11/09/2016

Nathalie Loriers, Tineke Postma et Nic Thys au Marni Jazz Festival 2016

Retour au Théâtre Marni pour la troisième soirée du Marni Jazz Festival 2016. Je n’ai pas eu l’occasion d’assister au concert, la veille, de Denise King qui, d’après les échos que j’en ai eu, a mis « le feu » à un show entre jazz, gospel et soul… Tant pis pour moi.

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Ce vendredi soir, l’ambiance est bien plus feutrée, place au trio de la pianiste Nathalie Loriers, Tineke Postma (ts, ss) et Nic Thys (cb).

Tout commence en fragilité et douceur. Les doigts agiles de Nathalie frôlent les touches du piano et égrènent avec sensibilité « Luiza » d’Antonio Carlos Jobim. Tineke Postma effleure à peine la mélodie et joue les respirations avec une finesse remarquable. Entre elles, Nic Thys fait balancer doucement le tempo.

Avec cette bossa triste, c’est comme si on venait de déballer une boîtes de couleurs - des couleurs bien choisies - qui vont nuancer l’ensemble de la soirée.

Nathalie Loriers annonce alors qu’un nouvel album est en préparation, que l’enregistrement est prévu dans les jours à venir et que ce concert est l’occasion de présenter et répéter une dernière fois les nouvelles compositions avant d’entrer en studio. Voilà une bonne nouvelle.

On découvre donc « Everything We Need », une composition inspirée de Lennie Tristano. Tineke Postma expose le thème, tisse les harmonies et emballe les mélodies, puis laisse la place à Nathalie Loriers. Le jeu est d'une extrême clarté. Les notes s'enfilent les unes aux autres sur un swing tout en décalage et en relief. La pianiste n’a pas peur du vide. Il faut dire qu’il y a autant de musique dans ses silences et ses retenues que dans ses accords, et que tout cela renforce indéniablement la tension et la brillance. La musique circule, bouge, s’échange. C’est intelligent et évident à la fois. Nic Thys conclut en reprenant une dernière fois le thème. Il brode, invente et s'envole encore. Tout y est ! C’est un modèle de composition comme on n'en fait plus ! Et, oui, on ressent l’esprit, la science et toute la liberté que donnaient à entendre Tristano, Warne March et Lee Konitz à l’époque... la contemporanéité en plus.

Le trio s’inspire aussi, avec une certaine logique, de Clare Fischer. « And Then Love Comes » se fait mystérieux, sensuel et crépusculaire. Le genre de musique qui tangue et titube légèrement. Une musique dans laquelle on imagine les dernières lueurs d'un bar qui va fermer, une ville presque endormie dans laquelle on a encore envie de déambuler pour ne pas rentrer chez soi où, de toute façon, personne ne vous attend... Ambiance.

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« Take The Cake » est beaucoup plus nerveux et optimiste. Plus bop peut-être. Un peu à la « St Thomas » de Sonny Rollins, aussi. Le piano et le sax jouent au chat et à la souri tandis que la contrebasse entretient les fausses pistes.

« Dansao », qui fait à nouveau un clin d’œil à la bossa, est enlevé et joyeux, tandis que « We Will Meet Again » ramène le trio vers l’introspection et le recueillement.

Oui, ce prochain album promet !

Bien sûr, ce soir, il y avait aussi des morceaux plus anciens, comme ce « Canzoncina » dans lequel Tineke Postma, au soprano, virevolte avec aisance. Une sorte de fausse valse, lumineuse et sinueuse à souhait, faite d’accélérations douces qui amènent les musiciens à improviser sur des chemins inconnus. Puis, il y a aussi une version sublime du « Peuple des silencieux » (morceau qui avait donné le nom à l’album précédent). Cette ballade élégiaque, légèrement triste et d'un romantisme exempt de sentimentalisme appuyé, est tout bonnement sublime. Il y a comme une fatalité, une évidence, dans le discours. Chaque musicien construit vraiment le morceau, aucun solo ne sert de « remplissage » ou ne sert d’espace pour rouler des mécaniques. Ici, tout a un sens. Une belle leçon.

Le trio, et celui-ci en particulier, va vraiment très bien à Nathalie Loriers. On la sent plus libérée que jamais. On sent toute la limpidité du propos et l’objectif de la musique. On sent toute la complicité et le bonheur de jouer ensemble. Et on sent que tout le monde est sur la même longueur d’ondes.

Ça tombe bien, nous aussi.

 

 

A+

Merci à Olivier Lestoquoit pour les images !

 

 

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19:16 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marni, nathalie loriers, tineke postma, nic thys |  Facebook |

18/08/2016

Deux jours à jazz Middelheim ( Part 2/2 )

15 août, c’est la fête des mères à Antwerpen et la fête du jazz au Middelheim.

Retour, toujours sous le soleil, au Parc Den Bandt pour la dernière journée du festival.

Le monde commence déjà a affluer, vers 11h30, tandis que Ashley Kahn évoque une autre facette d'Ornette Coleman avec David Murray (encore lui) et Geri Allen.

On retrouvera les deux musiciens tout à l’heure sur scène en compagnie de Terri Lyne Carrington. Pour l’heure : piano solo !

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Main Stage

Il est 12h30 lorsque Craig Taborn s’installe devant son piano. Il entame une première et longue improvisation, qui tourne autour d’un motif court, cinq notes à peine, et place la barre très haut. Ce leitmotiv, répété à l’envi et ornementé de brillante façon, évoque tantôt Bartok tantôt Stravinsky. Et parfois, en écho, on perçoit quelques pointes de douceurs ellingtoniennes. On est soufflé. La deuxième impro est nettement plus free. Taborn, très concentré, fait gronder le piano après avoir provoquer les notes aiguës. Il plaque les accords, frappe les cordes, fouette les touches, écrase du coude le clavier à la Don Pullen ou à la façon d’un Cecil Taylor. C’est bref, intense et impressionnant. Tandis que le troisième morceau est peut-être le plus « jazz » de tous, plutôt bop à la Monk, la dernière intervention de Craig Taborn lorgne du côté de la musique concrète, parsemée de respirations romantiques. Toutes ces influences, mêlées avec intelligence, font sans doute de Craig Taborn l’un des pianistes les plus excitants du moment. Cette standing ovation et ce rappel n’ont certainement pas été usurpés. Seul sur la grande scène du Middelheim, il a réussi un véritable tour de force. Grand coup de cœur.

Le batteur belge Dré Pallemaerts a sorti récemment un superbe album (Coutances) qui lui ressemble bien : subtil, habile et impressionniste. Et ce sont la plupart de ces morceaux qu’il présente aujourd’hui sous le nom de « Seva » (l’une des compos de l’album) avec un line-up légèrement différent. Nic Thys s’est ajouté au groupe et Robin Verheyen a pris la place de Mark Turner. Derrière le piano, on retrouve Bill Carrothers et au Fender Rhodes Jozef Dumoulin. Le set est extrêmement bien construit, tout en paliers, en douceur et sans aucune monotonie. On flotte entre deux mers, à la fois brumeuse et indocile. Tout se fait en souplesse, à l'image du jeu, fluide et sensuel de Dré. Le phrasé romantique et lumineux de Carrothers, s’oppose aux notes plus acides et nébuleuses de Jozef. Robin Verheyen, lui, est toujours à la limite de la cassure, toujours sur le fil du rasoir. Parfois rauque au ténor et d'une rondeur acide au soprano. Et tout ce beau monde peut compter sur la basse chantante et discrète de Nic Thys (fini la barbe hipster !). Il y a de la tendresse dans les compositions de Dré (« For Anne », « Mood Salutation ») et de la volupté, comme sur « Where Was I », cette milonga extraite de son précédant album, Pan Harmonie, sorti il y a neuf ans déjà (et « must » également !). De la complicité, de l’interaction… du jazz. Et puis, après une visite à Satie (« Première pensée rose + Croix »), on swingue et on danse sur « Waltz Macabre » ou « Swing Sing Song »… Un très beau concert, maitrisé, plein d'inventivité et de finesse. Un étrange mix entre tradition, désuétude et contemporanéité qui rend la musique de Dré Pallemaerts très personnelle, singulière et très attachante.

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Le Power Trio Geri Allen, Terri Lyne Carrington et David Murray monte sur la scène sous un tonnerre d’applaudissements et démarre en trombe avec « Mirror Of Youth » ! La plupart des morceaux sont extraits de l'album Perfection, enregistré quelques jours après la mort de Ornette Coleman. Si « Perfection » est un morceau de Coleman à qui l’album rend hommage et qui sera joué plus tard, le trio a également une pensée pour Charlie Haden, Marcus Belgrave ou encore Peter O’Brian et son funky foxtrot « For Fr. Peter O'Brien ». La complicité est évidente, mais elle se remarque surtout entre Geri Allen et Terri Lyne Carrington sur « Geri-Rigged » par exemple. L’intensité est forte, Carrington ne quitte pas du regard Geri Allen et la pianiste enchaîne les chorus avec détermination. C’est bouillonnant. Le trio alterne les moments groovy (« The David, Geri & Terri Show », annoncé avec humour) avec d’autres, plus souples (« Barbara Allen »), qui permettent à David Murray de montrer son côté plus suave et moelleux à la Coleman Hawkins. Finalement, le trio se lâche complètement sur une version débridée de « Perfection ». Bel hommage, en effet.

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On attendait beaucoup de Pharoah Sanders. Le disciple inaltérable de Coltrane.
Entouré du pianiste Joachim Kühn et du percussionniste Zakir Hussain, le saxophoniste à la belle barbe blanche semble être bien assagi. Il laisse d’ailleurs beaucoup d’espace à ses partenaires. L’entrée en matière se fait de façon douce, sur une rythmique mystérieuse et psalmodiante. Le son du sax, unique, acre et pincé, est quand même bien là. Les phrases sont sinueuses et semblent se chercher un chemin entre les rythmes indiens de Zakir Hussain et les rivières de notes qui déferlent sous les doigts de Kühn. Le rythme est répétitif, comme une transe. Le dialogue entre Hussain et Kühn a quelque chose de fascinant. Mais c'est le long solo du joueur de tablas qui est plus surprenant. Chants et incantations se mêlent à un jeu d’une incroyable virtuosité. Et tout cela avec pas mal d’humour en plus. Les morceaux s’enchainent, Sanders esquisse quelques pas de danse, chante dans le pavillon de son sax, laisse à nouveau la place à Hussein, puis à Kühn… Le meilleur est passé. On attend un peu, mais… Il y avait trois personnalités sur scène plutôt qu'un vrai trio. Un peu dommage.

 

Club Stage

Et pendant ce temps-là, entre chaque concert sous la grande tente, le Club Stage fait le comble, lui aussi. Et pour ce dernier jour de festival, c’est Ben Sluijs qui nous offre quatre splendides concerts.

D’abord en duo avec son vieux complice, le pianiste Erik Vermeulen.

Que dire ? Que dire sinon qu’on est envoûté par tant de justesse, de beauté et d’humanité. Le couple reprend des compos personnelles (« Broken », « Little Paris », « Parity ») et quelques « standards » ( « Goodbye », « The Peacocks ») avec la même grâce et élégance. On laisse le temps à la mélodie de s'installer, on joue avec les respirations, le phrasé de Vermeulen est brillant, incisif sans être agressif. Ben Sluijs va chercher au fond de son sax les dernières notes comme on gratte le fond d'un plat pour en extraire les derniers sucs. Le duo ne tombe jamais dans le mielleux et garde toujours cette flamme, cette âme, cette vérité…

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Avec Marek Patrman (dm) et Manolo Cabras (cb), la musique est plus nerveuse, plus rugueuse parfois. Mais elle garde toute son intériorité ! Après un fiévreux et sinueux « Unlike You », « A Set Of Intervals », comme son nom l'indique, nous embarque dans un voyage exceptionnel sur les échelles de notes. Avec une sorte de pédagogie, Ben Sluijs expose le motif avant que le trio ne l'éclate, ne l'étire petit à petit et ne l'explose pour revenir au pont de départ. Magnifique ! Avec ces trois-là, le jazz prend quand même une sacrée dimension.

Toujours en trio, mais avec 3/4 Peace cette fois, c’est-à-dire Brice Soniano (cb) et Christian Mendoza (p), Ben Sluijs revient pour la troisième fois. Ici, c’est une certaine idée de douceur et de swing qui est mise en avant. De façon hyper délicate, en mouvements lents et rassurants, chaque instrument vient prendre sa place en douceur. Et la magie opère. « Hope », l’insouciant, « Arad », le mystique, « Still », l’élégiaque… Le frisson est garanti. Grand moment de délicatesse.

Pour le quatrième et dernier rendez-vous, il y a toujours autant de monde au Club Stage. Le saxophoniste propose une toute nouvelle formation : au piano Bram De Looze, à la contrebasse Leenart Heyndels et à la batterie Dré Pallemaerts ! « Call From The Outside » fonce et fricote un peu avec le Free Bop. On y entendrait presque les influences d’Eric Dolphy. C’est un peu rubato, avec de faux démarrages, des rebondissements, mais toujours proposé avec la souplesse d'un swing. L’intro de Leenart Heyndels est à la fois introspective et forte sur « Song For Yussef », sorte de marche lente sous une lune orientale. Cela permet à la flûte de Ben de planer bien haut. Puis, il y a aussi « Miles Behind » et sa mélodie qui renaît à chaque fois d'on ne sait où, et une version de « Mali » plus sinueuse que jamais. Standing ovation. Rappel mérité. Un sans faute !

De quoi rentrer à Bruxelles, des étoiles dans la tête.

 

 

 

A+

Merci à ©Bruno Bollaert (WahWah) pour les images.

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04/10/2015

Saint-Jazz-Ten-Noode 30 ans ! Les concerts !

Saint-Jazz Ten-Noode fêtait ses trente ans le week-end dernier. Vous pouvez lire mon compte-rendu des deux premières soirées (jeudi à la Jazz Station et vendredi au Bota) sur Jazz Around.

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©Johan Van Eycken

 

La fête a continué samedi 26 septembre, toujours au Botanique

Sur les coups de dix-neuf heures, et sur les chapeaux de roues, BRZZVLL embrase la rotonde. Deux batteries assènent les rythmes puissants et dansants. Les saxes brillent et Anthony Joseph slame à la perfection. Le funky soul « Liquor Store » critique l'hypocrisie urbaine, les comportements sournois ou les préjugés. Textes acerbes, musique dansante. Le sax baryton (Vincent Brijs) et le ténor (Andrew Claes) se relaient dans la fièvre et Jan Willems, derrière ses claviers, accentue l’esprit soul. Si « Liverpool Highlands » est plus calme, le groove est toujours présent, lancinant et sombre. Geert Hellings, au banjo et Andrew Claes, cette-fois à l’EWI, renforcent cette ambiance inquiétante. Puis ça repart de plus belle dans le funk puissant qui trouve toujours son équilibre entre la fête et la gravité. BRZZVLL et Anthony Joseph perpétuent la tradition des Linton Kwesi Johnson, Gil Scott Heron et autres poètes du genre. Ça remue le corps et l’esprit et « Mind Is A Jungle » tombe bien à propos. Ce tube imparable fait danser et bouger le public, très nombreux et bien serré, de la Rotonde. Une heure intense de toute bonne musique. C'est bien parti pour la soirée groove promise par les organisateurs.

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©Johan Van Eycken

 

Du côté de l’Orangerie, on découvre Ourim Toumim, dont c’est le premier concert en Belgique, qui propose une musique très métissée (entre funk, R&B, soul jazz, gospel et musique du monde). L’excellente et charismatique chanteuse Emma Lamadji, soutenue par une rythmique à poigne (Jon Grandcamp aux drums, Clive Govinden à la basse électrique) ne ménage pas ses efforts. L’ambiance monte assez vite. Ici, les morceaux sont plus sensuels, un poil « nu jazz », comme on dit. Mais Ourim Toumim a la bonne idée d’explorer d’autres terrains. Les rythmes africains (« A Boy » ou « Them », par exemples) sont clairement mis en avant et Emma Lamadji, la voix crayeuse, n’hésite pas à mélanger l’anglais, le français ou (peut-être) le sango. Puis on flirte un peu avec l’électro et la drum ‘n bass, avec un très enflammé « Modjo » dans lequel les guitares de Amen Viana, Jim Grandcamp et Clive Govinden rivalisent de folie avec le piano électrique de Julien Agazar et la batterie furieuse de Jon Grandcamp. Ourim Toumim est à la frontière de différents styles et évite les clichés trop appuyés. Les compos, plutôt élaborées, ne perdent rien en efficacité tant le groupe est soudé et techniquement parfait. Une très belle découverte.

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©Johan Van Eycken

Retour dans la Rotonde où Nicolas Kummert a invité le guitariste ivoirien Lionel Loueke que tout le monde s’arrache (Terence Blanchard, Herbie Hancock, Wayne Shorter, Gretchen Parlato… excusez du peu). Le groove, puisque tel est le thème de la journée, développé par Nicolas Kummert est souvent basé sur des motifs répétitifs, en tempo lent, comme des prières calmes et profondes. « Diversity Over Purity » s’installe donc doucement et insidieusement. Le sax est légèrement plaintif, mélangé à quelques effets de voix dont le saxophoniste s’est fait une spécialité. Karl Jannuska, aux drums, et Nic Thys, à la contrebasse, assurent un tempo maitrisé, juste coloré comme il faut.

Parfois la cadence s’accélère, de façon imperceptible et régulière. On sent l’influence de la musique africaine et des rythmes tribaux sous-jacents. Loueke lâche quelques motifs haletants, s’aidant d’effets électro, phaser et autres. Kummert superpose les couches harmoniques et mélodiques, puis entraîne le public à chanter. « I’ll Be Allright », « Rainbow People » sont clairement des messages d’espoir et d’humanité. Les bases sont jetées pour un projet « arc-en-ciel » qui ne demande certainement qu’à s’épanouir.

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©Johan Van Eycken

Pour que la fête soit complète et totalement réussie, quoi de mieux qu’un concert de Da Romeo et son Crazy Moondog Band ? Le bassiste est en grande forme et propose d’entrée un « You've Got The Choice To Be Fonky Now » diabolique !

