01/05/2017

David Linx & Michel Hatzigeorgiou - The Wordsmith - Jazz Station

 

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Un duo bassiste électrique et chanteur peut-il tenir en haleine un public pendant tout un concert ?

Quand il s’agit de Michel Hatzigeorgiou et David Linx, on se dit qu’il n’est plus question de défi, mais de simple formalité.

Pourtant, les deux musiciens ont le trac. Ils ont le trac comme s’ils montaient pour la première fois sur une scène. Ils ont le trac car, ce mercredi soir à la Jazz Station, ils présentent en avant-première The Wordsmith, un projet qui flottait dans l'esprit des deux musiciens depuis près de 25 ans. Plus qu'un projet : une terrible envie de se retrouver. Une envie de mélanger des mots finement choisis à des mélodies sophistiquées. Une envie qui se concrétise bientôt sur disque et enfin sur scène. De quoi avoir le trac.

Les deux hommes se regardent, se sourient, hésitent encore un quart de seconde.

Première note.

La magie opère.

La musique libère.

Et le duo nous emmène aussitôt avec lui.

La plupart des chansons racontent de vraies histoires, de vrais sentiments, pleins de réflexions et de poésies. David Linx jongle avec les mots et l’on comprend que le titre, «The Wordsmith», n’a pas été choisi au hasard. Il jongle avec les sons, avec les mélodies, avec les harmonies. Il écoute le chant de la basse d’Hatzi. Il le fait chanter. Ce sont de véritables échanges qui se produisent sur scène. Aucune démonstration de l’un ou l'autre musicien, chacun est là pour servir la musique et enrichir le propos. Il y a une telle profondeur et une telle vérité dans le chant et dans le jeu, qu’elles nous subjuguent.

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Ces deux-là nous invitent chez eux à partager des moments de véritable intimité et partager un peu de leurs vies au travers de morceaux comme «No More Unfinished Business», «I Walk Alone», «Downriver Bound». Pour partager un peu de Toots («Song For Jessica»), de Joni Mitchell («Black Crow») ou encore de Thelonious Monk («Round Midnight»). En les écoutant, ce sont mille images qui viennent et reviennent en tête. Comme lorsqu'on sirote un excellent whisky qui laisse se révéler des arômes insoupçonnés.

On se demande parfois d'où leur vient l'idée d'associer ces accords sortis d'on ne sait où ? Comment est-il possible de moduler avec autant de précision la voix, de faire s'épouser la respiration et les mots avec une telle justesse ? Tout à un sens. Tout prend son sens. Et c'est bien pour cela que nos deux musiciens peuvent se permettre de nous emmener sur de fausses pistes et de nous en faire découvrir d'autres... Et ainsi de nous captiver d'avantage. 

Ils nous remuent l’âme. Nous montrent encore une autre facette du jazz. Nous le font redécouvrir. Ils nous font vibrer, réfléchir et puis rire.

Une voix et une basse électrique… Est-ce possible ?

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Michel Hatzi le rappelait dans une émission de Philippe Baron : la basse électrique est avant tout… une guitare. Et le musicien nous démontre combien elle peut être musicale, chantante, harmonique… Avec talent, simplicité et évidence. A lui seul, il dessine les mélodies, les lignes rythmiques et encourage les scats de David Linx.

Linx ! Y a-t-il plus singulier que lui dans le monde des chanteurs de Jazz ? Dans le monde musical en général d'ailleurs ? Et finalement, ces deux musiciens sont-ils bien de ce monde ? C'est en tout cas dans celui-là que l’on aimerait vivre.

Alors, pour prolonger encore un peu le plaisir, le duo remonte une dernière fois sur scène pour nous offrir une somptueuse version de «Three Views Of A Secret». Jaco, Toots, David, Michel...

Oui, un duo bassiste électrique et chanteur peut tenir en haleine un public pendant tout un concert. Et bien au-delà.

Merci à © Olivier Lestoquoit pour les images !

A+

 

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17/08/2016

Un dimanche au Gaume Jazz Festival

32e édition du magnifique et très convivial Gaume Jazz Festival. Cette année, en plus, c’est sous un soleil de plomb qu’il se déroule. Et sur le coup de quinze heures, ce dimanche, le grand parc semble encore un peu endormi.

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C’est dans la salle du centre culturel de Rossignol qu’il faut aller. Il n’y fait pas plus frais, mais c’est là que le trio de Jeremy Dumont présente la musique de son premier - et très bon - album Resurrection.

Très resserrés autour du leader, concentrés et bien décidés à jouer un jazz énergique et dense, Victor Foulon (cb) et Fabio Zamagni (dm) attaquent « On Green Dolphin Street » avec vigueur. Le trio enchaine aussitôt avec « Try » et « Resurrection ». Les interventions du pianiste sont fermes et décidées, la basse claque presque autant que ne résonnent les coups de fouets sur la batterie. Mais surtout, ça groove et ça trace. Et l'intensité ne faiblit pas sur « Matkot » et ses réminiscences klezmer qui laissent transparaitre pourtant une pointe de mélancolie. Et puis, une dernier composition, inédite, confirme la direction bien tranchée que semble prendre le trio : de l’énergie, du nerf et de l’adrénaline. Jeremy Dumont définit de plus en plus précisément le jazz qu’il veut défendre. Et nous, on est prêt à le suivre.

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De l’énergie, la musique de Jean-François Foliez et son Playground n’en manque pas non plus ! Sous le grand chapiteau, qui a fait le plein, le quartette semble ne pas vouloir s’embarrasser de fioritures. Pourtant, le jazz à Foliez est ciselé, plein de raffinements et de subtilités. Mais avec un Casimir Liberski au piano et un Xavier Rogé aux drums, tout est limpide ! Le drumming claquant s'allie superbement aux folies harmoniques et rythmiques du pianiste. Et tandis que Janos Bruneel fait vibrer les cordes de sa contrebasse, le clarinettiste virevolte avec agilité et souplesse au-dessus de ce magma en fusion. Il y a, chez ce dernier, quelque chose de l’extravagance du jazz italien à la Gianluigi Trovesi, parfois. Même dans les plages plus lentes et intimistes, on sent toujours un travail rythmique intense. « Platinium », « Groove #2 » et surtout « Germination » sont époustouflants ! Chacun propulse l’autre un peu plus haut pour le meilleur de la musique. Une bonne heure de jazz bien tassé, entre détente (ha, cette fausse valse qui s'emballe après l’intro en solo de Jonas Bruneel) et tension… Et quelle tension !

Impossible de rentrer dans la salle pour écouter le trio Steve Houben, Stephan Pougin et Johan Dupont. Une tentative, une deuxième… J’abandonne et me laisse tenter par quelques délicatesses dont la Gaume a le secret…

Retour sous le chapiteau, plein à craquer, pour écouter Aka Moon et son Scarlatti Book.

On a beau les voir et les revoir (sur ce projet ou sur d'autres) on est toujours surpris par la puissance mélodique et énergique de ces quatre énergumènes. Et on est toujours ravi de les voir prendre plaisir à jouer et inventer ensemble. Ici, en reprenant Scarlatti, ils ramènent le clavecin et les compositions baroques dans le présent. Sans jamais caricaturer l'une ou l'autre époque. Aka Moon joue avec l'intelligence et la sensibilité de chacun plutôt que sur l'air du temps et les effets de mode. C'est cela qui rend la musique à la fois accessible, prenante et jubilatoire. Même si elle est complexe. Mais on ne cherche plus à comprendre et on laisse faire les artistes. Fabian Fiorini, entre contemporain et classique, déroule un phrasé toujours percussif, Frabrizio Cassol et Michel Hatzigeorgiou rebondissent sur des dialogues irréels qui nous laissent sans voix. Quant au drumming de Stéphane Galland, qui ne peut s’empêcher de surprendre tout le monde y compris ses acolytes, il est unique. Et puis, Aka Moon est unique. Autant les contrastes rythmiques sont marqués, autant les harmonies sont affinées. C'est l'eau et c’est le feu. Et c’est toujours aussi fort !!

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En début de soirée, dans l'église du village, on profite enfin d’un peu de fraîcheur mais aussi de la musique apaisante du duo Lionel Loueke et Nicolas Kummert. La veille, en quartette avec Karl Jannuska et Nic Thys, le saxophoniste avait présenté l'évolution de son travail avec le guitariste béninois (la « première » avait eu lieu ici). Un disque est en préparation et devrait sortir en février. Pour l'instant les deux artistes sont face à un public attentif et silencieux. Quoi de mieux qu'une Gnossienne de Satie pour débuter ? La musique se laisse modeler par le chœur de l’édifice. Tout est souffle, alanguissement, recueillement. La guitare sonne avec respect, plénitude et retenue. Même un morceau de Salif Keita se murmure et danse sensuellement. Nicolas Kummert ne se contente pas de jouer du ténor, il chante aussi. Il aime ça et il le fait bien. Puis c’est Loueke qui chante une berceuse béninoise avant de reprendre le « Hallelujah » de Jeff Buckley de circonstance. Beau moment...

Retour dans la petite salle, comble à nouveau, et dans une chaleur étouffante. Cette fois-ci, j’arrive à me faufiler. Tree-Ho, le groupe d’Alain Pierre, a déjà entamé « Aaron & Allen » et « Piazza Armerina ». On peut dire que ça groove ! Et « Joyful Breath » file tout aussi vite, et en toute légèreté, sur la douze cordes du guitariste. Soutenu par une paire rythmique qui se connaît bien (Antoine Pierre aux drums et Felix Zurstrassen à la basse électrique) et qui ne cesse d'évoluer, Tree-Ho propose un jazz vif, mélodieux et résolument optimiste, même dans les morceaux plus intimistes. « Seeking Song » (ou « Sea King Song » ?), un inédit, est fait dans le même bois mais se termine ici en prog rock psyché irrésistible. On sent que le groupe a encore de belles choses à nous faire découvrir. Ça tombe bien, on ne demande que ça.

