31/03/2016

The Return Of The One Shot Band - Sounds

Retour au Sounds depuis des lustres. J'en ai manqué des bons concerts là-bas !

Et même ce samedi soir, j'ai failli rater celui de Fabrice Alleman. J'avais pourtant deux occasions pour y assister : l’une le vendredi et l’autre le samedi. Et samedi... je ne suis arrivé qu’à la fin du premier set… mais dans une ambiance de feu.

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«Remonter le projet One Shot Band !», voilà une idée qui mijotait depuis pas mal de temps dans la tête du saxophoniste. Le One Shot Band avait vu le jour à la fin des années nonante et était composé d’une double rythmique, Jean-Louis Rassinfosse (cb) et Benoît Vanderstraeten (eb) (ou Thierry Fanfant), et de Fred Jacquemin (dm, loops), Vincent Antoine (voc), Michel Herr (keys), Paolo Loveri (eg), Jean-Pierre Catoul (violon) et bien sûr Fabrice Alleman.

Malheureusement, la mort injuste de Jean-Pierre Catoul a mis fin à cette aventure à peine entamée… Quinze ans plus tard, Fabrice Alleman a retrouvé la force de remettre le projet sur pieds.

Bien sûr, le line-up a quelque peu changé. Autour du leader, on retrouve les amis de la première heure (Fred Jacquemin et Benoît Vanderstraeten) mais aussi des «nouveaux venus» : Romain Garcera au vibraphone, Pascal Mohy aux claviers et Joachim Iannello au violon.

Si la musique a sans doute évolué, l’esprit et l’énergie sont restés. Les compositions, de l’époque ou toutes nouvelles, toutes écrites de la main de Fabrice Alleman, sont autant influencées par la soul, le funk et le jazz électrique que par la musique celtique. Et ça groove !

Basé sur un thème de Dan Ar Braz, le dernier morceau du premier set est pour le moins explosif ! La musique circule et monte en puissance comme un tourbillon sur les côtes du Finistère. Ça joue avec précision et à toute vitesse.

«Blues 8», lui aussi, monte à pleine puissance en une spirale énergique. La musique semble s’inventer sur l'instant (pas de doute, c’est bien du jazz !). Fabrice Alleman donne des indications au vibraphoniste, encourage Pascal Mohy, pousse encore plus loin le bassiste ! Il semble visualiser le chemin que pourrait prendre la musique. Il ouvre des portes, provoque les idées, laisse plein de libertés.

Soprano et violon font un bout de chemin ensemble avant que ce dernier ne s’envole dans une impro endiablée. Tandis que Jacquemin jongle entre tambours et pads, Verstraeten se jette dans de vertigineuses improvisations à la basse électrique. Son jeu est d'une incroyable souplesse et d’une précision stupéfiante.

Si la musique peut être extrêmement punchy, elle peut aussi se faire mystérieuse et intrigante. Tel le joueur de flûte d’Hamelin, Fabrice Alleman, au fifre, amène le public à le suivre, à revenir au calme, à l’écouter attentivement, à rester suspendu à ses lèvres. Et puis, ça repart de plus belle, avec exaltation et frénésie, comme au bon vieux temps du jazz rock de Miles.

Avec «J-J» aussi, le groove est tendu, presque psyché, le violon s'emballe avec ferveur, Pascal Mohy distribue des phrases courtes, pleines de soul, de funk et de sueur et Jacquemin frappe sèchement. Fabrice passe du soprano au ténor, puis au chant. Cela pourrait durer des heures. Mais c’est un «Summertime», totalement recoloré, qu’on nous offre en rappel. Il faut bien souffler un peu...

Le One Shot Band vient de faire un retour tonitruant. Plein de promesses. Et espérons que ce ne soit pas un «one shot».

A+

04/11/2010

Da Romeo - Les coulisses de la liberté

La vie de musicien n’est pas de tout repos. Fin mai, le Festival des Libertés avait proposé à Da Romeo une carte blanche pour le 23 octobre. C’est un délai à la fois long et très court. Un beau cadeau autant qu’un énorme défi. Un concert comme celui-là, ça se prépare. Et l’on s’en rend encore mieux compte lorsque l’on se retrouve plongé au cœur de l’événement. Rendez-vous au Théâtre National samedi 23, le jour du concert, sur les coups de onze heures du matin.

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Les techniciens et roadies sont déjà à pied d’œuvre. On déploie le matériel sur la scène, ça déborde, ça s’étend, ça s’étale et ça s’empile même sur le parterre. Il y a les spots, des flight cases, des câbles en tous genres, des instruments, des tables… c’est un véritable chantier. C’est comme un grand jeu de mécano, un grand puzzle. Chaque technicien sait où il doit placer chaque pièce. Daniel Romeo, orchestre la manœuvre. Il est partout à la fois. Efficace, souriant, apparemment détendu. Pourtant, à l’intérieur, ça doit être un beau stress. Le caractère est bien trempé, il sait où il va, il sait ce qu’il veut et ce qu’il fait, et rien ne transparait. Da Romeo s’occupe de tout, mais aussi de tout le monde. Il a le sens de l’hospitalité. Il sourit. Il est heureux et il m’accueille chaleureusement.

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Eric Legnini est déjà là aussi. Il revient d’Afrique, avant de repartir pour Madagascar et la Martinique pour roder son nouveau projet: Afrojazzbeat (avec - autour de son trio habituel formé par Franck Agulhon et Thomas Bramerie - Krystel Warren (voc), Kyala Nzavotunga (eg), Julien Alour (tp), Boris Pokora (ts) et Jerome Edwards (tb) ). Enregistrement prévu fin novembre. La voix un peu fatiguée. Les dernières répétitions, la veille, ont été intenses. On connait Da Romeo, il ne lâche rien. Il a raison, il ne faut pas se louper car le projet est plutôt ambitieux. 21 musiciens venus d’un peu partout… 21 amis.

