accompagné de Boris Schmidt (cb), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Lionel Beuven (dm) nous propose de parcourir son disque « Stories » sorti l’année dernière chez Mogno. L’ambiance est à la plénitude, aux longues harmonies douceâtres, aux développements contemplatifs. Il y manque parfois un peu de surprises. Il faut dire que la finesse des arrangements et la subtilité de l’écriture de cette musique intimiste se perdent un peu sur cette grande scène. A revoir en club pour en profiter pleinement.

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Voices de Nicolas Kummert (ts, voc) fait à nouveau monter le niveau. Contrairement au dernier concert que j’ai vu (à Bruges), celui-ci est peut-être un peu plus tendre et doux. Bien sûr, il y a toujours cette spirale ascendante qui nous emmène vers un climax fiévreux (« Folon », introduit magistralement à la guitare par Hervé Samb) ou des moments endiablés (« Affaires de Famille »). Et puis, il y a toujours un Alexi Tuomarilla (p) éblouissant et une rythmique d’enfer (Lionel Beuvens (dm) et Axel Gilain (cb) en remplacement de Nicolas Thys). Du top niveau.

C’est le tremplin idéal pour faire connaissance avec les amis de Baba Sissoko : Stéphane Galland et Boris Tchango aux drums, Reggie Washington à la basse électrique, Alexandre Cavalière au violon et de nouveau Nicolas Kummert au ténor et Hervé Samb à la guitare.

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Avec deux batteurs, le ton est rapidement donné, ce sera festif (pouvait-on attendre autre chose de Baba Sissoko, d’ailleurs?). La place est maintenant totalement remplie et prête à danser. C’est parti pour une heure - et bien plus - d’énergie et de bonne humeur africaine. Baba fait parler son Tama et invite les autres musiciens à la conversation. Ça fuse dans tous les sens et chacun à droit à la parole. Hervé Samb est un des premier à plonger de plain-pied dans la transe. Avec une dextérité peu commune, le guitariste Sénégalais enflamme le chapiteau. Et puis, c’est une «battle» entre les deux batteurs, suivi d’un duel entre Baba et Stéphane Galland, puis entre Baba et Boris Tchango. Et la salle danse et se dandine de plus belle en reprenant en chœur les chants du griot. Que du bonheur !

Le temps d’aller saluer et féliciter ce petit monde et je me dirige vers le Botanique pour les deux derniers concerts à l’Orangerie.

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Belle découverte que celle du trio R&J. Clive Govinden (eb), Jerry Leonide (keyb) et Boris Tcahngo (dm) déballent un jazz qui rappelle parfois la fusion des années ’70 ou la musique de Mario Canonge. Après quelques morceaux sans trop de surprise, la température monte soudainement. Le trio injecte encore un peu plus de funk et de R&B. Yvan Bertrem en profite pour monter sur scène et entame une danse dont il a le secret. Mais bien vite, le service de sécurité (qui n’a rien compris à ce qui se passait) empoigne le danseur et le ramène dans le public. Heureusement, tout cela n’altèrera pas la bonne humeur ambiante. Hervé Samb, décidément partout ce soir, sera invité (sans se faire jeter par le service d’ordre, cette fois) à partager la scène. Brûlant !

Tout cela est parfait pour préparer le terrain au feu d’artifice final : Reggie Washington (eb), Gene Lake (dm) et Jef Lee Johnson (g).

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Nos trois hommes arrivent sur scène avec décontraction et simplicité. «First gig in my hometown», lâche Reggie. Ça en dit long sur son rapport avec sa ville d’adoption. Il y a quelque temps, il en témoignait dans So Jazz, sans aigreur, mais avec juste avec une petite pointe d’incompréhension. Mais ce n’est pas pour ça qu’il va rouler des mécaniques ce soir. Reggie est heureux d’être sur scène et de faire de la musique avec ses potes. Et c’est un vrai concert où le public et les musiciens apprennent à se connaître. Et c’est la musique qui les réunit. C’est blues. Du blues mâtiné de funk sensuel et de soul pure.

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Reggie déroule des lignes de basse avec une fluidité déconcertante. Elles se mêlent aux mélodies imprévisibles d’un Jef Lee Johnson, affalé dans son fauteuil. Gene Lake fait claquer ses drums. C’est sec et fin, vif et malin. Le mélange est détonnant et le trio fait monter la tension sans aucun artifice. Il nous prend par la main et nous emmène plus haut, toujours plus haut. Du grand art. Jef Lee Johnson joue à la limite du larsen avec finesse. Il raconte des histoires insensées avec ses doigts… et puis il chante, de cette voix grasse et fatiguée. L’alchimie entre ces trois artistes est unique. Avec eux, on passe par toutes les émotions. Absolument captivant.

Il paraît qu’un album est en préparation… Ça promet, ça promet…

Les saints du jazz étaient avec nous ce week-end.

A+

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

21/03/2011

Printemps, jazz et poésie. Nicolas Kummert Voices

 

Quatorzième rendez-vous du «Z Band» (chaque trimestre, une poignée d’irréductibles bloggeurs – voir la liste en bas d’article – écrivent sur un sujet commun et le mettent en ligne en quasi-simultanéité). Thème du jour: printemps, jazz et poésie.

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Nicolas Kummert Voices

Avec un tel nom - plutôt que «groupe» ou «quintet», par exemples - le projet de Nicolas Kummert en dit déjà long ses intentions. Il faut dire que le saxophoniste chante dans son instrument depuis quelque temps déjà, à la manière d’un Rahsaan Roland Kirk ou d’un Magic Malik.

Mais, cette fois-ci, l’objectif semble nettement plus défini.

Le projet «Voices» a vu le jour au Gaume Festival 2009, lorsque Jean-Pierre Bissot a offert une carte blanche à Nicolas Kummert. Tout heureux, celui-ci a rassemblé autour de lui quelques superbes musiciens. Hervé Samb (g), Nicolas Thys (b), Jozef Dumoulin (p) et Patrick Goraguer (dm) (remplacé, depuis, par Lionel Beuvens). Deux ans plus tard, «One», le disque, est sorti chez Prova Records et une belle tournée s’en est suivie.

