19/06/2014

Nicola Lancerotti Quartet - au Sounds

J’aurais déjà dû vous parler du groupe de Nicola Lancerotti il y a plus d’un an, lors de la sortie de son album Skin.

C’était à Gand. Au Hot Club. Superbe ambiance, excellent concert.

J’avais noté toutes mes sensations dans mon petit carnet noir. J’avais même pris note de la set-list. Et… j’ai tout perdu, quelques jours plus tard, lors d’un voyage à Paris…

skin,sounds,jordi grognard,daniele martini,nelide bandello,nicola lancerotti

Et puis, j’aurais dû vous parler de l’album lui-même qui, en plus d’être musicalement très bon, est un objet très original. (Il est paru chez Den Records - qui publie des artistes comme Mats Gustafsson, Ken Vandermark ou Paal Nilssen Love, entre autres - dont les pochettes sont de véritables leçons de pliages).

Skin, le bien nommé, vous colle à la peau dès la première écoute. Mieux, il vous pénètre insidieusement.

Alors, ce jeudi 12 juin, au Sounds, j’ai bien pris note et bien fait attention à ne pas perdre mon petit carnet noir. Et j’ai retrouvé la magie du concert de Gand.

Comme sur le disque, la musique vous prend en douceur. D’abord par une intro laconique de Nicola Lancerotti à la contrebasse qui emmène les deux saxes ténors (Jordi Grognard et Daniele Martini) dans un lancinant «T.T.F.K.A.C.», puis par un thème de Sam Rivers («Ellipse») qui swingue sans avoir l’air d’y toucher.

skin,sounds,jordi grognard,daniele martini,nelide bandello,nicola lancerotti

Les deux saxes, aux caractères pourtant bien différents, jouent à l’unisson tandis que Nelide Bandello, dans un drumming étouffé et velouté, fait clinquer sourdement les cymbales. Tout se joue à l’écoute.

C’est là qu’on se dit que le groupe possède une vraie personnalité et que la réussite de cette musique est due, en grande partie, aussi à son casting. Il est difficile, en effet, d’imaginer d’autres musiciens à leurs places. Non seulement ils se connaissent très bien, mais ils ont bâti cette musique en commun et la vivent ensemble.

C’est d’autant plus évident sur «Fra Scilla E Cariddi», thème ultra intimiste en tempo lent, dans lequel la clarinette basse de Grognard et le soprano de Martini serpentent sensuellement autour des lamentations de la contrebasse. Tout s’invente sur l’instant. Tout se joue à la confiance, au feeling.

Cette musique ne ment pas et ne peut que vous toucher.

skin,sounds,jordi grognard,daniele martini,nelide bandello,nicola lancerotti

Alors, le groupe en profite pour jouer avec nos sentiments et nous jette un «Taiwan 2» musclé façon Ornette Coleman ou Hamid Drake, puis un «Faking East» swinguant salement comme un morceau de Mingus ou de Charles Tolliver, et enfin un «La Quieta Prima Della Tempesta», déstructuré au début, qui vous balance de gauche à droite et qui se termine par un dialogue relevé entre Bandello et Martini.

Ce dernier possède un jeu plus «lié» et souple, tandis que Grognard est légèrement plus abrasif. Le drumming de Bandello, quant à lui, est plein de finesse.

skin,sounds,jordi grognard,daniele martini,nelide bandello,nicola lancerotti

Les compositions de Lancerotti bousculent les sens sans que l’on ne s’en rende compte. C’est un jazz malin, qui cherche, explore et va au fond des choses sans jamais devenir cérébral. Il y a de la chaleur, de la profondeur, une pointe de rudesse, un soupçon d’amertume. Beaucoup de légèreté. On y retrouve toujours une trame mélodique (évidente ou pas) qui vous attire et puis vous emmène.

Bref, c’est un jazz qui vous rentre par la peau, je vous dis…

Et puis, à partir de là…

 

 

 

A+

 

 

 

17/06/2014

Zola Quartet au Roskam - Et presque Veronika Harcsa à l'Archiduc.

Dimanche 8 juin, j’avais décidé de «faire» deux concerts.

Le premier, à l’Archiduc. On m’avait parlé de cette chanteuse hongroise à la voix de sirène, Veronika Harcsa. Elle jouait cet après-midi avec Tom Bourgeois (ts, bcl) et Florent Jeunieaux (g) sous le nom de Tó Trio. Le problème, c’est que je me suis trompé dans l’heure. Et je suis arrivé à la fin du concert…

C'est malin !