Et il aurait aimé en inviter encore plus.

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L’objectif est de mélanger les genres, les influences et les styles, qu’il faut pouvoir gérer,  équilibrer et manipuler avec intelligence pour prouver que toutes les musiques, tous les hommes et toutes les idées peuvent s’entendre. C’est pour cela aussi que Da Romeo a sa place dans ce festival.

 

Dré Pallemaerts arrive à son tour, puis c’est David Donatien, puis Arnaud Renaville et puis encore Paco Sery, blagueur et détendu. C’est qu’il y en a des percus sur le plateau! C’est la réfection que fera d’ailleurs, tout sourire, Yael Naïm lors de son arrivée. Et ce n’est pas fini, Stéphane Edouard installe lui aussi ses différents tambours, tablas, pandeiro et congas au fond de la scène. Juste à côté, Africancuts Amazulu branche ses platines. Les souffleurs sont arrivés aussi. Christophe Panzani teste ses pédales d’effets, Alex Tassel observe, prend ses marques puis s’installe au piano sous le regard amusé d’Eric Legnini et de Bert Gielen qui a déjà installé ses claviers à l’autre bout de la scène. Julien Tassin branche sa guitare sous l’œil intéressé de Nic Thys

Hé oui, il y a vraiment du beau monde.

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Dans le grand spaghetti de fils, chacun s’y retrouve. Incroyable, moi, avec deux fils pour brancher un ordi, je suis déjà perdu. Le grand écheveau de câbles se démêle petit à petit. Des sons résonnent et éclatent d’un peu partout. On accorde les instruments, on tire les peaux, on tend les cordes.


Presque 14 h. Pause déjeuner.


Au retour, la salle est plongée dans l’obscurité. Dirty Monitor effectue les réglages du light show. On projette des images sur les grands panneaux translucides. Des trains défilent, des corps dansent, des architectures se construisent… Les musiciens reviennent un à un pour le sound-check qui commence par les percussions. Pendant ce temps, les trois violonistes et le violoncelliste du High Street String Quartet se sont installés. Nicolas Draps, Nicolas Marciano, Laurent Tardat et François-Jean Yzambart se concentrent pour s’entendre jouer. Michel Herr, qui a assuré les arrangements, s’installe sur un haut tabouret. Rosario Giuliani est arrivé aussi, il rejoint les autres souffleurs, et teste différents micros. Il n’y a pas une minute à perdre. Tout se règle méticuleusement et l’heure tourne vite.

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Nicolas Fiszman, fidèle ami de Daniel est venu aussi pour le conseiller et l’épauler. Entre eux, la complicité et la confiance sont évidentes. Dans un coin, guitare à la main, Yael Naïm répète ses chansons, puis vient s’installer à côté d’Eric Legnini, au piano. Hicham Bilali, avec son guimberi, s’installe à son tour devant le micro. Son chant impose naturellement le silence dans la salle. On a déjà envie d’applaudir. Mais il faut libérer les lieux. Tout est presque au point, mais Daniel Romeo voudrait encore tester quelques sons, quelques mises en places, quelques mises en scène. Non, il ne lâche rien, il ira jusqu’au bout.

Il est presque huit heures… 

Dans l’entrée du Théâtre, il y a de plus en plus de monde. Le public est venu assister aux différents débats, venu voir une pièce de théâtre, venu voir un film, il est venu montrer son intérêt à la défense des droits et des libertés des hommes et des femmes dans le monde. Il est venu pour partager les cultures et les idées, pour démontrer que la fraternité et la solidarité sont une force.

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On se presse devant les portes de la grande salle. Il est 21h.30, le grand rideau noir s’ouvre, le son et la lumière nous sautent au visage. Un son énorme, un son puissant. "Be Fonky Now"! Da Romeo rayonne au centre de cet incroyable band.

Il va chercher Alex Tassel et l’amène devant pour son solo. Panzani plonge à son tour dans un solo rauque et Legnini s’impose dans un break aux accents un peu soul. On bascule ensuite dans une ambiance plus Milesienne, époque "Bitches Brew". Julien Tassin, époustouflant d’énergie et de virtuosité, fait monter la sauce. Son mélange de rock furieux et de blues incandescent fait de lui un guitariste des plus incroyables du moment. Incursion rapide dans le registre rap avec Amazulu aux platines et au micro. Et ça groove à nouveau avec cette fois Rosario Giuliani au son d’un sax pincé. Puis, tout en souplesse, on change de rythmique. Dré Pallemaerts et Nic Thys exposent des couleurs plus jazz avant de reprendre le chemin d’un funk hip-hop à la Herbaliser, soutenu par tout les friends…

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Pendant ce temps, Michel Herr s’installe au pupitre. Le quatuor à cordes entame le Prélude à Vincent. Havre de douceur et de délicatesse. Préambule magnifique pour la ballade que Da Romeo interprète assis. La basse est ondulante et sensuelle. Le bugle de Tassel se fait suave et Legnini, au Rhodes parsème le thème d’étoiles. Avec les cordes en appuis, le band se relance dans un morceau très jungle qui se mélange au trio Thys, Pallemaerts, Legnini. Panzani s’intercale, dans l’esprit d’un Michael Brecker, chaud et tonique à la fois.

