04/03/2017

Raffaele Casarano et Mirko Signorile duo au Sounds

Voilà des mois que je n'avais plus mis - bien malgré moi - les pieds au Sounds. Vendredi 24 mars, j’avais enfin trouvé le temps et l’occasion pour aller revoir Sergio et Rosy – et goûter les excellentes pâtes maison, bien sûr - mais aussi pour y écouter Raffaelle Casarano (que j'avais récemment vu au Tournai Jazz Festival avec Manu Katché).

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Le saxophoniste italien vient de publier un nouveau disque, « Medina », avec son quintette mais aussi avec l’Orchestra Sinfonica Tito Schipa. Mais un orchestre symphonique, c’est un peu grand à faire rentrer dans un club. Alors, comme il a l’habitude de le faire à travers l’Europe, c’est en duo avec le pianiste Mirko Signorile qu’il présente la plupart des morceaux du disque (que je vous recommande, si vous aimez le lyrisme, l'humour, la fraîcheur… et les cordes). Décision radicale, mais payante.

Il y a du monde ce soir et l'ambiance est chaude. Pour capter l’attention du public, le saxophoniste et le pianiste entament un long morceau introspectif et atmosphérique.

La musique évolue par cycles et les nappes mélodiques s’enrichissent au fur et à mesure.

Puis on enchaîne dans un tout autre style avec un « My Romance » aux accents bop bien trempés. Mirko Signorile en profite pour développer un jeu plus tranchant et percussif. Puis on repart dans plus de lyrisme.

Casarano utilise avec parcimonie une pédale reverb, à la manière de Paolo Fresu, qui donne beaucoup de profondeur et de relief à un son parfois éthéré. Son jeu est parfois feutré mais aussi parfois très pincé, un peu à la Jan Garbarek. On pourrait d’ailleurs presque imaginer des musiques plutôt nordiques, dans l’esprit, que latines, s'il n'y avait pas la pulse et le phrasé chantant de Signorile au piano. Pourtant, les compositions de Casarano sont souvent lyriques et chantantes. Dans chacune d’elles, on sent poindre rapidement une mélodie pleine de romantisme. Les histoires qu'il raconte sont assez imagées. « L’istrione » ou « Un amico immaginario », par exemples, faites d'accélérations ou de décélérations souples, hésitent entre les sentiments lumineux et sombres. L’équilibre est toujours bien dosé, entre une larme et un sourire, comme disait l’ami Toots.

Le second set est un peu plus nerveux avec « Ballatta per Bodini », qui commence en douceur pour se terminer de façon plus exaltée, ou encore avec la reprise d’une chanson pop de Pino Daniele. Et comme l’ambiance monte, et qu'il n'a pas d'orchestre symphonique sous la main, Casarano fait participer le public et l’entraine à fredonner la mélodie de « Click clock ». Une belle façon de donner un dernier coup de légèreté dans un concert fait de douceur et tendresse.

 

 

 

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22:40 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mirko signorile, raffaele casarano, sounds |  Facebook |

02/02/2014

Raffaele Casarono Locomotive au Sounds

Quasi complet et archi bourré. Samedi 25 janvier, le Sounds avait fait le plein. Comme la veille, du reste. Heureusement, Sergio m’avait dégoté une petite place près de la scène. Me voilà entouré de charmantes italiennes, dont certaines avaient fait le déplacement tout spécialement de Lecce… Cet engouement était provoqué par la venue du saxophoniste Raffaele Casarano, mais aussi et surtout par la présence exceptionnelle de Giuliano Sangiorgi (leader du groupe Negramaro), véritable pop star en Italie. Autant dire que ça parlait italien à toutes les tables.

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Raffaele Casarano et son Locomotive (Marco Bardoscia (cb), Marcello Nisi (dm) et l’audacieux  Mirko Signorile (p)) présentaient leur dernier album, Noé, sorti tout récemment sur le label de Paolo Fresu, Tǔk Music. Un album apaisé, sensuel et délicat.

Depuis ses débuts, Casarano a affiné son style et on peut même dire qu’avec Noé, il a trouvé une vraie ligne directrice. Les choix sont plus clairs et bien définis. Bien entendu, on y retrouve toujours les influences qui peuplent son univers, mais elles sont mieux maitrisées. Les delays, échos et autres effets sont utilisés avec beaucoup plus de parcimonie.

Ce que le saxophoniste n’a pas abandonné par contre – mais, ici aussi, tout est mieux canalisé – c’est l’énergie. Car Casarano se donne à fond. Il va chercher très loin la moindre mélodie pour la malaxer, la triturer et l’explorer avec intensité ou rage presque. Le leader n’a pourtant pas un son puissant et c’est plutôt dans la façon dont il projette les sons et les moments où il le fait qui donnent cette impression. On pourrait d’ailleurs dire la même chose de Marco Bardoscia, à la contrebasse, qui semble être un «propulseur» de tempi. Il vient constamment booster le rythme et marquer le temps avec force, tout en jouant avec les intervalles et les silences. Marcello Nisi, quant à lui, frappe sèchement et, en bon complice, donne une réplique parfaite au contrebassiste. Simple, malin et efficace.

Tout cela permet à Mirko Signorile de profiter de grands espaces pour développer un jeu lumineux et fiévreux. Les attaques sont souvent tranchantes, le phrasé vif et le jeu ouvert. Mais il sait aussi se faire très lyrique, voire romantique, en évitant toujours la facilité.

Ce mélange de jazz mainstream et de modernité offre une belle lisibilité musicale non dénuée de surprises ni de trouvailles. «Oriental Food», «Gaia» ou «Legend» - thème fétiche de Casarano - font mouche.

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Le public est chaud et, quand Giuliano Sangiorgi monte sur scène, une certaine frénésie parcourt la salle.

La voix graineuse, un peu trainante et légèrement éraillée, Sangiorgi salue son public et prend la pose. Il sait y faire. Il se laisse emmener par les notes clairsemées du pianiste, le laisse organiser quelques phrases bluesy et enchaîne «Blue Valentines» de Tom Waits et «My Funny Valentine» qu’il termine de façon assez musclée. La voix est envoûtante et le chanteur s’intègre parfaitement à l’ensemble.

On élargit le jazz, on laisse entrer un peu de chanson et un peu de pop, mais on garde l’esprit et on laisse toujours de la place à l’improvisation et à la magie de l’instant.

Locomotive n’a pas peur de prendre des risques, de tordre un peu la musique pour mieux se l’approprier. La présence d’un guitariste, Giancarlo Del Vitto, invité à rejoindre le groupe pour quelques morceaux, n’y est sans doute pas pour rien non plus.

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Pour terminer ce très long set, le groupe reprend un traditionnel italien, «Lu rusciu de lu mare», magnifiquement intimiste et mélancolique, dont les arrangements rappellent un peu le merveilleux «From Gagarin’s Point Of View» d’E.S.T de la grande époque.

Et après une pause bien méritée - dans une joyeuse ambiance - toute la bande remonte sur scène et se lance dans une sorte de grande jam – près d’une heure, quand même - offrant compos personnelles (de Casarano ou de Sangiorgi, «Solo per te»), standards de jazz et reprises pop («No Surprises» de Radiohead entre autres)...

Oui, c’était la fête au Sounds, et le jazz italien - décidément souvent surprenant - était une fois de plus très convainquant ce soir.

Grazie mille e arrivederci a tutti.

 

 

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