Kummert aime mélanger les genres. On l’a vu dans des groupes de musiques ethniques, des groupes de rock ou aux côtés de DJ. Il aime les rythmes de la musique africaine, il aime le reggae, la pop, la chanson et le jazz bien sûr. Et il aime les voix.

Alors, sur le morceau qui ouvre l’album, dans un balancement ample et doux, tout le monde chante ou fredonne. «Petit Simon Millionnaire» nous emmène en douceur au pays de la poésie…

Car, il y a de la poésie. Beaucoup de poésie.

Nicolas Kummert adore Jacques Prévert. Et on l’imagine bien, se baladant avec son saxophone sous le bras, un livre de Prévert dans les mains et des «Paroles» dans la tête.

Mettre en musique les paroles de Prévert, voilà son rêve.

Seulement, les ayants droit ne l’entendent pas tout à fait de cette oreille. Qu’à cela ne tienne, Kummert rendra hommage à Prévert à sa façon, sans oublier de régler quelques comptes au passage. Empêché de reprendre les mots du «Grand Jacques», il en évoque l’esprit, remettant quelques pendules à l’heure avec «Affaires de Famille» (clin d’œil à «Familiale») et «Compagnons Des Mauvais Jours».

Il trempe une plume amère pour écrire puis déclamer et chanter, avec beaucoup de classe et de dignité, sa tristesse face à ce refus. C’est que, Nicolas Kummert compose bien, joue bien, chante bien et en plus - le bougre – il écrit bien.


Ceci n’est pas un texte de Prévert

Tel que j’aurais aimé vous le conter.

Sans s’intéresser à mon univers,

Sans même se donner la peine d’écouter,

La petite fille argentifère,

Les ayants droit m’en ont empêché.

Foutez la paix à mon grand père

Personne ne vous a rien demandé.

Repose en paix, grand-père Prévert,

Tes héritiers veillent au grain.

Tes poèmes restent dans leur verrière

Et tes paroles dans ton couffin.

Seules tes idées sortent de terre

Car une idée, ça ne vaut rien.

Car c’est bien d’une histoire de grains

Qu’il s’agit, vous vous en doutez.

Des petits grains tout ronds,

Hérités, pas gagnés.

Collectés, grappillés.

Pas mérités par ces dindons.

Surtout pas cultivés.

Collectés, grappillés.

Moi, dégoûté par cette trahison,

J’en ai massacré mon poulailler.

Compagnon des mauvais jours,

Je te souhaite une bonne nuit

Car aujourd’hui, c’est la basse-cour

Qui rançonne ton usufruit.

Comprend-moi bien vieux Jacques,

Ta casquette et ta pipe en bois,

Qu’ils en héritent, tes oisillons.

Mais tes poèmes, ils sont à moi

Ainsi qu’aux autres compagnons…

(© Nicolas Kummert – Compagnons des mauvais jours)


Rassurez-vous, tout cela se fait en douceur et en subtilité toute musicale. Après ces paroles fredonnées ou chantonnées, comme débarrassé d’un poids, le groupe fait place à la fête, laisse éclater le groove et chacun y va de son solo. Et je vous jure qu’on dodeline de la tête et qu’on bat du pied. Prévert aurait aimé.



 

Mais «Voices» n’est pas centré uniquement sur le célèbre poète français.

Outre quelques compositions originales (dont le très beau «Mourir Vivant»), on y retrouve aussi  un «Monk’s Dream» étonnant: en version reggae! Le sax sonne, ondule, cri parfois et c’est irrésistible.

Puis, Hervé Samb fait sonner sa guitare à la manière d’un n’goni sur «Folon» de Salif Keita, tandis que Nicolas Thys et Lionel Beuvens assurent comme de fous une rythmique endiablée.

De «Close To You» (cette douce sucrerie pop que Burt Bacharach a écrit pour les Carpenters), Kummert en fait un bouquet de fleurs. C’est plein de finesse et de tendresse primesautière. D’abord une intro à la boîte à musique, puis un chant délicat… et la magie opère. Les échappées brillantes et fraîches de Jozef Dumoulin, qu’on a tellement l’habitude d’entendre au Fender Rhodes, rappellent ici qu’il est aussi un très grand pianiste.

«Voices» a tourné pas mal en Belgique, autant en Wallonie, à Bruxelles, qu’en Flandre, (histoire de tordre le cou à nos absurdes problèmes communautaires) avec Alexi Tuomarila au piano. Pur plaisir qui, je l’espère, se renouvellera et débordera même hors de nos frontières, parce que  «Voices» s’écoute et se réécoute avec bonheur. Comme une poésie de printemps.

 

A+

 

Les autres poètes du Z Band :

Ptilou’s Blog

Belette et Jazz

Jazz Frisson

Jazz O Centre

Flux Jazz

Dorham's posterous

MysterioJazz

 

14/01/2011

A Kind Of Mess Trio - Sounds

 

Jeudi 30 décembre, Mess Trio au Sounds… ou plutôt A Kind Of Mess Trio

Mess Trio c’est le groupe du batteur Didier Van Uytvanck, avec Cédric Raymond à la contrebasse et Fred Delplancq au sax. Ils se sont encontrés au Chat-pitre. Ou, du moins, c’est là qu’ils ont décidé, après quelques jams, de former le groupe.

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Ce soir, au Sounds, Fred n’est pas là. Et le trio ne jouera donc pas son “jeune” répertoire. Et puisque c’est comme ça, Cedric Raymond a plutôt envie de jouer du piano que de la contrebasse. Alors, on a redistribué les rôles, on a invité Boris Scmidt à la contrebasse et Nicolas Kummert au sax... on aurait pu tirer de plus mauvaises cartes!

Et ce soir, veille du réveillon de nouvel an, on a décidé de se faire plaisir… differement.