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Et ça bouillonne de plus belle. Da Romeo dynamite l’ensemble d’un solo monstrueux, Giuliani s’en mêle et les percus éclatent avec force. C’est un véritable tremblement de terre. Comme un félin, Paco Sery saute sur scène, sanza entre les mains. Il va dialoguer avec Panzani au soprano, puis échange ses phrases avec le quatuor avant d’aller s’installer derrière ses fûts et, en bondissant comme une panthère, instiguer des rythmes afrobeat avec une énergie folle. Stéphane Edouard en rajoute une couche. Dans le public, ça remue, ça danse. Alors, Hisham calme les ardeurs. Seul avec son guimberi, il chante et la salle retient son souffle avant de lui faire un triomphe. Et pour finir en beauté, Yaël Naïm fait son entrée. Après une chanson aux couleurs plutôt folk, elle nous offre son petit dernier "Go To The River", morceau joyeux et sautillant que vous entendrez, à n’en pas douter, sur toutes les bonnes radios. On a le sourire jusqu’aux oreilles. Pour prolonger le plaisir, Da Romeo revient en rappel avec tout le band, plus puissant et déterminé que jamais. Le public en a pris plein les yeux et les oreilles.

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Da Romeo a réussi son pari et la liberté est entre de bonnes mains.

Merci à lui.

 

A+

 

27/09/2010

Saint Jazz Ten Noode 2010

À Saint-Josse-ten-Noode, on aime le jazz, d’ailleurs, si vous faites une petite promenade nocturne du côté de la Chaussée de Louvain, vous remarquerez sur les volets des magasins, lorsque ceux-ci sont fermés, de grandes peintures à l’effigie de Dave Holland, Philip Catherine et autres jazzmen. On aime tellement le jazz, que l’on n’hésite pas à transformer le nom de la commune en Saint-Jazz-ten-Noode, le temps d’un festival. Et cela fait 25 ans que ça dure!


Créé en 1985, à l’initiative de l’actuel bourgmestre  Jean Demannez, cet évènement gratuit a permis à un public toujours plus nombreux de goûter au plaisir du jazz. Le petit chapiteau de la place Saint-Josse a donc vu défiler au cours de toutes ces années pas mal de grands noms: Toots, Philip Catherine, Clark Terry, Aka Moon, Deborah Brown, Michel Herr... Et il a accueilli aussi des jeunes jazzmen qui ont fait leurs preuves par la suite. Pour fêter ses 20 ans, en 2005, le festival avait déménagé à la place Rogier et se voulait encore plus populaire (au risque même de flirter avec les frontières du jazz en invitant Thomas Dutronc et Michel Jonasz).

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Pour ce 25ème anniversaire, les organisateurs ont opté pour une autre formule, étalée sur deux jours et dispersée en divers lieux. Il y avait toujours le chapiteau sur la Place bien sûr, mais on pouvait aussi aller écouter du jazz au Théâtre Le Public, au Botanique, au Sazz n’ Jazz, à la Jazz Station… (Oui, oui, tout ça c’est à Saint-Josse, la plus petite commune de Bruxelles!).

 

Je n’ai pas eu l’occasion de tout voir, malheureusement (il y avait le quartette de Toots qui a drainé une foule énorme, Radoni’s Tribe, Ivan Paduart, Steve Houben, Marc Lelangue et d’autres encore… Beaucoup d’autres). Moi, j’ai juste eu le temps d’aller écouter le travail de Michel Herr avec la «jeune génération».

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Michel Herr a fait, comme souvent, un travail de titan, un travail remarquable. Il a repris quinze thèmes écrits par quelques-uns de nos plus grands jazzmen belges, et les a arrangés pour différentes formations. Des quintettes, des trios, des octettes... avec des sections de cuivres, ou plus orientées guitares ou piano… Différentes formules, différentes saveurs, différentes couleurs. Un cocktails surprenant qu’il faut être capable d’enchaîner. Il faut être chaque fois différent sans être incongru. Savoir doser les contrastes. Savoir nuancer les énergies. Et pour cela, Michel Herr est un maître.


Alors, on a eu droit à des relectures de «Road To Granada» (de Steve Houben), «Le Jazz» (de Caharles Loos), «Back Home» (de Jean-Pierre Catoul), «Small World» (de Pierre Van Doormael), etc.


Et sur tous ces morceaux magnifiquement remis en lumière, on a pu entendre d’excellents solistes. Steven Delannoye (ts, ss), brillant sur «Thinking Of You» (de Michel Herr) ou sur  «Piano Groove» (de Philip Catherine), Greg Houben (tp, bugle) sur «Last Portrait» (de Diederik Wissels), Pieter Claus (vib) sur «Everyday Is The D Day», qu’aurait sans doute affectionné son auteur, Marc Moulin.


J’ai pu découvrir aussi d’autres jeunes et excellents musiciens dont je n’ai malheureusement pas retenu tous les noms (il n’est pas interdit de m’aider). Ainsi, le trompettiste (Martial Delangre ???) sur «The Road To Granada» et «Petit à petit» (de Phil Abraham), qui possède un son clair, fluide et puissant. Mais aussi un tromboniste (Fred Heirman ???) ou un guitariste (en duo avec Lorenzo Di Maio) pleins d’ardeur…   Et puis, il y avait tous les autres, les «moins» jeunes: Jean-Paul Estiévenart, Lionel Beuvens, Bruno Grolet, Nicolas Kummert, Gilles Repond, Yannick Peeters, Vincent Brijs, Erik Bogaerts, Piotr Palluch, Nicola Andrioli, Yves Peeters, Alex Cavalière, Pascal Mohy, Hendrik Vanattenhove


Je ne peux pas les citer tous (il y en avait beaucoup) et j’en oublie sans doute, qu’ils m’en excusent. De toute façon on les reverra sans aucun doute encore sur scène… et c’est tout le mal qu'on leur souhaite!

