14/12/2008

Igloo, trente ans, rien que du bonheur.

On avait mis les petits plats dans les grands pour fêter les 30 ans d’Igloo.
Le Théâtre Marni avait fait le plein et l’on y croisait du joli monde.

En attendant l’article à paraître sur Citizen Jazz bientôt, je vous fais part de mes coups de cœur de la soirée…
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J’ai bien aimé le sourire de Greg Houben quand il m’a vu au bord de la scène.
Et puis, j’ai bien aimé son nouveau trio, sa manière d’intégrer la pop dans le jazz.
«For No One» des Beatles, par exemple, est une belle réussite.
Tant mieux, parce que les Beatles, pour moi, c’est sacré !

J’ai bien aimé le sourire et l’accueil de Christine Jottard, attentive à ce que tout le monde soit content.
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J’ai bien aimé les sourires et la complicité entre Etienne Bouyer et Cécile Broché.
L’album «Soundscapes» est passionnant de bout en bout et leur mini-concert de ce soir était subjuguant. Cette musique que l’on pourrait croire «difficile» est en fait très accessible  tellement elle est intelligemment composée, arrangée et jouée.
Le résultat est éblouissant.
Et bien sûr, j’ai bien aimé aussi la conversation avec Cécile en fin de soirée.
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J’ai bien aimé le concert solo de Mathilde Renault.
Son univers un peu baba…
Son envie de chanter malgré sa voix cassée.
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Je n’ai pas aimé, mais j’ai adoré, les quelques morceaux qu’Eve Beuvens nous a présenté ce soir.
Je pense qu’elle a vraiment trouvé un son et une voix particulière avec son trio.
Et ce n’est pas facile de se distinguer avec une telle formule.
Les compositions sont inspirées, subtiles et d’une telle fraîcheur !
La connivence entre Eve, Lionel et Yannick se ressent tellement dans cette musique que celle-ci en ressort plus forte encore.
Magnifique.
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J’ai bien aimé l’attitude cool de Joost van Schaik, préparant sa batterie pendant que Jules meublait.
Et bien sûr, j’ai bien aimé le trio de Pascal Mohy.
Musique de velours aux reflets brillants. La classe.
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Et puis, j’ai beaucoup aimé le trio de Thomas Champagne.
Ça cogne, ça trace, c’est terriblement actuel.
Et l’album tient toutes ses promesses.

Et puis, j’ai aimé revoir Jos Knaepen ! Et Christine et Jean-Pierre et Laurent et Philip et André et Babila et Uxia et Georges et Morgane et Nicolas et Fabrice et Mélanie et Jacobien et… et… et…
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Quel bel anniversaire.

A+

21/07/2008

Brosella 2008

Dimanche dernier, le 13, avant d’aller écouter le concert de clôture de la première partie du festival Gent Jazz, je ne pouvais résister à l’attraction de la toute belle affiche du Brosella.

Direction: l’agréable théâtre de verdure, à deux pas de l’Atomium.

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Quelques gouttes de pluie tombent.
Deux fois rien.
Sur la scène, l’orchestre de Maria Schneider s’est installé.
Superbe Big Band dans lequel on retrouve quelques stars du jazz américain actuel.
Voyez plutôt : Clarence Penn, Ben Monder, Donny McCaslin, Rich Perry, Steve Wilson, etc…
Sans oublier les «habituels» de l’orchestre : Ingrid Jensen, Charles Pillow, Frank Kimbrough, pour ne citer qu’eux.
Tout ça pour nous. Et gratuitement! Merci Henri…

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Les compositions, magnifiquement tissées par Schneider, font mouche dès les premières mesures.
D’ailleurs, le soleil revient aussitôt.
Est-ce «Hang Gliding», ce premier thème?
Toujours est-il que la rythmique est soyeuse et swinguante, extrêmement bien mise en place.

Avec «Rich’s Piece», le ton est plus mélancolique et Rich Perry peut développer le thème d’un bout à l’autre.
Sax légèrement plaintif, quelque peu désabusé… magnifique.

