15/02/2016

Jason Miles - Kind Of New - Interview

Claviériste et programmeur, Jason Miles vient de sortir, avec la trompettiste Ingrid Jensen, l’excellent album «Kind Of New» qui renvoie aux grooves et à l’esprit d’un certain… Miles Davis. Il ne s’agit cependant pas d’un album «tribute» mais bien d’un «prolongement» de l’esprit du plus célèbre trompettiste de jazz, aux travers de compositions originales (exceptées «Sanctuary» de Wayne Shorter ou «Jean-Pierre» en ghost track). Sur cet album, on retrouve une pléiade de musiciens tels que James Genus, Gene Lake, Cyro Baptista, Nir Felder ou Jay Rodrigez, pour ne citer que ceux-là.

interview,jason miles,miles davis,james genus,ingrid jensen,marcus miller,jay rodrigez,gene lake,jon wikan,cyro baptista,nir felder,global noize

Pour rappel, Jason Miles était - aux côtés du bassiste et producteur Marcus Miller et du claviériste George Duke - à la base de l’album, parfois controversé, «Tutu» de Miles Davis. Il est également producteur et sideman pour de nombreux jazzmen (Joe Sample, David Sanborn, Michael Brecker, George Benson,…) et leader, entre autres, de Global Noize (DJ Logic, Vernon Reid, Meshell Ndegeocello, Christian Scott,…).

A l’occasion de la sortie de «Kind Of New», Jason Miles était de passage à Bruxelles. Idéal pour une rencontre.

Quel a été le point de départ de «Kind Of New» et quand avez-vous ressenti le besoin de faire cet album?

L’histoire est simple et connue. En 1988, j’étais dans l’appartement de Miles Davis avec d’autres musiciens et amis. On parlait de «Bitches Brew» et de «In A Silent Way». On discutait de la façon dont le Fender Rhodes était intégré dans ces albums. J’avais toujours été impressionné par le jeu de Herbie Hancock, Chick Corea ou Joe Zawinul, mais aussi par de gens comme Larry Young ou George Duke. Et quand j’ai demandé à Miles quel était le joueur de Fender Rhodes qu’il préférait, il m’a répondu, de sa voix cassée, que celui qui était le plus funky de tous était Keith Jarrett ! J’étais assez étonné. Mais, beaucoup plus tard, Bob Belden m’a offert le coffret «Cellar Door Sessions» (en 2005), et là, j’ai entendu Keith Jarrett ! Et j’ai été bluffé ! Je me suis souvenu de ce que Miles m’avait dit à l’époque. J’avais écouté Keith sur «Live-Evil» ou «At The Fillmore East» à l’époque, mais ici, ce n’était plus vraiment pareil. Sur «Cellar Door Sessions», il était tellement funky ! C’est le genre de jeu que j’adore. C’est le genre de jeu qu’avait aussi le pianiste, trop peu connu, John Coates Jr, que j’avais rencontré à New York quand j’étais venu apprendre le be-bop avec Mike Melillo qui jouait beaucoup avec Phil Woods. John Coates Jr jouait le genre de groove que Keith jouait au Fender (il imite les phrases musicales). Après avoir écouté «Cellar Door», je me suis dit que la scène manquait de ce genre de petits ensembles électriques qui jouent ce style de groove et de musique. Où sont les Weather Report, les Mahavishnu ? Cela doit être joué de façon moderne, bien sûr, mais il manque ce genre, cet esprit, cette ambiance, ce feeling. On ne le retrouve plus actuellement dans le hip hop ni même dans la fusion, même si je n’aime pas vraiment ce terme, entre jazz, hip hop, funk... Ces questions me trottaient dans la tête. Un soir, j’ai vu et entendu Ingrid Jensen au Birdland. Je jouais avec Freddy Cole et elle jouait le set avant nous. J’avais remarqué son style. Il y avait ce groove, cette façon de phraser. Plus tard, alors que je jouais avec mon groupe Global Noize au Winter Jazz Festival à NY, en 2009, j’ai invité Ingrid Jensen pour un gig, à deux heures du matin !

C’est à ce moment que vous avez décidé de former ce groupe pour «Kind Of New» ?

Presque. Ingrid était fort occupée et elle venait d’avoir un enfant. Mais, plus tard, on s’est recontacté pour faire quelques gigs, dans des appartements à New York ou rejouer le projet «Miles To Miles» au Falcon au nord de New York. Puis aussi pour travailler ensemble. Un soir, on a booké un gig au Blue Note, pour la «Late Night Groove Session», à une heure du matin. Mais on n’avait pas de nom pour ce projet et Ingrid a alors proposé «A Kind Of New». J’ai trouvé ça juste, on l’a adopté. Lors de ces sessions, on a senti qu’il se passait quelque chose. Tout fonctionnait bien : le groove, l’interaction. Alors, j’ai décidé d’écrire plusieurs morceaux pour d’autres gigs à venir. Mais on a pris notre temps pour vraiment retrouver ce groove et retrouver ce jazz. C’était un besoin pour moi, c’était une sorte de quête.

interview,jason miles,miles davis,james genus,ingrid jensen,marcus miller,jay rodrigez,gene lake,jon wikan,cyro baptista,nir felder,global noize

Vous dites que le jazz actuel manque de groove. Vous le trouvez trop intellectuel, trop rigide ?

Le jazz s’apprend dans les écoles maintenant. Je ne veux pas discréditer les écoles, mais cela formate un peu. J’en ai beaucoup discuté avec pas mal de gens autour de moi ces dernières années. Je me demande où sont les nouveaux Michael Brecker, par exemple ? Pourquoi les saxophonistes ne sont pas plus influencés par Mike ? Pourquoi ils n’entendent pas ce truc ? Bob Mintzer ou Bob Berg sont des enfants du post-Coltrane. Ils ont pris les infos, en on fait un langage propre. On les ignore trop. Il y a encore trop des jeunes musiciens qui pensent que Snarky Puppy ou Robert Glasper sont plus pertinents que Miles. Je continue à leur dire : « Ce sont de très grands musiciens, mais ils n'inventent ou ne réinventent pas la scène - ils n’ont pas encore changé la musique à quatre reprises ». Il faut toujours se référer aux fondamentaux et comprendre ce qu’ils font ou ce qu’ils ont fait.

