19/08/2016

Natacha Wuyts trio au Music Village

Cela faisait un bon moment que je voulais aller réécouter Natacha Wuyts. Je crois que la dernière fois que je l’ai vue sur scène, c’était à Jazz à Liège, il y a cinq ou six ans ! C’est dire ! Bien sûr, j’ai continué à suivre son parcours (merci internet) mais, la scène ou les clubs, c’est quand même ce qu’il y a de mieux. Alors, il était temps de remédier à cela.

natacha wuyts,patrick deltenre,charles loos,music village

Durant toute une semaine d'août (du 16 au 20) elle chante au Music Village, chaque soir, dans le cadre des Summer Village Concerts. Une occasion à ne pas manquer.

Comme d’habitude dans ce club, l’ambiance est cool, cosy, feutrée. Idéale pour le jazz vocal que Natacha défend.

Elle est accompagnée au piano par Charles Loos et, à la guitare, par Patrick Deltenre.
Pieds nus, comme pour être bien en contact avec la terre et en sentir les vibrations, elle entame d’entrée de jeu un « Body And Soul » sensuel. Vient ensuite un très surprenant et jubilatoire « But Not For Me » ! Ce « tune » est emmené tambour battant, loin des habituels tempos langoureux. Ici, la chanteuse et ses deux compères ont pris le contrepied et le parti de s’en amuser. Ça ne file pas, ça galope ! Mais avec quelle précision et quelle articulation dans le chant ! Natacha se lance alors dans un scat tout aussi maîtrisé que rapide. Elle entraine Charles Loos, qui n’en demandait pas tant, à jouer un stride enflammé. Avec la même ferveur, le trio emballe un « That Old Black Magic » réjouissant.

Mais « l’entertaiment woman » sait doser les effets. Après un « No More Blues » qui sent bon, comme il se doit, la bossa, Natacha Wuyts extrait avec retenue toute la mélancolie et la détresse de « St James Infirmary ». Ici, Patrick Deltenre peut vraiment laisser parler son phrasé très blues, tandis que Loos déploie un jeu ample et lyrique.

natacha wuyts,patrick deltenre,charles loos,music village

Le trio fonctionne à merveille. Il reprend « Someone To Watch Over Me », « Gee Baby, Ain't I Good To You », mais aussi des thèmes plus pop (« You've Got A Friend » de Carole King), une ou deux chansons françaises (« Ne me quitte pas », introduit magnifiquement à l’harmonica par Deltenre) et quelques rares compos personnelles.

Natacha Wuyts est ce que l’on peut appeler une véritable chanteuse de jazz, possédant une technique de scat époustouflante qui fait passer cet exercice comme facile, simple et évident. Et puis, elle est capable de moduler sa voix avec bonheur, en passant de l'aigu d’une Betty Boop aux graves d’une Big Mama Thornton, comme sur le délirant « Sweet Georgia Brown », par exemple. Chapeau.

Et voilà comment on passe une bien belle soirée.

Bon, hé bien j’espère ne pas devoir attendre cinq ans avant de la revoir.

Merci à ©Bernard Rosenberg pour les photos ( jetez un œil sur son site)

 

 

A+

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

14/01/2013

Jérôme Sabbagh & Jozef Dumoulin Quartet - Music Village

Jérôme Sabbagh est français, mais il vit essentiellement aux States. À New York plus précisément. Depuis plus de quinze ans. C’est là qu’il a fait sa vie, qu’il a fait son jazz.

C’est là qu’il a trouvé son style en se frottant à Bill Stewart, Andrew Cyrille, Matt Penman, Tony Malaby, Paul Motian, Reggie Workman et tant d’autres.

Son jeu, d’une fausse simplicité, est souple et bourré d’énergie contenue. Il possède une force intérieure qu’il canalise avec une belle assurance. Il joue avec cette énergie latente qu’on ne trouve qu’à New York. Sans fioriture mais non sans lyrisme, sans agressivité mais non sans puissance. Sabbagh puise sans doute son inspiration dans l’esprit des grands saxophonistes du style de Warne Marsh ou de Dexter Gordon… Il possède un sens du timing qui lui permet d’économiser ses forces et de donner des coups d’accélérateur aux moments propices.

music village,jerome sabbagh,jozef dumoulin,dre pallemaerts,nic thys,rudy royston,patrice blanchard

Début de l’année dernière (2012), Jérôme Sabbagh avait sorti «Plugged In», un album avec Jozef Dumoulin - avec qui il partage le même label mais peut-être pas tout à fait le même univers. Pourtant, l’alchimie a fonctionné. Au-delà des espérances même. Les deux musiciens se sont trouvés quelques points communs dont celui des mélodies et surtout la sensibilité pour les façonner. Chacun gardant pourtant sa propre personnalité. Et c’est d'ailleurs ce mélange qui est intéressant.

Après que l’album a été salué comme il se devait par la presse, il était temps de le défendre sur scène.

La tournée européenne débutait le 6 décembre par Bruxelles (avant Paris, la France, la Suisse, etc.) au Music Village. Cette première date s’étant ajoutée en dernière minute, le quartette initial (avec Patrice Blanchard (eb) et Rudy Royston (dm) ) s’en trouve légèrement modifié. Et c’est Dré Pallemaerts et Nic Thys que l’on retrouve exceptionnellement ce soir.

Tout débute par un «Drive» plutôt énergique avant que l’on ne plonge dans un «Aïsha» plus atmosphérique. On sent aussitôt les deux hémisphères qui forment le groupe. Mais l'on parle plus d’équilibre et de dialogue que de rapport de force.

Les sons étranges distillés par Dumoulin au Fender Rhodes – avec ses accords bizarres et presque abstraits - se mêlent aux lignes ondulantes du saxophoniste.

Les échanges entre ténor et Rhodes tiennent parfois de la magie, de l’irréel. Chacun des musiciens semble être sur une «onde», chacun voyage suivant son style, mais tout le monde prend soin de l’autre. Il y règne toujours cette sensibilité particulière qui permet à tous de se rejoindre et de partager la même histoire.

Certains morceaux plus linéaires se mélangent à d’autres plus complexes. Mais l’objectif est le même: la mélodie. «Once Around The Park» (de Paul Motian), semble se liquéfier au fur et à mesure de la progression. On flotte entre onirisme et fragilité, et le jeu tout en nuance de Dré Pallemaerts – qui a le don d’effleurer comme personne les cymbales - n’y est sans doute pas pour rien. Un très dépouillé «Slow Rock Ballad» prolonge encore un peu cette atmosphère presque crépusculaire.

music village,jerome sabbagh,jozef dumoulin,dre pallemaerts,nic thys,rudy royston,patrice blanchard

On se balade au fil des morceaux entre force et douceur, entre puissance et fragilité. Étrangement, parfois, comme sur «Ur», le son du Fender Rhodes se confond avec celui du sax… À moins que ce ne soit l’inverse. Le moment est Fascinant.

Enfin, le quartette repart et termine le concert sur des terrains plus fermes avec «Ride».

Finalement, les mondes de Jozef Dumoulin et de Jérôme Sabbagh ne sont pas si éloignés que ça. Tout est une question de langage et d’intelligence.

Voilà une leçon que certains hommes devraient retenir.