Autour de lui, Alex Tassel, au bugle, colore de bleu les groove, tandis que Christophe Panzani, au ténor, vient donner les coups de canif. Julien Tassin attend son heure et balance des riffs de fond. Eric Legnini se fait plus soul que jamais au Fender Rhodes. Ses interventions, sur « No Turning Back », entre autres, sont d’une limpidité et d’une fluidité confondantes. Toujours, il élève la musique. Derrière ses fûts, Arnaud Renanville, infatigable, vif et précis, claque les tempos avec un redoutable timing. Le « boss » peut vraiment compter sur une équipe du tonnerre. Alors, si « Vincent » ou « L’incompreso » font la part belle aux mélodies douces et intimistes, c’est sur un « Cissy Strut » (des Meters) ultra vitaminé que Da Romeo se lâche totalement. Le solo de basse est incandescent. C’est une véritable démonstration de groove. La pression monte, le rythme s'accélère, le son devient de plus en plus puissant, Da Romeo met le paquet. Le public est bouillant. Alors, on reprend petite respiration avant de replonger dans un soul funk aux parfums chics, de terre, de vents et de feux. Le public aura raison de réclamer un « encore » et sera récompensé d’un « Take It Or Leave It » des plus appropriés.

L’anniversaire est très réussi et on attend la prochaine édition du Saint-Jazz-Ten-Noode avec impatience. Parce que trente ans, ce n’est qu’un début !

Merci à Johan Van Eycken pour les images.

A+

 

 

 

11/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 3

La pluie a fait son apparition ce matin en Gaume. Mais cela n'a duré qu'un instant. Cet après midi, le ciel est chargé, l'air est lourd, le soleil est un peu masqué, mais la pluie ne vient pas perturber le festival.

Dans la salle, il fait étouffant. C'est là que jouent Eve Risser (p, voc) et Yuko Oshima (mn, voc). Donkey Monkey est un duo qui allie jazz, rock, pop, musique concrète et... plein d'autres surprises. Le déjà déjanté « Can't Get My Motor To Start » de Carla Bley, par exemple, ne s’assagit pas sous les coups du piano préparé, de la batterie et des chants. Les deux artistes se font face. Yuko Oshima frappe les fûts avec intensité, les yeux rivés au plafond, tandis qu'Eve Risser plonge régulièrement dans les cordes de son piano et en retire des crissements, des explosions sourdes ou des sons étouffés qu'elle utilise parfois en loop. La musique est répétitive (un peu) inattendue et percussive (beaucoup), même si certains morceaux (« Ni Fleur, Ni Brume ») sont d'une délicatesse insoupçonnée. Étrange musique, bourrée d’idées et de folie, mais non dénuée d'humour, ce qui allège le propos qui pourrait peut-être sembler trop « cérébral ». Parfait !

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Une belle idée neuve, sortie tout droit de l'imagination fertile de Jean-Pierre Bissot, est de faire jouer deux groupes en même temps sur une même scène. Cela donne « concerts croisés » et permet à OakTree et Anu Junnonen Trio de proposer un relais musical étonnant.

Les points communs entre ces deux groupes sont le chant et l'amitié. Et c'est sans doute grâce à cela que les deux répertoires, pourtant assez différents, communient si bien ensemble. OakTree défend son jazz mi-folk, mi-poético-baroque, tout en acoustique, tandis qu'Anu suit un chemin plus pop (trip hop presque) et electro rock. D'un côté il y a Sarah Klenes au chant, le violoncelle de Annemie Osborne et l'accordéon de Thibault Dille qui rappellent les champs et la campagne. De l'autre, il y a la batterie d'Alain Deval, la basse électrique (et effets) de Gil Mortio et le chant et le clavier d'Anu Junnonen, qui évoquent la ville et le monde moderne. Chaque chanteuse a sa façon de raconter les histoires. Luminosité et finesse pour l’une, intériorité parfois sombre pour pour l'autre. Mais ici, pas de compétition, juste un beau moment de partage. Et une expérience totalement réussie.

On a accumulé un peu de retard quand Jeff Herr Corporation monte sur scène vers 18h45. L’album (Layer Cake) de ce trio luxembourgeois m'avait vraiment bluffé lors de sa sortie. On y trouve du punch, du groove, de l'énergie... Et sur scène, Jeff Herr Corporation n'a pas démenti, même si le concert était trop court pour laisser éclater tout le potentiel du groupe. C'est l'agencement rythmique qui donne une partie de sa saveur au trio. Il y a ce petit décalage, légèrement en avance ou en suspens, que l'on retrouve autant dans des morceaux « lents » (la reprise de « The Man Who Sold The World » de Bowie ) que plus enlevés (« Funky Monkey »), qui donne du relief et de la dynamique. Une fois lancée, l'impro fait le reste. Max Bender est souvent inspiré sans jamais céder à la démonstration (superbe intro sur « And So It Is ») et le soutien de Laurent Payfert (cb) – un son profond et sec à la fois – est un atout certain. Et le charismatique leader finit bien par se mettre en avant dans une impro final en solo sur (« Layer Cake »).

Nuevo Tango Ensamble mélange le tango argentin - bien entendu - avec le jazz, la bossa et même le chant coréen. En effet, le trio italien (vous commencez à deviner le mélange ?) a rencontré la chanteuse Sud-Coréenne Yeahwon Shin lors d'une tournée en Asie. Et c'est peut-être cela le Nuevo Tango : des rythmes argentins dans lesquels on sent les inflexions jazzy du pianiste Pasquale Stafano, (excellent de vivacité sur « Estate »), un jeu parfois bossa et ensoleillé de Pierluigi Balducci (eb), reliés – et quel lien ! - par le bandonéon virtuose et inventif de Giannu Iorio, et une chanteuse à la voix diaphane (sur un morceau qui emprunte un peu à « Love For Sale », façon Brésil, par exemple) qui flirte parfois avec le chant d'opéra. Les ballades, plus ou moins swinguantes ou légèrement mélancoliques, se succèdent avec juste ce qu'il faut de variations pour que l'on reste accroché. Un beau moment de délicatesse.

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Au Gaume Jazz, on n'a pas peur de mélanger les genres. C'est sans doute cela qui fait une partie du succès : des découvertes, des choses plus connues, des créations pointues ou plus aventureuses côtoient des musiques plus accessibles.

À l'église, par exemple, Eric Vloeimans (tp), Jörg Brinkmann (violoncelle) et Tuur Florizoone (acc) proposent leur vision d’une musique très cinématographique. Le lieu invite à l'intimité et le trio sait s’en servir. La trompette est feutrée, l'archet glisse sur les cordes et l'accordéon tourne autour des deux premiers pour moduler les sons et jouer avec la réverbération. Élégance, raffinement et qualité d'écoute.

Dans un tout autre style, la scène du parc accueille TaxiWars avec Robin Verheyen (ts, ss) Antoine Pierre (dm), Nic Thys (cb) et le leader de dEus, Tom Barman (voc). Et ça, bien sûr, ça ramène du monde ! Entre jazz (tendance free) et rock (pour l'énergie, mais aussi la rigidité) TaxiWars propose un set très efficace mais qui manque juste un peu de surprises pour qui connaît le disque… ou pour qui aime le jazz... D'ailleurs, c’est sur un morceau comme « Roscoe », joué en trio, que le groupe est intéressant et plus « libéré ». Alors, bien sur TaxiWars c'est la ferveur de Robin au sax, le jeu claquant de Nic (une impro/intro en solo admirable sur « Pearlescent »), le drumming furieux d’Antoine Pierre et les effets sur la voix sensuelle de Tom Barman… Mais tout cela est bien plus rock que jazz (...haaaa ! L'éternel débat !) ... Heureusement, j'aime le bon rock.

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Retour dans la petite salle pour découvrir celui qu’on dit être un phénomène à Barcelone : le jeune pianiste Marco Mezquida. Seul face au clavier, il propose directement une première et très longue impro sur un piano préparé, en s'aidant de petites clochettes et cymbales. Il opère en de longues vagues d’ostinati sur lesquels il construit, avec de plus en plus de force, des harmonies abstraites, entrecoupées de respirations mélodiques simples. On pense autant à John Cage qu’à Keith Jarrett. Mais aussi à Ravel, Debussy ou… à Duke. Il mélange la furie free aux thèmes courts et joyeux, comme dans un vieux film de Mack Sennett. Il alterne swing léger et valse. Il construit des thèmes pleins de blues et de notes bleues particulièrement bien choisies... Intelligent, drôle et inventif. Coup de cœur !

Il est près de minuit et la dernière carte blanche du festival 2015 échoit au tromboniste gaumais Adrien Lambinet. Celui-ci s'est entouré, outre du batteur Alain Deval qui l’accompagne dans son groupe Quark, de Lynn Cassiers (keys, voc) et Pak Yan Lau (p). Au programme, de la musique contemporaine, mélangée à l’electro rock, au groove et au jazz très ouvert. « Awake », le titre de son programme, est fait d'expérimentations : après avoir joué du carillon, la pianiste tire les fils reliés aux cordes de son instrument, Lynn trafique les bruits en tout genre avec son chant de sirène pour en faire des boucles. Deval répand des tempos aléatoires et Lambinet (à la manière d’un Gianlucca Petrella, parfois) lâche des mélodies qui se construisent par circonvolutions, de plus en plus larges et qui finissent par s'empiler les unes sur les autres. On flotte entre l’esprit mystérieux de musiques de films imaginaires, d'ambiant, de Kraut rock, de musique industrielle ou d’electro jazz. L'ensemble est intéressant mais, après tout ce que nous avons entendu durant trois jours, et à l’heure tardive du concert, il est un peu difficile d’en apprécier toutes les richesses.

Dans le parc, et à la fraicheur de la nuit, des irréductibles refont encore et toujours le monde... en jazz, bien entendu.

Gaume, une fois de plus, nous a bien fait voyager.

A+

 

 

 

11/03/2014

Nicolas Kummert Voices - Au Rideau Rouge

 

Il y a du monde dans la chaleureuse et toute petite salle du Rideau Rouge à Lasne ce mercredi soir (5 mars) pour découvrir le deuxième «volume» de Voices de Nicolas Kummert.

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Rappelez-vous : One, premier album sorti en 2011, était, à mon sens, l’une des plus belles réussites de l’année où l'on entendait le saxophoniste-poète chanter et déclamer (et se débattre aussi avec les ayants droit de Jacques Prévert qu’il voulait pourtant célébrer) sur des musiques raffinées et groovy à la fois.

Cette fois-ci, le nouvel album est construit autour de la personnalité de Trayvon Martin (assassiné sans raison en 2012 en Floride) mais plus largement aussi autour du droit à la différence. L’illustration de Madeleine Tirtiaux, sur la pochette de l’album, fait explicitement référence à Trayvon - mais aussi au mouvement «capuche» qui s’est développé aux Etats-Unis juste après le tragique événement - et évoque aussi «Le Cri» de Munch ou l’homme schizoïde de King Crimson. L’album aurait pu s’appeler Révolte ou Rébellion, mais il s’appelle Liberté (sorti chez Prova Records). Cela correspond bien plus à l’esprit de Nicolas Kummert.

Pour débuter le concert, le leader plante le décor avec un discours digne et engagé, entre slam et déclamation. S’enchaîne alors «Stand Up Today», sorte de lente complainte mâtinée de blues. Kummert égraine les paroles, accompagné par ses musiciens qui font les chœurs. Puis, un superbe solo de basse électrique de Nicolas Thys vient renforcer plus encore cette ambiance pleine de retenue et méditation.

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Si Nicolas Thys (eb) ainsi qu’Hervé Samb (eg) sont toujours présents dans ce deuxième opus, Jozef Dumoulin et Lionel Beuvens ont cédé leur place à Alexi Tuomarila (p) et à Jens Maurits Bouttery (dm).

Ce dernier possède décidément un jeu très personnel, presque tachiste et surtout foisonnant d’idées. Il se tortille sur son tabouret pour doser avec minutie les sons qu’il colore magnifiquement. C’est à la fois léger et hyper contrasté. Il offre tout le temps un groove tendu à l’ensemble (son drive sur «Une Affaire de Famille», en fin de concert, est plutôt éblouissant).

De son côté, Hevé Samb est, lui aussi, lumineux dans ses interventions. Tous ses accords sont swinguants, légèrement enrobés de blues et de musiques africaines. C’est particulièrement frappant sur «Isaac», un morceau irrésistible qui flirte avec l’afrobeat.

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C’est aussi sur ce morceau, au second set, qu’Alexi Tuomarilla, jusqu’alors assez discret, dévoile tout son talent. Le pianiste exécute avec une facilité déconcertante - et sur un rythme endiablé - des enchaînements d’accords fabuleux. Et la musique s’enflamme. Et ça danse et ça bouge. Le dialogue ente Jens Bouttery et Alexi Tuomarila est jubilatoire.

Mais le pianiste finlandais sait aussi se faire très romantique et très sensible, comme sur «Willow Song», par exemple.

Nicolas Kummert manie avec beaucoup de d’intelligence et d’ à-propos les moments forts et les instants plus introspectifs, donnant de la puissance aux histoires. Et puis, il n’hésite pas non plus à reprendre – à la talkbox, qui déforme totalement sa voix – «Strange Fruit» qui résonne alors de façon plus inquiétante encore.

Avec ce deuxième opus, Nicolas Kummert définit plus encore son univers, à la fois sombre et plein d’espoir.

Bref, une fois de plus, une très belle réussite.

 

 

 

A+

 

 

13/09/2013

Belgian Jazz Meeting 2013

 

Après Bruges, il y a deux ans, c’est à Liège que se déroulait le deuxième Belgian Jazz Meeting. Le principe est inchangé. Douze groupes - ou solistes - sélectionnés par des journalistes et des programmateurs belges sont invités à se présenter devant des journalistes et des programmateurs du monde entier.

Un set d’une demi-heure pour convaincre - pas facile, mais c’est le jeu - des speed-meetings (face-to-face entre artistes et invités), des rencontres informelles après ou entre les mini–concerts, voilà le programme. De quoi se faire remarquer et de tenter de décrocher quelques chroniques et articles par ici, des concerts par là ou tournées hors de nos frontières.

A la Caserne Fonck, où francophones et néerlandophones (*) ont uni leurs efforts (vous ne pouvez pas savoir comme ça fait du bien !), l’accueil est des plus sympathiques, bien sûr, et l’organisation parfaite.

N’ayant pas l’occasion de m’y rendre le vendredi soir (le meeting se déroule sur trois jours), j’apprends le lendemain que certains groupes se sont joliment fait remarquer. Le trio de Jean-Paul Estiévenart en particulier (dont le très bon album Wanted - neo hard bop, vif et nerveux - sort sous peu chez De Werf) a marqué des points, Mélanie De Biasio n’a laissé personne indifférent - soit on adore, soit on déteste - et Mâäk, en version tout acoustique, déjanté et festif, a clôturé en beauté.

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Samedi soir, c’est Lionel Beuvens (dm) qui présente son album (Trinité chez Igloo) devant une salle bien remplie. Lentement, en toute intimité, le groupe installe un climat plutôt «nordique» distillé par le jeu très épuré du trompettiste finlandais Kalevi Louhivuori. Tout se réchauffe et s’anime dès le second morceau qui laisse entendre de magnifiques improvisations du pianiste Alexi Tuomarila au toucher aérien, lumineux et nerveux. Les compositions de Lionel Beuvens ont quelque chose d’enivrant. «Seven», qui clôt ce court set, par exemple, est construit sur une spirale ascendante et terriblement excitante…

Joachim Badenhorst se présente en solo, armé de ses seuls soprano, ténor et clarinette basse. Adepte du jazz avant-gardiste et de l’improvisation libre, Badenhorst n’y va pas par quatre chemins. Clair, précis et direct, il démontre que le difficile exercice en solo – sur une musique pas facile, qui plus est – peut-être très accrocheuse. Badenhorst travaille la texture, le son et la matière. Il roule les harmonies comme on roule les «r». Il va chercher les sons les plus graves, étire quelques notes pointues… En quatre morceaux, il présente l’essentiel de son discours, réfléchi, travaillé, préparé. Et l’on se dit qu’il a encore beaucoup de choses passionnantes à raconter (la preuve avec son prochain disque en septette).

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Avant la première pause de la soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui monte sur scène.

Fraîcheur, ingéniosité harmonique et rythmique, un pied dans la tradition, un autre dans le présent (peut-être même en avance sur son temps), le trio emballe le set de façon unique et jubilatoire. La complicité est réelle entre Nic Thys (eb), Lander Gyselinck (dm) et le pianiste. Je ne redirai pas tout le bien que je pense de ce trio, allez relire le compte-rendu du dernier Leffe Jazz Nights. La qualité des compos («Le lendemain du lendemain» ou «Diepblauwe Sehnsucht») n’a d’égale que la fluidité du propos (la version de «Walking On The Moon» est toujours un régal). Un vrai grand trio qui joue, invente et réinvente. On en redemande… mais le timing, c’est le timing.

Après une courte pause, on retrouve sur scène 3/4 Peace de Ben Sluijs (as,fl), Brice Soniano (cb) et Christian Mendoza (p). Douceur et délicatesse. Le trio, resserré autour du piano, joue tout acoustique. L’ambiance est feutrée et fragile. La musique, d’une grande subtilité, voyage entre les trois hommes. Chacune de leurs interventions est dosée avec finesse et intelligence. Tout est dans l’évocation, dans la subtilité. Parfois la tentation d’un free jazz suggéré et maîtrisé affleure, histoire d’ouvrir d’autres perspectives et de mettre encore plus l’eau à la bouche. La belle intro de Ben Sluijs à la flûte, les interventions très musicales de Brice Soniano à la contrebasse et les envolées de Christian Mendoza au piano sont en tout point exemplaires. Un véritable délice.

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Pour terminer le tour d’horizon de la journée, Nathan Daems (ts), Marco Bardoscia (cb) et à nouveau Lander Gyselinck (dm) proposent, avec Ragini Trio, un jazz basé essentiellement sur des traditionnels indiens qu’ils modèlent à leur manière. Quand on sait que les références des musiciens passent de Paolo Fresu à Ernst Reijseger ou de John Zorn à la musique des Balkans, on imagine très bien avec quelle ouverture d’esprit ils vont revisiter ces thèmes parfois ancestraux. La Shruti Box lancée, la musique ondule et évolue rapidement sur des rythmes et des groove lancinants. Bardoscia reprend pour lui, à la contrebasse, le principe des onomatopées et des ragas. Lander assure une polyrythmie efficace et Nathan fait chanter son saxophone sur des intonations épicées. Une façon originale d’intégrer le jazz à la musique indienne. A moins que ce ne soit l’inverse…

Après une courte nuit, tout le monde est de retour à la Caserne Fonck le dimanche matin sur les coups de onze heures.

Derrière le piano, Igor Gehenot commence en douceur, dans un esprit très ECM, en distillant avec parcimonie les notes rares. Puis la musique se fait plus précise et plus vive. Sam Gerstmans (cb) et Teun Verbruggen (dm) donnent l’impulsion sur un «Lena» assez enlevé. On décèle chez Gehenot le romantisme parfois torturé d’un Brad Mehldau mêlé à des accents légèrement plus funky ou soul. On sent que le trio prend de la consistance et façonne petit à petit sa personnalité. Et puis, on aime ce mélange de douceur (dans le phraser d’Igor) et d’acidité (dans le jeu sec de Teun).

