18/08/2016

Deux jours à jazz Middelheim ( Part 2/2 )

15 août, c’est la fête des mères à Antwerpen et la fête du jazz au Middelheim.

Retour, toujours sous le soleil, au Parc Den Bandt pour la dernière journée du festival.

Le monde commence déjà a affluer, vers 11h30, tandis que Ashley Kahn évoque une autre facette d'Ornette Coleman avec David Murray (encore lui) et Geri Allen.

On retrouvera les deux musiciens tout à l’heure sur scène en compagnie de Terri Lyne Carrington. Pour l’heure : piano solo !

middelheim,geri allen,terri lyne carrington,david murray,ornette coleman,craig taborn,dre pallemaerts,nic thys,robin verheyen,bill carrothers,jozef dumoulin,pharoah sanders,joachim kuhn,zakir hussain,ben sluijs,erik vermeulen,manolo cabras,marek patrman,bram de looze,brice soniano,christian mendoza,lennart heyndels

Main Stage

Il est 12h30 lorsque Craig Taborn s’installe devant son piano. Il entame une première et longue improvisation, qui tourne autour d’un motif court, cinq notes à peine, et place la barre très haut. Ce leitmotiv, répété à l’envi et ornementé de brillante façon, évoque tantôt Bartok tantôt Stravinsky. Et parfois, en écho, on perçoit quelques pointes de douceurs ellingtoniennes. On est soufflé. La deuxième impro est nettement plus free. Taborn, très concentré, fait gronder le piano après avoir provoquer les notes aiguës. Il plaque les accords, frappe les cordes, fouette les touches, écrase du coude le clavier à la Don Pullen ou à la façon d’un Cecil Taylor. C’est bref, intense et impressionnant. Tandis que le troisième morceau est peut-être le plus « jazz » de tous, plutôt bop à la Monk, la dernière intervention de Craig Taborn lorgne du côté de la musique concrète, parsemée de respirations romantiques. Toutes ces influences, mêlées avec intelligence, font sans doute de Craig Taborn l’un des pianistes les plus excitants du moment. Cette standing ovation et ce rappel n’ont certainement pas été usurpés. Seul sur la grande scène du Middelheim, il a réussi un véritable tour de force. Grand coup de cœur.

Le batteur belge Dré Pallemaerts a sorti récemment un superbe album (Coutances) qui lui ressemble bien : subtil, habile et impressionniste. Et ce sont la plupart de ces morceaux qu’il présente aujourd’hui sous le nom de « Seva » (l’une des compos de l’album) avec un line-up légèrement différent. Nic Thys s’est ajouté au groupe et Robin Verheyen a pris la place de Mark Turner. Derrière le piano, on retrouve Bill Carrothers et au Fender Rhodes Jozef Dumoulin. Le set est extrêmement bien construit, tout en paliers, en douceur et sans aucune monotonie. On flotte entre deux mers, à la fois brumeuse et indocile. Tout se fait en souplesse, à l'image du jeu, fluide et sensuel de Dré. Le phrasé romantique et lumineux de Carrothers, s’oppose aux notes plus acides et nébuleuses de Jozef. Robin Verheyen, lui, est toujours à la limite de la cassure, toujours sur le fil du rasoir. Parfois rauque au ténor et d'une rondeur acide au soprano. Et tout ce beau monde peut compter sur la basse chantante et discrète de Nic Thys (fini la barbe hipster !). Il y a de la tendresse dans les compositions de Dré (« For Anne », « Mood Salutation ») et de la volupté, comme sur « Where Was I », cette milonga extraite de son précédant album, Pan Harmonie, sorti il y a neuf ans déjà (et « must » également !). De la complicité, de l’interaction… du jazz. Et puis, après une visite à Satie (« Première pensée rose + Croix »), on swingue et on danse sur « Waltz Macabre » ou « Swing Sing Song »… Un très beau concert, maitrisé, plein d'inventivité et de finesse. Un étrange mix entre tradition, désuétude et contemporanéité qui rend la musique de Dré Pallemaerts très personnelle, singulière et très attachante.