A+

 

10/12/2012

Siân Pottock au Music Village

Après un sympathique et tendre «Good Morning Brussels», en solo et à la guitare, pour saluer son retour dans la capitale, Siân Pottock (Indo-Pakistanaise, Congolaise, Belge et Slovaque, née aux States et vivant entre Paris, Bruxelles et New York,... pour faire court...) invite Julien Agazar (keys), Fabien Mornet (g) et Jon Grandcamp (dm) à la suivre sur «Stand By Me».

music village,sian pottock,julien agazar,jon grandcamp,fabien mornet,jonathan batiste,55 bar,clarence penn

Pour ce deuxième soir au Music Village, qui accueille régulièrement la chanteuse depuis quelques années déjà, le club est plutôt bien rempli. Il y a les fidèles, les habitués et les curieux.

Depuis longtemps, Siân a aboli les frontières entre le jazz, la pop, les musiques ethniques et le folk. Et son univers est un subtil dosage de toutes ces influences. Elle écrit, compose et arrange la plupart des morceaux qui reflètent bien son caractère.

La voix est chaude, souvent riante, même si les sujets abordés sont parfois douloureux. Au-delà de l’amour, il y est question de l’incompréhension du monde et des blessures de la vie. On pense à Tracy Chapman, bien sûr, mais aussi parfois à Joni Mitchel ou… Susheela Raman. L’ambiance est assez intimiste et les arrangements - raffinés et bien ciselés - ne cèdent jamais à la facilité. De plus, Siân Pottock a la bonne idée de ne jamais en rajouter dans le pathos et de ne pas surcharger ses chansons tristes d’effets excessifs. Elle garde une certaine distance, un peu comme le faisait Barbara à son époque par exemple (je parle ici de l’esprit de la chanteuse, pas de sa façon de chanter). Et ça, franchement, ça fait du bien.

music village,sian pottock,julien agazar,jon grandcamp,fabien mornet,jonathan batiste,55 bar,clarence penn

Si Siân Pottock est bien sûr au-devant de la scène, les musiciens qui l’accompagnent sont assez indissociable du projet. Le jeu de Jon Grancamp est à la fois feutré et franc. Il utilise souvent les balais ou les mains et opte pour des sons un peu étouffés qu’il illumine par quelques frappes sur des calebasses. Ses dialogues avec Julien Agazar fonctionnent à merveille, et le claviériste semble souligner par petites touches les sentiments de la chanteuse. La guitare de Fabien Mornet vient, quant à elle, soutenir et donner du relief à celle Siân. La voix, les cordes et les percus forment alors un très bel ensemble à la douceur particulière, légèrement amère.

Tout est sobre et juste. Sans esbroufe, avec juste le plaisir de partager.

Et puis, il y a de l’humour aussi, de la décontraction et un certain sens de la mise en scène chez Siân Pottock. Il faut dire qu’elle s’est déjà frottée à de belles pointures comme Mario Canonge, Clarence Penn, Jacky Terrasson ou Richard Bona. Sur les scènes Parisiennes (Sunset, China et autres) ou New Yorkaises (55 Bar, Fat Cat, The Rockwood ou Blue Note notamment aux côtés de l’incroyable pianiste Jonathan Batiste !).

Alors on se laisse entraîner par un intéressant «Elevator» (joué pizzicato au violoncelle par la chanteuse), par un frais «Sunday» ou par un poignant «Talk To Me». Et l’on se dit que, lorsqu’elle n’est pas formatée, la chanson pop-folk-jazzy (appelez ça comme vous voulez) vaut vraiment la peine d’être écoutée.

A+

 

 

13/08/2012

Maxime Blésin Trio - Music Village

Traditionnellement, le Music Village continue à programmer des concerts durant tout l’été. Et c’est bien.

La formule est cependant légèrement différente de celle pratiquée pendant l’année. En effet, toute la semaine, du mardi au samedi, Paul Huygens ouvre la scène à un seul et unique groupe.

maxime blesin,jan de haas,sal la rocca,music village,paul huygens

Ce jeudi 2 août, je suis allé écouter Maxime Blésin qui a profité de l’aubaine pour roder un nouveau projet en trio. Derrière le leader, ce sont Sal La Rocca (cb) et Jan De Haas (dm) qui soutiennent le guitariste qui a décidé de… chanter. Bien sûr, Maxime avait déjà donné de la voix… en portugais (on sait qu’il affectionne particulièrement la musique brésilienne) mais pratiquement jamais en anglais.

Le répertoire est principalement basé sur des standards de jazz. Le trio y reprend «Night And Day», «Star Fell On Alabama», «Tenderly»…  Mais aussi «Samba de Verão» («Summer Samba»), on ne se refait pas.

Blésin profite de ces 5 soirées pour tester des guitares et chercher le son qu’il veut. Veut-il s’éloigner du style soul et jazz pour se rapprocher de la pop ? Ou flirter avec le classique ? Ou mélanger le tout ? Qui sait ?

Le phrasé est souple, vivace et souvent chaleureux. Dans son jeu, on décèle un peu de Grant Green, une pointe de John Scofield, un soupçon de Kenny Burrell, un peu de l’esprit de Kurt Rosenwinkel. Maxime Blésin cherche les ingrédients qui donneront à ce projet une identité toute personnelle.

Jan De Haas rebondit sur les riffs du guitariste et Sal La Rocca, profite du moindre espace pour improviser avec élégance et grande musicalité.

maxime blesin,jan de haas,sal la rocca,music village,paul huygens

Après avoir tourné avec son excellent sextette Bop And Soul Sextt (dont l’album contient des morceaux irrésistibles comme «Hydrogen Bond», «To Art» et surtout «Leaves In Windy Weather» qui mériterait de devenir un tube planétaire tellement il est en tout point parfait !!) il n’est pas exclu que Maxime Blésin enregistre un album avec ce nouveau trio. Mais il ne se contentera peut-être pas de cette «simple» formule et pourrait peut-être inviter quelques musiciens plus… classiques. N’en disons pas plus pour le moment, le projet est en gestation et le résultat pourrait être surprenant.

En attendant, le trio continue à diffuser sa musique sensuelle dans l’ambiance chaude et moite du Music Village. Les amateurs de belles mélodies finement ciselées sont ravis et n’hésitent pas à «en redemander».

Pour eux, comme pour moi, ce jazz à Blésin est idéal pour les soirées d’été.

 

A+

 

 

10/12/2011

Mauro Gargano Music Village


Mauro Gargano est un contrebassiste très demandé à Paris. On le voit souvent aux côtés de Christophe Marguet, Franceso Bearzati, Bruno Angelini, Pierre de Bethmann, Bertrand Lauer et autres. La dernière fois que je l’ai vu en Belgique, c’était avec le groupe de Giovanni Falzone, au PP Café, avec Luc Isenmann, Robin Verheyen et toujours Bruno Angelini.

Cette année, il a enfin formé son propre groupe, ou plutôt enregistré et publié son premier album en leader, car son groupe, il l’a formé voici… près de dix ans.

mauro gargano,francesco bearzatti,stephane mercier,fabrice moreau,music village

Si ce premier disque s’intitule « Mo’ Avast » (qui veut dire « Ça suffit !» dans le dialecte italien de la région de Bari) c’est parce que, justement, il était temps qu’il passe à l’acte. Mais c’est aussi une sorte de coup de gueule envers la politique italienne gangrenée par Berlusconi. Et au moment où sort son disque, miracle, le Cavaliere quitte ses fonctions. Qui a dit que la musique n’avait pas de pouvoir ?

C’est donc cet album qu’il était venu présenter au Music Village ce mercredi 30 novembre.

