28/11/2017

Fred Hersch Trio à Flagey

Le pianiste Fred Hersch vient de sortir un album solo sublime, Open Book, dans lequel il se dévoile peut-être encore un peu plus. Gay, séropositif, deux mois dans le coma suite à une complication… ce n'est plus un secret depuis longtemps et l'homme assume, revendique, en fait un combat, une force. Le film «The Balad Of Fred Hersch», projeté juste avant le concert à Flagey - et que je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de voir - retrace et parle de tout cela, de tout ce qui lui a forgé un sacré caractère.

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Fred Hersch, c'est de la finesse et de la sensibilité au bout des doigts. On a parfois rapproché son style de celui d'un Bill Evans, mais il a su - surtout depuis qu'il a échappé à la mort - forger son style. «You don’t have to reinvent the wheel all the time. If there is one little aha moment during a concert, it is more than enough.» lui souffla un soir à l’oreille Stan Getz.

C'est ce que Fred Hersch a fait ce soir à Flagey. Et des «aha moments», il y en a eu plus d’un.

Frêle, presque timide devant son piano, entouré de ses deux amis de longue date, John Hébert à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie, le leader démarre un morceau de Kenny Wheeler «Everybody’s Song But My Own».

Même quand il joue ce morceau de façon plutôt déliée, presque décharnée, très tachiste, il y a un lyrisme diffus qui en émane. La batterie suit pas à pas le piano et rebondit sur les notes. Puis la contrebasse prend le pas et Fred Hersch la laisse s'exprimer, seule. Du grand art. On est en suspend.

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Le trio joue les surprises et les fausses fins. C’est un superbe numéro d’équilibristes. Les tensions et les percussions se mêlent à la fragilité des mélodies et des harmonies.

Sans jamais casser la magie, Fred Hersch prend le temps de présenter les morceaux. «Skipping», «Snape Maltings»… Le climat est intimiste, fragile et à la fois tranchant.

Eric McPherson joue sur toutes les surfaces de sa batterie, sur les pieds, les bois des fûts, les tiges. C’est d’une finesse et d’une justesse incroyables. Quant à John Hébert, il est toujours à l’affut. Il prend à sa charge une longue partie mélodique, presque en solo, d’un morceau plus «nocturne» et mélancolique. Douceur, volupté… le son est absolument parfait. Le niveau sonore est assez bas et permet à la musique de prendre tout l'espace de ce magnifique Studio 4. C'est pratiquement un concert acoustique. Feutré et brillant.

Le trio joue, invente et réinvente. Un hommage à Rollins, façon calypso, des variations sur «Serpentine», un très gershwinien «Big Easy Blues», «Miyako» de Wayne Shorter, «For No One» des Beatles ou un dernier thème de Monk qu'il va chercher dans les profondeurs du piano, comme s'il y était enfoui, comme s’il fallait creuser pour le déterrer. Fascinant.

Fred Hersch possède un sens de la narration très personnel, bien actuel, plein d'ellipses, de contrepoints, de mélanges de points de vue, de pulsations. L’approche est très contemporaine mais toujours mélodique.

Il nous a offert une heure et demie de concert en gris et bleu, plein d'ambiances et d'atmosphères. Un peu doux amer. Il a subjugué le public.

Pour le «encore», Fred Hersch revient en solo, une fois, deux fois, trois fois et nous offre «And So It Goes» de Billy Joël, une impro qui se frotte à «Blue Monk» et, finalement, le touchant «Valentine».

Magnifique panorama des talents, de l'esprit et des lointaines influences qui font que Fred Hersch est Fred Hersch… et personne d'autre.

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Merci à ©Pieter Fannes pour les superbes illustrations !

Pieter présentera avec Yann Bagot, le livre «Live. Jazzconcerten op papier», qui rassemble des dessins de concerts de jazz. Cela paraitra chez Bries. Il y aura une présentation, le 14/01/18 à Flagey, accompagné d'un concert dessiné. Notez déjà le rendez-vous, ça vaudra la peine. Toutes les infos ici

 

 

 

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05/08/2007

Le jazz et la java



Le jazz.

