06/09/2015

Belgian Jazz Meeting 2015

Troisième du nom, le Belgian Jazz Meeting s’est tenu à Bruges cette année.

Le Belgian Jazz Meeting ? C’est quoi ?

Organisé en collaboration avec Jazz Brugge, De Werf, Kunstenpunt, MUSEACT, Les Lundis D’Hortense, WBM, et JazzLab Series, ce meeting de trois jours a pour but de promouvoir le jazz belge hors de ses frontières.

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Le Belgian Jazz Meeting ? Qu’est ce qu’on y fait ?

On y écoute du jazz, bien sûr !

On y retrouve 14 groupes belges sélectionnés parmi plus de 160 candidatures.

On rencontre des journalistes, des programmateurs, des agents, d’Europe et du reste du monde.

On parle anglais, français, néerlandais, italien, allemand, finnois… parfois tout en même temps, dans une même conversation.

On noue des contacts.

On écoute du jazz !

On boit une bière. Ou deux. Ou plus.

On va se coucher trop tard. On se lève trop tôt.

On écoute du jazz !

On se balade sous la pluie.

On découvre des projets.

On discute, on s’interroge, on s’échange des avis.

Mais surtout… on écoute du jazz…

On écoute d’abord Lab Trio. La musique est acérée, les compos ciselées. L'ensemble est peut-être un peu trop cérébral. Le drumming de Lander Gyselinck, fin et précis répond parfaitement au jeu très inspiré de Bram Delooze. Quant à Anneleen Boehme (cb), elle maintient le cap avec juste ce qu’il faut de robustesse et d’ouverture.

On est soufflé par la prestation de Jean-François Folliez Playground. Le clarinettiste a réuni autour de lui une rythmique d’enfer (Janos Bruneel à la contrebasse, Xavier Rogé aux drums et Casimir Liberski au piano), et ça trace ! Pas un seul moment faible. Les compos sont pleines de surprises, avec des changements de directions qui surviennent sans crier gare et des solos qui racontent des histoires. Ceux de Casimir Liberski, par exemples, sont d’une fougue et d’une force surprenantes. Un groupe à suivre de très près !

On se laisse emporter par l’Heptatomic d’Eve Beuvens. Le lyrisme côtoie l’exaltation. Le bop se fait bousculer par le free. Les interventions de Benjamin Sauzerau (eg), Laurent Blondiau (tp) ou encore Sylvain Debaisieux (ts) sont toutes au service d’une musique très… vivante.

On se laisse bercer par le Kind Of Pink de Philippe Laloy (as, flûtes, voc). Les thèmes de Pink Floyd sont recolorés avec beaucoup de subtilité et d’intelligence pour en garder tout l’esprit et éviter la mauvaise copie.

On en prend plein le plexus avec MikMäâk. Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (as) réussissent sans cesse à renouveler la musique du combo, tout en lui gardant son identité. La musique semble se jouer par grappe : tantôt les cuivres, puis les anches, puis les cordes. Et tout est d’une cohérence et d’un groove étonnants. On retient, par exemple, le travail de Pascal Rousseau (tuba), Gregoire Tirtiaux (bs) – et son long solo tout en respiration circulaire est bluffant – Pierre Bernard (flûte) ou encore Claude Tchamitchian (cb).

On se repose comme on peut et, le lendemain, à onze heure du matin…

... on se concentre et on se laisse dériver par la musique très intimiste et très minimaliste de Joachim Badenhorst (cl, bcl) et Brice Soniano (cb). Le feulement, les respirations, les sons étouffés, les rythmes cachés et parfois déstructurés : voilà les ingrédients. Bien sûr, c’est un peu ardu… Mais quelle écoute. Quels échanges. Quelle qualité musicale !

On se fait plaisir avec le trio de Nathalie Loriers (p), Philippe Aerts (cb) et Tineke Postma (as, ss). Avec ces trois-là, la musique circule avec aisance. Les mélodies se développent avec autant de délicatesse que de fermeté. Le trio (sans batterie) arrive toujours à maintenir la tension, aussi bien dans les moments enlevés que dans les ballades. La classe.

On se balade dans le grand hall du Concertgebouw où se sont installés les différents acteurs du jazz belge (agents, maisons de disques, musiciens, associations) pour tenter d’accrocher les invités étrangers.

On vit l'installation "Loops" de Bart Maris.

On remet le prix Sabam au jazzman confirmé (l’incontestable Laurent Blondiau) et au jeune jazzman (Antoine Pierre est enfin récompensé, à juste titre, pour son travail avec Philip Catherine, LG Jazz Collective, TaxiWars et autres. On attend avec impatience son projet personnel, Urbex, qu’il présentera au Marni le 10 et à Liège (Cinéma Sauvenière) le 17. Et puis, on récompense aussi l’infatigable et incontournable Jean-Pierre Bissot (Jeunesses Musicales, Gaume Jazz et bien d’autres choses encore).

 

 

On applaudit Pierre De Surgères (p) et son trio. En se disant peut-être que le choix des morceaux rendait sa prestation un peu disparate.

On reprend un peu de LG Jazz Collective. Toujours impeccable. Concis, puissant et de mieux en mieux rôdé. Et puis, le groupe nous réserve toujours des petites surprises.

On prend une belle claque avec De Beren Gieren ! Le groupe de Fulco Ottervanger (p), Lieven Van Pée (cb) et Simon Segers (dm) vient de publier son dernier album chez Clean Feed. Cela donne une idée de l’esthétique musicale. Le trio est impressionnant, alliant complexité rythmique et harmonique avec une énergie débordante. De Beren Gieren mélange le jazz, le rock et les bidouillages électro. Et c'est très fort !