Je n’ai entendu que le dernier morceau (merveilleux) et tout le monde (car c’était plein à craqué) a bien pris soin de me faire regretter mon erreur. Veronika Harcsa, qui faisait un Erasmus d’un an à Bruxelles, s’est envolée pour Berlin où elle va y vivre… Mais elle m’a promis de revenir. J’attends déjà cela avec impatience.

archiduc,roskam,zola quartet,nicola lancerotti,didier van uytvanck,gonzalo rodriguez,mathieu robert,to trio,veronika harcsa,tom bourgeois,florent jeunieaux

Pour le second concert, Zola Quartet, pas de problème j’étais là bien à l’heure au Roskam.

Zola Quartet est le groupe de Gonzalo Rodriguez (g), qu’accompagnent Mathieu Robert (ss), Didier Van Uytvanck (dm) et Nicola Lancerotti (cb). Le groupe était passé à Jazz à Liège en mai de cette année. Mais je n’y étais pas.

Si la musique de Zola, chaude et vive, est souvent inspirée des rythmes flamenco («Patio» ou «Jaleo» par exemples), Gonzalo Rodriguez, auteur de la majorité des titres, n’en fait pas une caricature. Il ne force pas le trait, mais s’attache surtout à faire vivre ces rythmes dans un jazz contemporain.

Certains morceaux respirent les grands espaces, l’amplitude, le souffle. La plénitude. On pense un peu à Bill Frisell, dans la façon qu’a le guitariste espagnol à laisser parfois trainer des accords dans un sorte de fausse reverb. Gonzalo Rodriguez m’avouera pourtant ne pas avoir beaucoup écouter son condisciple américain.

archiduc,roskam,zola quartet,nicola lancerotti,didier van uytvanck,gonzalo rodriguez,mathieu robert,to trio,veronika harcsa,tom bourgeois,florent jeunieaux

Et puis, l’originalité du groupe, ce son particulier, réside aussi peut-être dans le jeu de Mathieu Robert au soprano. Un phrasé sinueux, chaud et parfois légèrement acide. Son solo sur «Bouncin» est assez incandescent, tout comme son intervention sur (?)«Tune 15».

Et la rythmique n’est pas en reste, la frappe de Didier Van Uytvanck est énergique à souhait et ses solos sont des plus efficaces, tandis que Nicola Lancerotti galope, soutient, pousse parfois, et ne laisse jamais rien trainer.

archiduc,roskam,zola quartet,nicola lancerotti,didier van uytvanck,gonzalo rodriguez,mathieu robert,to trio,veronika harcsa,tom bourgeois,florent jeunieaux

Si «Where We Go» est d’une nostalgie toute hispanique, «Matongué» s’inspire de rythmes africains. Mais, ici encore, le quartette évite de forcer le trait. Ce dernier titre évoque bien l’énergie de ce quartier de Bruxelles, mais raconte aussi ses mélanges, ses échanges, ses rires, son bruit… et sa nonchalance.

Le jazz de Zola Quartet est plutôt métissé et festif. C'est un jazz de plaisir. Et c’est bien agréable.

 

 

A+

 

 

03/05/2011

Kroon Trio - Opatuur Gent

Ils s’appellent Kroon Trio car ils répètent ensemble du côté de la Rue de la Couronne (Kroonstraat) à Bruxelles et parce qu’il fallait bien trouver un nom au groupe. Ils n’ont pas encore eu l’occasion de faire beaucoup de concerts ensemble. Le premier a eu lieu, un peu par hasard, au Murmure Café, près de la place Flagey il y a quelque temps déjà, puis il y a eu le CC Ten Weyngaert à Forest et le Hot Club à Gand et… c’est à peu près tout. Ils étaient au Opatuur à Gand, ce dimanche 20 mars.

J’étais curieux d’entendre le mélange de ces trois univers. On dit que la magie ne s’explique pas. Ça marche ou ça ne marche pas. Et entre ces trois-là - Eve Beuvens (p), Jordi Grognard (ts, bc, cl) et Nicola Lancerotti (b) - on peut dire que l’alchimie fonctionne.

kroon trio, opatuur, jordi grognard, eve beuvens, nicola lancerotti

Le public s’installe, dans le calme. Il y a une douceur qui règne.

