23/10/2017

Nathalie Loriers Groove Trio au Sounds

J’étais très curieux d'entendre le trio de Nathalie Loriers dans une nouvelle configuration (avec Thierry Gutmann à la batterie et Benoît Vanderstraeten à la basse électrique) et baptisé pour le coup : Groove Trio !

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Samedi soir, après le concert de FOX à la Jazz Station, je fonce donc au Sounds pour écouter ça.

Je pensais, au vu du nom du groupe, que Nathalie allait jouer du Fender Rhodes, comme elle le fait avec talent dans la formation de Fabrice Alleman. Hé bien non, surprise, ce sera du piano.

Alors bien sûr, au début, même si le trio a déjà joué quelque fois ensemble, il doit trouver ses marques, surtout concernant l’équilibre sonore. Sur le vivifiant «Jazz At The Olympics», par exemple, la rythmique a tendance à dominer et étouffer un peu trop le piano et c'est parfois dommage car, lorsque il y a des changements de tempo comme sur «Canzoncina», par exemple - où la relance est quand même jubilatoire - on ne profite pas totalement des subtilités et de la richesse de jeu de Nathalie…

Mais tout cela s’arrange rapidement et le groupe prend vite sa vitesse de croisière.

Reprenant principalement des compositions de son répertoire, la pianiste en a réarrangées certaines. «Lennie Knows», tout en pleins et déliés, se faufile avec bonheur entre soul jazz et post bop, et chacun des musiciens y trouve un bel espace de jeu. Mais c’est surtout dans la ballade «And Then Comes Loves», plus suave et feutrée, que l’on retrouve le phrasé unique de Nathalie, à la fois incisif et détaché.

Quant à la reprise, en version pseudo calypso, de «Summertime», elle permet à Benoît Vanderstraeten de s’envoler dans un solo éblouissant, ample et souple, et au reste du groupe de s’amuser en toute liberté.

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Le second set continue sur sa belle lancée avec un «Caravan» revu et corrigé. Une intro à la basse d’abord, puis la batterie qui enchaîne en claquant et ensuite le piano qui improvise, explore, file et s’évade. Les longues phrases de Nathalie progressent par vagues, ondulent puis galopent avec beaucoup d’inventivité. On tapote des doigts et on bat du pied.

L’excellent «Dinner With Ornette and Thelonious», parsemé de citations, se prête à merveille, lui aussi, au nouveaux arrangements. Les virages sont serrés et les accélérations surprenantes. Thierry Gutmann relance sans cesse dans un jeu sec tandis que Benoît Vanderstraeten joue ample, ce qui permet à Nathalie Loriers de prendre les chemins qu’elle veut.

«Portrait in Black and White (Zingaro)» de Jobim est certes moins funky, mais n’en est pas moins dansant. Et pour conclure un concert aussi élégant que groovy, le trio se lâche une dernière fois sur un «Funk For Fun» qui n’est pas sans rappeler, dans cet arrangement, un Les McCann ou même un certain Legnini

De belles aventures à suivre, donc.

A+

 

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11/09/2016

Nathalie Loriers, Tineke Postma et Nic Thys au Marni Jazz Festival 2016

Retour au Théâtre Marni pour la troisième soirée du Marni Jazz Festival 2016. Je n’ai pas eu l’occasion d’assister au concert, la veille, de Denise King qui, d’après les échos que j’en ai eu, a mis « le feu » à un show entre jazz, gospel et soul… Tant pis pour moi.

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Ce vendredi soir, l’ambiance est bien plus feutrée, place au trio de la pianiste Nathalie Loriers, Tineke Postma (ts, ss) et Nic Thys (cb).

Tout commence en fragilité et douceur. Les doigts agiles de Nathalie frôlent les touches du piano et égrènent avec sensibilité « Luiza » d’Antonio Carlos Jobim. Tineke Postma effleure à peine la mélodie et joue les respirations avec une finesse remarquable. Entre elles, Nic Thys fait balancer doucement le tempo.

Avec cette bossa triste, c’est comme si on venait de déballer une boîtes de couleurs - des couleurs bien choisies - qui vont nuancer l’ensemble de la soirée.

Nathalie Loriers annonce alors qu’un nouvel album est en préparation, que l’enregistrement est prévu dans les jours à venir et que ce concert est l’occasion de présenter et répéter une dernière fois les nouvelles compositions avant d’entrer en studio. Voilà une bonne nouvelle.

On découvre donc « Everything We Need », une composition inspirée de Lennie Tristano. Tineke Postma expose le thème, tisse les harmonies et emballe les mélodies, puis laisse la place à Nathalie Loriers. Le jeu est d'une extrême clarté. Les notes s'enfilent les unes aux autres sur un swing tout en décalage et en relief. La pianiste n’a pas peur du vide. Il faut dire qu’il y a autant de musique dans ses silences et ses retenues que dans ses accords, et que tout cela renforce indéniablement la tension et la brillance. La musique circule, bouge, s’échange. C’est intelligent et évident à la fois. Nic Thys conclut en reprenant une dernière fois le thème. Il brode, invente et s'envole encore. Tout y est ! C’est un modèle de composition comme on n'en fait plus ! Et, oui, on ressent l’esprit, la science et toute la liberté que donnaient à entendre Tristano, Warne March et Lee Konitz à l’époque... la contemporanéité en plus.

Le trio s’inspire aussi, avec une certaine logique, de Clare Fischer. « And Then Love Comes » se fait mystérieux, sensuel et crépusculaire. Le genre de musique qui tangue et titube légèrement. Une musique dans laquelle on imagine les dernières lueurs d'un bar qui va fermer, une ville presque endormie dans laquelle on a encore envie de déambuler pour ne pas rentrer chez soi où, de toute façon, personne ne vous attend... Ambiance.

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« Take The Cake » est beaucoup plus nerveux et optimiste. Plus bop peut-être. Un peu à la « St Thomas » de Sonny Rollins, aussi. Le piano et le sax jouent au chat et à la souri tandis que la contrebasse entretient les fausses pistes.

« Dansao », qui fait à nouveau un clin d’œil à la bossa, est enlevé et joyeux, tandis que « We Will Meet Again » ramène le trio vers l’introspection et le recueillement.

Oui, ce prochain album promet !

Bien sûr, ce soir, il y avait aussi des morceaux plus anciens, comme ce « Canzoncina » dans lequel Tineke Postma, au soprano, virevolte avec aisance. Une sorte de fausse valse, lumineuse et sinueuse à souhait, faite d’accélérations douces qui amènent les musiciens à improviser sur des chemins inconnus. Puis, il y a aussi une version sublime du « Peuple des silencieux » (morceau qui avait donné le nom à l’album précédent). Cette ballade élégiaque, légèrement triste et d'un romantisme exempt de sentimentalisme appuyé, est tout bonnement sublime. Il y a comme une fatalité, une évidence, dans le discours. Chaque musicien construit vraiment le morceau, aucun solo ne sert de « remplissage » ou ne sert d’espace pour rouler des mécaniques. Ici, tout a un sens. Une belle leçon.

Le trio, et celui-ci en particulier, va vraiment très bien à Nathalie Loriers. On la sent plus libérée que jamais. On sent toute la limpidité du propos et l’objectif de la musique. On sent toute la complicité et le bonheur de jouer ensemble. Et on sent que tout le monde est sur la même longueur d’ondes.

Ça tombe bien, nous aussi.

 

 

A+

Merci à Olivier Lestoquoit pour les images !

 

 

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19:16 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marni, nathalie loriers, tineke postma, nic thys |  Facebook |

06/09/2015

Belgian Jazz Meeting 2015

Troisième du nom, le Belgian Jazz Meeting s’est tenu à Bruges cette année.

Le Belgian Jazz Meeting ? C’est quoi ?

Organisé en collaboration avec Jazz Brugge, De Werf, Kunstenpunt, MUSEACT, Les Lundis D’Hortense, WBM, et JazzLab Series, ce meeting de trois jours a pour but de promouvoir le jazz belge hors de ses frontières.

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Le Belgian Jazz Meeting ? Qu’est ce qu’on y fait ?

On y écoute du jazz, bien sûr !

On y retrouve 14 groupes belges sélectionnés parmi plus de 160 candidatures.

On rencontre des journalistes, des programmateurs, des agents, d’Europe et du reste du monde.

On parle anglais, français, néerlandais, italien, allemand, finnois… parfois tout en même temps, dans une même conversation.

On noue des contacts.

On écoute du jazz !

On boit une bière. Ou deux. Ou plus.

On va se coucher trop tard. On se lève trop tôt.

On écoute du jazz !

On se balade sous la pluie.

On découvre des projets.

On discute, on s’interroge, on s’échange des avis.

Mais surtout… on écoute du jazz…

On écoute d’abord Lab Trio. La musique est acérée, les compos ciselées. L'ensemble est peut-être un peu trop cérébral. Le drumming de Lander Gyselinck, fin et précis répond parfaitement au jeu très inspiré de Bram Delooze. Quant à Anneleen Boehme (cb), elle maintient le cap avec juste ce qu’il faut de robustesse et d’ouverture.

On est soufflé par la prestation de Jean-François Folliez Playground. Le clarinettiste a réuni autour de lui une rythmique d’enfer (Janos Bruneel à la contrebasse, Xavier Rogé aux drums et Casimir Liberski au piano), et ça trace ! Pas un seul moment faible. Les compos sont pleines de surprises, avec des changements de directions qui surviennent sans crier gare et des solos qui racontent des histoires. Ceux de Casimir Liberski, par exemples, sont d’une fougue et d’une force surprenantes. Un groupe à suivre de très près !

On se laisse emporter par l’Heptatomic d’Eve Beuvens. Le lyrisme côtoie l’exaltation. Le bop se fait bousculer par le free. Les interventions de Benjamin Sauzerau (eg), Laurent Blondiau (tp) ou encore Sylvain Debaisieux (ts) sont toutes au service d’une musique très… vivante.

On se laisse bercer par le Kind Of Pink de Philippe Laloy (as, flûtes, voc). Les thèmes de Pink Floyd sont recolorés avec beaucoup de subtilité et d’intelligence pour en garder tout l’esprit et éviter la mauvaise copie.

On en prend plein le plexus avec MikMäâk. Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (as) réussissent sans cesse à renouveler la musique du combo, tout en lui gardant son identité. La musique semble se jouer par grappe : tantôt les cuivres, puis les anches, puis les cordes. Et tout est d’une cohérence et d’un groove étonnants. On retient, par exemple, le travail de Pascal Rousseau (tuba), Gregoire Tirtiaux (bs) – et son long solo tout en respiration circulaire est bluffant – Pierre Bernard (flûte) ou encore Claude Tchamitchian (cb).

On se repose comme on peut et, le lendemain, à onze heure du matin…

... on se concentre et on se laisse dériver par la musique très intimiste et très minimaliste de Joachim Badenhorst (cl, bcl) et Brice Soniano (cb). Le feulement, les respirations, les sons étouffés, les rythmes cachés et parfois déstructurés : voilà les ingrédients. Bien sûr, c’est un peu ardu… Mais quelle écoute. Quels échanges. Quelle qualité musicale !

On se fait plaisir avec le trio de Nathalie Loriers (p), Philippe Aerts (cb) et Tineke Postma (as, ss). Avec ces trois-là, la musique circule avec aisance. Les mélodies se développent avec autant de délicatesse que de fermeté. Le trio (sans batterie) arrive toujours à maintenir la tension, aussi bien dans les moments enlevés que dans les ballades. La classe.

On se balade dans le grand hall du Concertgebouw où se sont installés les différents acteurs du jazz belge (agents, maisons de disques, musiciens, associations) pour tenter d’accrocher les invités étrangers.

On vit l'installation "Loops" de Bart Maris.

On remet le prix Sabam au jazzman confirmé (l’incontestable Laurent Blondiau) et au jeune jazzman (Antoine Pierre est enfin récompensé, à juste titre, pour son travail avec Philip Catherine, LG Jazz Collective, TaxiWars et autres. On attend avec impatience son projet personnel, Urbex, qu’il présentera au Marni le 10 et à Liège (Cinéma Sauvenière) le 17. Et puis, on récompense aussi l’infatigable et incontournable Jean-Pierre Bissot (Jeunesses Musicales, Gaume Jazz et bien d’autres choses encore).

 

 

On applaudit Pierre De Surgères (p) et son trio. En se disant peut-être que le choix des morceaux rendait sa prestation un peu disparate.

On reprend un peu de LG Jazz Collective. Toujours impeccable. Concis, puissant et de mieux en mieux rôdé. Et puis, le groupe nous réserve toujours des petites surprises.

On prend une belle claque avec De Beren Gieren ! Le groupe de Fulco Ottervanger (p), Lieven Van Pée (cb) et Simon Segers (dm) vient de publier son dernier album chez Clean Feed. Cela donne une idée de l’esthétique musicale. Le trio est impressionnant, alliant complexité rythmique et harmonique avec une énergie débordante. De Beren Gieren mélange le jazz, le rock et les bidouillages électro. Et c'est très fort !

On subit le rock de Nordman. Le son est puissant, la musique est lourde. L’esprit est rock.

On se déhanche avec Black Flower. L’excellent groupe de Nathan Daems (ts, flûtes, kaval) mélange le jazz, la musique éthiopienne et l’afrobeat. C’est un tourbillon rythmique, ondulant et sensuel, avec une bonne dose de personnalité. Du haut niveau.

On se réveille difficilement dimanche matin.

On est subjugué par le talent insolent et la maturité des très jeunes Hendrik Lasure (p) et Casper Van De Velde (dm). Ces deux-là ont du culot, un sens du phrasé, du rythme et de l’échange. La musique est pleine de finesse, d’humour et de surprises. Schntzl (c’est le nom du groupe) est une révélation.

On s’émeut avec le projet « Secrets » de Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tb), Marine Horbaczewski (cello). Le trio a invité la chanteuse d’opéra Claron McFadden à chanter ou déclamer quelques secrets d’anonymes, parfois drôle, parfois très sombres, mais toujours très touchants. Poésie, musicalité, sensibilité. On est frappé en plein cœur.

On s’échange nos dernières impressions.

On se dit que cette édition était d’un tout bon niveau.

On espère que cela portera ses fruits.

Et on se dit que le jazz donne quand même un belle idée de ce devrait être ce pays.

 

 

 

Belgian Jazz 2015 by Belgianjazzmeeting on Mixcloud

 

 
 

 

A+

 

 

 

16/09/2013

Festivals d'été (Part 3) - Gaume Jazz Festival 2013

 

Vendredi 9 août, je gare ma voiture au bord d’une petite route de campagne. Je ne suis pas le seul.

Au loin, du jazz résonne.

Dans le très joli parc du Centre Culturel de Rossignol, quelques tentes blanches, semblabes à de grands tipis, entourent un grand chapiteau… blanc, lui aussi.

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L’air est doux, le ciel est encore lumineux.

Je suis au Gaume Jazz Festival.

A l’honneur au programme cette année, le jazz de femmes et le jazz de Hollande.

Tutu Puoane, Nathalie Loriers, Tineke Postma, Eve Beuvens, Anne Paceo, Marine Horbaczewski, Yannik Peeters

Kapok, Nordanians, Tin Men & the Telephone

Et plein d’autres très bonnes surprises.

Le compte-rendu complet, à lire sur Citizen Jazz.

A+

 

03/08/2013

Casimir Liberski - Interview

 

Il a 25 ans à peine. Après avoir suivi des cours avec Nathalie Loriers, il s’est lié d’amitié avec Brad Mehldau, Ornette Coleman ou encore Masabumi Kikuchi. Excusez du peu. Il revient des States - où il a suivi pendant quelques années les cours à la célèbre Berklee College of Music - avec deux albums sous le bras. Pourtant, avant de s’y rendre, le pianiste s’était déjà taillé une belle réputation dans le jazz belge.

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Casimir Liberski est de retour au pays et est bien décidé à refaire parler de lui.