On revoit quelques standards (“In A Sentimental Mood” , “It Could Happend To You”) avec lesquels on prend toutes les libertés. Et rapidement, Nicolas Kummert s’enflamme, propulse et lance Cedric Raymond. Celui-ci n’en demande pas tant. Dans son jeu, on perçoit les effluves d’un Thelonious Monk, une pointe d’accent à la Oscar Peterson et même des éclats à la Junior Mance. Cédric Raymond, c’est plein de surprises, d’accidents et de clins d’œil. “Cherokee” est totalement redessiné. Le thème s’esquive, se cache ou semble prendre la fuite. Boris Schmidt se fait lyrique, s’échappe, revient, passe la main à Didier Van Uytvanck. Un solo, rammassé, touffu, concis et jubilatoire… C’est très jazz, c’est très club.

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“The Days Of Wine And Roses” nous ramène à plus de douceur. Kummert enrobe le son, c’est presqu’un hommage à Getz. Je me surprends même de l’entendre jouer de la sorte, presque dans la tradition. Il y a tant de douceur, relevée par une pointe d’amertume. Et quand il introduit “All The Things You Are” de façon assez déconcertante - comme s’il était entré par la cuisine, plutôt que part la porte d’entrée - cela donne à nouveau des ailes à Cedric Raymond. Le thème est tellement démonté, tellement ouvert, qu’on se demande si c’est bien celui-là qu’on entend.

“Someday My Prince Will Come”. Kummert est amoureux. Ça s’entend dans la façon dont il joue, c’est lumineux, détaché, loin des clichés, légèrement bossa, totalement personnel.

Alors, pourquoi ne pas reprendre “Body And Soul” ? Au point où on en est. On est là pour s’amuser et à tourner sérieusement autour de thèmes éternels. Pas question, cependant, de manquer de respect. D’ailleurs, quand Cedric Raymond s’aventure à lâcher quelques citations, ce ne sont pas n’importe lesquelles: “Clair De Lune” de Debussy… la classe.

Le “vrai” groupe de Didier Van Uytvanck, avec leurs propres compositions, je l’entendrai une autre fois - le Mess Trio joue tous les jeudi au Sounds et on en reparlera, sans aucun doute.

 

A+

 

11/11/2010

Coup de cœur de dernière minute

 

C-Mine Jazz Festival (ex Motives Festival Genk).

 

J’aime beaucoup ce festival. J’essaie de m’y rendre chaque année. D’ailleurs, je n’ai raté que la toute première édition. J’essaierai encore d’y être cette fois-ci, malgré un emploi du temps plus que chargé… c’est pas gagné.

 

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Au programme: Geri Allen, Marilyn Mazur, Erik Truffaz, Hamid Drake, Portico Quartet, Nicolas Kummert, Dan Berglund ou encore Gianluca Petrella, pour ne citer que quelques noms.


Cette année, le festival a déménagé. Exit le Casino, welcome to the C-Mine, ancienne friche minière totalement réaménagée pour accueillir différentes disciplines artistiques et culturelles (concerts, expositions etc.). Un bien bel endroit qu’il me tarde de visiter. Autre changement également, le festival se déroule sur deux jours seulement… mais dans différentes salles qui permettent d’enchaîner les concerts sans perdre de temps et sans rien rater de ceux-ci…

 

Ce sera les 12 et 13 novembre... là, maintenant.


On y va ?

 

A+

 

18/09/2010

Mons en Jazz Festival

Petit passage à Mons vendredi 1er septembre pour assister à l’une des deux soirées de Mons en Jazz. Organisé par Aziz Derdouri, le festival a vu le jour en 2000 (en même temps que l’ouverture de son célèbre et regretté K.Fée qui a accueilli un nombre incalculable de jazzmen belges et étrangers). Après avoir épuisé diverses formules (dans les cafés de la ville, sous chapiteau, etc.), c’est désormais dans la petite salle Abel Dubois (où se trouvait jadis la RTBF) qu’Aziz organise l’événement. Si Mons en Jazz cherche encore un peu sa vitesse de croisière au niveau de l’affluence, sa programmation ne dévie pas de l’objectif initial. Elle se veut pointue sans pour autant être élitiste. Est-ce pour cette raison que le public se fait encore un peu trop timide? Il y a pourtant de quoi attiser la curiosité de tous. Ce week-end, il y avait une place pour le jazz de demain (Adrien Volant), une pour le jazz actuel (Voices de Nicolas Kummert, Hermia-Tassin quartet, Qu4tre, Jean-Louis Rassinfosse trio), une belle place pour le grand Hamid Drake et une autre pour saluer le renouveau du jazz british, (on connaissait Polar Bear, Neil Cowley ou encore Robert Mitchell, voici Get The Blessing, anciens musiciens de Portishead). Avouez que l’affiche était alléchante.

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C’est donc le tout jeune quartette d’Adrien Volant (tp) qui ouvre le bal. Voilà de la fraîcheur, de la passion et du talent comme on en redemande. Entouré des non moins prometteurs Guillaume Vierset (eg), Felix Zurstrassen (eb) et Antoine Pierre (dm), le jeune trompettiste semble avoir de l’ambition et déjà une belle idée du jazz qu’il compte explorer. Entre les reprises de John Scofield («I’ll Catch You») et de Freddie Hubbard («Dear John») il glisse quelques compositions originales («Lunatic», «Don’t Eat This Meat») dont l’orientation est assez claire: un dynamique mélange de post bop et de jazz moderne inspiré de la jeune scène new-yorkaise. Et l’envie de remettre l’énergie, le swing et le groove en avant est évidente. Si je vous dis que le phrasé d’Adrien Volant s’inspire autant de Roy Hargrove que de Ralph Alessi, vous imaginez encore mieux l’ambiance? Malgré leur jeune âge, le groupe est déjà bien soudé et l’on sent chez eux un véritable plaisir à jouer ensemble. Un quartette à suivre de très près.

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Deuxième groupe à monter sur scène, Voices de Nicolas Kummert.