Puis, avant de le diriger, Maria prend un plaisir sincère à expliquer le voyage musical qu’inspire le long et fabuleux «Cerulian Skies», tandis que chaque musicien imite le chant des oiseaux.
Donny McCaslin, dans son solo, monte en puissance pour atteindre un paroxysme et une plénitude où vient le rejoindre l’accordéoniste Toninho Ferragutti, dans un jeu dépouillé, retenu, presque mystique…
Tonnerre d’applaudissement d’une foule extrêmement nombreuse.

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À l’opposée de la grande scène, et dégagée cette année-ci du petit bois où elle partageait habituellement le bar et les sandwisheries (ce qui était sympathique mais pas toujours optimal pour écouter la musique), la seconde scène accueillait Mathilde Renault.

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Pour l’occasion, la jeune pianiste avait invité le saxophoniste suédois Jonas Knutsson.
Le quartette (Stijn Cools aux drums et Janos Bruneel à la contrebasse) revisite les compositions de Mathilde: «Merengue», «In a Swedish Mood», etc…
On y retrouve toujours ce mélange original de jazz et de musiques inspirées de tous les parfums du monde (Brésil, Balkans, Orient…).
Les rythmes sont chatoyants, les thèmes évolutifs et parsemés de changements de directions. Mathilde chante dans son langage imaginaire.
Tout ça dans la subtilité et la légèreté.
«Smiles» (de Knutsson) s’insère avec facilité et sans heurt dans ce répertoire plus qu’agréable.

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Transition idéale pour aller écouter Rabih Abou Khalil.
Toujours aussi drôle et ironique dans la présentation de ses musiciens et de ses morceaux, il nous offre la plupart du répertoire de son dernier album «Em Português».

Le fidèle Michel Godard au tuba, Jarrod Gagwin aux percussions, Luciano Biondini à l’accordéon et Gavino Murgia au sax font balancer l’ensemble entre le festif et l’introspectif.

Retour vers la petite scène pour un changement de style assez radical: Ben Sluijs Quintet.
Ce n’est pas parce que c’est un festival que le quintette fait des concessions.
Le groupe fonce tête baissée dans les principaux thèmes des deux derniers albums : «Somewhere In Between» et «Harmonic Integration».

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Ici, on flirte avec l’atonal, la dissonance. On joue pour un public averti.
Sluijs et Van Herzeele bâtissent autour de «The Unplayable», «Squawk», «Close» ou encore «Where Is The Joy?» des improvisations ardues et inspirées.
Erik Vermeulen intervient ponctuellement et arrive toujours à imposer des phrases d’une qualité extrême, oscillant entre le contemporain et le lyrisme.
Quant à la rythmique Cabras et Patrman, elle est toujours aussi solide et bouillonnante.

Dans un coin du parc, Olivier Kikteff et ses amis des Doigts de l’Homme continuent de jammer doucement. Le soleil ne quitte plus le site et l’ambiance est, comme toujours, détendue, familiale et sympathique.
Il y a, bien sûr, toujours quelques égoïstes qui s’emparent d’une chaise, ne la lâche plus et se baladent avec elle pendant tout le festival.
À croire que d’avoir posé leur cul dessus leur donne droit à la propriété exclusive…

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Passons.

La foule est compacte et attentive devant la grande scène pour écouter Paul Bley en solo.
Même si il met de l’eau dans son répertoire (évitant les improvisations intransigeantes), le pianiste ne la joue pas petits bras.

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Plein d’inventivité et sans temps morts, il rebondit sur les standards dont il n’utilise que les premières notes pour se construire des mélodies toutes personnelles.
Il revoit «Somewhere Over The Rainbow» ou «I Loves You Porgy» et joue avec les tensions, joue les temps suspendus, joue rubato…

Il injecte quelques motifs répétitifs qu’il associe à une valse lente, à un blues ou même parfois presque à un léger rag.

Bien sûr, on aurait voulu un Bley un peu moins conciliant. Pour cela il faudra sans doute attendre de le revoir au Ro
ma à Anvers en mai 2009, si mes infos sont exactes.

Paul Bley aurait bien continué encore. Et le public l’aurait suivi… mais le timing d’un festival se doit d’être respecté.
Et il quitte la scène sous une standing ovation.

Quant à moi, il est temps que je rejoigne Gand pour écouter Wayne Shorter.
Mais ça, c’est une autre histoire.