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On retrouve de nouveau Teun Verbruggen avec le dernier groupe qui ferme le ban : Too Noisy Fish. J’avais eu l’occasion de les voir en début d’année à Flagey lors d’un surprenant concert. Et force est de constater que le groupe a encore évolué. Le voici encore plus sûr de lui et de son humour décalé. Les trois dissidents du Flat Earth Society (Peter Vandenberghe au piano et Kristof Roseeuw à la contrebasse) s’amusent à mélanger les genres. On sent l’influence de Zappa, de Monk ou de Charlie Parker, mais aussi d’un rock très contemporain ou d’un folklore populaire assumé. On saute d’un tempo à l’autre sans crier gare. Le timing est d’une précision diabolique et les idées fusent. Peter Vandenberghe plaque les accords, puis enchaîne de brèves mélodie avant de suspendre le temps et de jouer avec les silences. Le drumming éclaté de Teun se confond aux glissando de la contrebasse de Kristof. En une demi-heure, Too Noisy Fish nous a offert un concentré de jazz intelligent, joyeux et innovant... A suivre...

Voilà un joli panorama, fidèle – mais restreint bien entendu – du jazz belge : cette scène éclectique aux milles influences qui en fait toute sa singularité.

Il ne reste plus qu’à espérer que les programmateurs étrangers seront bien inspirés de l’exporter un peu partout en Europe.

On fera le bilan dans deux ans, lors du prochain Belgian Jazz Meeting qui se tiendra à nouveau à Bruges.

A+


* Museact (Gaume Jazz Festival, Jazz 04/Les Chiroux, Jazz Station, Maison du Jazz/Jazz à Liège, Les Lundis d'Hortense, Collectif du Lion, Sowarex/Igloo, Ecoutez-Voir), Brosella, Jazz Brugge, Wallonie-Bruxelles Musiques et Flanders Music Centre. La Federation Wallonie-Bruxelles et De Vlaamse Gemeenschap, les villes de Liège et de Bruges.

 

 

 

22/07/2013

Brosella 2013 - Une sacrée cuvée.

 

Soleil et chaleur sur le Théâtre de Verdure. Ça fait du bien. Du coup, tout le monde est de sortie.

Et il y a déjà pas mal de monde sur les coups des trois heures pour écouter les finlandais du UMO Jazz Orchestra, dont la réputation n’est plus à faire. On a pourtant rarement eu l’occasion de les entendre sur une scène belge. On ne remerciera donc jamais assez le Brosella pour la pertinence de sa programmation.

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Le big band propose un jazz au swing très moderne et assez puissant, qui laisse souvent la part belle aux solistes. Il faut dire que, pour l’occasion, Karl Heinilä (le chef d’orchestre) avait invité le trompettiste Verneri Pohjola - dont le disque «Aurora» en 2011 fut une belle révélation et le récent «Ancient History» une belle confirmation. Quasi omniprésent, le trompettiste déploie la palette assez large de ses talents, allant du très aérien au très brûlant. L’articulation est limpide avec parfois une pointe d’agressivité. Il faut souligner également, dans ce solide big band, les belles interventions de Manuel Dunkel (ts) ou de Kirmo Lintinen (p), dans des solos très accrocheurs. UMO est décidément une belle machine, parfaitement rôdée et dynamique au son et aux arrangements très actuels. A ne pas rater lors de leur prochaine venue…

Sur la seconde scène, un peu plus haut dans le parc, Yves Peeters Group (dont j’avais déjà parlé ici) régale l’auditoire de sa musique aérienne, dansante et savante. Le dosage et l’équilibre - entre groove (tantôt rock, tantôt africain) et atmosphère - est une vrai réussite. La basse solide de Nicolas Thys laisse du champ libre aux intervention parfois free de Frederik Leroux (eg), quant à Nicolas Kummert il rafraîchit cette chaude après-midi de son chant si particulier.

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Retour à la grande scène avec le trio de Nathalie Loriers (avec Philippe Aerts (cb) et Rick Hollander (dm) ). Au risque de me répéter, la formule «trio» convient vraiment bien à la pianiste. Même si elle s’inspire, comme elle l’avoue elle-même, de Bill Evans ou d’Enrico Pieranunzi entre autres, il est indéniable qu’elle possède définitivement son style. Au lyrisme qu’on lui connait (niche plutôt réductrice dans laquelle on l’enferme un peu trop vite), elle allie un swing au timing parfait. Elle a une façon d’aller à l’essentiel avec beaucoup de sensibilité. C’est de la poésie sans minauderie, de l'énergie sans brutalité. Bien entendu, elle est soutenue, poussée même, par une rythmique idéale et “Moon’s Mood”, “Les trois petits singes” ou encore “Jazz At The Olympics” font mouche. Voilà du jazz comme on l’aime.

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Découverte intéressante, ensuite, sur la petit scène, du quartette d’Elina Duni. Je connaissais le pianiste Colin Vallon ainsi que le contrebassiste Patrice Moret (pour avoir écouter leur excellent album «Rruga», chez ECM), par contre je ne connaissais pas la chanteuse albanaise Elina Duni, ni le batteur Norbert Pfammatter. Basée principalement sur la musique traditionnelle des Balkans aux rythmes parfois obsédants et enivrants ou à la mélancolie exacerbée, le groupe mélange les genres avec une grande élégance. Au-delà de la tradition, Elina Duni échange avec ses musiciens sur un jazz parfois déstructuré et les laisse aller à de belles impros inspirées. Ainsi, Colin Vallon n’hésite pas à proposer une longue intro plutôt abstraire au piano (cordes étouffées, intervalles marqués, dissonances et silences) tandis que Patrice Moret accentue les sons déchirés à l’aide de l’archet. L’univers est particulier, mystérieux, envoutant parfois. Les histoires qu’Elina raconte – d’une voix parfaitement maîtrisée – sont pleines de poésie et de douleur, remplies de messages. Alors, elle s’oblige à nous en expliquer le sens en français. Classe.

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Retour sur la grande scène où Bill Frisell nous la joue toute en finesse. Il est au Brosella pour présenter son dernier album Big Sur (une commande du Monterey Jazz Festival).

Une batterie, trois violons et un violoncelle accompagnent le guitariste. L’esprit est à la détente, à la langueur, au contemplatif. La musique évoque les grandes étendues désertes, les paysages qui entourent Glen Deven Ranch (où il s’est retiré pour composer et enregistrer). Bill nous fait faire le tour du propriétaire. On flâne… puis on trotte au son du violon de Jenny Scheinman (un peu western) ou de Eivind Kang (un peu eastern). Les impros sont fragiles, se développent sur des ostinati ou de courts motifs évolutifs. Parfois, on fait un très court détour du côté du rock (Rockabilly? Twist?) avant de se reposer tout en douceur… Même si tout cela est très joli, on s'ennuie un tout petit peu. Impressions quelque peu mitigées.

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Changement radical sur la petite scène avec Big Noise. On ne s’en lasse pas ! Surtout que, pour le Brosella, le trio a invité le clarinettiste Evan Christopher, un vrai de vrai de la Nouvelle Orléans. Grâce à lui, Big Noise plonge un peu plus encore sa musique dans les racines de ce jazz qu’ils chérissent. Et le plaisir de jouer est toujours aussi communicatif. Les gens dansent devant la scène, rient, applaudissent. Loin de jouer la star ou de montrer “comment il faut faire”, Evan Christopher s’intègre au groupe – car il lui trouve de véritables qualités – et partage sincèrement la musique avec Raphaël D’Agostino (tp, voc), Johan Dupont (p), Max Malkomes (cb) et Laurent Vigneron (dm). Non, Big Noise n’a pas fini de grandir…

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Et voilà enfin, cerise sur le gâteau, Jonathan Batiste. Celui qu’on attendait. Je l’avais découvert avec Roy Hargrove, il y a deux ans, ici même au Brosella et il m’avait laissé une grosse impression. Ce soir, il se présente avec son groupe «Stay Human», avec lequel il déambule régulièrement dans les rues et le métro New Yorkais. Répandant ainsi la bonne humeur et le partage. Avec eux, le spectacle est partout et non conventionnel.

Pourtant, tout démarre en douceur. Sourire irrésistible coller sur les lèvres, doigts démesurés, Jon Batiste nous emmène entre blues et swing avec un sens du rythme inné. Avec humour et intelligence, il mélange «Carmen» à «Summertine».

Au tuba, Ibanda Ruhumbika fait la pompe, à la contrebasse Barry Stephenson excite les temps, le sax du jeune Eddie Barbash joue les empêcheurs de tourner en rond, quant au batteur, Joseph Saylor, intenable, il claque les tempos et accentue la syncope. Ça bouillonne et l’ambiance monte. Au son de son mélodica, sur «Killing Me Softly», Jon Batiste emmène alors tout son groupe au devant de la scène, sur les premières marches, à un mètre d’une foule déjà bien excitée.

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Et là, on passe à la vitesse supérieure. Tout s’emballe sur une version incroyable de «St James Infirmery». Le sax s’empare d’un solo du tonnerre, il monte sur le piano, enchaîne les chorus. Puis, comme pour répondre au saxophoniste, le batteur décroche son tom et vient le planter tout devant. La démonstration, brutale, jouissive et délirante, se termine par le jet de ses baguettes dans le public. Et puis tout le monde s’en va.

Surprise. Incompréhension. Le public devient fou !

C’était une fausse sortie. Revoilà le Stay Human prêt à en découdre de plus belle. «Why You Gotta Be Like That?» se reprend à l’infini et… ça y est, le moment que l’on attendait arrive: toute la bande descend dans le public et va se balader au beau milieu des travées de l’amphithéâtre. L’ambiance est indescriptible. Les morceaux s’enchaînent («My Favorite Things», «Kindergarten»…).

Revenu sur scène, le groupe se resserre autour du piano. Chacun prend posesion d’une partie du clavier. Puis, ils échangent leur place. Tapent dans les mains, tape sur tout ce qu’ils trouvent, font chanter le public, le font danser…

Moment incroyable de plaisir collectif !

Voilà sans aucun doute l’un des meilleurs concerts de l’année (en tous cas, il sera difficile de faire mieux…)! Jonathan Batiste est à suivre, plus que jamais, et à revoir au plus vite.

Merci encore Henri Vandenberghe, merci les bénévoles, merci le Brosella.

Vite, à l’année prochaine.

A+

 

 

 

03/06/2013

Yves Peeters Group - Jazz Station


La musique du Yves Peeters Group est très imagée. Pas étonnant que son album (sorti chez De Werf l’année dernière) s’appelle «All You See». D’ailleurs, le projet est parfois augmenté (quand la salle le permet) de projections vidéos.

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Ce samedi 1 juin, à la Jazz Station, nous n’aurons que le son. Les images, nous les fabriquerons dans la tête. Mais puisque je vous dis que la musique est très évocatrice…

Alors, derrière sa batterie, Yves Peeters nous ouvre son album photo. Ou plutôt son carnet de voyage.

Il y a d’abord un parfum d’Afrique qui en émane, comme pour réaffirmer la source du blues et du jazz. «Look There Is Alive» plante rapidement le décor.

Là où, sur l’album, Nicolas Kummert (absent aujourd’hui) joue au serpent ondulant - glissant et insaisissable - Jereon Van Herzeele (ts, ss) (qui le remplace) joue au singe agile - nerveux et batailleur - qui saute de branches en branches en poussant des cris stridents.

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La machine est lancée, «Try To Stop Us» fonce à 100 à l’heure. Frederik Leroux (eg) enchaîne les riffs, tendance rock du bayou. Yves Peeters fait claquer sa batterie, comme pour briser les barrières et les frontières. Ferme. Résolu. Déterminé. Ça trace.

Mais le groupe ne laisse jamais de côté les sentiments, l’amitié, le souvenir : «Sad News» - ballade légèrement amère - se promène entre tristesse et espoir. Quelques sanglots perlent dans le chant du soprano de Van Herzeele, soutenu et rassuré par la basse électrique sinueuse et voluptueuse de Nic Thys.

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Et le voyage continu avec «New Mexico», puis avec «Lifeline» qui évolue comme une danse tournoyante, comme une ronde infinie, comme une spirale ascendante ouverte aux improvisations galopantes. Nic Thys amorce, Leroux embraye et Van Herzeele conclut.

La musique du groupe respire les grands espaces et la lumière chaude. Elle fait référence au blues. Beaucoup. Clairement. Comme sur «Nightscape», une véritable perle ! Brulante d’intensité. Frederik Leroux fait transpirer sa guitare, le son est étiré, gras et sensuel. Jeroen Van Herzeele sonne presque comme Gene Ammons. Yves Peeters marque au fer rouge le tempo. Nicolas Thys enfonce le clou. Et le groupe va puiser plus profond encore, va creuser, va gratter pour atteindre les racines du blues.

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La lumière, la chaleur, l’humanité et l’échange, voilà ce que recherchent Yves Peeters et son groupe. Avec «Hats And Bags», la critique est claire et nette. Il faut s’échapper de l’agressivité des shoppings et des temples presque inhumains de la surconsommation – évoqué par un jazz-rock bruyant et éclaté - pour retrouver le calme et la sérénité.

Alors, ensemble, ils rejoignent «Bamako». Là-bas, et malgré les difficultés, la fête, les amis et le bonheur sont plus forts que tout. La vraie vie, en quelque sorte.

On pourra revoir et réécouter les histoires du Yves Peeters Group lors du prochain Brosella le dimanche 14 juillet. Ou plus tard au 30CC à Leuven en septembre et à Evergem en octobre… avec les images, cette fois-ci.

N’hésitez pas. Vous allez voir ce que vous allez voir...


A+

 


14/01/2013

Jérôme Sabbagh & Jozef Dumoulin Quartet - Music Village

Jérôme Sabbagh est français, mais il vit essentiellement aux States. À New York plus précisément. Depuis plus de quinze ans. C’est là qu’il a fait sa vie, qu’il a fait son jazz.

C’est là qu’il a trouvé son style en se frottant à Bill Stewart, Andrew Cyrille, Matt Penman, Tony Malaby, Paul Motian, Reggie Workman et tant d’autres.

Son jeu, d’une fausse simplicité, est souple et bourré d’énergie contenue. Il possède une force intérieure qu’il canalise avec une belle assurance. Il joue avec cette énergie latente qu’on ne trouve qu’à New York. Sans fioriture mais non sans lyrisme, sans agressivité mais non sans puissance. Sabbagh puise sans doute son inspiration dans l’esprit des grands saxophonistes du style de Warne Marsh ou de Dexter Gordon… Il possède un sens du timing qui lui permet d’économiser ses forces et de donner des coups d’accélérateur aux moments propices.

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Début de l’année dernière (2012), Jérôme Sabbagh avait sorti «Plugged In», un album avec Jozef Dumoulin - avec qui il partage le même label mais peut-être pas tout à fait le même univers. Pourtant, l’alchimie a fonctionné. Au-delà des espérances même. Les deux musiciens se sont trouvés quelques points communs dont celui des mélodies et surtout la sensibilité pour les façonner. Chacun gardant pourtant sa propre personnalité. Et c’est d'ailleurs ce mélange qui est intéressant.

Après que l’album a été salué comme il se devait par la presse, il était temps de le défendre sur scène.

La tournée européenne débutait le 6 décembre par Bruxelles (avant Paris, la France, la Suisse, etc.) au Music Village. Cette première date s’étant ajoutée en dernière minute, le quartette initial (avec Patrice Blanchard (eb) et Rudy Royston (dm) ) s’en trouve légèrement modifié. Et c’est Dré Pallemaerts et Nic Thys que l’on retrouve exceptionnellement ce soir.

Tout débute par un «Drive» plutôt énergique avant que l’on ne plonge dans un «Aïsha» plus atmosphérique. On sent aussitôt les deux hémisphères qui forment le groupe. Mais l'on parle plus d’équilibre et de dialogue que de rapport de force.

Les sons étranges distillés par Dumoulin au Fender Rhodes – avec ses accords bizarres et presque abstraits - se mêlent aux lignes ondulantes du saxophoniste.

Les échanges entre ténor et Rhodes tiennent parfois de la magie, de l’irréel. Chacun des musiciens semble être sur une «onde», chacun voyage suivant son style, mais tout le monde prend soin de l’autre. Il y règne toujours cette sensibilité particulière qui permet à tous de se rejoindre et de partager la même histoire.

Certains morceaux plus linéaires se mélangent à d’autres plus complexes. Mais l’objectif est le même: la mélodie. «Once Around The Park» (de Paul Motian), semble se liquéfier au fur et à mesure de la progression. On flotte entre onirisme et fragilité, et le jeu tout en nuance de Dré Pallemaerts – qui a le don d’effleurer comme personne les cymbales - n’y est sans doute pas pour rien. Un très dépouillé «Slow Rock Ballad» prolonge encore un peu cette atmosphère presque crépusculaire.

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On se balade au fil des morceaux entre force et douceur, entre puissance et fragilité. Étrangement, parfois, comme sur «Ur», le son du Fender Rhodes se confond avec celui du sax… À moins que ce ne soit l’inverse. Le moment est Fascinant.

Enfin, le quartette repart et termine le concert sur des terrains plus fermes avec «Ride».

Finalement, les mondes de Jozef Dumoulin et de Jérôme Sabbagh ne sont pas si éloignés que ça. Tout est une question de langage et d’intelligence.

Voilà une leçon que certains hommes devraient retenir.

A+

 

05/06/2012

Tutu Puoane Quartet à la Jazz Station

La Jazz Station était plus que comble en ce chaud mercredi soir de mai. Dans le cadre des Jazz Tour, le club accueillait ce 23 mai, la chanteuse sud-africaine Tutu Puoane. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas bien - un peu comme moi, je l’avoue – resituons rapidement le personnage.

Tutu est née près de Pretoria, il y a une trentaine d’années. Après voir étudié le jazz dans son pays, elle se balade du côté des States ainsi qu’en Europe au début des années 2000. Elle finit par s’installer à Anvers avec le pianiste belge Ewout Pierreux. On l’entendra d’abord avec Saxkartel (Frank Vaganée, Kurt Van Herck, Tom Van Dijk et Sara Meyer) puis avec le Brussels Jazz Orchestra («Mama Africa»). Entre-temps, elle produira trois disques sous son nom. C’est le dernier en date qu’elle vient présenter ce soir: «Breathe».

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Accompagnée de Nic Thys à la contrebasse, Lieven Venken aux drums et, bien sûr, Ewout Pierreux au piano, Tutu Puoane prend vite possession de la scène. En toute décontraction et en toute simplicité. Avec charme et humour.

Elle se présente - et présente les musiciens - en improvisant sur l’introduction de «All Or Nothing At All» avec autant d’élégance qu’Ella ou Sarah.