J’avoue que, sur papier, le projet me laissait un peu dans l’expectative, mais sur scène, il ne me fallut pas longtemps pour être conquis. Du jazz, du blues, du reggae, du Monk, du Salif Keita, tout se mélange immédiatement avec justesse, intelligence, modernité, équilibre et créativité. On connaissait déjà l’approche bien particulière de Nicolas au sax (un mélange de souffle et de chant) qu’il accentue ici en  poussant l’idée encore plus loin, puisque, cette fois, il chante «vraiment». Ou plutôt, il déclame d’une voix chantante des poèmes de Prévert… ou pas. Hé oui, l’idée première était de reprendre des textes du poète et de les habiller de musique. Mais, apparemment, les ayants droits ont les idées bien plus étroites que l’auteur des «Feuilles mortes». Heureusement, au-delà de cette bisbille, l’hommage persiste et le résultat n’en est que plus beau.

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Entouré d’une solide brochette de jazzmen, Nicolas nous ballade dans un univers bigarré. C’est tantôt chaud, tantôt dépouillé, tantôt incisif, mais c’est toujours excitant. Nic Thys, à la contrebasse, rebondit sur les mots et donne de l’épaisseur au groove dans un jeu d’une étonnante souplesse. De l’autre côté de la scène, Hervé Samb éblouit par la palette incroyablement riche d’émotions qu’il arrive à faire jaillir de sa guitare. Il invente des sons d’une incroyable limpidité. Au blues, il mélange des rythmes africains, des phrases complexes ou des riffs tranchants tout en soutenant un groove lumineux. Alexi Tuomarilla alterne les notes cristallines et les harmonies lyriques dans un jeu brillant et efficace, tandis que Lionel Beuvens colore, de façon parfois subtile ou parfois intense, un ensemble d’une cohérence parfaite. Nicolas Kummert «Voices» est en tournée avec le JazzLab Series en ce moment, et vient de sortir son album chez Prova. Ne ratez rien de tout ça!

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Après un très court moment, la scène est prête pour accueillir l’événement de la soirée: Hamid Drake (dm, perc) et Pascquale Mirra (vib). Entre ces deux amis circule une énergie souterraine intense. En débutant le concert par «Guinea» de Don Cherry, le duo nous plonge rapidement dans une musique hypnotique et subjuguante. Elle est à la fois onirique et organique. Les deux musiciens jouent d’ailleurs pieds nus, sans doute pour mieux sentir les fluides et les vibrations qui traversent la terre… Entre rythmes et pulsions, entre corps et esprit, la communion est parfaite. Évoquant parfois l’esprit d’un Bobby Hutcherson chez Dolphy, Mirra va chercher au plus profond de lui des improvisations mélodiques d’une grande sensibilité. Drake et Mirra dialoguent avec une grâce incroyable. Ils étouffent les sons pour mieux les laisser éclater, resserrent les rythmes pour mieux les délier, dessinent des paysages abstrait pour mieux parler à notre imagination. Les frappes de Drake sont remplies d’histoires, de poésie, de douceur ou de fièvre.

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C’est encore plus flagrant lorsqu’il se met au Bendir. Les deux musiciens sont alors au service de la musique et même, osons le dire, de l’humanité. Leur complicité est aussi forte que leur amitié, et cela se ressent dans leur musique. Moment magique et concert absolument magnifique.

On aurait bien voulu en entendre plus, mais, festival oblige, il faut laisser la place au dernier groupe de la soirée: Qu4tre.

 

Qu4atre, c’est Jacques Pili (eb), Marco Locurcio (eg), Nicolas Kummert (ts) et Lionel Beuvens (dm) - qui remplaçait ce soir l’habituel Teun Verbruggen.

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Ici, les influences rock et pop sont indéniables. On joue d’abord les boucles sombres et évolutives qui rappellent parfois le groupe Morphine et puis on trace sur des morceaux plus «carrés» et efficaces. Parfois aussi, on s’aventure dans le plus sophistiqué (avec «Balthazar», par exemple). Locurcio se fend de riffs qui peuvent rappeler ceux de John Fusciante mais s’évade aussi parfois sur le territoire d’un  Clapton ou d’un Ry Cooder. Jacques Pili, fait gronder une basse solide et agile, Lionel Beuvens maintient la pression et Nicolas Kummert se faufile à travers tout. Qu4tre est efficace et nerveux, il n’y manque plus - peut-être - que la notion de show scénique, histoire d’aller jusqu’au bout de l’idée.

 

Rendez-vous l’année prochaine à Mons ?

 

 

A+

 

27/03/2010

Bender Banjax au Roskam

J’avais déjà vu Bender Banjax à Dinant l’été dernier. Le jeune groupe était invité par le festival mosan car il avait remporté, l’année précédente, la compétition organisée simultanément par les deux festivals (Gent Jazz Festival et Dinant Jazz Nights) : Jeunes Talents du Jazz. À l’époque du concours (en 2008), Erik Bogaerts (ts) et Christian Mendoza (p) étaient accompagnés (si mes souvenirs sont bons) par Yannick Peeters (cb) et Lionel Beuvens (dm). Depuis, c’est Axel Gilain qui a pris la contrebasse et Stijn Cools, les baguettes.

Ce dimanche 14 mars au soir, ils étaient au Roskam.

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Pas de piano pour Mendoza, mais un Fender Rhodes. Cela change un peu le son du groupe sans, cependant, en altérer la personnalité ni l’esprit.

Bender Banjax propose un mélange de groove soutenus, d’exploration d’espaces et d’improvisations tendues. La musique, souvent enflammée, est toujours en mouvement et l’énergie, subtilement canalisée, circule avec fluidité.

Au Rhodes, donc, Mendoza lorgne sans doute un peu du côté d’Hancock. Ses interventions sont souvent harmonieuses et pleines d’inventions. Il évite toujours les routes trop évidentes et ouvre souvent des portes qui permettent aux autres musiciens de rebondir sur de nouvelles idées. Un ostinato évolutif et bouillonnant qui conduit à un dénouement explosif ; des intonations plus «soul» qui font pencher le groupe, le temps d’un morceau, dans un esprit «blaxploitation» ; des instants plus «lyriques» qui rappellent un parfum de Milonga… le jeu de Mendoza est assez étendu et toujours jubilatoire.