On subit le rock de Nordman. Le son est puissant, la musique est lourde. L’esprit est rock.

On se déhanche avec Black Flower. L’excellent groupe de Nathan Daems (ts, flûtes, kaval) mélange le jazz, la musique éthiopienne et l’afrobeat. C’est un tourbillon rythmique, ondulant et sensuel, avec une bonne dose de personnalité. Du haut niveau.

On se réveille difficilement dimanche matin.

On est subjugué par le talent insolent et la maturité des très jeunes Hendrik Lasure (p) et Casper Van De Velde (dm). Ces deux-là ont du culot, un sens du phrasé, du rythme et de l’échange. La musique est pleine de finesse, d’humour et de surprises. Schntzl (c’est le nom du groupe) est une révélation.

On s’émeut avec le projet « Secrets » de Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tb), Marine Horbaczewski (cello). Le trio a invité la chanteuse d’opéra Claron McFadden à chanter ou déclamer quelques secrets d’anonymes, parfois drôle, parfois très sombres, mais toujours très touchants. Poésie, musicalité, sensibilité. On est frappé en plein cœur.

On s’échange nos dernières impressions.

On se dit que cette édition était d’un tout bon niveau.

On espère que cela portera ses fruits.

Et on se dit que le jazz donne quand même un belle idée de ce devrait être ce pays.

 

 

 

Belgian Jazz 2015 by Belgianjazzmeeting on Mixcloud

 

 
 

 

A+

 

 

 

26/08/2015

Playlist 02 - rentrée 2015 - Selection

Une playlist (et quelques mots) pour une rentrée réussie.

Voici une petite sélection des albums écoutés ces derniers temps.

 

 

Shades Of Blue de Harmen Fraanje (p), Brice Soniano (cb) et Toma Gouband (dm). C’est une certaine plénitude qui émane de cet album. Et en même temps, on y ressent parfois le tourment, le questionnement. Le piano de Harmen Fraanje semble hésiter avant de lâcher les indices d’une piste mélodique à découvrir. La contrebasse et la batterie battent la chamade. Les moments sont suspendus. Superbe album.

God At The Casino de Manu Hermia (saxes), Valentin Ceccaldi (violoncelle), Sylvain Darrifourcq (dm). Brûlant comme un alcool fort ! Un violoncelle qui ne se laisse pas faire, un sax parfois fou, un soupçon d’électro et un drumming hors normes. Et de l’humour dans une musique tantôt furieuse et abstraite, tantôt extatique.

Drop Your Plans de Bambi Pang Pang. Avec Andrew Cyrille aux drums, on pouvait s’attendre à un free jazz explosif. Il n’en est rien. Impros et compos se mêlent dans une étonnante douceur. Tout est pesé, soupesé… Et tout respire. La musique et les silences circulent entre Seppe Gebruers (p), Laurens Smet (cb) et Viktor Perdieus (as). Magnifique de bout en bout.

Cécile McLorin Salvant maîtrise avec une élégance rare la tradition du jazz vocal. Digne héritière de Sarah Vaughan, son dernier album (For One To Love) est un véritable bijou.

Revenons dans le puissant. Alive, de Gratitude Trio (Jereon Van Herzeele (ts), Louis Favre (dm) et Alfred Vilayleck (eb) ). Avec eux, on démarre là où Coltrane s’était arrêté. De la fougue, de la maitrise, de l’adrénaline et des sentiments. Des impros inspirées, une écoute parfaite et des dialogues forts. Un must.

A mi-chemin entre Miles électrique et le soul funk, la trompettiste américaine Ingrid Jensen, épaulée par Jason Miles et une pléiade de musiciens (Gene Lake, Cyro Baptista, James Genus, Jerry Brooks et autres) évoquent l’esprit du Prince des Ténèbres. Si ce n’est pas terriblement surprenant, c’est, en tout cas, extrêmement juste. Un délice.

Et Heptatomic de Eve Beuvens, bien sûr. La pianiste avait fait sensation lors du Gaume Jazz en 2013 avec sa carte blanche qui s’est transformée en véritable groupe. Les références ne manquent pas : Basie, Ornette, Mingus, Tristano et sans doute la musique européenne aussi. Mais tout ça est explosé par Laurent Blondiau, Manolo Cabras, Grégoire Tirtiaux et les autres. Formidable réussite.

Et puis, ce qui ne se trouve pas sur le lecteur mais qui vaut la peine d’être entendu :

Babelouze de Michel Massot et sa bande. Pavane de l’âne fou. Une fanfare blues et funky (genre brass), teintée de rythmes africains et pleine de bonne humeur. Euphonium, trombone, sousaphone, percus en tous genres, mais aussi des voix d’ensemble, semblent déambuler dans une ville imaginaire pour y faire la fête. Et ça marche !

 

Ner6ens from Erik Bogaerts on Vimeo.

 

Lampke de LIop. Ambiance électro acoustique. Mélanges de bruits, de sons et de musique. Une sorte de voyage dans un univers fantasmé, amniotique, plutôt tendre et rêveur. Aux commandes, Jens Bouttery (dm), Benjamin Sauzereau (eg) et Erik Bogaerts (ts). Une expérience improvisée, pleine de surprises et de douceurs. C’est différent, c’est étonnant, c’est envoûtant.