Comment avez-vous travaillé pour concrétiser «Kind Of New» ?

Je travaille d’abord un peu seul. Souvent la nuit. Je dois sentir le moment. Je cherche, je me laisse aller et soudain, quelque chose arrive. Pour d’autres morceaux, j’ai travaillé directement avec Ingrid. J’avais toujours en tête les couleurs de «Cellar Door Sessions». Mais je voulais la mélanger à notre manière.

«Kind Of New» n’est cependant pas un hommage à Miles.

Oh non. Et je n’ai jamais fait de «Tribute to Miles». J’ai fait un album, «Miles To Miles», inspiré de Miles Davis, mais c’étaient de nouvelles compositions. Il y avait un sacré band (Michael et Randy Brecker, Bob Berg, Cyro Baptista…). Sur «Kind Of New», il s’agit également de compositions originales à l’exception de «Sanctuary». C’est un morceau «dangereux», car on met les musiciens en position d’inconfort. C’est intéressant et c’était important pour moi de jouer ce morceau. Et puis, en ghost track, il y a aussi «Jean-Pierre». C’est plus pour le fun. Mais il n’y a pas de messages ou de «tribute» là-dedans.

Il y a pas mal de références dans chacune des pièces, que ce soit dans les titres ou dans certaines mélodies.

Oui, c’est important d’avoir une histoire en tête et une intention. Je ne me dis pas : « Oh tiens, je vais écrire un peu de musique ». Je dois vraiment ressentir un sentiment. Chaque chanson doit avoir une histoire. Je l’ai ressenti aussi bien avec les groupes que j’ai produit qu’avec mes propres compositions.

Comment avez vous formé le groupe et choisi le line-up pour ce projet ?

C’est très difficile de dire qui est «juste» pour ce type de projet. Parfois je demande conseils à d’autres musiciens pour savoir qui pourrait jouer sur tel ou tel type de musique. Mais personne ne peut répondre à ça. J’ai même demandé a des amis journaliste s’ils avaient des pistes. J’ai eu quelques noms. Il y a de nombreux batteurs sur l’album, parce que chacun a des qualités différentes. J’ai demandé à Mike Clark de travailler avec moi, puis à Brian Dunne, Jon Wikan ou Gene Lake, qui maitrisent tous le groove, et qui savent ce que cela veut dire. J’ai travaillé avec d’excellents bassistes aussi, Adam Dorn, James Genius… C’est important. On a fait des essais, joué des gigs.

Vous avez beaucoup répété avent d’aller définitivement en studio ?

Non, pas vraiment. Nous n’avions pas le temps d’être tous ensemble au même moment et pas d’argent pour prendre ce temps. Nous avons fait quelques gigs, comme je le disais, mais sans faire de véritables répétitions. On se retrouvait sur scène, on avait envie de jouer, tout le monde était dans le mood et… «Let’s go, men !». Je me rappelle de certains concerts qui se sont déroulés comme dans un rêve. La musique se créait au moment même. Un soir, on a joué «It’s About That Time» et les gens me disaient qu’ils s’étaient cru, un moment, au Fillmore. C’était incroyable.

C’est la magie du jazz.

C’est la magie du rapport que l’on a avec le public. Je ne peux pas entrer dans la tête du public. Je ne peux pas imposer des choses. Il faut un échange. Je ne peux pas faire des choses étranges et forcées. J’ai une formule pour cela : « La commercialité créative ». Il faut trouver une façon créative de parler au public. Je ne veux pas jouer cette musique pour trente personnes qui se prennent la tête pour l’intellectualiser et lui trouver des influences, des messages, etc… Je veux emmener le public, le plus large possible et de façon créative bien sûr, vers quelque chose de neuf, de différent, qu’il ressent et surtout aussi qui lui permet de remuer et de s’amuser. C’est cette expérience qu’on a voulu retrouver sur disque : laisser intact le moment et l’émotion. C’est ce qui est difficile en studio. C’est pour cela qu’il faut un véritable producteur.

interview,jason miles,miles davis,james genus,ingrid jensen,marcus miller,jay rodrigez,gene lake,jon wikan,cyro baptista,nir felder,global noize

Vous avez travaillé avec Miles Davis. Comment s’est déroulée la rencontre ?

Je travaillais avec Marcus Miller depuis quelques années déjà. Il est venu un soir me demander si j’avais un peu de temps pour travailler sur quelques démos. Pour Miles Davis ! Wooo… ! Il travaillait les morceaux pour l’album «Tutu» et cherchait un gros son pour commencer l’album. Et puis, il lui manquait aussi plein d’autres trucs. On a travaillé sur les différentes couches musicales, en mettant en avant certains instruments synthétisés plutôt que d’autres, en retravaillant certains voicing. Il a fait écouter ça à Miles et il a eu le job. Et puis on est allé en studio. Miles était dans une pièce tout près et il m’a dit : « Bonne chance mec. Tu peux rester ici pour cinq minutes ou pour cinq semaines ». Marcus m’a regardé et m’a glissé à l’oreille, tu as intérêt à être là pour cinq semaines car j’ai besoin de toi ! Je me suis présenté à Miles, je lui ai dit que c’était moi qui jouais du synthé sur les démos, que j’avais fait la programmation des sons, que j’avais travaillé certains mix et que mon nom était Jason Miles. Il m’a juste répondu de sa voix cassée : « J’aime bien ton nom ». Tout ce qui intéressait Miles, c’était la musique, pas tout ce qu’il y avait autour. Il fallait juste être concentré sur la musique et rien d’autre. Il nous a laissé travailler et il revenait pour poser ses sons.

Est-ce difficile de partager des idées avec Miles ?

Oh, je n’étais pas là en tant que producteur. C’était surtout le rôle de Marcus. Moi, j’aidais Marcus à sortir les sons qu’il avait en tête. Il avait besoin d’un solide keyborard player et d’un programmeur. Pour que ça sonne juste et différemment de ce que l’on faisait en jazz à l’époque. Certains producteurs m’utilisent pour jouer certaines phrases, d’autre pour programmer des synthés. C’était cela mon rôle. Miles n’en avait rien à faire de savoir comment on allait y arriver, il voulait simplement que la musique soit là. On a travaillé pas mal sur des morceaux qui ont l’air simples, comme «Tomaas», par exemple. Il fallait trouver le ton juste. C’était des questions de feeling et de confiance.