Le drumming de Stjn Cools est soutenu et déterminé. Souple, précis et toujours groovy. Cela permet certainement aux solistes de s’évader plus facilement. Et Erik Bogaert ne s’en prive pas. Son jeu est parfois dru et incandescent, mais il garde le sens de la narration. Et puis, ce soir, Bender Banjax a invité Nicolas Kummert (ts), histoire d’ajouter un supplément d’épice à leur musique déjà bien relevée. Avec son style particulier, mélangeant chants, cris, succions et souffle, celui-ci trouve sa place sans aucune difficulté.

Bien sûr, il ne faut pas oublier Axel Gilain, fougueux sur les cordes de sa contrebasse. Il les tire pour les faire claquer, les caresse pour les faire chanter. Son jeu est foisonnant et touffu.  Il s’immisce partout, relance, pousse, excite ou calme les ardeurs. Sa présence est indispensable.

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Bender Banjax est très convaincant, solide et soudé. On sent la connivence entre cette bande de copains et leur volonté d’exprimer un jazz moderne, frais et accessible, qui laisse beaucoup de place à l’improvisation. Et quand tout cela est aussi inspiré et intelligemment agencé, on peut s’attendre encore à de futurs bons moments. À tenir à l’œil et à l’oreille... bien entendu.

 

A+

 

21/07/2009

Brussels Jazz Marathon 2008... (Never too late...)

Mon Jazz Marathon, c’était aussi le concert du vendredi soir (le 29) sur la Grand Place de «The Groove Thing» avec Jef Neve (Orgue Hammond), Nicolas Kummert (ts), Lieven Venken (dm) et Nic Thys (eb).

Je les avais vu l’année dernière lors du même Jazz Marathon (Place Ste Catherine) et j’avais manqué leur enregistrement «live» à l’AB en avril. On attend le disque avec impatience, même si c’est assurément sur scène qu’il faut profiter de ce moment de bonheur. Car cette énergie débordante et ces groove font un bien fou.

Ce soir, The Groove Thing n’a pas failli à sa réputation malgré un son un peu moyen qui étouffait un peu cette explosivité.
Car sur scène, nos quatre jazzmen se dépensent sans compter.

Jef est intenable à l’orgue, il se lève, se déhanche, grimace et s’évade dans des solos démentiels.
Et il est soutenu par une sacrée rythmique: Nic Thys, impérial dans la «pulse» - qui intervient également dans des solos d’une musicalité et d’une puissance fabuleuses - et Lieven Venken, frappe sèche et sûre, toujours prêt à sauter dans le bon wagon.

Et puis, il y a Nicolas Kummert qui fait hurler son sax entre deux hoquets et éclats de voix. Il chante de plus en plus dans son sax (un peu comme le faisait Roland Kirk) et donne ainsi une couleur toute personnelle à son jeu. 

Vivifiant.

Trop crevé toutefois pour aller écouter Egon. Ce sera pour la prochaine fois, car, ici aussi, c’est un groupe qu’il faut absolument tenir à l’oreille !


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Le samedi (30) après le concours des jeunes talents, je reste sur la place Fernand Cocq pour écouter Greg Lamy (eg).
Je n’avais plus entendu ce quartette depuis pas mal de temps et je dois dire qu’il gagne en cohésion et en force.
Le groupe (Gautier Laurent, cb - Jean-Marc Robin, dm - Johannes Müller, ts) a pas mal tourné ces derniers temps et cela s’entend.
Il vient même d’enregistrer (à Cologne) un album qui devrait sortir début septembre. Il faudra y être attentif, car avec ce que le quartette nous a montré sur scène, on ne peut qu’espérer le meilleur.

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Le saxophoniste allemand Johannes Müller n’est sans nul doute pas étranger à cette réussite. Un jeu musclé et souple à la fois, des solos riches, un son gras et fort. Un son ample, à la manière de ces bons vieux hard boppers, qu’il contamine d’accents bien modernes.

Pour l’occasion, le quartette invite Brenda Mada, une toute jeune chanteuse de 12 ans éblouissante de maturité.
Elle vous scatte Ella avec une facilité déconcertante.
Le plus étonnant pour son age est, au-delà d’une présence merveilleuse, une voix extraordinaire.
Prions pour qu’elle garde cette fraîcheur et cette spontanéité le plus longtemps possible, cela fera d’elle une superbe et grande chanteuse de jazz.

Le dimanche (31) après-midi, l’affiche concoctée par les Lundis d’Hortense était très alléchante.


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Take The Duck d’abord, toujours aussi énergique et sans compromis.
Entre Daniel Noesig (tp) et Toine Thys (ts) l’entente est évidente et nos deux soufflants sont soutenus (propulsés ?) par un  Robert Jukic (cb) plein de ferveur et un Sean Carpio (dm - vu avec Mikkel Ploug) au jeu claquant.
Ajoutez à cela l’inimitable sens de la communication et de la dérision de Toine et votre bonheur est total.
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C’est ensuite au tour du toujours fantastique Trio Grande de faire danser la Grand Place noire de monde, au son de leur jazz très festif.
Et ce n’est pas les quelques problèmes de son qui empêcheront leurs délires.


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On reste dans le «dansant» avec Charlier-Sourisse.
Avec eux (Benoît Sourisse à l’orgue Hammond, André Charlier aux drums, Pierre Perchaud à la guitare et au banjo et Emile Parisien au sax) on traverse une bonne partie de la Nouvelle-Orléans.
On passe en revue les fabuleux thèmes («At The Junk Joint», «Trompe-Oreille», «Celebration Station», «Congo Square» et d’autres) de leurs deux derniers albums («Eleven Blues» et «Heritage»).
Un groove d’enfer, un jeu explosif, un enthousiasme débordant, comment ne pas aimer le jazz après ça ?
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Et pour finir ce marathon dans un tout autre style: Darwin Case.
Jazz électrique et électro.
La bande à Xavier Rogé donne dans le gros son et la puissance.
Sur le fond de la scène sont projetés les dessins (improvisés en temps réel) de Sébastien Lucas. Ceux-ci accompagnent la musique très tendue et souvent très ouverte du quartette.
Spectacle total.
Rogé impose son drumming tellurique et polyrythmique sur lequel Alexandre Cavalière déchire des accords et des phrases improbables sur son violon plus électrique que jamais. Les claviers des Benoît Caudron et la basse électrique de Jean-Luc Lehr (en remplacement d’Olivier Stalon) font le reste.
Explosif !
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Mais, l’heure, c’est l’heure et il faut arrêter la fête.
Déçu, Cavalière restera encore longtemps sur scène, prostré et muet alors que le public en redemandait encore.