Un quartette sans instrument harmonique, ce n’est pas de tout repos pour les deux saxophonistes qui se retrouvent devant. Ils ont intérêt à toujours être sur la balle et à ne jamais relâcher l’attention. Heureusement, les compositions de Mauro Gargano sont efficacement équilibrées. Les mélodies sont souvent enlevées et entraînantes, plutôt nerveuses, laissant régulièrement le champ libre au ténor fougueux de Francesco Bearzati ou à l’alto agile de Stéphane Mercier.

Entre eux, la musique circule et les deux souffleurs peuvent dialoguer et échanger à merveille.

Si on le connaît incisif (voire même parfois intenable), Bearzatti est d’abord ici  au service du groupe. Pas de problème d’ego dans ce quartette ! Une fois il soutient Mercier, une fois c’est l’inverse. Mais quand il prend un chorus, il se lâche vraiment. Et c’est là qu’il montre qu’il est bien l’un des saxophonistes les plus talentueux d’Europe. Et puis, lorsqu’il empoigne la clarinette, il nous fait entrer dans un tout autre univers, rempli d’émotions où la joie, la tendresse ou la tristesse se mélangent… comme dans la vie.

mauro gargano,francesco bearzatti,stephane mercier,fabrice moreau,music village

Mauro Gargano, dont le timing est assez impressionnant, démontre – outre ses talents de compositeur - toute sa dextérité et sa sensibilité au fil des morceaux. Son solo à l’archet (sur le magnifique « 1903 ») vous arracherait presque une larme. Il fait vibrer les cordes, joue tout en profondeur avant de revenir « en surface » avec délicatesse.

Fabrice Moreau (dm) - qu’on a vu avec Pierrick Pedron ou encore Jean-Philippe Viret - joue rarement en force mais impose une énergie galavnisante. Son impro sur « Orange » est dessinée avec beaucoup d’intensité et de raffinement. Il passe des balais aux baguettes avec fluidité avant de relancer le jeu avec fermeté.

Et puis, on redécouvre aussi un Stéphane Mercier comme on l’a rarement entendu. Ou du moins comme on ne l’avait plus entendu depuis longtemps (en tout cas pour ma part). On le sent libéré, près à toutes les aventures. Sur une reprise d’Ornette Coleman, il est étonnant, libre comme l’air.

mauro gargano,francesco bearzatti,stephane mercier,fabrice moreau,music village

Si le premier set est puissant, le deuxième est peut-être un peu plus intériorisé. Les compositions choisies sont peut-être un peu plus complexes, plus ciselées, presque dentelées… On y retrouve cependant toujours quelque chose qui brûle. Comme une tension permanente, comme un bouillonnement intérieur, comme un esprit de liberté mâtiné d’insouciance et de spontanéité. Il y a dans ce groupe autant de poésie (de lyrisme ?) que de fougue. Une poésie actuelle et décomplexée, dépourvue de maniérisme et débarrassée de tout intellectualisme pompeux. Sur « Turkish Mambo », par exemple, le groupe laisse de côté les clichés, s’éloigne de la lettre mais garde l’esprit. Sûr que cela aurait plu à Tristano.

J’avais dit : « je rentre aussitôt après le concert ». Mais, vous savez comment ça va. Je discute avec les musiciens et me voilà entraîné au Bonnefooi, quelques dizaines de mètres plus loin pour écouter d’autres amis (« Remember Frank ? » avec Jordi Grognard, Nicola Lancerotti et Tommaso Cappellato). Le concert vient juste de se terminer. Mais, à votre avis, que font les jazzmen lorsqu’ils rencontrent d’autres jazzmen ? Ils jamment, bien évidemment. Et tout le monde ressort ses instruments… et moi, je rentre beaucoup plus tard que prévu.



A+

04/10/2011

Evgeny Lebedev - World Trio au Music Village

Le trio d’Evgeny Lebedev avait gagné, l’année dernière, le concours Jazz Hoeilaart. Outre le fait de recevoir un prix en monnaie sonante et trébuchante, le lauréat était invité à faire une tournée en Belgique.

Le pianiste russe, accompagné de Haggai Cohen Milo (db) et de Lee Fish (dm), était au Music Village le jeudi 22 septembre.

Je connaissais déjà Haggai Cohen Milo pour l’avoir entendu jouer avec Omer Klein, il y a deux ans. Concernant le trio, par contre, je ne connaissais que peu de choses.

jazz hoeilaart, music village, evgeny lebedev, haggai cohen milo, lee fish, dimitar bodurov, est

Son originalité réside surtout dans le mélange des origines de chacun de ses membres. Un Russe, un Israélien et un Américain qui apportent leur culture musicale afin de donner une réelle légitimité au nom du groupe : World Trio.

Le démarrage est tout en énergie avec «From East To West» - on ne peut plus évocateur - et «Fairy Tale». Le jeu d’Evgeny est franc et tranché. Le visage impassible, le regard d’acier, il laisse courir ses doigts virtuoses sur le clavier. L’osmose entre les trois musiciens est évidente et immédiate. La balance entre les «trois mondes» est parfaite. Chacun y injecte un peu de sa personnalité ou, au contraire, l’adapte au collectif.

jazz hoeilaart, music village, evgeny lebedev, haggai cohen milo, lee fish, dimitar bodurov, est

Avec «Russian Dance», Lebedev affirme plus encore ses racines. Il va jusqu’à mêler des chants traditionnels russes enregistrés, sur lesquels il base sa composition. Cela me rappelle assez le travail que fait Dimitar Bodurov (vu ici) avec les chants bulgares.

Le folklore des Balkans est donc très présent sur la plupart des morceaux, mais il se mélange au jazz, à la musique classique ou à la pop music. On sent également l'influence assez claire d’E.S.T. dans certaines compositions et le morceau «Esbjorn» est d’ailleurs là pour le confirmer.

Les mélodies sont souvent «chantées» par le piano, mais la basse n’est jamais en reste. Haggai Cohen Milo ne se contente pas d’un walking ou de jolis ornements. Il s’évade et raconte, lui aussi une partie de son histoire. Il palpe les cordes avec force et joue beaucoup les contrepoints, donnant de la profondeur aux mélodies dans un jeu très noueux et riche. À la batterie, Lee Fish développe un jeu très sec, rapide et nerveux, aux accents parfois drum ‘n bass.

jazz hoeilaart, music village, evgeny lebedev, haggai cohen milo, lee fish, dimitar bodurov, est

On continue notre petit tour du monde avec «Broken Tango». Tout est dans le titre, ou presque. On joue les faux départs, on s’amuse avec les accélérations soudaines, les breaks inattendus… Mais on y cherche peut-être juste le tango.

Tout est souvent très dansant et enlevé, et même quand Evgeny attaque une ballade («Nicholas’s Lullubay»), on y sent encore cette tension. Toute l’âme et la mélancolie slaves sont présentes, rudes et fières.

jazz hoeilaart, music village, evgeny lebedev, haggai cohen milo, lee fish, dimitar bodurov, est

World Trio est un groupe attachant à la personnalité bien affirmée. Un trio qui montre, qu’une fois de plus, le jazz n’a pas de frontière.