Dernièrement, il a remporté le prix du jeune soliste au dernier Brussels Jazz Marathon. L’occasion était trop belle pour une rencontre.

Tu as commencé le jazz assez tôt, comment as-tu été mis en contact avec cette musique ?

Mon père écoutait beaucoup de jazz, beaucoup de Monk… Il était fan de Keith Jarrett, il avait tous ses vinyles. Il était assez branché jazz, même s’il écoutait aussi du classique, de la chanson française, du rock underground. Il avait un goût assez sûr. Il m’a beaucoup influencé, inconsciemment sans doute. À l’époque, je dessinais beaucoup, je voulais faire de la BD. Je dessinais plus que je ne jouais du piano. Je m’installais dans le bureau de mon père pendant qu’il travaillait. Et il mettait toujours du jazz.

Tu as suivi des cours à l’Académie, le conservatoire, les cours privés ? Quelle a été ta formation ?

J’ai d’abord été autodidacte. Je jouais des blues, des boogies. J’écoutais Ray Charles, Stevie Wonder et j’ai découvert qu’il y avait pas mal de jazz là derrière. J’avais acheté un album de Ray Charles sur lequel il ne chantait pas mais ne jouait que des morceaux swing tel que «Rockhouse». Ses solos étaient très Bebop, un peu à la Red Garland. C’est à ce moment-là que j’ai pris des cours avec Frank Wuyts, un pianiste très éclectique. C’est vraiment lui m’a initié à l’apprentissage  du jazz. Il m’a appris à lire, à jouer des morceaux de Monk ou de Duke Ellington, mais aussi des Beatles... Puis j’ai découvert Bill Evans et j’ai voulu aller plus profondément dans le jazz. J’adorais et j’adore encore Bill Evans. Et puis, il y a eu Brad Mehldau. J’ai beaucoup écouté ces pianistes-là. Je suis allé à l’Académie d’Evere pour étudier avec Nathalie Loriers. J’ai beaucoup appris avec elle. J’ai passé mon examen de fin d’année avec Freddy Deronde. C’était la première fois que je jouais avec un vrai contrebassiste de jazz ! Un vrai de vrai. C’était tout nouveau pour moi. J’avais treize ou quatrorze ans. J’ai toujours été impatient.

Et motivé. Ce qui n’est pas plus mal.

Oui, mais je pense, avec le recul, qu’il faut savoir prendre son temps. Je sentais, à l’époque, que je voulais être plus âgé que je ne l’étais. C’est à ce moment que Nathalie Loriers m’a dit d’aller voir ailleurs. Au début, je n’ai pas compris, je pensais que je n’étais pas bon… Cela m’a un peu déprimé. J’ai alors suivi des cours avec différents musiciens, de classique notamment. Mais je n’étais pas assez assidu, le jazz s’invitait tout le temps. C’est dommage car j’aurais bien  aimé avoir une formation plus classique. J’ai continué à prendre des cours avec Free Desmyter, qui était un ami de Fleurine, la femme de Brad Mehldau. Erik Vermeulen m’a appris pas mal de trucs.

Ton objectif était clairement de devenir musicien. De jazz en particulier. Et de ne pas faire cela comme un second métier.

Oui, même si à l’époque j’étais surtout branché sur la BD. J’aimais bien car c’étaient des moments où je pouvais être dans mon monde et je pouvais me recueillir. J’ai toujours eu besoin de l’attention des autres, j’aimais bien faire le bouffon en classe, me faire remarquer mais, en même temps, j’ai toujours eu besoin de me retrouver seul pour créer. J’ai besoin de solitude. Parfois je regrette quand je me fais remarquer. Je me sens mal après coup. Bref, j’ai dû faire un choix : la BD ou la musique. Et j’ai choisi la musique. Ce qui n’était pas si facile pour moi qui ne suis pas aussi extraverti qu’on pourrait le croire.

En musique, il faut se mettre dans la lumière, monter sur scène, s’exposer. C’est autre chose que d’être derrière son petit bureau et avoir le temps de la réflexion.

Exactement. C’est comme s’il fallait être prêt à abandonner d’un coup toute retenue et à sauter à poil sur la scène. Alors bon, on se lance, on se dit qu’on s’en fout, et que ça ira. C’est parfois délicat car on peut dire - ou jouer - des choses qu’on regrette par la suite. Comme lors d’une interview, comme maintenant (Rires) ! Mais ça fait partie du jeu et on s’habitue. Tout l’art du musicien qui improvise, c’est de pouvoir calibrer quand même un peu ce qu’il dit !

Pour revenir sur ton parcours, en 2006, tu pars aux Etats-Unis. Pour Berklee. Comment cela se passe-t-il ? Y a-t-il un examen d’entrée, choisis-tu tes options, tes professeurs?

J’ai passé des auditions. Elles ont eu lieu l’année avant mon entrée au Berklee College of Music, c’est-à-dire pendant ma rhéto. Je suis allé à Boston et à New York pour faire des auditions dans plusieurs universités de musique comme la  Manhattan School of Jazz, The New School, le New England Conservatory, Julliard, Berklee… Presque toutes m’ont proposé des bourses mais c’est Berklee qui m’a octroyé la bourse la plus importante : la Presidential  Scholarship. Elle couvrait absolument tous les frais, cours, logement, cantine (ce sont des frais très élevés !). Et ça pendant 4 ans d’études. C’était fou. Je n’arrivais pas à y croire. C’était d’ailleurs une période incroyable de ma vie, pleine d’enthousiasme et de grands espoirs ! J’allais découvrir enfin la vie de musicien aux Etats Unis ! J’avais ce rêve depuis tout petit. Il se réalisait.

C’est l’époque où ton père décide de se consacrer au cinéma…

Oui, il avait déjà sorti son premier long métrage Bunker Paradise, pour lequel j’ai composé la BO. Pour lui aussi c’était un peu comme un rêve qui se réalisait. C’est ce qu’il avait toujours voulu faire au fond.

Tu as rencontré Brad Mehldau…

Oui, en 1998, à l’AB. J’ai été lui parler alors que je n’étais encore qu’un gamin qui ne parlait même pas l’anglais. On a toujours gardé le contact depuis. Pour moi, c’était magique. Il était très accessible, très avenant. C’est à lui que j’ai envoyé mes premiers e-mails en anglais. Je lui parlais de choses très sérieuses telles que l’harmonie romantique de Brahms et Schubert

Tu lui envoyais de la musique, tu travaillais avec lui ?

Je lui ai envoyé presque tous les enregistrements que j’ai fait. Mais avec Brad on s’est toujours beaucoup écrit. J’ai pris quelques cours avec lui. Je le rejoignais à NY dans les périodes où il donnait ses concerts au Village Vanguard. Une des plus belles rencontres avec Brad autour d’un piano s’est déroulée au Steinway Hall de la 57eme rue. J’étais à NY pour mes auditions. Brad avait accès à des salles immenses remplies de pianos à queue. C’est un endroit hallucinant ! A cette époque, à Bruxelles, je commençais à jouer avec Janos Bruneel, un extraordinaire contrebassiste. Avec lui et Jérôme Colleyn à la batterie, on a enregistré un EP. C’était un mélange de compos et de reprises de Ryuchi Sakamoto, des musiques de jeux vidéo… Une de mes compo était dédiée à Brad.

Oui, je vous ai vu, à l’époque lors du concours des jeunes talents au Brussels Jazz Marathon.

Je devrais rejouer bientôt avec Janos. C’est un musicien que j’apprécie énormément. Il m’a poussé dans le travail, m’a ouvert à la vraie pratique de l’instrument et l’approche très sérieuse de la musique de haut niveau, que ça soit du jazz ou du classique. Il est issu d’une famille de musiciens classique. Il pratique énormément, il est très bon techniquement. Pour un pianiste, il est le bassiste idéal. Comme les bassistes de Bill Evans, qui ont toujours été de grands virtuoses, ce sont eux qui «faisaient» le trio.

 

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Aux States, je n’ai plus eu l’occasion de jouer avec des contrebassistes comme Janos. Bien sûr il y a eu le virtuose extrême Charnett Moffet avec qui j’ai eu l’opportunité de jouer et d’enregistrer sur son album Treasure. Charnett a un style très free et très puissant.

En allant à Boston et à New York, qu’est ce que tu as appris ? Car, c’est étonnant, mais je me suis souvent fait la réflexion, lorsque tu revenais jouer ici en Belgique, qu’il me semblait que tu étais un peu « perdu », que ton jeu ou ton « objectif » était moins clair…

C’est possible. Là-bas, j’ai beaucoup cherché… Et j’ai trouvé des choses. J’ai découvert et travaillé beaucoup de styles comme le Free Jazz, la musique savante, mais aussi le Hip Hop, le gospel, un certain genre de rock progressif. Des choses plus agressives aussi, auxquelles je n’avais jamais été confronté auparavant, comme le Metal par exemple.

Comment travaillais-tu, là bas, à Berklee ?

C’est un peu le stage ultime de Libramont ! (Rires) Il y a tous les styles de musiques, des musiciens viennent de tous les pays du monde… C’est assez impressionnant. Moi, je prenais des cours avec Danilo Perez, Steve Hunt (qui était le claviériste d’Allan Holdsworth)… Mais à Berklee on était très libre d’apprendre ce que l’on voulait et de s’organiser comme on le voulait. En fait, on apprend beaucoup des autres musiciens qui nous entourent. En se confrontant ou se joignant à eux, en faisant d’innombrables jams

Tu as formé un groupe là-bas. Tu as enregistré deux disques avec des musiciens que tu as rencontrés à Berklee. Pourquoi ceux-là ?

Le bassiste, Louis de Mieulle, est parisien en réalité. Un peu plus âgé que moi, il a un background «fusion des années ’70». Il est influencé par Magma, Deep Purple, Zappa, Weather Report et par la composition classique. Il avait un groupe à Paris, puis il a été à Berklee et ensuite à New York. Il voulait se détacher de la France et découvrir autre chose.  Quant au batteur, Jeff Witherell, je l’ai rencontré à Brooklyn. Il était encore étudiant à la Manhattan School of Jazz. Il avait une énergie, une fougue et une technique incroyables qui m’ont tout de suite accroché. Quand je suis arrivé à Berklee, je venais à peine d’avoir 18 ans. J’ai été confronté d’un coup à tout un autre univers, d’autres manières de faire et à plein d’influences nouvelles. Ces deux musiciens ont été des compagnons de route dans toute cette aventure. Ils se sont retrouvés avec moi à NY, à la confluence de ces influences, si je puis dire…

Justement, cela t’a posé plus de problèmes, en entendant toutes ces influences ou cela t’a construit ?

En musique je m’intéresse à tout. Je m’imprègne de tous les styles. Alors, tu sais, parfois tu crois aimer certaines choses et il te faut un certain temps avant de te rendre compte que ceci ou cela  ne t’appartient pas vraiment. J’ai appris énormément de choses là-bas. D’une certaine manière j’ai dû tout réapprendre. Mais peu à peu, je me suis rendu compte que j’étais européen. C’est très différent que d’être américain. C’est une toute autre forme d’éducation, que ce soit dans la vie, la musique, la société ou le travail… L’Amérique c’est le «chacun pour soi», à la dure. C’est une autre «culture» disons.

Tu étais donc un peu désorienté…

Peut-être… En même temps j’ai toujours fais ce que je voulais faire.  Les morceaux que j’ai écrit pour mes deux albums The Caveless Wolf et Atomic Rabbit (Dalang Records!) racontent mon  expérience américaine. Je vois ces deux albums comme le récit d’un moment de ma vie. Maintenant que je suis revenu pour un temps en Belgique, il m’apparaît que j’avais déjà trouvé l’amour musical de ma vie avant de partir: le jazz !… Paradoxalement, cette influence-là reprend toute son authenticité. Il n’empêche que je suis fier d’avoir été là-bas et d’y avoir enregistré ces deux albums. C’était une expérience inoubliable.

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Quels sont tes projets, vers quoi vas-tu aller concrètement ? Tu aimes le trio jazz, mais tu aimes aussi beaucoup mélanger et fusionner musiques et idées…

Oui ce sont des choses que j’ai beaucoup expérimentées. Actuellement, ce que je veux faire, c’est du piano ! C’est ce pourquoi je suis fait. Il faut dire qu’aux States, j’ai beaucoup joué sur des synthés pourris dans des boîtes qui n’avaient pas de piano (Rires) ! J’ai envie d’aller chercher entre le classique et le jazz, mais je reste toujours intéressé par les musiques «expérimentales» et électroniques telles que celles de Flying Lotus, Venetian Snares, Squarepusher, Aphex Twin, ou même les groupes New-Métal tel que Meshuggah, Car Bomb, Animal As Leaders. Ou encore The Dilinger Escape Plan, plus intello, qui rappelle de loin les méthodes systémiques d’Aka Moon ou du M-Base de Steve Coleman, des musiques qui m’intéressaient déjà beaucoup avant d’aller aux Etats-Unis. Ornette Coleman reste aussi une grande influence. On a beaucoup joué ensemble à NY : Je le connais depuis que je suis gosse. Et bien sûr le free, Paul Bley, Cecil Taylor… Comme je le disais, j’ai eu beaucoup de phases et d’influences. C’est un tourbillon qui peut être dangereux. Aimer tout c’est ne plus rien aimer vraiment. On se pose des questions du genre: faut-t-il encore jouer des standards? A quoi bon? Alors on cherche à éviter la forme, les clichés, on écrit des formes insensées, les plus compliquées possibles. On s’ouvre à tout, mais on se referme aussi du coup. C’est très difficile de se positionner dans le monde l’art. Aujourd’hui je reviens au be-bop et fugues de Bach: la base, quoi.

Tu as également composé les musiques de films de ton père. Comment cela se passe? C’est une autre façon de composer, de concevoir la musique ? Tu es obligé de suivre une direction précise de la part du réalisateur ?

A part l’une ou l’autre musique pour ses courts métrages, il y a eu surtout Bunker Paradise, qui s’est peu à peu avéré être un film «culte». Le film a été très acclamé pour sa musique, je l’avoue. Puis il y a eu En Chantier, Monsieur Tanner, une super comédie pour la télé, avec Jean-Paul Rouve, Benoit Poelvoorde etc ... Ce film n’existe pas encore en DVD, hélas. Pour ce film-là, j’ai écrit une musique jazz manouche. Je l’ai enregistrée avec Philip Catherine et Alexandre Cavalière, et c’était vraiment génial de jouer avec eux. Donc, oui, pour la composition mon père me donne quelques pistes et puis je compose. J’attends toujours la dernière minute, car j’ai besoin de sentir monter l’adrénaline. Ça vient tout d’un coup. Je me mets en condition, j’écoute plein de choses dans l’esprit de ce que je dois faire… Pour l’instant, je travaille sur son prochain long-métrage, Tokyo Fiancée, qui est l’adaptation du roman «Ni d’Eve ni d’Adam», d’Amélie Nothomb.

Ces travaux t’ont permis d’aller au Japon. Tu as joué là-bas. Toi qui es très intéressé par certains musiciens japonais également, si je suis bien renseigné, cela t’a encore ouvert les yeux et les oreilles ?

Oui. A Berklee, je me suis aussi lié d’amitié avec Takashi Sugawa, un contrebassiste japonais que j’ai d’ailleurs retrouvé plus tard à New York. Mais j’ai aussi pas mal côtoyé le légendaire Masabumi Kikuchi, qui est très radical dans la musique d’avant-garde et dans le genre de free que j’adorais avant d’aller à Berklee. Je l’avais rencontré lors de mon premier voyage au Japon, effectué pour Bunker Paradise. C’est lui qui m’a fait découvrir Stockhausen, Xenakis, Shoenberg, Boulez, Webern, Berg, Krenek et d’autres… Il m’a fait cadeau de ce trésor musical. Je lui dois beaucoup. Il m’a ouvert les oreilles à des sonorités sombres et «difficiles» et à une sorte de liberté que l’on peut trouver dans la dissonance.