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Je n’aurais pas l’occasion d’aller écouter le concert d’Orchestra ViVo ! , dirigé par Garrett List, Johan Dupont, Emmanuel Baily, Manu Louis, Marine Horbaczewski… bref, par les 29 musiciens ! Dommage, j’aurais bien voulu entendre et voir l’évolution du nouveau projet, que j’avais eu l’occasion de voir en « première » lors de la résidence de l’Orchestre à La Marlagne (j’en avais parlé ici).

J’aurais voulu être en Gaume les autres jours aussi pour entendre, entre autres, Lorenzo Di Maio, le projet Terrasson, Bekkas, Belmondo ou encore Manu Louis, Pascal Schumacher ou l’étonnante chanteuse Veronika Harsca… Mais… je n’ai toujours pas le don d’ubiquité.

A+

Merci a ©Pierre Embise pour les images !

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04/06/2016

Nasa Na - Jazz Station - Live 91 Album Release

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Il y a près de 30 ans, c’était au Kaai, que ça se passait. Club mythique initié par Etienne Geeraerd et Pierre Van Dormael. C’est là que Nasa Na, groupe non moins mythique, y jouait chaque mercredi soir. Toutes les expérimentations et tous les risques étaient permis. C’était un terrain de jeu exceptionnel pour Pierre Van Dormael et ses trois amis : Michel Hatzigeorgiou, Stéphane Galland et Fabrizio Cassol. C'est là que Nasa Na inventait une musique nouvelle.

Mais trop rapidement, le groupe «splitte» en '92, Pierre étant trop occupé à écrire pour son frère la musique de «Toto le héros»... Et puis, Aka Moon a pris la relève…

De cette époque, peu de matériel subsiste. Il reste quelques brides d'enregistrements vidéo (merci «Cargo De Nuit»)… On parle bien d'une cassette qui circule quelque part... Et à part les souvenirs, rien...

Mais !

Mais il existe aussi un enregistrement réalisé en 1991 dans un autre club légendaire de la capitale : le Sounds (qui fête ses trente ans cette année !).

Ces bandes, précieusement conservées, restent longtemps inexploitées. Cependant, peu de temps avant sa disparition, Pierre Van Dormael les réécoute et se dit qu’elles ne peuvent pas rester indéfiniment à l’ombre…

Il a fallu plus de sept ans de réflexion, de réécoute et de re-réflexion pour nettoyer – sans tricher et sans retoucher – les fameuses bandes enregistrées magnifiquement par Michel Andina… Le résultat : Nasa Na Live 91, l’album que l’on attendait plus, vient de sortir chez Outhere.

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Pour fêter ça, la Jazz Station a invité Michel, Stéphane, Fabrizio et le fabuleux Hervé Samb (qui mieux que lui pouvait tenir la guitare dans ce projet ?) à rejouer la musique de Nasa Na.

Bam ! Deux soirées sold-out. Deux soirées de folies musicales.

Toute la base de la musique d’Aka Moon est là. Cette musique unique, faite de couches rythmiques incroyables, faite de funk, de blues «Qui est cette femme ?», de rock «Hi, I’m From Mars», de folk, de musique contemporaine… Tous les ingrédients sont là.

Les quatre musiciens s’amusent et jouent cette chose tellement complexe – mais tellement organique - avec une désinvolture incroyable. Cela fait bien partie de leurs gènes ! Rappelons que le groupe a à peine répété avant ces deux concerts flamboyants !

Ces rythmes impairs, décalés, superposés… Ce groove infernal ! Ces changements de temps soudains ! On est transporté.

Hervé Samb, très impressionnant, s’emballe et va même jusqu’à épuiser les amplis, Fabrizio Cassol, plonge dans les thèmes, avant de regarder Stéphane Galland et Michel Hatzi ferrailler entre eux. Alors, il y «Bruit»… un tube. «Destinations», «Aka Dance»… On prend un pied pas possible !

Le groupe s’amuse à tailler la musique, comme on s'amuse à casser du petit bois pour attiser un immense un incendie... Le groupe dégage une énergie terrible. Pour tout un pays ! On peut fermer Doel et Tihange !

Quelle soirée !

25 ans après, la musique est restée d’une modernité inouïe. Normal, Nasa Na était en avance sur son temps…

Quant à Pierre Van Dormael, c'est confirmé, il est bien immortel.

 

 

A+

(Merci à Roger Vantilt pour les photos)

13/02/2016

Aka Moon + Fabian Fiorini - Jazz Station

Samedi 6 février, la Jazz Station est hyper bondée. On y refuse même du monde. Il faut dire que Aka Moon est au programme pour deux soirs.

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Aka Moon, l'un des groupes européens les plus féconds, l'un des plus innovants, toujours surprenant, toujours à l'avant-scène de l'avant garde, toujours capable de se renouveler sans cesse, tout en continuant à «faire» du Aka Moon. C’est un courant à eux seuls. C’est ça, la marque des grands. C'est dire si on les regarde, si on les écoute, si on les envie

Deux jours de suite, la Jazz Station a donc fait le plein pour entendre le «Scarlatti Book» en live.

Tout en fluidité et ondulations, le premier morceau («Aka 99» – inspirée de la «Sonate K99» de Domenico Scarlatti, bien entendu) invite presque à la rêvasserie. Fabrizio Cassol échange avec Fabian Fiorini des arabesques flottantes, tandis que la basse de Michel Hatzigeorgiou répète à l’envi la mélodie. «Aka 466» est traité de façon plus incisive, plus violente presque. Fabian Fiorini virevolte au-dessus du magma bouillonnant imposé par Stéphane Galland. Le jeu du batteur est foisonnant, précis, intense. On est déjà presque soufflé. Mais ce n’est rien avec ce qui nous attend.

Domenico Scarlatti, revisité avec une telle élégance, une telle originalité et autant de puissance que de délicatesse, cela force vraiment le respect. Aka Moon évite tous les clichés et ne tombe dans aucun piège. Jamais le groupe ne se prête à la facilité ni à la «complexité pour la complexité». On comprend tout de suite que les quatre musiciens ont tout assimilé et tout digéré la musique, de l’écriture et de l’esprit de Scarlatti. Grâce à cela, ils peuvent se permettre toutes les digressions, les analogies, les contrepieds, les contrastes. Avec un esprit qui n'appartient qu'à lui, Aka Moon réinvente encore et encore le jazz, comme il le fait depuis plus de vingt ans, avec la même fraîcheur et la même force.

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«Aka 141» est plus tendu encore. Stéphane Galland emmène la bande dans des délires rythmiques insensés. Changements de tempos et polyrythmies sont poussés à l’extrême, mais contrôlés comme personne. On se délecte, on tape du pied, on secoue la tête. Et on se prend des claques

De son côté, Fabian Fiorini manie de façon exceptionnelle le langage classique et contemporain avec une aisance confondante. Les solos de Michel Hatzigeorgiou, sans longueurs mais intenses et précis, sont à tomber raide. Ses enchaînements d’accords, descendants ou montants (sur «Aka 175», notamment) sont exécutés sans faille, à la vitesse de l’éclair. Oui, ça balance et ça groove… et on ne se l'explique toujours pas. Jazz contemporain, musique lyrique, influences presque funky, des riffs rock, des pointes hispanisantes, tout se mélange et garde pourtant une unité incroyable.

«Aka 175», presque nocturne, laisse la part belle à Fabrizio Cassol. Le son pincé et le phrasé personnel du saxophoniste, est reconnaissable entre tous. Il serpente entre la partition, joue avec les tensions, les brefs silences, les accélérations soudaines. Faut-il encore parler de technique avec ces extraterrestres ? Tout est, «simplement», au service de la musique. Sans esbroufe. Et l’on reste pantois devant tant de virtuosité et devant cette complicité qui permet à chacun de prendre le lead. Le sax prend le contrôle, puis la basse, puis le piano ou la batterie. Qui aura le dernier mot ? Qui va emmener l’autre sur de nouvelles pistes ? Tout se mélange, tout se tisse et se retisse. Et que dire du final («Aka 492») lorsque Fiorini et Galland se font des «blagues», jouent à cache-cache, se tendent des pièges comme on tend des perches ? Ils se jouent des complexités pour en faire un feu d’artifice ! La claque, je vous dis.

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Le deuxième set est consacré à AlefBa et Aka Balkan Moon. La musique, basée cette fois sur celle du Moyen-Orient ou celle des Tziganes, est différente bien entendu. Mais, une fois encore, l'esprit Aka Moon est bien présent. La musique prend d’autres couleurs et est distribuée, ou articulée, différemment. On jongle avec d’autres modes et on plonge dans une autre époque et d’autres lieux. «Baba», «Dali» ou «Stésté» s’enchaînent. Avec ferveur et bonheur. Et on bouge tout autant.

Depuis des années les musiciens se lancent des défis et se poussent l'un et l'autre... Pour le plaisir. Pour trouver, encore et toujours, autre chose. Alors ils reprennent le thème à l'endroit, à l'envers, redoublent le tempo ou le décomposent soudainement. Ils en font ce qu'ils veulent. Puis, toujours pour le plaisir, ils ressortent et réinventent des thèmes plus anciens, extraits d’albums «Move» ou «In Real Time» (en collaboration avec Anne Teresa De Keersmaeker) et c’est une renaissance. Et c’est tout aussi bluffant.

Quelle science ! Quelle facilité ! Quel extraordinaire concert !

 

 

(Merci à Olivier Lestoquoit pour les images)

A+

 

 

22/09/2015

Marni Jazz Festival 2015 - Part Two

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©Didier Wagner

On attendait beaucoup des trois soirées « offertes » à Michel Hatzi lors du Marni Jazz Festival. Et on n’a pas été déçu. Au contraire. On a plutôt été ému lors de la présentation de son premier disque en tant que leader (La Basse d’Orphée), bousculé lors de la prestation avec Sinister Sister Plays Zappa et époustouflé lors de son duo avec Stéphane Galland.

Un artiste unique.

Le compte-rendu complet est à lire sur Jazzaround.