middelheim,geri allen,terri lyne carrington,david murray,ornette coleman,craig taborn,dre pallemaerts,nic thys,robin verheyen,bill carrothers,jozef dumoulin,pharoah sanders,joachim kuhn,zakir hussain,ben sluijs,erik vermeulen,manolo cabras,marek patrman,bram de looze,brice soniano,christian mendoza,lennart heyndels

Le Power Trio Geri Allen, Terri Lyne Carrington et David Murray monte sur la scène sous un tonnerre d’applaudissements et démarre en trombe avec « Mirror Of Youth » ! La plupart des morceaux sont extraits de l'album Perfection, enregistré quelques jours après la mort de Ornette Coleman. Si « Perfection » est un morceau de Coleman à qui l’album rend hommage et qui sera joué plus tard, le trio a également une pensée pour Charlie Haden, Marcus Belgrave ou encore Peter O’Brian et son funky foxtrot « For Fr. Peter O'Brien ». La complicité est évidente, mais elle se remarque surtout entre Geri Allen et Terri Lyne Carrington sur « Geri-Rigged » par exemple. L’intensité est forte, Carrington ne quitte pas du regard Geri Allen et la pianiste enchaîne les chorus avec détermination. C’est bouillonnant. Le trio alterne les moments groovy (« The David, Geri & Terri Show », annoncé avec humour) avec d’autres, plus souples (« Barbara Allen »), qui permettent à David Murray de montrer son côté plus suave et moelleux à la Coleman Hawkins. Finalement, le trio se lâche complètement sur une version débridée de « Perfection ». Bel hommage, en effet.

middelheim,geri allen,terri lyne carrington,david murray,ornette coleman,craig taborn,dre pallemaerts,nic thys,robin verheyen,bill carrothers,jozef dumoulin,pharoah sanders,joachim kuhn,zakir hussain,ben sluijs,erik vermeulen,manolo cabras,marek patrman,bram de looze,brice soniano,christian mendoza,lennart heyndels

On attendait beaucoup de Pharoah Sanders. Le disciple inaltérable de Coltrane.
Entouré du pianiste Joachim Kühn et du percussionniste Zakir Hussain, le saxophoniste à la belle barbe blanche semble être bien assagi. Il laisse d’ailleurs beaucoup d’espace à ses partenaires. L’entrée en matière se fait de façon douce, sur une rythmique mystérieuse et psalmodiante. Le son du sax, unique, acre et pincé, est quand même bien là. Les phrases sont sinueuses et semblent se chercher un chemin entre les rythmes indiens de Zakir Hussain et les rivières de notes qui déferlent sous les doigts de Kühn. Le rythme est répétitif, comme une transe. Le dialogue entre Hussain et Kühn a quelque chose de fascinant. Mais c'est le long solo du joueur de tablas qui est plus surprenant. Chants et incantations se mêlent à un jeu d’une incroyable virtuosité. Et tout cela avec pas mal d’humour en plus. Les morceaux s’enchainent, Sanders esquisse quelques pas de danse, chante dans le pavillon de son sax, laisse à nouveau la place à Hussein, puis à Kühn… Le meilleur est passé. On attend un peu, mais… Il y avait trois personnalités sur scène plutôt qu'un vrai trio. Un peu dommage.

 

Club Stage

Et pendant ce temps-là, entre chaque concert sous la grande tente, le Club Stage fait le comble, lui aussi. Et pour ce dernier jour de festival, c’est Ben Sluijs qui nous offre quatre splendides concerts.

D’abord en duo avec son vieux complice, le pianiste Erik Vermeulen.