A+

10/12/2007

Jazz'Elles - Mathilde Renault

À l’initiative de «Z» aka «Jazz chroniques et coups de cœur» 8 blogueurs et blogeuses s'associent ce jour pour publier un billet sur les femmes jazzeuses...
Retrouvez ces articles en cliquant tour à tour sur les liens suivants:


Maître Chronique
Belette & Jazz
Jazz Frisson
Jazz chroniques et coups de coeur
Jazz à Paris
Ptilou’s Blog



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MATHILDE RENAULT

La première fois que j’ai entendu le nom de Mathilde Renault, c’était lors d’une conversation avec Jules Imberechts, il me semble.
Puis, un soir, j’ai entendu un extrait de son album à la radio.

Univers particulier.

Intrigué, je me renseigne.
Mathilde est la fille du pianiste belge Jean-Christophe Renault: excellent et discret musicien qui a un pied dans le jazz et un autre… ailleurs. Ecoutez-le sur l’album de Pirly Zurstrassen («Pour L’Ivoire»), ou mieux encore, sur son propre album solo «Là est la question».

Mathilde, elle, a longtemps refusé l’univers musical parental (sa maman est également musicienne), préférant plutôt la peinture, la photo ou le cinéma.
Ce n’est que vers 18 ans qu’elle plonge «sérieusement» dans la musique.

Et en l’écoutant, on ne peut nier une certaine filiation.
Bon sang ne peut mentir.

Cependant, et malgré sa jeunesse, Mathilde possède déjà une très forte personnalité artistique. C’est ce qui fait tout l’intérêt de son disque «OverOceans – Alina Luda».

OverOceans est né de la rencontre entre la pianiste et une jeune violoniste américaine de passage à Bruxelles: Caroline Shaw.
Ce sont ajoutés rapidement au projet, le percussionniste Stephan Pougin (Phinc, Rêve d’Elephant, Steve Houben,…) et le contrebassiste Arne Van Dongen.

À l’écoute de l’album, ce qui frappe d’entrée, c’est la maturité du jeu et des compositions ainsi que cet univers décidément bien personnel.

Voilà un jazz influencé par la musique classique, la musique des Balkans, le folklore latin ou des musiques nordiques…
Mélange de soleil et de vents froids.
La joie côtoie des moments plus mélancoliques, voire presque sombres.

Et si le jeu de Mathilde est sensible et délicat, il ne manque cependant pas d’affirmation. Ses attaques sont franches et quand il faut que «ça balance», elle y va tout de go.
«Rolling Tango» ou «Merengue», plus ouvertement jazz, offrent ainsi de beaux échanges entre piano, percus, violon et contrebasse.

À d’autres moments, Mathilde joue les temps suspendus (comme sur le magnifique «In A Swedish Mood») ou le dépouillement total qui vire soudainement en air de fête (sur «Saynätsälo, une ballade sur un lac gelé en Finlande… une île au milieu du lac…» … oui, oui, c’est le titre !).

Parfois aussi, Mathilde Renault chante. Ou plutôt, elle dépose un souffle léger et ondulant qui accompagne ses accords de piano.
Elle chante des mots sans paroles.
Elle chante à l’unisson, comme le fait parfois le violon (sur «Aliana Luda», par exemple).

Bref, voilà un disque riche, frais et attachant, qui ne manque pas d’idées ni d’humour.
«Un Match Bresil-Bulgarie Dans Les Rues De Stockholm» résume presque à lui seul l’esprit du projet, tant dans l’intitulé que dans la musique.

J’ai rencontré Mathilde lors du Festival Dinant Jazz Nights en septembre.
En me remettant son album, à la fois timide, excitée et finalement soulagée que ce soit moi qui vienne vers elle (car, comme beaucoup d’artistes, elle n’aime pas «se vendre» ...Ouch… le vilain mot !), elle m’a parlé de sa musique et d’OverOceans mais aussi de ses nouveaux projets…
Déjà.

Je suis d'ailleurs curieux et impatient de découvrir ça.

En attendant, et comme je n’ai pas encore eu l’occasion d’entendre OverOceans en concert, je me noie dans cet album hautement recommandable.

Allons, n’ayez crainte et faites comme moi, jetez-vous à l’eau.

A+