 

 

A+

 

06/02/2015

Sinister Sister Performs Zappa - Au Bravo

Sinister Sister, ce sont Pieter Claus (vib), Michel Hatzigeorgiou (eb), Maayan Smith (ts)
Jan Ghesquière (eg) et Lander Gyselinck (dm).

Ils ont décidé, voici un an ou deux, de rendre visite à ce bon vieux Frank Zappa. Et on peut les comprendre. Quel plus grand plaisir, pour un musicien, de jouer cette musique qui n'a jamais choisi entre le jazz, le rock et les expérimentations contemporaines les plus dingues.

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Alors bien sûr, pour jouer Zappa, il faut les avoir bien accrochées, un sacré bagage technique et musical mais aussi et surtout, il faut comprendre l'esprit de ce fou (pas aussi iconoclaste qu'on veuille bien le dire) de Baltimore. Et, en ce qui concerne l'esprit (car ici, ni la technique, ni le culot, ne sont à mettre en doute), nos 5 complices ont tout compris.

Pieter Claus, initiateur du projet, a re-arrangé certains morceaux, les a parfois mélangé entre eux, sans pour autant en simplifier l’écriture, ni trahir le style. «Black Page», «Alien Orifice» ou encore «Peaches En Regalia» : bonjour le délire.

Aux avant-postes, il y a Maayan Smith au ténor, jeu souple et voix souvent à la limite de la cassure, qui maintient contre vents et marrées, une tension mélodique intense (et il n’a rien à envier à Brecker ou Napoleon Murphy Brock). Puis, le groupe peut compter également sur la basse ondulante d'Hatzi. Une véritable anguille qui remue constamment les tempos, les pousse au bord du déséquilibre tout en gardant toujours le contrôle. Il rappelle ses artistes chinois qui font tourner des assiettes au bout d’un long et fin bâton, sans que jamais elles ne tombent. Les rares solos qu’il prend, attisés par le drumming démentiel (précis, fougueux, toujours inventif) de Lander Gyselinck, sont fantastiques.

Puis il y a «Filthy Habits» ou encre «I Promise Not To Come In Your Mouth».
Et c’est Jan Ghesquière qui en profite pour lâcher une série de chorus bien trempés. Il tord les sons, les étire, puis il les taillade de quelques riffs incisifs. C’est fluide et fort.
Et bien entendu, Pieter Claus, derrière son vibraphone, amène cette touche de folie (une de plus), parfois douce, parfois schizophrène, un peu hors du temps, un peu hors des modes. Le jeu est aérien et flottant, mais quand il plonge, tête la première dans la transe, il fond comme l'épervier sur une proie. Les autres musiciens s'écartent le temps d'une courte respiration avant de l'engloutir à nouveau dans le magma bouillonnant.

Ce qui est formidable avec la musique de Zappa – et dans la façon dont elle est jouée ce soir - c'est la juxtaposition, presque contre nature, de la puissance parfois quasi hard rock des thèmes et de la douceur des pseudo ballades perverses aux richesses harmoniques insoupçonnées. La surprise est toujours là où on ne l'attend pas. Même si l'on connaît (ou croit connaître) la musique du grand moustachu.

On n’arrêtera jamais de redécouvrir Zappa. Même 20 ans après.
Alors voilà une bonne nouvelle : Zappa est bien vivant.

 

 

A+

 

 

03/03/2014

Lieven Venken Trio au Bravo

 

Le Bravo est un tout nouveau lieu à Bruxelles qui a l’ambition de programmer du jazz… beaucoup de jazz.

Au sous-sol d’un immeuble restauré et transformé en bar et cantine (en plein Creative Business du Centre Dansaert), dans une ambiance post-industrielle, undrground et chaleureuse, le trio du batteur Lieven Venken (avec Michel Hatzigeorgiou et Jereon Van Herzeele) joue sans amplification.

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Il faut dire que l’endroit s’y prête à merveille. Décor fruste, vieilles palettes de bois encaissées dans de grandes étagères en béton. Tout est brut de décoffrage. Tout comme la musique du groupe, d’ailleurs, prêt à en découdre avec de bons vieux thèmes brûlants.

Jereon Van Herzeele (ts) découpe à la hache «Afro Blue», après un solo puissant en introduction de Lieven.

L’esprit est au jazz de révolte et de revendication.

Michel Hatzi enchaîne furieusement les accords. Nerveux, tranchés.

«Naïma» est un cri plutôt qu’une douce et longue complainte. De même, «Solar» est incendié par le jeu abrasif de Jereon Van Herzeele.

Puis, le jazz entre en transe avec une intro à la basse électrique de Michel Hatzi et ses loops hypnotiques et lancinants. Sa science de la construction est inouïe.

Ces rythmes entrainent quelques téméraires danseurs (dont l’incroyable Yvan Bertrem) a exécuter une chorégraphie erratique devant le groupe. Et la tension monte, la musique bouillonne entre jazz très improvisé, presque free, et psychédélisme.

«Gratitude» (de Van Herzeele), construit sur un module répétitif prend des airs rock et le solo de Michel Hatzi est à nouveau monstrueux. Il rappelle par moment les délires d’un Terry Kath.

Jereon Van Herzeele, toujours à pleine puissance, s’inspire autant d’Ayler que de Coltrane époque «Interstellar Space». Lieven Venken , imperturbable, martèle sa batterie comme jamais, tout en gardant un drive imparable.

Pour terminer, «Giant Steps» lui-même est absorbé, malaxé et démantelé par le fougueux trio.

Ce soir, c’était du jazz version «alcool fort». Straight, no chaser.

A+

 

 

 

 

 

25/05/2013

Melangtronik - A l'Archiduc


Il n’y a pas à dire, un concert de Melangtronik, ça vaut la peine !

Ce lundi soir (20 mai, lundi de Pentecôte), dans un Archiduc très bien rempli, Lieven Venken (dm), Michel Hatzigeorgiou (eb) et Jozef Dumoulin (Fender Rhodes) se sont réunis pour deux fabuleux sets.

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Quand j’entre, l’ambiance est très feutrée. Le public est hyper attentif et silencieux. Melangtronik revisite «You Don’t Know What Love Is» avec une subtilité rare, sur un tempo extrêmement alangui. Le jeu de Dumoulin est absolument unique (on le savait déjà, mais l’on s’en rend encore mieux compte ce soir). Il crée des atmosphères improbables. Sous ses doigts, les sons scintillent, ricochent, résonnent… s’envollent.

Sur cette mélodie, dépouillée à l’extrême, Lieven Venken use des balais. Il effleure et caresse les peaux et les cymbales avec beaucoup de sensibilité, tandis que Michel Hatzigeorgiou distille sobrement les accords de basse. Le temps semble suspendu. C’est une pure merveille.

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Et puis, contraste ! Le morceau suivant flirte avec la fusion. Brillant, bouillonnant et incandescent, Hatzigeorgiou lâche les riffs et les impros sur sa basse électrique (pas la fretless, l’autre).

Ses phrases se mélangent à celles de Jozef. Le groove est puissant, presque rock, un poil funky aussi. Frénétique.

Voilà ce qui est intéressant avec ce trio – qui ne joue pas si souvent ensemble, ce qui est dommageable dans un sens, mais qui accentue sans doute un peu plus encore la spontanéité et la connivence - c’est qu’il invente, avec fraîcheur et sur l’instant, un jazz très personnel. Avec une véritable identité. Ces trois-là ont tout digéré de cette musique de partage. Alors ils partagent encore.

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Que ce soit sur des compositions personnelles ou sur des standards, la musique se modèle à leur image. Les variations, sur la grille de «Giant Steps» par exemple, sont hallucinantes d’inventions. La musique a toujours quelque chose à dire. Il y a de l’exaltation, de la tendresse, de la colère, de la réflexion, du bonheur…

Car, au-delà du son particulier, il y a aussi et surtout la manière de jouer les thèmes.

Voilà ce que l’on demande au jazz : rester interpellant, ne pas nous laisser indifférent.

Pas de doute, Melangtronik remplit ce contrat sans aucune ambiguïté. Pourquoi devrait-on s’en priver ?

Mais alors, à quand le prochain concert ?


A+

 

 

 

10/02/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Dernière)

 

Pour en terminer avec les 20 ans d’Aka Moon, revenons sur les deux derniers concerts à la Jazz Station.

Le premier des deux avait lieu le 21 décembre et revisitait l’album avec les DJ’s.

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Pour l’occasion, le groupe a invité DJ Grazzhoppa, bien entendu, mais aussi Benoit Delbecq (keys) et Guillaume Perret, le nouvel enfant terrible du saxophone (trafiqué) français.

Le club a fait le plein, une fois de plus. Il n’y a plus une seule place libre.

Pas une minute à perdre. Benoit Delbecq derrière son ordi et son mini clavier, et Grazzhoppa derrière ses platines lancent un groove sourd et bourdonnant, empli de tonnerre et d’orage. Et bam! C’est parti. Puissance et énergie maximales, on ne fait pas dans le détail. Stéphane Galland entre aussitôt dans la danse, suivi par Michel Hatzigeorgiou et finalement par les deux saxophonistes.

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Ce qui est magnifique dans cette orgie de décibels et de beats insensés (hé oui, on est quand même loin d’un simple rythme binaire de boîtes de nuit), c’est que l’esprit musical d'Aka Moon reste totalement perceptible. Peu importe le traitement et la couleur qu’on lui impose, son langage musical est plus fort que tout. L’ADN du trio ne peut mentir.

Sans ne jamais rien perdre de leur intensité, les mélodies s’enchevêtrent sur des tempos soutenus et toujours mouvants. Virages abrupts, changements de directions surprenants, la musique prend tous les risques et nous entraine dans un tourbillons insensé. Des paysages hallucinés se dessinent, des univers insoupçonnés se découvrent. Des sirènes hurlantes, des voix trafiquées ou des sons urbains se bousculent sur des rythmes venus des quatre coins de la planète. La musique ne fait qu’un seul monde. Aux impros jazz, se mélangent le dub, le rock, le folklore oriental, le blues, le classique et rythmes tribaux. Et tous s’entendent.