Sur la route qui me menait dans les environs de Toulouse, cet été, j’en ai profité pour écouter et re-écouter plein de disques.
La nuit, en voiture, en une petite dizaine d’heures, quand les enfants dorment, on peut en écouter des choses!

Monk-Live at the Blackhawk

D’abord, des classiques: du Monk , bien sûr («At The Blackhawk» avec cet excellent et trop peu connu trompettiste Joe Gordon, «Monk’s Dream», «Monk Alone in San Francisco», etc…), l’habituel Flavio Boltro («40°»), Lee Morgan («Search For The New Land»), Andrew Hill et l’explosif «Change», ou plus mystérieux, l’envoûtant Christian Wallumrod et son «Zoo Is Far»…

Tout ça, entrecoupé par quelques Feist («The Reminder», un peu moins surprenant que son premier et excellent album «Let It Die»), Abd Al Malik (merveilleux), Amy Winehouse ou les joyeux KMG’s !

Ha oui, aussi un peu de Mika… Oui, oui, celui qu’on entend partout. (Et qui n'a rien à voir avec le jazz...)
Faut bien que les enfants aient leur mot à dire aussi.
Finalement, c’est pas si mal ce Mika.
Influencé par Freddie Mercury, ça c’est clair, mais aussi par Gilbert O’Sullivan, Leo Sayer etc…
Pop sympa et estivale.
Bon, passons… les enfants se sont rendormis.

Je repars sur Octurn et Pierre Van Dormael avec «North Country Suite» et «Spider’s Dance» de Dupont T pour rester dans le même esprit.
Deux albums excellents basés sur une recherche en profondeur, autant complexe qu’évidente. Du groove tout en polyrythmie.
Du grand art.

Sur place: Louis Sclavis («L’imparfait Des Langues»), dialogues intéressants et mélange des genres: le jazz, le rock, la musique contemporaine, l’électro…
Assez intrigant et interpellant tout ça.
Des espaces de liberté, des échanges, des discours surprenants…Il sait y faire Sclavis.

Dans un tout autre genre: Dee Dee Bridgewater et son «retour aux sources» avec «Red Earth».
Moi qui ne suis pas vraiment un fan de la belle chanteuse (jamais été aussi énervé par un jeu de scène aussi stéréotypé et crispant - entre meneuse de revue et chanteuse de variété américaine - que lors de son passage à Gand il y a deux ans!), je dois avouer que cet album est une belle réussite.
C’est sincère, c’est superbement chanté, c’est intelligent et sensible.
Elle mêle les chants africains (avec Baba Sissoko, Sherif Soumano et autres Ramata Diakité et Oumou Sangaré - Dieu! qu’elles chantent bien!) et des standards de jazz qui trouvent vraiment bien leur place ici: «Four Women» et «Afro Blue», par exemple…
Me voilà réconcilié avec Dee Dee.

red

Une autre jolie surprise, c’est Robert Mc Gregor.
Un jeune saxophoniste américain d’origine chinoise qui vient de publier son premier disque: «Refraction Of Light».
Entre hard bop et cool, ce jeune gars a le sens de la mélodie.
Et pour son style, on le sent fort influencé par Lee Konitz ou Warne Marsh.
Il est accompagné par un excellent pianiste qui semble le pousser à aller plus loin et qui lui répond, en tout cas, avec pas mal de mordant: Miro Sprague.
Un beau quartet - car c’est un quartet - qui peut devenir intéressant à mon avis …et un pianiste à tenir à l’œil (et à l’oreille).

Bon, il y a eu encore plein d’autres choses sous le soleil du sud: Ahmad Jamal, Coltrane, Miles, Art Tatum, Mélanie De Biasio, Archie Shepp etc…

Au retour: on reprend les mêmes en y ajoutant un peu de Ornette Coleman, Andreu Martinez, David Prez, Romain Pilon, Mingus, Rackham, Chris Joris, Bill Carrothers...

et Nougaro
Toulouse oblige !



La java.

Allez, pour le plaisir et pour conclure, une chanson de l’enfant du pays qui résume assez bien mes vacances, finalement.





A+