Vous voulez, avec ce nouvel album, perpétuer le travail de Miles ? Reprendre là où il s’est arrêté ?

Je veux continuer à partager la musique des gens qui ont eu une influence sur moi. Comme Joe Zawinul, Miles ou des musiciens comme George Duke, Joe Sample, Herbie Hancock. J’aime la façon qu’a George Duke, par exemple, d’espacer les notes. C’est très funky, c’est une tradition que je veux garder et continuer à faire entendre. Ma génération a été baignée dans cette musique. Et je veux la préserver et la partager avec les générations suivantes. Car cela se perd. Où est le gars qui joue comme Michael Brecker ? Il faut grandir sur de bonnes bases. Il faut faire entendre ça, car cela n’est pas enseigné sur les bancs d’écoles. Il faut aller réécouter des albums des Brecker Brothers, l’album Jack Johnson de Miles ou Weather Report, pour trouver l’essence de cette musique et arriver à ce niveau. Un album, c’est particulier. Un album réussi c’est un album sur lequel on revient. Certains jeunes groupes sont bien sur scène mais dès qu’on les entend sur album, c’est fini. Car ils n’ont pas de producteur, de gens qui savent comment faire un album. Il faut avoir les outils, les clés pour cela. Le public est affamé de vraie musique. Celle qui vit. Et puis, c’est un privilège d’être sur une scène. Pour avoir ce privilège, il faut aussi avoir quelque chose à dire et à partager. Quelque chose de vrai. Pour cela il faut aussi une culture qui ne s’apprend pas qu’à l’Université. Il faut voyager, rencontrer, écouter. Aller voir dans des clubs, se confronter à toutes les musiques et… écouter les maîtres.

 

 

A+

11/10/2012

Al Foster quartet - Jazz à l'F - Dinant

Dans le cadre du Skoda Jazz Festival, c’est un géant qui était au Jazz l’F à Dinant ce samedi 6 octobre : Al Foster, le batteur de Miles Davis entre - plus ou moins - 72 et 90, (Big Fun, Dark Magus, We Want Miles, Star People, etc.).

al foster,l f,adam birnbaum,doug weiss,wayne escoffery,dinant jazz nights,miles davis,skoda jazz

Pas de promotion d’album (son dernier date de 2009) mais une «simple» tournée européenne. Une tournée pour «jouer du jazz pour le plaisir», comme il me le dira. Et c’est vrai que c’est ce qui semble motiver ce musicien qui ne se prend absolument pas pour une star. Souriant, affable, prêt à discuter avec n’importe qui... l’homme est resté simple.

Ce soir, il est accompagné par une belle brochette de jeunes (par rapport à lui) et talentueux musiciens. À la contrebasse, il y a le fidèle Doug Weiss (qu’on a vu aussi aux côtés de Kevin Hayes ou Chris Potter), au piano, Adam Birnbaum (Eddie Gomez, Wallace Roney) et au sax et soprano, l’excellent Wayne Escoffery (Tom Harrel, Mingus Big Band). Bref, du beau monde.

Le quartette nous plonge d'emblée dans le grand bain du post bop, même s’il reprend des thèmes mythiques du jazz modal comme «So What» ou «Jean-Pierre» de Miles.

Assis très bas et caché derrière ses cymbales, accrochées très haut, quasi à la verticale, Al Foster n’a rien perdu de son groove légendaire. Son sens du swing transpire et l’interaction avec ses musiciens est flagrante.

De plus, le batteur n’est pas du genre à focaliser toute la lumière sur lui, chacun des membres du groupe à droit à ses solos. Sur pratiquement chaque morceau, chacun y trouve son espace.

al foster,l f,adam birnbaum,doug weiss,wayne escoffery,dinant jazz nights,miles davis,skoda jazz

Celui qui, ce soir, fera la grosse impression est sans nul doute Wayne Escoffery. Dans la lignée d’un Sonny Rollins, peut-être, il enchaîne les phrases et fait monter l’intensité à chaque chorus. Tout en les nuançant régulièrement. Il module le son en alternant le suraigu et les graves les plus profonds. Il n’esquive pas les difficultés, il prend tous les risques et se laisse emporter par une fougue qu’il maîtrise cependant parfaitement. Il ne s’empêche pas de disséquer les accords - quitte à jouer bruyamment avec les clés de son sax - pour les rendre plus incisifs. Ou, au contraire, il maintient - à la façon d’un Roland Kirk - les longues notes en souffle continu pour les emmener à leur paroxysme. Ce qui ne l’empêche pas d’enchaîner la suite avec beaucoup de sensibilité et de sobriété.

La connivence entre Al Foster et Adam Birnbaum est, elle aussi, assez convaincante.

Sur les groove souvent soutenus et toujours nuancés du batteur, le jeu du pianiste est limpide, ses attaques sont franches et ses impros solides… sans pour autant être terriblement originales. Birnbaum essaye plutôt des «servir» les thèmes avec élégance.

al foster,l f,adam birnbaum,doug weiss,wayne escoffery,dinant jazz nights,miles davis,skoda jazz

Quant à Doug Weiss, lorsqu’il s’empare d’un solo, il ne le lâche pas facilement. En un jeu vif et sec, il s’exprime avec beaucoup de virtuosité sur des lignes mélodiques chantantes et fermes à la fois. Le jeu est resserré, concis, tendu.

Le groupe enchaîne standards et compositions personnelles, comme un bluesy «Peter ‘s Mood» ou un «Brandyn» assez soul, avec beaucoup d’entrain et de conviction. Ça swingue constamment, l’ambiance est vraiment très jazz et tout le monde prend du plaisir. En fin professionnel, Al Foster sait attendre, relancer la machine, sauter un temps ou, au contraire, le dédoubler pour ajouter encore plus de relief et de profondeur aux morceaux.

Il donne ainsi, avec tout le groupe, de nouvelles couleurs - plutôt bien dans notre époque - à ce jazz dit «traditionnel». Il y a comme un regard jeune, presque neuf. Il y a cette façon de bousculer les principes sans pour autant en mépriser les valeurs.