 

A+

 

15/03/2011

Folk Tassignon Quartet au Music Village

Près de deux ans après leur dernier concert en Belgique, Suzanne Folk & Sophie Tassignon Quartet était enfin de retour chez nous… avec quelques petits remaniements. Le violon, qui accompagnait le quartette autrefois, a cédé sa place à la clarinette basse, celle de Lothar Ohlmeier (dont le nom doit dire quelque chose aux amateurs de musiques improvisées et expérimentales puisque Lothar a joué avec Jorrit Dijkstra, Steve Arguelles ou encore Benoît Delbecq), et c’est Andreas Waelti qui tient désormais la contrebasse (Samuel Blaser, Andromeda Mega Express Orchestra, The Notwist).

suzanne folk, sophie tassignon, lothar ohlmeier, andreas waelti, music village

Si Sophie Tassignon n’avait plus remis les pieds en Belgique depuis tout ce temps (excepté pour quelques concerts avec les Screaming Bitches), c’est qu’elle mène une carrière musicale plutôt bien remplie à Berlin (Peter Van Huffel Quartet, projets au théâtre, etc.). Quant à Suzanne Folk, elle est revenue, toute souriante, le ventre arrondi par l’arrivée prochaine d’un heureux évènement.

Les voilà donc sur la scène du Music Village, devant un parterre plutôt bien fourni.

suzanne folk, sophie tassignon, lothar ohlmeier, andreas waelti, music village

La musique du quartette et toujours aussi hybride, autant inspirée par des rythmes jazz assez flottants, que par la pop ou de vieilles chansons populaires d’avant-guerre.

Les mélodies, très ondulantes ou vagues, font appels parfois à la valse ou au tango ou font références, voulues ou pas, à Brassens («Je m’suis fait tout petit») sur «The Man With A Grin». Tout cela étant transfiguré par le prisme d’un jazz assez contemporain.

Dans «Last Portrait», par exemple, Sophie pousse assez loin l’exercice vocal. Avec son timbre de voix très personnel et inimitable, elle monte très haut et nous donne presque le vertige.

Par moments on décèle une poésie à la Garbarek quand les sons de la clarinette basse se mélangent à ceux du soprano de Suzanne Folk. Elle aussi possède un son assez personnel. Entre brillance et langueur. Son bonheur semble rayonner sur la sensibilité de son jeu.

suzanne folk, sophie tassignon, lothar ohlmeier, andreas waelti, music village

Le chaos s’invite parfois, histoire de bousculer un confort fragile. Il faut dire que la plupart des mélodies sont souvent mélancoliques, à l’exception d’une ou deux chansons, comme ce «Stop Me Before» qui possède des petits accents de tarentelle ou encore «You Complete Me» qui démarre sur un rythme dansant, joué aux claves, pour se fondre petit à petit en une tendre ballade amoureuse.

suzanne folk, sophie tassignon, lothar ohlmeier, andreas waelti, music village 

La contrebasse d’Andreas Waelti est claquante et ferme. Elle provoque un contraste bienvenu à l’onirisme des compositions et des arrangements de Folk ou de Tassignon. Mais l’archet vient contrebalancer ce malin déséquilibre et parfumer l’ensemble d’une fragrance légèrement sombre, presque désuète.

Le mélange est toujours aussi envoûtant et étonnant et donne à ce quartette une singularité hors du commun dont on pourra bientôt profiter sur disque, puisque le groupe entrait en studio quelques jours après ce concert.

suzanne folk, sophie tassignon, lothar ohlmeier, andreas waelti, music village

Et puisqu’on parle de disque, je voudrais juste vous conseiller de jeter une oreille sur «Gordon Pym», de Transit Room, le projet d’Andreas Waelti. Les ambiances sont étranges, parfois éthérées, et parfois éthyliques. Un album grisant.

 

A+

02/10/2010

Mélanie De Biasio Trio au Music Village

 

 

En attendant que son deuxième album sorte (avec Dré Pallemaerts, Pascal Paulus et Pascal Mohy), Mélanie De Biasio «est revenue» à la formule en trio (qu’elle n’a jamais vraiment abandonné, il est vrai).


Pour fêter le dixième anniversaire du Music Village, Paul Huygens avait eu la bonne idée de l’inviter. Et Philippe Baron, lui, a eu la bonne idée d’enregistrer le concert pour son émission «Jazz» sur Musiq 3.

Jeudi 16 septembre, pas mal de monde s’était donc donné rendez-vous au club de la Rue des Pierres, à côté de la Grand Place.


Direct radio oblige, le public attend, sagement et en silence, que la régie donne le top départ. 21h.04 précise: courte introduction de Philippe, quelques mots de Paul… et puis, place à la magie.

 

P1120642.JPG

Sur scène, Pascal Mohy au piano et Sam Gerstman à la contrebasse sont prêts. Mélanie est détendue, souriante, rayonnante. Ça me rappelle un peu le temps où elle chantait au PP Palace le dimanche soir, avec Pascal Mohy, déjà, mais aussi avec Steve Houben ou Axel Gilain. Bien sûr ici, au Music Village, le public est nettement moins bruyant et plus attentif.


L’univers de Mélanie est fragile et elle n’aime pas trop qu’on vienne l’altérer. Aussi, aux questions que tente de poser Philippe Baron après qu’elle a chanté quelques morceaux, elle préfère répondre d’un sourire, ou d’un bref «on verra» ou d’un court «oui» étouffé dans un rire. Elle n’en dira pas plus. Ce soir, elle ne parle pas, elle est sur scène et elle est là pour chanter. Et quel chant!

Ce soir elle mélange, plus encore qu’à l’habitude, des standards à ses propres compositions. Elle choisit les standards comme elle les aime. Et elle les chante comme elle les aime. Et c’est sublime. Elle se les réapproprie, évite les clichés, mais ne contourne pas pour autant les difficultés. Mais qu’est ce qu’une difficulté lorsque la passion et la sincérité vous habitent? C’est l’âme qui parle, la vérité qui s’exprime. Et la sincérité ne peut jamais faillir.

 

Les notes crépusculaires de Mohy, au piano, nous attirent comme au fond de la mer. Sam Gertsmans caresse les cordes sourdes de sa contrebasse, Mélanie lâche quelques phrases de «Blue» et laisse aussitôt le piano continuer notre noyade.

«Never Gonna Make It» nous ramène à la surface. Le chant est lumineux, sensuel et swinguant. Pascal Mohy, en grande forme, enchaîne les accords, improvise avec inspiration («Mood Indigo» est sublime de swing et de pétillance). Sam Gerstmans fait tour à tour ronronner ou gronder profondément sa contrebasse. Il est dans son élément, il couvre, dévoile, accompagne, libère. L’ensemble est d’une merveilleuse cohérence.

C’est étonnant comme Mélanie arrive chaque fois à créer ces bulles d’intimité, à la fois langoureuses et élégiaques ou, au contraire, presque frivoles. «Black Coffee» est charmeur, «Yesterdays» est douloureux, «Afro Blue» est émouvant. Ses compositions personnelles s’immiscent sans peine parmi les standards. Et «Convictions» ou «Let Me Love You» ne peuvent nous laisser de marbre.

 

Ce soir, on a encore re-découvert Mélanie De Biasio, fidèle à son univers et pourtant différente. Le bonheur, le partage, le sourire, tout y était. Autant sur la scène que dans la salle.

 

Alors, en attendant que le disque sorte, pourquoi pas une belle tournée en trio ?

Moi, je suis pour.

 

A+

 

29/08/2010

Le Music Village a dix ans.

Une nuit de 1999, je m’étais baladé du côté de la Rue Traversière et étais entré au Travers (lieu mythique du jazz bruxellois, aujourd’hui disparu. Jules - du Travers - s’occupe actuellement de la programmation au Théâtre Marni). Dans le fond de cet endroit sombre et enfumé y jouait le quartette de Ben Sluijs. Pour moi, ce fut une belle claque. Voulant absolument savoir où jouera ce groupe prochainement, je fouille le site Jazz Valley (lui aussi disparu)…

C’est comme cela que, quelques mois plus tard, je découvre le Music Village, à deux pas de la Grand Place, dans une ancienne quincaillerie totalement relookée. L’endroit est intime, chaleureux, cosy. Je me renseigne à l’entrée et apprends que le club a ouvert ses portes, il y a quelques mois à peine… Ouf, je n’ai presque rien raté.