L’année prochaine, on ne pourrait pas éteindre les lumières un tout petit peu plus tard ?

A+

14/03/2009

Pierre de Surgères et les Anacoluthes - Sounds

Après le concert d’Octurn au KVS, j’arrive au Sounds pour écouter le deuxième set de Pierre de Surgères et ses Anacoluthes.

Je ne savais franchement pas à quoi m’attendre même si le mot «anacoluthe» aurait dû me mettre sur la voie.

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(L’anacoluthe n’est pas qu’une insulte du Capitaine Haddock, c’est aussi et avant tout une rupture syntaxique, une sorte de mélange de phrases, qui la rend parfois complexe mais qui ajoute au style.)

Et Pierre de Surgères s’est mis dans la tête de jouer avec la grammaire jazzique.

Il propose donc une musique qui demande autant d’attention de la part du public que de la part des musiciens.

Nicolas Kummert au sax, Pierre Bernard à la flûte, Boris Schmidt à la contrebasse et Teun Verbruggen à la batterie: autant d’excellents musiciens capables de faire vivre ce jazz complexe avec beaucoup d’émotion et d’intensité.
Pas facile pourtant, quand on sait que le groupe s’est formé très récemment et qu’il a peu répété.
Mais c’est ça aussi la magie du jazz…
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Capable d’une délicatesse extrême, qu’il délaisse un peu ce soir, Pierre de Surgères insiste souvent sur les motifs harmoniques, souligne fortement les contrastes, accentue les dissonances, joue souvent rubato.
Il brouille les pistes.
Il joue aussi la jachère ou la terre brûlée. Il abandonne ce qu’il a initié laissant le soin aux autres de reconstruire en toute liberté.

Pierre Bernard, à la flûte, apporte une couleur parfois en rupture avec l’ensemble. Une rupture qui donne du relief et qui ajoute un supplément d’émoi.

À ses côtés, Nicolas Kummert tranche les thèmes autant qu’il les adoucit.
Il est toujours sur le fil, toujours prêt à rebondir, à renforcer un point de vue… ou à prendre le contre-pied.
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Boris Schmidt, à la contrebasse, soutient l’ensemble, retient, replace, prend de l’avance, s’enfuit et revient.
Teun Verbruggen, lui, est dans son élément.
Il sculpte les tempos, brise les rythmes, façonne les phrases… une fois à l’endroit, une fois à l’envers.

Et le plus incroyable, c’est que tout cela tient debout.
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La musique est complexe («Paloma», «Nautilus») et parfois énigmatique (on pense de temps en temps au travail d’un Tim Berne, par exemple), mais elle sait aussi se faire plus accessible («Neige») qui rappelle un peu plus le lyrisme particulier d’un John Taylor, peut-être.

Pas toujours simple donc, mais toujours intéressante, la musique de Surgères sait nous titiller, nous provoquer et nous pousser à réfléchir – comme le pianiste le fait avec ses musiciens – sur les structures, les sons, le sens et les histoires qui en découlent…

Les Anacoluthes portent décidemment bien leur nom.

A+

15/02/2009

Hommage à Pierre van Dormael au Théâtre Marni

Rattrapons le temps perdu ! (Premier épisode)

Mercredi 28 janvier avait lieu le deuxième hommage des jazzmen à Pierre Van Doermal.
Cette fois-ci, cela se passait au Théâtre Marni.
Comme au Sounds précédemment, l’endroit était archi plein et une grosse partie du public n’avait plus trouvé que les marches des gradins pour s’asseoir.
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Premier groupe sur scène: Octurn, qui nous rappelle sa collaboration avec Pierre en 2006 avec «North Country Suite». Travail basé sur la musique de Bob Dylan (plus précisément «Girl From The North Country» de l’album «Nashville Skyline»)

La musique parfois complexe de Pierre est d’une intensité rare.
Si elle semble parfois s’envoler dans toutes les directions c’est sans doute pour mieux s’enchevêtrer. Les lignes mélodiques et harmoniques se développent, se nouent, se libèrent.

Et jouée par Octurn, la musique garde toujours cette pulsion et cette tension sans faille.

Ce soir, Guillaume Orti est, une fois de plus, éblouissant dans ses interventions.
Tout comme Bo Van Der Werf, distribuant un jeu fluide et fiévreux.
Chander Sardjoe passe allègrement de la polyrythmie à un jeu délicat aux balais ou à celui, très nerveux, de la jungle.
Laurent Blondiau, Jozef Dumoulin, Fabian Fiorini, Nic Thys et Jean-Luc Lehr alimentent tout au long de la prestation un flux rythmique riche et puissant.

Nicolas Fiszman et Kevin Mulligan viennent ensuite interpréter «Love Me Always» dans un esprit blues-folk.
La voix de Mulligan est toujours aussi profonde et chaude.
Fiszman s’accompagne d’une belle et étrange guitare au son grave (il s’agit d’une guitare baryton - entre la guitare et la basse - (accordée en «si») comme me l’apprendra bien plus tard Nicolas lui-même).
Moment sensible, un peu trop court, d’une extrême poésie.
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La poésie est à nouveau au rendez-vous avec Hervé Samb, Lara Roseel (b) et David Broeders (dm) qui avaient accompagné Pierre lors de ses derniers concerts (notamment au Gent Jazz l’été dernier).
Mélange subtil de douceur et d’âpreté.
De gaîté et d’affliction. De soleil et de fraîcheur.
Le jeu de Samb est lumineux, précis et sans esbroufe.
Et celui de Broeders à la batterie est délicat et plein de finesse.