Oui, joué comme ça, ce jazz est éternel.

A+

 

 

20/10/2011

50. Bilan musical.

 

1961. 20 octobre, je nais.

Aucun souvenir.

Le tube du moment c’est « Hit The Road Jack »… ça commence fort.

Jusqu’à mes six ans, je n’ai pas trop de souvenirs marquants. À la radio, qui est allumée en permanence dans le magasin de ma mère ou dans l’atelier de mon père, j’entends sans doute Alain Barrière, Richard Anthony, François Deguelt, Sheila… À la télé, je vois Henri Salvador faire son Zorro. À la fancy-fair de l’école, on danse sur « Enfants de tous pays » et plus tard sur « Yellow Submarine »…

1967. Un samedi après midi, il y a du soleil, je joue au beau milieu de la cour, dans une grande bassine de fortune remplie d’eau. J’entends « Puppet On A String ». J’écoute les 45 tours que ma sœur achète : The Four Tops (« The Letter »), The Monkees, The Bee Gees (« Massachusetts »)… et bien sûr : The Beatles (« Penny Lane » «All You Need Is Love ») et les Stones (« We Love You »). Ma sœur peut enfin acheter un 33 tours ! Pas n’importe lequel : « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band ». Ça tourne en boucle.

 

1968. Dans la chambre avec mes sœurs, on écoute encore les Beatles (« The White Album »). Mais aussi Bob Dylan (« Nashville Skyline »), The Moody Blues…  Mon père, lui, me fait écouter sur un vieux phono des 78 tours de Ray Ventura et de Count Basie

1969. La beatlemania continue. C’est « Abbey Road ». J’écoute aussi « I'll Never Fall In Love Again » de Bobbie Gentry, « Venus » de Shocking Blue et des groupe rock belges (The Peebles « Mackintosh », The Wallace Collection « Daydream »). Un de mes cousins ramène le double album « Chicago Transit Authority ». Choc. Il me fait écouter aussi Canned Heat, Creedence Clearwater Revival. Un copain plus âgé, Philippe, ramène un disque à la couverture étrange (« In The Court Of The Crimson King ») et aussi Led Zepplin ou Procol Harum (« A Salty Dog »)… Je tanne mes parents pour acheter mon premier 45 tours. Je le trouve au Sarma, à Tournai. C’est « Mendocino » de Sir Douglas Quintet.

1970. Entre mes sœurs, mes cousins, mes copains, il y a, d’un côté « Get Ready » de Rare Earth. « Bridge Over Trouble Water » de Simon and Garfunkel, de l’autre « In Rock » de Deep Purple, « Déjà Vu » de Crosby, Stills, Nash And Young, « Lola » des Kinks, puis The Who, The Doors, Black Sabbat, The Beach Boys, George Harrison, John Lennon and the Plastic Ono Band… Et puis, il y a du Belge (Carriage Company) et aussi Polnareff, Georges Moustaki, Georges Brassens, Barbara, Nougaro, Brel… et les Poppys !

1971. Le dimanche, dans l’atelier de mon père, on jouait aux chanteurs avec mon cousin. On pouvait mettre la musique à fond ! Avec un électrophone tourne disques Philips… ça le faisait grave. Je me souviens de Mungo Jerry, de « San Tropez » sur l'album « Meddle » de Pink Floyd, de Jethro Tull, de Deep Purple. Et de « Uncle Albert » sur « Ram » de Paul Mc Cartney ou de « Brown Sugar » des Stones.

 

1972. C’est « Midi Première » avec Danièle Gilbert. Forcément, ça marque. Nicoletta, Julien Clerc, Michel Delpech… et surtout Il était une fois (« Rien qu’un ciel »), ça je l’achète. Et puis, pour les fêtes ou pour son anniversaire, mon père « peut » écouter sa musique : Glenn Miller, Count Basie, Duke Ellington… J’adore ça.

1973. Dans sa chambre, mon copain Philippe me fait écouter Wishbone Ash, Alice Cooper, Genesis (« Foxtrot »), Yes ou Roxy Music. À la radio, j’entends les claquements de doigts sur « Killer Queen ». À la télé (« Tempo » ou « Follies »?), je vois un type bizarre, c’est David Bowie. Et un autre, déguisé en clown, c’est Leo Sayer. Mais c’est aussi l’année de Slade (« Slade Alive ») et de T.Rex (« Telegram Sam ).

1974. J’écoute « The Dark Side Of The Moon » chez un copain. Et puis la musique d’un film terrifiant qui passe tout le temps à la radio : « Tubular Bells ». Au cours de musique, à l’école, la prof nous joue « L’arnaque ». J’aime ce rythme syncopé. Pour mon anniversaire, je peux aller voir Maxime Le Forestier, en concert à La Halle Aux Draps à Tournai. J’irai aussi écouter ensuite Jean-Michel Caradec, Julien Clerc, Dick Annegarn

1975. Il y avait un café-théâtre à Tournai, « La Mauvaise Herbe ». J’y vais de temps en temps avec ma sœur. On écoute du folk et de la chanson française « à texte ». J’achète (avec les sous de ma maman) quelques disques… (des 45 tours... faut pas déconner quand même !) Je me souviens de « Bohemian Rhapsody » de Queen, de « La Complainte du phoque en Alaska » de Beau Dommage. C’est l’époque de « La guitare à Dadi ». Je découvre Chet Atkins, Hank Williams… J’ai une période country. Et puis, ça y est, j’ai une guitare, sur laquelle je ne jouerai jamais que « Frère Jacques ». Sur une corde.

1976. Le soir, j’écoute en cachette « La ligne est ouverte » de Gonzague Saint Bris. La musique m’hypnotise. C’est une gnossienne d’Erik Satie. Je vois « Barry Lyndon », je découvre le plaisir de la musique classique. Je vois « Tommy » au cinéma. Je vois « Jaws » au cinéma. J’achète des compiles de musiques de films… Et puis je prends mon vélo pour aller acheter, à Dottignies, à la Maison Bleue, « Sir Duke » de Stevie Wonder.