 

Merci Michel et merci Saint-Jazz-Ten-Noode.

 

A+

 

EDIT:

Pour être sûr de n'avoir oublié personne, voici la liste complète des "participants" (Merci à Michel Herr):

Trompette : Jean-Paul Estiévenart, Gregory Houben, Martial Delangre. Violon : Alexandre Cavaliere. Sax : Nicolas Kummert, Steven Delannoye, Bruno Grollet, Kris Bogaerts, Vincent Brijs, Joppe Bestevaar. Trombone : Gilles Repond, Frederik Heirman . Piano : Nicola Andrioli, Pascal Mohy, Piotr Paluch. Guitare : Quentin Liégeois, Lorenzo Di Maio, Bert Cools. 
Basse : Félix Zurstrassen, Hendrik Vanattenhoven, Yannick Peeters. Drums : Lionel Beuvens, Yves Peeters, Stijn Cools. Vibraphone : Pieter Claus


 

 

 

 

 

10/02/2010

Gino Lattuca - Bad Influence

Avant de vous raconter le concert de Mélanie De Biasio à Flagey, de Christophe Astolfi au Sounds et de Fabien Degryse à la Jazz Station, voici un petit texte que j’ai eu plaisir à écrire pour le dernier album de Gino Lattuca: «Bad Influence», sorti chez Igloo.

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Toujours à la recherche du son juste, celui qui coule avec suavité et élégance, Gino Lattuca a attendu près de 18 ans avant de sortir un nouvel album en tant que leader («My Impression» date déjà de 1992). Ho, bien sûr, pendant tout ce temps, notre trompettiste n’est pas resté inactif, au contraire. Il est bien connu qu’au sein du BJO, on ne se repose pas. Alors, au rythme des rencontres et des nombreux projets, Gino en a profité pour travailler encore et toujours son instrument et confirmer ainsi qu’il était bien l’un des meilleurs trompettistes du royaume.

D’ailleurs, si Philip Catherine l’accompagne du début à la fin de ce disque - et pas qu’en simple invité sur l’un ou l’autre titre - c’est qu’il y de bonnes raisons. Et la qualité de jeu de Gino Lattuca n’y est sans doute pas étrangère. Tout au long de ce «Bad Influence», on décèle d’ailleurs un grand respect mutuel de la part de ces deux grands musiciens. Chacun laisse de l’espace à l’autre pour qu’il s’exprime en toute liberté. Tout est une question de dialogues subtils et généreux. Chaque mélodie en est magnifiée. Il suffit d’écouter comment le quartette se réapproprie certains standards pour comprendre combien cette alchimie est assez unique. Amoureux des ballades swinguantes, Gino Lattuca ne pouvait pas passer à côté d’un «Come Rain Or Come Shine» capricieux et  facétieux, «Along Came Betty» merveilleusement ensoleillé, ou «Theme For Ernie» tendrement sensuel. Chaque fois, la musique est lumineuse et limpide. Le jeu de Gino est précis, sensible et caressant. Toujours, il développe un son d’une extrême justesse et d’une grande finesse.

Soutenu par une rythmique qui se connaît bien - et qui le connaît bien (Bart De Nolf à la contrebasse et Mimi Verderame à la batterie) - l’ensemble est extrêmement soudé et attentif. Et Philip Catherine y est élégamment éblouissant. La virtuosité est toujours, ici, au service de la musique.

Gino Lattuca co-signe également deux titres avec Mimi Verderame («Bad Influence» et un «Espresso» bien serré) alors que Philippe Catherine lui offre un swinguant «Adriano» et Michel Herr un irrésistible «Last Minute Blues».

Il n’y a pas à dire, cet album est un véritable disque d’amis. Un vrai disque de jazz.

Mais alors, quelles sont ces «Bad Influences»? Celles de Freddie Hubbard, Harry James, Woody Shaw?  Celles des rencontres de la vie? Qu’importe, puisqu’elles donnent surtout de bonnes vibrations.

 

A+

 

 

13/04/2009

Radoni's Tribe - CD Release au Sound

Voilà plus d’un an, Paolo Radoni nous quittait.
Brutalement.

Paolo était guitariste mais aussi un superbe compositeur.
On s’en rend encore mieux compte à l’écoute de ce très bel album qui lui rend hommage: «Let Me Hear A Simple Song».

Radoni’s Tribe !
La belle idée.
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Cette tribu, dont les membres ont bien connu Paolo, s’est formée simplement, facilement, naturellement. Comme l’aurait aimé Paolo.

C’est Brigitte, son épouse, qui eut l’idée avec Paolo Loveri de réunir Gino Lattuca, Ben Sluijs, Charles Loos, Bart De Nolf, Alex Furnelle et Bruno Castellucci pour revisiter quelques unes des plus belles compositions du guitariste.
Dans cette tribu, on y retrouve aussi Chrystel Wautier, Christine Schaller, Frank Wuyts, Denis Van Hecke, Fanny Wuyts, Peter Hertmans et Philip Catherine… Excusez du peu…

La belle idée, c’est aussi d’avoir demandé à Michel Herr d’en faire les arrangements.
Le résultat est en tout point merveilleux et les mélodies en sont magnifiées.
Quel superbe travail.