 

 

Et pour finir : Fabian Fiorini en solo. Superbe album, parfois sombre, plutôt introspectif, mais d’une grande liberté d’expression. Entre jazz et musique contemporaine, le piano sonne et résonne avec une profondeur inouïe. Un travail très personnel et remarquable.

A+

 

18/06/2015

Rêve d'Elephant - Reflektor à Liège

C'est dans la toute nouvelle salle du Reflektor à Liège que Rêve d'Eléphant Orchestra avait donné rendez-vous à ses fans de la première heure ainsi qu’à un nombreux public curieux de musiques aventureuses, pour deux évènements majeurs. En effet, ce samedi 13 juin, l’imprévisible combo présentait non seulement son nouvel album (Odyssée 14, chez De Werf) mais aussi un superbe livre retraçant les 35 ans de l’aventure incroyable du Collectif du Lion.

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Ce merveilleux et épais bouquin retrace avec précision le parcours atypique de ces «jeunes» qui ont été à l’origine d’une certaine école liégeoise. Outre Michel Debrulle et Myriam Mollet - chevilles ouvrières du Collectif - il faut saluer l’excellent travail d’écriture de Valérie Davreux, Jean-Pierre Goffin, Claude Loxhay et Jean-Pol Schroeder ainsi que les illustrations et la mise en page d’images inédites ou rares de Racasse Studio. On se rend compte, au fil de ces 200 pages, de l’impact que ces musiciens ont eu sur la musique, mais aussi dans la vie sociale et dans les arts en tous genres. «Sur la piste du Collectif du Lion» est un ouvrage indispensable qui permet, mine de rien, de bien mettre en lumière l’utilité de la culture dans notre société. A lire, donc.

Mais revenons dans la salle ou le groupe a déjà pris possession de la scène. Fidèle à son envie de voyager et de défricher la musique, Rêve d’Eléphant explore toutes les contrées d’un univers imaginaire. Et si l’album s’appelle Odyssée 14, c’est qu’il s’inspire de musiques, de textes et d’artistes allant du 14e siècle à nos jours.

Le line-up a changé. Jean-Paul Estiévenart (tp) a rejoins l’équipe (à la place de Laurent Blondiau), l’étonnant Nicolas Dechêne est aux guitares et deux chanteurs (Thierry Devillers et David Hernandez) se sont trouvés une place aux côtés du noyau dur : Pierre Bernard (flûtes), Etienne Plumer (dm, perc.), Stéphan Pougin (perc., dm, congas), Michel Massot (tb, tuba, euphonium, sousaphone) et bien entendu Michel Debrulle (dm).

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Le premier titre («Sur la route») flirte un peu avec le pop folk, tandis que «La folle Impatience » hésite entre musique hispanisante, bourrée auvergnate et parfum tex-mex, avec ses trompettes, flûtes et trombone, et force de percussions (trois batteries qui claquent et qui ne se marchent pas dessus, ça sonne !). Le thème est chancelant et brillant comme la flamme vacillante d’une bougie. Le public est déjà conquis.

Au chant, Thierry Devillers démontre une belle force de conviction narrative sur «Agitprop» - comme il le fera plus tard sur un texte de Picasso, avec l’excellent « Folies ! Folies ! Folies ! » - et un joli sens de la théâtralisation sur «Tavern Song». De son côté, David Hernandez, dans un style spoken word, déroule un extrait de texte de William Burroughs, «The Man Who Taugh His Asshole To Tallk» (faut-il traduire ?). Ici, le rythme est brûlant et obsédant, comme un bourdonnement dans la tête au lendemain d'une soirée pleine d'excès.

Fabuleux de grâce et d'urgence mêlées, «Le Sacre de l´Eléphant» laisse de beaux espaces à une flûte mélancolique et à des cuivres gémissants presque à l'unisson. Et le sacré animal finit d’ailleurs par s’évader dans une jungle africaine et sauvage.

Rêve d’Eléphant accentue encore le côté pluridisciplinaire en offrant une place plus importante aux textes, mais aussi à la danse. Il faut voir comment le corps de David Hernandez se tord et se casse de façon «praxinoscopique»*. Puis, Michel Massot nous entraîne dans «L'eau de la…», un morceau sombre et intime, avant de conclure sur un dansant «The Wind And The Rain», à mi-chemin entre musique celtique et indienne.

Dans le grand coffre à images et à idées de Rêve d’Elephant - qui pourrait paraître bordélique - tout finit par se ranger et prendre forme. Les souvenirs et les utopies en tous genres se racontent et se vivent. Si on a parfois du mal à définir la musique de ce groupe (c'est à dire à tenter de la mettre dans une case) c'est parce qu’elle est unique et qu’elle mélange tout... Ce sont des rêves, en quelque sorte, où tout est possible et tout est permis. Et ça fait du bien.

A+

 

*Vous savez, ces vieux appareils du début du cinéma qui décomposaient le mouvement de manière saccadée…

 

10/05/2015

MikMâäk au Théâtre Marni

MikMâäk, c'est la grande formation de Mâäk, qui fait la part belle aux souffleurs. On y retrouve en effet pas moins de trois trompettistes (Laurent Blondiau, Jean-Paul Estiévenart, Timothé Quost – en remplacement de Bart Maris), autant de trombonistes et tubistes (Geoffroy De Masure, Michel Massot, Niels Van Heertum, Pascal Rousseau), de flûtistes et clarinettistes (Quentin Menfroy, Yann Lecollaire, Pierre Bernard) mais aussi des saxophonistes (Jereon Van Herzeele, Guillaume Orti, Grégoire Titiaux), le tout soutenu par Fabian Fiorini (p), Claude Tchamitchian (cb) et Joao Lobo (dm).