 

1977. Sur une double page de « Première », il y a une grande photo de Patrick Dewaere qui tient dans ses mains « Crisis, What Crisis ? » de Supertramp. Il me le faut. Je l’achète plusieurs fois car il y a de petites imperfections sur le vinyl et ça m’énerve. Je m’inscris à la Médiathèque (qui s’appelait alors, la Discothèque). Je reviens avec les Andrews Sisters, Art BlakeyProkofiev, Tchaïkovski, RachmaninovGilbert Lafaille, Léo Ferré, Serge Reggiani, … des disques de bruitages aussi… Et puis Klaus Schulze.

1978. Me voilà à St Luc. J’écoute de tout. C’est l’époque où, à la télé le dimanche midi, Antoine de Caunes présente Chorus (en direct du toit de l’Empire). Je découvre Dire Straits, Tom Petty, Steely Dan, Talking Heads, The Jam, Joe Jackson, Blondie, Lene Lovitch… Et Billy Joel me fait faire des recherches sur la 52nd Street (et à l’époque, il n’y a pas Internet). Je fais des K7 de bossa-nova, de salsa, de tango avec les disques loués à la médiathèque. Je vais écouter le Big Band du West Music Club qui joue dans mon ancienne école. Certains s’étonnent que j’aime ça.

1979. Tangerine Dream, Soft Machine, Emerson Lake and Palmer et Vandergraaf Generator se mélangent aux Wings, aux Stones (« Some Girls »), à Kansas, The Cars, Fisher-Z, Police, Machiavel, Patti Smith, XTC, Jo Lemaire, Telex, Kraftwerk… à Cabrel aussi, à Higelin, Souchon, David Mc Neil et Lavilliers. De la médiathèque, je continue à ramener des trucs étranges - je ne sais pas si ça me plait mais j’écoute Pierre Henry et Stockhausen avec fascination... Puis j’écoute, avec encore un peu de difficultés, Charles Mingus, à cause de Shadows, de Cassavetes. Et Miles, à cause d’Ascenseur pour l’échafaud. Et puis, il y a Radio Cité aussi. C’est Chic, funky et soul. C’est Roy Ayers et Earth, Wind And Fire… Do you remember ?

1980. Bruxelles. C’est l’année où Lennon meurt. Je ne sors pas beaucoup (ma mère gère mon budget : « Faut pas qu’il fasse des bêtises mon Jacquot ! »). Je vais quand même pointer mon nez à la Raffinerie du Plan K (on en parle tellement dans la rubrique rock – alors excellente – de Télé Moustique). Je pense y avoir vu Echo and The Bunymen ou Joy Division. Je me balade aussi du côté de chez Pol, au Bierodrome, j’y vois Willy Vande Walle. J’aime cette ambiance très enfumée…

1981. Dans un storyboard que je fais pour l’école dans laquelle je suis, j’imagine une musique de Louis Jordan. Je me souviens avoir expliqué qui il était et quelle musique il faisait. À l’époque je découvre Idir, Oum Kalsoum ou Fairuz grâce à Mouloud, mon beau-frère. D’un autre côté, un copain de classe me fait découvrir Joni Mitchell et Don McCaslin

 

1982. Dans « Beau Père » de Blier, Patrick Dewaere (encore lui) parle de Bud Powell. J’achète une sorte de « best of ». Bud y joue avec Fats Navarro, Charlie Parker, MilesJe pense que c'est dans ce film également qu'on y parle de Lennie Tristano... En tout cas, c'est à ce moment-là que j'achete « Requiem ». Un copain achète « We Want Miles ». On écoute ça à fond.

1983. Je profite de mon service militaire en Allemagne pour acheter des disques, car ils sont moins chers. Et me voilà avec un peu de tout sur les bras, U2, REM, Paul Simon, Alan Parson, Randy Newman, John Hiatt, Frank Zappa, Al Stewart, Donald Fagen… Mais aussi Keith Jarrett, Stan Getz ou Lester Young.

1984. Retour à la vie civile. C’est « Koyaanisqatsi » de Philip Glass. C’est « Rock It » sur MTV. Chez un ami, on écoute Sade. En hommage à Monk, des musiciens se réunissent et publient un double album « That’s The Way I Feel Know ». Je me renseigne sur ce Monk. J’achète « At The Blackhawk ». La claque est monstrueuse.

1985. Le premier janvier, je re-écoute « Star People » de Miles. Un ex-beau-frère, en visite ce jour-là, me lâche : « Du Jazz ? La plupart des gens écoutent ça sans rien comprendre, juste pour se donner une attitude ». J’ai pas trinqué avec lui cette année-là. Et j’ai écouté aussi Liquid Liquid.

1986. Je vois « Down By Law », je découvre John Lurie, Tom Waits. J’écoute The Lounge Lizards. Je vois Joe Jackson pour la tournée « Grand Monde ». Je vois aussi Henri Salvador et je tombe amoureux de Syracuse. Et puis, il y a « Round Midnight » aussi, le film. Ça donne envie de traîner la nuit. La nuit, c’est l’Interférence, un bar près de la Grand Place. On y écoute Isabelle Antena et toutes les musiques des disques du Crepuscule.

1987. Barney Willen et La Note Bleue. J’achète la BD, j’achète le disque et plus tard encore un autre Barney : « Jazz Sur Scène ». Délice.

1988. Ça tourne un peu en rond. Il y a bien De La Soul, Deee-Lite, Prince, « Do the Right Thing » de Spike Lee, Womack and Womack, le rock de Manchester et Nirvana. Et puis il y a « Bird » de Clint.

1989. John Mayall me pousse à écouter du blues. John Lee Hooker, Muddy WatersJe vois Let's Get Lost de Bruce Weber. J'écoute Chet Baker.

1990. Retour à XTC. Un des groupe les plus sous-estimés du rock anglais.

1991. Je ne sais plus pourquoi, mais j’achète des opéras italiens. Verdi. « Il Trovatore », « La Traviata », « La forza del destino »… Je travaille pour un ami qui me paie en cd. Je fais mon choix en me feuilletant le bouquin « les incontournables du jazz » chez Gitane Jazz. À moi Dizzy, Ornette, Bill Evans, Sonny Stitt, Ahmad Jamal

1992. Björk fait son « Debut ». C’est quand même très différent de ce qu’on entend habituellement à la radio. The Commitments me font écouter Wilson Pickett. Et puis... et puis, il y a pas mal de changements dans ma vie sentimentale.