Que dire ? Que dire sinon qu’on est envoûté par tant de justesse, de beauté et d’humanité. Le couple reprend des compos personnelles (« Broken », « Little Paris », « Parity ») et quelques « standards » ( « Goodbye », « The Peacocks ») avec la même grâce et élégance. On laisse le temps à la mélodie de s'installer, on joue avec les respirations, le phrasé de Vermeulen est brillant, incisif sans être agressif. Ben Sluijs va chercher au fond de son sax les dernières notes comme on gratte le fond d'un plat pour en extraire les derniers sucs. Le duo ne tombe jamais dans le mielleux et garde toujours cette flamme, cette âme, cette vérité…

middelheim,geri allen,terri lyne carrington,david murray,ornette coleman,craig taborn,dre pallemaerts,nic thys,robin verheyen,bill carrothers,jozef dumoulin,pharoah sanders,joachim kuhn,zakir hussain,ben sluijs,erik vermeulen,manolo cabras,marek patrman,bram de looze,brice soniano,christian mendoza,lennart heyndels

Avec Marek Patrman (dm) et Manolo Cabras (cb), la musique est plus nerveuse, plus rugueuse parfois. Mais elle garde toute son intériorité ! Après un fiévreux et sinueux « Unlike You », « A Set Of Intervals », comme son nom l'indique, nous embarque dans un voyage exceptionnel sur les échelles de notes. Avec une sorte de pédagogie, Ben Sluijs expose le motif avant que le trio ne l'éclate, ne l'étire petit à petit et ne l'explose pour revenir au pont de départ. Magnifique ! Avec ces trois-là, le jazz prend quand même une sacrée dimension.

Toujours en trio, mais avec 3/4 Peace cette fois, c’est-à-dire Brice Soniano (cb) et Christian Mendoza (p), Ben Sluijs revient pour la troisième fois. Ici, c’est une certaine idée de douceur et de swing qui est mise en avant. De façon hyper délicate, en mouvements lents et rassurants, chaque instrument vient prendre sa place en douceur. Et la magie opère. « Hope », l’insouciant, « Arad », le mystique, « Still », l’élégiaque… Le frisson est garanti. Grand moment de délicatesse.

Pour le quatrième et dernier rendez-vous, il y a toujours autant de monde au Club Stage. Le saxophoniste propose une toute nouvelle formation : au piano Bram De Looze, à la contrebasse Leenart Heyndels et à la batterie Dré Pallemaerts ! « Call From The Outside » fonce et fricote un peu avec le Free Bop. On y entendrait presque les influences d’Eric Dolphy. C’est un peu rubato, avec de faux démarrages, des rebondissements, mais toujours proposé avec la souplesse d'un swing. L’intro de Leenart Heyndels est à la fois introspective et forte sur « Song For Yussef », sorte de marche lente sous une lune orientale. Cela permet à la flûte de Ben de planer bien haut. Puis, il y a aussi « Miles Behind » et sa mélodie qui renaît à chaque fois d'on ne sait où, et une version de « Mali » plus sinueuse que jamais. Standing ovation. Rappel mérité. Un sans faute !

De quoi rentrer à Bruxelles, des étoiles dans la tête.

 

 

 

A+

Merci à ©Bruno Bollaert (WahWah) pour les images.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

19/08/2015

Jazz Middelheim 2015 - Part 3

Comme s’il jouait au yoyo avec nous, le soleil est à nouveau revenu ce dimanche sur le Parc Den Brandt et le Jazz Middelheim.

Le premier concert débute à 12h30, déjà, avec l'artiste en résidence : Jason Moran.

Cette fois-ci, le pianiste se présente en trio avec sa compagne, la chanteuse soprano Alicia Hall Moran, et le guitariste Bill Frisell, que l'on retrouvera ce soir avec son trio.