Su ce disque, il y a beaucoup de ballades – mais quelles ballades ! – et peu de morceaux rapides («Touch Of Silver» et «My Li’l Angel»). Pourtant, l’album est très varié, car les thèmes et les mélodies sont riches.

Au Sounds, ce vendredi 3 avril, la troupe au grand complet présentait officiellement la sortie du disque.

Il y avait beaucoup de monde, bien sûr, et l’ambiance était chaude et amicale.
Pas trop de nostalgie mais plutôt une envie de faire la fête à Paolo. Sobrement.
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Plutôt que de vous faire le concert dans le détail, je préfère vous conseiller de vous procurer cet album au plus vite.
C’est un petit bijou, je vous dis.

Mes coups de cœur ?
«Let Me Hear A Simple Song» bien sûr, pour les superbes arrangements, pour la voix de Chrystel, pour les interventions de Gino.
Comment ne pourrais-je pas avoir la gorge serrée à l’écoute de ce morceau? Pas qu’il soit triste, au contraire, mais parce que je me souviens l’avoir entendu chanté par Chrystel pour la toute première fois au Sounds en compagnie de…Paolo lui-même.

«Levante», pour son aspect modal, pour cette mélodie mystérieuse et sensuelle. Pour le sax de Ben Sluijs (extraordinaire tout au long de l’album!).

«Chove sol» pour le duo de guitares ente Philip Catherine et Paolo Loveri.

«Cupid’s Wings» pour Charles Loos…

«Trapèze» pour cette ritournelle entre Loveri et Loos qui vous fait siffloter le reste de la journée.

«Milano Per Caso», pour son petit côté «Nino Rota», avec des arrangements décalés de Frank Wuyts…

Et puis, «Ballad For One» pour Peter Hertmans… et le jeu de Castellucci aux balais…

Et puis «Vento»…spectral.

Oh… et puis, tous les autres morceaux aussi…

A+

12/10/2008

Musicalix Festival - 27-09-2008

Le Parvis Ste-Alix n’est certainement pas l’endroit le plus animé de Bruxelles.
Cependant, sur l’agréable petite place, un peu excentrée, de la sage commune de Woluwe St-Pierre, Leila Radoni a eu la belle (et folle) idée d’y organiser un festival de jazz.

Quoi?
Pour faire vivre un quartier, on peut faire autre chose qu’une braderie?
La preuve que oui.

Leila a rassemblé son courage et son optimisme, a reçu le feu vert de l’échevin Carla Dejonghe, l’aide de l’association des commerçants, le soutien d’amis bénévoles et voilà le rêve qui devient réalité.

Petit chapiteau blanc planté, scène montée, le festival peu commencer.
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Le public est au rendez-vous pour applaudir le premier groupe LM4 de Laurent Melnyk.
Je n’aurais, pour ma part, que l’occasion d’entendre le dernier morceau.
(Promis Laurent, je ferai mieux la prochaine fois…)

C’est au tour de Yasmina Bouakaz de monter pour la toute première fois sur scène.
La pauvre a un trac d’enfer, et il faut attendre «Come Together» (des Beatles) pour la sentir un peu plus à l’aise. Elle peut alors donner toute l’ampleur d’une voix puissante et charnue.
Le répertoire navigue entre pop, rock, soul et un tout petit peu de jazz.
Malgré qu’elle soit entourée de l’excellent Alex Furnelle (cb) et de l’étonnant Jan Rzewski (ss, as) - dont l’album en duo avec Fabian Fiorini vient de sortir – l’ensemble manque de cohésion et de finesse. Les arrangements du pianiste Samir Bendimered sont intéressants, mais un drumming plat et lourdingue flanque tout par terre.
On est plus proche du bal que d’un concert jazz.


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Heureusement, le trio de Chrystel Wautier remet tout le monde sur le bon chemin.
Avec sa voix sensuelle, entre soie et velours, Chrystel revisite les standards («Devil May Care», «East Of The Sun») avec élégance et justesse.
Le jeu vif mais souple de Boris Schmidt (cb) se marie très bien à celui du guitariste Quentin Liégeois. Ce dernier est passé maître dans l’art de ne pas y toucher.
Et pourtant, il y a un foisonnement d’idées dans son jeu.
Entre ces trois-là, l’alchimie est parfaite, c’est fluide, c’est swinguant, c’est un régal.
Et l’on se laisse emmener par «You Drive Me Crasy» aux changements de rythmes incessants, par «Doralice» en samba chaude et lumineuse ou encore par «Let Me Hear A Simple Song» en émouvant  hommage à Paolo Radoni.

Changement de style, ensuite, avec le dernier projet de Paolo Loveri.
A son trio habituel (Bruno Castellucci (dm) et Benoît Vanderstraeten (eb) ), le leader avait invité un vieil ami italien: le guitariste Pietro Condorelli.


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Il y a une grande interactivité entre les deux guitaristes. Les deux jeux, parfois très différents, se complètent magnifiquement. Condorelli est incisif tandis que Loveri joue plus souvent en rondeur.
De ce fait, une dynamique et un groove énergiques en ressort.
Il faut dire que la rythmique emmenée par un Castellucci parfois «tellurique» dans ses solos et par un Vanaderstraeten opiniâtre dans ses interventions ne fait pas baisser la tension.
Le jeu de Benoît Vanderstraeten est d’ailleurs assez singulier: enfin un bassiste électrique qui trouve une tangente à la voix «incontournable» Pastorius. L’esprit y est, mais la personnalité de Benoît prend le dessus.
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Paolo Loveri devrait sortir prochainement un album avec cette formation.
Plaisir en perspective.