Il a influencé ta manière d’écrire actuellement ?

Pas vraiment. En 2009, j’ai enregistré Evanescences, un album d’improvisations avec Tyshawn Sorey et Thomas Morgan, le bassiste favori de Masabumi. L’album doit sortir bientôt sur Dalang Records!. A l’époque, j’avais juste envie de faire du Free. Sans doute à cause de lui. Evidemment, c’est une musique assez peu commerciale. (Rires).

Tu veux d’abord raconter une histoire, faire passer un message avant de savoir si ça marche ou pas…

Voilà. Je suis de ces musiciens qui se dit que si tu t’occupes bien de la musique, la musique te le rendra. C’est une sorte de mystique ! Je ne suis pas croyant mais j’aspire à quelque chose de l’ordre du beau, du divin.

Comment se sont passés tes concerts au japon ?

Bien! Ils étaient chaque fois complets! Les Japonais sont respectueux: ils écoutent. Ils achètent même le disque et, après le concert, on peut parler avec eux, ce sont des grands connaisseurs.

Les projets à courts termes ?

L’album du guitariste japonais Kaoru Tanaka, avec Stéphane Galland et Marc Mondesir. Une participation sur le nouvel album du bassiste américain Evan Marien. La musique du film Tokyo Fiancée. Et mon prochain album en trio.


Merci à Fabrice Giraud et à Jos L. Knaepen pour les photos.

A+

22/07/2013

Brosella 2013 - Une sacrée cuvée.

 

Soleil et chaleur sur le Théâtre de Verdure. Ça fait du bien. Du coup, tout le monde est de sortie.

Et il y a déjà pas mal de monde sur les coups des trois heures pour écouter les finlandais du UMO Jazz Orchestra, dont la réputation n’est plus à faire. On a pourtant rarement eu l’occasion de les entendre sur une scène belge. On ne remerciera donc jamais assez le Brosella pour la pertinence de sa programmation.

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Le big band propose un jazz au swing très moderne et assez puissant, qui laisse souvent la part belle aux solistes. Il faut dire que, pour l’occasion, Karl Heinilä (le chef d’orchestre) avait invité le trompettiste Verneri Pohjola - dont le disque «Aurora» en 2011 fut une belle révélation et le récent «Ancient History» une belle confirmation. Quasi omniprésent, le trompettiste déploie la palette assez large de ses talents, allant du très aérien au très brûlant. L’articulation est limpide avec parfois une pointe d’agressivité. Il faut souligner également, dans ce solide big band, les belles interventions de Manuel Dunkel (ts) ou de Kirmo Lintinen (p), dans des solos très accrocheurs. UMO est décidément une belle machine, parfaitement rôdée et dynamique au son et aux arrangements très actuels. A ne pas rater lors de leur prochaine venue…

Sur la seconde scène, un peu plus haut dans le parc, Yves Peeters Group (dont j’avais déjà parlé ici) régale l’auditoire de sa musique aérienne, dansante et savante. Le dosage et l’équilibre - entre groove (tantôt rock, tantôt africain) et atmosphère - est une vrai réussite. La basse solide de Nicolas Thys laisse du champ libre aux intervention parfois free de Frederik Leroux (eg), quant à Nicolas Kummert il rafraîchit cette chaude après-midi de son chant si particulier.

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Retour à la grande scène avec le trio de Nathalie Loriers (avec Philippe Aerts (cb) et Rick Hollander (dm) ). Au risque de me répéter, la formule «trio» convient vraiment bien à la pianiste. Même si elle s’inspire, comme elle l’avoue elle-même, de Bill Evans ou d’Enrico Pieranunzi entre autres, il est indéniable qu’elle possède définitivement son style. Au lyrisme qu’on lui connait (niche plutôt réductrice dans laquelle on l’enferme un peu trop vite), elle allie un swing au timing parfait. Elle a une façon d’aller à l’essentiel avec beaucoup de sensibilité. C’est de la poésie sans minauderie, de l'énergie sans brutalité. Bien entendu, elle est soutenue, poussée même, par une rythmique idéale et “Moon’s Mood”, “Les trois petits singes” ou encore “Jazz At The Olympics” font mouche. Voilà du jazz comme on l’aime.

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Découverte intéressante, ensuite, sur la petit scène, du quartette d’Elina Duni. Je connaissais le pianiste Colin Vallon ainsi que le contrebassiste Patrice Moret (pour avoir écouter leur excellent album «Rruga», chez ECM), par contre je ne connaissais pas la chanteuse albanaise Elina Duni, ni le batteur Norbert Pfammatter. Basée principalement sur la musique traditionnelle des Balkans aux rythmes parfois obsédants et enivrants ou à la mélancolie exacerbée, le groupe mélange les genres avec une grande élégance. Au-delà de la tradition, Elina Duni échange avec ses musiciens sur un jazz parfois déstructuré et les laisse aller à de belles impros inspirées. Ainsi, Colin Vallon n’hésite pas à proposer une longue intro plutôt abstraire au piano (cordes étouffées, intervalles marqués, dissonances et silences) tandis que Patrice Moret accentue les sons déchirés à l’aide de l’archet. L’univers est particulier, mystérieux, envoutant parfois. Les histoires qu’Elina raconte – d’une voix parfaitement maîtrisée – sont pleines de poésie et de douleur, remplies de messages. Alors, elle s’oblige à nous en expliquer le sens en français. Classe.

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Retour sur la grande scène où Bill Frisell nous la joue toute en finesse. Il est au Brosella pour présenter son dernier album Big Sur (une commande du Monterey Jazz Festival).

Une batterie, trois violons et un violoncelle accompagnent le guitariste. L’esprit est à la détente, à la langueur, au contemplatif. La musique évoque les grandes étendues désertes, les paysages qui entourent Glen Deven Ranch (où il s’est retiré pour composer et enregistrer). Bill nous fait faire le tour du propriétaire. On flâne… puis on trotte au son du violon de Jenny Scheinman (un peu western) ou de Eivind Kang (un peu eastern). Les impros sont fragiles, se développent sur des ostinati ou de courts motifs évolutifs. Parfois, on fait un très court détour du côté du rock (Rockabilly? Twist?) avant de se reposer tout en douceur… Même si tout cela est très joli, on s'ennuie un tout petit peu. Impressions quelque peu mitigées.

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Changement radical sur la petite scène avec Big Noise. On ne s’en lasse pas ! Surtout que, pour le Brosella, le trio a invité le clarinettiste Evan Christopher, un vrai de vrai de la Nouvelle Orléans. Grâce à lui, Big Noise plonge un peu plus encore sa musique dans les racines de ce jazz qu’ils chérissent. Et le plaisir de jouer est toujours aussi communicatif. Les gens dansent devant la scène, rient, applaudissent. Loin de jouer la star ou de montrer “comment il faut faire”, Evan Christopher s’intègre au groupe – car il lui trouve de véritables qualités – et partage sincèrement la musique avec Raphaël D’Agostino (tp, voc), Johan Dupont (p), Max Malkomes (cb) et Laurent Vigneron (dm). Non, Big Noise n’a pas fini de grandir…

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Et voilà enfin, cerise sur le gâteau, Jonathan Batiste. Celui qu’on attendait. Je l’avais découvert avec Roy Hargrove, il y a deux ans, ici même au Brosella et il m’avait laissé une grosse impression. Ce soir, il se présente avec son groupe «Stay Human», avec lequel il déambule régulièrement dans les rues et le métro New Yorkais. Répandant ainsi la bonne humeur et le partage. Avec eux, le spectacle est partout et non conventionnel.

Pourtant, tout démarre en douceur. Sourire irrésistible coller sur les lèvres, doigts démesurés, Jon Batiste nous emmène entre blues et swing avec un sens du rythme inné. Avec humour et intelligence, il mélange «Carmen» à «Summertine».

Au tuba, Ibanda Ruhumbika fait la pompe, à la contrebasse Barry Stephenson excite les temps, le sax du jeune Eddie Barbash joue les empêcheurs de tourner en rond, quant au batteur, Joseph Saylor, intenable, il claque les tempos et accentue la syncope. Ça bouillonne et l’ambiance monte. Au son de son mélodica, sur «Killing Me Softly», Jon Batiste emmène alors tout son groupe au devant de la scène, sur les premières marches, à un mètre d’une foule déjà bien excitée.

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Et là, on passe à la vitesse supérieure. Tout s’emballe sur une version incroyable de «St James Infirmery». Le sax s’empare d’un solo du tonnerre, il monte sur le piano, enchaîne les chorus. Puis, comme pour répondre au saxophoniste, le batteur décroche son tom et vient le planter tout devant. La démonstration, brutale, jouissive et délirante, se termine par le jet de ses baguettes dans le public. Et puis tout le monde s’en va.

Surprise. Incompréhension. Le public devient fou !

C’était une fausse sortie. Revoilà le Stay Human prêt à en découdre de plus belle. «Why You Gotta Be Like That?» se reprend à l’infini et… ça y est, le moment que l’on attendait arrive: toute la bande descend dans le public et va se balader au beau milieu des travées de l’amphithéâtre. L’ambiance est indescriptible. Les morceaux s’enchaînent («My Favorite Things», «Kindergarten»…).

Revenu sur scène, le groupe se resserre autour du piano. Chacun prend posesion d’une partie du clavier. Puis, ils échangent leur place. Tapent dans les mains, tape sur tout ce qu’ils trouvent, font chanter le public, le font danser…

Moment incroyable de plaisir collectif !

Voilà sans aucun doute l’un des meilleurs concerts de l’année (en tous cas, il sera difficile de faire mieux…)! Jonathan Batiste est à suivre, plus que jamais, et à revoir au plus vite.

Merci encore Henri Vandenberghe, merci les bénévoles, merci le Brosella.

Vite, à l’année prochaine.

A+

 

 

 

13/07/2013

Fabrice Alleman Obviously et Big Noise - Festival au Carré à Mons

 

Soirée jazz au Festival au Carré à Mons.

Ce mardi soir, le soleil chauffe encore l’esplanade du Théâtre du Manège. L’air est doux, le public est nombreux et réuni autour de la scène pour écouter Big Noise.

Big Noise ! Rien de tel pour mettre tout le monde de bonne humeur. Big Noise - j’en ai déjà parlé ici – ce sont quatre gaillards qui revisitent le blues, le marching jazz et le jazz New Orleans avec une énergie débordante. L’esprit est bien présent, pas de doute là-dessus. Le respect aussi. Mais il y a juste ce qu’il faut de d’irrévérence, de plaisir, de bonheur et de sincérité pour en faire une musique qui n’a pas peur de se frotter à la modernité.

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On est toujours impressionné par la faculté qu’a Raphaël D’Agostino à passer de la trompette au chant avec autant ferveur que de justesse. On est étonné aussi par le jeu toujours vigoureux de Laurent Vigneron (dm) ou par la technique et l’explosivité de Johan Dupont (p). (Johan Dupont qui vient de publier chez Igloo, avec Music For A While, un album surprenant et totalement différent de Big Noise puisqu’il s’agit d’un savant mélange d’impros et de relecture sur musique baroque du XVIème siècle – Dowland, Purcell, etc. - A découvrir). Et puis, il y a Max Malkomes à la contrebasse, solide, puissant et très mélodique. Bref, une fois de plus, on n’est pas déçu. Et le public non plus, qui en demande encore un peu plus. Mais il est temps de se diriger vers la salle de répétition du Manège pour écouter Fabrice Alleman.

La dernière fois que j’ai vu Fabrice sur scène, c’était à la Jazz Station, bien avant l’enregistrement de ce superbe album qu’est “Obviously”, une petite perle de sensibilité et de groove mêlés.

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Ce soir, c’est sold-out (un concert supplémentaire sera même proposé le lendemain, pour contenter tout le monde). Pour l’occasion, le saxophoniste a eu la bonne idée d’inviter David Linx. Plus qu’un simple guest, le chanteur s’est investi dans le projet en écrivant des paroles originales sur certains thèmes, poussant même Alleman à revoir quelques-uns de ses arrangements.

Mais avant que Linx ne les rejoigne sur scène, c’est le saxophoniste qui chante – et très bien – sur “Morning” et “Afternoon”, tout en échangeant avec Lionel Beuvens (dm) et en groovant avec Reggie Washington (cb, eb) ou Nathalie Loriers, qui se partage entre piano et Fender Rohdes. Il laisse ensuite s’envoler Lorenzo Di Maio, formidable de swing - mâtiné de riffs rock - sur un “Three Or Four” du tonnerre.

David Linx arrive alors pour “Regards croisés”, rebaptisé “Come Up The Stairs”. Dès les premières mesures, Linx impose sa griffe. Le chant est parfait, reconnaissable entre mille. Avec Fabrice Alleman, la connivence est immédiate.

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Si le chanteur et le saxophoniste (qui utile aussi bien la clarinette basse, le soprano et le sax ténor) sont à l’avant-plan, ils n’hésitent jamais à laisser de beaux espaces à la basse ronde, profonde et sensuelle de Reggie Washington, ou à Nathalie Lorriers, éblouissante lors de son impro sur “Hope For The World”. Ses enchaînements d’accords sont d’une fraîcheur et d’une brillance incroyables. Et sur “Jay Jay”, elle se lâche encore. D'ailleurs, sur ce dernier morceau, chacun se lance des défis. Et ça enfle, et ça bouge, et ça tangue de tous côtés.

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Et puis le dialogue s’emballe de plus belle entre Linx et Alleman sur “Don’t Say It’s Impossible”. Le sax soprano et le scat si particulier et unique du chanteur ne font qu’un. Rien ne les arrête. Alleman avait raison, rien n’est impossible.

Ce projet, “Obviously”, réussit le mélange parfait enter lyrisme et groove avec tellement de simplicité et de spontanéité que, oui, tout cela semble évident.

Pour le plaisir... le clip "Hope For The World".


Hope for the World - Fabrice Alleman from Bernardo Camisão on Vimeo.


A+

 

31/05/2013

Brussels Jazz Marathon 2013


J’adore faire partie d’un jury, c’est excitant. Pas toujours évident, mais excitant.

Un jury choisit. C’est excitant. Mais choisir, c’est renoncer. C’est pas évident.

Et ce ne sont pas les autres membres du jury du concours des Jeunes Talents du Brussels Jazz Marathon (le journaliste Jempi Samyn, le saxophoniste Manu Hermia, le guitariste Henri Greindl, l’organisatrice Jacobien Tamsma et la pianiste - et présidente – Nathalie Loriers) qui me diront le contraire.

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Il a d’abord fallu faire une sélection parmi plus de vingt candidatures et choisir trois groupes (une première épreuve pas simple). Finalement, ce sont Syma, Stanislas Barrault Trio et Pablo Reyes Trio qui se sont retrouvés sur le podium de la Place Fernand Cocq ce samedi 25 mai. Trois groupes et trois styles totalement différents. Voilà qui ne facilite pas plus les choses.

Syma est un très jeune quintette qui ose ses propres compositions, dans un style jazz fusion (tendance prog rock). Pas simple de faire sonner un tel band. On sent d’ailleurs quelques flottements ici ou là. Mais on remarque aussi quelques belles personnalités (Louis Evrard aux drums ou Quentin Stokart à la guitare, pour ne citer qu’eux).

Plus aguerri, le trio de Stanislas Barrault (dm) - avec Casimir Liberski (p) et PJ Corstjens (eb) - revisite quelques standards, qu’il exécute parfaitement, avec rigueur et pas mal de personnalité.

Quant à Pablo Reyes – qui, malgré son jeune âge, à déjà pas mal roulé sa bosse au Mexique, d’où il est originaire, et aux Pays-Bas, où il étudie – il décline la musique façon latin-jazz ou bossa. Et ici aussi, le niveau est excellent.

Allez départager tout cela.

Alors, après quelques débats, c’est la prise de risques et la marge de progression qui est récompensée. Syma remporte donc le premier prix (et le prix du public), tandis que Casimir Liberski celui du meilleurs soliste (son «Giant Step» a mis tout le monde d’accord).