Jason Moran propose une musique qui navigue entre jazz, musique classique et soft rock. L'ambiance est plutôt sobre et très raffinée. Les morceaux s'étirent, la plupart du temps, sur des tempos lents. Il s’agit de standards ou presque (« Raise Four» de Monk, « I Like The Sunrise » de Duke), de compositions personnelles, mais surtout de traditionnels américains (« Sometimes I Feel Like A Motherless Child », « Shenandoah », etc.). Certains dialogues entre piano et guitare (dans lesquels Frisell s’offre quelques légers loop) permettent à Jason Moran de s'exprimer de façon assez contemporaine. On retrouve chez lui ses attaques tranchantes et décisives, son sens du timing. Lorsque Alicia Hall Moran intervient, on bascule dans le chant lyrique, de façon un peu prévisible mais aussi assez guindée. La voix de la soprano est claire, sans éclat excessif, le chant est d’une justesse irréprochable mais parfois grandiloquent. Les risques sont calculés, l’ensemble est très plaisant et très agréable mais il faut attendre le rappel pour retrouver un peu de lâcher prise (un peu comme sur le morceau d’ouverture) avec une version un peu déstructurée et moderniste de « My Man’s Gone Now » de Gershwin. Plutôt intéressant.

jazz middelheim,middelheim,jason moran,bill frisell,alice hall moran,steve kuhn,steve swallow,joey baron,henri texier,aldo romano,louis sclavis,tony sherr,kenny wollesen

Dans un tout autre style, on est heureux d’accueillir sur scène un pianiste qu’on a un peu trop tendance à oublier lorsqu’il s’agit de parler des maîtres : Steve Kuhn.

Avec son vieux complice Steve Swallow, dont le phrasé souple et élégant ajoute à la douceur des dialogues, et avec Joey Baron, batteur pétillant et d'une grande musicalité, le pianiste s'amuse – et cela se lit sur son visage et dans son attitude - à revisiter compositions personnelles et standards (« Slow Hot Wind », « Emily » ou le somptueux « Adagio ») sans s'obliger à rester dans les lignes. « I Thought About You », par exemple, s'évade, tout en lyrisme et en douceur, bien au-delà du thème, pour ne presque plus y revenir. Pas de folie ni d'intellectualisme inapproprié, mais un sens du voyage improvisé, toujours à la recherche de la beauté mélodique. Le jeu de Steve Kuhn est limpide, clair, direct et surtout plein de swing. Et quelle maîtrise et quel sens du partage : comme lorsqu’il laisse à Joey Baron l’honneur de ponctuer « Trance » d’un solo de batterie magnifique. Ce bonheur est visible et s'entend surtout dans la musique. L’humeur est vagabonde et l’on sent les trois musiciens, très complices, libres comme jamais d'aller là où ils veulent. Et nous n’avons qu’une seule envie, c’est de les accompagner. 

Ce qui est bon avec le trio Romano, Sclavis, Texier, c'est ce groove chaud et parfois sous terrain, qui innerve chacune des compositions. Il y a cette chaleur africaine (tant pis si j'enfonce des portes ouvertes) qui transpire, même sur des thèmes plus sombres ou inquiétants. Le roulement incessant d’Aldo Romano, tantôt swinguant tantôt plus aléatoire, et la contrebasse toujours très musicale et ultra mobile (voire parfois free, sur « African Panther 69 » qui introduit « Surreal Politik », par exemple) d’Henri Texier, ne peuvent donner qu’un maximum de libertés à Louis Sclavis. Que ce soit au soprano ou à la clarinette basse, dans laquelle il va chercher les sons les plus doux comme les plus grave, Sclavis donne vraiment la couleur particulière et très reconnaissable à cet ensemble qui fête ses vingt ans d'une bonne et loyale camaraderie. On repasse donc en revue quelques thèmes emblématiques, tels que : « Berbère », « Look The Lobis » ou le poétique « Viso Di Dona ». Rien de neuf au répertoire, donc, mais le plaisir de le redécouvrir, une fois de plus, suffit à nous combler. On regrettera peut-être un peu le manque de contact (aucune présentation des morceaux et juste un timide merci à la fin) avec le public pourtant hyper enthousiaste. Et on le comprend.

jazz middelheim,middelheim,jason moran,bill frisell,alice hall moran,steve kuhn,steve swallow,joey baron,henri texier,aldo romano,louis sclavis,tony sherr,kenny wollesen

Pour clôturer cette belle édition 2015, on retrouve Bill Frisell sur scène. Son nouveau trio (Tony Sherr (eb) et Kenny Wollesen (dm) ) s'inspire de la musique des sixties.