Elle enchaîne rapidement avec «Cape Town», superbe hymne écrit par Abdullah Ibrahim, dans lequel elle y injecte assez d’émotion et de passion pour en faire une véritable déclaration d’amour.

Tutu se donne entièrement. Et Tutu se confie facilement.

Elle a besoin d’un vrai contact avec le public. Elle communique beaucoup avec lui et veut vraiment qu’un échange fort s’établisse. Alors, elle le fait chanter sur un «Dream On» qui se enfle comme une transe apaisante. Elle veut garder ce lien qui lui semble vital. Elle improvise et balance par-ci par-là des petites phrases personnelles dans les chansons afin de se les approprier entièrement et de les partager encore mieux. Et le charme opère.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Tutu n’utilise sa culture africaine qu’avec parcimonie, comme lorsqu’elle pose des paroles en Zoulou sur «Lucky Loser», écrit par Nic Thys (sur son album «Virgo»), qu’elle rebaptise «Moratuwa».

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Ewout Pierreux fait preuve d’un toucher brillant et doux. Il fait sonner le piano avec profondeur et fait swinguer chacune de ses notes. Il y a quelque chose de chaleureux et vif à la fois dans son jeu. La complicité avec la chanteuse est évidente. Les échanges sont fins et pleins de sous-entendu. Il y a de la légèreté dans ce dialogue. Et de l'amour.

Le batteur sait quand il faut donner un coup de fouet ou quand il faut faire susurrer les balais sur les peaux. Le contrebassiste sautille par-dessus la mélodie avant d’ancrer profondément des jalons rythmiques très assurés. Ewout Pierreux, Nic Thys et Lieven Venken sont vraiment les alliés parfaits pour sublimer le chant de la belle Africaine.

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En attendant de la voir bientôt sur les grandes scènes d’Europe – franchement, elle le mérite et elle en a la carrure – vous pouvez encore la voir ce mois-ci à Mazy, à Antoing, à Lille, ou à Anvers, entre autres. Dépêchez-vous.

Sinon, bien sûr, il vous reste toujours le disque, enregistré à New York et publié chez Soul Factory. Le moment sera déjà bien agréable.

 

A+

 

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

24/06/2011

Kris Defoort Trio à la Jazz Station

Après avoir longtemps trempé, ces dernières années, dans la composition de musiques contemporaines et d’opéras (dont le fameux «The Woman Who Walked Into Doors», par exemple), Kris Defoort a reformé un trio jazz à la fin de l’année années 2009 pour notre plus grand plaisir.

Je l’avais vu lors du Fast Forward Festival au KVS en juin 2010, mais je l’avais raté plus récemment, lors du dernier Jazz Marathon. Heureusement, je me suis rattrapé samedi 11 juin à la Jazz Station… pour un set seulement, car j’avais d’autres «obligations».

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Mais même pour un seul set, un trio pareil, ça ne se loupe pas car il est fascinant de voir comment il fusionne la musique contemporaine et le swing de façon aussi efficace que personnelle. Tout est légèreté et délicatesse. Et tout est d’une intelligence rare. On peut le dire: Kris Defoort a digéré ces deux genres comme personne.

Chaque morceau est un monde en lui-même. «Butterfly Chronicle» se débat dans l’espace et se moque des changements de rythmes et de respirations. «Meaning Of The Blues» est une étrange ballade dans laquelle le pianiste joue à cache-cache avec Lander Gyselinck. Le jeune batteur que j’avais remarqué la première fois avec Lab Trio, il y a quelques années, est sans conteste un futur grand. Non seulement son drive est d’une clarté et d’une modernité sans faille, mais il maîtrise avec brio les percussions à mains nues, les frottements, les feulements ou les crissements. Son jeu est foisonnant et bondissant et ses réponses au pianiste sont toujours pertinentes.

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Nic Thys, quant à lui, explore un jeu plein de nuances à la basse électrique. Il alterne les longues notes avec des ponctuations nettes et franches. De relief, du relief et encore du relief. Mais rien n’est souligné, rien n’est tracé grossièrement et les échanges s’enchevêtrent avec une souplesse saisissante.


 

 

Defoort fouille le thème de «Laughing Away» puis, minutieusement, le démonte pièce par pièce. Et de chaque petit morceau il en fait un diamant. Qu’il polit, retaille, affine. Il vient ensuite replacer ce caillou, plus brillant que jamais, au sein d'une mélodie qui renaît. Defoort nous offre ainsi une vision incroyablement personnelle du jazz. Une musique très sophistiquée, mais jamais inaccessible. Une musique simplement belle, intelligente et différente. Il suffit d’écouter la façon dont il laisse respirer l’harmonie, dont il associe les couleurs, dont il fait fleurir les mélodies. Ce n’est que du bonheur. Le trio peut alors mélanger tous les genres. On y entend du blues, du post-bop, de la jungle («Le lendemain du lendemain») et même quelques rumeurs de funk. La musique est limpide, rien n’est jamais linéaire ni monotone. Mais rien n’est jamais chaotique non plus, ou encore moins désincarné. Ce jazz a du corps, de la puissance, du caractère.

La finesse du traitement est éblouissante et l’émotion n’en est qu’amplifiée. Mais Defoort ne charge jamais la mule. Il a l’élégance de ne rien nous expliquer mais de tout nous faire comprendre.

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Pour terminer ce premier set, le trio s’offre un rappel. Juste pour Kris, qui ne se sentait pas satisfait. Et les musiciens refont le morceau dans une approche très Monkienne. En véritables trapézistes, les trois complices s’échangent les phrases, se lancent des idées, se mystifient et se rattrapent in extremis… C’est brillantissime.

Je ne peux donc pas voir le deuxième set, dont on me dira, le lendemain, qu’il fut encore plus incroyable, allant encore plus loin, plus vite et plus profondément dans l’exploration des rythmes et des arabesques jazzistiques.

Si ça, ce n’est pas pour m’obliger à ne pas rater le prochain concert du trio…

Kris, Lander et Nic devraient enregistrer fin septembre un album à sortir chez De Werf… Ce sera le centième du label. Et devinez qui avait enregistré le premier en 1993?

Beau cadeau pour Kris, que le monde ne devrait pas oublier aux côtés des Vijay, Tigran, Jason et autres pianistes qui font le jazz actuel...


A+

21/03/2011

Printemps, jazz et poésie. Nicolas Kummert Voices

 

Quatorzième rendez-vous du «Z Band» (chaque trimestre, une poignée d’irréductibles bloggeurs – voir la liste en bas d’article – écrivent sur un sujet commun et le mettent en ligne en quasi-simultanéité). Thème du jour: printemps, jazz et poésie.

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Nicolas Kummert Voices

Avec un tel nom - plutôt que «groupe» ou «quintet», par exemples - le projet de Nicolas Kummert en dit déjà long ses intentions. Il faut dire que le saxophoniste chante dans son instrument depuis quelque temps déjà, à la manière d’un Rahsaan Roland Kirk ou d’un Magic Malik.

Mais, cette fois-ci, l’objectif semble nettement plus défini.

Le projet «Voices» a vu le jour au Gaume Festival 2009, lorsque Jean-Pierre Bissot a offert une carte blanche à Nicolas Kummert. Tout heureux, celui-ci a rassemblé autour de lui quelques superbes musiciens. Hervé Samb (g), Nicolas Thys (b), Jozef Dumoulin (p) et Patrick Goraguer (dm) (remplacé, depuis, par Lionel Beuvens). Deux ans plus tard, «One», le disque, est sorti chez Prova Records et une belle tournée s’en est suivie.

Kummert aime mélanger les genres. On l’a vu dans des groupes de musiques ethniques, des groupes de rock ou aux côtés de DJ. Il aime les rythmes de la musique africaine, il aime le reggae, la pop, la chanson et le jazz bien sûr. Et il aime les voix.

Alors, sur le morceau qui ouvre l’album, dans un balancement ample et doux, tout le monde chante ou fredonne. «Petit Simon Millionnaire» nous emmène en douceur au pays de la poésie…

Car, il y a de la poésie. Beaucoup de poésie.

Nicolas Kummert adore Jacques Prévert. Et on l’imagine bien, se baladant avec son saxophone sous le bras, un livre de Prévert dans les mains et des «Paroles» dans la tête.

Mettre en musique les paroles de Prévert, voilà son rêve.

Seulement, les ayants droit ne l’entendent pas tout à fait de cette oreille. Qu’à cela ne tienne, Kummert rendra hommage à Prévert à sa façon, sans oublier de régler quelques comptes au passage. Empêché de reprendre les mots du «Grand Jacques», il en évoque l’esprit, remettant quelques pendules à l’heure avec «Affaires de Famille» (clin d’œil à «Familiale») et «Compagnons Des Mauvais Jours».

Il trempe une plume amère pour écrire puis déclamer et chanter, avec beaucoup de classe et de dignité, sa tristesse face à ce refus. C’est que, Nicolas Kummert compose bien, joue bien, chante bien et en plus - le bougre – il écrit bien.


Ceci n’est pas un texte de Prévert

Tel que j’aurais aimé vous le conter.

Sans s’intéresser à mon univers,

Sans même se donner la peine d’écouter,

La petite fille argentifère,

Les ayants droit m’en ont empêché.

Foutez la paix à mon grand père

Personne ne vous a rien demandé.

Repose en paix, grand-père Prévert,

Tes héritiers veillent au grain.

Tes poèmes restent dans leur verrière

Et tes paroles dans ton couffin.

Seules tes idées sortent de terre

Car une idée, ça ne vaut rien.

Car c’est bien d’une histoire de grains

Qu’il s’agit, vous vous en doutez.

Des petits grains tout ronds,

Hérités, pas gagnés.

Collectés, grappillés.

Pas mérités par ces dindons.

Surtout pas cultivés.

Collectés, grappillés.

Moi, dégoûté par cette trahison,

J’en ai massacré mon poulailler.

Compagnon des mauvais jours,

Je te souhaite une bonne nuit

Car aujourd’hui, c’est la basse-cour

Qui rançonne ton usufruit.

Comprend-moi bien vieux Jacques,

Ta casquette et ta pipe en bois,

Qu’ils en héritent, tes oisillons.

Mais tes poèmes, ils sont à moi

Ainsi qu’aux autres compagnons…

(© Nicolas Kummert – Compagnons des mauvais jours)


Rassurez-vous, tout cela se fait en douceur et en subtilité toute musicale. Après ces paroles fredonnées ou chantonnées, comme débarrassé d’un poids, le groupe fait place à la fête, laisse éclater le groove et chacun y va de son solo. Et je vous jure qu’on dodeline de la tête et qu’on bat du pied. Prévert aurait aimé.



 

Mais «Voices» n’est pas centré uniquement sur le célèbre poète français.

Outre quelques compositions originales (dont le très beau «Mourir Vivant»), on y retrouve aussi  un «Monk’s Dream» étonnant: en version reggae! Le sax sonne, ondule, cri parfois et c’est irrésistible.

Puis, Hervé Samb fait sonner sa guitare à la manière d’un n’goni sur «Folon» de Salif Keita, tandis que Nicolas Thys et Lionel Beuvens assurent comme de fous une rythmique endiablée.

De «Close To You» (cette douce sucrerie pop que Burt Bacharach a écrit pour les Carpenters), Kummert en fait un bouquet de fleurs. C’est plein de finesse et de tendresse primesautière. D’abord une intro à la boîte à musique, puis un chant délicat… et la magie opère. Les échappées brillantes et fraîches de Jozef Dumoulin, qu’on a tellement l’habitude d’entendre au Fender Rhodes, rappellent ici qu’il est aussi un très grand pianiste.

«Voices» a tourné pas mal en Belgique, autant en Wallonie, à Bruxelles, qu’en Flandre, (histoire de tordre le cou à nos absurdes problèmes communautaires) avec Alexi Tuomarila au piano. Pur plaisir qui, je l’espère, se renouvellera et débordera même hors de nos frontières, parce que  «Voices» s’écoute et se réécoute avec bonheur. Comme une poésie de printemps.

 

A+

 

Les autres poètes du Z Band :

Ptilou’s Blog

Belette et Jazz

Jazz Frisson

Jazz O Centre

Flux Jazz

Dorham's posterous

MysterioJazz

 

05/02/2011

Jazz et frustration

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai l’impression que le temps file de plus en plus vite. Ajoutez à ça un boulot très «chronophage» et voilà des concerts manqués, des disques pas bien écoutés, des livres survolés…


Bien sûr, j’ai trouvé le temps d’aller écouter quelques concerts, mais pas encore trouvé le temps d’en parler. Il y a eu le Nu Band à l’Archiduc, avec Joe Fonda, Roy Campbell, Mark Withecage et Lou Grassi. Intense.

Puis, il y a eu le duo Nic Thys et Dries Laheye au Sounds. Un duo de deux bassistes électriques, ça peut paraître étrange, mais le résultat est absolument somptueux. A voir et à revoir deux fois par mois au Sounds le mardi.

Enfin, il y a eu Aka Moon, qui a rempli les Sounds trois soirs d’affilée.

 

Mais j’ai raté tous les concerts du Winter Jazz et d’autres que j’avais repéré dans divers clubs…

C’est frustrant.

lou grassi, mark withcage, roy campbell, joe fonda, archiduc, sounds, akamoon, nic thys, dries laheye

Et puis, j’aimerais trouver du temps de parler des disques de Mark Dresser, Pascal Niggenkemper,  Pierro Della Monache,  Plaistrow,  Eric Legnini,  Riccardo Luppi,  Jesse Stacken,  Diederik Wissels,  Rafaele Casarono,  Qu4tre,  Youn Sun Nah,  David Linx,  Jean-Marie Machado,  Hugh Hopper,  Wanja Slavin,  Doubt,  Pierre Vaiana, Seb Llado, Marvelas Something, Nicolas Kummert, Tohpati Ethnomission, Francesco Bearzatti et j’en oublie.

 

Trouver un peu de temps pour lire, ou relire, et parler des BD’s Coltrane de Paolo Parisi, Un Piano de Louis Joos, Rebetiko de David Prudhomme, Carlos Gardel de Muñoz et Sampayo… Des bouquins Musiques Electroniques de Guillaume Kosmicki, Tango de Michel Plisson, Life de Keith Richards, Bird de Marc Villard, Dylan par Dylan ou encore Frères de son de Koffi Kwahulé… Un peu de temps pour retranscrire les interviews, voir et parler des films Les Grandes Répétitions de Gérard Patris et Luc Farrari, Just Friends de Marc-Henri Wajnberg

Frustrant…


En attendant que tout ça se remette en ordre, une petite vidéo, juste pour le plaisir…


 

 

A+

 

04/11/2010

Da Romeo - Les coulisses de la liberté

La vie de musicien n’est pas de tout repos. Fin mai, le Festival des Libertés avait proposé à Da Romeo une carte blanche pour le 23 octobre. C’est un délai à la fois long et très court. Un beau cadeau autant qu’un énorme défi. Un concert comme celui-là, ça se prépare. Et l’on s’en rend encore mieux compte lorsque l’on se retrouve plongé au cœur de l’événement. Rendez-vous au Théâtre National samedi 23, le jour du concert, sur les coups de onze heures du matin.

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Les techniciens et roadies sont déjà à pied d’œuvre. On déploie le matériel sur la scène, ça déborde, ça s’étend, ça s’étale et ça s’empile même sur le parterre. Il y a les spots, des flight cases, des câbles en tous genres, des instruments, des tables… c’est un véritable chantier. C’est comme un grand jeu de mécano, un grand puzzle. Chaque technicien sait où il doit placer chaque pièce. Daniel Romeo, orchestre la manœuvre. Il est partout à la fois. Efficace, souriant, apparemment détendu. Pourtant, à l’intérieur, ça doit être un beau stress. Le caractère est bien trempé, il sait où il va, il sait ce qu’il veut et ce qu’il fait, et rien ne transparait. Da Romeo s’occupe de tout, mais aussi de tout le monde. Il a le sens de l’hospitalité. Il sourit. Il est heureux et il m’accueille chaleureusement.

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Eric Legnini est déjà là aussi. Il revient d’Afrique, avant de repartir pour Madagascar et la Martinique pour roder son nouveau projet: Afrojazzbeat (avec - autour de son trio habituel formé par Franck Agulhon et Thomas Bramerie - Krystel Warren (voc), Kyala Nzavotunga (eg), Julien Alour (tp), Boris Pokora (ts) et Jerome Edwards (tb) ). Enregistrement prévu fin novembre. La voix un peu fatiguée. Les dernières répétitions, la veille, ont été intenses. On connait Da Romeo, il ne lâche rien. Il a raison, il ne faut pas se louper car le projet est plutôt ambitieux. 21 musiciens venus d’un peu partout… 21 amis.

Et il aurait aimé en inviter encore plus.

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L’objectif est de mélanger les genres, les influences et les styles, qu’il faut pouvoir gérer,  équilibrer et manipuler avec intelligence pour prouver que toutes les musiques, tous les hommes et toutes les idées peuvent s’entendre. C’est pour cela aussi que Da Romeo a sa place dans ce festival.

 

Dré Pallemaerts arrive à son tour, puis c’est David Donatien, puis Arnaud Renaville et puis encore Paco Sery, blagueur et détendu. C’est qu’il y en a des percus sur le plateau! C’est la réfection que fera d’ailleurs, tout sourire, Yael Naïm lors de son arrivée. Et ce n’est pas fini, Stéphane Edouard installe lui aussi ses différents tambours, tablas, pandeiro et congas au fond de la scène. Juste à côté, Africancuts Amazulu branche ses platines. Les souffleurs sont arrivés aussi. Christophe Panzani teste ses pédales d’effets, Alex Tassel observe, prend ses marques puis s’installe au piano sous le regard amusé d’Eric Legnini et de Bert Gielen qui a déjà installé ses claviers à l’autre bout de la scène. Julien Tassin branche sa guitare sous l’œil intéressé de Nic Thys

Hé oui, il y a vraiment du beau monde.

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Dans le grand spaghetti de fils, chacun s’y retrouve. Incroyable, moi, avec deux fils pour brancher un ordi, je suis déjà perdu. Le grand écheveau de câbles se démêle petit à petit. Des sons résonnent et éclatent d’un peu partout. On accorde les instruments, on tire les peaux, on tend les cordes.


Presque 14 h. Pause déjeuner.


Au retour, la salle est plongée dans l’obscurité. Dirty Monitor effectue les réglages du light show. On projette des images sur les grands panneaux translucides. Des trains défilent, des corps dansent, des architectures se construisent… Les musiciens reviennent un à un pour le sound-check qui commence par les percussions. Pendant ce temps, les trois violonistes et le violoncelliste du High Street String Quartet se sont installés. Nicolas Draps, Nicolas Marciano, Laurent Tardat et François-Jean Yzambart se concentrent pour s’entendre jouer. Michel Herr, qui a assuré les arrangements, s’installe sur un haut tabouret. Rosario Giuliani est arrivé aussi, il rejoint les autres souffleurs, et teste différents micros. Il n’y a pas une minute à perdre. Tout se règle méticuleusement et l’heure tourne vite.