1993. La belle musique des scies, des marteaux, des truelles et des pinceaux. Mais c’est aussi US3, The Digable Planets et Guru Jazzmatazz

1994. Nusrat Fateh Ali Khan se fait une petite place entre Portishead, Geoffrey Oryema, Eels etc… Et puis… Et puis c’est la naissance de ma première fille.

1995. Pirouette, cacahuète, bateau, ciseau… vous connaissez la chanson.

1996. P.J. Harvey, Nick Cave, Beck, Tortoise… J’entends parler d’Aka Moon. J’écoute de la musique indienne. Lors d’un voyage à Paris, je vois Reinette l’Oranaise dans un endroit presque clandestin, dans une ambiance de folie. Inoubliable.

1997. J'ai vu Legnini en concert et j'achète "Rythm Sphere". Je découvre The Last Poets. Et Gil Scott Heron. Il n’est jamais trop tard. Et puis, il y a un peu de tout… Mais il y a surtout la naissance de ma deuxième fille.

1998. Je reviens un peu plus au jazz. Je retourne à la médiathèque. J’écoute et re-écoute « A Love Supreme » de John Coltrane, allongé sur le sol. Je re-écoute Monk, Miles, Art Pepper… Je découvre Brad Mehldau. Au bureau, un collègue me surnomme Jazzques.

 

1999. Je vais voir Truffaz au Bota. Je craque. Je vais au Travers. Je ne sais pas qui je vois, mais j’aime l’ambiance. Et puis… ma fille doit se faire opérer. C’est grave. Je ne vis plus. Il y a un morceau que j’écoute chaque fois que je vais à l’hôpital (et j’y vais souvent) : « Paper Bag » de  Fiona Apple. Fin de l’année, ma fille s’en sort.

2000. C’est très bizarre dans ma vie sentimentale, tout se déglingue. Année de merde. Séparation. Je plonge deux fois plus dans la musique. Kind of Blue, Monk, Billie Holiday remontent à la surface… Au Travers, je vois le groupe de Ben Sluijs pour la première fois. Erik Vermeulen au piano. Choc. C’est bon, je sais ce que je vais écouter les prochaines années.

2001. J’écoute de plus en plus de jazz. Tous les styles. J’essaie à nouveau « Ascension » de Coltrane. Encore trop tôt. J’essaie Aka Moon, Albert Ayler, Cecil Taylor, Steve Coleman. J’ai parfois un peu de mal. Mais je me fais du Dolphy, du Kirk, du Mingus, du Hancock… Je remets les pieds dans les clubs de jazz. Je vais régulièrement aux jam's du Sounds. Il y a Nathalie Loriers et tous les autres... Mais je vois aussi Sussan Deyhim. Et je vois surtout Sœur Marie Keyrouz à l’Opéra. Je suis subjugué.

2002, 2003, 2004. Je m’intéresse de plus en plus au jazz belge. Peu en parlent. Comme on parle peu du jazz en général, d’ailleurs. Je veux aller partout. Tout entendre.

Alors, je vais dans les festivals, les concerts, en club ou ailleurs. Je découvre plein de musiciens, je découvre plein d’autres musiques, j’apprécie celles pour lesquelles j’avais du mal et je reviens toujours vers celles que j’ai aimées. Je rencontre plein de musiciens, jeunes et moins jeunes, qui m’apprennent à connaître toutes les choses que je ne sais pas. Et il y a du boulot !

2005. Il faut que je raconte ce que je vois et entends. Jazzques est né.

2011. Le 20 octobre, j’ai 50 ans.

 

A+

31/08/2010

Michel Legrand et le Gent Jazz sur Citizen

Quand j’étais petit, il y avait un disque de Michel Legrand à la maison. Ce n’était pas vraiment un disque de jazz, mais plutôt une compilation de ses chansons françaises. Il y avait, je pense, «Les Moulins de mon cœur», «Je ne pourrai jamais vivre sans toi», «La chanson des jumelles» et surtout «1964» (ça, j’en suis sûr).


 

 

À l’époque, je ne savais pas que Michel Legrand avait enregistré avec Miles Davis  (d’ailleurs, je ne connaissais pas Miles Davis…). Je ne savais pas que Legrand jouait du jazz.

Pour moi, Michel Legrand, c’était un peu comme Sacha Distel : j’ai découvert son «côté jazz» bien plus tard. Plus tard, c’est quand j’ai vu le film «Les Demoiselles de Rochefort». J’en étais fou (je le suis encore maintenant, et mes filles le connaissent par cœur)…

Michel Legrand a sorti, au début de l’été, un album dans lequel il revisite quelques-uns des plus grands thèmes de films ou de comédies musicales : «Musicales Comédies».

J’ai eu l’occasion de rencontrer Michel Legrand et sa femme, la célèbre harpiste Catherine Michel.

Avec Michel Legrand, ça balance toujours… dans tous les sens du terme.

Vous pouvez lire l’interview ici, sur Citizen Jazz.

 

Michel Legrand_02.jpg

 

Sur Citizen Jazz, vous pouvez lire également mon compte-rendu, plus «détaillé», du dernier Gent Jazz Festival. Pour Jazz à Liège, c’est pour très bientôt et Souillac devrait suivre aussi.

 

A+

17/01/2010

We Want Miles! Cité de la Musique - Paris

À Paris, je ne pouvais pas rater l’exposition «We Want Miles» à La Cité de la Musique.

Il était temps que j’y aille, l’expo se termine le 17.

Pas de file à l’entrée au moment où j’arrive. Tant mieux pour moi.

004
Premier étonnement, j’imaginais l’espace beaucoup plus grand. Mais, finalement - et c’est tant mieux - cela reste à dimension humaine. De quoi approcher Miles comme dans un club. Alors, très vite on plonge dans un monde magique, sombre et feutré. Scénographiquement, tout se tient et tout est excessivement bien conçu. Le visiteur lambda comme le plus fanatique admirateur de jazz (exceptés les éternels grincheux qui auraient préféré que…) y trouvent leur compte.

Comment ne pas être ému devant ces quelques instruments que Miles a tenu en mains? Devant ces documents originaux signés de la main de Teo Macero? Devant ces partitions qu’ont palpé Cannonball, Evans, Coltrane et autres?