Même si Pierre n’est plus là, il serait bien que cet ex-quartette continue à répandre sa musique ou, pourquoi pas, à continuer à creuser dans cette veine.

Après le break, Vivaces entame le deuxième set.
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Anne Wolf et Kris Defoort au piano, Nicolas Kummert, Bo Van Der Werf et Manu Hermia aux saxophones, Stéphane Galland et Michel Seba aux percus, Hervé Samb à la guitare et… Nicolas Lherbette (edit. Merci Christine) à la basse électrique.
«Rue 6», «Estelle sous les étoiles» et «Otti 1er» résonnent de belle façon.
Toujours bouillonnante et pleine d’énergie, toujours prête à changer de couleurs et de rythmes la musique nous balade sur le fil de nos émotions.
On ne s’ennuie pas une seule minute.

Avant d’accueillir Aka Moon, Philippe Decock interprète
en solo au piano la musique du prochain film de Jaco Van Dormael, «Mr Nobody», écrite par Pierre.
Un esprit classique, entre Debussy et Satie, entre Ludovico Enaudi et Michael Nyman.

Et puis, c’est Aka Moon, ou plutôt… Nasa Na ?
En effet, au trio s’est ajoutée Bette Crijns (Atatchin), jouant dans un style proche de celui de Pierre (elle fut son élève aussi). Impressionnant.
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Aka Moon est en forme. Tempos flottants, entente parfaite, débauche d’énergie contrôlée… On est subjugué.

On est subjugué aussi par le jeu de Stéphane Galland.
Il alterne le jeu sec et droit à celui du rubato et de la polyrythmie.
Il invente sans cesse.
Michel Hatzi et Fabrizio Cassol en profitent.
David Linx les rejoint pour un morceau mi-scatté, mi-chanté.
Ça vole haut.

Et pour le final, David Linx a invité une belle brochette de jeunes chanteurs (avec qui il travaille au conservatoire) pour un «The Art Of Love» a cappella extrêmement émouvant.
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Nul doute que la musique de Pierre Van Dormael continuera longtemps encore à influencer le jazz actuel.

Et d’ailleurs, rappelons que les recettes des entrées de ce concert ont été intégralement consacrées au financement de l’impression professionnelle de son livre «Four Principles to Understand Music».

Merci encore, Pierre.

A+

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
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C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
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Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
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Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
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On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
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Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+

14/06/2008

Jazz Marathon 2008 (Enfin!)

Et le Brussels Jazz Marathon, c’était comment ?

C’est vrai ça, avec toutes ces activités, je n’ai pas encore eu le temps de vous raconter mon parcours durant ces trois jours.
C’était les 23, 24 et 25 mai. Déjà !
Je vais essayer de rattraper le temps perdu.
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Vendredi soir, temps ensoleillé, direction Place Ste Catherine.
Je voulais absolument voir The Groove Thing, de Jef Neve et Nicolas Kummert.
Sur place, je rencontre toute la petite bande de Slang qui se prépare à jouer juste après.
Manu Hermia revenait d’une tournée en France avec Rajazz, visiblement satisfait.

Sur scène: The Groove Thing porte bien son nom, car, pour groover, ça groove.
Lieven Venken aux drums, Nic Thys à la basse électrique et devant, Nicolas Kummert au sax incandescent et Jef Neve à l’orgue Hammond bouillonnant.
C’est roots en plein ! Entre soul, bop et r&b…  Jamais un gimmick pop vulgaire ou racoleur comme on peut parfois en entendre avec certaines formations qui surfent sur la vague revival.
Ici, ça joue vrai.
On est proche de Lonnie Smith, Jack Mc Duff ou de Jimmy Smith.
Kummert rappelle parfois un Rashaan Roland Kirk lorsqu’il «délire», souffle, respire, parle ou chante dans son ténor. Il y ajoute de temps en temps des effets de disto. C’est chaud et c’est sexy, et ses duels avec Jef (intenable) sont étincelants.
À retenir, à revoir… à suivre !
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Après une courte pause, Slang investit la scène (qu’ils ont décoré de jolies fleurs) et déverse un gros son: énergique et puissant. On connaît la formule, mais on reste ébahi devant une telle vitalité.
Michel Seba est monstrueux aux percus lorsqu’il entre en transe. François Garny, à la basse électrique, assène des tempos saignants. Manu Hermia, au sax et à la flûte, se démène comme un diable dans ce tourbillon de musiques africaines, indiennes, arabes, rock ou reggae. La foule s’est agglutinée au-devant du podium. Elle ondule, bouge, saute et danse aux rythmes des impros parfois énergiques, parfois hypnotiques.

Une fois ce concert terminé: direction le Walvis, au bout de la rue Antoine Dansaert.
Je voulais absolument écouter le groupe du batteur (que je croyais Néerlandais, mais qui, en fait, est Anversois) Yvan Van Nistelrooy.
Hard bop ou post bop, avec une tendance à aller parfois vers le free-bop. On frise même parfois le jazz rock avec les interventions de Peter Verhelst à la guitare électrique.

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Devant, l’excellent trompettiste Iwan Cotton (qui joue un peu dans l’esprit de Dave Douglas) échange des phrases fiévreuses avec Roel Van Hoek à l’alto.
Toutes les compos sont de Van Nistelrooy, et l’on sent chez lui les inspirations de Miles (période électrique), Coltrane, Philly Joe Jones, mais aussi de Hamid Drake. Bref un large spectre d’influences.

J’arrête là ou je continue ?
Je rentre, ou je ne rentre pas tout de suite?
Allez, un petit saut à l’autre bout de la ville: le Sounds.

Chouette ! Je trouve facilement une place pour me garer.
Chouette ! C’est le break et je peux me faufiler assez près de la scène du club archi-bondé pour voir le quintette de Rosario Giuliani.

Et là, je n’ai pas regretté le voyage !
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Exceptionnel.
Il est plus d’une heure trente du matin et  Rosario Giuliani, Falvio Boltro, Dado Moroni, Luca Bulgarelli  et Benjamin Henocq jouent avec une fougue, une vigueur et une lucidité hallucinantes.