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Ce combo, créé en 2014 à l’occasion du Gaume Jazz Festival, s’était rôdé auparavant, chaque mois, au Recyclart. Par la suite, MikMâäk avait remis le couvert, presque tout aussi régulièrement, au Théâtre Marni, cette fois. Une sorte de résidence qui permetait à l’ensemble de travailler et de présenter des musiques chaque fois nouvelles ou en perpétuelles évolutions.

Ce jeudi, c’était le dernier concert avant l’enregistrement live prévu à De Werf en juin.

Après un premier titre tout en furie - dans lequel on remarque tout de suite le jeu impressionnant de Timothé Quost - «Litanie», écrit par Fiorini et introduit par le ténor grave et rocailleux de Jereon Van Herzeele, se développe de façon plus insidieuse, à la manière d'une énorme vague qui ne cesse de gonfler.

«Tilt» , lui, écrit par Yann Lecollaire, fonctionne par strates dans lesquelles chaque section (une fois les sax, puis les trompettes et ensuite les flûtes) trouve un terrain de liberté. La musique est à la fois très composée et à la fois hyper ouverte. Le travail sur le son et la volonté de «sonner différent» sont évidentes. On a rarement l’occasion, par exemple, de voir une sourdine - énorme - sur un tuba, qui donne au jeu de l’excellent Pascal Rousseau encore plus de caractère.

Si l’esprit d’ensemble reste très cohérent, les ambiances sont très changeantes. «Cubist March-suite» (de Fiorini) ressemble parfois à une valse désarticulée et désabusée qui met en valeur le jeu souple et inventif de Claude Tchamichian ou le trombone indomptable de Geoffroy De Masure. Calme et nocturne, «Souffle de lune» (de Michel Massot) irradie d’émotions contenues parsemées de quelques scintillements de flûtes mais aussi éclaboussées par le solo lumineux et incandescent  de Jean-Paul Estiévenart.

Et la suite est à l’avenant, aussi déroutante qu’excitante.

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Ce qui est remarquable chez MikMâäk, c'est le travail d'arrangements de chacun des morceaux. Il y a une maîtrise et une sensibilité énormes ainsi qu’une précision et une rigueur qui laissent pourtant plein de d'espaces aux improvisations libres. Les solos ne sont jamais là pour mettre simplement en valeur le talent des musiciens (Lobo et son intro en accélération absolument irrésistible ou Tchamitchian en intro du morceau d’Emler, pour ne citer que ceux-là), ils participent intelligemment à la construction des thèmes. Tout cela est très sophistiqué et complexe mais, finalement, très accessible tant c’est musical.

Alors, le groupe s'amuse. Sur un «Back And Force» d'Andy Emler (un ami de la famille si l'on peut dire), les musiciens feignent de se disputer sur la façon de jouer avant de s’engager dans un groove plein de rebondissements. Et ça tourbillonne autour du trombone de De Mazure, qui prend des accents très orientaux d’abord, avant se perdre dans un jazz volé à Chicago. La fête aurait pu continuer longtemps. MikMâäk finit par descendre dans la salle et se mélanger au public avant de disparaître dans le fond de la salle sous les cris et les applaudissements nourris.

Contemporaine, ethnique ou de chambre, MikMâäk fait vaciller les piliers classiques de la musique et du jazz. Et pourtant, comme par magie, tout cela tient, tout cela a du sens. MikMâäk explore et défriche sans jamais laissé de côté l'auditeur et, au contraire, l'entraîne sur des terrains étranges et insolites.

Et pour des voyages pareils, on est toujours partant.

 

MikMâäk @ Recyclart, Brussels part I from Mâäk on Vimeo.

 

 

A+

 

07/10/2012

Trio Grande - Jazz Station

Ce samedi 22 septembre, c’était le concert d’ouverture de la saison à la Jazz Station (si l’on excepte celui de Ruocco, Smitaine, Rassinfosse, dans le cadre du Saint Jazz Ten Noode et celui de Melangcoustic le jeudi précédent…).

Bon, ok… C’était le premier concert du samedi de la saison… avec un groupe qui sait ce que plaisir et fête veulent dire : Trio Grande.

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Et comme souvent chez Trio Grande, la fête commence en douceur, histoire de mettre les invités en confiance. Un certain sens de l’hospitalité, sans doute.

Alors, «Roche Colombe» prépare le terrain à «Rêve d’Eléphant». Une pointe de valse à l’ancienne, un soupçon de menuet, le tout saupoudré de jazz, de funk et, bien sûr d’improvisations surprenantes. Finalement, on est vite dans le bain.

On continue avec «Rue des Doms», festif et éclaté, puis «Cinéma-danse», sensuel et mystérieux…

Les morceaux sont souvent courts – on le sait – mais ils sont tellement riches harmoniquement et rythmiquement qu’il serait dommage de «rallonger la sauce». Ce serait un excès de gourmandise. Ou de mauvais goût.

La musique est tellement forte, tellement imagée!  Elle fait toujours appel à l’imaginaire. Et les détails foisonnent. Tout semble possible. Même si elle est écrite avec précision et si elle est pensée en profondeur, elle n’a rien de cérébrale. L’émotion reprend toujours le dessus. Du coup, la musique continue à faire son chemin bien après qu’elle se soit tue. Les histoires reviennent et les images réapparaissent… comme une persistance rétinienne.