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Nicolas Fiszman, fidèle ami de Daniel est venu aussi pour le conseiller et l’épauler. Entre eux, la complicité et la confiance sont évidentes. Dans un coin, guitare à la main, Yael Naïm répète ses chansons, puis vient s’installer à côté d’Eric Legnini, au piano. Hicham Bilali, avec son guimberi, s’installe à son tour devant le micro. Son chant impose naturellement le silence dans la salle. On a déjà envie d’applaudir. Mais il faut libérer les lieux. Tout est presque au point, mais Daniel Romeo voudrait encore tester quelques sons, quelques mises en places, quelques mises en scène. Non, il ne lâche rien, il ira jusqu’au bout.

Il est presque huit heures… 

Dans l’entrée du Théâtre, il y a de plus en plus de monde. Le public est venu assister aux différents débats, venu voir une pièce de théâtre, venu voir un film, il est venu montrer son intérêt à la défense des droits et des libertés des hommes et des femmes dans le monde. Il est venu pour partager les cultures et les idées, pour démontrer que la fraternité et la solidarité sont une force.

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On se presse devant les portes de la grande salle. Il est 21h.30, le grand rideau noir s’ouvre, le son et la lumière nous sautent au visage. Un son énorme, un son puissant. "Be Fonky Now"! Da Romeo rayonne au centre de cet incroyable band.

Il va chercher Alex Tassel et l’amène devant pour son solo. Panzani plonge à son tour dans un solo rauque et Legnini s’impose dans un break aux accents un peu soul. On bascule ensuite dans une ambiance plus Milesienne, époque "Bitches Brew". Julien Tassin, époustouflant d’énergie et de virtuosité, fait monter la sauce. Son mélange de rock furieux et de blues incandescent fait de lui un guitariste des plus incroyables du moment. Incursion rapide dans le registre rap avec Amazulu aux platines et au micro. Et ça groove à nouveau avec cette fois Rosario Giuliani au son d’un sax pincé. Puis, tout en souplesse, on change de rythmique. Dré Pallemaerts et Nic Thys exposent des couleurs plus jazz avant de reprendre le chemin d’un funk hip-hop à la Herbaliser, soutenu par tout les friends…

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Pendant ce temps, Michel Herr s’installe au pupitre. Le quatuor à cordes entame le Prélude à Vincent. Havre de douceur et de délicatesse. Préambule magnifique pour la ballade que Da Romeo interprète assis. La basse est ondulante et sensuelle. Le bugle de Tassel se fait suave et Legnini, au Rhodes parsème le thème d’étoiles. Avec les cordes en appuis, le band se relance dans un morceau très jungle qui se mélange au trio Thys, Pallemaerts, Legnini. Panzani s’intercale, dans l’esprit d’un Michael Brecker, chaud et tonique à la fois.

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Et ça bouillonne de plus belle. Da Romeo dynamite l’ensemble d’un solo monstrueux, Giuliani s’en mêle et les percus éclatent avec force. C’est un véritable tremblement de terre. Comme un félin, Paco Sery saute sur scène, sanza entre les mains. Il va dialoguer avec Panzani au soprano, puis échange ses phrases avec le quatuor avant d’aller s’installer derrière ses fûts et, en bondissant comme une panthère, instiguer des rythmes afrobeat avec une énergie folle. Stéphane Edouard en rajoute une couche. Dans le public, ça remue, ça danse. Alors, Hisham calme les ardeurs. Seul avec son guimberi, il chante et la salle retient son souffle avant de lui faire un triomphe. Et pour finir en beauté, Yaël Naïm fait son entrée. Après une chanson aux couleurs plutôt folk, elle nous offre son petit dernier "Go To The River", morceau joyeux et sautillant que vous entendrez, à n’en pas douter, sur toutes les bonnes radios. On a le sourire jusqu’aux oreilles. Pour prolonger le plaisir, Da Romeo revient en rappel avec tout le band, plus puissant et déterminé que jamais. Le public en a pris plein les yeux et les oreilles.

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Da Romeo a réussi son pari et la liberté est entre de bonnes mains.

Merci à lui.

 

A+

 

18/09/2010

Mons en Jazz Festival

Petit passage à Mons vendredi 1er septembre pour assister à l’une des deux soirées de Mons en Jazz. Organisé par Aziz Derdouri, le festival a vu le jour en 2000 (en même temps que l’ouverture de son célèbre et regretté K.Fée qui a accueilli un nombre incalculable de jazzmen belges et étrangers). Après avoir épuisé diverses formules (dans les cafés de la ville, sous chapiteau, etc.), c’est désormais dans la petite salle Abel Dubois (où se trouvait jadis la RTBF) qu’Aziz organise l’événement. Si Mons en Jazz cherche encore un peu sa vitesse de croisière au niveau de l’affluence, sa programmation ne dévie pas de l’objectif initial. Elle se veut pointue sans pour autant être élitiste. Est-ce pour cette raison que le public se fait encore un peu trop timide? Il y a pourtant de quoi attiser la curiosité de tous. Ce week-end, il y avait une place pour le jazz de demain (Adrien Volant), une pour le jazz actuel (Voices de Nicolas Kummert, Hermia-Tassin quartet, Qu4tre, Jean-Louis Rassinfosse trio), une belle place pour le grand Hamid Drake et une autre pour saluer le renouveau du jazz british, (on connaissait Polar Bear, Neil Cowley ou encore Robert Mitchell, voici Get The Blessing, anciens musiciens de Portishead). Avouez que l’affiche était alléchante.

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C’est donc le tout jeune quartette d’Adrien Volant (tp) qui ouvre le bal. Voilà de la fraîcheur, de la passion et du talent comme on en redemande. Entouré des non moins prometteurs Guillaume Vierset (eg), Felix Zurstrassen (eb) et Antoine Pierre (dm), le jeune trompettiste semble avoir de l’ambition et déjà une belle idée du jazz qu’il compte explorer. Entre les reprises de John Scofield («I’ll Catch You») et de Freddie Hubbard («Dear John») il glisse quelques compositions originales («Lunatic», «Don’t Eat This Meat») dont l’orientation est assez claire: un dynamique mélange de post bop et de jazz moderne inspiré de la jeune scène new-yorkaise. Et l’envie de remettre l’énergie, le swing et le groove en avant est évidente. Si je vous dis que le phrasé d’Adrien Volant s’inspire autant de Roy Hargrove que de Ralph Alessi, vous imaginez encore mieux l’ambiance? Malgré leur jeune âge, le groupe est déjà bien soudé et l’on sent chez eux un véritable plaisir à jouer ensemble. Un quartette à suivre de très près.

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Deuxième groupe à monter sur scène, Voices de Nicolas Kummert.

J’avoue que, sur papier, le projet me laissait un peu dans l’expectative, mais sur scène, il ne me fallut pas longtemps pour être conquis. Du jazz, du blues, du reggae, du Monk, du Salif Keita, tout se mélange immédiatement avec justesse, intelligence, modernité, équilibre et créativité. On connaissait déjà l’approche bien particulière de Nicolas au sax (un mélange de souffle et de chant) qu’il accentue ici en  poussant l’idée encore plus loin, puisque, cette fois, il chante «vraiment». Ou plutôt, il déclame d’une voix chantante des poèmes de Prévert… ou pas. Hé oui, l’idée première était de reprendre des textes du poète et de les habiller de musique. Mais, apparemment, les ayants droits ont les idées bien plus étroites que l’auteur des «Feuilles mortes». Heureusement, au-delà de cette bisbille, l’hommage persiste et le résultat n’en est que plus beau.

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Entouré d’une solide brochette de jazzmen, Nicolas nous ballade dans un univers bigarré. C’est tantôt chaud, tantôt dépouillé, tantôt incisif, mais c’est toujours excitant. Nic Thys, à la contrebasse, rebondit sur les mots et donne de l’épaisseur au groove dans un jeu d’une étonnante souplesse. De l’autre côté de la scène, Hervé Samb éblouit par la palette incroyablement riche d’émotions qu’il arrive à faire jaillir de sa guitare. Il invente des sons d’une incroyable limpidité. Au blues, il mélange des rythmes africains, des phrases complexes ou des riffs tranchants tout en soutenant un groove lumineux. Alexi Tuomarilla alterne les notes cristallines et les harmonies lyriques dans un jeu brillant et efficace, tandis que Lionel Beuvens colore, de façon parfois subtile ou parfois intense, un ensemble d’une cohérence parfaite. Nicolas Kummert «Voices» est en tournée avec le JazzLab Series en ce moment, et vient de sortir son album chez Prova. Ne ratez rien de tout ça!

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Après un très court moment, la scène est prête pour accueillir l’événement de la soirée: Hamid Drake (dm, perc) et Pascquale Mirra (vib). Entre ces deux amis circule une énergie souterraine intense. En débutant le concert par «Guinea» de Don Cherry, le duo nous plonge rapidement dans une musique hypnotique et subjuguante. Elle est à la fois onirique et organique. Les deux musiciens jouent d’ailleurs pieds nus, sans doute pour mieux sentir les fluides et les vibrations qui traversent la terre… Entre rythmes et pulsions, entre corps et esprit, la communion est parfaite. Évoquant parfois l’esprit d’un Bobby Hutcherson chez Dolphy, Mirra va chercher au plus profond de lui des improvisations mélodiques d’une grande sensibilité. Drake et Mirra dialoguent avec une grâce incroyable. Ils étouffent les sons pour mieux les laisser éclater, resserrent les rythmes pour mieux les délier, dessinent des paysages abstrait pour mieux parler à notre imagination. Les frappes de Drake sont remplies d’histoires, de poésie, de douceur ou de fièvre.

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C’est encore plus flagrant lorsqu’il se met au Bendir. Les deux musiciens sont alors au service de la musique et même, osons le dire, de l’humanité. Leur complicité est aussi forte que leur amitié, et cela se ressent dans leur musique. Moment magique et concert absolument magnifique.

On aurait bien voulu en entendre plus, mais, festival oblige, il faut laisser la place au dernier groupe de la soirée: Qu4tre.

 

Qu4atre, c’est Jacques Pili (eb), Marco Locurcio (eg), Nicolas Kummert (ts) et Lionel Beuvens (dm) - qui remplaçait ce soir l’habituel Teun Verbruggen.

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Ici, les influences rock et pop sont indéniables. On joue d’abord les boucles sombres et évolutives qui rappellent parfois le groupe Morphine et puis on trace sur des morceaux plus «carrés» et efficaces. Parfois aussi, on s’aventure dans le plus sophistiqué (avec «Balthazar», par exemple). Locurcio se fend de riffs qui peuvent rappeler ceux de John Fusciante mais s’évade aussi parfois sur le territoire d’un  Clapton ou d’un Ry Cooder. Jacques Pili, fait gronder une basse solide et agile, Lionel Beuvens maintient la pression et Nicolas Kummert se faufile à travers tout. Qu4tre est efficace et nerveux, il n’y manque plus - peut-être - que la notion de show scénique, histoire d’aller jusqu’au bout de l’idée.

 

Rendez-vous l’année prochaine à Mons ?

 

 

A+

 

26/06/2010

Fast Forward Festival... Rewind

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11 juin, il est près de 21h., Rockingchair vient de terminer son concert. Je l’ai raté. Je croise Fabrizio Cassol excité et ravi de ce qui vient de se produire sur scène. Il y a du monde. 'Son' Festival commence bien. Je rejoins le foyer du splendide bâtiment qu’est le KVS, et croise furtivement Airelle Besson. J’en profite pour me procurer l’album de Rockingchair. Musique aux multiples influences, nerveuse et ondulante, intelligente sans pour autant être intellectualisante, avec un travail remarquable sur le son… je vous le recommande.

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Pour célébrer le 25éme anniversaire de l’enregistrement du mythique «A Lover’s Question», il y a, sur la scène du «Bol», une brochette de musiciens incroyables.

C’est Angelique Wilkie, grande prêtresse à la voix profonde et au flow hypnotique, qui déclame d’abord les poèmes de James Baldwin. Le frisson s’installe. Hervé Samb enchaîne. Son improvisation est subjuguante. David Linx et Sabine Kabongo répondent comme en écho. Chacun dans sa tessiture. Entre contraste et équilibre des styles. Tout se tisse et s’entrelace. La force, la rage, l’amour, l’humanité. L’émotion monte encore d’un cran quand arrive le Brussels Vocal Project qui se réapproprie «The Art Of Love» écrit par le regretté Pierre Van Dormael. Le moment est sublime.

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Comme entraîné dans un mouvement de plus en plus frénétique, Stéphane Galland et Sergio Krakowski au pandeiro (sorte de tambourin brésilien) attisent un dialogue fiévreux. Eric Legnini s’immisce et illumine le propos. Dinozord, danseur caoutchouc, entre dans le jeu. Il rebondit, serpente et enchaîne les figures souples, saccadées ou erratiques. Il épouse la musique. Bette Crijns (eg), Hervé Samb (eg) et Michel Hatzi (eb) fertilisent le terrain, Michel Massot (tuba), Fabrizio Cassol (as), Robin Verheyen (ss, ts) et Laurent Blondiau (tp) peignent l’espace. Tout fusionne. Le spectacle est total.

Alors, la voix de Baldwin résonne. Solitaire. Irréelle…

«Precious Lord, take my hand
Lead me on,
Let me stand
I'm tired, I am weak, I am worn…»

Seul Michel Massot l’accompagne… jusqu’au paradis.

Irrésistible. On en a les larmes aux yeux. Le public est debout, réclame deux rappels et nourrit l’espoir de revoir peut-être un jour ce moment de magie suprême.

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À mon grand regret, je n’aurais pas l’occasion d’assister aux concerts de Sabar Ring, ni de Magic Malik, pas plus que je ne pourrais voir Pitié, les jours suivants…

Mais j’arrive à me libérer pour aller écouter Kartet et le trio de Kris Defoort le 16 juin.

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Guillaume Orti (as), Benoit Delbecq (p), Hubert Dupont (cb) et Chander Sardjoe (dm) s’aiguisent les canines sur «Misterioso» de Monk, puis attaque «Y». L’ambiance est très nue et sèche et le jeu d’Orti très découpé. Le son du piano préparé de Delbecq semble chercher celui du sax. La contrebasse s’associe à la batterie. C’est tendu, tout en polyrythmie. Orti ricoche, rebondit et sautille. Il chante et feule dans son instrument. Il invente des champs et des contre-champs. Le jazz flirte avec une musique cérébrale, contemporaine, puis s’amourache de rythmes africains. Kartet joue souvent avec nos nerfs, titille notre sensibilité, invoque presque l’ennui pour le transformer en un déchaînement excitant. Complexe et diaboliquement précise, la musique de Kartet n’est certes pas évidente mais ô combien intrigante.

En deuxième partie de soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui prend place sur scène.

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Électrocution? Hydrocution?  Le coup est parti tout seul, sans prévenir. Nous voilà plongé à vif dans l’univers polymorphe du pianiste belge.

Le jeune Lander Gyselinck, aux drums, est d’une efficacité redoutable. Il possède un jeu autant félin que massif. C’est roboratif, vivifiant et délicat à la fois. Kris Defoort distille des harmonies profondes qu’il pare de fins motifs. De ses digressions jaillissent souvent des thèmes lumineux. Et quand il se lance dans des mélodies qu’il laisse ouvertes, c’est Nic Thys qui vient nourrir le thème ou conclure l’affaire. Le jeu du trio est extrêmement soudé, éblouissant de maturité et d’idées. L’ambiance est parfois spectrale avant que le groupe ne désamorce l’ensemble par un trait d’humour. Il y a du Monk, il y a de la pop music, il y a des influences contemporaines… il y a du jazz à tous les étages. Ouaté, atmosphérique ou rêveuse, la musique, pleine de tendresse, est en perpétuel mouvement. Elle prend aux tripes et joue avec nos sentiments. Grande écriture et osmose parfaite entre les musiciens, voilà un groupe à suivre, à revoir et à soutenir absolument !

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Une chose est sûre, avec des musiciens tels que ceux-là, on demande déjà une seconde édition à ce Fast Forward Festival.

 



A+

14/05/2010

Si on chantait ?

Tout le monde chante!

Tout le monde ne sait pas chanter, mais tout le monde chante! Du rock, de la chanson française, du rap, de la pop ou… ou du jazz.

Le jazz vocal est aussi diversifié que le jazz «tout court». Il y a autant de style de jazz vocal que de style de jazz. Ça semble assez logique d’ailleurs. Le jazz est en grande partie basé sur l’improvisation. Et l’improvisation, c’est comme une conversation (vous savez ce que vous allez répondre quand vous ne connaissez pas encore la question, vous?).

Une conversation peut être simple, intellectuelle, intelligente, drôle, sans queue ni tête, impertinente, grossière, revendicative…

Elle peut être convenue et banale aussi. Heureusement, pas de ça ici.

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Voici une courte (très très courte) sélection de disques «qui chantent» et que j’ai écouté ou réécouté dernièrement, et qui méritent qu’on y tende une oreille, voire deux.

Stilte, qui sera en concert ce samedi à la Jazz Station (vite, vite, il est encore temps!) est un jeune duo français. Loïs Le Van (Chant) et Aliocha Thévenet (guitare acoustique) se sont connus à Lyon. Le premier s’est «expatrié» en Belgique pour y suivre les bons conseils de David Linx, après avoir travaillé avec Kurt Elling et Thierry Péala, entre autres. Loïs, fait également partie de l’excellent ensemble «Brussels Vocal Project». Aliocha s’est d’abord nourri de la guitare classique avant d’aller croquer du rock, de la musique contemporaine et du jazz.

Un duo, ça peut paraître austère, surtout que Stilte s’est fixé une ligne de conduite qui pourrait sembler étroite. Pourtant… Pourtant, l’alchimie qui naît entre nos deux musiciens fonctionne à merveille, et elle est, évidemment, indispensable à la réussite de cet exercice périlleux. Le sens des mots se mélange au sens des sons. La voix de Loïs suit les méandres des harmonies, égrainées avec beaucoup de sensibilité par Aliocha. Il émane de ce chant une couleur toute particulière, et de cette voix, une sensibilité et une fragilité touchante. Le groupe cultive le sens de la poésie, y mélange les vocalises et les paroles en formes de montagnes russes, sans jamais tomber dans la démonstration. C’est tantôt joyeux et frais, tantôt plus introspectif. Le duo nous emmène dans un joli voyage poétique où l’on se surprend à respirer. Un peu comme lorsque l’on ouvre la fenêtre d’un train qui traverse tranquillement une campagne ensoleillée.