Le lendemain après-midi, dimanche, Syma ouvra donc, comme le veut la tradition, la dernière journée de concerts sur la Grand-Place.

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C’est là que je suis allé écouter le Jazz Station Big Band, que j’avais vu à ses débuts, en 2007.

Après avoir sorti un premier album chez Igloo en 2011, le JSBB s’attaque cette fois au répertoire de Thelonious Monk. Chacun des morceaux est arrangé par l’un des membres du Big Band. Formule intelligente qui permet de faire vibrer le band de différentes manières et de mettre en avant les différentes personnalités des musiciens.

François Decamps (g) fait swinguer «Straight No Chaser» et «Evidence», et invite Jean-Paul Estiévnart (tp) et Daniel Stokart (as) à prendre des solos éclatants. «Criss Cross», superbement arrangé par Stéphane Mercier (as), permet à ce dernier d’échanger furieusement avec Daniel Stokart - cette fois-ci au soprano - et à Vincent Brijs de venir contraster les nuances au sax baryton. C’est aussi l’occasion pour le leader Michel Paré (tp) de croiser le fer avec la guitare de François Decamps. Grand moment.

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L’excellent pianiste Vincent Bruyninckx profite de «In Walked Bud», qu’il a arrangé, pour démontrer tout son talent et sa fougue. Son introduction, en solo, est éblouissante. Ça swingue en diable. David Devrieze (tb) et Vincent Brijs (bs) prennent chacun des chorus charnus.

Tomas Mayade (tp, remplacé ce soir par Olivier Bodson) drape «Jackie-ing» d’un arrangement de velours. L’intervention de Steven Delannoye (ts) est suave, tandis que Herman Pardon (dm) et Piet Verbiest (cb) soutiennent un tempo brulant.

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Puis il y a encore un «Hackensack» étonnant - nerveux et découpé - arrangé par Estiévennart, un «Bye Ya» très latin et un «Introspection» à la Herbie Mann qui enchantent le public.

La réputation des Big Band belges n’est plus à faire (le BJO l’a assez démontré ses dernières années) mais le JSBB apporte une pointe de fraicheur supplémentaire. Il est juste assez respectueux de Monk et juste assez décalé pour réussir l’hommage à l’un des plus grands et des plus étonnants pianistes que le jazz ait connu.

Chapeau. Et merci.

A+

 

 

21/09/2012

Nathalie Loriers Trio - Les trois petits singes

On l’attendait depuis longtemps cet album en trio. On se souvenait avec émotion de Walking Trough Walls, Walking Along Walls et de Silent Spring (chez Igloo). Deux excellents albums que Nathalie Loriers avait mitonné avec Sal La Rocca et Hans Van Oosterhout. La pianiste avait ensuite tenté, avec bonheur, l’aventure en quintette avant de suivre d’autres chemins aux accents orientaux (L’Arbre Pleure). Puis elle s’était entourée d’un quatuor à cordes dans Moments d’Eternités. En parallèle, elle avait aussi – et elle continue – participé à l’aventure très prenante du Brussels Jazz Orchestra.

Tout cela l’avait un peu éloigné la Sainte Trinité du jazz. Pourtant, lors des J.O. de Pekin, en 2008, elle avait participé à un disque collectif (Jazz Olympics), et avait proposé «Confidence», en trio (avec Philppe Aerts et Stéphane Galland). C’était une pure merveille. C’était un choc. Pour nous. Mais pour elle aussi sans doute. Il était clair et évident qu’elle devait revenir aux fondamentaux.

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Quatre ans plus tard, Les Trois petits singes (De Werf)nous comble enfin. Et bien sûr, le morceau «Confidence» (rebaptisé ici «Jazz At The Olympics») y figure en bonne place. Que du bonheur !

Nathalie a bien fait de nous faire attendre et de peaufiner ce projet car, il faut bien l’avouer, cet album est d’une fraîcheur et d’une richesse incroyables. Et l’on n’y décèle aucune faiblesse. Nathalie Loriers s’y exprime en un discours pertinent, dépourvu de tout de bavardage inutile. Elle donne de la place à la musique, fait résonner les silences, laisse respirer le rythme. On retrouve chez elle, ce toucher très personnel, cette façon de faire dialoguer la main gauche avec la main droite. D’amener les autres à participer à l’aventure. L’entente est parfaite avec Philippe Aerts, à la contrebasse - chantante comme jamais - et avec Rick Hollander, aux drums, qui colore chaque morceau de façon différente et toujours surprenante. Il y a, dans ce trio, l’essentiel du jazz et du swing.

Allez écouter ce «God Is In The House» (Duke ? Oscar ? Lennie ?),  ce lumineux «Moon’s Mood», cet énigmatique «Les Trois Petits Singes»… Tout cela est décidément parfait !

Il y a, bien sûr, le romantisme de Loriers – libéré de tout poncif - dans «L’Aube De L'Espérance» ou «La Saison Des Pleurs». Il y a aussi des airs plus ensoleillés, qui flirtent avec des rythmes Afro-Cubain ou latino, comme «Cabeceo» par exemple. Il y a toutes ces couleurs, toutes ces influences, mais rien, jamais rien n’est surligné. Et c'est cela qui est magique. C’est cela qui fait un grand disque. C'est ce que l’on pourrait appeler la maturité. La maturité de quelqu'un qui sait comment se faire entendre et se faire comprendre, parfois à demi-mot, mais toujours avec justesse.

Arriver à allier une simplicité du discours avec une telle richesse harmonique - et un sens de la mélodie et du groove - est un tour de force que seuls quelques grands ont réussi. Et Nathalie Loriers fait partie, sans aucun doute, de ce petit cercle d’élus.

Les Trois Petits Singes est l’un des albums les plus swinguants et des plus brillants sorti actuellement et certainement l'un des meilleurs de Nathalie Loriers.

Un dernier conseil : ne ratez pas les concerts que le trio donne actuellement (dans le cadre des JazzLab Series) ou un peu plus tard (pour le Jazz Tour des Lundis d’Hortense). Un trio jazz de cette qualité ne court pas les rues.

A+

 

 

 

 

16/08/2012

Brussels Vocal Project au Cercle des Voyageurs

Vendredi 3 août. L’air est lourd sur Bruxelles.

Il fait chaud dans la bibliothèque du Cercle Des Voyageurs. Il y a du monde. Sur scène, pas de micro, pas d’amplification. Pas d’instrument non plus. Ce soir, c’est a cappella.

Alors, on s’isole un peu plus du bruit extérieur. On ferme la fenêtre.

Il fait encore plus chaud.

Le Brussels Vocal Project est né au conservatoire de Bruxelles. Presque par hasard.

Au début, d’ailleurs, il n’y avait pas que des vocalistes. Mais tout le monde chantait. Petit à petit l’idée a fait son chemin, le groupe s’est resserré, le répertoire s’est affiné. Ils étaient 9 lorsque je les avais vu à Dinant, en 2009. Ils avaient failli remporter le concours des jeunes talents.

Aujourd’hui, ils sont six.

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Le projet s’est encore concentré et le groupe travaille, pour l’instant, autour de l’un des thèmes impérissables du regretté Pierre Van Dormael: «The Art Of Love».

L’idée du Brussels Vocal Project a alors été de demander aux musiciens qui avaient côtoyés de près le guitariste, d’écrire ou d’offrir un thème lui étant dédié.

Fabian Fiorini, Fabrizio Cassol, Nathalie Loriers, Pierre Vaiana, Pirly Zurstrassen, David Linx et Serge Lazarévich ne se sont pas fait priés. Chacun a écrit selon son expérience, son histoire, son vécu, son ressenti, son amour.

Chaque compositeur à posé sa griffe, son style. On reconnaît le lyrisme ou la délicatesse sombre des uns, l’électricité ou les tourments des autres. Et la sensibilité de tous.

Sur chacune de ces compositions, François Vaiana et Anu Junnonen, principalement, ont posé des paroles. On y entend de l’anglais, de l’italien, du français ou du finnois.

Ce qui pourrait paraitre très éclaté, incohérent, voire chaotique, trouve son fil rouge dans les voix et les arrangements.

Les six vocalistes ont façonné un équilibre parfait. Un soprano (Frédérike Borsarello), une basse (Wouter Vande Ginste), un ténor (Jonas Cole), deux altos (Anu Junnonen et Elsa Gregoire) et un baryton (François Vaiana).

Tous ne viennent pas du jazz, certains viennent du classique ou du rock. Voilà qui ajoute encore à la richesse du projet.

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Avec une maîtrise quasi parfaite, le Brussels Vocal Project ne succombe pas à la démonstration mais fait affleurer l’émotion. Et c’est parfois très impressionnant.

C’est la version moderne, très actuelle et très personnelle, des grands groupes vocaux auxquels on pourrait peut-être faire référence comme Les Double Six, Lambert, Hendricks & Ross ou Manhattan Tansfert des bonnes années… Mais au swing de ceux-ci, il faut ajouter des harmonies complexes et très contemporaines. Les thèmes sont riches de nuances et ne se cachent jamais derrière la facilité.

La musique circule, se transmet et s’échange entre les vocalistes. Chacun tient son rôle à la perfection. Ils s’écoutent, se répondent, se laissent le temps de respirer, de souffler, de s’épanouir. On passe de l’intimiste au swinguant. Du mystérieux au lumineux. Du tendre au mordant. En toute poésie.

Puis le concert s’arrête. Un enfant pleure dans la salle à côté et a besoin de sa maman. Sa maman c’est Elsa. Alors, avec naturel et générosité, on fait une pause.

On ouvre les fenêtres. On laisse rentrer l’air.

On craint un instant que la magie va être rompue. Mais non. Ce petit interlude permet de nous rendre encore mieux compte de la performance des chanteurs, de l’univers dans lequel ils nous ont emmené et de l’humanité partagée.

Lorsque le concert reprend, le rêve est intact. Et l’on voudrait qu’il dure longtemps.

Dehors, il fait toujours aussi chaud. Mais intérieurement, le Brussels Vocal Project nous a vraiment rafraîchi.



Le Brussels Vocal Project compte enregistrer prochainement. Puis tenter de chercher une maison de disques. Et puis de trouver d’autres concerts.

Nos oreilles et notre cœur n’attendent que ça.

Le projet est audacieux et original, il serait vraiment dommage de passer à côté.

 

A+

20/10/2011

50. Bilan musical.

 

1961. 20 octobre, je nais.

Aucun souvenir.

Le tube du moment c’est « Hit The Road Jack »… ça commence fort.

Jusqu’à mes six ans, je n’ai pas trop de souvenirs marquants. À la radio, qui est allumée en permanence dans le magasin de ma mère ou dans l’atelier de mon père, j’entends sans doute Alain Barrière, Richard Anthony, François Deguelt, Sheila… À la télé, je vois Henri Salvador faire son Zorro. À la fancy-fair de l’école, on danse sur « Enfants de tous pays » et plus tard sur « Yellow Submarine »…

1967. Un samedi après midi, il y a du soleil, je joue au beau milieu de la cour, dans une grande bassine de fortune remplie d’eau. J’entends « Puppet On A String ». J’écoute les 45 tours que ma sœur achète : The Four Tops (« The Letter »), The Monkees, The Bee Gees (« Massachusetts »)… et bien sûr : The Beatles (« Penny Lane » «All You Need Is Love ») et les Stones (« We Love You »). Ma sœur peut enfin acheter un 33 tours ! Pas n’importe lequel : « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band ». Ça tourne en boucle.

 

1968. Dans la chambre avec mes sœurs, on écoute encore les Beatles (« The White Album »). Mais aussi Bob Dylan (« Nashville Skyline »), The Moody Blues…  Mon père, lui, me fait écouter sur un vieux phono des 78 tours de Ray Ventura et de Count Basie

1969. La beatlemania continue. C’est « Abbey Road ». J’écoute aussi « I'll Never Fall In Love Again » de Bobbie Gentry, « Venus » de Shocking Blue et des groupe rock belges (The Peebles « Mackintosh », The Wallace Collection « Daydream »). Un de mes cousins ramène le double album « Chicago Transit Authority ». Choc. Il me fait écouter aussi Canned Heat, Creedence Clearwater Revival. Un copain plus âgé, Philippe, ramène un disque à la couverture étrange (« In The Court Of The Crimson King ») et aussi Led Zepplin ou Procol Harum (« A Salty Dog »)… Je tanne mes parents pour acheter mon premier 45 tours. Je le trouve au Sarma, à Tournai. C’est « Mendocino » de Sir Douglas Quintet.

1970. Entre mes sœurs, mes cousins, mes copains, il y a, d’un côté « Get Ready » de Rare Earth. « Bridge Over Trouble Water » de Simon and Garfunkel, de l’autre « In Rock » de Deep Purple, « Déjà Vu » de Crosby, Stills, Nash And Young, « Lola » des Kinks, puis The Who, The Doors, Black Sabbat, The Beach Boys, George Harrison, John Lennon and the Plastic Ono Band… Et puis, il y a du Belge (Carriage Company) et aussi Polnareff, Georges Moustaki, Georges Brassens, Barbara, Nougaro, Brel… et les Poppys !

1971. Le dimanche, dans l’atelier de mon père, on jouait aux chanteurs avec mon cousin. On pouvait mettre la musique à fond ! Avec un électrophone tourne disques Philips… ça le faisait grave. Je me souviens de Mungo Jerry, de « San Tropez » sur l'album « Meddle » de Pink Floyd, de Jethro Tull, de Deep Purple. Et de « Uncle Albert » sur « Ram » de Paul Mc Cartney ou de « Brown Sugar » des Stones.

 

1972. C’est « Midi Première » avec Danièle Gilbert. Forcément, ça marque. Nicoletta, Julien Clerc, Michel Delpech… et surtout Il était une fois (« Rien qu’un ciel »), ça je l’achète. Et puis, pour les fêtes ou pour son anniversaire, mon père « peut » écouter sa musique : Glenn Miller, Count Basie, Duke Ellington… J’adore ça.

1973. Dans sa chambre, mon copain Philippe me fait écouter Wishbone Ash, Alice Cooper, Genesis (« Foxtrot »), Yes ou Roxy Music. À la radio, j’entends les claquements de doigts sur « Killer Queen ». À la télé (« Tempo » ou « Follies »?), je vois un type bizarre, c’est David Bowie. Et un autre, déguisé en clown, c’est Leo Sayer. Mais c’est aussi l’année de Slade (« Slade Alive ») et de T.Rex (« Telegram Sam ).

1974. J’écoute « The Dark Side Of The Moon » chez un copain. Et puis la musique d’un film terrifiant qui passe tout le temps à la radio : « Tubular Bells ». Au cours de musique, à l’école, la prof nous joue « L’arnaque ». J’aime ce rythme syncopé. Pour mon anniversaire, je peux aller voir Maxime Le Forestier, en concert à La Halle Aux Draps à Tournai. J’irai aussi écouter ensuite Jean-Michel Caradec, Julien Clerc, Dick Annegarn

1975. Il y avait un café-théâtre à Tournai, « La Mauvaise Herbe ». J’y vais de temps en temps avec ma sœur. On écoute du folk et de la chanson française « à texte ». J’achète (avec les sous de ma maman) quelques disques… (des 45 tours... faut pas déconner quand même !) Je me souviens de « Bohemian Rhapsody » de Queen, de « La Complainte du phoque en Alaska » de Beau Dommage. C’est l’époque de « La guitare à Dadi ». Je découvre Chet Atkins, Hank Williams… J’ai une période country. Et puis, ça y est, j’ai une guitare, sur laquelle je ne jouerai jamais que « Frère Jacques ». Sur une corde.

1976. Le soir, j’écoute en cachette « La ligne est ouverte » de Gonzague Saint Bris. La musique m’hypnotise. C’est une gnossienne d’Erik Satie. Je vois « Barry Lyndon », je découvre le plaisir de la musique classique. Je vois « Tommy » au cinéma. Je vois « Jaws » au cinéma. J’achète des compiles de musiques de films… Et puis je prends mon vélo pour aller acheter, à Dottignies, à la Maison Bleue, « Sir Duke » de Stevie Wonder.