 

musicill10ans.jpg

 

Dix ans plus tard, le Music Village est toujours là, fidèle à l’esprit voulu par Paul Huygens.

 

À partir du 3 septembre, pour fêter dignement cet anniversaire, le club programme une série de concerts «spéciaux». On y verra Phil Abraham, Dave Pike, Gino Lattuca, Ivan Paduart, Amina Figarova, Mélanie De Biasio, les Swing Dealers, Charles Loos et bien d’autres encore.

 

Dix ans, c’est  un bel age et c’est l’occasion de poser dix questions au maître des lieux, Paul Huygens.

 

paul huygensok.jpg

 

1 : Pourquoi le jazz ?

 

Avant tout pour l'atmosphère (sentimentale ou excitante) qui entoure la musique de jazz live. Et, étant surtout amateur de musique classique pendant mon adolescence, je trouve, avec le temps, que le JAZZ est la musique de la VRAIE vie. Pas dramatique, pas extrême, mais faite de rose avec des touches de gris, et de gris avec des touches de rose… bref jazzy. Et bien sûr pour des tas d'autres raisons plus savantes…

 

2 : Pourquoi le nom de "Music Village" ?

 

En référence au Village Vanguard d’abord et ensuite, à l’origine, pour permettre d’ouvrir l’espace à d’autres musiques. Ce qui n’est plus trop d’actualité… Et puis l’idée de «Village» me semblait «cosy» : atmosphère, atmosphère….

 

3 : Pourquoi près de la Grand Place ?

 

Clairement pour bénéficier d’une visibilité nationale et internationale. Pour être au centre de la capitale de l’Europe et pour cette dernière. Pour ajouter un atout culturel international (qui manquait d’ailleurs…). Et parce que l’Anglais et le jazz, c’est éminemment international et «œcuménique».

 

4 : Quel a été ton premier contact avec le jazz et le premier coup de coeur ?

 

Mon instituteur primaire, en 1ère et 2e, qui s’appelait Charles Denose, jouait en classe de la guitare jazz et du banjo. Voyant mon intérêt, il avait même prêté à mes parents l’intégrale de Django Reinhardt (en vinyle, indeed. Années 1958…).

 

5 : Quel est ton meilleur souvenir, parmi les nombreux concerts, au Music Village ?

 

Le tout premier concert live, en août 2000, quand les premiers accords ont résonné pour un public. J’ai versé quelques larmes, même… (en coulisses, indeed) Il y avait, entre autres, Roger Van Ha et Johan Clement.

 

6 : Si tu n’avais aucune limite de budget, quel artiste rêverais-tu de voir un soir (ou deux, ou trois, ou plus) au Music Village?

 

Jacky Terrasson sans aucune hésitation.

 

7 : Que penses-tu de l’évolution du jazz (en Belgique ou ailleurs) depuis ces dix dernières années ?

 

Probablement qu’il y a un peu plus d’intérêt de la part des plus jeunes pour le répertoire classique. Qu’il y a moins d’ «extrémisme» créatif. Et qu’il y a toujours aussi peu de clubs de jazz… J’essaie d’y travailler au sein du Conseil des Musiques non Classiques.

 

8 : Quel est la plus grande difficulté à surmonter lorsqu¹on est patron d¹un club de jazz ?

 

Arriver à faire un bon mix entre «jazz-art» et de «jazz-entertainment», les 2 piliers du jazz qui sont certainement, selon moi, les seules manières de se projeter dans l’avenir. Cela dit, de manière plus prosaïque, le problème est toujours d’arriver à boucler les budgets, en étant, pour l’essentiel autofinancé (90%).

 

9 : Sur quels critères as-tu établi le programme pour « fêter » ces dix ans ?

 

Je voulais avant tout réunir un maximum de musiciens – belges surtout – qui ont accompagné et compris mon aventure depuis 10 ans.

 

10 : Que nous réserve le Music Village pour les dix ans à venir ?

 

Je veux surtout continuer à soutenir le jazz «classique» et ses musiciens belges, et offrir à un public renouvelé, qui n’est pas toujours spécialiste, une belle introduction vers la musique de jazz. Et, en même temps, présenter ceux qui, parmi la jeune génération, partagent les valeurs éternelles du jazz qui sont pour moi : swing, intelligence, créativité, plaisir partagé… et puis, l’atmosphère !

 

 

Réservez dès maintenant vos places pour le mois de septembre… et les dix années à venir.

Happy birthday, Paul.

 

(Merci à Jos Knaepen pour la photo). 

 

 

A+

 

01/05/2010

Tribute To Lee Morgan - Music Village

Back to basics !

Petit retour aux sources du hard bop ce samedi 3 avril au Music Village. Tribute to Lee Morgan ! C’est Joe Higham (ts) qui mène la danse et Richard Rousselet qui souffle dans la trompette. Ça lui va comme un gant, à Richard, cette période. Souvenez-vous de son projet Ecaroh en hommage à Horace Silver ! Et rappelez-vous aussi de son excellent dernier album - paru il y bien longtemps déjà, mais toujours aussi excitant à écouter – dont j’avais parlé ici.

Pour compléter ce casting idéal: Ron Van Rossum au piano, Jan De Haas à la batterie et Sam Gerstmans à la contrebasse.

 joe002

«Mister Kenyatta» pour lancer la machine. Ça balance plutôt bien. Puis, c’est «Hocus Pocus» et «Total Pole». On est en terrain connu et ça joue pour le plaisir. Chacun y va de son solo. Van Rossum a tendance à devancer légèrement le tempo, à entraîner les autres dans sa fougue. Son jeu est assez nerveux. Gerstmans et De Haas tiennent solidement la rythmique. Le batteur fait ressortir son côté percussionniste, idéal pour ce type de musique. C’est dansant et chaud. Rousselet et Higham jouent les contrastes. Brillant et découpé pour le trompettiste, souple et enveloppé pour le sax ténor

joe001
Joe Higham, avec son humour tout britannique, présente les différents morceaux dans une ambiance détendue. On continue le voyage en faisant un détour du côté de chez Mobley avec «Funk In Deep Freeze» et un crochet par «All Or Nothing At All».

C’est au troisième set, quand le club se dégarnit un peu, que le groupe bouscule un peu les thèmes et se lâche un peu plus. Joe Higham prend des solos plus audacieux sur le merveilleux «Search For The New Land». Van Rossum saute sur l’occasion. Et, bien entendu, Sam en profite aussi: ce morceau ne demande que ça! On joue un peu plus «sale», un peu plus ouvert. J’aurais d’ailleurs bien aimé entendre un «Sonic Boom» à ce moment-là… mais le concert se termine déjà. Il est encore «tôt» pourtant. Allez, encore un «Pat ‘n’ Chat» de Mobley pour la route.

On reverra avec plaisir Joe Higham avec The Wrong Object (dans un tout autre style, donc) à Jazz à Liège et l’on est impatient de le revoir sur scène avec son excellent projet Al Orkesta (dont j’avais parlé ici) au Jazz Gaume Festival en août.

 

A+

 

04/05/2009

Mélanie De Biasio - Jazz Is A Mess

 

Jazz Is A Mess.