Dans un autre style, Nathalie Natiembé (j’en entends déjà crier: «C’est pas du jazz, c’est pas du jazz!»…) possède une voix qui vient vous chercher. Une voix légèrement voilée, un peu abîmée par la vie. Une voix grave et patinée. La musique oscille, la plupart du temps sur des rythmes lancinants, entre blues et désillusion. Les textes sont pétris d’images fortes et de combats, chantés en créole réunionnais, ce mélange d’africain et de français phonétique. L’arrangement musical vous prend au ventre dès les premières minutes. Il faut dire que Nathalie Natiembé s’est entourée, pour ce disque, de la paire Cyril Atef (perc) et Vincent Ségal (violoncelle électrique), autrement dit: de Bumcello. Du coup, malgré l’ambiance assez lourde, on y retrouve toute la luminosité d’un groove contenu. On se balade dans un blues des îles en quelque sorte, celui de l’Île de la Réunion. Pas de World Music ici (du moins dans le sens galvaudé utilisé actuellement) mais une fusion entre un chant ethnique et un son très actuel.

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J’ai ressorti aussi l’album de Barbara Wiernik, «Soul Of Butterflies». Et j’y ai pris beaucoup de plaisir. Du moins en partie. Barbara a une voix magnifique et une technique irréprochable. Sa musique douce-amère nous fait voyager entre le bonheur, la douceur et la mélancolie. Elle est accompagnée magnifiquement par Tuur Florizoone (acc) qui donne une couleur indélibile à l’ensemble de l’album, Fabian Fiorini (p), Laurent Blondiau (tp), Nic Thys (cb) et Yves Peeters (dm). La plupart des titres, chantés en anglais, font mouche. J’ai un peu plus de mal avec les titres français. Trop alambiqués? Trop «chanson française» pour moi? Je ne sais pas, mais j’accroche nettement moins. Par contre «My Old Man» (de Joni Mitchell), en duo avec un éblouissant Nicolas Thys à la contrebasse, «You Don’t Know What Love Is», et surtout «Army Dreamers» (de Kate Bush) sont de pures merveilles. À venir découvrir sur la Grand Place de Bruxelles lors du prochain Jazz Marathon pour vous faire votre propre opinion.

Découverte, pour moi, de l’univers de Claudia Solal. On adhère ou pas, c’est selon, mais moi, j’y ai plongé avec délectation. Claudia Solal (oui, oui, la fille de Martial) chante comme on raconte les histoires de Lewis Carroll. Sa voix est comme hantée par l’opéra et la comédie musicale. Elle flotte au-dessus d’une musique étrange, mystérieuse et pleine de sensations. Benjamin Moussay y distille des notes de piano aux reliefs décalés, y injecte des bruits épars, des mots volés et des rires d’enfants. Joe Quitzke (dm) déstabilise les rythmes, les habille d’ornements insolites. Jean-Charles Richard dépose d’élégantes et lyriques phrases au saxophone (baryton ou soprano). Parfois, une touche de violon ajoute au côté désuet de l’aventure avant que la rythmique ne nous renvoie dans un tempo groovy et contemporain. On est happé par le tourbillon de «Blocks», on titube sur les recherches éthyliques et brumeuses de «But The Birds Above», on est intrigué par le long poème/suite plein de chausse-trappes de «The Winter Of Our Discontent» (inspiré de Shakespeare). Bref on nage dans un univers fantasmagorique, sensuel et excitant. Alors, on se réécoute l’album et l’on découvre encore de nouvelles histoires cachées. Des histoires sans fin. Un vrai délice.

 

On va s’arrêter ici pour l’instant (la suite, ce sera pour plus tard). Juste le temps de vous dire, et pour terminer en chansons, que Mélanie De Biasio sera le 24 au Music Village et le 25 à Charleroi, Véronique Hocq le 20 à Soignies et le 28 à Chapelle-Lez-Herlaimont et Chrystel Wautier le 27 au Rideau Rouge à Lasne…

 

A+

 

25/10/2009

Robin Verheyen, Stépahne Galland et Nicolas Thys au Roskam

Dimanche 11, beaucoup de monde, dont pas mal de musiciens, se pressent dans le bar de la rue de Flandres : le Roskam. On y vient peut-être comme pour y prendre une leçon ou, en tout cas, pour partager un moment de très bonne musique.

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Robin Verheyen (ss, ts), qui fait l’aller-retour entre New-York et l’Europe avait convié Nicolas Thys (elb) et Stéphane Galland (dm) à le rejoindre sur scène. Robin vient de sortir, chez Pirouet, un nouvel album avec Bill Carrothers, Dré Pallemaerts et Nicolas Thys, qu’il présentera en Belgique et en France début novembre, (soyez attentifs).

Le trio se lance dans une musique sans concession, avec une seule idée en tête: le plaisir. Plaisir de chercher ensemble, de se surprendre, de créer et d’improviser. Bref, le plaisir de faire du jazz. Robin explore toutes les possibilités de son ténor ou de son soprano. Avec un penchant pour les notes pincées, hautes et aigues, amenées avec intelligence par de nombreuses circonvolutions rythmiques, plus riches les unes que les autres.

Il faut dire que Robin a côtoyé Pierre Van Dormael assez longtemps. Celui-ci a sans nul doute influencé son jeu ainsi que sa façon d’élaborer les thèmes. D’ailleurs, Verheyen lui rend hommage plusieurs fois ce soir (avec «Entre les étoiles» et «Linux», entre autres). Résultat: thèmes complexes, polyrythmies en pagaille et énergie communicative.

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Bien sûr, Stéphane Galland n’est pas là pour calmer les tensions. Sur «New York 1 & 2», rythmiquement déjà assez complexe, Stéphane s’amuse à jouer un peu avant, un peu après le temps. Vous savez, ce petit quart de moitié de centième de seconde qui rend le jeu encore plus périlleux, encore plus osé. Et quand c’est contrôlé de telle façon, c’est encore plus excitant et encore plus beau. Il remettra ça plus tard avec «Colors», dans le plus pur style d’Aka Moon. Il se lance à la recherche d’un motif qu’il triture dans tous les sens avec une aisance confondante. Le jeu, pour en être énergique, n’en est pourtant pas moins souple. Stéphane me dira plus tard qu’il travaille beaucoup sur la respiration ces derniers temps. Ce qui lui permet d’encore mieux dominer ses attaques et d’avoir un jeu tout aussi incisif et puissant (parfois plus) tout en contrôlant mieux son énergie. Sur ce même thème («New York 1 & 2», donc), il faut aussi entendre la basse obsédante de Nicolas Thys qui tient le cap, comme le capitaine d’un  bateau en pleine tempête, pendant que Robin joue tout en arabesques.

Le trio se fera aussi quartette sur deux titres avec l’arrivée de Jean-Paul Estiévenart à la trompette. Il s’intègre rapidement au groupe sur «Lilia», de Nascimento, (on connaît aussi l’admiration de Robin Verheyen pour Wayne Shorter), avant de transfigurer un thème aux influences plus «bop» écrit par Nicolas Thys: «Long Island City». Le jeu est clair, presque léger. Une souplesse qui contrebalance à merveille les solos telluriques de Galland.

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Avant de terminer par un bouillonnant «Roscoe Project» et  un «You Don’t Know What Love Is» totalement métamorphosé en rappel, il faut aussi souligner les moments plus lyriques, voire méditatifs, comme «Africa» introduit à la flûte par Robin, ou encore «Dr. Pierre» dans lequel Thys nous gratifie d’une improvisation absolument magnifique, confirmant chez lui un sens profond de la mélodie.

 La formule inédite de ce trio est totalement convaincante et les deux sets de très hautes tenues étaient là pour le prouver. On en redemande. Merci pour la programmation, Adib, et merci le Roskam.

 

A+

 

21/07/2009

Brussels Jazz Marathon 2008... (Never too late...)

Mon Jazz Marathon, c’était aussi le concert du vendredi soir (le 29) sur la Grand Place de «The Groove Thing» avec Jef Neve (Orgue Hammond), Nicolas Kummert (ts), Lieven Venken (dm) et Nic Thys (eb).

Je les avais vu l’année dernière lors du même Jazz Marathon (Place Ste Catherine) et j’avais manqué leur enregistrement «live» à l’AB en avril. On attend le disque avec impatience, même si c’est assurément sur scène qu’il faut profiter de ce moment de bonheur. Car cette énergie débordante et ces groove font un bien fou.

Ce soir, The Groove Thing n’a pas failli à sa réputation malgré un son un peu moyen qui étouffait un peu cette explosivité.
Car sur scène, nos quatre jazzmen se dépensent sans compter.

Jef est intenable à l’orgue, il se lève, se déhanche, grimace et s’évade dans des solos démentiels.
Et il est soutenu par une sacrée rythmique: Nic Thys, impérial dans la «pulse» - qui intervient également dans des solos d’une musicalité et d’une puissance fabuleuses - et Lieven Venken, frappe sèche et sûre, toujours prêt à sauter dans le bon wagon.

Et puis, il y a Nicolas Kummert qui fait hurler son sax entre deux hoquets et éclats de voix. Il chante de plus en plus dans son sax (un peu comme le faisait Roland Kirk) et donne ainsi une couleur toute personnelle à son jeu. 

Vivifiant.

Trop crevé toutefois pour aller écouter Egon. Ce sera pour la prochaine fois, car, ici aussi, c’est un groupe qu’il faut absolument tenir à l’oreille !


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Le samedi (30) après le concours des jeunes talents, je reste sur la place Fernand Cocq pour écouter Greg Lamy (eg).
Je n’avais plus entendu ce quartette depuis pas mal de temps et je dois dire qu’il gagne en cohésion et en force.
Le groupe (Gautier Laurent, cb - Jean-Marc Robin, dm - Johannes Müller, ts) a pas mal tourné ces derniers temps et cela s’entend.
Il vient même d’enregistrer (à Cologne) un album qui devrait sortir début septembre. Il faudra y être attentif, car avec ce que le quartette nous a montré sur scène, on ne peut qu’espérer le meilleur.

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Le saxophoniste allemand Johannes Müller n’est sans nul doute pas étranger à cette réussite. Un jeu musclé et souple à la fois, des solos riches, un son gras et fort. Un son ample, à la manière de ces bons vieux hard boppers, qu’il contamine d’accents bien modernes.

Pour l’occasion, le quartette invite Brenda Mada, une toute jeune chanteuse de 12 ans éblouissante de maturité.
Elle vous scatte Ella avec une facilité déconcertante.
Le plus étonnant pour son age est, au-delà d’une présence merveilleuse, une voix extraordinaire.
Prions pour qu’elle garde cette fraîcheur et cette spontanéité le plus longtemps possible, cela fera d’elle une superbe et grande chanteuse de jazz.

Le dimanche (31) après-midi, l’affiche concoctée par les Lundis d’Hortense était très alléchante.


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Take The Duck d’abord, toujours aussi énergique et sans compromis.
Entre Daniel Noesig (tp) et Toine Thys (ts) l’entente est évidente et nos deux soufflants sont soutenus (propulsés ?) par un  Robert Jukic (cb) plein de ferveur et un Sean Carpio (dm - vu avec Mikkel Ploug) au jeu claquant.
Ajoutez à cela l’inimitable sens de la communication et de la dérision de Toine et votre bonheur est total.
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C’est ensuite au tour du toujours fantastique Trio Grande de faire danser la Grand Place noire de monde, au son de leur jazz très festif.
Et ce n’est pas les quelques problèmes de son qui empêcheront leurs délires.


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On reste dans le «dansant» avec Charlier-Sourisse.
Avec eux (Benoît Sourisse à l’orgue Hammond, André Charlier aux drums, Pierre Perchaud à la guitare et au banjo et Emile Parisien au sax) on traverse une bonne partie de la Nouvelle-Orléans.
On passe en revue les fabuleux thèmes («At The Junk Joint», «Trompe-Oreille», «Celebration Station», «Congo Square» et d’autres) de leurs deux derniers albums («Eleven Blues» et «Heritage»).
Un groove d’enfer, un jeu explosif, un enthousiasme débordant, comment ne pas aimer le jazz après ça ?
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Et pour finir ce marathon dans un tout autre style: Darwin Case.
Jazz électrique et électro.
La bande à Xavier Rogé donne dans le gros son et la puissance.
Sur le fond de la scène sont projetés les dessins (improvisés en temps réel) de Sébastien Lucas. Ceux-ci accompagnent la musique très tendue et souvent très ouverte du quartette.
Spectacle total.
Rogé impose son drumming tellurique et polyrythmique sur lequel Alexandre Cavalière déchire des accords et des phrases improbables sur son violon plus électrique que jamais. Les claviers des Benoît Caudron et la basse électrique de Jean-Luc Lehr (en remplacement d’Olivier Stalon) font le reste.
Explosif !
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Mais, l’heure, c’est l’heure et il faut arrêter la fête.
Déçu, Cavalière restera encore longtemps sur scène, prostré et muet alors que le public en redemandait encore.

L’année prochaine, on ne pourrait pas éteindre les lumières un tout petit peu plus tard ?

A+

09/05/2009

Robin Verheyen Quartet au Sounds


J’avais vu le quartette de Robin Verheyen, il y a plus ou moins deux ans au Hnita Hoeve. C’était le début de l’aventure.
La formule était toute neuve et le groupe allait enregistrer son premier album quelques jours plus tard.

On connaît le résultat: «Painting Space».
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Depuis, le groupe a pas mal tourné ('pas assez… jamais assez' me diront Dré et Robin), et, à la contrebasse, Nic Thys a remplacé Rémi Vignolo (devenu maintenant batteur à plein temps).
Et voilà notre quartette à nouveau sur les routes d’Europe avec un nouveau répertoire.
Et cette fois-ci encore, un enregistrement a eu lieu: à Munich cette foi, pour le label Pirouet, sur lequel Nic Thys et Bill Carrothers ont souvent enregistré. (Entre parenthèses, Virgo, dernier album de Nic Thys est un petit bijou).

Au Sounds, pour deux soirs de suite, Robin Verheyen, Dré Pallemaerts, Nic Thys et Bill Carrothers nous ont servi un jazz actuel de très haute qualité.

Vous en doutiez ?

Cohésion, énergie, surprises et plaisir de jouer ensemble sont les ingrédients de cette réussite. Sans oublier le talent de chaque musicien, bien sûr.

Mentirais-je si je vous dis que Robin fut, une fois de plus, éblouissant ?

Investi et toujours concentré, il est explosif au soprano sur «For E».
Il fait siffler ou trembler l’anche de son instrument.
On décèle parfois cette petite pointe d’aigreur dans le son qui rappelle un peu Steve Lacy.
Puis, il se fait plus lyrique, avec cette faculté de développer des thèmes sinueux, de dessiner des phrases tortueuses, d’inventer un langage à la fois complexe et fluide et, du coup, accessible.
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Le croirez-vous, si je vous dis que Bill Carrothers est de ceux qui inventent continuellement?
Nonchalamment assis au piano, il revisite inlassablement les fondements du jazz pour les remodeler de façon très contemporaine.
Le jeu est précis, vif et incisif. Bourré d’énergie.
Il faut l’entendre dialoguer avec Dré Pallemaerts sur «TGV», par exemple.
Il existe une telle complicité entre ces deux musiciens, qu’ils jouent les yeux fermés.
Les références et les citations parsèment chaque thème, histoire de toujours nous rappeler d’où l’on vient.

Après un «Na» très tranchant, presque déstructuré, fluctuant sur des métriques originales et exigeantes, le quartette se montre d’une tendresse et d’une délicatesse absolues sur le très mélancolique «Wherever The Parth Leads You».
C’est sur un morceau comme celui-là que l’on se rend compte du jeu très chantant et mélodieux de Nic Thys. Un phrasé court et pourtant profond. Une rigueur toute musicale qui renforce encore la cohérence des morceaux.
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Avec tout ça, le quartette n’a aucune difficulté à imposer au public le silence et une écoute attentive.
«Painting Space» est tournoyant, «New York Heights» est hypnotique, «On The House» est satanique et foutrarque.

Et puis il y a encore un long morceau évolutif et onirique joué à la flûte ou simplement sifflé ainsi qu’un «Long Island City» aux allures de charleston qui finissent de démontrer l’évidente originalité du quartette.

Robin a tout compris des arrangements, des nuances, des formes, de l’énergie et… de la présentation et de la présence sur scène.

Il n’y a pas à dire, le talent et le travail, ça paie.
 
A+

15/02/2009

Hommage à Pierre van Dormael au Théâtre Marni

Rattrapons le temps perdu ! (Premier épisode)

Mercredi 28 janvier avait lieu le deuxième hommage des jazzmen à Pierre Van Doermal.
Cette fois-ci, cela se passait au Théâtre Marni.
Comme au Sounds précédemment, l’endroit était archi plein et une grosse partie du public n’avait plus trouvé que les marches des gradins pour s’asseoir.
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Premier groupe sur scène: Octurn, qui nous rappelle sa collaboration avec Pierre en 2006 avec «North Country Suite». Travail basé sur la musique de Bob Dylan (plus précisément «Girl From The North Country» de l’album «Nashville Skyline»)

La musique parfois complexe de Pierre est d’une intensité rare.
Si elle semble parfois s’envoler dans toutes les directions c’est sans doute pour mieux s’enchevêtrer. Les lignes mélodiques et harmoniques se développent, se nouent, se libèrent.

Et jouée par Octurn, la musique garde toujours cette pulsion et cette tension sans faille.

Ce soir, Guillaume Orti est, une fois de plus, éblouissant dans ses interventions.
Tout comme Bo Van Der Werf, distribuant un jeu fluide et fiévreux.
Chander Sardjoe passe allègrement de la polyrythmie à un jeu délicat aux balais ou à celui, très nerveux, de la jungle.
Laurent Blondiau, Jozef Dumoulin, Fabian Fiorini, Nic Thys et Jean-Luc Lehr alimentent tout au long de la prestation un flux rythmique riche et puissant.

Nicolas Fiszman et Kevin Mulligan viennent ensuite interpréter «Love Me Always» dans un esprit blues-folk.
La voix de Mulligan est toujours aussi profonde et chaude.
Fiszman s’accompagne d’une belle et étrange guitare au son grave (il s’agit d’une guitare baryton - entre la guitare et la basse - (accordée en «si») comme me l’apprendra bien plus tard Nicolas lui-même).
Moment sensible, un peu trop court, d’une extrême poésie.
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La poésie est à nouveau au rendez-vous avec Hervé Samb, Lara Roseel (b) et David Broeders (dm) qui avaient accompagné Pierre lors de ses derniers concerts (notamment au Gent Jazz l’été dernier).
Mélange subtil de douceur et d’âpreté.
De gaîté et d’affliction. De soleil et de fraîcheur.
Le jeu de Samb est lumineux, précis et sans esbroufe.
Et celui de Broeders à la batterie est délicat et plein de finesse.