On déambule entre différentes alcôves qui mettent en exergue quelques albums ou périodes-clés de Miles. Il y a, bien sûr, des extraits musicaux, mais aussi plein de témoignages sonores, souvent rares, de personnages ayant travaillé avec Miles. On y découvre des photos inédites, des extraits de films oubliés ou peu connus. Et puis, il y a les pochettes de disques, les photos, des extraits de presse, des tableaux de Basquiat, les dessins et les tenues improbables de Miles… Les textes explicatifs sont simples, courts, précis, didactiques.


La première partie de l’expo s’arrête à ‘68 (avec la projection d’un concert à Karlsruhe) et il faut descendre pour entrer dans la période «électrique» de Miles. Entre ces deux espaces, sur un grand mur blanc, s’étale une «carte du temps» plaçant tous les musiciens qui ont croisé la route du trompettiste. Autant dire que c’est près de 50 ans d’histoire du jazz que l’on se prend dans la figure.

Un autre «passage» singulier – et émouvant – est celui qui met en scène, sous forme d’un couloir sombre, les cinq longues années de silence du maître et qui permet d’accéder à la dernière période de Miles (celle qui m’a toujours un peu moins accroché, je l’avoue). Et l’on termine cette visite éblouissante par la projection du concert à La Villette en juillet 1991… (C'est bien, j'ai pu enfin mettre des images sur la musique de mon «Black Devil»...)

 miles-cd

Entre-temps, les salles se sont gonflées d’un public de plus en plus nombreux, j’y croise même Jan de Haas à la recherche de Diederik Wissels. Quand je ressors, il y a une file énorme devant les caisses. Les organisateurs avaient-ils imaginé un tel succès? Plus de 50.000 visiteurs, une «critique» des plus élogieuses, le catalogue de l’expo épuisé (ouf, j’avais déjà le mien!)…

Voilà qui donne envie d’aller revoir «Ascenseur pour l’échafaud» sur grand écran. Ça tombe bien, la Cinematek à Bruxelles propose «Notes Bleues et Séries Noires» jusque fin janvier.

 

A+

 

21:33 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : paris, expo, miles davis, cite de la musique |  Facebook |

10/03/2007

Pages de jazz

foire01

Finalement, elle n’était pas si mal cette affiche pour La Foire Du Livre
3% de fréquentation de plus que les années précédentes.
Bon, ok, le mérite ne me revient pas totalement.
Gardons la tête froide. :-)
J’aurais quand même dû insister encore un peu plus auprès de mes amis de la Foire pour qu’ils gardent ma première proposition où le «logo» était beaucoup plus lisible.
On aurait atteint le 6%.
Si, si, Anna, crois-moi…

Bon, samedi, je suis allé me rendre compte sur place de la tournure que prenait cet événement.
C’était amusant de voir sa «créa» déclinée un peu partout sur le site de Tour et Taxi…

foire02

Je suis donc allé rendre visite à mon ami Yves Budin qui présentait son premier livre: «Visions Of Miles».
Voilà une bien belle œuvre pour qui aime Miles, le jazz et le dessin à l’encre de Chine.
La reproduction des œuvres d’Yves est particulièrement bien réussie. On y voit la profondeur et les différentes intensités de noirs. On y perçoit même parfois une certaine patine, un certain «lustre» qui fait la caractéristique de l’encre de Chine.
Il faut féliciter cet éditeur indépendant qui prend chaque projet comme une entité à part entière. Pas de standardisation ici: le papier, le format et l’impression sont chaque fois étudiés en fonction du sujet.
Du coup, les dessins sont mis en valeur, gagnent en profondeur et en puissance.
Yves Budin a aussi écrit les textes. Il raconte, comme autant d’anecdotes, certains passages de la vie de Miles.
Il adopte la façon de parler du trompettiste. Il utilise des phrases courtes, elliptiques. Tantôt poétiques, tantôt vulgaires et crues.
Peu de mots, mais des mots justes, comme pour paraphraser Miles : « Pourquoi jouer tant de notes alors qu'il suffit de jouer les meilleures ? »


Je mes suis ensuite rendu au stand Luc Pire pour faire signer mon exemplaire des «9 vies de Marc Moulin» par Thierry Coljon (Marc étant souffrant, il ne pu venir ce week-end, mais sera sans doute en forme pour son double concert à Flagey en fin de mois).
Je vais lire cela attentivement – 9 vies, c’est pas rien - et on en reparlera sans doute.
En attendant, je me suis réécouté quelques plages de l’époque Placebo et Sam Suffy
Ça sonnait!
Puis un peu de Telex ainsi que son dernier album «I Am You».
Un véritable caméléon, ce Marc.
Tiens… ça a 9 vies un caméléon ?


Tant qu’à me balader dans les livres, je me suis offert le recueil de Pannonica De Koeningswarter.
Nica a demandé à chaque musicien qu’elle a hébergé, rencontré ou aidé, de formuler trois vœux et en a collectionné les réponses.
Le résultat est aujourd’hui édité chez Buchet Chastel.
La plupart des vœux sont accompagnés d’une photo prise par la Baronne elle-même. Un Pola, un tirage noir et blanc ou couleur (ce beau rendu kodachrome un peu verdache qui ajoute à la nostalgie).
Les vœux sont parfois touchants, parfois banals, parfois étonnants. C’est en tous cas un beau témoignage.

foire 03

Après cette visite, je suis allé retrouver mon amie Natacha (vous savez: Le Piano) pour aller manger un bout au Comptoir des Etoiles et puis écouter Le petit Cirque d’Yves Peeters,Joachim Badenhorst, Juhani Silvola et Théo Girard.
Une formation intéressante qui développe un jazz actuel, parfois introverti, voire introspectif. Ils jouent les silences et les temps étirés, déchirés par quelques cris plaintifs ou brumeux de la clarinette basse de Joachim ou d’une guitare rappelant parfois Sigur Ros.
Mais le groupe peut être beaucoup plus énergique et puissant aussi, à la façon d’un Alas No Axis, par exemple.

J’aimerais bien les revoir et les écouter plus attentivement afin d’apprécier vraiment leur musique.
«A suivre» donc, comme on dit dans les livres.