En effet, le guitariste a décidé de faire remonter à la surface les musiques qui l’ont accompagnées durant son adolescence. C’est l’occasion aussi de parcourir, de façon presque chronologique, l’évolution technique et musicale de la guitare électrique. Fidèle à son style, Frisell, façonne tous ces morceaux (« Tired Of Waiting For You » des Kinks, « You Only Live Twice » de Nancy Sinatra, « Moon River » de Henry Mancini, « Surfer Girl » des Beach Boys…) sous formes de ballades flottantes et aériennes. Les thèmes se parent de blues languissant, de shuffle traînant et d'Americana mélancolique. Petit à petit, le trio nous entraine cependant vers un son plus rock et plus incisif. Les riffs sont plus insistants et Frisell se laisse même aller à quelques distos parfois furieuses, mais toujours en tempo moyens. Avec une certaine nonchalance et un plaisir assumé (jusqu’à aller jouer « Telstar » ou « Bonanza » !!!), Frisell montre l'étendue de son talent. Mais, dans ce concert, c'est surtout la tendresse qui domine.

On repart donc d’Anvers avec le cœur léger et un petit parfum de nostalgie dans la tête.

Merci à Bruno Bollaert pour les images.

A+

 

 

 

16/08/2015

Jazz Middelheim 2015 - Part 1

Il paraît que les orages n'ont pas épargné les premiers concerts du Jazz Middelheim 2015. C'était jeudi et, sur scène, il y avait Eric Legnini, le BJO et Darcy James Argue ou encore TaxiWars.

Mais je n'y étais pas.

Pour moi, cela a commencé vendredi, sous un soleil un peu timide et sur une herbe encore humide. Le pianiste Jason Moran (artiste en résidence cette année), avec Mary Halvorson (eg) et Ron Miles (tp) jouent les dernières notes de leur concert. Il y a du monde.

A 19h précises, sous la tente du Club Stage : Jereon Van Herzeele développe de longues phrases sinueuses, un peu âcres, tandis que Fabian Fiorini plaque avec furie les accords. Le jeu de ce dernier est impressionnant de force et de puissance. Il fait résonner les marteaux sur les cordes de son piano avec vivacité et précision. Son jeu oscille entre un free jazz (sur un thème de Coltrane) et musique contemporaine (sur « Litanie A La Vierge », par exemple, extrait de son dernier et excellent album solo : De Papillons Noirs). Van Herzeele, quant à lui, alterne sax ténor et soprano. Tour à tour grave, rauque et hurlant, pour ensuite se faire plus aérien, avec ce son un peu pincé qui rappelle une certaine musique orientale. Les deux hommes s’entendent à merveille, l’expérience est forte et la performance exceptionnelle. Cela ne pouvait pas mieux commencer !

Retour sous la tente principale, noire de monde.

middelheim,jazz middelheim,jason moran,mary halvorson,ron miles,jereon van herzeele,fabian fiorini,alfred vilayleck,louis favre,archie shepp,francois theberge,seb llado,sebastien llado,romain morello,olivier miconi,jean-philippe scali,marion rampal,cecile mclorin salvant,pierre durand,joe lovano,chris potter,cecil mcbee,jonathan blake,lawrence fields,john coltrane

Afin de bien se remémorer les incidents d'Attica et de resituer le propos de son Attica Blues Big Band, la voix d'Archie Shepp - invisible sur scène - déclame un long texte fort et puissant, sur l’oppression, la répression, l’injustice, la prison....