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Le trio ouvre constamment l’aire de jeu et Guillaume Perret s’engouffre dans les moindres espaces. Il sort de son sax - sur lequel il a scotché de minis micros - des sons ultra trafiqués qu’il module à l’aide d’une panoplie impressionnante de pédales. Sa dextérité et sa maîtrise lui permettent de toujours être sur le coup. Il rebondit, improvise, invente et propose à tout va.

Delbecq injecte des micros rythmes, des crachotis, des craquements, des bribes d’harmonies. Grazzhoppa fait courir ses doigts sur les vinyles et les curseurs de ses platines.

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Fabrizio Cassol joue le chef d’orchestre, parfois presque dépassé par la folie ambiante. Hatzigeorgiou et Galland rivalisent d’idées pour maintenir le cap. Et tout le monde communique, avec passion et ferveur. Rien n’est jamais pareil et la musique se réinvente perpétuellement sur des rythmes fous.

Je vous invite à découvrir l’univers de Guillaume Perret à travers son album (sorti chez Tzadik, le label de John Zorn) en attendant de le revoir en concert en Belgique – espérons-le – avec son propre projet. Vous ne serez pas déçu.

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Le lendemain, toujours au même endroit, on retrouve le trio, comme au premier jour, pour conclure ces 20 ans d’amitié et de créativité incessantes.

Il est touchant de constater que ces trois amis se surprennent encore et toujours, qu’ils ont toujours autant du plaisir à jouer ensemble, à inventer et réinventer. Cela se sent dans leur musique, mais aussi dans leurs yeux et leurs sourires. Complices jusqu’au boutils passent en revue, ce soir, «Unisson», le bien nommé.

Aucun concert n’aura jamais été pareil, n’aura jamais été une redite. Chacun d’eux aura été une renaissance, une recréation d’un monde. Un monde de richesses musicales inépuisables.

On est passé par tous les sentiments et par tous les pays. On a découvert et rencontré des gens formidables, des gens passionnés, émouvants, drôles, profonds et subtils. Des musiciens à l’identité forte. Tous brillants. Et qui avaient chacun quelque chose à partager.

Si ça ce n’est pas du jazz…

A+

 

03/02/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part 3)


Cette fois-ci, Mezzo (la chaine télé culturelle française) est présente pour immortaliser l’événement. Le concert sera sans doute diffusé dans le courant du mois d'avril 2013.

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Ce jeudi 6 décembre, on revisite Guitars et Amazir. Et la Jazz Station est sold out!!!

Comme souvent, Aka Moon commence en force. Et quand on sait aussi que la tension retombe rarement, on peut s’attendre à un feu d’artifice.

Pas de Prasanna, pas de David Gilmore ni de Pierre Van Dormael pour mettre le feu à «A La Luce Di Paco», mais un Magic Malik éblouissant et toujours aussi surprenant. Avec lui, tout bascule, tout chavire, tout prend d’autres couleurs. Et les sommets sont vite atteints. Ce qui n’empêche pas Michel Hatzigeorgiou, avec des solos en re-re, Stéphane Galland et Fabrizio Cassol d’aller toujours plus loin.

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Les échanges entre le flûtiste extra-terrestre et le saxophoniste – qui vient assurément d’une autre planète aussi – sont délirants et d’une inventivité folle. Les phrases coulent en un flot continu. C’est toujours surprenant, impertinent, inattendu.


Les lignes de basse et le beat de la batterie s’entrelacent. Ça ondule tout le temps. A chaque mesure, le tempo change. La pulsion s’accélère, ralenti, se fige et repart de plus belle. Un peu plus vite, un peu plus fort.

Malik et Cassol échangent comme des duellistes. «Scofield» brûle, «Vasco» ondule, «Cuban» chaloupe, «Amazir» émeut... le public exulte. On se congratule, on s’embrasse, on est heureux.

Comme le dit Fabrizio Cassol dans un sourire: «Aka Moon, symbole de l’amour éternel».

(Merci à Jempi pour la vidéo.)

A+

 

 

16/01/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part2)

Deuxième semaine de la rétrospective Aka Moon 20 ans à la Jazz Station. Troisième concert du groupe. Cette fois-ci, on revisite la période Invisible MotherInvisible Sun et In Real Time.

Et l’invité du jour n’est autre que Fabian Fiorini. Un vieil ami.

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Fiorini est un pianiste très percussif et puissant, on le sait. Mais il est aussi capable de disperser des notes d’une incroyable finesse et d’une étonnante poésie. Toujours prêt à naviguer entre la musique contemporaine la plus complexe et les rythmes tribaux les plus sauvages.

Et ce soir, c’est la force qui parle. On a parfois l’impression qu’il va démonter le piano tant son touché (sa frappe ?) est robuste, presque violente.

Ce soir, il faut «donner» ! Et Fabian s’en donne à cœur joie. Il faut dire que les «Dirty Play and Chaos Dance» ou «Spiritualisation» ne se laissent pas faire. Joués avec une énergie de tous les diables, ces morceaux exigent une présence forte. Pas question de se cacher. Le piano doit exister sous les assauts du saxophone de Fabrizio Cassol, les attaques de la basse de Michel Hatzigeorgiou et les coups de batterie de Stéphane Galland.

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Ajoutez à cela que la période qu’Aka Moon nous propose de réentendre - ou de redécouvrir – n’est sans doute pas la plus simple. C’est l’époque du travail avec Ictus, avec Bernard Foccroule, avec Sivaraman. Harmoniquement et rythmiquement, le groupe semble vouloir aller au-delà du raisonnable. Tout explorer. Dans tous les sens.

Et c’est parfois de la folie pure, avec un enchevêtrement de notes et d’accords plus improbables les uns des autres.

Pourtant, Anne Teresa de Keersmaeker a réussi à faire danser sa troupe sur ce magma en fusion perpétuel. Et c’est vrai qu’en étant attentif – ou en se laissant aller - on encaisse toujours ce groove et l’on respire inconsciemment ce balancement étrange. Imperceptible. Inévitable. Il agit comme un virus dans le sang, il le fait bouillir et provoque des réactions presque inconnues.

Sur «Alix», comme en une transe hystérique, les envolées de Michel Hatzi sont époustouflantes. Il va au-delà du jeu de basse. Au-delà de la guitare électrique. Ses doigts courent, le poignet se tord. La disto s’invite à la frénésie.

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Et Stéphane Galland en remet toujours une couche, plus surprenante que la précédente. Il veut toujours avoir le dernier mot. Et Fabrizio Cassol aussi. Et Fabian Fiorini aussi. Quelle bande de sales gamins !

Et si, comme le souligne si bien Fabrizio Cassol à la fin du concert, «Anne Teresa de Keersmaeker n’a peur de rien...», Aka Moon, lui, est capable de tout.

A+

 

 

06/01/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part 1)

 

22 novembre 2012. Bruxelles. Jazz Station. Le club est plutôt bien rempli. Le public se presse au bar ou se cherche une pace dans la salle. Ça bouillonne déjà, c’est électrique. Il est plus ou moins 20h30. Ça y est, coup d’envoi d’une série de concerts qui vont célébrer les 20 ans de carrière d’Aka Moon.

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L’inséparable trio monte sur scène dans un tonnerre d’applaudissements. Après quelques mots d’une brève introduction pleine d’émotion, Fabrizio Cassol, Michel Hatzigeorgiou et Stéphane Galland plongent et replongent dans le répertoire fondateur du groupe.

Nous voilà en 1992. «Aka Moon», «Aka Earth», «Aka Truth»… Les morceaux du premier album défilent. Avec la même fraîcheur et avec toujours autant d’intensité. On se surprend à re-entendre en live ces morceaux qu’on n’écoutait plus que sur CD. Coups d’accélérateur par-ci, virages en épingle par-là, courses poursuites, queues de poisson, décélérations brutales, tout y est, intact comme aux premiers jours. On jubile.

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Aka Moon attaque le deuxième set avec la période Akasha (1995). «As Known As Venus», «Bagherathi», «Galileo Galilei», «Alakananda». L’énergie est toujours là. Les musiciens se surprennent encore. Il faut voir l’œil d’Hatzi briller à l’énoncer du morceau à venir. Il faut voir le sourire complice de Stéphane Galland, prêt à sortir des polyrythmies encore plus délirantes. Il faut sentir ce bonheur décuplé qui jaillit en notes ininterrompues du saxophone de Fabrizio Cassol. Après 20 ans, la source ne s’est pas tarie. On se croirait dans «La machine à explorer le temps» de Welles. Les paysages défilent à toute allure, les décors évoluent constamment, les souvenirs remontent à la surface. L’excitation est à son comble et le public ne cache pas sa joie. Aka Moon termine le set avec «Bruit» en hommage à Pierre Van Dormael (qui en avait signé la compo) qui fut, on le sait, l’un des éléments déclencheurs de cet incroyable groupe. Et puisque le public en redemande encore, Aka Moon amorce la période Elohim et Ganesh - que le groupe revisitera le lendemain avec David Linx en invité - et nous balance un dernier morceau éblouissant.

On me rapportera d’ailleurs que le concert du vendredi 23 (avec David Linx) fut d’une puissance incroyable. Je n’y étais pas. «C’était Werchter à la Jazz Station!» me confiera Fabrizio quand je le croise le samedi 23 pour le concert en duo de Michel Hatzi et David Linx.

Car oui, en plus de la rétrospective complète des 20 ans, Aka Moon a également fait de l’espace pour des projets parallèles (Conference Of The Birds, Ananke, Les Chroniques de l’Inutile ou encore Pudding oO…). J’en parlerai plus tard.

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Pour l’instant, Michel Hatzigeorgiou et David Linx sont sur scène. Le duo a déjà enregistré ensemble. Il y a plus de quinze ans. Mais ne cherchez pas leur discographie, vous ne trouverez rien : les bandes originales se sont perdues suite à la faillite du studio d’enregistrement. L’occasion était donc trop belle pour raviver le projet et faire, enfin (!), un premier concert.