Feu d’artifice final!
Le public est toujours présent et nombreux. Et il a eu raison de rester.
Richard Rousselet et son quintette nous proposent un voyage au pays de «tunes» de Miles Davis.
En bon pédagogue, Richard n’oublie jamais de resituer le morceau dans son époque. Et c’est bien agréable.

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En route pour ce fantastique périple en compagnie de pointures du jazz belge !
Au piano, Michel Herr, fantastique dans ses interventions, Bruno Castellucci, diabolique de précision et d’une efficacité terrible aux drums, tout comme Bas Cooijmans au jeu ferme et tendu à la contrebasse. Et puis, il y a aussi Peter Hertmans, discret mais pourtant fulgurant dans les espaces qu’il se crée.
Et pour donner le change à un Richard Rousselet très en verve: Ben Sluijs en invité à l’alto.
Ce quintette, devenu sextette, est un cadeau!
L’interprétation et la relecture de «Summertime», «Eighty-One» ou encore du fougueux «Milestone» sont des perles d’énergie hard bop.
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Ben Sluijs est bouillonnant et intenable. Et ce n’est encore rien par rapport à la suite: un
«In A Silent Way» comme on n’ose en rêver !
Éclatant de maîtrise et de plaisir. Michel Herr réinvente le jeu de Zawinul, Hertmans électrise le thème, Sluijs ne redescend plus sur terre et Richard Rousselet jubile.
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On pensait connaître la musique de Miles, mais l’on se rend compte, à nouveau ce soir, de sa richesse éternelle. Quand elle est jouée aussi brillamment et avec une telle compréhension de l’œuvre, on comprend mieux pourquoi elle a marqué (et qu’elle continue de marquer) le jazz et la musique en général.
Guettez les prochains concerts de Richard Rousselet, vous apprendrez encore des choses.

Les lampions se sont éteints, le premier Musicalix Festival a vécu et l’on attend déjà la prochaine édition avec impatience!

A+

24/09/2008

D'un festival à l'autre

Si vous voulez vous remémorer le Festival Gent Jazz de cet été, vous pouvez lire mon papier sur Citizen Jazz.

Et puis, ce week-end, si vous voulez écouter de chouettes groupes, rendez-vous à Woluwé samedi.
Au Festival Musicalix.


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C’est le premier du nom et il est organisé par Leila Radoni.
Voilà une belle initiative qui mériterait d’attirer du monde.

C’est en plein air, mais c’est couvert, et en plus c’est gratuit !
C’est sur la place Ste Alix… d’où le nom «Musicalix».

Et qui sera sur scène ?
Michel Herr (piano), Bruno Castellucci (batterie), Richard Rousselet (trompette), Paolo Loveri (guitare), Peter Hertmans (guitare), Alexandre Furnelle (contrebasse), Ben Sluijs (saxo), Chrystel Wautier (chant), Quentin Liégeois (guitare), Bas Cooijmans (contrebasse) et d'autres encore, comme Laurent Melnyk (guitare), Bruno Grollet (saxo), Michel Vrydag (basse), Alain Deval (batterie) etc…

Hé oui !
Pas mal, hein ?
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Ce sera l’occasion d’acheter l’excellent  disque de Richard Rousselet  et  Marie-Anne Standaert «Live à la Laiterie» ou celui de Chrystel Wautier «Between Us» par exemples.
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Ou découvrir, comme  moi, la chanteuse Yasmina Bouakaz.

Bref, à partir de 15h, samedi prochain, ça devrait être très sympa du côté de St Alix.
Le programme est ici.

A+

24/08/2008

Sabin Todorov sur Citizen et les J.O.

Petit détour du côté de Citizen Jazz.
Cette fois-ci, c’est pour vous inviter à aller lire ma chronique de «Inside Story» de Sabin Todorov et ensuite, à moins que ce ne soit déjà fait, aller vous procurer  l’album.

Rappelez-vous, j’avais vu le concert du pianiste et son trio à Bruges voici quelques mois.

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«Inside Story» est sorti chez Igloo et est dans les bacs des bons disquaires depuis quelque temps déjà.


Autre album sorti récemment et qui trône déjà dans les bacs, c’est «JazzOlympics».
Il me semblait opportun d’en parler après l’obtention d’une médaille d’Or de notre belle, brillante et très sympathique Tia Hellebaut au saut en hauteur

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L’album est d’ailleurs de couleur jaune, comme l’or, et vous le repèrerez facilement.

«JazzOlympics» est une initiative du COIB afin d’encourager nos athlètes et d’illustrer les valeurs Olympiques. L’album est produit par Jan Hautekiet et Jean Kluger.

Huit «groupes» (le 8 du 8 en 2008 etc…vous connaissez l’histoire), se sont donc donnés rendez-vous pour illustrer huit thèmes chers au Baron de Coubertin. Ainsi, la fraternité, le dépassement de soi, la tolérance, le fair-play etc… sont déclinés par quelques-uns de nos meilleurs jazzmen belges.

Le porte-drapeau de la délégation n’est autre que Toot Thielemans qui ouvre la marche avec un tendre «Best Of Yourself», suivi par David Linx et le BJO pour un «Fraternity» sous forme de chanson optimiste, sautillante et légère.
On retrouve bien sûr Philip Catherine dans un «Friendship» intimiste et recueilli, en duo avec Philippe Decock (keyboards).