 

1977. Sur une double page de « Première », il y a une grande photo de Patrick Dewaere qui tient dans ses mains « Crisis, What Crisis ? » de Supertramp. Il me le faut. Je l’achète plusieurs fois car il y a de petites imperfections sur le vinyl et ça m’énerve. Je m’inscris à la Médiathèque (qui s’appelait alors, la Discothèque). Je reviens avec les Andrews Sisters, Art BlakeyProkofiev, Tchaïkovski, RachmaninovGilbert Lafaille, Léo Ferré, Serge Reggiani, … des disques de bruitages aussi… Et puis Klaus Schulze.

1978. Me voilà à St Luc. J’écoute de tout. C’est l’époque où, à la télé le dimanche midi, Antoine de Caunes présente Chorus (en direct du toit de l’Empire). Je découvre Dire Straits, Tom Petty, Steely Dan, Talking Heads, The Jam, Joe Jackson, Blondie, Lene Lovitch… Et Billy Joel me fait faire des recherches sur la 52nd Street (et à l’époque, il n’y a pas Internet). Je fais des K7 de bossa-nova, de salsa, de tango avec les disques loués à la médiathèque. Je vais écouter le Big Band du West Music Club qui joue dans mon ancienne école. Certains s’étonnent que j’aime ça.

1979. Tangerine Dream, Soft Machine, Emerson Lake and Palmer et Vandergraaf Generator se mélangent aux Wings, aux Stones (« Some Girls »), à Kansas, The Cars, Fisher-Z, Police, Machiavel, Patti Smith, XTC, Jo Lemaire, Telex, Kraftwerk… à Cabrel aussi, à Higelin, Souchon, David Mc Neil et Lavilliers. De la médiathèque, je continue à ramener des trucs étranges - je ne sais pas si ça me plait mais j’écoute Pierre Henry et Stockhausen avec fascination... Puis j’écoute, avec encore un peu de difficultés, Charles Mingus, à cause de Shadows, de Cassavetes. Et Miles, à cause d’Ascenseur pour l’échafaud. Et puis, il y a Radio Cité aussi. C’est Chic, funky et soul. C’est Roy Ayers et Earth, Wind And Fire… Do you remember ?

1980. Bruxelles. C’est l’année où Lennon meurt. Je ne sors pas beaucoup (ma mère gère mon budget : « Faut pas qu’il fasse des bêtises mon Jacquot ! »). Je vais quand même pointer mon nez à la Raffinerie du Plan K (on en parle tellement dans la rubrique rock – alors excellente – de Télé Moustique). Je pense y avoir vu Echo and The Bunymen ou Joy Division. Je me balade aussi du côté de chez Pol, au Bierodrome, j’y vois Willy Vande Walle. J’aime cette ambiance très enfumée…

1981. Dans un storyboard que je fais pour l’école dans laquelle je suis, j’imagine une musique de Louis Jordan. Je me souviens avoir expliqué qui il était et quelle musique il faisait. À l’époque je découvre Idir, Oum Kalsoum ou Fairuz grâce à Mouloud, mon beau-frère. D’un autre côté, un copain de classe me fait découvrir Joni Mitchell et Don McCaslin

 

1982. Dans « Beau Père » de Blier, Patrick Dewaere (encore lui) parle de Bud Powell. J’achète une sorte de « best of ». Bud y joue avec Fats Navarro, Charlie Parker, MilesJe pense que c'est dans ce film également qu'on y parle de Lennie Tristano... En tout cas, c'est à ce moment-là que j'achete « Requiem ». Un copain achète « We Want Miles ». On écoute ça à fond.

1983. Je profite de mon service militaire en Allemagne pour acheter des disques, car ils sont moins chers. Et me voilà avec un peu de tout sur les bras, U2, REM, Paul Simon, Alan Parson, Randy Newman, John Hiatt, Frank Zappa, Al Stewart, Donald Fagen… Mais aussi Keith Jarrett, Stan Getz ou Lester Young.

1984. Retour à la vie civile. C’est « Koyaanisqatsi » de Philip Glass. C’est « Rock It » sur MTV. Chez un ami, on écoute Sade. En hommage à Monk, des musiciens se réunissent et publient un double album « That’s The Way I Feel Know ». Je me renseigne sur ce Monk. J’achète « At The Blackhawk ». La claque est monstrueuse.

1985. Le premier janvier, je re-écoute « Star People » de Miles. Un ex-beau-frère, en visite ce jour-là, me lâche : « Du Jazz ? La plupart des gens écoutent ça sans rien comprendre, juste pour se donner une attitude ». J’ai pas trinqué avec lui cette année-là. Et j’ai écouté aussi Liquid Liquid.

1986. Je vois « Down By Law », je découvre John Lurie, Tom Waits. J’écoute The Lounge Lizards. Je vois Joe Jackson pour la tournée « Grand Monde ». Je vois aussi Henri Salvador et je tombe amoureux de Syracuse. Et puis, il y a « Round Midnight » aussi, le film. Ça donne envie de traîner la nuit. La nuit, c’est l’Interférence, un bar près de la Grand Place. On y écoute Isabelle Antena et toutes les musiques des disques du Crepuscule.

1987. Barney Willen et La Note Bleue. J’achète la BD, j’achète le disque et plus tard encore un autre Barney : « Jazz Sur Scène ». Délice.

1988. Ça tourne un peu en rond. Il y a bien De La Soul, Deee-Lite, Prince, « Do the Right Thing » de Spike Lee, Womack and Womack, le rock de Manchester et Nirvana. Et puis il y a « Bird » de Clint.

1989. John Mayall me pousse à écouter du blues. John Lee Hooker, Muddy WatersJe vois Let's Get Lost de Bruce Weber. J'écoute Chet Baker.

1990. Retour à XTC. Un des groupe les plus sous-estimés du rock anglais.

1991. Je ne sais plus pourquoi, mais j’achète des opéras italiens. Verdi. « Il Trovatore », « La Traviata », « La forza del destino »… Je travaille pour un ami qui me paie en cd. Je fais mon choix en me feuilletant le bouquin « les incontournables du jazz » chez Gitane Jazz. À moi Dizzy, Ornette, Bill Evans, Sonny Stitt, Ahmad Jamal

1992. Björk fait son « Debut ». C’est quand même très différent de ce qu’on entend habituellement à la radio. The Commitments me font écouter Wilson Pickett. Et puis... et puis, il y a pas mal de changements dans ma vie sentimentale.

1993. La belle musique des scies, des marteaux, des truelles et des pinceaux. Mais c’est aussi US3, The Digable Planets et Guru Jazzmatazz

1994. Nusrat Fateh Ali Khan se fait une petite place entre Portishead, Geoffrey Oryema, Eels etc… Et puis… Et puis c’est la naissance de ma première fille.

1995. Pirouette, cacahuète, bateau, ciseau… vous connaissez la chanson.

1996. P.J. Harvey, Nick Cave, Beck, Tortoise… J’entends parler d’Aka Moon. J’écoute de la musique indienne. Lors d’un voyage à Paris, je vois Reinette l’Oranaise dans un endroit presque clandestin, dans une ambiance de folie. Inoubliable.

1997. J'ai vu Legnini en concert et j'achète "Rythm Sphere". Je découvre The Last Poets. Et Gil Scott Heron. Il n’est jamais trop tard. Et puis, il y a un peu de tout… Mais il y a surtout la naissance de ma deuxième fille.

1998. Je reviens un peu plus au jazz. Je retourne à la médiathèque. J’écoute et re-écoute « A Love Supreme » de John Coltrane, allongé sur le sol. Je re-écoute Monk, Miles, Art Pepper… Je découvre Brad Mehldau. Au bureau, un collègue me surnomme Jazzques.

 

1999. Je vais voir Truffaz au Bota. Je craque. Je vais au Travers. Je ne sais pas qui je vois, mais j’aime l’ambiance. Et puis… ma fille doit se faire opérer. C’est grave. Je ne vis plus. Il y a un morceau que j’écoute chaque fois que je vais à l’hôpital (et j’y vais souvent) : « Paper Bag » de  Fiona Apple. Fin de l’année, ma fille s’en sort.

2000. C’est très bizarre dans ma vie sentimentale, tout se déglingue. Année de merde. Séparation. Je plonge deux fois plus dans la musique. Kind of Blue, Monk, Billie Holiday remontent à la surface… Au Travers, je vois le groupe de Ben Sluijs pour la première fois. Erik Vermeulen au piano. Choc. C’est bon, je sais ce que je vais écouter les prochaines années.

2001. J’écoute de plus en plus de jazz. Tous les styles. J’essaie à nouveau « Ascension » de Coltrane. Encore trop tôt. J’essaie Aka Moon, Albert Ayler, Cecil Taylor, Steve Coleman. J’ai parfois un peu de mal. Mais je me fais du Dolphy, du Kirk, du Mingus, du Hancock… Je remets les pieds dans les clubs de jazz. Je vais régulièrement aux jam's du Sounds. Il y a Nathalie Loriers et tous les autres... Mais je vois aussi Sussan Deyhim. Et je vois surtout Sœur Marie Keyrouz à l’Opéra. Je suis subjugué.

2002, 2003, 2004. Je m’intéresse de plus en plus au jazz belge. Peu en parlent. Comme on parle peu du jazz en général, d’ailleurs. Je veux aller partout. Tout entendre.

Alors, je vais dans les festivals, les concerts, en club ou ailleurs. Je découvre plein de musiciens, je découvre plein d’autres musiques, j’apprécie celles pour lesquelles j’avais du mal et je reviens toujours vers celles que j’ai aimées. Je rencontre plein de musiciens, jeunes et moins jeunes, qui m’apprennent à connaître toutes les choses que je ne sais pas. Et il y a du boulot !

2005. Il faut que je raconte ce que je vois et entends. Jazzques est né.

2011. Le 20 octobre, j’ai 50 ans.

 

A+

04/06/2011

Fabrice Alleman New Quartet à la Jazz Station

Le nouveau quartette de Fabrice Alleman joue sur la spontanéité. Spontanéité dans les compositions mais aussi dans la façon de les exposer. C’est un peu comme si le saxophoniste ne voulait pas trop réfléchir la musique mais plutôt la sentir. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a appelé son groupe «Obviously». La plupart des morceaux ont été composés très intuitivement et proposés rapidement au groupe dans lequel on retrouve Reggie Washington à la basse électrique et à la contrebasse, Nathalie Loriers  au Fender Rhodes et Lionel Beuvens à la batterie.

fabrice alleman, nathalie loriers, reggie washington, lionel beuvens, jazz station, jean-philippe collard-neven

Avec une telle équipe, on peut imaginer que la musique ne sera pas figée non plus. En plus, on devine les intentions de Fabrice Alleman lorsqu’il convoque Reggie Washington mais plus encore lorsqu’il demande à Nathalie Loriers de s’installer derrière le Fender Rhodes plutôt que le piano. Il a envie d’entendre des mélodies c’est sûr, mais il a aussi envie que ça groove. Vérification à la Jazz Station, ce mercredi 18 mai.

Après avoir démarré avec un morceau de Tony Williams, histoire de se chauffer, le groupe entame une suite en trois parties: «Morning», «The Afternoon» et - logiquement - «The Evening». Le début est chanté, un peu à la manière de Bobby McFerrin, avant d’évoluer petit à petit vers le blues et se terminer en un soul-funk qui n’est pas sans rappeler les frères Adderley.

L’intention devient réalité.

fabrice alleman, nathalie loriers, reggie washington, lionel beuvens, jazz station, jean-philippe collard-neven

Avec ce groupe, Alleman lance aussi des ponts entre tradition et modernité. Et les échanges, parfois musclés et un tantinet désarticulés, entre lui et Lionel Beuvens, sont là pour le prouver. Les break du batteur, sont tendus et secs, mais gardent une extrême musicalité. Quant à Reggie Washington, il navigue entre souplesse et fermeté. Il n’hésitera pas, en fin de concert, à se lancer dans quelques slap qui pigmenteront un peu plus le funk implicite.

Au Fender, Nathalie Loriers, ne délaisse pas, comme prévu, son lyrisme caractéristique, mais le transforme en de nerveuses envolées groovy.

fabrice alleman, nathalie loriers, reggie washington, lionel beuvens, jazz station, jean-philippe collard-neven

Le ténor est parfois âpre et rauque, mais on y décèle toujours une pointe de douceur et de tendresse. Et inversement, dans les ballades, Fabrice parvient toujours à glisser une petite pointe de mordant. Le quartette alterne ballades («Like A Little Hope», «Don’t Say It’s Impossible», déjà entendu avec Jean-Philippe Collard-Neven) et thèmes plus incisifs («J.J.», «Trio For All») avec un beau tempérament.

La musique circule, les musiciens sont complices et le public de la Jazz Station savoure.

Et il lui faudra bien, en rappel, un thème brûlant (dont le nom m’échappe) de Joe Henderson pour le rassasier définitivement.

Le quartette compte encore tourner un peu et continuer à rôder la «machine», avant d’envisager l’enregistrement d’un album qui devrait, à coup sûr, bien sonner.


A+

 

05/06/2010

Brussels Jazz Marathon 2010

Vendredi 28 mai, je marche vers la Grand Place de Bruxelles. Le ciel est clément, il y a même quelques rayons de soleil.

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Sur la grande scène, Mariana Tootsie a donné le départ du quinzième Jazz Marathon. Elle est accompagnée par ses «Chéris d’Amour». Personnellement, et même si cela est sympathique, je ne suis pas convaincu par ce nom de baptême (j’aurais même tendance à m’en méfier). Mais c’est Mariana Tootsie (très grande voix!) et Matthieu Vann (p, keyb) et Jérôme Van Den Bril (eg) et Cédric Raymond (cb) et Bilou Doneux (dm). Et très vite, toutes mes appréhensions se dissipent. Mariana possède décidément une sacrée voix (désolé si je me répète) et son groupe sonne vraiment bien! Ça groove, c’est soul, c’est funky, c’est sec et puissant, c’est un peu frustre, un peu brut… mais qu’est ce que c’est bon! Le temps d’un titre, le groupe invite Renata Kamara, histoire de flirter un peu avec le rap.

Ça démarre fort, ça démarre bien!

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Toujours sur la Grand Place, je découvre ensuite le trio d’Harold Lopez Nussa, dont on m’avait dit beaucoup de bien. Le pianiste vient tout droit de Cuba. Son jeu est vif, brillant, explosif. Sous la couleur d’un jazz très actuel, nourri à la pop, on sent poindre, bien sûr, les rythmes afro-cubains. Le mélange est très équilibré. Entre Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera (cb) et l’excellent batteur Ruy Adrian Lopez Nussa, l’entente est parfaite. Le trio évite le piège du cuban-jazz trop typé pour en délivrer leur vision assez personnelle et bien tranchée. Un trio à suivre de près.

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Je fais un crochet par la Place Sainte-Catherine pour saluer Manu Hermia (as), François Garny (eg) et Michel Seba (perc) occupés à se préparer pour le concert de Slang. Connaissant la bande, je décide d’aller découvrir, au Lombard, le nouveau projet de Rui Salgado (cb), Cédric Favresse (as), Ben Pischi (p) et Nico Chkifi (dm): Citta Collectif.

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Le groupe s’est formé assez récemment et on le sent encore en recherche. Il en ressort cependant déjà de belles idées. Suivant les morceaux, on peut y déceler, ici, les influences d’un Abdullah Ibrahim, là,  «l’urgence» d’un Charlie Parker et, plus loin encore, l’inspiration de ragas indiens. La musique circule, joue le mystère, fait cohabiter les silences et la frénésie. Voilà encore un groupe qui promet.

Changement de crèmerie. Sur le chemin vers la Place St Géry, Raztaboul, met le feu ska-jazz-funk sur le podium du Bonnefooi.