Le grand Dado Moroni, qui soulève même le piano avec ses longues jambes, fait vibrer l’instrument comme un fou. Boltro joue toutes les couleurs de la gamme. Gras, aigu, souple, sec, en rafale ou en longues notes, il répond et renchéri aux assauts de l’infatigable Giuliani.
L’un comme l’autre ne veut pas abandonner. Chacun veut avoir le dernier mot.
Dans cette lutte fratricide, Henocq imprime un rythme tranchant, d’une justesse et d’une précision diaboliques. On atteint des sommets !
Bien sûr, on joue beaucoup de notes, énormément de notes, mais aucune n’est inutile.
Quel esprit «jazz», quelle débauche d’énergie. Ça joue et ça s’amuse.
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«That’s jazz ! Real Jazz!»
C’est ce que l’on se dit sur le trottoir après le concert avec Erik Vermeulen, Nicolas Kummert, Mélanie De Biasio, Alexis Tuomarilia et d’autres encore…

Samedi, rendez-vous sur la place Fernand Coq pour le concours «XL Jazz Jeunes Talents». Comme l’année dernière, je me retrouve dans ce sympathique jury, avec Jan De Haas, Fabien Degryse, Pirly Zurstrassen, Jacobien Tamsma, Etienne Richard et Henri Greindl.

Le batteur Guillaume Palomba et son quartette ouvrent les «hostilités».
Ce sera un spécial Monk. C’est déjà une preuve de très bon goût. «Eronel», «Criss Cross» ou encore «Ugly Beauty» se succèdent. Malgré de belles interventions du guitariste, Simon Martineau, le groupe ne se lâche pas vraiment et cela reste un peu académique.

Egon, le deuxième groupe, drivé par Louis Favre (batteur également), développe un jazz très rock… voire du rock très jazz. Les plages atmosphériques, mâtinées d’électro (Joachim Searens), succèdent à des moments plus vifs et accrocheurs. Steven Delannoye (as) et l’excellent guitariste Simon Witvrouw font rapidement monter la pression. On sent une belle cohésion et une belle personnalité poindre dans cet ensemble qui fera sans doute encore parler de lui.

Mais le gagnant, car il faut un gagnant, sera Bansuri Collective (ou Collectif… on ne sait plus). Cette fois-ci, le leader est contrebassiste: Ruis Salgado. Il est l’auteur de presque tous les titres. Il mélange subtilement les genres, allant du swing au groove très actuel. Les mélodies sont sinueuses, parfois complexes, mais toujours lumineuses. Il faut signaler le drumming singulier de Frederik Meulyzer, qui recevra d’ailleurs, et à sa grande surprise, le prix du meilleur «soliste».

Je ne m’attarde pas pour écouter le trop caricatural groupe The Dominos et je préfère pousser une pointe jusqu’à Flagey pour écouter Andreu Martinez, toujours aussi punchy, et aussi le trio de Nathalie Loriers.
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Quel bonheur de la revoir dans cette formation.

Avec Philippe Aerts (cb) et Joost Van Schaik on retrouve le jeu à la fois lyrique, tendre mais aussi très affirmé de Nathalie.
Au programme un «Someday My Prince Will Come» aux arrangements assez surprenants, un «Forward» très swinguant, un «Walking Trough Walls» dépouillé et nocturne (des inflexions qui rappellent parfois Petrucciani?), un «Mémoire d’O» enlevé, ou encore un sensuel «Ligne Calire», au tempo moyen, dans un esprit assez Jamalien.
Que du bonheur.
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Sous la pluie (ben oui, sinon, ce ne serait pas vraiment le Brussels Jazz Marathon), je remonte vers le Théâtre Marni pour prendre une Orval et une petite dose de The Groove Thing.
Gros succès.
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Puis je rejoins le Sounds, toujours comble, pour profiter encore du quintette de Giuliani.
C’est toujours aussi impressionnant.

Dimanche après-midi, sur la Grand Place, il faut chaud et ensoleillé.
Dingue !
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Jacques Piroton, guitariste dont on sous-estime trop souvent l’immense talent présentait son nouveau quartette.
On connaît l’affection de Jacques pour le jazz rock à la Bill Frisell, Jimi Hendrix ou même Scofield.
C’est tout ça que l’on retrouve, mais travaillé à la sauce Piroton: des riffs tranchants, des solos précis et agiles et des envolées explosives. Jan De Haas à la batterie, Benoit Vanderstraeten en soutien efficace à la basse électrique et surtout un sensationnel Fabrice Alleman à la clarinette et clarinette basse terminent de nous convaincre.
Voilà un mélange peu commun et un résultat qui vaut vraiment le coup d’oreille.
Piroton va enregistrer cet été en… acoustique ! Très curieux d’entendre ça.
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VVG Trio, à savoir Bruno Vansina (as), Teun Verbruggen (dm) et Gulli Gudmundsson (cb) avaient invité Magic Malik et Nelson Verras à venir jouer avec eux.

Peut-être plus à l’aise en salle, où le groupe peut installer plus aisément ses climats étranges, le quintette nous a quand même montré une belle palette de thèmes riches et parfois complexes («Tokio Quantize», «Moon Under» ou encore «In Orbit»).

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Pour finir cet intense week-end de jazz : le Brussels Jazz Orchestra sous la direction de Michel Herr.
Deux longs sets efficaces, swinguants et éclatants.
Les riches compositions du pianiste belge («Song For Lucy», «Bad Fever», «New Pages», etc.) sont servies avec panache par le Big Band.

Haaaaa… l’ostinato de Nathalie Loriers, ou les solos de Pierre Drevet (bugle) et de Kurt Van Herck (as)  sur «Song For Micheline», ce rythme galopant sur «Extreme», la guitare de Peter Hertmans, les interventions de Bart Defoort ou Frank Vaganée sur «New Era»…
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Le BJO n’a plus rien à prouver et l’on aurait pu le laisser jouer un peu plus longtemps encore, mais les règlements stricts de police ne sont pas toujours compatibles s avec l’esprit de fête du Jazz Marathon.
Une petite heure de plus l’année prochaine… Hum ?


A+