L’instant a quelque chose de magique.

Qui inspire l’autre? Qui suit l’autre? Qui le devance ou l’attend? Impossible à dire. La connivence est totale. Le souffle, le scat, les respirations de Linx se fondent aux slapping, aux résonances et aux pizzicati d’Hatzi. Tout se noue, se dénoue, s’accélère et se détend, tantôt de façon enlevée et fougueuse, tantôt avec extrême sensibilité. Le duo mélange standards et compositions originales. Le blues, l’Afrique, le rock et le jazz se confondent. «Blackbird» (The Beatles), énergique et ornementé de beaux effets de guitare, précède un «Jessica» où les mots de Linx déferlent en cascade sur une mélodie, sinueuse et vive  à souhait, emmenée par Hatzi. Le bassiste électrique profitera ensuite pour délivrer une version incroyable de «Last Call From Jaco»... haa, ce riff obsédant. On entendra plus d’une fois ce thème lors des différents concerts et, croyez-le ou non, il sera chaque fois réinventé, recoloré, redessiné. C’est ça le jazz, c’est ça l’impro, c’est ça le talent.

Linx et Hatzi reprennent encore «Walk Alone» (le morceau enregistré et perdu), «Black Crow» ou «The Wind Cries Mary» (Jimi Hendrix) avec une telle force et une telle passion que cela devrait les pousser à remettre définitivement ce projet sur pieds. Et mon petit doigt me dit que...

à suivre bien entendu, l'aventure ne fait que commencer…

A+

 

01/12/2012

Aka Moon - 20 ans

Pour fêter les 20 ans d'existence d'Aka Moon, la Jazz Station organise depuis le 22 novembre et jusqu'au 22 décembre une série de concerts "rétrospectives".

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Aka Moon en trio ou avec de nombreux invités (David Linx, Fabian Fiorini, Magic Malik, Benoit Delbecq, Baba Sissoko, Grazzhoppa ou encore Nedyalko Nedyalkov), il y en a pour tous les goûts. Et quand le trio ne joue pas, il invite d'autres groupes (Les Chroniques de l'inutile, Ananke, Pudding oO). Et puis, il y a les lectures de Jean-Pol Schroeder

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Et il ne faudrait pas oublier la très bonne expo qui retrace en photos, affiches, films et documents (des partitions aussi belles qu'étonnantes), cette incroyable aventure!
Bref, allez y faire un tour, vous ne le regretterez pas.

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Bien sûr je vous parlerai très bientôt des concerts qui ont déjà eu lieu… Autant déjà vous dire que c'était… intense.


A+

09/06/2012

Strange Fruit - Fabrizio Cassol au Théâtre National

La veille - le jeudi 31 mai - Fabrizio Cassol et tous ses amis musiciens et chanteurs avaient fait salle comble au KVS.

Ce vendredi 1er juin, la bande - toujours au grand complet – s’est déplacée d’une centaine de mètres, a traversé le Boulevard Jacqmain, et est allée remplir le Théâtre National.

Strange Fruit - c’est le nom du spectacle - est une longue histoire que le saxophoniste d’Aka Moon a trimballé avec lui depuis plus de cinq ans pour la façonner minutieusement, de manière presque secrète.

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Inspiré par la célèbre chanson d’Abel Meeropol, Fabrizio Cassol a créé un étonnant conte musical qui mélange les genres et fait fi des frontières. Le jazz, l’opéra, le classique, le folk, les chants africains… tout y est, tout y passe. Et l'on y entend toutes les influences du musicien, toutes ses émotions et tout son engagement.

On pourrait craindre que cela n’aille dans tous les sens, mais ce serait sans compter sur la clairvoyance et l’intelligence du compositeur qui s'est astreint à garder un discours déterminé et une ligne de conduite éclairée.

Et cette ligne fédératrice, c’est l’humanité. Celle qui permet d’harmoniser toutes les différences.

D’ailleurs, avant d’entamer le concert, Fabrizio laisse la place à deux représentants du Collectif des Maliens de Belgique pour qu’ils exposent et nous sensibilisent à la situation désastreuse du Mali. Les mots sont simples, brutaux, terriblement imagés et d’une force inouïe. Une courte minute de silence s’en suit. Lourde. Pesante.

Alors, comme pour chasser les mauvais esprits et redonner de l’espoir, la voix de Baba Sissoko résonne du fond des coulisses. Il entre sur scène accompagné de trois autres joueurs de Tama qui laissent éclater un chant rassembleur.

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Entre-temps, Stéphane Galland s’installe derrière sa batterie et entre aussitôt dans la danse. Michel Hatzigeorgiou fait de même à la basse électrique. Et puis il y a aussi Hervé Samb à la guitare électrique. Et derrière, il y a Bart Defoort (ts), Laurent Blondiau (tp), Michel Massot (tb) et Magic Malik (flûte). De l’autre côté, Eric Legnini s’est entouré de claviers (piano, Fender, moog).

Mais il y a aussi la Choraline - le chœur des jeunes filles de La Monnaie aux voix sublimes, diaphanes et célestes - qui occupe le fond de la scène. Sous la direction de Benoît Giaux, ces adolescentes d’une quinzaine d’années vont sublimer la soirée de par leur aisance et leurs qualités vocales.

Entrent ensuite en scène Oumou Sangaré, magnifique dans son boubou rose, Marie Daulne, plus sensuelle que jamais dans une robe de voiles noirs et Cristina Zavalloni, divine et troublante comme la reine dans Blanche Neige.

Tour à tour elles chanteront «Soukoura», «Sehet Jesus», «I Can’t Sleep Tonight». C’est un mélange de voix plus subtiles les unes que les autres. L’émotion transpire, les portes de l’improvisation s’ouvrent.

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Marie Daulne, en duo avec Eric Legnini, donne sa vision de «Strange Fruit», à la fois solennelle et cruelle, dans laquelle elle injecte quelques paroles en français avant d’aller disséquer les mots en anglais. Le frisson perdure lorsque, de sa voix de mezzo-soprano, Cristina Zavalloni reprend le thème, accompagnée par la Choraline.

Puis, Kris Dane, guitare acoustique en bandoulière, vient implorer les grâces d’un poignant «If Jesus…», avant de laisser Oumou Sangaré nous chanter et nous parler de ses «Enfants de la rue». La voix de la diva malienne est sublime et unique (haa... cette patine légèrement graineuse). Elle fait passer toute la générosité d’une vie au travers de son chant.

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Etonnamment, Fabrizio Cassol intervient assez peu dans son spectacle. Mais, il est pourtant bien présent. Il met en valeur l’histoire, la musique et les musiciens, et dirige l’ensemble de main de maître.

Fabrizio invite David Linx à venir enflammer plus encore le Théâtre. Sur «Some Days», le chanteur se lâche complètement et entraîne avec lui Hervé Samb dans des solos incandescents, puis répond aux improvisations toujours surprenantes de Magic Malik avant de dialoguer jusqu’à la folie avec Cristina Zavalloni. Alors, tout le monde revient sur scène et Baba Sissoko fait exploser le final avec un «Farka» tonitruant et délirant.

C’est ça le voyage de Fabrizio. C’est partir de l’Afrique, passer de l’autre côté de l’Atlantique, revenir en Europe et repartir. Ailleurs. Encore. Toujours.

Le public est debout, danse et chante. Fabrizio ne peut se soumettre à un rappel des plus festifs.

Avec un tel line-up (ils sont près de 60) on n’aura pas souvent l’occasion de voir Strange Fruit sur scène (mais, qui sait, les rêves finissent parfois par se réaliser) alors, heureusement, il y a le disque. Il est paru chez Blue Note et il restera sans aucun doute un point de repère inaltérable dans la carrière de Fabrizio Cassol. C’est un album qui défiera le temps car il est unique (un peu comme cet autre monument auquel ont participé la plupart de musiciens ce soir : «A Lover’s Question», de Linx, Baldwin et Van Dormael).

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Bref, cet album risque d’être intemporel. Intemporelle comme l’est aussi la chanson «Strange Fruit», pour laquelle David Margolick a consacré un ouvrage indispensable (paru chez Allia) que je vous recommande tout autant.

 

A+

 

04/11/2011

Yokai & Lieven Venken - Fonograf & Archiduc

Le jazz, ça se joue partout. Et comme me le disait dernièrement encore un ami musicien, ça se joue de plus en plus souvent hors des clubs aussi : dans des cafés, des petits endroits insolites, des restaurants, chez des particuliers… Ok, ce n’est pas nouveau et ce n’est pas qu’un phénomène belge, mais la tendance semble aller de plus en plus dans ce sens.

Dernièrement, je suis allé me balader du côté du Fonograf, un tout nouvel endroit, cosmopolite et alternatif (le terme est un peu tarte à la crème, mais je n’ai rien trouvé d’autre). On peut y manger, voir des expos, boire un verre ou deux ou dix, faire la fête avec des DJ’s, et écouter du jazz.

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Vendredi 21, il y avait Yokai, c’est à dire Axel Gilain (cb, eb), Yannick Dupont (dm), Fred Becker (ts) et Jordi Grognard (ts, fl). L’endroit est un peu bruyant - mais c’est cela aussi qui fait son caractère - et le groupe a intérêt à « envoyer ». Yokai s’arroge la tâche sans problème. Il y a du monde qui écoute… ou pas. Le jeune quartette – car ils jouent depuis peu ensemble -  enchaîne les standards, ou plutôt des thèmes emblématiques d’Eric Dolphy, Charles Mingus mais aussi de Mulatu Astatke. L’ambiance est chaude. Chacun des musiciens mouille sa chemise. On y va à fond, avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir. On s’amuse en tentant sérieusement des échanges riches et surprenants. Concert court mais intense et groupe à suivre.

Autre jour, autre lieu.

Samedi 28, je fais un détour par l’Archiduc.