Nathalie Loriers, quant à elle, revient en trio (Philippe Aerts (cb), mais aussi pour l’occasion Stéphane Galland aux drums) pour nous offrir l’un des meilleurs morceaux du disque (à mon avis): «Confidence». Thème bâti sur un swing fébrile, fait de tensions et de breaks jubilatoires.
Le toucher de la pianiste et ses arrangements sont de pures merveilles. Ça donne vraiment envie de revoir rapidement Nathalie avec cette formule

 

 

Autres belles surprises de l’album: «Tolerance» de Michel Herr et son Life Lines ainsi que «Solidarity» de Jef Neve.
Pour le premier, on saluera les arrangements finement ciselés qui permettent à Jacques Pirotton (g), Alexandre Cavalière (violon), Fabrice Alleman (ts, ss) ou encore Peter Vandendriessche (as) d’intervenir dans de riches et réjouissantes improvisations.
Le deuxième, Jef donc, explore un peu plus mélodiquement ce qu’il a commencé sur le «bonus CD» de son dernier album «Soul In A Picture»: c’est-à-dire une fusion entre jazz acoustique, loops et électro. Une belle réussite.

HLM (Houben, Loos, Maurane) et Stéphane Mercier font aussi partie de l’équipe et proposent de tendres sympathiques compositions.

Ils sont donc huit, mais le BJO s’offre un tour d’honneur avec un dynamique et tonitruant «The Hopper», histoire de terminer par un feu d’artifice.

Alors, faites comme Tia, rentrez à la maison avec de l’or.

A+

14/06/2008

Jazz Marathon 2008 (Enfin!)

Et le Brussels Jazz Marathon, c’était comment ?

C’est vrai ça, avec toutes ces activités, je n’ai pas encore eu le temps de vous raconter mon parcours durant ces trois jours.
C’était les 23, 24 et 25 mai. Déjà !
Je vais essayer de rattraper le temps perdu.
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Vendredi soir, temps ensoleillé, direction Place Ste Catherine.
Je voulais absolument voir The Groove Thing, de Jef Neve et Nicolas Kummert.
Sur place, je rencontre toute la petite bande de Slang qui se prépare à jouer juste après.
Manu Hermia revenait d’une tournée en France avec Rajazz, visiblement satisfait.

Sur scène: The Groove Thing porte bien son nom, car, pour groover, ça groove.
Lieven Venken aux drums, Nic Thys à la basse électrique et devant, Nicolas Kummert au sax incandescent et Jef Neve à l’orgue Hammond bouillonnant.
C’est roots en plein ! Entre soul, bop et r&b…  Jamais un gimmick pop vulgaire ou racoleur comme on peut parfois en entendre avec certaines formations qui surfent sur la vague revival.
Ici, ça joue vrai.
On est proche de Lonnie Smith, Jack Mc Duff ou de Jimmy Smith.
Kummert rappelle parfois un Rashaan Roland Kirk lorsqu’il «délire», souffle, respire, parle ou chante dans son ténor. Il y ajoute de temps en temps des effets de disto. C’est chaud et c’est sexy, et ses duels avec Jef (intenable) sont étincelants.
À retenir, à revoir… à suivre !
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Après une courte pause, Slang investit la scène (qu’ils ont décoré de jolies fleurs) et déverse un gros son: énergique et puissant. On connaît la formule, mais on reste ébahi devant une telle vitalité.
Michel Seba est monstrueux aux percus lorsqu’il entre en transe. François Garny, à la basse électrique, assène des tempos saignants. Manu Hermia, au sax et à la flûte, se démène comme un diable dans ce tourbillon de musiques africaines, indiennes, arabes, rock ou reggae. La foule s’est agglutinée au-devant du podium. Elle ondule, bouge, saute et danse aux rythmes des impros parfois énergiques, parfois hypnotiques.

Une fois ce concert terminé: direction le Walvis, au bout de la rue Antoine Dansaert.
Je voulais absolument écouter le groupe du batteur (que je croyais Néerlandais, mais qui, en fait, est Anversois) Yvan Van Nistelrooy.
Hard bop ou post bop, avec une tendance à aller parfois vers le free-bop. On frise même parfois le jazz rock avec les interventions de Peter Verhelst à la guitare électrique.

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Devant, l’excellent trompettiste Iwan Cotton (qui joue un peu dans l’esprit de Dave Douglas) échange des phrases fiévreuses avec Roel Van Hoek à l’alto.
Toutes les compos sont de Van Nistelrooy, et l’on sent chez lui les inspirations de Miles (période électrique), Coltrane, Philly Joe Jones, mais aussi de Hamid Drake. Bref un large spectre d’influences.

J’arrête là ou je continue ?
Je rentre, ou je ne rentre pas tout de suite?
Allez, un petit saut à l’autre bout de la ville: le Sounds.

Chouette ! Je trouve facilement une place pour me garer.
Chouette ! C’est le break et je peux me faufiler assez près de la scène du club archi-bondé pour voir le quintette de Rosario Giuliani.

Et là, je n’ai pas regretté le voyage !
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Exceptionnel.
Il est plus d’une heure trente du matin et  Rosario Giuliani, Falvio Boltro, Dado Moroni, Luca Bulgarelli  et Benjamin Henocq jouent avec une fougue, une vigueur et une lucidité hallucinantes.