Les trois musiciens montent sur scène. L’ambiance est plutôt méditative et la musique prend le temps d’évoluer et de construire des atmosphères. Ici, on suggère encore plus qu’on évoque. On flotte dans une esthétique à la ECM. La musique est intime, fragile, faite de respirations lentes.

On emprunte un peu à Purcell («If Music Be The Food Of Love») tout en effleurant une citation de «Caravan»… tout en douceur, tout en lenteur.

Puis, sur «La Quiete Prima Della Tempesta», ça s’ébroue et ça se ravive. La contrebasse s’enroule autour d’un long ostinato de piano, obsédant et récurant. Le sax s’envole, explore l’espace, sans le remplir totalement. Tout respire.

Et nous voilà arrivé chez Monk avec un «Evidence» à la grille éparpillée. Le trio déglingue intelligemment le morceau, évite l’imitation, s’éloigne de ce monument mais en garde tout l’esprit. La clarinette basse de Jordi Grognard accentue certaines phrases comme on sème des cailloux blancs sur un chemin pour donner quelques points de repère à ses compagnons et les inviter à le rejoindre. Mais une fois qu’ils y sont, il file ailleurs. À ce jeu, se dégage un swing lumineux, jamais trop présent, jamais trop appuyé.

À la fin de ce premier set, on a déjà pas mal voyagé et je suis assez surpris d’avoir entendu Eve Beuvens jouer de la sorte. C’est une facette de son jeu que je ne connaissais pas vraiment. Bien sûr elle garde tout son lyrisme, mais elle va beaucoup plus loin, dans un jeu autant affirmé que risqué. Elle joue vraiment avec le piano en bloquant ou en pinçant les cordes, elle déstructure les harmonies, laisse parler le silence, ponctue de façon originale.

kroon trio, opatuur, jordi grognard, eve beuvens, nicola lancerotti

Et en ce qui concerne Jordi Grognard, je m’attendais à un jeu beaucoup plus éclaté ou du moins plus «free». Ici, tout en gardant un jeu très ouvert, il caresse les mélodies, sculpte les harmonies… sans gentillesse ni préciosité, mais avec justesse. Parfois, cela me fait penser à John Surman (époque Road To St Ives) lorsqu’il monte dans les aigus sur sa clarinette basse. Quant à Nicola Lancerotti, très investi, lui aussi, dans cette matière sonore délicate, mystérieuse et lumineuse à la fois, il laisse parler les notes, laisse résonner les sons, les étire pour mieux les stopper.

À l’instar du travail fait sur «Evidence», Kroon Trio revisite aussi «Like Someone In Love» de façon bien personnelle. Ici aussi, on se rapproche d’un jeu de piste. Un peu comme dans ces dessins pour enfants où n’existent que quelques points qu’il faut relier pour découvrir le sujet. C’est ludique et intellectuel à la fois.

Et comme pour prendre, une fois de plus, tout le monde à contre-pied, Kroon Trio va rechercher un titre «un peu à part» dans l’œuvre d’Ornette Coleman pour terminer le concert: «Latin Genetics».

kroon trio, opatuur, jordi grognard, eve beuvens, nicola lancerotti

Sobre, délicat et fin, teinté de tensions et de variations subtiles, Kroon Trio est une belle aventure qui commence. La rencontre de ces trois musiciens semble évidente même si je pense qu’ils se surprennent eux-mêmes et découvrent ainsi des chemins plutôt inattendus. Tant mieux, car de toute façon, nous, on ne demande que ça et on attend la suite.

A+

19/06/2010

SymmEtrio au Sounds

Depuis le temps que je promettais à Mathieu De Wit (p), Nicola Lancerotti (cb) et Didier Van Uytvanck (dm) de venir écouter leur groupe SymmEtrio, je suis persuadé qu’ils n’y croyaient pratiquement plus. Mais je suis un homme de parole (vous en doutiez?) et j’ai finalement eu l’occasion d’honorer ma promesse le 4 juin au Sounds.