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Sur scène, Michel Massot danse avec ses tuba, trombone et euphonium. On dirait un échassier qui enjambe les nénuphars dans un marais. Terriblement expressif, il donne la pleine puissance ou, au contraire, laisse flotter l’air dans l’instrument. Il échange avec Michel Debrulle, toujours très investi derrière sa batterie. C’est sans doute le batteur que je connais qui a toujours le plus envie de bouger et de danser. Son jeu est souvent dynamique, même dans les instants plus tendres («Les petits escaliers») il arrive à insuffler une pulsation particulière.

Et puis, il y a Laurent Dehors, toujours prêt à lâcher un bon mot, qu’il soit verbal ou musical. Il passe du ténor à la clarinette - basse ou contrebasse - avec une aisance déconcertante. Puis c’est le soprano, la guimbarde, l’harmonica et finalement la cornemuse. On dirait un équilibriste prêt à tendre son fil n’importe où, pourvu qu’il y ait l’ivresse des sommets.

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Il n’y a jamais aucune ligne droite dans un voyage avec Trio Grande et, parfois même, les virages se prennent à cent quatre-vingts degrés. Quant aux changements de rythmes, ils sont toujours inattendus. Pas question de s’ennuyer.

Ces trois musiciens s’amusent tout le temps et se permettent tous les délires… inoffensifs. On les imagine d'ailleurs bien faire peur aux poules dans une basse-cour. Trio Grande, c’est la fête, pas la guindaille !

Alors, comme ils s’amusent, le public en redemande, une fois… deux fois, puis Trio Grande s’en va.


A+

 

09/06/2012

Strange Fruit - Fabrizio Cassol au Théâtre National

La veille - le jeudi 31 mai - Fabrizio Cassol et tous ses amis musiciens et chanteurs avaient fait salle comble au KVS.

Ce vendredi 1er juin, la bande - toujours au grand complet – s’est déplacée d’une centaine de mètres, a traversé le Boulevard Jacqmain, et est allée remplir le Théâtre National.

Strange Fruit - c’est le nom du spectacle - est une longue histoire que le saxophoniste d’Aka Moon a trimballé avec lui depuis plus de cinq ans pour la façonner minutieusement, de manière presque secrète.

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Inspiré par la célèbre chanson d’Abel Meeropol, Fabrizio Cassol a créé un étonnant conte musical qui mélange les genres et fait fi des frontières. Le jazz, l’opéra, le classique, le folk, les chants africains… tout y est, tout y passe. Et l'on y entend toutes les influences du musicien, toutes ses émotions et tout son engagement.

On pourrait craindre que cela n’aille dans tous les sens, mais ce serait sans compter sur la clairvoyance et l’intelligence du compositeur qui s'est astreint à garder un discours déterminé et une ligne de conduite éclairée.

Et cette ligne fédératrice, c’est l’humanité. Celle qui permet d’harmoniser toutes les différences.

D’ailleurs, avant d’entamer le concert, Fabrizio laisse la place à deux représentants du Collectif des Maliens de Belgique pour qu’ils exposent et nous sensibilisent à la situation désastreuse du Mali. Les mots sont simples, brutaux, terriblement imagés et d’une force inouïe. Une courte minute de silence s’en suit. Lourde. Pesante.

Alors, comme pour chasser les mauvais esprits et redonner de l’espoir, la voix de Baba Sissoko résonne du fond des coulisses. Il entre sur scène accompagné de trois autres joueurs de Tama qui laissent éclater un chant rassembleur.

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Entre-temps, Stéphane Galland s’installe derrière sa batterie et entre aussitôt dans la danse. Michel Hatzigeorgiou fait de même à la basse électrique. Et puis il y a aussi Hervé Samb à la guitare électrique. Et derrière, il y a Bart Defoort (ts), Laurent Blondiau (tp), Michel Massot (tb) et Magic Malik (flûte). De l’autre côté, Eric Legnini s’est entouré de claviers (piano, Fender, moog).

Mais il y a aussi la Choraline - le chœur des jeunes filles de La Monnaie aux voix sublimes, diaphanes et célestes - qui occupe le fond de la scène. Sous la direction de Benoît Giaux, ces adolescentes d’une quinzaine d’années vont sublimer la soirée de par leur aisance et leurs qualités vocales.

Entrent ensuite en scène Oumou Sangaré, magnifique dans son boubou rose, Marie Daulne, plus sensuelle que jamais dans une robe de voiles noirs et Cristina Zavalloni, divine et troublante comme la reine dans Blanche Neige.

Tour à tour elles chanteront «Soukoura», «Sehet Jesus», «I Can’t Sleep Tonight». C’est un mélange de voix plus subtiles les unes que les autres. L’émotion transpire, les portes de l’improvisation s’ouvrent.

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Marie Daulne, en duo avec Eric Legnini, donne sa vision de «Strange Fruit», à la fois solennelle et cruelle, dans laquelle elle injecte quelques paroles en français avant d’aller disséquer les mots en anglais. Le frisson perdure lorsque, de sa voix de mezzo-soprano, Cristina Zavalloni reprend le thème, accompagnée par la Choraline.

Puis, Kris Dane, guitare acoustique en bandoulière, vient implorer les grâces d’un poignant «If Jesus…», avant de laisser Oumou Sangaré nous chanter et nous parler de ses «Enfants de la rue». La voix de la diva malienne est sublime et unique (haa... cette patine légèrement graineuse). Elle fait passer toute la générosité d’une vie au travers de son chant.

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Etonnamment, Fabrizio Cassol intervient assez peu dans son spectacle. Mais, il est pourtant bien présent. Il met en valeur l’histoire, la musique et les musiciens, et dirige l’ensemble de main de maître.