Mélanie De Biasio est en résidence au Music Village jusque fin juin.
Chaque dimanche soir, vers 21 heures, le club se fait écrin idéal pour accueillir l’univers si particulier de le chanteuse.

Lumière basse.
Ambiance noire, moite, veloutée. (Vous souvenez-vous de Blue Velvet de Lynch ?)
db02

Sur scène, recroquevillée sur elle-même, en position quasi fœtale, Mélanie chante, fredonne, murmure…
Jamais, tout au long des deux sets, elle ne se lèvera.
Elle s’est confectionnée un nid entre le piano de Pascal Mohy, la batterie de Dré Pallemaerts et le clavinet de Pascal Paulus.

Mélanie utilise sa voix comme un instrument.
Elle laisse chanter son souffle.
Au travers du micro de sa flûte, elle entame «My Man's Gone Now» et enchaîne avec «A Stomach Is Burning».
Elle nous invite à explorer ce qu’il y a de plus profond en nous.

La voix se mêle aux soupirs de la flûte.
Elle alterne standards et compositions personnelles.
db01

La musique est pétrie de blues, de poussière et de nuit.
Une musique qui fait resurgir les blessures et les peines.
De Nina Simone ou de Billie Holiday, elle reprend l’âme et la douleur en s’abstenant de toute imitation.
Elle va chercher tout ça à la source, aux racines du blues.
C’est la vraie raison de son chant.

En écho au jeu tachiste de Pascal Paulus, elle fait swinguer langoureusement «I’m Gonna Leave You». Puis, en duo avec Dré Pallemaerts, qui frotte la peau de ses tambours comme un félin, elle envoûte «What’s The Deal?». Avec Pascal Mohy, au jeu économe, elle enveloppe un sensuel «Let Me Love You»…

Le groupe crée un climat improbable.
Les tempos sont ralentis.
Le temps s’est arrêté.
On aimerait que ce dimanche soir s’éternise.
Le quartette nous attire dans les abîmes d’un tourbillon sans fin, jusqu’aux silences des plus musicaux.

Mélanie met un beau désordre dans nos têtes.

Que celui qui n’a jamais osé entrer dans monde si singulier de Mélanie De Biasio soit damné à tout jamais.

Les autres iront au Music Village un dimanche soir.

Jazz is really a mess.

A+

19/01/2009

Robert Jeanne Quartet au Music Village

 

Vendredi soir, la grippe m’agrippe.
Mais j’avais promis à Robert Jeanne d’aller l’écouter au Music Village.
002

J’avais aussi promis à Yves Budin d’assister au vernissage de son exposition sur Serge Gainsbourg au Pelzer à Liège. (En fait, je pensais que c’était samedi. Et vu mon état, je n’aurais pas étais capable d’y aller non plus. J’ai d’ailleurs raté du même coup Octurn et Matthew Shipp en duo avec Bart Maris au Beurs…)

La grippe menace, donc, mais derrière le bar, Etienne et les charmantes serveuses sont aux petits soins avec moi.
Ce sera thé, miel et un maximum de citrons (c’est assez rare pour le signaler).

Il y a peu de monde, pour un vendredi soir. C’est étonnant.
Faut-il rappeler qui est Robert Jeanne ?
Celui qui a fait les beaux soirs du jazz à Liège et bien au-delà en compagnie de René Thomas, Bobby Jaspar, Jacques Pelzer, Felix Simtaine, Bill Coleman, Slide Hampton… ?
Celui qui traverse encore aujourd’hui toute la Belgique pour venir jammer au Sounds le lundi… ?
Non, bien sûr.

Robert a gardé ce beau son de ténor des années ’50.
Celui du bop et du West-Coast.
Le son velouté d’un Al Cohn ou d’un Stan Getz.
Robert est un amoureux du beau son et de la mélodie. On ne le changera plus, et c’est tant mieux.

Ce que j’aime bien aussi, chez Robert, ce sont ses entrées et ses sorties de chorus comme on n’en fait plus actuellement.
On plonge avec lui, il nous entraîne gentiment et il nous ramène.
Merci pour le voyage.

Ce soir, à la place de l’habituel Mimi Verderame, c’est Jacques Pirotton qui l’accompagne.
J’ai déjà dis tout le bien que je pensais de ce guitariste trop discret.

Ce soir, Jacques semble avoir adapter son jeu au répertoire du quartette.
Il joue souple et volubile, dans la tradition d’un… René Thomas (?)
Après un thème de Charlie Haden, voilà «Wat’s new», une balade qui permet à Werner Lauscher de s’exprimer dans un très beau solo de contrebasse.
Et puis, quand ça groove sur «Not You Again» de Scofield, Pirotton ne se fait pas prier.
Les doigts filent, les accords courent.
Il entraîne le batteur Stefan Kremer avec lui.
Ça swing, ça balance, c’est simple et c’est bon.

Robert Jeanne aime aussi le Quartet West de Charlie Haden, avec Ernie Watts - on le comprend - et c’est avec l'un de leurs morceaux (dont le titre m’échappe) que se termine le premier set.

Pas trop en forme, je pensais rentrer, mais la musique est plus forte que le grippe.
Un autre thé, et voilà le deuxième set.
001

On débute par quelques compositions personnelles qui n’ont pas à rougir des standards que Robert Jeanne aime tant jouer, «Morning Fast» et «Stan».
«Il y a tant de belles mélodies, que je ne vois pas la nécessité d’écrire moi-même» me dit-il.


Quelques autres standards suivent avant un «Segment» de l’inévitable Charlie Parker où Pirotton démontre une fois encore tous ses talents d’improvisateur.

Comme on est entre nous, que Jean-François Maljean est dans la salle, Robert l’invite à «jammer» pour le troisième set.
«You and The Night and The Music», «Night and Day» ou encore un thème de Miles achèvent un concert tendre.
C’est tout ce qu’il me fallait.

Je rentre.
Le jazz guérit l’âme… mais pas la grippe.

A+

13/11/2008

Ivan Paduart Trio - Music Village

Et pourquoi ne pas aller revoir le trio d’Ivan Paduart?
Ça tombe bien, je sors de l’Archiduc où j’ai été convié au Showcase de Fatima Spar - dont je reparlerai bientôt - et le Music Village est à deux pas.
002

J’y serai bien allé la veille également, pour écouter le groupe Folk-Tassignon qui m’avait laissé d’excellents souvenirs l’année dernière.
Malheureusement, quelques impondérables m’ont empêché de m’y rendre.

Avec Ivan Paduart, c’est ambiance jazz club assurée.

On est bien, on est décontracté, c’est une musique qui se fait plaisir, qui ne se prend pas la tête et qui est parfaite pour l’endroit.
Sous les doigts du pianiste, les mélodies s’enchaînent avec volupté.
Un morceau de Kenny Baron succède à une compos originale, «Blue Landscape», jouée dans un style très Evansien, puis «Falling Grace» et l’inévitable et néanmoins superbe morceau fétiche du pianiste: «Igor».