Le grand Dado Moroni, qui soulève même le piano avec ses longues jambes, fait vibrer l’instrument comme un fou. Boltro joue toutes les couleurs de la gamme. Gras, aigu, souple, sec, en rafale ou en longues notes, il répond et renchéri aux assauts de l’infatigable Giuliani.
L’un comme l’autre ne veut pas abandonner. Chacun veut avoir le dernier mot.
Dans cette lutte fratricide, Henocq imprime un rythme tranchant, d’une justesse et d’une précision diaboliques. On atteint des sommets !
Bien sûr, on joue beaucoup de notes, énormément de notes, mais aucune n’est inutile.
Quel esprit «jazz», quelle débauche d’énergie. Ça joue et ça s’amuse.
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«That’s jazz ! Real Jazz!»
C’est ce que l’on se dit sur le trottoir après le concert avec Erik Vermeulen, Nicolas Kummert, Mélanie De Biasio, Alexis Tuomarilia et d’autres encore…

Samedi, rendez-vous sur la place Fernand Coq pour le concours «XL Jazz Jeunes Talents». Comme l’année dernière, je me retrouve dans ce sympathique jury, avec Jan De Haas, Fabien Degryse, Pirly Zurstrassen, Jacobien Tamsma, Etienne Richard et Henri Greindl.

Le batteur Guillaume Palomba et son quartette ouvrent les «hostilités».
Ce sera un spécial Monk. C’est déjà une preuve de très bon goût. «Eronel», «Criss Cross» ou encore «Ugly Beauty» se succèdent. Malgré de belles interventions du guitariste, Simon Martineau, le groupe ne se lâche pas vraiment et cela reste un peu académique.

Egon, le deuxième groupe, drivé par Louis Favre (batteur également), développe un jazz très rock… voire du rock très jazz. Les plages atmosphériques, mâtinées d’électro (Joachim Searens), succèdent à des moments plus vifs et accrocheurs. Steven Delannoye (as) et l’excellent guitariste Simon Witvrouw font rapidement monter la pression. On sent une belle cohésion et une belle personnalité poindre dans cet ensemble qui fera sans doute encore parler de lui.

Mais le gagnant, car il faut un gagnant, sera Bansuri Collective (ou Collectif… on ne sait plus). Cette fois-ci, le leader est contrebassiste: Ruis Salgado. Il est l’auteur de presque tous les titres. Il mélange subtilement les genres, allant du swing au groove très actuel. Les mélodies sont sinueuses, parfois complexes, mais toujours lumineuses. Il faut signaler le drumming singulier de Frederik Meulyzer, qui recevra d’ailleurs, et à sa grande surprise, le prix du meilleur «soliste».

Je ne m’attarde pas pour écouter le trop caricatural groupe The Dominos et je préfère pousser une pointe jusqu’à Flagey pour écouter Andreu Martinez, toujours aussi punchy, et aussi le trio de Nathalie Loriers.
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Quel bonheur de la revoir dans cette formation.

Avec Philippe Aerts (cb) et Joost Van Schaik on retrouve le jeu à la fois lyrique, tendre mais aussi très affirmé de Nathalie.
Au programme un «Someday My Prince Will Come» aux arrangements assez surprenants, un «Forward» très swinguant, un «Walking Trough Walls» dépouillé et nocturne (des inflexions qui rappellent parfois Petrucciani?), un «Mémoire d’O» enlevé, ou encore un sensuel «Ligne Calire», au tempo moyen, dans un esprit assez Jamalien.
Que du bonheur.
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Sous la pluie (ben oui, sinon, ce ne serait pas vraiment le Brussels Jazz Marathon), je remonte vers le Théâtre Marni pour prendre une Orval et une petite dose de The Groove Thing.
Gros succès.
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Puis je rejoins le Sounds, toujours comble, pour profiter encore du quintette de Giuliani.
C’est toujours aussi impressionnant.

Dimanche après-midi, sur la Grand Place, il faut chaud et ensoleillé.
Dingue !
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Jacques Piroton, guitariste dont on sous-estime trop souvent l’immense talent présentait son nouveau quartette.
On connaît l’affection de Jacques pour le jazz rock à la Bill Frisell, Jimi Hendrix ou même Scofield.
C’est tout ça que l’on retrouve, mais travaillé à la sauce Piroton: des riffs tranchants, des solos précis et agiles et des envolées explosives. Jan De Haas à la batterie, Benoit Vanderstraeten en soutien efficace à la basse électrique et surtout un sensationnel Fabrice Alleman à la clarinette et clarinette basse terminent de nous convaincre.
Voilà un mélange peu commun et un résultat qui vaut vraiment le coup d’oreille.
Piroton va enregistrer cet été en… acoustique ! Très curieux d’entendre ça.
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VVG Trio, à savoir Bruno Vansina (as), Teun Verbruggen (dm) et Gulli Gudmundsson (cb) avaient invité Magic Malik et Nelson Verras à venir jouer avec eux.

Peut-être plus à l’aise en salle, où le groupe peut installer plus aisément ses climats étranges, le quintette nous a quand même montré une belle palette de thèmes riches et parfois complexes («Tokio Quantize», «Moon Under» ou encore «In Orbit»).

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Pour finir cet intense week-end de jazz : le Brussels Jazz Orchestra sous la direction de Michel Herr.
Deux longs sets efficaces, swinguants et éclatants.
Les riches compositions du pianiste belge («Song For Lucy», «Bad Fever», «New Pages», etc.) sont servies avec panache par le Big Band.

Haaaaa… l’ostinato de Nathalie Loriers, ou les solos de Pierre Drevet (bugle) et de Kurt Van Herck (as)  sur «Song For Micheline», ce rythme galopant sur «Extreme», la guitare de Peter Hertmans, les interventions de Bart Defoort ou Frank Vaganée sur «New Era»…
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Le BJO n’a plus rien à prouver et l’on aurait pu le laisser jouer un peu plus longtemps encore, mais les règlements stricts de police ne sont pas toujours compatibles s avec l’esprit de fête du Jazz Marathon.
Une petite heure de plus l’année prochaine… Hum ?


A+