P1110255

Depuis près de cinq ans, ces trois jeunes jazzmen aiguisent leur répertoire entre standards et compositions personnelles. Plus que l’envie de révolutionner le genre, ils préfèrent sans doute s’inspirer des fondamentaux du jazz et de les relire à leur manière. Mais, ne vous y méprenez pas, SymmEtrio est bien de son époque et s’imprègne des courants actuels (la reprise de «Roads» de Portishead en est une preuve très convaincante). On décèle même parfois une esthétique à la Bad Plus.

P1110266

Le groupe entame le concert avec «Dienda» de Kenny Kirkland. Enlevé et foisonnant, le jeu de De Wit me fait irrémédiablement penser à Petrucciani, à la fois raffiné et fougueux. Il remettra ça dans le deuxième set sur une ballade, dont le nom m’échappe, qui mettra aussi en évidence les interventions très chantantes de Lancerotti à la contrebasse.

«Empathy» est légèrement plus torturé et oscille entre brillance et élégie, «Walk Before Dawn» évolue et serpente au gré d’ondulations orientales tandis que la reprise de «Leaving», de Richie Beirach, est de toute beauté.

P1110229
Le groupe est bien soudé, s’écoute et s’offre de beaux espaces à l’improvisation. Les interventions de Van Uytvanck sont cependant assez brèves, de même que celles de Lancerotti. Le groupe préfère façonner la mélodie et broder une harmonie d’ensemble. SymmEtrio ajoute à cela une subtilité parfois evansienne ou un romantisme à la française, tendance Debussy ou Ravel. Bien que tout soit souvent swinguant, j’aurais peut-être voulu entendre un morceau nettement plus explosif, histoire que le groupe se lâche complètement ou fasse monter la tension d’une autre manière… Ceci dit, le concert passe très vite et l’on ne s’ennuie pas une seconde. Les trois sets sont emmenés avec entrain, efficacité et bonne humeur. Et la soirée, fort agréable, se terminera d’ailleurs bien plus tard que prévue…

 

A+

 

12/06/2007

Radoni-Rassinfosse-Castellucci et Folk-Tassignon

Il fait lourd.
L’orage n’arrive pas à éclater.
Le soleil se cache derrière les nuages.

Et à la Jazz Station, en cette fin de samedi après-midi, il faut chaud.

00

Le public, assez nombreux, est venu se rafraîchir avec le «jazz plaisir» de Paolo Radoni, Bruno Castellucci et Jean-Louis Rassinfosse.
Pas le genre de groupe à tirer la gueule.

Les trois amis se connaissent depuis longtemps déjà, et l’ambiance est on ne peut plus décontractée sur scène.

Idéal pour écouter «Moon River», «Satin Doll» et autres «Luiza»…

La présentation des morceaux se fait à trois. Quoique, le moins loquace, pour une fois, est Rassinfosse.
A la contrebasse, par contre, il ne se prive pas de dérouler, avec verve et facilité, des improvisations et des solos d’une musicalité extrême.
Sa manière de jouer (de faire chanter sa contrebasse !) est vraiment unique. Il a un son et un style inimitables.

Castellucci, toujours aussi volubile et blagueur, est d’une efficacité précieuse, d’une précision remarquable et d’une rigueur infaillible.
Du coup, Radoni semble libéré, léger, et il peut développer un jeu d’une élégante finesse.
Pas d’effets intempestifs ici, on la joue très «traditionnel», entre Jim Hall et Wes Montgomery en reprenant d’ailleurs quelques-uns de leurs thèmes: «Two’s Blues» pour le premier et «Monk’s Shop» pour le second.

Ça swingue, ça balance, ça rigole, c’est joyeux et ensoleillé.

Je vous le disais, à l’heure de l’apéro: ce «jazz plaisir» pour démarrer la soirée, c’est idéal.

Alors, continuons la soirée.

01

22h20 au Sounds, les gens commencent à arriver pour écouter le quartet de Suzanne Folk et Sophie Tassignon.

Décidemment, j’aime beaucoup cet ensemble que j’avais déjà entendu au Comptoir des Etoiles il y a quelques mois.

J’aime beaucoup, parce que, non seulement ce groupe est assez atypique, mais il possède une vraie personnalité.
Il sort des sentiers battus.

On y retrouve une vraie sensibilité (toute féminine ?) et une belle recherche créative.

Dès les premiers morceaux, le quartet impose, sans forcer, un silence respectueux dans la salle et crée une ambiance intimiste. Sorte de monde parallèle.
Parallèle au jazz, mais aussi au folk, à la pop et au classique.
Mais comment expliquer que ces parallèles se rejoignent ?
C’est inexplicable et c’est ça la magie et la force de ce groupe.