Fabrizio invite David Linx à venir enflammer plus encore le Théâtre. Sur «Some Days», le chanteur se lâche complètement et entraîne avec lui Hervé Samb dans des solos incandescents, puis répond aux improvisations toujours surprenantes de Magic Malik avant de dialoguer jusqu’à la folie avec Cristina Zavalloni. Alors, tout le monde revient sur scène et Baba Sissoko fait exploser le final avec un «Farka» tonitruant et délirant.

C’est ça le voyage de Fabrizio. C’est partir de l’Afrique, passer de l’autre côté de l’Atlantique, revenir en Europe et repartir. Ailleurs. Encore. Toujours.

Le public est debout, danse et chante. Fabrizio ne peut se soumettre à un rappel des plus festifs.

Avec un tel line-up (ils sont près de 60) on n’aura pas souvent l’occasion de voir Strange Fruit sur scène (mais, qui sait, les rêves finissent parfois par se réaliser) alors, heureusement, il y a le disque. Il est paru chez Blue Note et il restera sans aucun doute un point de repère inaltérable dans la carrière de Fabrizio Cassol. C’est un album qui défiera le temps car il est unique (un peu comme cet autre monument auquel ont participé la plupart de musiciens ce soir : «A Lover’s Question», de Linx, Baldwin et Van Dormael).

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Bref, cet album risque d’être intemporel. Intemporelle comme l’est aussi la chanson «Strange Fruit», pour laquelle David Margolick a consacré un ouvrage indispensable (paru chez Allia) que je vous recommande tout autant.

 

A+

 

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

08/08/2011

Mâäk au Recyclart

 

J’avais vu Mâäk (on ne dit plus Mâäk’s Spirit) au Cercle des Voyageurs fin avril. C’était avec Gábor Gadó (eg), Claude Tchamitchan (b), Tamás Sándor Geröly (dm) et - le noyau dur - Guillaume Orti (as), Michel Massot (tub, tb), Jeroen Van Herzeele (ts) et Laurent Blondiau (tp), bien sûr.

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C’est dans cette formule que le collectif enregistrera son prochain album.

Ce soir-là, je n’avais pas pris de notes, mais le souvenir de la musique résonne encore dans ma tête. Ce qui m’avait frappé, c’était la ligne un peu moins débridée que ce que nous avait offert Mâäk ces derniers temps. Rassurez-vous, Mâäk n’a pas cadenassé ses libertés musicales. L’ouverture, les improvisations et les idées les plus folles sont toujours bien présentes. Les interventions de Massot sont toujours étonnantes. Celles d’Orti et Van Herzeele toujours aussi incandescentes. Quant à Tchamitchan, il donne du corps à l’ensemble et Sándor Geröly colorie autant qu’il dynamite. Il suffit de voir comment Yvan Bertrem danse sur de pareils rythmes… C’est puissant et nerveux.

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Tout cela donc sera à revoir et à réentendre très bientôt.

En attendant, ce vendredi 6 août, Mâäk était au Recyclart. Dans une configuration bien différente. Aux côtés de Blondiau et Orti, on retrouvait Joao Lobo (dm), Giovanni Di Domenico (Fender) et Nico Roig (guitare barytone).

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Le concert a lieu en plein air, sur le trottoir, devant l’entrée. Il fait plutôt doux - c’est assez rare, cet été, pour être signalé. Au loin, la Grande Roue et le XXL de la Foire du Midi laissent des trainées lumineuses sur le ciel sombre. Sur la petite place, en face, un collectif d’artistes continue son happening. Ce matin, ils ont récupéré plein d’encombrants - vielles portes, mobilier et détritus - pour reconstruire une pseudo maison… «Build Your Own Dream» est inscrit sur les papiers qu’ils distribuent.

Sur le toit de la salle, quelques trains continuent à passer.

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Mâäk attaque, bille en tête.

On y ressent toute l’énergie et l’influence du Miles Electric. Groove, transe, spiritualité, intensité. Mâäk alterne des moments de tension avec des instants de plénitude.

Le Fender, délivrant un son magique et irréel, met des étoiles dans la musique. Roig frappe sa guitare avec des baguettes, puis délie des harmonies avec dextérité. Les pulsations de Lobo s’adaptent aux changements de rythmes. Le batteur reste attentif aux moindres changements de climats. Blondiau et Orti échangent des dialogues vifs aux souffles chauds, puis rauques, puis sensuels. De ce maillage complexe s’extrait un groove intuitif. La musique a un pouvoir hypnotique sur le public.

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Devant le groupe, trois danseurs - Yvan Bertem, Yiphun Chiem et Dan "Furry" - exécutent des figures erratiques. Avec une souplesse inouïe, ils découpent l’air et l’espace. Leurs corps roulent et s’enroulent, se déplient, se recroquevillent. Leurs membres se nouent, se mêlent, se délient. Les danseurs se combattent, s’unissent, se frôlent, s’aiment. Puis ils rampent, rebondissent, ondoient et deviennent hyper sensuels au son de «Comme à la radio» qui clôt un concert magique.

Le public est conquis, il en redemande et Mâäk nous en redonne.

Un supplément d’énergie fait d’une musique qui enfle et se mue en transe explosive.

Toujours différents, toujours déroutant, l’esprit Mâäk est unique et toujours stimulant.

A+

21/08/2010

Massot, Florizoone, Horbacsewski.