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Lieven Venken (dm) invite depuis un mois ses friends. Ici aussi il y a du monde – mais peut-être un peu moins de bruit – et on revisite également les standards. Et quand les amis s’appellent Ewout Pierreux (p), Michel Hatzi (eb) et Jeroen Van Herzeele (ts), on peut s’attendre à une vision plutôt musclée et actuelle des choses. John Coltrane, Bill Evans, Charlie Parker… Les thèmes sont dépoussiérés, briqués, revisités et exposés avec fougue et talent. On prend des libertés (que les auteurs de ces tubes n’auraient certainement pas reniés) tout en respectant la tradition. C’est un peu comme si on sortait la belle vaisselle de bonne-maman qui est restée trop longtemps dans le buffet, pour y servir de la nouvelle cuisine. Et c’est bien. Et c’est bon. Et on en redemande. Ça swingue (wooo, les chorus d’Ewout !), ça bouge (haaa, le timing de Lieven), ça groove (bang ! les assauts de Michel), ça bouillonne (rhaaa, les excès de Jeroen).

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Le plaisir est communicatif entre les musiciens et le public…

Il n’y a pas à tortiller du cul : le jazz est éternel ! C’est un caméléon qui s’adapte à toutes les situations, qui se sent bien dans son époque et qui n’est pas prêt de tirer sa révérence.

Allons, sortons !

 

A+

21/07/2011

Aka Moon - Inside Jazz

Aka Moon dans mon salon !

Oui, enfin pas dans «mon» salon, mais en concert «at Home». J’en connais beaucoup, moi, qui aimeraient avoir Aka Moon chez soi, là, debout, juste devant le canapé. Hé bien c’est possible. C’est la formule que propose Inside Jazz depuis quelques années déjà en Flandre. J’ai souvent eu l’envie d’y aller, mais je n’en ai jamais trouvé l’occasion. Dimanche 12 juin, et pour la première fois à Bruxelles - avec la complicité de Nu:Be - Inside Jazz investissait le quatrième étage d’un loft - chez Caro - dans un quartier des plus populaires de Molenbeek.

Rendez-vous à 14H. On est une petite quarantaine. Et ça se passe… comme à la maison. On prend un verre, on discute avec des amis… On s’installe. Et puis nos trois musiciens arrivent, en toute simplicité.

Pas de micro, pas d’amplification, tout est acoustique.

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Le début se fait tout en douceur. La progression musicale se fait naturellement, sur les polyrythmies toutes personnelles du groupe. Pourtant, on y devine comme l’ébauche d’un nouveau son. Comme la recherche d’une nouvelle étape dans l’approche musicale. Fabrizio Cassol se fait plus ondulant, plus insidieux peut-être, plus sensuel, sûrement. Et petit à petit la musique s’enroule, les mélodies s’enchevêtrent, et l’ensemble monte en puissance.

Et puis, ça déboule à mille à l’heure, telle une voiture de rallye sur les routes escarpées de montagne. Ça danse, ça bouge, ça tourbillonne dans tous les sens, ça virevolte. Les trois pilotes sont d’une précision incroyable. C’est du pilotage télépathique. C’est du ping-pong en accéléré.

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Le groupe emprunte au reggae, aux musiques éthiopiennes ou au blues et c’est brûlant. Les ballades ne sont pas moins anodines, toujours sinueuses, voire vénéneuses. Il vaut toujours mieux savoir où l’on met les oreilles, avec eux.

Aka Moon revisite «Aka Djelia» et le rend incandescent sous les coups de baguettes de Stéphane Galland.

Ostinato. Riff de basse dont Michel Hatzi a le secret. Entêtant. Vif, nerveux, soutenu. Alors, Stephane Galland - sur une base qui pourrait ressembler à du swing pur jus - brode, dévisse le tempo, l’éclate, le rebalance. Fabrizio déverse les notes comme Jackson Pollock jette sa peinture sur la toile. Lui seul sait comment et où se produira l’impact.

Les voisins, en face, ont ouvert les fenêtres et profitent du concert.

On revisite «Amazir» ou «Cuban» dans des versions telluriques. C’est brûlant comme un alcool de contrebande. On a beau connaître la musique du groupe, on est chaque fois surpris par la manière dont il la renouvelle.

Les musiciens se connaissent tellement, que l’on dirait qu’ils sont dans la tête l’un de l’autre. Ils jouent à «devine où je vais maintenant». Et quand ce n’est pas «», c’est «quand». Et puis c’est «comment».

C’est Aka Moon. C’est cette liberté, cette sauvagerie, cette intelligence du jeu chaque fois réinventé. C’est trois gamins qui courent le long des rues, un pied sur le trottoir, l’autre dans le caniveau. Petits pas, grands pas. Un long, un court. À l’endroit, à l’envers. C’est trois musiciens qui s’amusent comme des fous.

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Après deux sets intenses, on se congratule, on sourit, on parle entre amis.

Stéphane prépare sa carte blanche pour le Gaume Jazz (avec Tigran Hamasyan et Magic Malik, entre autres). Hatzi rigole (on ne sait pas à ce moment-là qu’il aura, quelques semaines plus tard, de sérieux ennuis de santé – et j’en profite, ici encore, pour lui souhaiter le meilleur de la part du Professeur Tournesol ;-) ).

Fabrizio est heureux, un prochain album, avec pléthore d’invités devrait sortir sur un célèbre et mythique label de jazz.

Et puis, le trio entrera bientôt en studio pour enregistrer l’album qui fêtera les 2O ans du groupe. On en salive déjà…

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PS: Si vous aussi, vous voulez inviter un groupe de jazz chez vous, n’hésitez pas à contacter Inside Jazz ou Nu:Be, c’est génial, ils s’occupent de tout !

 

A+

21/02/2011

Aka Moon au Sounds

29 janvier, troisième concert consécutif d’Aka Moon au Sounds. Et ce soir, comme les autres soirs, le club a fait le plein.

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Un concert d’Aka Moon est toujours un évènement. Et cela fait près de 20 ans que c’en est ainsi. La musique du trio n’a pas pris une ride. Normal, elle est hors mode. C’est une musique qui se régénère tout le temps, qui absorbe les tendances, qui se nourrit de toutes les vibrations et qui se colore du temps comme la peau se tanne au soleil.

Après avoir collaboré avec de nombreux musiciens des quatre coins du monde et avoir mélanger les différentes cultures, Aka Moon propose une musique toujours plus riche, plus élaborée, plus différente et pourtant toujours pareille. Aka Moon, c’est comme un vieux sage qui aurait gardé toute sa jeunesse.

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En mixant les compositions récentes à celles qui sont devenues quasiment des standards (“Rebirth”, “Last Call From Jaco”), le groupe démontre qu’il a peu dévié de l’objectif initial. Mais, savaient-ils seulement où ils allaient, voici vingt ans ?

En tout cas, le groupe peut nous reservir son répertoire autant de fois qu’il le souhaite, nous, on le redécouvre toujours et encore.

aka moon, michel hatzi, fabrizio cassol, stephane galland

La complicité entre les trois musiciens est toujours authentique et sincère. Cela leur permet de se surprendre et de s’offrir des zones de liberté toujours plus grandes. Et cela nous permet d’être toujours aussi captivé.

Et puis, on ne reviendra pas sur le drumming surnaturel de Stéphane Galland au son plus mat que jamais. On ne dira plus combien le jeu de Michel Hatsi est félin, souple et tellement groovy. On ne rappellera plus non plus comment Fabrizo Cassol découpe toujours autant ses notes et tord les harmonies. Le son toujours plus pincé, toujours plus près des aigus.

aka moon, michel hatzi, fabrizio cassol, stephane galland

Aka Moon est toujours aussi enivrant et bien vivant. Et il se dit qu’on prépare de belles choses pour fêter les 20 ans. Aka Moon risque encore de nous surprendre. Mais c’est une autre histoire… qui ne fait que commencer.

 

A+

21/09/2010

Blogueurs Jazz et les Big Bands

Comme chaque trimestre, le Z Band (une bande de blogueurs) publie, au même moment (tant bien que mal), un texte sur un sujet décidé en commun. Après Jazz’Elles, Cordes Sensibles, Ma première Galette, L’art de la touche en Noir et Blanc, Tous sur Mingus, Les guitaristes, A chœur et à voix, L’Ivre d’Image sur son nuage, Jeunes pousses et Spring is Swing, voici Blogueurs Jazz et les Big Bands.


Du temps des ballroom, le Big Band de jazz était roi.

On dansait, on s’éclatait, on oubliait tout en écoutant les orchestres de Count Basie, de Duke Ellington ou de Benny Goodman. On connaît la suite. Les grands orchestres coûtent cher et l’attirance du public pour d’autres danses, d’autres musiques (le rock and roll, puis le twist) ont précipité leur déclin. Alors, on ne danse plus de la même manière et on se libère comme on peut. Du côté du jazz aussi, on se libère, mais d’une autre façon. Et petit à petit, on dansera de moins en moins sur cette musique.


Des Big Bands, il y en a encore, et de très bons. Mais même si vous tapez du pied, claquez des doigts ou balancez la tête… vous gigotez toujours sur votre chaise. Le jazz s’écoute assis. Pourquoi ?

Le funk, la soul, le R’nB, le hip-hop, musiques qui découlent du jazz, s’écoutent debout et se dansent.

 

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Un Big Band qui fait danser, ça existe encore ?

Oui. Un Big Band de DJ’s !

De DJ’s ? Vous voulez rire ?


Pas du tout. L’idée est simple : il «suffit» de réunir douze turntablists autour du trio Aka Moon et vous voilà en train de vous dandiner devant eux… si le concert est «debout»...

Bien sûr, il y a la science du rythme des DJ’s, mais il y a aussi l’intelligence des arrangements d’Aka Moon. Pas question ici de faire tourner à l’infini des boucles sur le même BPM. C’est pas du David Getta ou du Bob Sinclar, c'est du jazz... si, si...

Ici, chaque DJ a sa partition, son rôle à jouer, son instrument à faire sonner. Comme dans un Big Band.