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J’arrive au Café Central. Au fond de la salle, PaNoPTiCon improvise, délire, part en vrille. À un ami qui me demandait ce qu’il fallait aller voir au Jazz Marathon, j’avais cité PaNoPTiCon en lui précisant: «jazz indéfinissable». Domenico Solazzo, le batteur, leader et instigateur du projet invite pratiquement chaque fois des musiciens différents. C’est ainsi que se retrouvaient autour de lui ce soir, Antoine Guenet (keyb), Michel Delville (g), Olivier Catala (eb) et Jan Rzewski (ss). La règle du jeu? Pas de répétition mais de l’impro libre et totale. L’expérience est assez fascinante, déconcertante voire éprouvante, car ici, tout est permis. Le groupe explore les stridences, va au bout des sons et des idées. Certains spectateurs abandonnent, d’autres entrent dans le jeu. Je fais visiblement partie de la deuxième catégorie. Certes, la musique n’est pas facile, mais il y a ce côté expérimental et cette recherche de l’accident qui me captive. Michel Delville injecte des sons très seventies, évoquant le prog-rock et Jan Rzewski fait couiner son soprano. PaNoPTiCon explore les recoins de la musique underground, du jazz-rock, de la musique sérielle, du drone… et du jazz, tout simplement. Il fait s’entrechoquer les mondes. Expérience musicale et spirituelle assez forte.

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Avant de rentrer, je vais écouter Piero Delle Monache (ts) et Laurent Melnyk (g)  accompagnés d’Armando Luongo (dm) et de Daniele Esposito (cb). «Ecouter», est un bien grand mot. Le quartette joue sur une scène grande comme un mouchoir de poche, dans un endroit improbable où le public n’en a absolument rien à cirer. Le Celtica est bourré à craquer de gens bruyants, déjà bien imbibés, qui se sont juste réunis pour beugler et boire encore. On se demande bien où est l’intérêt pour les musiciens de se retrouver à jouer dans des conditions aussi indécentes? On appréciera le groupe une autre fois, dans de meilleures circonstances, je l’espère. En attendant, je vous conseille le très bon premier album de Delle Monache: «Welcome» (j’en reparlerai).

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Samedi, Place Fernand Cocq, où les parasols servent de parapluies, me voilà avec Jempi Samyn, Jacobien Tamsma, Fabien Degryse, Henri Greindl et Nicolas Kummert dans le jury du concours Jeunes Talents.

Le premier groupe à se lancer est le Metropolitan Quintet. Voilà déjà plusieurs fois que je les entends, et chaque fois le niveau monte. Le groupe propose une musique clairement influencée par le jazz-rock seventies auquel il ajoute une touche parfois funky, parfois plus contemporaine. C’est très habilement joué et l’on remarque bien vite de belles personnalités, comme Antoine Pierre (dm et leader), qui recevra d’ailleurs le prix du meilleur soliste, mais aussi le saxophoniste Clément Dechambre

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Changement radical de style, ensuite, avec le duo Saxodeon de Julien Delbrouck (ss, baryton, cl.basse) et Thibault Dille (acc.). La mélancolie et le lyrisme mélangés à une touche de new tango ou parfois de bossa, offrent une belle originalité. Le pari est osé, mais manque peut-être encore d’un peu de souplesse, la moindre hésitation se paie cash. Finalement, c’est Raw Kandinsky qui mettra tout le monde d’accord.

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Ce jeune quartette - Johan De Pue (g), Quirijn Vos (tp), Tijn Jans (dm) et Martin Masakowski (cb) – est très affûté, très soudé et énergique. Sorte de neo-bop, un poil rock, un poil funk, qui va à l’essentiel. Pas de bavardage inutile, mais de l’efficacité servie par d’excellents musiciens (à l’image de l’impressionnant contrebassiste). On reverra tous ces groupes au Sounds le 25 juin, venez nombreux, ça vaut le coup d’oreille.

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Allez, hop, je descends dans le centre écouter Jeroen Van Herzeele et Louis Favre. Avant ça, je fais une halte sur la Grand Place pour écouter la fin du concert de Julien Tassin (g) et Manu Hermia (as) que j’avais déjà vu en club (et dont je n’ai pas eu le temps de vous parler... désolé). Musique énergique, spontanée et directe qui s’inspire du funk, de la soul, du rock, de John Scofield ou de Jimi Hendrix. Jacques Pili est à la basse électrique et Bilou Donneux à la batterie. Efficace et groovy en diable! Je vous le recommande!

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Le Lombard s’est vite rempli et le public restera scotché. Pourtant, il n’y aucune concession dans la musique de Louis Favre (dm), Jeroen Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb). C’est Coltranien en plein! Un long premier morceau évolutif nous emmène haut, très haut. Ça psalmodie, ça rougeoie et c’est incandescent. Le deuxième morceau est emmené à un train d’enfer par Favre. Il y a du Hamid Drake dans son jeu. Van Herzeele fait crier son sax, le fait pleurer, le fait chanter. Les phrases s’inventent et se cristallisent dans l’instant. Fantastique moment!

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Curieux, je remonte vers le Sablon pour écouter Casimir Liberski. Le retour de l’enfant prodige fraîchement diplômé du célèbre Berklee College of Music. Avec Reggie Washington à la basse électrique et Jeff Fajardo aux drums, le trio nous sert un jazz très (trop) propre, presque aseptisé. On s’ennuie à écouter de longues boucles funky, un peu molles, entendues chez Hancock, par exemple, dans les années 80 (pas la période que je préfère). Bref, ça sent le salon cosy. Liberski prépare un album avec Tyshawn Sorey (dm) et Thomas Morgan (cb), ça devrait, je l’espère, sonner autrement.

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Au Chat Pitre, Mathieu De Wit (p), Frans Van Isacker (as), Damien Campion (cb), Jonathan Taylor (dm) dépoussièrent de vieux standards («The Way You Look Tonight», «Blue Monk», etc.). Sans pour autant les dénaturer, le groupe parvient à leur donner une fraîcheur plutôt originale.

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Et je termine ma longue journée au Sounds pour écouter Philip Catherine (g) en compagnie des fantastiques Benoît Sourisse (orgue Hammond) et André Charlier (dm). «Smile», «Congo Square» et autres thèmes passent à la moulinette d’un groove nerveux et explosif. L’entente est parfaite, le timing irréprochable et le plaisir communicatif. Le bonheur est parfait.

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Dimanche après-midi, sur la Grand Place, le programme est concocté par les Lundis d’Hortense. Sabin Todorov présente son dernier projet avec le Bulgarka Junior Quartet et chasse les nuages. Les chants traditionnels bulgares mélangés au jazz révèlent ici toute leur magie. L’équilibre est subtil entre les voix, l’alto de Steve Houben et le trio de Todorov. C’est souvent dansant, coloré et ça tient vraiment bien la route.

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Je reste, par contre, toujours un peu mitigé par rapport au projet de Barbara Wiernik. C’est tendre et sensible, tous les musiciens sont excellents (Blondiau sur «Drops Can Fly», pour ne prendre qu’un exemple)… mais je n’arrive pas à «entrer dedans».

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Avec Nathalie Loriers, le soleil est définitivement de retour. Sous la direction de Bert Joris (tp), le Spiegel String Quartet (Igor Semenoff (v), Stefan Willems (v), Aurélie Entringer (v) et Jan Sciffer (cello)) fait un sans faute. Nathalie fait swinguer «Neige» et «Intuitions & Illusions» et nous donne le frisson sur «Mémoire d’Ô». Belle réussite que cette association de cordes et avec un quartette jazz

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Comme chaque année, la fête se termine trop tôt (22h15: extinction des feux!!!?? On croit rêver!!), alors je passe par le RoskamBen Sluijs (as) s’y produit en trio, avec Manolo Cabras (cb) et Eric Thielemans (dm). Musique très ouverte, parfois inconfortable, parfois cérébrale mais toujours excitante. Rien à faire j’adore ça…

Rideau.

A+

 

22/05/2010

Jazz à Liège 2010

Impossible de me rendre à Liège, le vendredi 7 mai, pour le Festival de Jazz qui fêtait ses 20 ans.

Samedi 8, par contre j’y étais. Un peu trop tôt d’ailleurs. Belle occasion pour me détendre un peu à la terrasse ensoleillée d’un sympathique café et pour continuer la lecture de l’excellent livre de Geoff Emerick «En studio avec les Beatles». Je me demande toujours comment il est possible de se souvenir, aussi précisément, d’événements qui se sont produits voici près de quarante ans! Emmerick est l’ingénieur du son qui a enregistré, entre autres, «Revolver», «Sgt Pepper», «Abbey Road»... Dans ce livre, il nous fait vivre de l’intérieur ces incroyables moments de créativité qui ont bercé ma jeunesse. Et c’est jubilatoire. Pour peu que vous vous intéressiez un tantinet aux Fab Four, je vous recommande vivement cet ouvrage incontournable.

Allons, il est temps de rejoindre le Palais des Congrès.


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Je passe d’abord une tête dans la Salle de la Région Wallonne où Nathalie Loriers fait son sound check. Les réglages sont délicats. Non seulement, le line-up de base du String Quartet a été légèrement modifié, mais c’est Jean-Paul Estiévenart qui a la lourde charge de remplacer Bert Joris à la trompette. Comme je verrai cette formation (avec Bert) lors du prochain Jazz Marathon (dimanche 30), je descends au Bar des Congressistes pour écouter Sophie Alour (ts, ss), accompagnée par Yoni Zelnik (cb) et Karl Januska (dm).


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Le trio présente son dernier album «Opus 3». Le jazz de Sophie Alour mélange les genres avec une certaine retenue. On passe du bop au rock en lorgnant tantôt vers le classique, tantôt le jazz très moderne, tantôt le jazz très soul. «Mystère et boule de gomme!», aux harmonies et aux arrangements assez sophistiqués, nous emmène dans une spirale déstabilisante, tandis que «Eloge du lointain», qui flirte avec les rythmes africains, nous ramène sur un terrain plus organique. Le jeu souple et tout en douceur de Sophie Alour se mêle joliment à celui, très chantant et sinueux, du contrebassiste Yoni Zelnik. À la batterie, Karl Januska est impeccable de bout en bout. Il est à la fois très sec et tranchant sur «Untitled» (?), puis sensuellement percussif sur «Mystère et boule de gomme!» et fougueux sur «Karlstone».  C’est frais et très agréable, surtout que Sophie Alour ne manque pas d’humour.

Je fais l’impasse sur le trio de Donny McCaslin, pensant aller le voir le lundi suivant au Hnita Hoeve. Malheureusement, je n’en aurai pas l’occasion. Un coup dans l’eau. De toute façon, ici à Liège, la salle était comble - impossible de se faufiler plus avant - et le concert avait commencé depuis près d’une heure.


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En route donc vers la Salle de Fêtes pour découvrir ce que l’on considère comme étant la révélation pianistique de ces dernières années: Tigran Hamasyan. Le premier et long morceau me laisse pourtant très dubitatif. Tigran est très expressif et très physique sur son piano, il alterne les phrases légères, les accords massifs et les échappées virtuoses. C’est impressionnant, mais… Mais il faut attendre «Love Song» pour que se révèle alors un formidable groupe. La vocaliste Areni trouve idéalement sa place. Les tessitures se mêlent. Piano, voix et sax (Ben Wendel) jouent à l’unisson puis s’éloignent, prennent des libertés et se rejoignent à nouveau. Les harmonies orientales se mélangent au jazz et au rock. «Falling» débute par un intense solo de batterie (Mark Giuliana) aux accents jungle, repris au micro, façon beat box, par Tigran. Tout le folklore arménien explose. Le pianiste se déchaîne et Sam Minaie (cb) redouble d’impétuosité. Le contraste est violent lorsqu’ arrive «Chinar Es», en duo piano - voix, qui prend alors une ampleur étonnante. Cet air plaintif et mélancolique irradie la salle. Le groupe revient au complet pour un final éblouissant. Tigran, les deux mains hyper mobiles, met le feu aux poudres. Ok, me voilà convaincu.


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Le temps de me rafraîchir un peu au bar, de croiser quelques amis dans le long couloir et me voilà dans la Dexia pour le concert de Mark Turner (ts), Larry Grenadier (cb) et Jeff Ballard (dm). C’est plein à craquer. L’ambiance est assez nocturne et dépouillée. Le trio développe un jazz assez intimiste. Cependant, le concert est un peu plus nerveux que l’atmosphère générale de l’album («Sky & Country») paru dernièrement chez ECM. On sent, dans le jeu de Ballard surtout, l’envie de donner du nerf à la musique, tandis que Turner semble souvent retenir l’explosivité. Il préfère broder autour d’ondulantes phrases lyriques («Child’s Play» ou «Brother’s Sister»). Mais avec «State Of The Union», on file tout droit. Grenadier rebondit sur des rythmes que Ballard s’amuse à casser. FLY force même le trait un peu boogaloo sur «Elena Berenjena». Bien sûr, on reste dans la nuance et la délicatesse. Pas de tonitruance ici, même si «Super Sister» termine le set de manière très enlevée.

En attendant que Nicholas Payton daigne bien commencer son concert, je vais écouter les derniers instants de celui de Murat Öztürk… Eh bien, j’aurais voulu en entendre plus. Dans la veine assez traditionnelle du trio piano - basse - batterie, le leader d’origine turque fait preuve d’une belle personnalité. Le jeu de Murat est assez clair, détaché et brillant. Gauthier Laurent (cb) impose un jeu ferme et très musical, qui se faufile entre les lignes d’un jazz assez chatoyant. Et tout cela est soutenu par le drumming magique et sobre de Dré Pallemaerts. À suivre.


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Dans la grande salle du fond, Nicholas Payton balance un jazz plutôt prévisible. C’est toujours agréable, certes, mais cela ne soulève pas chez moi un enthousiasme débordant. Il y a pourtant sur scène une belle brochette d’excellents musiciens, à commencer par le tout jeune et extraordinaire pianiste Lawrence Fields, aussi vif que pétillant. Marcus Gilmore (dm), plus sage ici qu’avec Vijay Iyer, partage la rythmique avec le percussionniste Dan Sadownik et le contrebassiste Vicente Archer. Le sextette revisite le bop (ou neo-bop) façon Terence Blanchard ou Wynton Marsalis. Tout est hyper réglé, avec juste ce qu’il faut de swing, de latin jazz et de rythmes langoureux. Il manque juste un peu de folie… ou simplement de plaisir de jouer?

Un peu fatigué, je jette quand même une oreille au Flat Earth Society. Ici, il y a de la folie, une pointe de délire et une envie évidente de s’amuser. J’aurais dû opter pour ce concert-là, peut-être…

 

A+

 

31/12/2009

Cécile Broché sur Citizen, Nathalie Loriers sur Musiq3

Je vous ai déjà dit (même si c’était parfois de façon sibylline) le bien que je pensais de «Soundscapes» de Cécile Broché et Etienne Bouyer.

Album sorti en début d’année (ou fin de l’année dernière déjà ?) chez Igloo.

Voilà un très beau voyage à rebondissements et plein de surprises qu’il serait stupide de ne pas faire en leur compagnie. Pour en savoir plus, vous pouvez lire ma chronique parue récemment sur Citizen Jazz.

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Et puisqu’on en est à rattraper, tant bien que mal, le temps qui fuit, faisons un petit retour en arrière (humm… on n’est pas à une contradiction près).

Le 19 novembre, je me suis offert deux heures de liberté. Le temps de filer à la RTBF.

Régulièrement, à l’heure de son émission « Jazz », Philippe Baron invite un jazzman autour du Steinway de Musiq3. Cette fois-ci il s’agissait de Nathalie Loriers, accompagnée par Philippe Aerts.

Nous étions juste quelques privilégiés, une petite vingtaine (le studio n’est pas très grand), à pouvoir assister à ce joli moment… d’éternité.