Lionel Beuvens a remplacé l’habituel Joost van Schaik et Philippe Aerts tient la contrebasse.
004

Ça faisait longtemps que je n’avais plus entendu Philippe en concert.
La dernière fois, c’était avec Nathalie Loriers lors du Jazz Marathon, je pense.
Ce qui me frappe ce soir, c’est la clarté incroyable de son jeu.
Toutes les notes sont extrêmement bien posées, précisément découpées, clairement exposées.
C’est éblouissant.
001

Entre les deux sets, j’en profite pour en discuter avec lui.
J’apprends qu’il s’agit d’une nouvelle contrebasse. Qu’il l’a découverte en Italie, il y a peu, lors d’une interminable tournée mondiale avec Richard Galliano.
J’ai droit alors à un très intéressant point de vue sur les qualités d’une contrebasse, cet instrument «indomptable», voire «instable» diront certains.
On parle de longueur de cordes vibrantes, de distance entre les cordes et le manche, de la forme, du chevalet, du bois et de toute la magie indicible de l’instrument.
Son œil brille lorsqu’il évoque le plaisir de jouer sur une telle contrebasse.
Je le comprends car celle-là lui va superbement bien.

Le deuxième set reprend.
Paduart, toujours aussi romantique ou lyrique, se fait un peu plus incisif. Il y a quelques intonations à la Kenny Werner sur le très vibrant «My Foolish Heart».
Le trio s’échappe avec «Madeira» en forme de calypso, puis revient avec un thème qui porte la griffe reconnaissable de Paduart: «If We Could».
005

Ce soir, le groupe nous rejouent l’Art du Trio, celui de l’écoute et du dialogue.

Mais Ivan jouera dans un tout autre contexte le 12 décembre au Cirque Royal, puisqu’il sera entouré de Fay Claassen, de Bob Malach et du prestigieux Metropole Orchestra.

J’espère y être…

A+

09/11/2008

Véronique Hocq - Mathieu De Wit - Duo au Music Village

Ce qui est bien avec Véronique Hocq, c’est qu’elle chante des standards.
Mais pas que.
Ou du moins ce ne sont pas des standards que l’on entend souvent chanter.
(Mais alors, sont-ce des standards ? Vous me ferez une thèse là-dessus, j’attends vos réponses)


Elle chante des standards, mais à sa façon.
Alors, elle les choisit en fonction de son univers et de sa voix.
Une voix de «papier-calque».
Légèrement graineuses, finement polie, subtilement translucide…
Tout est dans la douceur et la retenue, un peu à la manière de Susanne Abbuehl.

Bien sûr, on a droit à «My Favorite Things», «Lullaby Of Birdland», mais  dans des versions assez singulières et très dépouillées, ou un très émouvant «Never Let Me go», mais aussi «Epistrophy», «Crystal Silence» ou encore «Well You Needn’t».


Avec elle, le jeu de Mathieu De Wit au piano fonctionne vraiment bien.
Il adopte, ce soir, une approche assez percussive, parfois même dissonante (ces petites notes aigues et aphones qu’il va chercher de temps en temps…), qui contraste avec la voix.
On ne peut évidemment pas s’empêcher de penser à Mal Waldron. Mais aussi parfois à Jaki Byard ou à Monk bien sûr.

Toute la poésie de De Wit est là: contourner l’évidence.

Au Music Village, il y avait un esprit «after hours» qui flottait. Une ambiance qui appelle à la mélancolie, celle qui peut durer une nuit entière.


Oh, bien sûr, il y a encore quelques mises en places à affiner, une complicité à confirmer et des automatismes à aiguiser.

N’empêche, il n’y a pas de raison que ces deux-là aillent vers la facilité et le gentil au risque de verser dans le «passe-partout».
Tant pis si c’est difficile, s’il faudra encore un peu de temps… la personnalité est à ce prix.
Et ça en vaut la peine.

A+

20/12/2007

Les copains d'abord... Julie et le Singers Workshop.

Vous connaissez Julie Jaroszewski?
… Ha, j’en devine, dans le fond, qui connaissent.

Pour les autres: Julie est une jeune et jolie et brillante chanteuse (et comédienne aussi) que j’ai eu la chance de voir et entendre un soir à la Singers Night du Sounds… (Je suis tombé sur le cul).
julie01
Je l’ai revu et réentendu plusieurs fois par la suite, avec Jean-Paul Estiévenart, Matthieu Van, Sam Gerstmans, Toon Van Dionant, etc... ou lors de jams…

Il y a des gens qu’on aime comme ça… directement.
Pour leur talent, leur gentillesse, leur passion, leur enthousiasme…
Julie en fait partie.

Alors, petit coup de pouce.

Julie organise un workshop pour chanteurs et chanteuses avec Grzegorz Karnas, le gagnant de l'édition 2006 de la compétition Young Jazz Singers au Music Village.

Le stage aura lieu, au Music Village du 8 au 12 janvier, de 10h à 13h, et de 14h30 à 17h. Sous l' oreille attentive de Grzegorz, bien sûr, mais aussi de Sabin Todorov (au piano)
Tout ça pour 200 euros par personne....
Et une jam est prévue le samedi en fin d'après midi.

Moi, si j’étais chanteur, je n’hésiterais pas.

Et comme spectateur, j’y serai.

Des infos ?
Tél. : 0497 85 54 60 

ou par mail : julie_jaroszewski@hotmail.com


A+

12/12/2007

Chrystel Wautier - Almadav - T-Unit 7 - Véronique Hocq

Retour sur quelques concerts auxquels j’ai assisté ces dernières semaines.
Malheureusement, pas toujours entièrement.
Un set… ou deux, maximum.
Mais ce n’est pas une raison pour les passer sous silence.

Alors, reprenons.
Dans un ordre plus ou moins chronologique.
01
Chrystel Wautier, d’abord.
La chanteuse présentait «Between Us…», son premier album, au Sounds.
Autour d’elle, on retrouve Quentin Liégeois à la guitare et Boris Schmidt à la contrebasse (en remplacement de l’habituel Sam Gerstmans).

Ce soir, il était prévu que quelques guests partagent la scène avec le trio. Malheureusement, des problèmes de santé ont empêché Paolo Radoni (g) et Guy Cabay (vib) de répondre à l’invitation. Jean-Paul Estiévenart (tp) par contre était bien là, bon pied bon œil. Mais je n’ai pas pu assister à sa prestation car je «devais» partir à la fin du premier set…

Chrystel nous a donc offert son swing élégant en trio.
«Show Me», «Easy To Love» ou «Born To Be Blue» se succèdent avec délicatesse. Parfois même avec timidité. Étonnant de sa part. Du coup, la voix perd parfois un tout petit peu d’assurance…
Du côté de la rythmique, par contre, le fluide passe avec aisance et la version de «My Favorite Things» est brillante. Courte, sobre, simple et efficace.
02
L’album de Chrystel Wautier est un très joli recueil de ballades fines et de morceaux swinguant tendrement. A déguster au coin du feu cet hiver. Tout y est d’une belle justesse et la belle prise de son ajoute à la volupté.


Quelques jours plus tard, je suis passé au Music Village pour écouter les derniers sets d’Almadav, un des groupes d’Alexandre Cavalière qui  avait reçu carte blanche pour 3 jours dans le club de la Grand Place.
Le public habituel, sans doute moins enclin à entendre un jazz fusion assez ouvert n’a pas trop suivi.
Dommage, car je vous assure, et je le répète, Almadav c’est bien !
Ce soir, Sam Gerstmans remplace Cyrille De Haes parti jouer avec le groupe rock français Treize à Table (pour un bout de temps, semble-t-il), et Jereon Van Herzeele était invité à se joindre au groupe.
Les deux premiers morceaux oscillent entre fusion («Tight») et funk («Ramblin’» ??).
Puis, honneur à l’invité du soir, Jereon improvise et booste une jolie ballade qui invite le guitariste Manu Bonetti à répondre par un très beau solo, carré et solide.
Alexandre, lui, s’amuse visiblement à répliquer aux assauts du saxophoniste.
David Devrieze (tb) prend lui aussi un énergique et puissant solo sur «I See The Time» aux rythmes asymétriques qu’affectionne particulièrement l’excellent batteur Xavier Rogé (d’ailleurs, le morceau est de lui).
J’aime décidément bien l’esprit frondeur qui émane du groupe. Entre une énergie à la Mingus et un jazz contemporain qui joue sur les tensions.