Et ça jazze, et ça swingue et ça groove.


J’avais eu l’occasion d’assister à un concert d’Aka Moon avec le seul DJ Grazzhoppa, une nuit à l’Athanor (club aujourd’hui disparu). J’avais été sidéré par l’aisance du DJ à s’intégrer aux rythmes complexes d’Aka Moon. Par la suite, aux environs de 2003, Grazzhoppa imagine de réunir 5 autres DJ’s «to scratching and swooshing» avec lui. Plus tard, il double la dose. Les voilà à douze. Pour le festival Jazz Middelheim en 2005, le regretté - et visionnaire - Miel Vanattenhoven ose l’aventure et les invite. Fabrizio Cassol structure l’ensemble. Certains DJ’s jouent le rôle des cuivres, d’autres des cordes ou des percus. Monique Harcum, superbe chanteuse soul (qu’on a entendu avec Mo & Grazz ou Jill Scott, et vue aussi au cinéma dans "Malcolm X" de Spike Lee) entre dans la danse. Après le choc et l’incrédulité, c’est l’ovation. Qui a dit que les amateurs de jazz étaient des vieux conservateurs? L’expérience se renouvelle plus tard à Banlieue Blues à Paris. Même constat. DJ Big Band tente ensuite la formule avec d’autres musiciens de jazz (Erwin Vann, Laurent Blondiau, Daniel Romeo, Patrick Dorcean ou Alex Tassel entre autres) et le résultat est tout aussi probant.


 

 

Mais avec Aka Moon, la saveur est quand même différente. Et vous pouvez maintenant la goûter, chez vous, depuis que le concert enregistré au KVS est paru en CD (chez Cypres). Le Big Band et Aka Moon explorent le funk, les musiques ethniques, le jazz et le hip hop, bien entendu, avec une créativité de tous les instants.

 

Il faut entendre comment chaque platine parle, comment elle sonne, comment elle échange avec Michel Hatzi (eb), Fabrizio Cassol (as) et Stéphane Galland (dm). Il faut entendre comment le trio improvise au travers de ces scratches débordants d’énergie. Allez écouter comment est retravaillé «Amazir». Allez écouter comment Galland et les DJ’s dialoguent sur l’incroyable «12 Sentences». Allez écouter le «Solo de Grazzhoppa»

 

Allez tout écouter, allez bouger, allez danser. Prenez tout: tout est bon. Ce n’est peut-être pas le Big Band comme vous l’avez toujours imaginé, mais c’en est une vision passionnante et excitante.

 

 

A+

 

Les Big Bands chez :

 

Ptilou’s blog 

Jazz à Paris 

Z et le Jazz 

Mysteriojazz 

Jazz O Centre 

Jazz à Berlin 

Belette et Jazz

 

26/06/2010

Fast Forward Festival... Rewind

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11 juin, il est près de 21h., Rockingchair vient de terminer son concert. Je l’ai raté. Je croise Fabrizio Cassol excité et ravi de ce qui vient de se produire sur scène. Il y a du monde. 'Son' Festival commence bien. Je rejoins le foyer du splendide bâtiment qu’est le KVS, et croise furtivement Airelle Besson. J’en profite pour me procurer l’album de Rockingchair. Musique aux multiples influences, nerveuse et ondulante, intelligente sans pour autant être intellectualisante, avec un travail remarquable sur le son… je vous le recommande.

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Pour célébrer le 25éme anniversaire de l’enregistrement du mythique «A Lover’s Question», il y a, sur la scène du «Bol», une brochette de musiciens incroyables.

C’est Angelique Wilkie, grande prêtresse à la voix profonde et au flow hypnotique, qui déclame d’abord les poèmes de James Baldwin. Le frisson s’installe. Hervé Samb enchaîne. Son improvisation est subjuguante. David Linx et Sabine Kabongo répondent comme en écho. Chacun dans sa tessiture. Entre contraste et équilibre des styles. Tout se tisse et s’entrelace. La force, la rage, l’amour, l’humanité. L’émotion monte encore d’un cran quand arrive le Brussels Vocal Project qui se réapproprie «The Art Of Love» écrit par le regretté Pierre Van Dormael. Le moment est sublime.

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Comme entraîné dans un mouvement de plus en plus frénétique, Stéphane Galland et Sergio Krakowski au pandeiro (sorte de tambourin brésilien) attisent un dialogue fiévreux. Eric Legnini s’immisce et illumine le propos. Dinozord, danseur caoutchouc, entre dans le jeu. Il rebondit, serpente et enchaîne les figures souples, saccadées ou erratiques. Il épouse la musique. Bette Crijns (eg), Hervé Samb (eg) et Michel Hatzi (eb) fertilisent le terrain, Michel Massot (tuba), Fabrizio Cassol (as), Robin Verheyen (ss, ts) et Laurent Blondiau (tp) peignent l’espace. Tout fusionne. Le spectacle est total.

Alors, la voix de Baldwin résonne. Solitaire. Irréelle…

«Precious Lord, take my hand
Lead me on,
Let me stand
I'm tired, I am weak, I am worn…»

Seul Michel Massot l’accompagne… jusqu’au paradis.

Irrésistible. On en a les larmes aux yeux. Le public est debout, réclame deux rappels et nourrit l’espoir de revoir peut-être un jour ce moment de magie suprême.

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À mon grand regret, je n’aurais pas l’occasion d’assister aux concerts de Sabar Ring, ni de Magic Malik, pas plus que je ne pourrais voir Pitié, les jours suivants…

Mais j’arrive à me libérer pour aller écouter Kartet et le trio de Kris Defoort le 16 juin.

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Guillaume Orti (as), Benoit Delbecq (p), Hubert Dupont (cb) et Chander Sardjoe (dm) s’aiguisent les canines sur «Misterioso» de Monk, puis attaque «Y». L’ambiance est très nue et sèche et le jeu d’Orti très découpé. Le son du piano préparé de Delbecq semble chercher celui du sax. La contrebasse s’associe à la batterie. C’est tendu, tout en polyrythmie. Orti ricoche, rebondit et sautille. Il chante et feule dans son instrument. Il invente des champs et des contre-champs. Le jazz flirte avec une musique cérébrale, contemporaine, puis s’amourache de rythmes africains. Kartet joue souvent avec nos nerfs, titille notre sensibilité, invoque presque l’ennui pour le transformer en un déchaînement excitant. Complexe et diaboliquement précise, la musique de Kartet n’est certes pas évidente mais ô combien intrigante.

En deuxième partie de soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui prend place sur scène.

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Électrocution? Hydrocution?  Le coup est parti tout seul, sans prévenir. Nous voilà plongé à vif dans l’univers polymorphe du pianiste belge.

Le jeune Lander Gyselinck, aux drums, est d’une efficacité redoutable. Il possède un jeu autant félin que massif. C’est roboratif, vivifiant et délicat à la fois. Kris Defoort distille des harmonies profondes qu’il pare de fins motifs. De ses digressions jaillissent souvent des thèmes lumineux. Et quand il se lance dans des mélodies qu’il laisse ouvertes, c’est Nic Thys qui vient nourrir le thème ou conclure l’affaire. Le jeu du trio est extrêmement soudé, éblouissant de maturité et d’idées. L’ambiance est parfois spectrale avant que le groupe ne désamorce l’ensemble par un trait d’humour. Il y a du Monk, il y a de la pop music, il y a des influences contemporaines… il y a du jazz à tous les étages. Ouaté, atmosphérique ou rêveuse, la musique, pleine de tendresse, est en perpétuel mouvement. Elle prend aux tripes et joue avec nos sentiments. Grande écriture et osmose parfaite entre les musiciens, voilà un groupe à suivre, à revoir et à soutenir absolument !

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Une chose est sûre, avec des musiciens tels que ceux-là, on demande déjà une seconde édition à ce Fast Forward Festival.

 



A+

03/04/2010

Aka Moon & The Light Ship Tantra - Bozar

Nouvelle expérience Aka Moon. Cette fois-ci, les trois (+1) musiciens belges ont invité trois maîtres de la musique carnatique, pour deux soirs seulement (un concert à l’Opéra de Lille le 12 mars et un autre au Bozar, le 17).

Bien sûr, Aka Moon n’en est pas à sa première expérience avec les musiques indiennes, c’est même l’une des bases de leurs pléthoriques recherches musicales.

Mais ces touche-à-tout géniaux ont le don de transformer un concert en un moment inoubliable.

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Dans la belle salle de Musique de Chambre de Bozar, les quatre cents sièges sont occupés. Sur scène, arrivent d’abord Fabrizio Cassol (as), Michel Hatzigeorgiou (eb) Stéphane Galland (dm) et Fabian Fiorini (p), pour une mise en bouche. Polyrythmie, énergie, échanges et digressions en tout genre… bienvenue sur la planète Aka Moon. On est déjà heureux.

Alors, voici Doctor Manjunath Mysore (violon), Guru Prasana (kanjira) et B.C. Manjunath (mridang). Les trois homme s’installent, sans précipitation, sur leurs tapis. Le tanpura bourdonne, le violoniste entame une mélodie et le sax alto le rejoint. Premiers échanges, premières improvisations. C'est magique !

Les percus entrent dans la danse. Michel Hatzi et Stéphane Galland mêlent leurs pulsions à celles de Guru Prasana et B.C. Manjunath. L’intensité monte, doucement, progressivement, comme un alap. Et puis, Fabien Fiorini vient injecter des phrases brèves, très Monkiennes. La communion est complète. Tout le monde trouve sa place. C’est incroyable, cette mise en place naturelle sur cette musique tellement élaborée, mais tellement évidente quand elle est jouée avec autant de virtuosité. Fabrizio m’avouera quand même, après le concert, que cela requiert une concentration de tous les instants. Et pourtant, quand on voit les regards, les sourires, le plaisir qu’ont les musiciens à jouer, cela semble si simple. On est dans la quatrième dimension. Ces musiciens viennent d’une autre planète.