Même si Pierre n’est plus là, il serait bien que cet ex-quartette continue à répandre sa musique ou, pourquoi pas, à continuer à creuser dans cette veine.

Après le break, Vivaces entame le deuxième set.
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Anne Wolf et Kris Defoort au piano, Nicolas Kummert, Bo Van Der Werf et Manu Hermia aux saxophones, Stéphane Galland et Michel Seba aux percus, Hervé Samb à la guitare et… Nicolas Lherbette (edit. Merci Christine) à la basse électrique.
«Rue 6», «Estelle sous les étoiles» et «Otti 1er» résonnent de belle façon.
Toujours bouillonnante et pleine d’énergie, toujours prête à changer de couleurs et de rythmes la musique nous balade sur le fil de nos émotions.
On ne s’ennuie pas une seule minute.

Avant d’accueillir Aka Moon, Philippe Decock interprète
en solo au piano la musique du prochain film de Jaco Van Dormael, «Mr Nobody», écrite par Pierre.
Un esprit classique, entre Debussy et Satie, entre Ludovico Enaudi et Michael Nyman.

Et puis, c’est Aka Moon, ou plutôt… Nasa Na ?
En effet, au trio s’est ajoutée Bette Crijns (Atatchin), jouant dans un style proche de celui de Pierre (elle fut son élève aussi). Impressionnant.
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Aka Moon est en forme. Tempos flottants, entente parfaite, débauche d’énergie contrôlée… On est subjugué.

On est subjugué aussi par le jeu de Stéphane Galland.
Il alterne le jeu sec et droit à celui du rubato et de la polyrythmie.
Il invente sans cesse.
Michel Hatzi et Fabrizio Cassol en profitent.
David Linx les rejoint pour un morceau mi-scatté, mi-chanté.
Ça vole haut.

Et pour le final, David Linx a invité une belle brochette de jeunes chanteurs (avec qui il travaille au conservatoire) pour un «The Art Of Love» a cappella extrêmement émouvant.
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Nul doute que la musique de Pierre Van Dormael continuera longtemps encore à influencer le jazz actuel.

Et d’ailleurs, rappelons que les recettes des entrées de ce concert ont été intégralement consacrées au financement de l’impression professionnelle de son livre «Four Principles to Understand Music».

Merci encore, Pierre.

A+

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
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C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
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Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
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Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
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On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
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Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+

14/06/2008

Jazz Marathon 2008 (Enfin!)

Et le Brussels Jazz Marathon, c’était comment ?

C’est vrai ça, avec toutes ces activités, je n’ai pas encore eu le temps de vous raconter mon parcours durant ces trois jours.
C’était les 23, 24 et 25 mai. Déjà !
Je vais essayer de rattraper le temps perdu.
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Vendredi soir, temps ensoleillé, direction Place Ste Catherine.
Je voulais absolument voir The Groove Thing, de Jef Neve et Nicolas Kummert.
Sur place, je rencontre toute la petite bande de Slang qui se prépare à jouer juste après.
Manu Hermia revenait d’une tournée en France avec Rajazz, visiblement satisfait.

Sur scène: The Groove Thing porte bien son nom, car, pour groover, ça groove.
Lieven Venken aux drums, Nic Thys à la basse électrique et devant, Nicolas Kummert au sax incandescent et Jef Neve à l’orgue Hammond bouillonnant.
C’est roots en plein ! Entre soul, bop et r&b…  Jamais un gimmick pop vulgaire ou racoleur comme on peut parfois en entendre avec certaines formations qui surfent sur la vague revival.
Ici, ça joue vrai.
On est proche de Lonnie Smith, Jack Mc Duff ou de Jimmy Smith.
Kummert rappelle parfois un Rashaan Roland Kirk lorsqu’il «délire», souffle, respire, parle ou chante dans son ténor. Il y ajoute de temps en temps des effets de disto. C’est chaud et c’est sexy, et ses duels avec Jef (intenable) sont étincelants.
À retenir, à revoir… à suivre !
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Après une courte pause, Slang investit la scène (qu’ils ont décoré de jolies fleurs) et déverse un gros son: énergique et puissant. On connaît la formule, mais on reste ébahi devant une telle vitalité.
Michel Seba est monstrueux aux percus lorsqu’il entre en transe. François Garny, à la basse électrique, assène des tempos saignants. Manu Hermia, au sax et à la flûte, se démène comme un diable dans ce tourbillon de musiques africaines, indiennes, arabes, rock ou reggae. La foule s’est agglutinée au-devant du podium. Elle ondule, bouge, saute et danse aux rythmes des impros parfois énergiques, parfois hypnotiques.

Une fois ce concert terminé: direction le Walvis, au bout de la rue Antoine Dansaert.
Je voulais absolument écouter le groupe du batteur (que je croyais Néerlandais, mais qui, en fait, est Anversois) Yvan Van Nistelrooy.
Hard bop ou post bop, avec une tendance à aller parfois vers le free-bop. On frise même parfois le jazz rock avec les interventions de Peter Verhelst à la guitare électrique.

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Devant, l’excellent trompettiste Iwan Cotton (qui joue un peu dans l’esprit de Dave Douglas) échange des phrases fiévreuses avec Roel Van Hoek à l’alto.
Toutes les compos sont de Van Nistelrooy, et l’on sent chez lui les inspirations de Miles (période électrique), Coltrane, Philly Joe Jones, mais aussi de Hamid Drake. Bref un large spectre d’influences.

J’arrête là ou je continue ?
Je rentre, ou je ne rentre pas tout de suite?
Allez, un petit saut à l’autre bout de la ville: le Sounds.

Chouette ! Je trouve facilement une place pour me garer.
Chouette ! C’est le break et je peux me faufiler assez près de la scène du club archi-bondé pour voir le quintette de Rosario Giuliani.

Et là, je n’ai pas regretté le voyage !
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Exceptionnel.
Il est plus d’une heure trente du matin et  Rosario Giuliani, Falvio Boltro, Dado Moroni, Luca Bulgarelli  et Benjamin Henocq jouent avec une fougue, une vigueur et une lucidité hallucinantes.

Le grand Dado Moroni, qui soulève même le piano avec ses longues jambes, fait vibrer l’instrument comme un fou. Boltro joue toutes les couleurs de la gamme. Gras, aigu, souple, sec, en rafale ou en longues notes, il répond et renchéri aux assauts de l’infatigable Giuliani.
L’un comme l’autre ne veut pas abandonner. Chacun veut avoir le dernier mot.
Dans cette lutte fratricide, Henocq imprime un rythme tranchant, d’une justesse et d’une précision diaboliques. On atteint des sommets !
Bien sûr, on joue beaucoup de notes, énormément de notes, mais aucune n’est inutile.
Quel esprit «jazz», quelle débauche d’énergie. Ça joue et ça s’amuse.
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«That’s jazz ! Real Jazz!»
C’est ce que l’on se dit sur le trottoir après le concert avec Erik Vermeulen, Nicolas Kummert, Mélanie De Biasio, Alexis Tuomarilia et d’autres encore…

Samedi, rendez-vous sur la place Fernand Coq pour le concours «XL Jazz Jeunes Talents». Comme l’année dernière, je me retrouve dans ce sympathique jury, avec Jan De Haas, Fabien Degryse, Pirly Zurstrassen, Jacobien Tamsma, Etienne Richard et Henri Greindl.

Le batteur Guillaume Palomba et son quartette ouvrent les «hostilités».
Ce sera un spécial Monk. C’est déjà une preuve de très bon goût. «Eronel», «Criss Cross» ou encore «Ugly Beauty» se succèdent. Malgré de belles interventions du guitariste, Simon Martineau, le groupe ne se lâche pas vraiment et cela reste un peu académique.

Egon, le deuxième groupe, drivé par Louis Favre (batteur également), développe un jazz très rock… voire du rock très jazz. Les plages atmosphériques, mâtinées d’électro (Joachim Searens), succèdent à des moments plus vifs et accrocheurs. Steven Delannoye (as) et l’excellent guitariste Simon Witvrouw font rapidement monter la pression. On sent une belle cohésion et une belle personnalité poindre dans cet ensemble qui fera sans doute encore parler de lui.

Mais le gagnant, car il faut un gagnant, sera Bansuri Collective (ou Collectif… on ne sait plus). Cette fois-ci, le leader est contrebassiste: Ruis Salgado. Il est l’auteur de presque tous les titres. Il mélange subtilement les genres, allant du swing au groove très actuel. Les mélodies sont sinueuses, parfois complexes, mais toujours lumineuses. Il faut signaler le drumming singulier de Frederik Meulyzer, qui recevra d’ailleurs, et à sa grande surprise, le prix du meilleur «soliste».

Je ne m’attarde pas pour écouter le trop caricatural groupe The Dominos et je préfère pousser une pointe jusqu’à Flagey pour écouter Andreu Martinez, toujours aussi punchy, et aussi le trio de Nathalie Loriers.
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Quel bonheur de la revoir dans cette formation.

Avec Philippe Aerts (cb) et Joost Van Schaik on retrouve le jeu à la fois lyrique, tendre mais aussi très affirmé de Nathalie.
Au programme un «Someday My Prince Will Come» aux arrangements assez surprenants, un «Forward» très swinguant, un «Walking Trough Walls» dépouillé et nocturne (des inflexions qui rappellent parfois Petrucciani?), un «Mémoire d’O» enlevé, ou encore un sensuel «Ligne Calire», au tempo moyen, dans un esprit assez Jamalien.
Que du bonheur.
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Sous la pluie (ben oui, sinon, ce ne serait pas vraiment le Brussels Jazz Marathon), je remonte vers le Théâtre Marni pour prendre une Orval et une petite dose de The Groove Thing.
Gros succès.
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Puis je rejoins le Sounds, toujours comble, pour profiter encore du quintette de Giuliani.
C’est toujours aussi impressionnant.

Dimanche après-midi, sur la Grand Place, il faut chaud et ensoleillé.
Dingue !
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Jacques Piroton, guitariste dont on sous-estime trop souvent l’immense talent présentait son nouveau quartette.
On connaît l’affection de Jacques pour le jazz rock à la Bill Frisell, Jimi Hendrix ou même Scofield.
C’est tout ça que l’on retrouve, mais travaillé à la sauce Piroton: des riffs tranchants, des solos précis et agiles et des envolées explosives. Jan De Haas à la batterie, Benoit Vanderstraeten en soutien efficace à la basse électrique et surtout un sensationnel Fabrice Alleman à la clarinette et clarinette basse terminent de nous convaincre.
Voilà un mélange peu commun et un résultat qui vaut vraiment le coup d’oreille.
Piroton va enregistrer cet été en… acoustique ! Très curieux d’entendre ça.
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VVG Trio, à savoir Bruno Vansina (as), Teun Verbruggen (dm) et Gulli Gudmundsson (cb) avaient invité Magic Malik et Nelson Verras à venir jouer avec eux.

Peut-être plus à l’aise en salle, où le groupe peut installer plus aisément ses climats étranges, le quintette nous a quand même montré une belle palette de thèmes riches et parfois complexes («Tokio Quantize», «Moon Under» ou encore «In Orbit»).

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Pour finir cet intense week-end de jazz : le Brussels Jazz Orchestra sous la direction de Michel Herr.
Deux longs sets efficaces, swinguants et éclatants.
Les riches compositions du pianiste belge («Song For Lucy», «Bad Fever», «New Pages», etc.) sont servies avec panache par le Big Band.

Haaaaa… l’ostinato de Nathalie Loriers, ou les solos de Pierre Drevet (bugle) et de Kurt Van Herck (as)  sur «Song For Micheline», ce rythme galopant sur «Extreme», la guitare de Peter Hertmans, les interventions de Bart Defoort ou Frank Vaganée sur «New Era»…
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Le BJO n’a plus rien à prouver et l’on aurait pu le laisser jouer un peu plus longtemps encore, mais les règlements stricts de police ne sont pas toujours compatibles s avec l’esprit de fête du Jazz Marathon.
Une petite heure de plus l’année prochaine… Hum ?


A+

28/11/2007

Certified 31% Evil - Jazz Station

La Jazz Station se remplit peu à peu pour finalement faire presque salle comble.
C’est plutôt encourageant quand on connaît la programmation habituelle du club et le genre de groupe invité ce soir.
La Jazz Station prouve ainsi qu’elle n’a pas froid aux oreilles et qu’elle n’a pas peur de l’éclectisme.
Tant mieux.

Car ce soir, c’est free jazz.
Et Certified 31% Evil est certifié 100% free.

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Certified 31% Evil est une belle équipe réunie autour du remuant batteur, et initiateur du projet, Teun Verbruggen.
A la contrebasse : Nic Thys, à la guitare : Jean Yves Evrard, au piano : Erik Vermeulen, aux saxes : Toine Thys et Andrew D’Angelo (entendu aux côtés de Jim Black, Kurt Rosenwinkel…ou dernièrement à Jazz Middelheim avec Nic Thys et les 68 Monkeys).

Ce soir, l’impro est donc totale.


Chacun démarre sans savoir où il va.
Puis il écoute l’autre, va poser une phrase, change de chemin.
Tout le monde se cherche et peu à peu le tourbillon prend naissance.
La musique monte en cercles concentriques.
Comme une onde infinie.
Elle fait des circonvolutions.
Se construit sur presque rien. Surtout sur elle-même..
Elle monte en puissance.
Une terrible puissance initiée par un D’Angelo intenable.

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Les musiciens sculptent les sons comme dans un granit brut. Les éclats jaillissent de partout. Toine Thys ponctue les formes brutes du saxophoniste New Yorkais, comme pour polir les angles.

A la guitare, Jean Yves Evrard - tantôt sur la scène, tantôt devant – cisèle le son à la lame de rasoir, tandis que Teun et Nic maintiennent une pression lourde.

Après avoir atteint des sommets quasi orgasmiques, les notes scintillantes et cristallines du piano viennent offrir un contraste saisissant dans un silence soudain.

Erik Vermeulen frotte, gratte, étouffe les cordes de son piano.
On joue sur les couleurs, les sons et les souffles.

Le temps d’un instant, D’Angelo échange son sax contre une clarinette basse.
Le climat change.
Puis, à nouveau, les saxes crient, hurlent et crissent.
C’est exubérant, exaltant, énergisant…sonnant.

Le deuxième set débutera de manière plus intime.
L’énergie est contenue, voire retenue. La forme est plus grasse, plus ronde. Les cycles plus longs.

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Au paroxysme d’un mouvement, le piano s’encanaille avec la batterie.
Le dialogue est sec, rugueux et nerveux.
Tout devient prétexte à faire de la musique : verres, guimbarde, clochettes, grelots, tamtam. Les rythmes se construisent pour s’effilocher aussitôt.
D’Angelo éclabousse tout le monde. Il est omniprésent.

Evrard impose alors un ostinato oppressant et hypnotique.
Et doucement, la fièvre retombe.

Quel voyage. Quelle montée d’adrénaline.

Je prends un peu l’air, discute avec Mwanji, Nath, Céline ou Christine.
Puis avec Erik, pour essayer de comprendre comment ça se passe dans la tête des musiciens, comment ils tressent cette musique totalement libre.

Fascinant mystère.

Tout le monde décide d’aller jammer au
Sounds.
Il est déjà tard, la journée a été longue et la semaine sera éprouvante.
Mais on trouve l ‘énergie où l’on peut…alors je les suis.

A+

23/09/2007

Klara Festival - Pierre Vaiana

Dans la série des concerts du Klara Festival, Pierre Vaiana avait également été convié à une «carte blanche» pour les « Late Nights ».

Pierre en a profité au maximum en présentant un « groupe » à géométrie variable. Il avait décidé, en effet, de faire des mélanges et de jouer les métissages. Chose qu’il adore et qu’il fait avec beaucoup d’inspiration.

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Après une mise en bouche en trio, avec Felix Simtaine (dm) et Nic Thys (cb), Pierre invitait le fidèle Fabian Fiorini pour interpréter «Aljazaïr» (c’est le nom d’Alger en arabe… et ce n’est pas mon ami Mouloud qui me contredira ;-) ).
La musicalité de ce thème est tantôt incertaine, tantôt évidente sous les doigts du pianiste. Fabian a cette faculté d’inoculer les morceaux de touches personnelles tellement créatives qu’il me surprend toujours. Par exemple, sur un autre morceau plus rapide, il explose le thème et emmène dans son sillage Felix Simtaine qui, tout heureux, n’en demandait pas tant. Impressionnant.

Puis, c’est au tour de François Vaiana (voc.) de monter sur scène pour interpréter «Duke Ellington Sound Of Love» de Mingus.
Et puisqu’on parle de Mingus, on aura droit à deux contrebasses (il faut bien ça pour ce bon Charlie). Lara Rosseel fera donc équipe avec Nic.

C’est ensuite Eve Beuvens qui succède à Fabian au piano pour un «Broken Wings» (en hommage à Chet Baker) de Richie Beirach. Au chant, François Vaiana me paraît bien plus à l’aise que lors de certains concerts où je l’ai entendu. J’ai l’impression que le swing lui va bien. Et avec «Lester Left Town», il est servi.

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Pierre Vaiana, quant à lui, est d’une fluidité et d’une précision redoutables. Tant dans les mélodies complexes en mid-tempo que dans les débits rapides.

Après avoir entendu 2 contrebasses, pourquoi pas deux pianos ?
Fiorini – Beuvens, 2 styles complètement différents qui donnent du goût à un dialogue improvisé, vif et relevé.

Et puis vint David Linx.
Ses impros a cappella (scat ou vocalese?) sont toujours aussi impressionnantes.
Il possède décidément une tessiture incroyable et un sens du timing, du swing et du rythme redoutables.
Ça c’est pour le côté «groove».
Pour le côté «ballade», il n’en est pas moins brillant.
Une version intime et sensuelle de «Luiza», de Jobim, en est la preuve…

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Ce beau concert «patchwork», et à rebondissement, se termina avec le morceau envoûtant: «Chiàchiara Ccu Mia», qui oscille entre prière, psalmodie et transe à la «A Love Supreme», sur des paroles scandées en sicilien.
Chair de poule garanti.
C’est brûlant et enivrant.