Puis les musiciens entrent en scène, suivi du maître. On les sent tous très investi dans le projet. « Quiet Dawn » (Marion Rampal, impeccable au chant et Jean-Philippe Scali, impressionnant au sax baryton), « Blues For Brother George Jackson » (Pierre Durand à la guitare), mais aussi « The Cry Of My People » (Olivier Miconi à la trompette, François Théberge au sax), « Mama Too Tight » (les trombones de Seb Llado, Romain Morello et autres), et puis « Déjà Vu » (Archie Shepp et Cecile McLorin Salvant au chant en duo), ou encore « Come Sunday »... Du très haut niveau !

Le band est fantastique et l’émotion est intacte. Ça sonne avec la même spontanéité et la même véracité, plus de 40 ans après sa création. Sous son chapeau blanc, les grands yeux fatigués, Archie Shepp mâchonne son sax et le fait parler avec ferveur... On sent toujours en lui le feu sacré qui brûle. L'envie et le besoin de continuer le combat, de ne pas laisser s'éteindre la rage. Grand moment !

De rage, il en est question encore avec Gratitude Trio. Jereon Van Herzeele accompagne, cette fois-ci, Alfred Vilayleck (eb) et le batteur et leader Louis Favre. L'impro libre, puissante et sans concession, est au centre des débats. Dans un flux continu, les trois musiciens pousse au plus loin les limites de leur musique. Risquant l’implosion. Mais Gratitude Trio est très solide. Et ça tient ! Une ligne directrice, basée sur le rythme et les pulsations, agit comme une lame de fond et permet toutes le libertés. Alors, le trio charge jusqu'à la transe. Et c'est impressionnant ! Gratitude Trio vient de publier son second album (« Alive » chez el Negocito Records) que je vous recommande vivement car c’est sans doute l'un des meilleurs albums que j’ai entendu ces derniers mois.

middelheim,jazz middelheim,jason moran,mary halvorson,ron miles,jereon van herzeele,fabian fiorini,alfred vilayleck,louis favre,archie shepp,francois theberge,seb llado,sebastien llado,romain morello,olivier miconi,jean-philippe scali,marion rampal,cecile mclorin salvant,pierre durand,joe lovano,chris potter,cecil mcbee,jonathan blake,lawrence fields,john coltrane

Les premières notes de « A Love Supreme » résonnent déjà sur la grande scène. On y retrouve Joe Lovano et Chris Potter, ténors parmi les ténors, entourés de Jonathan Blake (dm), de Lauwrence Fields (p) et de l’immense Cecil McBee (cb).

Sax Supreme, c’est le nom du projet, rend hommage, comme on le devine, à John Coltrane (dont l’esprit semble flotter partout ce soir au Middelheim). Le thème emblématique du grand John est idéal pour donner libre cours aux impros croisées des deux saxophonistes. Il faut oser s’attaquer à un tel monument de la musique et pouvoir le renouveler sans le détériorer. Heureusement, le résultat va au-delà des attentes. On s’élève. Encore et encore. Et on ne touche plus le sol lors du final, en solo, de Cecil McBee ! Fantastique. Et ce n’est qu’un début.

Lawrence Fields impressionne dans un jeu magnifique d'angulosité et de déstructuration, et Jonathan Blake, derrière sa batterie à la configuration bien personnelle (les cymbales abaissées au maximum près des fûts), donne toute la puissance et la réserve nécessaires aux compositions de Coltrane. Une ballade calme un peu le jeu mais, très vite, la transe reprend le dessus. Chris Potter s'enflamme, ses prises de paroles sont longues et intenses, puis Joe Lovano enchaîne dans un jeu plus découpé. Les deux saxes rivalisent d'idées pour chaque fois trouver de nouveaux chemins. Et Cecil McBee solide et imperturbable n’en est pas moins aventureux.

En rappel, et en cadeau, le quintette balance un « Mister P.C. » du feu de dieu !