Pourquoi est-on happé par tant d’émotions et de frissons ?

Je l’ai déjà dit, mais ce mélange de violon (l’excellent Emile Verstraeten), de clarinette (Folk) et de contrebasse (Nicola Lancerotti) fonctionne à merveille.
C’est un jardin idéal pour la voix particulière et envoûtante de Sophie Tassignon.

Cette voix qui met en valeur les compositions originales chargées d’émotions, de retenues, de forces, de silences… et même de swing…

A quand un enregistrement ?


A+

10/02/2007

Folk-Tassignon au Comptoir des Etoiles

C’est la première fois que je mettais les pieds au Comptoir des Etoiles. Charmant et exigu petit bar du côté de la place du Châtelain à Bruxelles.
Sur les murs d’un rouge profond et gris souris sont inscrites avec art quelques pensées et mots célèbres.

On y a punaisé des vieux vinyls.
Des photos de Sarah Vaughan, Ornette Coleman et autre Art Pepper côtoient des polas d’amis et d’habitués.

La déco ne trompe pas, la patronne aime partager et aime le jazz.
Elle aime tellement ça qu’elle «invite» régulièrement de jeunes groupes à s'y produire.
C’est un peu le rendez-vous des jeunes musiciens de l’Académie aussi.
L’ambiance est franchement sympa et cool, et l’éclairage aux bougies ajoute à l’intimité.

folk-tassignon

Ce mercredi soir, c’est le quartet de Sophie Tassignon et Suzanne Folk qui s’y produisait.

On pourrait qualifier la musique du groupe comme du «jazz de chambre», et le quartet pourrait être rebaptisé quatuor.
En effet, Sophie chante, Suzanne joue de l’alto ou de la clarinette, Nicola Lancerotti de la contrebasse et Emile Verstraeten du violon.

Ensemble, ils développent une musique qui se balade entre jazz, pop, valse et musique classique du début de siècle.
Vous savez, ces petits quatuors d’avant ou d’après guerre qui jouaient des airs populaires ou classiques, souvent emprunts de mélancolie.
C’est sans doute l’apport du violoniste qui me fait penser à cela.
Ça me rappelle Haydn Wood (auteur du célèbre «Roses Of Picardy» ).
...Ce violon qui se marie merveilleusement avec la clarinette.
C’est subtil et sensible.

Le chant de Tassignon colle vraiment bien au projet.
Sophie possède un timbre de voix très personnel qui peut surprendre au départ mais qui ne manque pas de magnétisme.
Elle a une voix singulière, comme dirait David Linx, qui ajoute au charme et à la mélancolie des thèmes.
On pourrait faire un rapprochement avec Susanne Abbuehl ou à quelques chanteuses nordiques.
D’ailleurs le groupe reprend un morceau de Bjork de manière très personnelle et convaincante, mettant de côté les extravagances vocales de l’islandaise.
Ils interprètent aussi un morceau d’Alanis Morissette (moi qui ai une aversion certaine envers cette chanteuse…) avec beaucoup de délicatesse.

Mais le quartet joue aussi de très belles compositions personnelles (de Folk ou de Tassignon) dont l’univers pourrait se rapprocher de Ligeti ou Schönberg (du moins pour ce que j’en connais).
On le ressent dans l’introspectif «Fly», par exemple, qui débute en duo voix et contrebasse.
Ou encore dans «Stand Up And Walk» (il me semble) et «Anna», qui figurent tous deux sur l’album «Moon Talk» de Zoshia (autre groupe de Sophie Tassignon).
Deux morceaux arrangés d’une toute autre manière et qui leurs vont à merveille.

Il y cependant toujours un certain swing qui transpire.
Quand ce n’est pas la contrebasse de Nicola – optant parfois pour l’archet – qui montre la voie, c’est le «scat» léger de Sophie ou les impros de Suzanne (qui rappellent parfois Dave Liebman) qui nous ramènent vers le jazz.
…ou bien encore la reprise, en rappel, de «Leaving» de Richie Beirach.

Joli voyage plein de sensibilité, de délicatesse et de finesse pour lequel je suis prêt à repartir.
Et que je vous invite à faire aussi.


A+