Dans le bar du KVS Box, je croise plein de musiciens avec qui je parle de leurs projets (et il y en a !) comme Nelson Verras, Magic Malik, Robin Verheyen, Laurent Melnyk, Fabrizio Cassol, mais aussi Felix Simtaine, David Linx et bien sûr Pierre Vaiana…

Bien belle soirée, donc.
Dommage que je n’ai pas eu l’occasion de participer aux autres concerts prévus… grrr…

A+

25/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 05 -

Dimanche dernier (le 19 août): « Grand Final » comme on dit à «Jazz Middelheim».
Et l’appellation n’est pas usurpée.
Au programme de ce dernier jour: Jef Neve Trio, Nic Thys et ses 68 Monkeys, Bert Joris Quartet et … last but not least, Ornette Coleman !

Sold out !
La tente déborde littéralement. Il y a overbooking, assurément. Ce n’est pas possible autrement…

Je n’ai pas vu l’ami Jef cette fois-ci, mais on m’a rapporté que son concert fut très bon… (comme d’habitude).

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Nic Thys, que j’avais récemment vu avec son T&T lors du Brussels Summer Festival se présentait ce soir avec quelques belles pointures du jazz américain.
Tous nés en ’68 ! D’où le nom du groupe…

Aux saxes: Tony Malby (tenor) et Andrew D’Angelo (alto), au piano: Jon Cowherd, à la guitare électrique: Ryan Scott, aux drums: Nasheet Waits et bien sûr, à la contrebasse: Nicolas Thys.

Excusez du peu…
L’ensemble manquait cependant, à mon avis, d’esprit de synthèse et de cohésion. J’aurais aimé que les morceaux soient un peu resserrés, un peu plus concis.

Tout avait commencé en force avec «It’s Been A While», d’une puissance incroyable et s’était terminé plus ou moins dans le même esprit avec «Munich».

Entre les deux, les belles compositions, sobres et parfois mélancoliques manquaient un peu de tension. C’était, quelques fois, un peu trop tiré en longueur.
Bien sûr il y a eu les solos monstrueux du guitariste Ryan Scott qui rappelle de temps à autres un phrasé à la Rosenwinkel. Et puis, surtout, la paire de saxes.
Ces deux-là jouent aux frères ennemis: Tony Malby, posé et solide et D’Angelo, nerveux, explosif et toujours d’attaque.
Fabuleux !

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Avec son Quartet, Bert Joris nous invite à du jazz pur jus.
Le trompettiste démarre directement avec le très swinguant et nerveux «Mr Dado», en hommage à son vieux complice: le pianiste italien Dado Moroni.
Ce dernier n’attend pas son tour pour sauter dans le groove.
Ça rebondit, ça swingue, ça improvise à tout va.

Les thèmes écrits par Bert Joris sont d’une limpidité éblouissante. Un peu à l’instar de son jeu. Un phrasé raffiné, clair, précis. Un peu à la Kenny Dorham dans les moments intenses et à la Chet dans les passages plus intimistes.
Entre «Magone», «Anna», «Triple» ou «King Combo», Joris alterne bugle et trompette (parfois «muted») avec pertinence.

Philippe Aerts allie, comme toujours, virtuosité et musicalité extrêmes à la contrebasse, alors que Dré Pallemaerts (omniprésent lors de ce festival) joue avec autant de finesse que de subtilité.
Mais attention… quand il envoie, ça cogne sec.

Pas de bavardage superflu dans les solos (Moroni est vertigineux), qualité de jeu brillante, bonne humeur communicative et complicité visible entre les membres du groupe, le quartet de Bert Joris a sa place dans ce «Grand Final», et mérite sans conteste de se retrouver sur les podiums des meilleurs festivals de jazz d’Europe et d’ailleurs…

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Et voilà LE grand moment.
Le moment tant attendu.
Celui que l’on pouvait craindre aussi. Craindre d’être déçu d’une si grande attente…

Heureusement, Ornette Coleman fut au rendez-vous.
Et comment !
Quel concert, mes amis… quel concert !

Derrière le célèbre altiste, le fils Denardo Coleman aux drums. Et autour, trois bassistes !!!
Charnett Moffett et Tony Falanga aux contrebasses et Albert McDowell à la basse électrique.

Fidèle à la dialectique Colemanienne, le premier morceau («Jordan»), court et concis,  explose d’intensité.
Le groupe revisite ensuite la plupart des morceaux du dernier album («Sound Grammar» enregistré live en Allemagne en 2005) en les réinventant.

Le drumming énergique de Denardo est excessivement physique et impressionnant. Aucune faiblesse, aucune baisse de régime. Ça joue à du 200 à l’heure.

Tony Falanga use beaucoup de l’archet, imposant souvent un jeu grinçant, étrange, parfois plaintif («Sleep Talking»), et donne une réplique cinglante au saxophoniste.

Les autres bassistes remplissent les espaces avec brio, trouvent des ouvertures, improvisent avec une clairvoyance subjugante.
Ornette intervient parfois à la trompette, puis au violon.
Il dirige sans diriger.
Le groupe se trouve les yeux fermés.
C’est d’une précision magistrale dans les breaks, les stop and go, les relances. Tout est réglé au cordeau et reste pourtant d’une incroyable liberté.
Ça voyage, ça échange, ça ose tout le temps…

003
Qui joue quoi ? Comment naît cette musique ?
Difficile à décrire.
Serait-ce cela le fameux principe «harmolodique» du maître ?

Après un superbe «Turnaround» (recréé comme si ce morceau n’avait jamais existé) Tony Falanga ébauche le
«Prélude de la suite N°1» de Bach.
Denario éclate le morceau de quelques frappes puissantes et le groupe atomise le thème dans un délire free ébouriffant.

On frôle le blues, le calypso («Matador»), le funk parfois, toujours dans un esprit totalement libre… totalement Ornette.

Grand et énorme concert.

La salle est debout, applaudit  à tout rompre pendant de longs instants.
Ornette fait distribuer une à une les fleurs du bouquet qu’il a reçu aux femmes des premiers rangs avant de revenir offrir, à tous cette fois, un « Lonely Woman » magique.

Ornette!

Encore!

 

A+ 

15/08/2007

aNoo et T&T au Brussels Summer Festival

Alors, dit-on « Brussels Summer festival » ou « Euritmix » ?
Bon, apparemment, on dit « Brussels Summer Festival ».

Dimanche soir, après un week-end chargé, j’ai réussi à aller écouter, Place d’Espagne, aNoo et T&T (alias les frères Thys).

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Dans le joli chapiteau tout en bois et vitraux du Magic Mirror, c’est d’abord Anu Junnonen à la voix frêle, entourée de Tuur Florizoone à l’accordéon, d’Yves Peeters à la batterie, de Yannick Peeters à la contrebasse et de Dree Peremans au trombone qui vient nous servir ses fraîches compositions.

Avec eux, on voyage dans un pays imaginaire, entre valse, folklore pop et jazz.
La musique, souvent emprunte de mélancolie, m’évoque l’image de glaciers qui fondent. Une sorte d’abandon, même si l'on y trouve toujours un groove léger en soutien («Luckless Lands Of The North» ou «Little Girl»).

Bien qu’on sente parfois de légers fléchissements dans le chant (faut dire qu’elle ne choisit pas la banalité non plus), on reste subjugué par Anu lorsqu’elle entame a capella «Shining Hour».
Le trombone emboîte le pas et se calque sur le chant. L’accordéon vient illuminer la mélodie. La chanteuse est éblouissante dans ses vocalese.

Puis, Tuur invente le vent qui souffle.
Il invente le ressac de la mer.
On échoue alors sur les plages finlandaises qui permettent à Anu de chanter dans sa langue maternelle («Armahan Kulku»).

02


Le drumming souple et groovy d’Yves Peeters fonctionne parfaitement avec le jeu vif, mélodique et enrobant de la bassiste.

Le groupe n’hésite pas non plus à chercher des pistes plus aventureuses, à se perdre dans des chemins non balisés. Ensemble, ils découpent un morceau jusqu’à le mettre en pièce pour mieux le reconstruire. Et s’offrir une musique presque dansante.
Puis, le batteur propose différents tempos en intro de «Cherry Tree» avant que le groupe ne revienne, pour le rappel, avec un étonnant mais superbe «Everybody’s Got To Learn Sometimes» de ces bons vieux Korgis.

L’album de aNoo est sorti sur le dynamique label Home Records.

Si vous n’avez pas froid aux oreilles, offrez-vous ce joli frisson.

04


En deuxième partie de soirée, ce sont Nick et Toine Thys qui venaient présenter leur dernier projet : T&T.
Au contraire de ce que peut faire penser le nom de ce quartet (car c’est un quartet: Jacques Piroton à la guitare et Owen Hart à la batterie), il n’y a rien d’explosif ici.

Oh, bien sûr ça ne manque ni de nerf ni de swing, mais ici, tout est dit avec finesse et agilité.
Sans pour autant s’imposer à tout prix, la contrebasse de Nick est bien mise en avant sur certains thèmes. Mais les espaces sont bien gérés, l’esprit de groupe est prépondérant et la musique circule avec fluidité.

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Le jeu de Toine (sax) semble aussi assez apaisé. On dirait parfois du Dexter Gordon ou du Rollins. Avec, en plus, cette pointe de jazz actuel qui nous vient de New York.
Une sorte d’énergie contenue.
Est-ce dû au drumming très personnel d’Owen Hart (qui trouva mieux ses marques au fil des thèmes, d’ailleurs) ?
Au jeu de Nick qui a passé pas mal de temps dans la grosse pomme ces dernières années ?
Ou simplement au jeu vraiment exceptionnel de Jacques Piroton ?

Piroton m’étonne à chaque fois. Il possède un touché unique.
Il dose parfaitement ses effets. Jamais il ne tombe dans l’excès ni le mauvais goût (pas comme certains, à la crinière épaisse, venus d'Outre Atlantique... Suivez mon regard). Ici, ça groove, ça invente… bref, ça joue.

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Quelques ballades («Year», «Alice and Mary» (??)), un peu de blues («Strange Meeting» de Bill Frisell), une relecture assez swingante de «Viking Two» (que l’on connaît dans la version tonitruante de Rackham), un peu de calypso («Thirthy-One The Thenth» (??)), ou encore un excellent «Emergency Staircase» au groove hypnotique et tout en aspiration: voilà un beau mélange qui fait la richesse de se «nouveau» groupe.

Espérons d'ailleurs qu’ils auront encore souvent l’occasion de jouer ensemble, car lorsque l'on entend leur reprise (explosive, pour le coup !) de «It’s About That Time» de Miles, on se dit qu’ils en ont encore sous la pédale…

A+


28/05/2007

Le Jazz Marathon et une leçon. (Part1)

Bon, si vous le permettez, mon marathon, je vais vous le raconter en plusieurs étapes.
Il faut savoir ménager l’organisme après une telle orgie…

01

Vendredi 27, Grand Place, le monde afflue pour assister au premier concert du Jazz Marathon 2007.
Le soleil (qu’on avait pourtant prévu aux abonnés absents) est de la partie. Pour combien de temps ? Suspens…

Sur scène, le trio de Fabien Degryse, avec Bart De Nolf à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie.

La musique est chaude et sensuelle. Couleur un peu bossa mâtinée de blues, le trio propose la plupart des morceaux qui se trouvent sur le récent album : «The Heart of the Acoustic Guitar».
On remarque toujours la belle fluidité de jeu de Fabien, les interventions profondes de Bart De Nolf et le drumming précis de Castellucci.
Fabien enchaîne «Dream And Goals», l’excellent «Da Ann Blues» ou encore la suite «Away From Your Love – It’s A Long Jorney – Back Home» avec une belle élégance.
Un beau moment de bonheur simple qui place le week-end sur une bonne voie.

Direction Place Ste Catherine.
Autre son de guitare : c’est celui de Greg Lamy.
J’arrive pour les deux derniers morceaux, dommage. Il me semblait pourtant que le groupe aurait eu encore le temps de jouer avant de laisser la place à Soul and Soul Band.
J’aime bien la nouvelle mouture du quartet de Greg : ce mélange bop au parfum de musiques antillaises (pas dans la «construction», mais dans le son que Greg donne à sa guitare : un effet «steel drums» des plus judicieux).
Il est entouré par de solides musiciens français : Gauthier Laurent (b), Jean-Marc Robin (dm) et surtout David Prez (s) qui vient de sortir son premier album chez «Fresh Sound New Talent» avec Romain Pilon, Yoni Zelnik et Karl Jannuska.
Je vous le conseille déjà.

Je discute un peu avec les quatres gaillards en écoutant le groupe Soul And Soul Band dans lequel Lorenzo Di Maio (g) a remplacé Marco Locurcio pour l’occasion.
Comme son nom l’indique : c’est de la soul. Tendance parfois funk ou R&B de très belle facture. Santo Scinta impose une pulsion énergique et parfaite tandis que les interventions de Didier Deruyter à l’orgue Hammond rehaussent encore un peu plus le côté dansant et chaloupé de l’ensemble.

Mais je ne m’attarde pas plus et je vais Place d’Espagne écouter Raffaele Casarano.

02

Ça groove bien.
Le piano d’Ettore Carucci est fougueux, la contrebasse de Marco Maria Bardoscia est lourde et Alessandro Napoli imprime un rythme bien senti.
Je préfère d’ailleurs le groupe lorsqu’il prend cette option plus musclée que lorsqu’il déroule un jazz plus traditionnel, fait de balades un peu légères et parfois trop romantiques à mon goût.
J’aime bien le jeu du pianiste quand il se fait incisif avec quelques inflexions monkiennes : Raffaele n’en est que plus explosif.
Pas le temps de discuter avec les musiciens comme promis car je fonce à la Jazz Station pour écouter «Love For Trane».

04

Ce projet, initié par Yannick et Nico de la Jazz Station, n’a rien à voir avec celui qui sera proposé à Gand au Blue Note Festival, comme je l’avais écrit. (Vous me laissez écrire n’importe quoi ! Heureusement qu’Erik Vermeulen m’a remis dans le droit chemin ! …pour une fois… :-) )
N’empêche, il serait dommage que ce projet n’aille pas plus loin que les deux concerts donnés lors de ce Jazz Marathon.

Pour rendre hommage à Coltrane sans tomber dans les platitudes, Bart Defoort a eu la bonne idée d’inviter Jereon Van Herzeele.
L’eau et le feu, en quelque sorte.
Deux facettes du saxophoniste.
Ajoutez à cela Nic Thys à la contrebasse, qui m’a vraiment «scotché» ce soir, Marek Patrman à la batterie et Erik Vermeulen, au piano et vous pouvez vous imaginer le niveau qu’on est en droit d’attendre de cette bande-là.
Hé bien, on n’a pas été déçu !
L’esprit Coltrane était bel et bien présent. Avec, en plus, toutes les influences du jazz d’ «après Coltrane».
Allons-y pour des relectures éblouissantes, étonnantes, bouillonnantes et fiévreuses de quelques-uns des «tubes» du Grand John.
Ce fut incroyable de swing, de groove, de force et de profondeur.
Nic Thys fut impérial, jouant autant sur les longueurs de notes qu’avec une force brute. Et Marek fut plus jazz que jamais, n’oubliant jamais les éclats surprenants dont il est capable.

Les deux saxophonistes se complètent merveilleusement. Il y a une dynamique qui s’installe et un chemin qui s’ouvre au fur et à mesure que le concert avance. On va toujours plus haut, toujours plus loin.
On ressent un véritable esprit de groupe.
Ce n’est pas pour rien qu’ils jouent resserrés au milieu de la scène. Tout acoustique.
Tout acoustique… mais qu’est ce que ça sonne !
Ce n’est plus un hommage, ça va bien au-delà.
Quelle Leçon…

03

Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Je termine ma soirée à discuter avec le groupe jusqu’aux petites heures. Le Sounds et Daniel Romeo, ce sera pour demain.

Dehors il pleut.
On s’en fiche, il fera sec demain !

A+

24/01/2007

Zero db

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Produit par Neon Rouge, Zero db, est un court métrage qui observe la naissance d’un morceau de musique.
De sa conception à sa réalisation.

La «première» avait lieu ce dimanche soir au Théâtre Molière à Ixelles, avec le soutien de f.Sharp

Derrière la caméra (et parfois devant), il y a Aurélien Bodinaux.

Le réalisateur suit le musicien, l’épie, le traque.

Le musicien, c’est Nic Thys.

Zero db n’est pas un «simple» reportage sur la création.
En effet, la narration est telle, que le film lui-même se construit devant nous. Le réalisateur ne cache rien et élabore son film au gré de l’évolution de l’oeuvre.
On le retrouve d’ailleurs au début, à New York, discutant avec Nic sur le projet du film.

Le cadrage est artistiquement bancal, le son un peu flou, le montage un peu chaotique. Puis, au fur et à mesure que la musique trouve son chemin dans la tête du compositeur, le film trouve, lui aussi sa direction.

Le bassiste tente alors d’expliquer comment lui vient une idée, donne son point de vue sur la musique («Elle ne mérite d’exister que si elle est plus belle que le silence»), il travaille son morceau, doute, l’enregistre seul…

On retrouve ensuite Nic à Bruxelles, travaillant avec Pierre Van Dormael, puis avec Stéphane Galland (à qui il impose de jouer sur des casseroles, des tubes métalliques ou des verres.)
On a droit aussi au passage impromptu d’Otti Van Der Werf lors de l’enregistrement du morceau en studio. Ce qui donnera une scène assez drôle où les musiciens tapent dans les mains…
Bref, le film se crée à la manière d’une impro. Le réalisateur intervient et les acteurs jouent sans jouer. Ou plutôt, ils jouent leur rôle.

Le film est intelligent et attachant.

Après la projection, les trois «vedettes» nous ont offert un mini-concert de 5 titres.
Tous écrits par Nic.
Dans l’esprit du morceau qui illustre le film, les compositions sont souvent des ballades un peu bluesy, parfois contemplatives. Parfois complexes, jamais inaccessibles. On sent poindre de temps en temps un accent «folk» façon Ry Cooder, évoquant la solitude, la fatigue ou les grands espaces du New Mexique.

Le groupe joue, tantôt en duo guitare et basse, tantôt avec Stéphane Galland... toujours aux casseroles.
Bientôt, on ne dira plus du batteur qu’il joue sur des Sabian mais plutôt sur du Le Creuset et Römertopf
Et s’il veut se procurer tout ce bon matériel, je peux lui conseiller le magasin d’une excellente amie: Le Piano.

Tant qu’à parler de percus, je vous invite aussi à aller écouter (et voir) Tripox les 5 et 6 février à la Maison du Peuple à St Gilles. Ça vaut le déplacement…

Avant de boire un verre et discuter le coup avec Mwanji, Erik Vermeulen, Peter Hertmans (qui prépare quelques beaux projets),Erwin Vann, Toine Thys, Stephane Galland et d’autres, le trio nous jouera encore «Moment’s Notice» (avec un petit clin d'oeil à «St Thomas»).

Suite à ce projet, un disque et quelques concerts pourraient bien voir le jour.
Tendons l’oreille…

A+