Cinema Novo, sorti chez Home Records, c’est le nom de ce très bel album à la musique magique, poétique et hors du temps du trio Massot, Florizoone, Horbacsewski. Un album riche de sonorités si familières et si étranges à la fois. Un dosage subtil de mélodies, de lyrisme, de légers délires et d'improvisations ciselées. Lors du dernier festival Brosella, j’ai rencontré Tuur Florizoone juste après le concert qu’il donnait avec le trio.

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Comment s’est formé ce trio, comment vous êtes-vous rencontré ?

 

Il y a quatre ans, je pense, j’ai rassemblé mon courage et j’ai appelé Michel Massot, car je voulais monter un groupe avec lui et Laurent Blondiau. Ensemble, nous avons eu l’occasion d’accompagner un film au Café Central, à Bruxelles, et ça s’est très bien passé. Après cela, c’est Michel qui m’a demandé de jouer avec lui et une certaine violoncelliste qui n’était autre que Marine Horbaczewski. On a fait quelques improvisations ensemble et, petit à petit, on s’est constitué un répertoire. Rapidement, le groupe à été demandé pour des concerts avant même qu’il ne soit vraiment formé.

 

Au départ, il s’agissait d’improvisations. Il n’y avait pas vraiment d’objectif précis ?

 

Non, au début on improvisait et puis on s’est rendu compte que certaines petites mélodies fonctionnaient. En général, il s’agit de mélodies très simples. Et finalement, cela marche très bien avec le violoncelle car il y a du « fond ». Bien sûr, à l’accordéon, je peux aller très bas et Michel, au tuba, aussi, mais Marine peut également monter très haut. Il y a donc une association de couleurs très intéressante.

 

Qui écrit les morceaux ?

 

Michel Massot et moi, principalement. On amène chacun des thèmes qu’on travaille ensemble, que l’on enrichit. Et puis, on a beaucoup tourné ensemble, en Belgique, en France et aux Pays-Bas : ça soude.

 

Comment peut-on définir cette musique, quelles en sont les influences? C’est du jazz de chambre ?

 

Je pense que c’est de « la musique », simplement. Mais effectivement, « jazz de chambre », c’est pas mal, comme définition. On joue beaucoup sur l’acoustique. Mais avec un petit grain de folie qui nous fait dépasser les frontières. C’est toujours l’éternelle discussion de « quel genre de musique jouez-vous ? ». Je ne sais pas que répondre.

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C’est une musique très imagée. C’est amusant car, comme tu le disais, vous avez démarré en accompagnant un film, même si ce n’était pas le même groupe…

 

C’est imagé, oui, peut-être. C’est aussi dû au fait que Michel écrit de la musique assez rythmée, parfois un peu naïve - dans le bon sens du terme – avec des mélodies à deux ou trois voix. Moi, comme j’ai un instrument harmonique, je vais plutôt dans les couleurs et les modulations. C’est ça l’imagination. Mais nous avons aussi besoin d’un bon son, c’est important. Pour que le public soit à l’aise et nous renvoie quelque chose.

 

Marine compose aussi ?

 

Non, mais on la motive pour qu’elle le fasse.

 

Par contre, elle improvise beaucoup ?

 

Oui, beaucoup. Comme nous tous. Elle possède un instrument extrêmement riche. J’en suis presque jaloux. À l’accordéon, tu peux jouer quelques notes, tu peux en jouer deux, ou parfois trois, ou choisir un accord, ou faire quelques rythmes, mais la variation des sons chez Marine, ou même chez Michel au tuba ou au trombone, est immense. C’est intéressant de pouvoir aller au-delà des possibilités d’un instrument. De dépasser les clichés aussi.

 

C’est ce que tu essaies de faire avec ton accordéon, tu n’en joues pas de manière classique ou traditionnelle, tu joues avec le souffle, les bruits…

 

J’essaie de compléter ce qui n’est pas là. Parfois il faut mettre un petit tapis, sans prétention, ou alors au contraire être très prétentieux…

 

Pour l’instant, tu tournes dans quel circuit ? Jazz, folk, world… ?

 

C’est très varié. Je viens de terminer une création pour les fêtes de Gand, avec Michel et Marine, auxquels s’ajoutent Sabine Kabongo, Aly Keita, le joueur de balafon, Laurent Blondiau, Chris Joris, Nic Thys et Wendlavim, un batteur burkinabais ainsi qu’une chorale congolaise… En fait c’est une création sur le métissage. On a joué, il y a quelques jours à Gand et c’était très intense. C’est à la fois joyeux et mélancolique. Cela raconte l’histoire de métissage, parfois illégal, à l’époque de la colonisation belge au Congo. Beaucoup d’enfants sont nés de façon illégale. On essaiera de jouer encore après les fêtes de Gand, à Bruxelles ou ailleurs. Plusieurs dates sont déjà prévues pour l’année prochaine.

 

En ce qui concerne le trio, d’autres dates sont prévues également ? De nouvelles compos ? Un autre disque ?

 

Quelques dates sont prévues en septembre. Et puis, oui, on a de nouvelles compos et peut-être que nous enregistrerons fin d’année, je ne sais pas encore précisément.


 

 

A+

03/08/2010

Brosella 2010

Dimanche 11 juillet, il fait très chaud. Étouffant même. Heureusement, au Théâtre de Verdure, qui accueille le 34ème Brosella, à l’ombre des grands arbres, il fait respirable. L’ambiance est agréable et bon enfant, comme d’habitude. Malgré la Coupe du Monde, il y a énormément de monde devant les deux scènes, les allées, les sous-bois

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Il est près de 17h.30, sur le podium principal, voici Avishai Cohen. On le sent en très grande forme, il ne tient pas en place. Il emmène avec lui toute sa petite bande: Karen Malka (voc), Amos Hoffman (oud), Shai Maestro (p), Itamar Doari (perc) et le jeune Amir Bresler (dm).