C’est vrai, c’est agréable, c’est détendu, c’est sympathique et en plus les musiciens jouent le jeu. La pianiste et le contrebassiste s’amusent, prennent des risques, s’échappent dans des improvisations et oublient même que l’émission ne dure qu’une heure. Résultat, un ou deux morceaux prévus sur la set-list ne pourront malheureusement pas être joués.

Dommage, car ce petit tour d’horizon de quelques thèmes écrits par Nathalie était joué avec beaucoup d’élégance, de finesse et de sincérité. On en aurait voulu encore un peu plus.

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Entrecoupés de quelques anecdotes tendres ou drôles, on eut droit à «Last Thought Of The Day», «Neige», «Confidence», «Mémoire d’O», «Danse Eternelle» et «Forward» (ce dernier titre étant de Philippe Aerts. On peut d’ailleurs l’entendre sur l’excellent album sorti en 2002, «Back To The Old World», qui fêtait le retour du contrebassiste en Belgique après deux ans d’exil à New York.)

Pris de court, je n’avais pas emmené mon appareil photo (heureusement, Philippe Baron avait tout prévu). La prochaine fois, si on m’invite encore (après tout, j’ai été bien sage, poli et attentif, non ?), j’y penserai.

Comme tout passe vite, l’émission n’est plus «en ligne». Mais vous pouvez toujours vous rabattre sur «Moments d’Eternité», le dernier album de Nathalie Loriers, sorti chez De Werf. Histoire de renouveler le plaisir ad vitam eternam

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A+

 

01/10/2009

Passage éclair à Saint-Jazz-Ten-Noode

Passage éclair à Saint-Josse qui proposait son 24ème festival Saint-Jazz-Ten-Noode ce samedi 19 septembre !

J’arrive trop tard pour entendre Thierry Crommen, mais je ne rate presque rien du concert de l’Âme des Poètes. Je n’ai pas eu l’occasion de voir ce groupe assez souvent et je le regrette.

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Derrière l’humour et une dérision affectueuse de leurs reprises de chansons françaises, il y a la rigueur de 3 excellents musiciens. Trois musiciens qui arrivent à réinventer la vie de chansons populaires mille fois entendues. Avec nos trois gaillards, même une chanson du Grand Jojo passe pour une œuvre majeure de la musique. La reprise de «Chef, un p’tit verre, on à soif!», entièrement retravaillée sur un rythme oriental, est jubilatoire.

Pierre Vaiana, notre Django d’Or 2009, est merveilleusement ondulant. Un véritable serpent des sables, agile, précis et insaisissable.

Fabien Degryse, (dont je vous conseille lle second album « The Heart of the Acoustic Guitar » qui sort sous peu… je peux déjà vous dire qu’il contient quelques petites perles) est épatant à la guitare. Parfois bluegrass, parfois manouche, parfois classique. Une fois nerveux, une fois tendre, une fois lyrique… toujours pétillant. Un régal.

Et puis, il y a Jean-Louis Rassinfosse, toujours aussi facétieux dans la présentation des morceaux - le roi du jeu de mots – qui, lorsqu’il empoigne sa contrebasse, la fait chanter comme personne d’autre en Europe.

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La musique semble simple mais demande assurément une exigence incroyable de la part des musiciens. L’Âme des Poètes devrait bientôt sortir un nouvel album. Cela nous promet bien du plaisir.

Place ensuite à Nathalie Loriers. J’aurais bien voulu assister au concert de Nathalie dont le dernier album vient de sortir chez De Werf (avez-vous écouté la nouvelle version de «Mémoire d’O» ? Rien que pour cela, le CD vaut l’achat!).

Mais un autre rendez-vous important m’attendait (il faut toujours tenir les promesses que l’on fait à ses enfants ;-) ) et j’abandonne le chapiteau qui résonne des premiers accords du quartette.

J’irai écouter Nathalie, de même que Toine Thys et son Hammond Trio qui se produisait un peu plus tard à la Jazz Station, une autre fois … Ça aussi c’est une promesse que je m'oblige à tenir!

 

A+

 

08/09/2009

Rendez-vous entre amis

Blog un peu en rade.

Désolé.

 

Juste le temps de rappeler quelques petits rendez-vous entre amis.

 

Vous souvenez-vous de "The Wild Party" ?

Fabuleuse « pièce de théâtre » interprétée avec conviction par quelques jazzmen et un acteur fantastique ?

J’en avais parlé ici.

Si vous l’aviez raté, il y a deux séances de rattrapage les 10 et 11 septembre au Théâtre 210.

Incontournable.

 

Et puis, bientôt aura lieu la deuxième édition de Musicalix. Le 26.

Organisé par Leila Radoni, le festival accueillera cette année les KMG’s, Julie Jaroszewski quartet ou encore The Radoni’s Tribe.

 

Avant ça : Saint Jazz Ten Noode, avec Nathalie Loriers, Thierry Cromen, L’Âme de Poètes, Toine Thys Hammond Trio !

Entre temps, au Théâtre Marni aura lieu les "Marni Jazz Rendez-vous", où vous pourrez également écouter The Radoni’s Tribe parmi d’autres beaux groupes (Mid West Quartet, Cécile Broché, Alex Furnelle, Jacques Pirotton, etc…)

Hautement recommandé.

 

Et bientôt aura lieu Jazz At Home, à Malines.

Sympathique organisation qui propose d’aller de maison en maison écouter de jeunes groupes de jazz pour, le soir, se donner rendez-vous au Stadsschoubuwburg avec le Tuesday Night Orchestra en apothéose.

 

Et puis, il y a les clubs…

 

Quant à moi, je range deux, trois bricoles, j’organise un peu mieux ma vie et je vous promets de revenir plus régulièrement avec des concerts, des disques, des livres.

 

En attendant, mon ami Wakas (ex-KMG’s) va-t-il faire un énorme carton ?

C’est tout ce que je lui souhaite…

 

 

 


:-)

 

 

A+

 

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
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C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
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Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
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Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
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On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
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Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+

02/12/2008

Galliano et le BJO au Singel - Antwerpen

Quand le Brussels Jazz Orchestra donne un concert dans votre ville et qu’il vous est impossible d’y assister, que faites-vous ?
Hé bien vous allez le voir, la veille, dans une autre ville: à Antwerpen.
Au Singel.

Dans la très belle «Blauwe Zaal», les pupitres sont prêts, le piano est accordé et l’accordéon attend.
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L’accordéon, c’est celui de Richard Galliano, dernier invité d’un des meilleurs Big Band du monde qui fête cette année ses 15 ans d’existence.

20 heures tapantes, le BJO, sous la houlette de l’infatigable Frank Vaganée, entonne un swinguant et rugissant «Hoping Around».
Galliano reste en coulisse et l’orchestre enchaîne avec «Café Sieste» qui met en valeur un Pierre Devret crépusculaire au bugle.
Et puis, honneur à Nathalie Loriers avec une magnifique (et le mot n’est pas usurpé) adaptation de «Neige», écrit par la pianiste pour son quintet et arrangé somptueusement par Lode Mertens (tb).

Et Galliano arrive.
Il entre tout de suite dans le vif du sujet avec «Michelangelo ’70».
Intense, rapide, nerveux et puissant.
Le BJO et l’accordéoniste poursuivent avec un autre thème tout aussi brûlant, où Vaganée et Galliano rivalisent de vigueur et de fougue: «Teulada».
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On se calme ensuite avec «Ten Years Ago» (titre du nouvel album), dédié à Barbara.
La balade, sombre et mélancolique, ressemble bien à l’esprit de la grande dame en noir.

Un clin d’œil à Nougaro («Tango Pour Claude / Vie Violence»), un détour swing du côté de la «Rue de Maubeuge» (avec un Nico Schepers éblouissant à la trompette) et un bonjour à «Giselle»… on a fait la visite du propriétaire.
Et Galliano s’amuse avec ce grand orchestre.
Et les musiciens s’amusent avec lui.
Cela doit être aussi l’un des secrets de la qualité du BJO: le bonheur de jouer ensemble.
Il faut les voir sourire entre eux, se faire des clins d’yeux, de contenir un fou rire.
Normal que cela dure depuis quinze ans!

Alors, Galliano rappelle Nathalie Loriers, qui avait laissé la place de soliste au musicien marseillais, pour «Take Eleven» (avec une main gauche fantastique de la pianiste sur un motif qui rappelle un peu «All Blue» et un éclatant Kurt Van Herck au soprano).
Et puis, c’est «Taraf» aux rythmes complexes des Balkans (arrangé par Bert Joris) et finalement «Coloriage»… Avant la standing ovation…

Anniversaire magique, musique formidable, soirée réussie…
Vous auriez manqué ça vous?
Pas moi.

A+

24/08/2008

Sabin Todorov sur Citizen et les J.O.

Petit détour du côté de Citizen Jazz.
Cette fois-ci, c’est pour vous inviter à aller lire ma chronique de «Inside Story» de Sabin Todorov et ensuite, à moins que ce ne soit déjà fait, aller vous procurer  l’album.

Rappelez-vous, j’avais vu le concert du pianiste et son trio à Bruges voici quelques mois.

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«Inside Story» est sorti chez Igloo et est dans les bacs des bons disquaires depuis quelque temps déjà.


Autre album sorti récemment et qui trône déjà dans les bacs, c’est «JazzOlympics».
Il me semblait opportun d’en parler après l’obtention d’une médaille d’Or de notre belle, brillante et très sympathique Tia Hellebaut au saut en hauteur

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L’album est d’ailleurs de couleur jaune, comme l’or, et vous le repèrerez facilement.

«JazzOlympics» est une initiative du COIB afin d’encourager nos athlètes et d’illustrer les valeurs Olympiques. L’album est produit par Jan Hautekiet et Jean Kluger.

Huit «groupes» (le 8 du 8 en 2008 etc…vous connaissez l’histoire), se sont donc donnés rendez-vous pour illustrer huit thèmes chers au Baron de Coubertin. Ainsi, la fraternité, le dépassement de soi, la tolérance, le fair-play etc… sont déclinés par quelques-uns de nos meilleurs jazzmen belges.

Le porte-drapeau de la délégation n’est autre que Toot Thielemans qui ouvre la marche avec un tendre «Best Of Yourself», suivi par David Linx et le BJO pour un «Fraternity» sous forme de chanson optimiste, sautillante et légère.
On retrouve bien sûr Philip Catherine dans un «Friendship» intimiste et recueilli, en duo avec Philippe Decock (keyboards).

Nathalie Loriers, quant à elle, revient en trio (Philippe Aerts (cb), mais aussi pour l’occasion Stéphane Galland aux drums) pour nous offrir l’un des meilleurs morceaux du disque (à mon avis): «Confidence». Thème bâti sur un swing fébrile, fait de tensions et de breaks jubilatoires.
Le toucher de la pianiste et ses arrangements sont de pures merveilles. Ça donne vraiment envie de revoir rapidement Nathalie avec cette formule

 

 

Autres belles surprises de l’album: «Tolerance» de Michel Herr et son Life Lines ainsi que «Solidarity» de Jef Neve.
Pour le premier, on saluera les arrangements finement ciselés qui permettent à Jacques Pirotton (g), Alexandre Cavalière (violon), Fabrice Alleman (ts, ss) ou encore Peter Vandendriessche (as) d’intervenir dans de riches et réjouissantes improvisations.
Le deuxième, Jef donc, explore un peu plus mélodiquement ce qu’il a commencé sur le «bonus CD» de son dernier album «Soul In A Picture»: c’est-à-dire une fusion entre jazz acoustique, loops et électro. Une belle réussite.

HLM (Houben, Loos, Maurane) et Stéphane Mercier font aussi partie de l’équipe et proposent de tendres sympathiques compositions.

Ils sont donc huit, mais le BJO s’offre un tour d’honneur avec un dynamique et tonitruant «The Hopper», histoire de terminer par un feu d’artifice.

Alors, faites comme Tia, rentrez à la maison avec de l’or.

A+

14/06/2008

Jazz Marathon 2008 (Enfin!)

Et le Brussels Jazz Marathon, c’était comment ?

C’est vrai ça, avec toutes ces activités, je n’ai pas encore eu le temps de vous raconter mon parcours durant ces trois jours.
C’était les 23, 24 et 25 mai. Déjà !
Je vais essayer de rattraper le temps perdu.
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Vendredi soir, temps ensoleillé, direction Place Ste Catherine.
Je voulais absolument voir The Groove Thing, de Jef Neve et Nicolas Kummert.
Sur place, je rencontre toute la petite bande de Slang qui se prépare à jouer juste après.
Manu Hermia revenait d’une tournée en France avec Rajazz, visiblement satisfait.

Sur scène: The Groove Thing porte bien son nom, car, pour groover, ça groove.
Lieven Venken aux drums, Nic Thys à la basse électrique et devant, Nicolas Kummert au sax incandescent et Jef Neve à l’orgue Hammond bouillonnant.
C’est roots en plein ! Entre soul, bop et r&b…  Jamais un gimmick pop vulgaire ou racoleur comme on peut parfois en entendre avec certaines formations qui surfent sur la vague revival.
Ici, ça joue vrai.
On est proche de Lonnie Smith, Jack Mc Duff ou de Jimmy Smith.
Kummert rappelle parfois un Rashaan Roland Kirk lorsqu’il «délire», souffle, respire, parle ou chante dans son ténor. Il y ajoute de temps en temps des effets de disto. C’est chaud et c’est sexy, et ses duels avec Jef (intenable) sont étincelants.
À retenir, à revoir… à suivre !
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Après une courte pause, Slang investit la scène (qu’ils ont décoré de jolies fleurs) et déverse un gros son: énergique et puissant. On connaît la formule, mais on reste ébahi devant une telle vitalité.
Michel Seba est monstrueux aux percus lorsqu’il entre en transe. François Garny, à la basse électrique, assène des tempos saignants. Manu Hermia, au sax et à la flûte, se démène comme un diable dans ce tourbillon de musiques africaines, indiennes, arabes, rock ou reggae. La foule s’est agglutinée au-devant du podium. Elle ondule, bouge, saute et danse aux rythmes des impros parfois énergiques, parfois hypnotiques.

Une fois ce concert terminé: direction le Walvis, au bout de la rue Antoine Dansaert.
Je voulais absolument écouter le groupe du batteur (que je croyais Néerlandais, mais qui, en fait, est Anversois) Yvan Van Nistelrooy.
Hard bop ou post bop, avec une tendance à aller parfois vers le free-bop. On frise même parfois le jazz rock avec les interventions de Peter Verhelst à la guitare électrique.

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Devant, l’excellent trompettiste Iwan Cotton (qui joue un peu dans l’esprit de Dave Douglas) échange des phrases fiévreuses avec Roel Van Hoek à l’alto.
Toutes les compos sont de Van Nistelrooy, et l’on sent chez lui les inspirations de Miles (période électrique), Coltrane, Philly Joe Jones, mais aussi de Hamid Drake. Bref un large spectre d’influences.

J’arrête là ou je continue ?
Je rentre, ou je ne rentre pas tout de suite?
Allez, un petit saut à l’autre bout de la ville: le Sounds.

Chouette ! Je trouve facilement une place pour me garer.
Chouette ! C’est le break et je peux me faufiler assez près de la scène du club archi-bondé pour voir le quintette de Rosario Giuliani.

Et là, je n’ai pas regretté le voyage !
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Exceptionnel.
Il est plus d’une heure trente du matin et  Rosario Giuliani, Falvio Boltro, Dado Moroni, Luca Bulgarelli  et Benjamin Henocq jouent avec une fougue, une vigueur et une lucidité hallucinantes.