A+

16/01/2007

Michael, Alice... et Miles.

Triste week-end.
Il a plutôt été rude.
Michael.
Puis Alice.
Dur dur.

Je vais peut-être en faire hurler certains, mais je dois avouer n’avoir jamais été accro à la musique de Michael Brecker. (J’entends déjà Fred Delplancq me maudire…)
Que voulez-vous, c’est comme ça, il y a des choses auxquelles on accroche et d’autres pas… ou un peu moins.
Bien sûr, je ne connais pas tout de Michael Brecker, mais les albums que je possède ou que j’ai entendu ne m’ont jamais fait grimper au plafond.
Je n’ai peut-être pas écouté les bons ?
Pourtant, «Two Blocks From The Edge» ou son album «Michael Brecker» en ’86 sont crédités d’excellentes critiques… mais ils ne m’ont pas formidablement excité…
Et l’album plus récent : «Nearness Of You», m’a passablement ennuyé…

f59492qq5fr

Je ne m’explique pas pourquoi.
Je me suis plus amusé en écoutant les albums avec son frère Randy, par exemple…

Enfin, je devrais peut-être réécouter certains albums… Ou d’autres.
J’avais tenté cette expérience avec Pat Metheny (car j’ai le même «problème» avec Pat…) et ça n’avait rien donné.

Nothing Personnal Michael, mais je préfère des Brandford Marsalis, Jacky McLean ou Joe Lovano… entre autres.

R.I.P.


g47507co2nz

Alice Coltrane me fait plus vibrer, par contre.
«Something About John Coltrane» sur l’album «Journey in Satchidananda» (haaa, ce piano avec la tamboura derrière), l’ombre de John qui plane grâce au jeu incandescent de Pharoah Sanders… et Charles Haden à la basse… c’est énorme.
Et cet autre album, radical: «Universal Consciousness»!
Cette harpe, ce jeu à l’orgue, ces sons incroyables, cette musicalité intérieure…

Enfin, je me comprends.

Et son dernier album (que je ne possède pas mais que j’ai entendu plus d’une fois), enregistré après 25 ans de silence: «Translinear Light»…
C’est un joyau.
Le morceau-titre de l’album ou sa nouvelle version de «Sita Ram»… Je craque.
Demain je vais me l’acheter.

Certains émettent des doutes quant à sa carrière en tant que leader, pour ma part, j’en suis assez friand.

Mais… je ne connais pas tout non plus.
On ne peut pas tout connaître, d’ailleurs.
Et quand on croit connaître, on apprend encore des choses.

Tiens, Miles par exemple, je connais… mais il y a encore des choses que je redécouvre à chaque écoute et des milliers de choses que j’ignore...

C’est pour cela qu’il y a Flagey.

Depuis ce dimanche (le14), et pendant 5 semaines (les 28/01, 11/02, 4/03 et 18/03) à 11h. au Studio 5 et pour 10 euros, Jean-Pol Schroeder raconte la vie musicale de Miles, à l’aide de morceaux rares et d'extraits de films inédits qu’il a été puiser dans la caverne d’Ali Baba qu’est La Maison du Jazz à Liège.
(Dans le Studio 1, aux mêmes dates et mêmes heures, Marc Van Den Hoof fait la même chose en néerlandais.)
Du Hard-Bop au Modal, le fameux quintet (Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter et Tony Williams), Miles Electric et Miles et sa fusion… tout y passe.

De quoi se nettoyer les oreilles et les yeux.

Mais… mais bien sûr, avec mon bol habituel, je ne suis pratiquement jamais libre ces dimanches-là…

Je vous le disais : les week-ends sont parfois rudes.

A+

26/12/2006

Lecture sous le sapin

presseNOEL
En attendant la dinde (ok, c’est une image, il n’y avait pas de dinde pour le réveillon de Noël), j’ai terminé la bio de Toots Thielemans écrite par Marc Danval et parue chez Racine.
C’était plutôt plaisant.
150 pages (si on enlève les pages de garde et les photos), c’est pas bien lourd pour un type comme Toots.
En plus, Marc Danval aime bien raconter les «à côtés», les ambiances ou les anecdotes à propos des musiciens qui entourèrent notre harmoniciste national (et international).
Bref, on n’entre pas trop dans le détail.
On survole.
Mais c’est raconté avec une certaine jovialité, un côté «bon enfant»… un peu «zinneke» qui atténue un peu la «déception» d’en savoir un plus.
En savoir un peu plus sur sa rencontre avec Bill Evans ou Charlie Parker (plutôt que de «retranscrire» une lettre de Toots à Parker – même si elle est touchante - en y reproduisant les fautes d’orthographe…).
Entendre un peu plus Toots raconter lui-même son travail avec Quincy Jones, Gilberto Gil, Pastorius ou Hancock…, savoir comment ça se passait, comment ils s’entendaient, comment ils jouaient…
Ceci dit, c’est agréable et on découvre (ou on se remémore) un paquet de musiciens oubliés.
Et là, il faut reconnaître ce savoir-faire à Marc Danval: il suffit d’écouter son émission hebdomadaire: La Troisième Oreille (audible en podcast aussi), le samedi entre 13h30 et 15h.




Puis, le lendemain, en digérant la bûche (oui, oui, il y avait de la bûche), j’ai lu dans le supplément week-end du journal Le Monde une interview que Miles Davis avait accordée en ’91 à Francis Marmande.
Sacré Miles.
Il faut le suivre, le gaillard !
Ses réponses sont autant d’interrogations, d’improvisations, de digressions.
Il reste énigmatique, esquisse quelques phrases, lance quelques mots comme il lançait ses notes… et… et on comprend ce qu’il veut dire.
Il égratigne au passage Wynton Marsalis, les Blancs et quelques fainéants de son dernier «orchestre» (celui de Gil Evans)…
Du Miles, quoi.
En plus de cette interview, on a droit à quelques courts articles sur Miles et Coltrane, Miles et la naissance du «Cool», le Miles «Electrique» etc…
8 pages bien remplies.


Bon, avant le nouvel an, j’attaque Kerouac (bio parue récemment chez Folio) ou j’attends que les bulles de Champagne se dissipent ?

... à suivre.


A+