Et ça continue. La musique devient encore plus exaltante, encore plus surprenante. On assiste à des échanges incroyables entre Galland et Guru Prasana. Un dialogue de fou. Des questions-réponses et des défis (Tu peux faire ça avec ta batterie? Et ça avec ton mridang?). Hallucinant. Les percussions sont aussi sèches, qu’elles ne sont souples. Il y a un sens de la dramaturgie, de la musique et du rythme qui forcent l’admiration.

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Puis, on se calme avec un long morceau flottant délivré avec une grâce peu commune par Doctor Manjunath Mysore. Seul au violon, il nous emmène dans des contrées inconnues. C’est inventif, ondulant, subtil. Ensuite, le trio indien enflamme à son tour, et à sa façon, toute la salle. C’est la transe.

Et hop, retour au mélange de l’occident et de l’orient. Mélange de puissance et d’extrême délicatesse. Mélange des sons. Mélange d’idées. Improvisations totales. Prises de risques insensés. Résultat éblouissant.

Un «Last Call From Jaco» bouillonnant et un rappel mille fois mérité viennent conclure une soirée, fantastique, étonnante... hors norme.

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Cette soirée, c’était aussi l’occasion pour Music Fund (dont j’avais déjà parlé brièvement ici) de faire connaître un peu plus son projet. L’association était donc présente dans les couloirs de Bozar, afin de récolter des instruments. Si l’envie vous vient de vous séparer d’un instrument et de participer à une belle initiative, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Et puis, pour ceux qui voudraient se replonger à nouveau dans le monde d'Aka Moon et ses satellites, je ne peux que leur conseiller de réserver bien vite leurs places pour «Fast Forward Festival» prévu entre le 11 et le 19 juin au KVS. On y verra Rockingchair (avec Airelle Besson, Sylvain Rifflet et les autres), le Baldwin-project (le fabuleux «A Lover’s Question» de Linx - Van Doormael - Baldwin) avec Angélique Willkie et Sabine Kabongo en invités. Puis, il y aura aussi Thôt, Sabar Ring, Kartet, KrisDefoort Trio, Magic Malik (en concert à Flagey le 22 avril) et une représentation de Pitié (sans danseurs, je crois)…

Bien noté? Ok , on se revoit là-bas.

 

A+

 

15/02/2009

Hommage à Pierre van Dormael au Théâtre Marni

Rattrapons le temps perdu ! (Premier épisode)

Mercredi 28 janvier avait lieu le deuxième hommage des jazzmen à Pierre Van Doermal.
Cette fois-ci, cela se passait au Théâtre Marni.
Comme au Sounds précédemment, l’endroit était archi plein et une grosse partie du public n’avait plus trouvé que les marches des gradins pour s’asseoir.
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Premier groupe sur scène: Octurn, qui nous rappelle sa collaboration avec Pierre en 2006 avec «North Country Suite». Travail basé sur la musique de Bob Dylan (plus précisément «Girl From The North Country» de l’album «Nashville Skyline»)

La musique parfois complexe de Pierre est d’une intensité rare.
Si elle semble parfois s’envoler dans toutes les directions c’est sans doute pour mieux s’enchevêtrer. Les lignes mélodiques et harmoniques se développent, se nouent, se libèrent.

Et jouée par Octurn, la musique garde toujours cette pulsion et cette tension sans faille.

Ce soir, Guillaume Orti est, une fois de plus, éblouissant dans ses interventions.
Tout comme Bo Van Der Werf, distribuant un jeu fluide et fiévreux.
Chander Sardjoe passe allègrement de la polyrythmie à un jeu délicat aux balais ou à celui, très nerveux, de la jungle.
Laurent Blondiau, Jozef Dumoulin, Fabian Fiorini, Nic Thys et Jean-Luc Lehr alimentent tout au long de la prestation un flux rythmique riche et puissant.

Nicolas Fiszman et Kevin Mulligan viennent ensuite interpréter «Love Me Always» dans un esprit blues-folk.
La voix de Mulligan est toujours aussi profonde et chaude.
Fiszman s’accompagne d’une belle et étrange guitare au son grave (il s’agit d’une guitare baryton - entre la guitare et la basse - (accordée en «si») comme me l’apprendra bien plus tard Nicolas lui-même).
Moment sensible, un peu trop court, d’une extrême poésie.
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La poésie est à nouveau au rendez-vous avec Hervé Samb, Lara Roseel (b) et David Broeders (dm) qui avaient accompagné Pierre lors de ses derniers concerts (notamment au Gent Jazz l’été dernier).
Mélange subtil de douceur et d’âpreté.
De gaîté et d’affliction. De soleil et de fraîcheur.
Le jeu de Samb est lumineux, précis et sans esbroufe.
Et celui de Broeders à la batterie est délicat et plein de finesse.

Même si Pierre n’est plus là, il serait bien que cet ex-quartette continue à répandre sa musique ou, pourquoi pas, à continuer à creuser dans cette veine.

Après le break, Vivaces entame le deuxième set.
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Anne Wolf et Kris Defoort au piano, Nicolas Kummert, Bo Van Der Werf et Manu Hermia aux saxophones, Stéphane Galland et Michel Seba aux percus, Hervé Samb à la guitare et… Nicolas Lherbette (edit. Merci Christine) à la basse électrique.
«Rue 6», «Estelle sous les étoiles» et «Otti 1er» résonnent de belle façon.
Toujours bouillonnante et pleine d’énergie, toujours prête à changer de couleurs et de rythmes la musique nous balade sur le fil de nos émotions.
On ne s’ennuie pas une seule minute.

Avant d’accueillir Aka Moon, Philippe Decock interprète
en solo au piano la musique du prochain film de Jaco Van Dormael, «Mr Nobody», écrite par Pierre.
Un esprit classique, entre Debussy et Satie, entre Ludovico Enaudi et Michael Nyman.

Et puis, c’est Aka Moon, ou plutôt… Nasa Na ?
En effet, au trio s’est ajoutée Bette Crijns (Atatchin), jouant dans un style proche de celui de Pierre (elle fut son élève aussi). Impressionnant.
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Aka Moon est en forme. Tempos flottants, entente parfaite, débauche d’énergie contrôlée… On est subjugué.

On est subjugué aussi par le jeu de Stéphane Galland.
Il alterne le jeu sec et droit à celui du rubato et de la polyrythmie.
Il invente sans cesse.
Michel Hatzi et Fabrizio Cassol en profitent.
David Linx les rejoint pour un morceau mi-scatté, mi-chanté.
Ça vole haut.

Et pour le final, David Linx a invité une belle brochette de jeunes chanteurs (avec qui il travaille au conservatoire) pour un «The Art Of Love» a cappella extrêmement émouvant.
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Nul doute que la musique de Pierre Van Dormael continuera longtemps encore à influencer le jazz actuel.

Et d’ailleurs, rappelons que les recettes des entrées de ce concert ont été intégralement consacrées au financement de l’impression professionnelle de son livre «Four Principles to Understand Music».

Merci encore, Pierre.

A+

15/09/2007

Klara Festival - Michel Hatzi et Puggy

Bousculé de chez bousculé, en ce moment.
J’ai raté plein de concerts prévus (Klara Festival et Marni…).
Et je n’ai pas trouvé le temps de mettre en ligne ceux que j’ai vu…

Alors, allons-y.

Klara Festival, le 3 septembre, premier «Late Night» Concert.
Le principe: un musicien en invite d’autres pour une collaboration unique et inédite.
Ce soir, c’est Michel Hatzi qui s’y collait.

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Il avait invité Puggy dont j’avais déjà entendu parler (chez Nath, par exemple) et écouté quelques extraits sur leur site MySpace.
Puggy est un groupe rock, qui s’est formé à Bruxelles avec des musiciens (plus ou moins «jazz» à la base, si j’ai bien compris…) venant de France, d’Angleterre et de Suède.
Pas banal.

De ce mélange des genres, leur musique s’en ressent.
Énergie, spontanéité, riffs percutants et simples, influences Britpop mais aussi parfois hispanisantes, des touches de folk, de jazz, des références aux Pixies ou à Muse, peut-être? A Jeff Buckley aussi ?  ... Bref, difficile de leur mettre une étiquette.
Et c’est tant mieux.

Puggy décharge donc quelques-uns de leurs morceaux accrocheurs (parfois un peu trop simplistes à mon goût) avant que ne monte sur scène Michel Hatzi pour un hommage à Jimi Hendrix!

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Hatzi a délaissé sa basse pour la guitare électrique.
Et le voilà absolument éblouissant! Plus Hendrixien que nature!
Le son, la disto, la puissance, la dextérité… tout y est.
Epoustouflant.

C’est à ce moment-là aussi qu’on est subjugué par les compositions d’Hendrix.
Aucune chanson ne ressemble à une autre. Elles sont hyper riches. Extrêmement bien construites.
Et ça ne peut être que du Hendrix !
On y sent cette pâte bouillonnante qui vient du blues et de la soul, boostée au rock psychédélique…

Tout ça, Puggy et Hatzi le rendent admirablement bien.
D’ailleurs, en rentrant, je me suis repassé quelques morceaux tirés de «Are You Experienced?» ou «Electric Ladyland», et c’est bien ça que j’ai entendu sur la scène du KVS Box quelques heures auparavant.

Michel Hatzi semblait heureux (parfois hilare) en jouant ces morceaux.
Et Matthew Irons assurait véritablement au chant.

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Autre invitée par Hatzi, Claron Mc Fadden (qui chante avec Aka Moon sur le projet VSPRS) vient exploser un peu plus, de sa voix claire et puissante, un «Foxy Lady» burné, ou un somptueux et sensible «The Wind Cries Mary» (avec Hatzi au Bouzouki!).
Claron possède une tessiture incroyable.
Sur certains morceaux, elle me rappelait  les performances vocales de Clare Torry avec Pink Floyd («The Great Gig In The Sky»).

Belle soirée, pleine de bonnes énergies!
Ça fait du bien...

Puggy à revoir et Jimi à réécouter, encore et encore…

A+