Le grand Dado Moroni, qui soulève même le piano avec ses longues jambes, fait vibrer l’instrument comme un fou. Boltro joue toutes les couleurs de la gamme. Gras, aigu, souple, sec, en rafale ou en longues notes, il répond et renchéri aux assauts de l’infatigable Giuliani.
L’un comme l’autre ne veut pas abandonner. Chacun veut avoir le dernier mot.
Dans cette lutte fratricide, Henocq imprime un rythme tranchant, d’une justesse et d’une précision diaboliques. On atteint des sommets !
Bien sûr, on joue beaucoup de notes, énormément de notes, mais aucune n’est inutile.
Quel esprit «jazz», quelle débauche d’énergie. Ça joue et ça s’amuse.
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«That’s jazz ! Real Jazz!»
C’est ce que l’on se dit sur le trottoir après le concert avec Erik Vermeulen, Nicolas Kummert, Mélanie De Biasio, Alexis Tuomarilia et d’autres encore…

Samedi, rendez-vous sur la place Fernand Coq pour le concours «XL Jazz Jeunes Talents». Comme l’année dernière, je me retrouve dans ce sympathique jury, avec Jan De Haas, Fabien Degryse, Pirly Zurstrassen, Jacobien Tamsma, Etienne Richard et Henri Greindl.

Le batteur Guillaume Palomba et son quartette ouvrent les «hostilités».
Ce sera un spécial Monk. C’est déjà une preuve de très bon goût. «Eronel», «Criss Cross» ou encore «Ugly Beauty» se succèdent. Malgré de belles interventions du guitariste, Simon Martineau, le groupe ne se lâche pas vraiment et cela reste un peu académique.

Egon, le deuxième groupe, drivé par Louis Favre (batteur également), développe un jazz très rock… voire du rock très jazz. Les plages atmosphériques, mâtinées d’électro (Joachim Searens), succèdent à des moments plus vifs et accrocheurs. Steven Delannoye (as) et l’excellent guitariste Simon Witvrouw font rapidement monter la pression. On sent une belle cohésion et une belle personnalité poindre dans cet ensemble qui fera sans doute encore parler de lui.

Mais le gagnant, car il faut un gagnant, sera Bansuri Collective (ou Collectif… on ne sait plus). Cette fois-ci, le leader est contrebassiste: Ruis Salgado. Il est l’auteur de presque tous les titres. Il mélange subtilement les genres, allant du swing au groove très actuel. Les mélodies sont sinueuses, parfois complexes, mais toujours lumineuses. Il faut signaler le drumming singulier de Frederik Meulyzer, qui recevra d’ailleurs, et à sa grande surprise, le prix du meilleur «soliste».

Je ne m’attarde pas pour écouter le trop caricatural groupe The Dominos et je préfère pousser une pointe jusqu’à Flagey pour écouter Andreu Martinez, toujours aussi punchy, et aussi le trio de Nathalie Loriers.
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Quel bonheur de la revoir dans cette formation.

Avec Philippe Aerts (cb) et Joost Van Schaik on retrouve le jeu à la fois lyrique, tendre mais aussi très affirmé de Nathalie.
Au programme un «Someday My Prince Will Come» aux arrangements assez surprenants, un «Forward» très swinguant, un «Walking Trough Walls» dépouillé et nocturne (des inflexions qui rappellent parfois Petrucciani?), un «Mémoire d’O» enlevé, ou encore un sensuel «Ligne Calire», au tempo moyen, dans un esprit assez Jamalien.
Que du bonheur.
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Sous la pluie (ben oui, sinon, ce ne serait pas vraiment le Brussels Jazz Marathon), je remonte vers le Théâtre Marni pour prendre une Orval et une petite dose de The Groove Thing.
Gros succès.
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Puis je rejoins le Sounds, toujours comble, pour profiter encore du quintette de Giuliani.
C’est toujours aussi impressionnant.

Dimanche après-midi, sur la Grand Place, il faut chaud et ensoleillé.
Dingue !
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Jacques Piroton, guitariste dont on sous-estime trop souvent l’immense talent présentait son nouveau quartette.
On connaît l’affection de Jacques pour le jazz rock à la Bill Frisell, Jimi Hendrix ou même Scofield.
C’est tout ça que l’on retrouve, mais travaillé à la sauce Piroton: des riffs tranchants, des solos précis et agiles et des envolées explosives. Jan De Haas à la batterie, Benoit Vanderstraeten en soutien efficace à la basse électrique et surtout un sensationnel Fabrice Alleman à la clarinette et clarinette basse terminent de nous convaincre.
Voilà un mélange peu commun et un résultat qui vaut vraiment le coup d’oreille.
Piroton va enregistrer cet été en… acoustique ! Très curieux d’entendre ça.
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VVG Trio, à savoir Bruno Vansina (as), Teun Verbruggen (dm) et Gulli Gudmundsson (cb) avaient invité Magic Malik et Nelson Verras à venir jouer avec eux.

Peut-être plus à l’aise en salle, où le groupe peut installer plus aisément ses climats étranges, le quintette nous a quand même montré une belle palette de thèmes riches et parfois complexes («Tokio Quantize», «Moon Under» ou encore «In Orbit»).

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Pour finir cet intense week-end de jazz : le Brussels Jazz Orchestra sous la direction de Michel Herr.
Deux longs sets efficaces, swinguants et éclatants.
Les riches compositions du pianiste belge («Song For Lucy», «Bad Fever», «New Pages», etc.) sont servies avec panache par le Big Band.

Haaaaa… l’ostinato de Nathalie Loriers, ou les solos de Pierre Drevet (bugle) et de Kurt Van Herck (as)  sur «Song For Micheline», ce rythme galopant sur «Extreme», la guitare de Peter Hertmans, les interventions de Bart Defoort ou Frank Vaganée sur «New Era»…
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Le BJO n’a plus rien à prouver et l’on aurait pu le laisser jouer un peu plus longtemps encore, mais les règlements stricts de police ne sont pas toujours compatibles s avec l’esprit de fête du Jazz Marathon.
Une petite heure de plus l’année prochaine… Hum ?


A+

29/09/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 1 -

Après Gand, Anvers et Bruxelles, cap sur le festival de Dinant.

Le week-end dernier, c’était le coup d’envoi du Dinant Jazz Nights.
Dixième du nom !
Pour fêter ça, le festival se déroule en deux week-ends. Le premier à Ciney (là où Jean-Claude Laloux avait créé ce premier rassemblement) et le deuxième à Dinant.

La semaine qui sépare ces deux rendez-vous ayant été plus que chargée, je n’ai pas eu l’occasion de vous raconter ce qui s’est passé les 21 et 22 septembre au centre culturel de Ciney. Allons-y!

Le parrain du festival de cette année est David Linx. Normal que ce dixième anniversaire soit dédié au jazz vocal.

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Vendredi soir, Laïka Fatien a conquis un public malheureusement un peu clairsemé.
Pour ma part, je suis resté légèrement (très légèrement) sur ma faim.
Bien sûr Laïka chante très, très bien. Et elle a une belle façon de vivre les textes. Surtout les standards. Enfin, des «nouveaux» standards, tels que «Old Portrait» de Mingus, «Lost» de Wayne Shorter ou encore «A Shade Of Jade» de Joe Henderson. On le voit, et elle l’avoue, elle a un faible pour les saxophonistes. Elle est d’ailleurs accompagnée, comme d’habitude, par l’excellent ténor David El Malek. Celui-ci est un écho parfait à la voix sensuelle de Laïka.
Mais le plus sensationnel dans  ce groupe est sans conteste le pianiste Pierre de Bethmann.
Il est éblouissant de virtuosité, mais surtout d’inventivité et de sensibilité.
Tant sur les morceaux swinguants que sur le classique «Old Devil Moon» ou encore le très soul/boogaloo «Zigaboogaloo (qui porte bien son nom) de Nicolas Payton
Pianiste fantastique.

Avant de revenir en vedette avec le BJO, David Linx rejoindra la chanteuse pour interpréter en duo un morceau tiré de « La tectonique des nuages » de Laurent Cugny… Somptueux.

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Le Brussels Jazz Orchestra, donc.
Le rêve pour le chanteur.
Et le résultat est à la hauteur des espérances.

Le public est plus nombreux, mais ce concert aurait mérité une salle comble.
Linx et l’un des meilleurs Big Band du monde (si, si…) présentaient leur nouveau projet: «Changing Faces».
13 morceaux pour douze arrangeurs différents.
13 styles, 13 couleurs différentes et pourtant une osmose parfaite.
Ce qui est fascinant avec ce projet, c’est d’entendre le BJO sonner comme s’il s’agissait d’une petite formation (dans le sens quartet ou quintet).
Linx, mais aussi Mario Laginha, Michel Herr, Stephane Guillaume et tous les autres arrangeurs, ont eu la belle idée et l’intelligence d’utiliser le band de manière très ouverte. Et ces multiples écritures démontrent le talent incontestable de tous ces musiciens.

Une attaque franche, un suivi en ostinato au piano (Nathalie Loriers) et voilà «Deep Night» sur les rails. Les sons tombent en cascade: les trompettes, les trombones et puis les saxes. Brillant.
Et ce n’est qu’un début.
«Black Crow», de Joni Mitchell et arrangé par Michel Herr, impose une fausse douceur, mais une vraie tendresse. Pas de faux-semblants ici. Pas de triche.
La musique n’en est que plus véritable.

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Philip Catherine viendra nous faire une visite sur quelques titres, histoire que la fête soit complète. Ici aussi, le dialogue est juste. Et vif.

Le BJO propose différentes palettes.
Un peu bossa avec «Bilhete», terriblement swinguant avec «Then We’ll Be Home», très «black» et cru avec «A Day’s Journey» ou encore explosif avec «The Land Of Joy».

Et à aucun moment, l’orchestre ne faiblit.
Les solistes y sont époustouflants (Bart Defoort, Kurt Van Herck, Lode Mertens, Franck Vaganée, Bo Van Der Werf et bien sûr Nathalie Loriers).

Et David Linx ?
Il est au sommet de son art. Il est heureux, léger, parfait.

Haaa… vous auriez du être là !

A suivre…

A+

19/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 02 -

Comment va jouer Mâäk’s Spirit aujourd’hui ?

Que vont-ils nous proposer cette fois-ci ?

On peut s’attendre à tout avec eux. Surtout que pour ce concert au Middelheim, ils ont invité Misha Mengelberg ! On peut comprendre que ça fasse peur à certains.
Et que ça aiguise la curiosité des autres.

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La configuration de la  scène surprend déjà.

En avant-plan et au centre : la batterie d’Erik Thielemans. Dos au piano.
Face à lui, Jeroen Van Herzeele (ts), Laurent Blondiau (tp) et Jean-Yves Evrard (g).
A la contrebasse, Sébastien Boisseau.

Improvisée du début à la fin, sans répétition aucune, voilà l’OVNI lancé.
Attachez vos ceintures.

Vin blanc à la main, bob sur la tête, Misha Mengelberg jette quelques notes.
On se cherche, on se jauge…
Petit à petit, chaque musicien se découvre. Le feu couve, la pression monte, l’ouragan éclate. C’est le chaos. Le chaos maîtrisé.

On frotte les percussions, on frappe les cordes. Tout est sens dessus dessous.
Les souffleurs surfent sur le haut des vagues d’une mer houleuse, déchaînée, indomptable…
Mais, Mäâk’s Spirit sait aussi installer un climat quand seuls les balais (quand ce n’est pas des sachets en plastique) de Thielemans soufflent face aux notes dispersées du pianiste et du guitariste.
Et c’est à nouveau la fusion… jusqu’à la fission.

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Encore plus inspiré, le groupe s’envole vers des impros d’une liberté délirante quand Misha se lève, éructe des sons gutturaux. Mäâk’s se disloque… chaque musicien change de place et se ballade sur scène. Jusque dans les coulisses.
On rentre, on sort, on siffle, on voyage…

Terminus. Tout le monde descend.

Moment rêvé ? Cauchemardé ?
Moment intense, excitant et incroyable en tout cas.

Le jazz n’est pas mort et le free jazz (en est-ce ?) n’a pas encore fini de nous étonner.

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Avec le BJO, c’est une autre histoire.

Lee Konitz s’est fait invité par l’excellentissime Big Band dont la renommée a largement dépassé nos frontières depuis belle lurette.

Ce soir, sous la baguette de Ohad Talmor, qui a fait tous les arrangements, on commence par le très swinguant «Sound Lee».

Essayant ensuite un jeu un peu déstructuré sur «June 5», entre cool et calypso, on ne voit pas vraiment où veut aller l’ensemble. Et Lee n’a pas l’air de suivre.
Pourtant, les interventions à la guitare de Peter Hertmans (excellent), ou le solo grave et presque sombre de Nathalie Loriers au piano laissent entrevoir quelques espoirs…
Mais non, les arrangement restent, par la suite, assez traditionnels et on dirait que Lee Konitz et Ohad Talmor ne profite pas du potentiel du Big Band.
Décidemment, on n’est pas en présence de Maria Schneider, Bert Joris ou de Kenny Werner qui avaient su donner la pleine puissance au BJO.

Konitz, au phrasé rond et suave, répond cependant avec bonheur au chant profond du sax baryton de Bo Van Der Werf, mais peu d’étincelles jaillissent de cette rencontre.
Pourtant, on sent Konitz heureux d’être là…
Alors, laissons rouler «Sweet Rythms», «Ornetty» ou «Remember You» et ne boudons pas notre plaisir, le BJO nous réserve encore bien d’autres (meilleures) surprises.

A+

05/07/2007

Klinkende Munt - Akli D et Chemins Croisés

Petite balade au Klinkende Munt hier soir.
Direction Place du Marché aux Grains où se produit sous la tente Akli D, chanteur kabyle qui vit à Paris.
Résultat, une musique traditionnelle dans laquelle on retrouve des influences de valse, de blues, un peu de folk etc..

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Avec son banjo, qu’il utilise un peu comme un oud, Akli chante l’exil, les sans-papiers, les guerres etc…
Entre rire et gravité, les textes sont souvent enveloppés de musiques dansantes qui hésitent entre le bal à la française et le chaâbi.
Il faut dire que derrière, derbouka, quanoun, batterie et basse électrique ne font rien pour baisser la tension.

Intéressante découverte. Faudrait que j’en parle à Mouloud ;-) .

Je quitte les effluves des petits échoppes qui entourent la place pour me rendre à la Salle Dorée du Beurs où Nathalie Loriers présente ses Chemins Croisés.

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Concert debout, salle comble.

J’ai souvent entendu les concerts de ce groupe (au Blue Note, à Charleroi, au Music Village etc…), et je dois dire que ce soir était pour moi l’un des meilleurs.
Acoustique et son impeccable (bravo Michel Andina), groupe soudé, plaisir sur scène, public enthousiate… tout était réuni.

Je remarque une fois de plus combien ce mélange subtil des différentes musiques fonctionne à merveille : la tradition orientale du oud de Karim Baggili, la douce folie presque free de Gianluigi Trovesi et les inflexions jazz de Nathalie Loriers.
Ajoutez à cela un Jan De Haas en pleine forme à la batterie et Bart De Nolf incisif et profond à la contrebasse et le bonheur est parfait.
L’agencement des thèmes est aussi bien pensé.
Entrée fracassante avec « L’auberge des femmes », pour suivre avec le délicat « A pas feutrés ».
Et puis, tout s’enchaîne à merveille.
La rage et la retenue de « Kalila et Dimna », la tendresse du « Voyageur et son ombre », la mélancolie de « L’arbre pleure » (superbe duo piano-oud), la nervosité de « Mister Lee », la retenue de « Zaïak » (superbe échange entre Karim et Bart) et le joyeux « Jour de fête ».

Voilà comment on réussit un beau concert.

A+

25/06/2007

Nathalie Loriers interview.

Nathalie Loriers sera au festival (gratuit!) de Klinkende Munt au début de cet été.
Le 4 juillet, pour être précis.

klink

Si vous n’avez pas encore eu le bonheur d’écouter ni de voir son projet «Chemins Croisés» sur scène, voilà une occasion à ne pas rater.

En attendant, vous pouvez toujours lire l’interview que j’ai faite avec la pianiste pour Citizen Jazz, avec des jolies photos de Jos Knaepen.
Il suffit de cliquer ici.

Nathalie LoriersOK


A+