Le nombreux public applaudit et en redemande encore, prouvant à raison l’utilité d’un festival de jazz tel que celui du Middelheim.

(Merci à Bruno Bollaert pour les photos).

A+

 

09/09/2013

Festivals d'été (Part 2) Jazz Middelheim

 

Continuons les comptes-rendus des festivals jazz de l’été (dans un ordre pas vraiment chronologique).

Sur Citizen Jazz, vous pouvez revivre les grands moments – et il y en a eu plein – du festival Jazz Middelheim.

On y a vu des belges en pleine forme, comme Manu Hermia trio, Mélanie De Biasio, Stéphane Galland et son LOBI et un fantastique Robin Verheyen entouré de Gary Peacock, Joey Baron et Marc Copland ! Et bien sûr… Toots !

middelheim,robin verheyen,melanie de biasio,manu hermia,stephane galland,citizen jazz,charles lloyd,tigran hamasyan

Mais il y avait également l’omniprésence de Tigran Hamasyan – musicien en résidence – qui s’est présenté d’abord avec Arve Henriksen et Jan Bang, puis avec Trilok Gurtu et finalement avec son groupe habituel pour la sortie de son dernier et excitant album Shadow Theater.

Et puis, il y eu John Scofield, Terri Lyne Carrington, Randy Weston, un fantastique Anthony Braxton et un éblouissant Charles Lloyd (avec Reuben Rogers, Eric Harland, Jason Moran).

Oui, on a été gâté.

A suivre, le Gent Jazz Festival et le Gaume Jazz… toujours sur Citizen Jazz.


A+

 

10/07/2010

Eté Jazz...

C’est l’été, il faut très chaud, les journées sont longues et chargées, les nuits sont courtes et, du coup, j’ai pris du retard dans mes comptes rendus.

Je reviendrai (vite, je l’espère) sur le concert de Collard-Neven et Rassinfosse pour la sortie de leur troisième album (en quartette, cette fois) «Braining Storm», et sur le concert d’Alain Pierre Acoustrees Quintet

Marcin Wasilewski_Manu Katche

Pour vous faire patienter, vous pouvez lire l’interview de Marcin Wasilewski que j’ai réalisée, il y a quelque temps déjà, et qui vient d’être publiée sur Citizen Jazz.

Et je vous en promets d’autres d’ici peu… surprise.

Et puis, n’oubliez pas: c’est la saison des Festivals.

En ce moment, c’est le Gent Jazz. On y a déjà vu un merveilleux Kurt Elling, un poétique Pierre Vaiana, un magique Ornette Coleman, un séduisant Chris Mendoza Group, un efficace Vijay Iyer et un délirant Chick Corea (qui se termina par une incroyable jam où l’on y retrouvait : Vijay Iyer, Christian Mc Bride, Kenny Garrett, Roy Haynes, Ronald Bruner, Hiromi et d’autres…) Et ce n’est pas fini !

 

Et puis, il y a le Brosella, dimanche (Roy Hargrove, Avishai Cohen, Ivan Paduart, Massot - Florizoone - Horbaczewski...)

Bientôt aussi, ce sera les Dinant Jazz Nights avec une affiche incroyable !

Manu Katché, le parrain de cette édition 2010, a invité Joshua Redman, Deedee Bridgewater, Aldo Romano, David Sanborn, Steve Gadd, Jan Garbarek, Philip Catherine, Enrico Pieranunzi, Eric Legnini, Till Brönner, David Linx, André Ceccarelli et d’autres encore.

Go, go, go…


dinant_2010_affiche

Moi, je n’y serai pas. Ben oui, c’est les vacances… et j’en profiterai pour aller au Festival Jazz à Souillac, ré-écouter Enrico Rava, Stefano Bollani et Tigran Hamasyan

Et ensuite, ce sera le Gouvy Jazz Festival, Ça Jazz à Huy, le Gaume Jazz, Jazz Middelheim, Jazz In Het Park

L’été est chaud.


A+