03
Quelques jours plus tard, je suis à la Jazz Station pour écouter le deuxième set de T-Unit 7, le septet du saxophoniste Tom Van Dyck.
«The Chase» est un morceau chaloupé qui prend le temps de s’installer.
La cadence monte petit à petit et me fait un peu penser à l’ambiance «Star People» de Miles Davis… en moins électrique. Le saxophoniste emmène son petit monde entre soul et funk.
Ewout Pierreux, jusque-là aux Rhodes, rejoint son piano et amorce, de façon très lyrique et inspirée, une ballade délicate.
Mais les changements de rythme et de tempos, les brisures et les surprises ne se font pas attendre. Michel Paré (tp) et Fred Delplancq (ts) sont là aussi pour donner du piquant et faire éclater les thèmes.
Il faut aussi souligner les très belles interventions, aux accents parfois un peu boogaloo, du jeune tromboniste Peter Delannoye, qui remplaçait quasi au pied levé Andreas Schikentranz.
T-Unit 7 voyage au travers de différentes contrées d’un jazz tantôt blues, tantôt soul et au groove  parfois nonchalant mais toujours présent.
Belle équipe à revoir et réentendre.

04
Pour terminer mon périple, retour au Sounds, quelques soirs plus tard pour écouter Véronique Hocq que j’avais raté au Music Village deux ou trois semaines auparavant.
La voix un peu plus voilée qu’à l’habitude et accompagnée du très lyrique pianiste Mathieu De Wit, la chanteuse nous fait un mini concert très intimiste.
Son timbre colle à merveille sur un «Never Let Me Go» d’une très belle sensibilité.
Sans doute le morceau le plus réussi ce soir.
Quand elle scatte sur des thèmes plus enlevés comme «Whisper Not», on la sent encore un tout petit peu mal à l’aise… Mais au moins, elle ose.
On aimerait cependant que la voix projette plus dans ces moments-là.
C’est d’ailleurs ce qu’elle arrive à faire sur un morceaux plus swinguant («Billie’s Bounce» ??), quand Nicola Lanceroti (cb) et Didier Van Uytvanck (d) viennent prêter main-forte sur scène…

A suivre.

A+

27/03/2007

Mélanie De Biasio au Music Village

L’univers particulier de Mélanie De Biasio.
Sa musique envoûtante, profonde, sombre et nocturne.
Sa voix basse. Ses tempi lents.
Je ne m’en lasse pas.

Son tour de force, qu’elle réalise sans effort apparent, est de captiver l’audience.
C’est toujours étonnant comme le public – et moi-même – est absorbé par son chant.
Comme la sirène qui attire le marin.

mel01

Dernièrement, au Music Village, où elle à l’occasion de revenir régulièrement le dimanche, ce fut encore le cas.
Malgré le fait qu’elle me disait ne pas être vraiment satisfaite de sa forme ou de son chant ce soir-là, le résultat fut à nouveau hypnotique.

Il faut dire que son groupe sonne de mieux en mieux. Qu’on sent une véritable cohérence entre les musiciens. Un véritable esprit.

Axel Gilain, par exemple, m’impressionne au fil des concerts. Son jeu devient de plus en plus dense. Il possède une façon unique de palper les cordes de sa contrebasse pour faire résonner les sons grassement. Une façon de faire glisser les doigts pour prolonger la note, de la rendre plus profonde encore.
Et puis, il y a Pascal Mohy au piano qui crée des cascades ondulantes d’harmonies sobres.

Et l’idée d’ajouter à cet ensemble un claviériste supplémentaire, Pascal Paulus, n’est sans doute pas la plus mauvaise qu’ait eu Mélanie.
Derrière son Wurlitzer et autres synthétiser, Paulus drape de nappes parfois fantomatiques les compositions de la chanteuse.

Il y a un parfum éthéré qui plane.

Le groupe ose prendre ses distances par rapport au « format classique » de ce type de jazz vocal.
Mélanie s’éloigne un peu du style Billie Holiday qu’on lui colle un peu trop facilement. La voilà qui dérive vers des chants parfois plus atmosphériques, invitant Pascal Paulus et Axel Gilain à l’accompagner au chant… au souffle presque, sur «Blue» par exemple.

mel02

La voix sensuelle, loin d’être racoleuse, vous embarque aussi vers des rives oniriques... On sent la chanteuse investie d’une musique qu’elle vit intensément.

Comment résister à «Let Me Love You» ? Ou à sa façon d’interpréter «Come Love(Nothing Can Be Done)», sur lequel Pascal Mohy égraine les notes cristallines en les mélangeant à des bourrasques impétueuses ?
Cela permet aussi au batteur, ce soir Wim Eggermont (qui partage la place avec Teun Verbreuggen), de s’envoler dans quelques impros débridées.

Cette petite folie destructrice, ce côté légèrement chaotique, cet équilibre précaire, on le retrouve aussi sur le merveilleux «A Stomach Is Burning» (titre éponyme de l’album).
La basse marque le tempo métronomiquement d’un morceau qui commence à la manière de «Fever», qui monte en puissance, qui se démantèle tel un puzzle qui s’effondre, avant de se reconstruire progressivement.
Un bijou.

Que dire alors de «Old Country», «My man's gone now» ou encore du très sensuel «Les Hommes Endormis»… ?
Rien.

Alors je ne dis plus rien, sinon de vous inviter à aller écouter Mélanie De Biasio.

A+

23/03/2007

Come Sunday...

Je rentre du concert de Bojan Z au Beurs.
Vraiment excellent!
Si vous l’avez raté ce soir à Bruxelles et la semaine dernière à Anvers, vous pourrez encore vous rattraper à Liège lors du prochain festival, début mai…

Mais je parlerai de ce concert (celui de Bojan) plus tard et plus en détails, dès que j’aurai un peu de temps.

Et d’ailleurs, je dois encore vous raconter les concerts de Pierre Van Dormael et Hervé Samb (pas mal du tout) à l’Arts-O-Base, celui de Michel Bisceglia (magnifique) à la Jazz Station et celui de Mélanie De Biasio (merveilleux) au Music Village.

jazz-eu_affi72

Puisqu’on parle du Music Village, je m’en voudrais de ne pas vous rappeler la série de concerts GRATUITS qui auront lieu ce dimanche (dans le club près de la Grand Place, mais aussi au Pathé Palace) pour Jazz In Europe Now qui salue les 50 ans du traité de Rome.

Imaginez : Gabor Bolla, Jacky Terrasson, Aka Moon, Magnus Lindgren... pour ne citer qu’eux…

Pour les avoir tous vu en concerts (j’avais dit à Ysa – qui s’occupe de la programmation avec Paul Huygens – que je n’avais jamais vu Terrasson, alors que je l’ai vu au Blue Note Festival il y a deux ans), je peux dire ça vaut le détour.
Je me souviens aussi avoir été particulièrement bluffé par Gabor Bolla lors de son concert au Sounds voilà quelques années…
A voir !

affiche JP Muller

Et puis, à l’Archiduc, ce même dimanche, il y a Lew Tabackin !!!

Hé bien… tout ça, je ne le verrai pas…
:-/

Mais je compte sur vous pour me raconter !

A+