 

Au-delà du jazz, sa musique est fortement teintée d’influences orientales et de musique juive. Tout est souvent dansant, joyeux et rythmé. Percussions et batterie se disputent les premiers plans. S’accompagnant à la contrebasse, Avishai pousse la chansonnette. Sa voix chaude se marie excessivement bien avec celle, très sinueuse et puissante, de Karen Malka. Passant de la guitare au oud, Amos Hoffman fait un travail remarquable de sensibilité et de dynamisme, soutenu par un Shai Maestro au piano souvent lyrique. Le bouquet final n’en sera que plus explosif («Almonos Pal Monte» ?) avec un dernier baroud de percussion et batterie

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On remonte vers la petite scène ou un nombreux public s’est déjà amassé, pour écouter Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tbn) et Marine Horbaczewski (cello). L’ambiance est très intimiste, mais non dénuée de surprises rythmiques, de ruptures, de sons bizarres ou d’ambiances fantomatiques initiées principalement par l’imprévisible Michel Massot. Les influences sont nombreuses et parfois indéfinissables, on flotte entre des folklores de l’Est, musique de chambre, blues, ou valse. C’est souvent très imagé, parfois mélancolique. Il y a quelque chose de légèrement suranné et de moderne à la fois… Univers très personnel et envoûtant. Mais, Tuur Florizoone en parle sans doute mieux… (Interview à lire ici très prochainement).


Sur la grande scène, un grand orchestre. C’est celui qu’a réuni Pierre Anckaert dans un pari assez «casse-gueule». Autour de son quintette (Mimi Verderame (dm), Guy Nikkels (g), Stefan Bracaval (fl) et Hendrik Vanattenhoven (cb) ), il a invité l’ensemble de musique de chambre Odysseia et nous présente son projet «String Attached» (sorti chez Prova). C’est casse-gueule et pas facile. Seulement voilà, Pierre est un malin, et il gère tout ça avec beaucoup d’élégance et d‘intelligence. Les cordes soulignent et mettent en valeurs des compositions très mélodiques, sans jamais y ajouter le côté sirupeux que peut piéger ce genre d’exercice. On pense un peu à Roger Kellaway Cello Quartet (oui, je sais c’est une référence pour moi). Tout est légèreté et toujours swinguant. Et puis, quand Anckaert invite le bandonéoniste Michael Zisman, sa musique se colore d’un subtil lavis sensuel («Mist Call»). Ajoutez à cela le souffle de velours de la trompette de Bert Joris et le tableau est complet.

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Avant d’inviter Bai Kamar Jr. sur la petite scène du Brosella, Ivan Paduart et son quartet déroulent un jazz swinguant et chatoyant. Dans la tradition neo-bop, Toon Roos (ts, ss) enveloppe les mélodies avec tendresse et pétillance («Song For Obama»). Comme souvent chez Paduart, c’est la délicatesse et le lyrisme qui priment. Entre ballade et bop bien senti, le voyage est agréable. L’arrivée de Bai Kamara Jr. ajoute une touche plus soul à l’ensemble. La voix grave et chaude est légèrement graineuse. Un peu crooner, un peu chanteur pop, il fait penser inévitablement à Marvin Gaye

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22h.30, final avec Roy Hargrove. Démarrage en trombe («I’m Not Sure»), sans se poser la moindre question, ça sonne et ça bop. La trompette est fière, claire et puissante. Le jeu d’Hargrove est fluide et lumineux. À ses côtés, Justin Robinson (as) énonce les phrases courtes avec dextérité et vivacité. Un groove d’enfer, mêlant roots et modernité, jaillit. Et puis, au piano, semblant de rien, Jonathan Batiste impose un jeu des plus particuliers. Un peu en avance du temps, déstabilisant légèrement le tempo, accentuant les creux, jouant les notes muettes, suspendant un accord… une sorte de Monk moderne (s’il est possible d’être plus moderne que Monk !).

 

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Ameen Saleem (cb), utilisant sa contrebasse comme perroquet pour son chapeau, et Montez Coleman (dm) attisent les rythmes, maintiennent la pression. Aucun temps mort : les ballades («In A Sentimental Mood») s’enchaînent aux thèmes soul les plus endiablés («Low-life» de Donald Byrd?). L’étonnant Jonathan Batiste continue à inventer des phrases de façon tout à fait originales (c’est un pianiste à suivre de près, assurément). Plusieurs fois, Roy s’approche du bord de la scène, scrute les abords. Puis, on le sent venir… «Strasbourg, Saint Denis» éclate après l’intro insidieuse à la contrebasse. Ça éclate tant et plus. Et Roy s’approche de plus en plus du bord…

 

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«Soulful». Et voilà ! Il descend de la scène et fend le public incrédule. Le voilà parti dans les travées du Théâtre de Verdure, trompette aux lèvres. Tour de chant ! Il remonte sur scène (sans l’aide de personne, nom de Dieu !!!).

Il est plus de minuit trente, un à un, les musiciens quittent la scène. Spectacle total, magique, merveilleux.

Pour ceux qui n’étaient pas présents ce dimanche-là, séance de rattrapage au Gouvy Jazz Festival, le 7 août. À ne pas rater.

Brosella 2010 peut s’endormir, tranquille, jusqu’à l’année prochaine. Des journées comme celles-ci, on en redemande.